Chapitre 13
Artemia marchait doucement. Très doucement. Elle savait qu'elle n'avait pas d'autres choix que d'avertir son père, mais ses pieds refusaient de la conduire jusqu'à son bureau. Elle détestait cette pièce. Elle n'aimait pas l'homme qu'il était à l'intérieur: Froid, distant, venimeux. Bien que son père n'était pas réellement différent, il l'était quand même.
Arrivée devant la porte de son bureau, elle resta planter devant, incapable de bouger, incapable de frapper deux coups sur cette grande porte qui lui semblait si menaçante. Elle tenta de calmer sa respiration, de se remémorer l'explication qu'elle avait préparée durant son chemin. Puis, appelant tout ce qui était Gryffondor en elle, elle frappa enfin.
Elle regretta presque aussitôt son geste. Ses jambes, son corps, son instinct de survie lui criaient de fuir. La voix de son père traversa la porte comme un coup de tonnerre. Elle inspira à pleins poumons puis poussa la porte.
Dès qu'elle entra, elle sut qu'il n'était pas d'humeur légère. L'air était glacial, presque suffocant. Ses poils se hérissèrent sur ses bras et son dos. Même les ingrédients de Potions enfermés dans les bocaux semblaient lui crier de disparaitre.
Justement, tu tombes bien, lança-t-il sans même lever les yeux de la pile de parchemins qui encombrait son bureau.
Il était assis à son bureau, au-dessus d'une pile de parchemin, la plume à la main et fouilla dans ses documents.
Peux-tu avoir l'obligeance de m'expliquer ça?
Artemia ferma doucement la porte, comme si elle craignait de la claquer puis s'avança vers lui. Son regard se fixa immédiatement sur le devoir qu'elle avait rendu le matin même. Elle avala sa salive en découvrant le gros P entouré en rouge au milieu de son parchemin. Elle savait que son devoir n'était pas exceptionnel mais elle ne l'imaginait pas si mauvais.
Potions?
Elle grimaça face à sa piètre tentative d'humour. Elle était incapable de lui avouer qu'elle avait oublié ce devoir. Elle savait déjà qu'il allait lui reprocher son manque d'organisation.
Tu te trouves drôle? Tu vas refaire ce devoir. Il est hors de question que ma fille soit une imbécile par manque de travail personnel. Tu m'entends bien?
Elle hocha la tête, les yeux baissés sur son parchemin recouvert d'encre rouge. Elle essaya de contenir son énervement. Si son père n'était pas professeur, elle n'aurait pas à subir un tel fardeau, ni à le prévenir de tous ses écarts.
Qu'est-ce que tu voulais?
Son ton était dur, abrasif. Elle sentait qu'il lui en voulait pour ce devoir raté et qu'il ne passerait pas outre facilement. Elle hésita quelques secondes, consciente qu'elle n'avait pas le choix que de tout lui raconter. Il finirait par l'apprendre. Malfoy ne manquerait de déformer la situation. Mais c'était la deuxième fois qu'ils avaient une altercation et les apparences n'étaient pas en sa faveur. Elle détestait la situation.
Justement, je voulais te parler du…devoir.
Les yeux sombres de son père plongèrent dans les siens et elle se sentit agressée par l'intensité de ce regard. Comme s'il cherchait à l'envouter, à l'obliger à dévoiler tous ses secrets. Elle détourna le regard, se forçant à respirer.
Depuis deux jours, Hermione m'évite et reste avec les garçons et…
Il baissa les yeux, reprit sa plume dans sa main.
Tes querelles de Gryffondor ne m'intéressent pas.
Il barra d'un geste vif un paragraphe sur le parchemin d'un de ses camarades. Elle éprouva presque de la compassion pour sa classe qui allait pâtir de sa mauvaise humeur par sa faute.
Mais écoute! C'est à cause de ça que je n'ai pas réussi à me concentrer sur le devoir.
Il releva la tête, manifestement ennuyé par la discussion. Elle espérait que sa confession adoucirait son humeur, mais il ne semblait pas se détendre.
C'est une bonne chose alors que tu te sois détournée de tes amitiés, tu auras davantage de temps pour refaire ton devoir.
Elle serra les poings, se mordit les lèvres pour réprimer une réplique. Elle ne savait pas comment lui avouer le reste. Son cœur battait la chamade et son estomac se nouait.
Va voir ta Directrice de Maison si tu veux parler de tes querelles entre Gryffondor. Ce n'est pas de mon ressort.
Il se pencha de nouveau sur sa pile de parchemin. Elle ouvrit la bouche mais il ne lui laissa pas le temps de parler.
J'attends ton devoir dans deux jours.
Elle resta quelques instants à l'observer, son regard s'attardant sur les ratures qu'il traçait avec colère. Les larmes lui montèrent aux yeux, sa vision devint trouble et sa gorge se noua. Elle fit demi-tour et claqua la porte en quittant son bureau, libérant enfin la tension qui l'étouffait.
ooo
Artémia essayait de se concentrer sur ce que lui racontait Hermione mais elle peinait à suivre son monologue matinal.
Vous avez vu les Serpentards ce matin? s'exclama Harry, un grand sourire illuminant son visage, en s'asseyant à côté d'Hermione.
Une dizaine de Serpentard firent leur entrée dans la Grande Salle, leurs cheveux teints en rose et scintillants de paillettes. Artemia remarqua quelques mèches roses des filles de Sixième année dissimulées sous des chapeaux. Des Troisième Années déambulaient, le visage rayonnant, comme s'ils appréciaient la blague.
C'est génial! S'exclama Lee, installé à côté d'Artémia.
Artemia tourna la tête et échangea un sourire complice avec Fred et Georges, incapables de cacher leurs grands sourires.
C'est vous les gars? Demanda Harry, perplexe.
Le sourire de Fred s'élargit tandis que Georges lui fit un clin d'œil avant de se retourner vers Angelina, qui pointait du doigts Marcus Flint.
Où est Ron? Il dort toujours? Demanda Artémia en scrutant les alentours.
Harry et Hermione s'échangèrent un regard furtif et Artémia comprit qu'il s'agissait de leur histoire de dragon.
Il est à l'infirmerie depuis hier soir, chuchota Harry en se penchant vers elle.
Elle fronça les sourcils, l'inquiétude l'assaillant.
Qu'est-ce qu'il lui arrive? Il va bien?
Attention, on pourrait presque croire que tu t'inquiètes pour lui, Mia, plaisanta Harry.
Elle leva les yeux au ciel, exaspérée.
Il va bien… Il…
C'est par rapport à Hagrid et son… animal? Chuchota-t-elle à son tour.
Elle aurait presque pu rire de la réaction de ses amis tant leurs yeux s'agrandirent et leurs visages perdirent de leur couleur.
Tu étais au courant?
Elle hocha la tête.
Malfoy s'est fait un malin plaisir de me l'apprendre, répondit-elle avec une once de froideur.
Ils baissèrent les yeux et Artémia ressentit une satisfaction amère à les voir éprouver de la honte.
Pourquoi vous ne m'avez rien dit?
Artémia fixait Hermione intensément et celle-ci semblait rétrécir sous le poids de son regard bleu.
C'était juste un mauvais concours de circonstances et…
Oh regarde Rogue! S'exclama Lee, en lui donnant un coup de coude dans les côtes.
Elle tourna la tête pour le voir. Il ne cherchait pas à cacher ses cheveux roses. Les paillettes qui collaient à sa cape et à son visage scintillaient comme des étoiles dans l'obscurité. Son regard noir parcourut la Grande Salle et se fixa sur elle. Son cœur s'arrêta une seconde. Il fit un premier pas dans sa direction. Elle avala difficilement sa salive, son cœur reprit un rythme effréné et ses mains s'humidifièrent. Elle se demanda si son cœur ne risquait pas de l'abandonner tant il tapait fort dans sa poitrine. Elle s'était moquée de la réaction de ses amis quelques minutes plus tôt mais à cet instant, elle ne se sentait pas plus courageuse.
Qu'est-ce que tu as fait, Artémia? S'enquit nerveusement Hermione.
Elle pensa à Malfoy, à sa blague, à son devoir -une nouvelle fois pitoyable- qu'elle avait rendu. Elle ne savait que répondre.
Il n'était plus qu'à quelques mètres d'elle. Ses jambes lui criaient de fuir, de courir autour de la table des Gryffondor pour échapper à son emprise. Avec un peu de chance, un élève le ferait trébucher et elle pourrait s'enfuir. Loin dans la forêt et ne jamais revenir.
La main qui agrippait son col de chemise la ramena brusquement à la réalité. Le silence s'était installé dans la Grande Salle, même les professeurs avaient posé leurs couverts. Tous les regards étaient braqués sur elle. Enfin, sur eux deux.
Tu viens avec moi immédiatement.
Elle ne savait pas si c'était l'acidité de ses mots, son égo froissé ou les ongles enfoncés dans sa chair quand il la souleva pour la mettre sur ses pieds mais elle avait mal.
Lâche-moi !
Elle se débattit mais sa prise était ferme. Elle osa lever les yeux mais baissa le regard la seconde suivante. Ses yeux n'étaient pas simplement noirs, ils brûlaient d'une colère intense. Elle eut l'impression qu'il plantait davantage sa main dans sa clavicule. Une grimace de douleur s'échappa de ses lèvres.
Elle pouvait voir les regards de ses camarades, certains menaçaient de s'évanouir devant la rage du professeur. L'incompréhension se lisait sur le visage des autres. Pourquoi le professeur Rogue, si secret, faisait-il de son histoire personnelle un spectacle? Elle n'était qu'une Première Année, qu'avait-elle pu faire de si terrible?
Regarde-moi, lui ordonna-t-il, presque silencieusement.
Elle garda la tête baissée, incapable de soutenir son regard enflammé. Il glissa son pouce sous son menton et la força à relever la tête. Sa main tremblait de colère.
Severus!
Artemia profita de l'interpellation du professeur McGonagall pour s'extirper de sa prise. Son père la regardait avec une haine palpable, presque avec dégoût. Elle pouvait voir sa lèvre supérieure trembler. Elle sentait sa magie s'agiter et comprenait la peur des autres élèves.
La main du professeur McGonagall remplaça celle de son père et elle tressaillit. A ses côtés, elle avait l'impression de pouvoir respirer à nouveau.
Severus, tu perds ton sang-froid, mon garçon.
La voix paisible du Directeur la rassura. Elle avait l'impression d'être soutenue. Il posa sa longue main sur l'épaule rosâtre du Maître des Potions.
Il semblait reprendre ses esprits, balayant enfin la Grande Salle du regard avant de poser une dernière fois ses yeux sur sa fille et de faire demi-tour, faisant voler sa cape noire et pailletée. Elle n'arrivait pas à rire de la situation, pas même de ses cheveux roses.
Vous allez bien Artémia?
La voix autoritaire de la Directrice de Gryffondor était étonnamment douce. Artémia frotta son épaule, hochant la tête en réponse. Le Directeur l'observa à son tour, son regard ayant perdu toute trace de sympathie.
A l'avenir, Miss Rogue, je vous prierai de ne pas le pousser à bout.
Si le regard de Rogue était brûlant et donnait l'impression de vous étouffer, celui de Dumbledore, plus clair, était tout aussi pesant, perçant, malaisant à sa manière.
Albus, ce n'est pas la première fois que Severus réagit excessivement et…
Dumbledore leva son index, ne laissant pas la professeur continuer son explication. Il partit à la poursuite de son professeur de Potions. Artemia observa le professeur McGonagall fixer la robe pourpre du Directeur, même lorsqu'il avait disparu. Elle n'eut pas besoin de lever la tête pour savoir que sa Directrice assemblait le puzzle.
C'est votre œuvre, cette plaisanterie?
Elle avait repris sa voix imposante d'autorité et son regard sévère. Artémia baissa les yeux, hochant timidement la tête.
Nous allons éclaircir tout ça à neuf heures dans mon bureau, déclara le professeur, les lèvres pincées.
Artemia la regarda disparaître de la Grande Salle, sentant tous les regards sur elle. Elle retrouva sa place, à côté de Lee, avec la volonté de disparaître.
C'était… commença Harry.
Incroyable! Termina Lee avec un large sourire.
L'expression très réprobatrice d'Hermione lui indiqua tout le contraire.
ooo
En se levant ce matin-là, Artémia n'avait pas imaginé que sa journée se déroulerait ainsi. D'abord, elle ne pensait pas que son père comprendrait si rapidement qu'elle et les jumeaux étaient à l'origine de la blague. Ensuite, elle n'aurait jamais cru qu'il l'afficherait dans la Grande Salle. Elle n'imaginait pas non plus recevoir des insultes de la part des Serpentards. Elle pensait vraiment passer incognito avec les jumeaux. Ils se faisaient rarement prendre. Mais la blague était trop importante et surtout, elle avait atteint le professeur Rogue. Fred et Georges n'avaient pas hésité à la suivre dans le bureau du professeur McGonagall. Leur blague, leur punition. Ils prenaient un plaisir démesuré à voir les cheveux des Serpentards dans cette couleur pour ne pas revendiquer le mérite. Malheureusement, leur sablier avait souffert de l'incident: Ils avaient perdu 20 points chacun et écopé d'une semaine de retenue. Artémia pensait que leur directrice devait apprécier la plaisanterie pour ne pas avoir été plus sévère. Elle leur avait rappelé qu'il était inadmissible de s'attaquer à une autre Maison mais son expression trahissait un certain amusement.
Artémia était assise devant le bureau de Dumbledore, qui la fixait, en silence depuis de longues secondes. Elle cachait ses mains sous ses jambes pour éviter qu'elles ne tremblent. Seuls le cliquetis d'un objet dans le bureau et leurs respirations rompaient le silence lourd.
Je me trouve dans une situation délicate, voyez-vous Miss Rogue.
Elle se sentit soulagée que le vide soit enfin comblé par la voix du professeur mais elle n'arrivait pas à lever la tête.
Il est reconnu que j'ai une petite tendance à être…comment dire… plus clément avec les Gryffondor. Une vieille habitude, dirons-nous.
Sa poitrine était lourde et elle s'obligeait à faire rentrer de l'oxygène. Elle ne savait pas pourquoi elle avait été convoquée chez le Directeur. Avant le diner, il lui avait tapoté sur l'épaule, lui intimant de venir le voir après le repas. Elle n'avait rien avalé depuis.
Malheureusement, les événements passés m'ont appris que cela ne servait pas toujours le Bien commun.
Artémia fronça les sourcils et leva la tête. L'homme qu'elle avait devant elle n'était pas celui qui l'avait accueillie presqu'un an plus tôt. Elle avait du mal à lire son expression mais elle devinait son mécontentement.
Vous devez vous interroger sur la raison de votre présence, étant donné que le professeur McGonagall vous a déjà réprimandée ce matin.
Elle hocha la tête. Dumbledore laissa quelques secondes s'écouler avant de reprendre la parole.
Monsieur Malfoy prétend que vous l'avez attaqué dans un couloir il y a deux jours, déclara- t-il en croisant les mains devant lui.
Elle baissa les yeux et se mordit la lèvre. Avec tous les évènements de la journée, elle avait oublié ce détail. Elle pensait que Malfoy n'avait rien dit finalement. Elle s'était trompée.
Je vois.
Plusieurs cliquetis retentirent avant qu'il ne reprenne la parole. Elle pouvait gouter le sang sur sa langue.
Après les évènements de ce matin, le professeur Rogue ne souhaitait pas s'occuper de la situation.
Artémia acquiesça, lèvres pincées. Elle ne pouvait décidemment pas lui en vouloir. Le Directeur avait peut-être raison. Elle l'avait poussé à bout. Elle ne savait pas pourquoi elle avait proposé aux jumeaux de modifier la blague qu'ils avaient préparée plus tôt et de la diriger vers les Serpentards. Elle en voulait à Malfoy, elle en voulait à son père. Sur le moment, elle n'avait pas hésité.
Et puisque ce n'est pas votre premier écart, le professeur McGonagall m'a demandé d'intervenir.
Elle enfonça davantage ses incisives dans sa lèvre inférieure.
Monsieur Malfoy dit que vous avez voulu l'étouffer, qu'il n'arrivait plus à respirer. Ce sont là de graves accusations.
Les larmes menaçaient de remplir ses yeux mais elle ne voulait pas craquer. Elle n'était pas la Première Année pleurnicheuse.
J'ai du mal à croire qu'une élève de Première Année en soit capable.
Elle n'était pas fière de ce qu'elle avait fait. Elle réalisait, avec du recul, que peut-être, elle avait été trop cruelle, qu'elle était allée trop loin.
Je serai curieux de savoir quel sortilège vous avez utilisé.
Le sortilège de Ratatinage sur ses vêtements, marmonna-t-elle.
Le Directeur souleva ses lunettes en demi-lune et se frotta les yeux. Il semblait fatigué. Fatigué d'elle, peut-être.
- Je dois avouer, Miss Rogue, qu'il y a un certain temps qu'un élève de Première Année m'ait posé autant de soucis, commença-t-il. Détourner un sortilège de Deuxième Année pour attaquer un camarade de classe est un fait préoccupant.
Elle goutait encore le sang dans sa bouche.
- Je devrais vous renvoyer.
Elle eut l'impression que son estomac tombait à ses pieds. Pourtant, elle n'arrivait pas à trouver sa voix pour se défendre. Elle inspira et soupira bruyamment. Elle pourrait retourner en France, comme c'était prévu depuis le début. Ne plus voir son père, avoir une scolarité normale. Ce n'était pas la première fois que l'idée lui traversait l'esprit.
- J'imagine que Madame Maxime n'aurait aucune réticence à vous accepter dans son école. Il marqua une pause. Il serait, alors, seulement question de déplacer le problème.
Elle releva la tête. Elle était donc considérée comme un problème. Elle serra les dents.
- Je pense vous laisser encore une dernière chance. Après tout, les circonstances sont particulières.
Elle baissa à nouveau les yeux, extirpa ses mains sous ses jambes et lissa sa jupe.
- Je perçois de la déception, je me trompe, Miss Rogue? s'enquit Dumbledore.
Artemia fixa le Directeur, la lèvre tremblante. Elle pouvait apercevoir une étincelle dans ses yeux bleus; elle l'intriguait et elle détestait ça.
Si j'étais dans une autre école, il n'y aurait justement pas de situation particulière, grommela-t-elle.
Dumbledore l'observa sans la moindre réaction, se leva de son fauteuil et se tourna vers la grande fenêtre. Il resta immobile pendant une longue minute avant de se retourner et de poser les mains sur le dossier de son fauteuil.
Dans le chaos des tempêtes, les étoiles trouvent souvent leur chemin.
Elle fronça les sourcils et se demanda si le Directeur n'avait pas changé de sujet.
Vous allez devoir apprendre à vivre avec. Votre comportement ne peut s'expliquer par la seule présence d'un parent à Poudlard.
Elle leva les yeux au ciel. Ce n'était pas n'importe quel parent ou n'importe quel professeur.
Je pense que j'aurais beaucoup moins de problèmes avec le professeur McGonagall, en comparaison.
Il esquissa un sourire et reprit sa place initiale sur son fauteuil, toucha sa longue barbe blanche.
Vous allez devoir vous excuser auprès de Monsieur Malfoy.
Elle acquiesça en soupirant. Elle imaginait déjà son sourire narquois.
Ainsi qu'au professeur Rogue, conclut-il sans la moindre expression sur son visage.
Artemia laissa échapper un soupir.
Je ne lui ai rien fait! Je ne l'ai pas obligé à se rendre dans la Salle Commune des Serpentards.
Le visage de Dumbledore se ferma davantage. Elle n'aurait même pas cru que c'était possible. Elle était presque étonnée de le voir réagir ainsi pour son père. Les bruits de couloir laissaient supposer que le professeur Dumbledore n'était pas la figure d'autorité du château et qu'il laissait volontiers la place au professeur McGonagall. Pourtant, elle avait l'impression qu'il voulait l'écraser sous la force de son regard. Son père avait la colère électrique, il était possible de percevoir sa magie s'agiter, le besoin viscéral de s'exprimer, de s'extérioriser. Celle de Dumbledore était froide, calme.
Le professeur Rogue réagit très mal aux humiliations. Je ne pense pas m'avancer en disant qu'il sera encore moins tolérant venant de sa propre famille.
Artemia leva les yeux au ciel. Ils ne formaient pas une famille. Elle ne le ressentait pas comme ça. Elle avait plutôt l'impression d'être sous la tutelle du professeur Rogue.
C'était juste une blague! Une parmi tant d'autres qui n'était même pas dirigée contre lui personnellement. Il n'y a pas longtemps le turban du professeur Quirrel a été ensorcelé et le professeur Flitwick a reçu un sortilège d'Allégresse. Vous n'en avez pas fait toute une histoire!
Il ne parut pas surpris de sa réaction, comme s'il s'attendait à ce qu'elle lui tienne tête. Il croisa ses longs doigts sur le bureau.
C'est une question de respect, Miss Rogue.
Ce n'est pas juste.
Elle croisa les bras sur sa poitrine et elle trouva assez de courage en elle pour supporter le regard du professeur Dumbledore quelques secondes.
Vous ne pouvez pas me forcer à lui présenter mes excuses.
Il l'observa longuement, sans même cligner des yeux. Elle devinait qu'un tourbillon de pensées l'assaillait derrière ses lunettes en demi-lunes. Il cligna des yeux, décroisa les doigts et exécuta un mouvement circulaire de sa main droite.
Votre baguette, Miss Rogue, ordonna-t-il d'une voix dénuée de bienveillance, en avançant la main gauche vers elle.
Elle fronça les sourcils et ne fit aucun geste pour la lui donner. Devant son manque de coopération, il fit léviter un petit anneau en cuivre dans la paume de sa main droite.
Cet anneau est un Obstructeur de Magie. Avant l'instauration de la Trace, il était utilisé pour empêcher les sorciers mineurs d'utiliser la magie en dehors de Poudlard. J'en ai conservé quelques-uns avant leurs destructions. J'étais persuadé qu'ils pouvaient s'avérer utile dans certaines conditions.
Elle ne comprenait pas exactement ce que voulait dire le Directeur mais elle se doutait que cette mesure ne lui plairait pas.
Habituellement, la simple menace de renvoi suffit à un élève pour…comment dire… tempérer ses excès de caractère. Mais je réalise que le renvoi de Poudlard n'est pas une sanction qui vous inquiète vraiment.
Elle sentit la chaleur lui monter aux joues.
Cependant, il serait inacceptable en tant que figure d'autorité de vous laisser partir sans vous inciter à adopter un comportement plus approprié. Cet anneau sur votre baguette vous empêchera de pratiquer la magie en dehors de vos salles de classe.
Artemia ouvrit de grands yeux.
Même dans la Salle Communeou mon dortoir?
Il acquiesça, impassible. Elle comprit rapidement les implications de cette punition.
Mais je ne pourrais pas m'entrainer pour les examens!
Bien sûr que vous pourrez, dans la Grande Salle, lors de vos temps d'études dédiés.
Elle serra les poings.
Jusqu'à quand?
Sa voix tremblait.
Jusqu'à ce que vous saisissiez l'importance du respect des règles. Il est crucial de comprendre que certaines règles existent pour garantir votre sécurité et celle de vos camarades.
Elle se mordit la lèvre pour contenir sa colère. Mais elle ne put s'empêcher de répliquer.
Ce n'est pas une question de sécurité. C'est parce que je refuse de m'excuser auprès du professeur Rogue et vous cherchez un moyen de m'y obliger, déclara-t-elle d'un ton accusateur.
Je respecte votre singularité, Miss Rogue. Je n'ai pas l'intention de vous contraindre à entrer dans un moule. Je suis moi aussi un sorcier unique.
Il se leva de son fauteuil et se tourna vers un objet à côté de son bureau, semblable à un atlas en forme de lune. Il passa sa main devant et la lune devint noire.
J'ai acquis certaines leçons à mes dépens. J'aurais souhaité les apprendre autrement. Il marqua une pause avant de tourner la tête et de la fixer. J'ose espérer que vous me remercierez un jour.
Elle fronça les sourcils.
Je ne comprends vraiment pas… murmura-t-elle.
Il y avait tant d'autres étudiants qui se battaient dans les couloirs sans jamais être réprimandés. Elle avait du mal à croire qu'elle était considérée comme la terreur de Poudlard. Elle l'observa contourner son bureau, s'arrêter devant elle et tendre sa longue main blanche. Artemia leva les yeux, implorant le Directeur de revenir sur sa décision. Quand il ne bougea pas, elle déposa d'une main tremblante sa baguette. Il ferma la main puis l'ouvrit à nouveau quelques secondes plus tard. Elle récupéra sa baguette en grimaçant. Elle pouvait sentir l'entrave, la restriction, le filet qui retenait sa magie. Elle glissa sa baguette dans sa poche pour ne plus ressentir la sensation d'oppression.
Vous pouvez y aller, Miss Rogue.
Elle hocha la tête et se leva.
- Miss Rogue?
La voix froide du Directeur l'interrompit alors qu'elle avait la main sur la poignée de porte. Elle se retourna.
- Un mot de ma part et Madame Maxime pourrait refuser votre inscription à Beauxbâtons.
Il lui fallut quelques secondes pour saisir la gravité de ses mots. Elle avala difficilement sa salive, hocha doucement la tête et poussa la porte.
Je vous remercie pour vos retours. Je n'ai pas oublié cette histoire, elle est toujours restée dans ma tête, Artemia vivant sa vie. Je pourrais d'ailleurs créer pleins de drabbles tellement j'ai de scènes en tête. Peut-être que j'envisagerai cette possibilité si je vois que je n'utilise pas ces scènes.
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. Est-ce que vous appréciez ce que devient Artemia ?
