11 Septembre : Œuf
Les anciens du Yin Yang étaient irrités.
En même temps, dès qu'il était question de Anbei QingMing, ils étaient irrités. Le pauvre homme pouvait éternuer à mille li de là, s'ils l'apprenaient, ils en seraient irrités. Sa simple existence les irritait. Sa capacité à apprendre leurs secrets les irritaient. La protection dont il disposait d'abord comme élève de Zhong Xing, puis en tant que Tueur de Serpent les irritait. Que le nouvel Empereur l'apprécie les irritait encore plus. Qu'il soit finalement parvenu à contrôler son Bouclier malgré tous les sorts qu'ils lui avaient collé dessus pour qu'il échoue les mettait en rage. Comment osait-il se qualifier pour être un ancien quand le moment serait venu ? Et comme son maître était déjà défunté, le moment était tout à fait venu.
La structure interne du temple était rigide comme le cul d'une statue en jade. Un ancien passait sa charge à son élève personnel quand il voulait prendre sa retraite ou à son décès, si l'élève était un maître. S'il ne l'était pas encore, la place lui était gardée au chaud le temps nécessaire.
Tant que QingMing ne contrôlait pas son bouclier, ils pouvaient lui refuser la place. Mais maintenant… C'était de plein droit qu'il siégeait avec eux pour décider de la marche du temple. Il le faisait d'ailleurs avec un certain brio depuis deux ans.
Ce qui les irritait encore plus.
Comment osait-il être capable et doué dans ce qu'il faisait ?
Alors quand il avait prévenu qu'il se mettait en séclusion quelques mois pour travailler sur sa cultivation, ils avaient éclatés de colère.
Qu'avait-il besoin de vouloir augmenter ses pouvoirs ? Il était déjà le plus puissant en force brute ! Ils avaient voulu le retenir mais c'était déjà trop tard. Alors depuis six mois, ils attendaient qu'il revienne pour lui exprimer leur déplaisir. Pour la peine, ils allaient le surcharger de travail ! D'ailleurs, le chef de secte allait le forcer à devenir son assistant. Ca lui apprendrait. Quand QingMing n'aurait plus le temps de respirer, il comprendrait qu'il n'avait pas le choix dans son destin.
Bien loin des magouilles irrités de son temple et de leur oubli colérique que le prochain chef de secte serait l'apprenti du précédent, QingMing profitait de son temps au calme et solitaire.
Enfin, solitude relative.
"- Tu as besoin de quelque chose ? un thé ? un coussin ? de la viande? un livre? autre chose ?"
QingMing rouvrit les yeux. Près de lui, un Boya enroulé dans de longues ailes noires de mars s'inquiétait chaque jour davantage pour lui.
Zhuque leur avait fait un cadeau aussi étrange qu'inattendu.
Les deux hommes avaient été incapables de déclarer leur flamme l'un pour l'autre, persuadés qu'ils étaient que l'autre ne voudrait jamais de lui.
Zhuque avait prit le contrôle de Boya en pleine nuit et lui avait fait couvrir QingMing pendant les chaleurs de ce dernier.
Les deux hommes avaient subit l'étreinte aussi peu consentant l'un que l'autre mais surtout stupéfaits. Si les choses avaient été différentes, il y aurait eut agression. Avec Zhuque qui avait prit le contrôle… Comment vouliez vous attaquer un dieu en justice ? Encore plus pour quelque chose qui n'avait aucun sens pour un oiseau. Les chaleurs, il fallait y répondre. Point. On ne discutait pas avec les chaleurs. On les subissait tranquillement et on était content d'être parent après.
Bref.
Ca n'avait pas été propre du tout mais le couple en était devenu un par la force des choses, à leur propre surprise étonnée.
Et à cause de l'œuf que Zhuque avait déposé dans le ventre du renard-démon.
Aucun des deux prêtres ne comprenait comment ca marchait dans le bide du nordiste pour l'instant mais aucun des deux ne cherchait vraiment à comprendre. Tant que QingMing ne souffrait pas de l'œuf qui incubait dans son ventre…
Zhuque les avait rassuré. L'œuf mettrait encore quelques semaines avant d'éclore. Avant, il faudrait que QingMing le ponde.
Il l'avait fait rentrer, il arriverait bien à le faire sortir. Ce n'était pas comme si un œuf grossissait une fois pondu, n'est ce pas ?
Alors en attendant ce moment qui promettait d'être encore très cocasse (non), Boya était aux petits soins pour son compagnon.
Qu'ils apprennent à vivre ensemble en même temps n'était qu'un effet de bord positif.
Satisfait, Zhuque observait la croissance de son nouveau corps, bien au chaud dans le ventre du partenaire de son Elu.
Il se nourrissait de leur force à tous les deux autant qu'il leur offrait la sienne.
Zhuque avait hâte de vivre à nouveau. Il avait hâte aussi de voir comment serait la forme semi-humaine qu'il avait choisit.
Le Phénix voulait revivre. Avoir les deux prêtres comme parents promettait des années d'amusement et de découvertes.
Et puis, Zhuque était un dieu. Ils ne pouvaient pas lui en vouloir.
Enfin… Zhuque l'espérait. Peut-être aurait-il du leur demander leur avis avant? Mais être leur petit, les avoir comme parents? Zhuque avait été incapable de résister à la tentation.
A force de sentir l'affection timide et croissante des deux hommes pour son nouveau corps, il culpabilisait lentement de les avoir entourloupés.
Ils lui pardonneraient bien ses petites magouilles une fois que son nouveau corps serait dans leurs bras, n'est ce pas?
