Cette fic est écrite dans le cadre de la 170ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Chagrin". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !
- Maman et papa me manquent, avoua Makuba sans pouvoir retenir les larmes qui coulaient sur ses joues.
Seto lui avait pris la main dans un geste réconfortant mais son ton était sec et déterminé quand il lui répondit :
- Ne pleure pas. Ce n'est pas si grave, on ne restera pas longtemps dans cet orphelinat, tu verras ! On trouvera une autre famille, et puis on est ensemble.
- Comment tu voudrais ne pas pleurer dans un moment pareil ? s'étonna Makuba entre ses larmes.
- Pleurer, c'est ce qu'il nous reste quand on n'a plus rien, expliqua Seto. Quand tu n'as plus d'espoir, quand tu as tout perdu, tout ce qui te maintenait en vie, alors oui il ne te reste rien d'autre à faire que pleurer. Mais si tu as encore l'espoir d'avancer et de t'en tirer, alors tu dois mettre toutes tes forces et ton temps dans cette bataille pour y arriver, ignorer ton chagrin et te battre à la place.
Makuba n'avait pas réussi à ravaler ses larmes immédiatement, mais il avait acquiescé d'un hochement de tête laissant voir qu'il comprenait ce que Seto voulait dire.
- TU M'AS TRAHI ! avait rugi Seto en le jetant violemment contre un mur du couloir.
Makuba avait encaissé le choc.
- Non ! Seto, ce n'était pas moi, je te jure que je n'ai rien dit à Godzaburo !
- Ne me mens pas, personne d'autre que toi n'aurait pu le mettre au courant ! Je te déteste !
Des larmes avaient perlé au coin de ses yeux devant la rage de son frère et ses cris de haine. Il se souvint de ce que son frère lui avait dit des années auparavant. Pleurer, c'est qu'il nous reste quand on a tout perdu, quand on n'a plus d'espoir. Ce n'était pas le cas aujourd'hui. Il était dévasté, terrorisé par la fureur de Seto et blessé par le fait qu'il refuse de le croire. Mais il l'aimait, et il le connaissait. Il savait qu'un jour, bientôt, il parviendrait à convaincre son frère, à lui expliquer qu'il n'y était pour rien, à se réconcilier avec lui et à achever le renversement de leur beau-père ensemble. Alors il ravala ses larmes et se concentra de toutes ses forces sur la certitude qu'un jour, cette journée ne serait rien d'autre qu'un lointain souvenir désagréable et qu'elle n'aurait pas de conséquences sur sa relation avec son frère.
Leur maison était devenue trop silencieuse depuis que Seto était parti. Makuba avait emménagé dans la Kaiba Corp pour tromper la solitude, occupant les appartements du dernier étage dans lesquels son frère dormait quand il n'avait pas le temps de rentrer entre deux grosses journées de travail. Il avait cru que leur monde s'était effondré quand Seto avait perdu contre Yugi, encaissant sa première défaite après trois ans de suprématie sur le monde des duels. Pourtant, Seto avait gardé la tête froide. Pleurer, c'est ce qu'on fait quand il n'y a plus d'espoir. Seto n'avait pas versé une larme et ce constat avait aidé Makuba à se persuader que ce n'était pas si grave, que son frère relèverait la tête et reviendrait prendre sa revanche face à Yugi. Mais plus les jours avaient passé, moins il l'avait reconnu, jusqu'à ce jour où Seto lui avait annoncé qu'il devait s'en aller pour faire le point et trouver des réponses à la multitude de questions que sa défaite avait soulevées en lui. Seul dans leur maison, seul dans le bureau de son frère à la Kaiba Corp, Makuba avait eu envie de pleurer. Mais le souvenir de son frère l'en avait empêché. Il savait, au fond de lui, que Seto ne l'avait pas abandonné pour autant, qu'il reviendrait et que tout s'arrangerait. Il avait encore de l'espoir, il n'avait pas de raison de pleurer, il devait s'en persuader.
Il n'avait aucune idée du temps depuis lequel il était enfermé dans ce cachot, au fin fond du château de Pégasus. Il avait lutté de toutes ses forces pour retenir ses larmes face aux coups de Kemo qui l'avait brutalisé avant de le jeter ici, mais à nouveau, le souvenir de son frère lui avait permis de s'accrocher. C'est vrai, il avait mal, mais il n'était pas désespéré, loin de là. Le duel de l'imposteur contre Yugi lui avait prouvé que son frère était bien vivant, quelque part et à sa recherche. Ça lui suffisait à se persuader que tout s'arrangerait, que Seto était à sa recherche et qu'un jour, il l'arracherait de ce cachot et qu'ils rentreraient chez eux ensemble.
Il haïssait Seto. Il ne remettait bien sûr pas en cause le fait que ce type froid et distant était biologiquement son frère, mais Noah lui avait ouvert les yeux sur tout ce qu'il lui avait fait subir depuis leur arrivée à l'orphelinat. Seto avait protesté, l'avait supplié d'entendre raison et de ne plus intervenir dans le duel qu'il livrait contre Noah, mais Makuba avait ignoré tous ses arguments. Plus rien ne pourrait le faire changer d'avis, plus rien ne pourrait l'empêcher de voir à quel point Seto l'avait trompé, malmené, abandonné, manipulé. Plus rien ne pourrait l'empêcher de le haïr profondément, viscéralement. Et, quand Seto le comprit, celui-ci resta interdit quelques secondes, semblant chercher quoi dire ou quoi faire avant de réaliser qu'il ne pouvait précisément rien faire. Qu'il l'avait définitivement perdu. Seto était toujours immobile, mais une larme, puis deux, puis dix, coulèrent silencieusement sur ses joues. Makuba cligna des yeux plusieurs fois pour être sûr qu'il n'hallucinait pas. Pleurer, c'est ce qu'il nous reste quand on n'a plus rien, qu'on a perdu absolument tout ce qui nous maintenait en vie. Seto n'avait rien perdu dans ce monde virtuel, ni son corps, ni son entreprise, ni même encore son duel contre Noah. Mais il l'avait perdu lui et, plus il regardait les larmes de son frère couler sur ses joues, plus il comprenait que Seto était anéanti et que rien ni personne ne pourrait le motiver à continuer à avancer s'il ne l'avait plus lui. Alors, pour la première fois, il envisagea l'idée que Noah lui avait menti et qu'il était bel et bien l'unique raison de vivre de son frère.
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