Cette fic est écrite dans le cadre de la 176ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Mal". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !


Remus et Peter échangèrent un regard inquiet mais aucun d'eux n'osa prononcer le moindre mot. Pour les élèves les plus jeunes qui ne les connaissaient pas encore bien, la situation n'aurait rien eu d'étonnant. Pourtant, même les élèves plus vieux jetaient à leur table des regards surpris et intrigués. Sirius Black, maraudeur en chef, toujours prompt à s'assurer que la salle commune de Gryffondor ne soit jamais silencieuse, étudiait sans un mot depuis plus d'une heure et s'appliquait à faire ses devoirs. Beaucoup de Gryffondor avaient au début supposé que son calme apparent était dû à l'absence de James, qui avait dû rester chez lui quelques jours après les vacances de Pâques suite au décès d'une de ses tantes. Sans son camarade préféré de mauvais coups, Sirius manquait peut-être d'imagination ou d'envie de se faire remarquer. Mais Remus et Peter savaient qu'il y avait autre chose. Ce n'était pas la première fois que Sirius était aussi calme. C'était même courant lorsqu'il revenait de vacances chez ses parents et, si Remus et Peter connaissaient l'ambiance glaciale entre Sirius et le reste de sa famille, rien ne justifiait pour autant cette absence totale de mauvais coups, de sortilèges, d'éclats de rire, de tout ce qui faisait que Sirius était Sirius. James, lui, semblait avoir trouvé le remède pour ça : Lorsque Sirius revenait aussi renfermé de chez ses parents, il lui faisait boire une potion ambrée que Sirius commençait par refuser net avant de se résigner à l'avaler sous l'instance de James. Sa bonne humeur revenait alors et, s'il avait parfois besoin d'une deuxième potion deux jours plus tard s'il recommençait à se renfermer, tout était revenu à la normale une semaine après. Mais James n'était pas là pour une durée indéterminée, personne d'autre ne connaissait la nature de cette fameuse potion miracle, et l'humeur de Sirius était loin de s'améliorer.

- Sirius… tenta prudemment Peter. Si tu nous disais juste ce dont tu as besoin…

- De paix, grogna Sirius. Je vais très bien.

- Tu ne trompes personne, fit remarquer Remus d'une voix douce. Si James était là il aurait depuis longtemps insisté pour te faire boire une de ses potions et…

- James est un crétin et ses potions ne changent rien, répondit Sirius d'un ton sec. Je les bois pour lui faire plaisir et qu'il me fiche la paix, mais je n'en ai pas besoin. J'ai passé des vacances de merde, j'ai juste envie d'un peu de calme pour oublier la bande de décérébrés que j'ai côtoyés pendant quinze jours, c'est tout.

Remus et Peter échangèrent un nouveau regard inquiet mais n'osèrent pas insister.


- On pourrait envoyer un hibou à James pour lui demander quelle potion il lui fait boire ? proposa Peter. Je ne l'ai pas cru une seconde quand il disait que sa potion n'y changeait rien, ça lui fait un bien fou à chaque fois.

- James a suffisamment de soucis avec le décès de sa tante, objecta Remus en faisant la moue, je n'ai pas envie qu'il s'inquiète en plus pour Sirius.

- Mais on ne peut pas laisser Sirius dans cet état ! Même McGonagall lui a demandé si tout allait bien tellement elle était surprise qu'il ne se soit pas fait coller depuis quinze jours !

- Et tu as entendu le ton sur lequel il lui a répondu. Sirius a beau se ficher de l'autorité comme de son premier pétard explosif, ça ne lui ressemble pas d'envoyer promener tout le monde comme ça.

- Alors qu'est-ce qu'on peut faire ?

- Continue à essayer de le faire parler, décida Remus. Moi je vais faire des recherches pour voir si j'arrive à trouver la fameuse potion de James.


- Une potion ambrée qui améliore l'humeur de quelqu'un ? s'étonna Lily en fronçant les sourcils. Non ça ne me dit rien…

Cela faisait trois jours que Sirius devenait de plus en plus taciturne et trois jours que Remus écumait les manuels de potions de la bibliothèque. Lily avait paru intriguée en le voyant mener des recherches aussi poussées et Remus avait fini par lui expliquer le problème. Elle restait l'une des deux meilleures élèves de potions de l'école, si quelqu'un avait la moindre chance d'avoir entendu parler de cette solution miracle, c'était bien elle.

- Et tu dis que rien d'autre ne fonctionne pour le faire aller mieux ? demanda-t-elle.

- Il jure que son humeur s'améliorerait de toute façon au fur et à mesure sans cette potion, mais j'y crois de moins en moins, confia Remus. Peter essaie bien de lui faire avouer ce qui ne va pas, mais il aurait plus de chances à parler à un mur. Je ne suis même pas sûr qu'il se soit déjà confié à James, il a juste dû avoir de la chance en devinant ce qu'il avait et ce qui lui ferait du bien…

- Ce serait la première fois que j'entendrais parler d'une potion qui influe directement sur l'humeur des gens, avoua Lily en continuant à réfléchir. La seule chose que je connais du genre, c'est un sortilège de l'Imperium qui le forcerait à se comporter autrement…

- Tu crois que c'est ce qu'il aurait pu subir chez ses parents ? Qu'ils le soumettent à l'Imperium pour le forcer à filer droit à l'école et que cette potion soit une espèce d'antidote qui lui permettrait de reprendre le contrôle ?

- En supposant que les Black soient suffisamment tordus pour user d'un sortilège impardonnable sur leur fils à plusieurs reprises, j'imagine mal Potter comprendre cette situation et ne rien faire contre. Il n'aurait qu'un hibou à envoyer au ministère pour leur faire gagner un aller-simple à Azkaban. Non je pencherais plutôt pour quelque chose qui s'est passé chez ses parents et qui le préoccuperait, mais avec une potion comme remède ? Je sèche complètement…


Sirius avait beau continuer d'affirmer à tort et à travers qu'il allait très bien, même son état physique commençait à se dégrader. Ses cernes creusés sous ses yeux témoignaient qu'il n'arrivait plus à dormir correctement la nuit et ses mouvements étaient de plus en plus saccadés. Il passait ses cours à s'agiter sur sa chaise, semblant chercher en vain une position confortable et, si sa mauvaise humeur s'était au début caractérisée par un regain de sérieux dans ses cours et ses devoirs, il n'avait jamais autant eu de difficultés à suivre en métamorphose et en sortilèges. L'inquiétude toujours à présent l'intégralité des élèves de Gryffondor et les seuls moments où Remus apercevait en lui le Sirius qu'il connaissait était quand il rendait les coups aux Serpentards qui essayaient de profiter de son état pour l'attaquer.

- Tu es sûr que tu vas être en forme pour la pleine lune dans trois jours ? s'inquiéta Remus. Tu as l'air d'avoir besoin de sommeil…

- Bien sûr que je serai en forme, coupa net Sirius. Il est hors de question que je te laisse seul.

- Peter sera là, et peut-être même James, il a dit dans son dernier courrier qu'il devrait normalement revenir demain…

- C'est vrai, concéda Sirius avec l'air encore plus renfrogné. Mais ça ne change rien. Je ne manquerai ça pour rien au monde.


- James ! s'écria Peter quand celui-ci franchit la porte de la salle commune avec sa valise.

- Salut ! répondit-il avec un sourire. Alors quoi de n…

Son sourire disparut quand il posa son regard sur Sirius. Si celui-ci s'était levé pour l'accueillir en même temps que Peter et Remus, personne ne pouvait plus ignorer son teint pâle, son visage amaigri, ses cernes et son regard épuisé.

- Ça ne va pas, Patmol ? s'étonna-t-il.

- Il faut croire que ton pote se laisse dépérir quand tu n'es pas à ses côtés, Potter, répondit Lily à côté d'eux sur un ton qui ne parvint pas à cacher son inquiétude.

Sirius la foudroya du regard mais ne répondit rien. James sonda les regards tout aussi inquiets et impuissants de Remus et Peter et soupira sur le ton de la plaisanterie :

- Je le sais bien que je suis indispensable, mais j'aurais osé espérer que Sirius parvienne encore à tenir debout en mon absence.

Sa plaisanterie arracha plusieurs rires autour d'eux et James continua :

- Tiens Patmol, si tu tiens à moi tant que ça je veux bien un coup de main pour défaire mes bagages s'il te plaît.

Sirius se jeta sur l'occasion offerte par James d'échapper à l'ambiance pesante de la salle commune et le suivit dans leur dortoir. Une part de lui ne pouvait s'empêcher d'être reconnaissant envers James d'avoir aussi bien camouflé à la fois son inquiétude pour son état et la raison pour laquelle il voulait le voir seul. Une fois la porte refermée, James se retourna vers lui :

- Tu es un crétin, tu le sais ça ?

- Je vais très bien, coupa Sirius.

- Tellement bien que tu étais sur le point de te laisser crever ? Ne me dis pas que ça aurait guéri tout seul, coupa James en le voyant ouvrir la bouche, tu n'aurais pas tenu debout deux jours de plus.

Sirius sembla vouloir répondre quelque chose mais se résigna. Lui-même commençait en effet à admettre qu'il ne s'en remettrait pas – mais la honte d'en parler à Remus et Peter était toujours trop forte pour qu'il ait envie de la surmonter. James parut lire dans ses pensées.

- Ils ne t'auraient pas jugé, tu sais ?

- Je n'ai pas envie qu'ils le sachent.

- Tu préfères les laisser crever d'inquiétude ? Peter a fini par m'écrire pour me demander conseil, ils ne voulaient pas m'en parler mais il a fini par passer outre les conseils de Remus tellement il se sentait impuissant de ne pas pouvoir t'aider.

- Tu es rentré exprès ? s'exclama Sirius. Ta famille…

- Je serai rentré cette semaine de toute façon, les choses se sont bien calmées maintenant que l'enterrement est passé, coupa James. Allez, fais voir ton dos.

Sirius hésita et le regard de James lui fit clairement comprendre qu'il n'accepterait aucune protestation selon laquelle il n'aurait pas besoin de soin. Lentement, avec des gestes précautionneux, il enleva sa robe et révéla son dos rouge, lacéré de marques de coups de ceinture qui avaient tellement entaillé sa peau que ses plaies s'étaient infectées, devenant noires par endroits. James doutait qu'un seul centimètre carré de la peau de son dos ait encore sa couleur d'origine et il grimaça :

- Tu es un crétin, répéta-t-il. C'était si compliqué que ça d'aller demander à Pomfresh une potion de double-effet cicatrisation et anti-douleurs ? Tu sais que tu en as besoin…

Sirius ne répondit pas tout de suite. La honte avait remplacé le mépris et l'amertume dans son regard et James n'insista pas. Il savait très bien ce qui se passait dans la tête de son meilleur ami. La honte de ne pas savoir résister à son père lorsqu'il le corrigeait à chacun de ses retours de Poudlard, la douleur omniprésente, qui l'empêchait de dormir, de se tenir droit, de s'appuyer sur n'importe quelle surface, l'amertume de constater que les corrections de son père avaient malgré toute sa volonté l'effet escompté parce qu'il était trop douloureux et amer pour réussir à mettre la même énergie dans ses coups fourrés à son retour. Son dégoût de sa famille, de lui-même, de son incapacité à s'extraire de cette situation qui le détruisait physiquement et mentalement. Son regard se troubla et James reprit d'une voix douce :

- Hey. C'est bon, ça va aller mieux maintenant…

Sirius acquiesça d'un hochement de tête, luttant pour retenir une unique larme de honte, mais sa bouche s'ouvrit et laissa échapper les trois mots qu'il hurlait en boucle dans sa tête depuis trois semaines :

- Ça fait mal…


J'aurais aimé faire mieux sur le sujet, mais le format des Nuits était un chouia trop restrictif.

J'espère que ça vous a plu quand même !