Ce mois-ci, une fois n'est pas coutume, je n'ai presque pas arrêté d'écrire.
C'est un des chapitres les plus longs que j'ai écrits, pourtant il ne va même pas jusque là où je l'avais prévu. J'avais pourtant de si beaux plans de cliffhanger!
Mais bon, tant pis.
Vous aurez encore du fun au prochain chapitre comme ça!
Par contre, je vais devoir revoir à la hausse mon estimation du nombre de chapitres restants, du coup.

Bref, j'espère que vous aimerez ce nouveau chapitre. J'ai une pensée émue, en le postant, à toustes celleux qui m'ont dit "Oh, un chapitre qui fait pas pleurer!" sur le dernier. Prepare your tissues!

Et comme souvent, je tiens à remercier toutes les personnes qui me laissent des reviews, c'est vraiment important pour moi :)

Bonne lecture!


Comme d'habitude, je suis recrachée sans grâce par la cheminée. Je réussis néanmoins à ne pas perdre l'équilibre, ce qui est déjà ça de gagné. En regardant autour de moi, je vois la mère d'Ewald se diriger vers moi au moment où mon ami fait son entrée, avec infiniment plus de distinction, bien sûr.

«C'est un plaisir de t'accueillir à nouveau, Vivian!
-Merci beaucoup!» je réponds, sincèrement.
Même si ce vieux manoir est beaucoup trop vaste, même si il est un peu froid, je suis heureuse d'y revenir.
«Désolée de m'imposer à nouveau chez vous pour si longtemps...» j'ajoute, vaguement embarrassée
«Il y a de la place, tu le sais. Tu ne déranges pas du tout, et je sais que ça fait plaisir à Ewald de t'avoir à la maison.»
Je sens la chaleur de la sincérité derrière les mots, et je ressens beaucoup de gratitude à cet instant, décuplée par la présence du Serpentard à mes côtés.

Je m'installe dans la même chambre qu'à Noël. Ewald la désigne par «ta chambre», ce qui me provoque un nouvel excès de reconnaissance. Ensuite, le vert et argent (qui ne m'a pas quittée depuis notre arrivée) m'invite à descendre au salon où sa mère nous attend. Je profite de l'occasion pour lui donner les biscuits préparés avec ma mère. Je me sens un peu gauche, dans cette demeure de luxe, avec mes biscuits faits à la main, mais Rosemary me renvoie un sourire sincère qui me met à nouveau à l'aise. Les elfes de maison mettent rapidement en place un petit apéritif, et nous nous installons autour de la cheminée, éteinte à cette période de l'année, rapidement rejoints par la grand-mère d'Ewald.

Comme toujours, elle affiche sa tête neutre, que d'aucuns pourraient qualifier d'austère sans que ça soit une exagération. Je suis suffisamment familière avec les Serpentards pour savoir que c'est son masque, similaire à celui que porte Ewald lorsqu'il n'est pas avec Arthur, Alphonse ou moi. Pourtant, un infime plissement de ses lèvres laisse entendre qu'elle est contente de me voir.

«Bon retour parmi nous, jeune fille.
-Merci, madame.»

Elle me considère un instant, avant de dire d'un ton pincé:

«J'imagine que vous pouvez simplement m'appeler Amaranthe, puisque nous sommes vouées à nous fréquenter dans des contextes informels.
-Je vous remercie.» je réponds, aussi dignement que possible.
La matriarche a un sourire léger, si bref que je ne suis pas sûre de ne pas avoir été simplement victime d'une illusion d'optique. Elle s'assoit ensuite dans le canapé à côté de sa fille, et son arrivée signe le début de l'apéritif.

J'ai cependant à peine le temps de goûter un biscuit salé d'une jolie couleur vert clair avant que la grand-mère d'Ewald ne reprenne la parole.

«Je dois dire que je suis positivement impressionnée par vos résultats scolaires, jeune fille. Ewald nous a dit que vous étiez parvenue à être acceptée en troisième année.»
Je retiens le «Vous pouvez simplement m'appeler Vivian, puisque nous sommes vouées à nous fréquenter dans des contextes informels» qui me vient aux lèvres, me contenant d'incliner la tête pour recevoir le compliment, me sentant vaguement ridicule et maladroite. La présence d'Ewald, à ma droite, est réconfortante.

«Quelles options avez vous choisi de suivre?
-Étude des runes anciennes et Initiation à la magie élémentaire sans baguette.»

La vieille femme hausse un sourcil appréciateur, mais sa fille réagit en premier:
«Ce sont des options très intéressantes!
-En effet. Ce sont de très bons choix, jeune fille. Je ne savais que Poudlard avait retrouvé un professeur capable d'enseigner la magie élémentaire.
-Je ne sais pas encore de qui il s'agit.» j'admets «Est-ce que c'est un domaine proche de la magie naturelle?» j'ajoute, par curiosité, et dans l'espoir d'arrêter d'être le centre d'attention.

À nouveau, la vieille femme (compliqué de commencer à l'appeler Amaranthe, même dans ma tête), a un léger sourire fugace, presque fier cette fois.
«Voici une question pertinente! En effet. Lorsqu'elle est pratiquée sans baguette, la magie élémentaire est en fait un domaine de la magie naturelle, l'une de ses composantes.
-Une composante..? Quelles sont les autres?»
Rosemary se redresse sur son siège, et sa mère lui fait un sourire avant de la laisser répondre, comme une institutrice.
«La méditation, qui permet de ressentir les flux magiques, et très importante en magie naturelle. Les rituels aussi, qu'ils soient codifiés ou spontanés. La dernière composante est la magie astrale.»
Amaranthe approuve la réponse de sa fille, qui ne m'inspire que davantage de questions. Je trouve ça hyper intéressant. J'apprends que comme les magies de l'esprit (elles aussi pratiquées principalement sans baguette), la magie naturelle n'est pas enseignée à Poudlard à cause d'une multitude de facteurs. Un apprentissage compliqué quand les sorciers sont habitués à utiliser leur baguette, un savoir rare et potentiellement dangereux, et une nécessité de simplifier l'apprentissage. Aussi, c'est une branche de la magie qui nécessite quelques aptitudes naturelles. Comme le confesse Ewald, lui n'y est pas spécialement doué, et est par conséquent limité dans son apprentissage. Lorsque je pose des questions sur la magie astrale, j'apprends qu'elle est très liée aux rituels et nécessite une grande connaissance de l'astronomie. Apparemment, les centaures y excellent, et les sorciers humains sont très limités dans son usage. Pour ce qui est de ressentir les flux magiques, j'apprends que c'est une discipline liée également à la lecture des auras, ce qui flirte avec les magies de l'esprit.
Lorsque la conversation dérive un peu sur les manières de pratiquer la magie, et entre autre sur les informulés, Amaranthe a une remarque qui me surprend mais qui fait totalement sens: La métamorphose est fondamentalement une magie de l'informulé. Presque toutes les formules qu'on apprend en cours sont de simples béquilles pour faciliter nôtre apprentissage. Et c'est complètement logique. C'est absurde d'avoir des formules spécifiques pour changer un cochon en bureau par exemple, ou une allumette en aiguille. Ça voudrait dire qu'il faudrait une formule par métamorphose possible, ce serait infini! Par contre, il existe des formules génériques qui aident à cristalliser le sort, qui sont réellement utilisées à plus haut niveau. Une pour la métamorphose d'inanimé à inanimé, une d'animé à inanimé, une autre d'inanimé à animé, et enfin une consacrée à l'animé. Apparemment, il est possible de s'en passer, mais, celles-ci sont les plus utiles, surtout pour les gens qui ne parviennent pas à lancer des sorts informulés. Et ces formules là sont au programme de septième année, comme me l'apprend Ewald. Après cette discussion vraiment passionnante, nous passons enfin à table. Il commence à se faire tard vu qu'on a pas mal discuté.

Le repas aurait pu être agréable, vraiment. Les elfes de maisons cuisinent aussi bien que ceux de Poudlard, après tout, et le manoir émeraude a cet avantage sur mon école de magie que ses occupants ne sont pas vraiment bruyants. Mais c'était sans compter Amaranthe, qui juste après l'entrée me demande:
«Vers quelle voie pensez vous vous orienter après Poudlard, jeune fille?
-J'avoue ne pas y avoir encore réfléchi.» je réponds honnêtement, prise au dépourvu.
La vieille dame pince les lèvres avec une mine mécontente.
«Je m'attendais à davantage de jugeote de votre part. Poudlard est le socle de vôtre avenir. C'est là que vos talents se découvrent, et que vous pouvez tisser des relations qui vous ouvriront des portes dans vôtre vie d'adulte. Je pensais que vous en auriez conscience, au vu de l'application que vous mettez dans votre travail scolaire. Choisir de sauter une classe n'est pertinent que si vous avez un plan en tête, sinon ce sera simplement une année de perdue pour créer vos relations à un moment de la vie de vos camarades où il seront le plus disponibles.»
Je n'ai pas envie de penser à l'avenir. Putain, si on va sur ce terrain, soyons réalistes: mon plan d'avenir a toujours été le suicide... Simple, efficace, réconfortant. Évidemment, je n'ai pas la sottise de le dire à la grand-mère d'Ewald, me contentant de répondre diplomatiquement:
«Je conçois totalement ce que vous me dites. Néanmoins, en tant que née moldue, je ne suis pas assez familière avec votre monde pour pouvoir encore choisir une voie définitive. Il y a tellement de possibilités, tellement de choses que je ne connais pas.»
J'ai réussi à garder une voix presque naturelle, et j'en suis fière. À l'intérieur de moi, les pensées et les sentiments commencent déjà à s'entrechoquer. Agacement devant le sujet choisi, envie de fuir, énervement devant le ton supérieur employé par la matriarche pour me faire la leçon… Plus que tout, je me sens sous pression. Je ne sais pas, je ne peux pas penser à l'avenir. C'est trop effrayant.

Ewald et sa mère se contentent de suivre la conversation sans réagir, tandis que leur aînée me répond.
«Bien sûr, il ne s'agit pas de savoir maintenant quel métier vous allez faire. Mais il serait de bon ton que vous vous en préoccupiez un peu. Vous devriez quand même savoir si vous pensez souhaiter plutôt développer vos talents pour la politique ou la recherche par exemple. Certains départements du Ministère offrent des perspectives d'avenir tout à fait acceptables, même si d'autres sont tout simplement des cachettes confortables pour les sorciers sans ambition.»
Elle me dévisage d'un regard critique, avant de poursuivre.
«Au vu des capacités dont vous avez déjà fait preuve, j'ose espérer que vous allez viser plus haut que ça. Vous devriez aussi travailler à commencer à tisser des alliances, sans quoi vous n'aurez jamais la moindre chance en politique.
-Je vous remercie pour vos conseils.» je réponds, soucieuse de trouver un moyen d'échapper à cette conversation sans la vexer. «J'en prends note. Je dois avouer que la politique n'est pas un domaine qui m'attire spécialement, néanmoins.
-Tout est politique, jeune fille. Que vous le souhaitiez ou non, vous n'obtiendrez pas votre place dans ce monde sur la base de vos simples talents.»
L'agacement doit transparaître sur mon visage avant que je ne me reprenne (merci Ewald pour les leçons d'Occlumencie), car la vieille dame ajoute, me lançant un coup d'œil aigu:
«J'ai conscience que c'est une vérité désagréable. Il est cependant important que vous l'entendiez, et que vous la preniez en compte.»
Je hoche la tête, me mordant les lèvres pour ne pas hurler. La main d'Ewald effleure la mienne alors qu'il la tend pour attraper son verre. Je sais que c'est n'est pas un accident, et j'en tire un léger réconfort.
«Je vous remercie pour vôtre franchise.» je réponds, d'une voie neutre, avant d'ajouter, incapable de m'en empêcher. «Néanmoins, je n'ai même pas encore décidé si je voulais travailler dans le monde sorcier ou moldu, et il me semble que c'est quelque chose qu'il me faudrait déterminer avant même de considérer toutes ces données, même si vos conseils restent valables.»
La vieille femme me regarde avec un air vaguement surpris, bien vite maîtrisé. Sa question laisse pourtant voir à quel point je l'ai désarçonnée:
«Pourquoi voudriez-vous tourner le dos à votre héritage?
-J'aime la magie.» je réponds, honnêtement. «Mais le monde moldu a aussi beaucoup à offrir. Les nouvelles technologies, la science…
-La magie coule dans vos veines, qu'importe les artifices mis en place par les moldus pour y parer?»
C'est qu'elle devient carrément insultante. En soi, ça ne me touche pas vraiment. Je ne pense pas que l'un des deux mondes soit supérieur à l'autre, ce sont deux sociétés qui ont évolué différemment, c'est tout. Ceci étant dit, je suis une sorcière. Et maintenant que j'ai fait l'expérience de la magie, je ne peux pas vraiment imaginer ma vie sans. J'aime lancer des sorts. J'aime sentir l'énergie en moi réagir lorsque je tiens ma baguette. Je ne sais pas de quoi sera fait l'avenir, et je ne veux surtout pas y penser, même si Amaranthe tente de m'y forcer. Si j'ai de la chance, je clamserai dans pas trop longtemps. Ça serait quand même beaucoup plus simple. Mais bref. J'imagine que je resterai dans le monde magique, à présent. Hors de question pour moi, néanmoins, de donner satisfaction à la grand-mère d'Ewald, surtout si c'est pour qu'elle continue à me donner ses conseils malvenus.

Heureusement, je n'ai pas besoin de trouver quelque chose à répondre, car Ewald intervient.
«Vous vous laissez un peu emporter, grand-mère.»
La vieille dame lance un regard noir à son petit fils, mais a la bonne grâce de dire.
«Je ne voulais pas vous sembler offensante jeune fille, je m'excuse si j'ai pu vous donner cette impression. J'ai simplement du mal à concevoir qu'on puisse choisir de se couper de la magie alors qu'elle fait partie de nous.»
Je hoche la tête pour montrer que j'accepte les excuses avant de répondre, d'une voix toujours calme grâce à l'occlumencie.
«Je n'en prends pas ombrage, vous n'avez connu que ce monde. Étant donné que ma famille est moldue et que j'ai grandi dans cet univers, ça me paraît naturel d'au moins le prendre en compte dans les possibilités. Quel que soit le choix que je fasse, la magie fait partie de moi, et je doute de cesser un jour de la pratiquer, peu importe quel sera mon avenir.» Une mort rapide serait fantastique, je pense. En tout cas, on dirait que je commence à savoir utiliser la formulation subtilement insultante.
Suite à ça, la mère d'Ewald intervient pour orienter subtilement la conversation sur d'autres sujets, et la grand-mère d'Ewald est bientôt entraînée dans une conversation concernant certaines familles dont je n'ai jamais entendu parler. Si c'est un soulagement de ne plus être le centre de l'attention, la discussion concernant mon avenir a définitivement détruit toute ma bonne humeur. Je garde une façade neutre, mais à l'intérieur j'essaye désespérément de ne pas paniquer. L'avenir est une page vide pour moi. Un univers immense empli de trop de contraintes. Vivre une vie d'adulte. Travailler. L'idée seule m'envoie dans une spirale d'angoisse. Être piégée à bosser sans cesse, à ne jamais avoir de temps, juste pour gagner sa vie. Lorsque j'étais Aurore, c'était mon pire cauchemar. À présent, c'est un poil moins effrayant, peut-être, parce que la magie peut me permettre de répondre à la plupart de mes besoins. Pour autant, juste essayer de me projeter plus de quelques semaines à l'avance est peine perdue pour moi, et m'emplit d'angoisse. J'arrive à peine à survivre, alors comment imaginer au-delà? J'en suis incapable. C'est pour ça que j'évite soigneusement d'y penser. Merde. J'ai besoin de me couper. J'ai envie de crever. Tout pour échapper à cette pression.
Je reste assise sur ma chaise, stoïque, affichant un calme entièrement simulé. L'esprit d'Ewald effleure le mien, me transmettant une vague de réconfort, je crois. Je n'ose pas ne faire plus qu'entrouvrir mes barrières de peur de le laisser percevoir comment je me sens. On vient juste de se retrouver, il y a mieux à faire. Et surtout, je ne veux pas en parler. Sa main m'effleure à nouveau, et je le regarde. Il fronce légèrement les sourcils, et je hausse imperceptiblement les épaules.
«Plus tard» je lui transmets, serrant les dents pour ne rien lui laisser percevoir par erreur.
Ensuite, je laisse le repas se dérouler en mode semi-automatique, ne participant que lorsque c'est absolument nécessaire. Même la part de cristal cake, au dessert, ne parvient pas à me redonner le sourire. Pourtant, le gâteau a été préparé exprès pour moi, comme m'en informe l'un des elfes de maison (Jamy, je crois) en déposant la part dans mon assiette. Je le remercie en souriant. Mon sourire est aussi vide que mes perspectives d'avenir.

oOo

«Je suis désolé pour grand-mère.
-Tu n'y es pour rien.» je soupire
Nous sommes enfin entre nous, de retour dans ma chambre. Je suis contente de pouvoir finalement être seule avec mon meilleur ami, même si je me sens toujours mal à cause de tout à l'heure. J'ai toujours autant envie de me couper, mais je ne peux pas le faire avec le Serpentard dans la pièce.
«Elle ne pensait pas à mal, mais elle est… Assez exigeante, et tu lui as fait bonne impression.»
Je hausse les épaules.
«Y a pas de mal.»
Ewald soupire.
«À d'autres, Vivian.»
Je relève les yeux pour le regarder. Comme à Noël, nous avons choisi de nous asseoir côte à côte sur mon lit, adossés au mur.
«Je sais qu'elle ne pensait pas à mal.
-Mais?» demande mon ami, haussant un sourcil
«Je n'ai pas envie d'en parler.
-J'en ai conscience. Je m'inquiète juste de te voir renfermée comme ça.»
Je serre les poings. Si je pouvais seulement me couper… L'esprit d'Ewald effleure le mien avec douceur, m'envoyant une vague d'apaisement tandis que ses doigts effleurent les miens. Une invitation que j'accepte, me cramponnant à sa main presque malgré moi.
Il ne dit rien de plus, me laissant sans doute faire un peu le tri dans ma tête, et je soupire. C'est tellement dur de ne pas me renfermer sur moi. Je sais… Je sais que je devrais communiquer avec lui, lui dire ce qu'il se passe. Je me débrouillais mieux, ces derniers mois… Finalement, avec des gestes un peu saccadés, je plonge la main dans ma poche pour saisir ma lame. Je la garde dans mon poing quelques secondes. Je sens que le Serpentard, à mes côtés, reste attentif, même si il ne sait pas ce qu'il se passe. Moi, je sais que je ne veux pas encore le faire souffrir. Et je sais que j'ai vraiment envie de me couper. Je ressors la main de ma poche, me tournant à demi vers mon compagnon sans pour autant le regarder avant de tendre la main vers lui, paume ouverte. Je le sens se tendre. Il fait, d'un ton interrogatif:
«Vivian?»
Je me mords la lèvre. Il faut vraiment que je le dise à voix haute?
«Prends la pour l'instant, sinon je vais me couper.»
Prudemment pour ne pas se blesser, le Serpentard récupère la lame. Il me transmet, par voie mentale:
«Merci»
Il accompagne le mot d'un sentiment dur à décrire, un mélange de fierté et de reconnaissance. Mal à l'aise, j'ajoute à voix haute, rapidement:
«C'est à condition que tu me la rendes en partant.
-Je n'aime pas ça, Vivian.»
Je croise son regard pour la première fois depuis le début de la conversation. Ses yeux sont rivés sur moi, et je vois clairement l'inquiétude sur son visage, qu'il ne prend pas la peine de masquer alors que nous sommes entre nous. Je détourne les yeux. Je me sens coupable.
«Je ne peux pas faire mieux. Pas pour l'instant. Je suis désolée.»
Il m'attire doucement contre lui après avoir fait disparaître la lame de mon champ de vision, et je me blottis dans ses bras. Il me chuchote:
«Ce n'est pas grave. Merci pour ça, déjà. Parle moi, d'accord?
-Si j'en parle, ça sera d'autant plus dur à mettre de côté.»
Il ne répond pas tout de suite, prenant le temps de me serrer contre lui encore un peu avant que l'on se sépare lentement. À ce moment là, je sens bien que je ne vais pas y couper (hélas), mais je me sens un poil plus calme.
«Tu m'inquiètes vraiment, Vivian.»
Je soupire.
«C'est juste que… Ta grand-mère a touché un point sensible.»
Le pouce d'Ewald trace des cercles apaisants sur ma paume. Il ne dit rien, me laissant trouver les mots à mon rythme.
«Je… Je n'aime pas penser à l'avenir. Ça me paralyse. C'est ridicule, hein?» je fais, avec un reniflement d'auto dérision.
«Je ne crois pas, non.» répond Ewald, simplement.
«Allez, j'ai quoi. Onze ans? En apparence, hein. C'était pareil dans mon autre vie, Ewald. J'ai jamais changé. J'arrive pas à voir plus loin qu'une poignée de jours, je crois qu'attendre mon séjour chez toi a été le seul truc que j'aie attendu de l'avenir à si longue échéance! Deux putains de semaines. Je panique totalement si je dois penser sérieusement à ce qui va venir plus tard. J'ai jamais prévu de vivre jusque là de toute façon, tu me diras. J'ai juste envie de crever.»
Ewald se tend, et je ressens une pointe de culpabilité. Ça ne m'arrête pas pourtant, maintenant que je suis lancée.
«Je suis censée faire quoi, hein? J'ai jamais voulu vivre. Je sais très bien que les choses vont pas miraculeusement devenir agréables dans le futur. Je suis brisée. Je sais que ça ne se répare pas. Et puis imaginer juste cette vie vide, métro boulot dodo comme disent les moldus, ça me donne encore plus envie de mourir. Ça sert à quoi de vivre si c'est pour être emprisonné dans une routine comme ça? Je veux pas de ça. Comme si ça pouvait faire rêver! Et oui, je sais, je suis une sorcière, j'imagine que ça m'offre plus de possibilités. Mais quoi? Je vais être diplômée dans quatre ans si ça continue? Longdubat m'a fait comprendre que c'était pas vraiment possible de sauter plus de classes, donc j'imagine que c'est ça. Vous, vous aurez déjà bien commencé votre vie d'adulte, moi je serai en retard, et je vais continuer à me débattre jusqu'à enfin crever. J'en ai pas envie, Ewald. Juste pas envie. Pourquoi… Pourquoi pas juste parvenir plus vite à la conclusion, vu qu'elle sera la même?
-Je refuse de te perdre.» répond mon ami, comme si il n'avait pas pu s'en empêcher.
Je serre ma main libre en poing, très fort, aussi fort que je peux, tout pour ne pas paniquer. Pourquoi j'ai été assez conne pour donner lui donner ma lame? J'ai besoin de me couper. Si je ne me coupe pas, je vais juste perdre le contrôle. Je ne veux pas, pas encore. J'essaye de me mordre, mais Ewald m'en empêche. Il me serre contre lui alors que les premières larmes m'échappent.
Comme toujours, mes sanglots sont grossiers. J'ai plus ou moins conscience que le Serpentard lance ses sorts de confidentialité, et j'en éprouve une vague reconnaissance avant de complètement lâcher prise. Il reste avec moi, me serrant contre lui, enveloppant mon esprit dans le sien, essayant de me transmettre du calme, de l'apaisement, à travers mes murailles que j'ai dressées instinctivement.
Il me faut du temps pour réussir à nouveau à respirer correctement, pour réaliser aussi que mon ami essaye de communiquer avec moi par le biais de notre lien. Et lorsque je m'y ouvre, je n'ai plus l'énergie de retenir mes émotions, trop déroutée pour ça, et je ne réalise mon erreur que lorsque je le sens se raidir soudainement, heurté par le flot de la tempête d'émotions qui fait rage dans mon crâne. Il ne reste pas longtemps sonné, pour autant. Au contraire, il m'aide du mieux qu'il peut à faire le tri, à me recentrer. Sans abuser de mon esprit ouvert. Et bientôt, il commence à parler, aussi, une fois qu'il est sûr que je suis capable de l'écouter.
«Chaque chose en son temps, Vivian. Je… Je comprends pourquoi ça t'angoisse le futur. C'est pas ta priorité pour l'instant. Tu as toujours été en mode survie. Tu es encore en mode survie. Tu auras tout le temps d'y penser quand tu iras mieux. Et on en a déjà parlé, mais peu importe qu'Arthur et moi soyons déjà diplômés. Nous sommes liés. On ne t'abandonnera pas.»
J'essaye de calmer ma respiration. En cet instant, mon univers est réduit aux mots d'Ewald, et à sa chaleur tout autour de moi.
«Je ne t'abandonnerai pas. Je… Tu es très importante pour moi.»
Il me faut encore de longues minutes pour retrouver mon calme, et pendant tout ce temps mon meilleur ami continue à me serrer contre lui, et à opposer, mot après mot, des arguments rassurants à mes craintes. Quand il en a fini, la peur n'a pas disparu, loin de là, mais elle est revenue à un niveau tolérable, prête à sombrer à nouveau dans l'oubli pour quelques temps. Je me sens juste… Vidée. Et reconnaissante. Je ne cherche pas à retenir la vague d'affection que je transmets à moitié par accident à mon ami par le biais de notre lien.

oOo

Après ça, nous passons le reste de la journée à la bibliothèque, ce qui me fait venir la pensée amusante qu'on se croirait de retour à Poudlard. Je lis un roman et j'écris quelques poèmes tandis que le Serpentard rédige des lettres de motivations pour des apprentissages de potionniste, et étudie un peu pour un projet de composition de potion. Apparemment, c'est de bon ton pour un apprenti d'avoir ses propres recherches. Pour l'instant, il travaille à améliorer les effets de la potion d'Aiguise-méninges. Comme il me l'explique, il a souvent produit cette potion au cours de sa scolarité, mais a remarqué des variations dans l'efficacité de la potion ou la durée de ses effets d'une fois sur l'autre, et c'est ça qui lui a donné l'idée de commencer par ce projet.
Le soir, nous mangeons comme c'était devenu l'habitude à Noël en compagnie des deux autres femmes de la famille de mon meilleur ami. La conversation reste orientée sur le manoir, les connaissances des uns et des autres, et la dernière session du magenmagot. Je suis soulagée que le sujet de mon avenir semble écarté pour le moment. À la fin du repas, la grand-mère d'Ewald me tend deux grimoires qui parlent de magie naturelle, tirés de sa bibliothèque personnelle. Je les prends avec respect et la remercie avec sincérité, contente de pouvoir en apprendre davantage. Mon habitude des Serpentard me permet aussi de déceler que c'est une offre de paix. Après en avoir parlé avec Ewald, je comprends aussi que c'est une marque de confiance et d'estime de la part d'Amaranthe. Mais même cette pression ajoutée ne gâche pas mon plaisir de pouvoir en apprendre davantage. Apparemment, le premier livre est entièrement théorique, et parle de l'histoire de la pratique tout autant que de ses différentes composantes. Le second, même si il est aussi principalement théorique, comporte apparemment quelques exercices simples d'initiation. La grand-mère d'Ewald me recommande de commencer par le premier, et m'enjoint de la prévenir en arrivant aux exercices pratiques.
Après le repas, Ewald reste avec moi, s'asseyant à côté de moi pendant que je cherche le sommeil. Je suis un peu intriguée de le voir rester, et lorsqu'il le remarque, il admet qu'il n'est pas prêt à me rendre ma lame. Ça me fait un petit coup au cœur. Il n'a même pas tort en plus. Sa présence m'apaise, mais j'ai conscience que mon envie de me couper reviendra dès qu'il franchira le seuil de la porte. Malgré ça, je lui propose:
«Tu veux que je te promette de ne pas me couper d'ici demain matin?»
Si mon ami est un peu surpris par ma proposition, il n'en laisse rien paraître, se contentant de me demander:
«Tu veux que je parte?»
Sans même prendre le temps de réfléchir, je secoue la tête.
«Pas vraiment.
-Moi non plus.» il ajoute, après un instant de réflexion: «Par contre, je veux bien que tu me fasses cette promesse quand même. Ça me rassurerait.»
Sa franchise est désarmante. Même si je n'en ai pas vraiment envie, je m'exécute. Après ça, il éteint la lumière tandis que je m'installe confortablement, et nous discutons à mi-voix pendant encore au moins une heure, main dans la main. Je finis par sombrer dans le sommeil, beaucoup plus facilement que chez mes parents.

oOo

En me réveillant le lendemain matin, je suis seule. Ewald ne m'a pas réveillée en partant hier. Ma lame est là, posée sur le fauteuil, comme si mon ami avait essayé de la laisser le plus loin possible de moi. Il ne nous reste pas tant de temps que ça avant le départ pour le pays de Galles et la matinée est bien différente de la détente de la veille. Après le petit-déjeuner, nous remontons dans ma chambre et je fais un compte rendu à Ewald de ce que j'ai pu trouver dans mes souvenirs. Malheureusement, je n'ai pas tant de nouveautés que ça à lui apporter, à part pour ce qui est de la passion de Kayns pour le fait de me légilimancer. Un peu honteuse de n'avoir pas beaucoup plus à dire, j'admets à demi-mot que les plongées dans ces souvenirs ne me faisaient pas vraiment de bien (admirez l'art de l'euphémisme). Ewald fronce les sourcils en entendant ça. Je poursuis disant que je sais qu'il nous faut un maximum d'informations, mais que j'ai préféré attendre d'être avec lui pour continuer. Je lui parle aussi du problèmes des souvenirs qui me semblent un peu «abîmés», faute de meilleur terme, par l'usage de la légilimancie sur moi, et du fait qu'ils nécessitent beaucoup de concentration, ainsi qu'une dose d'occlumencie, pour être examinés.
Ewald prend le temps de réfléchir un peu avant de partager avec moi le fruit de ses réflexions:
«Je vois deux possibilités. Je peux demander à nouveau à grand-mère d'utiliser sa Pensine, mais ça ne permettra que de voir en détail ce qu'il s'est passé dans le monde physique, pas de suivre ses attaques mentales. D'un autre côté, il y a peu de chances qu'il aie communiqué avec toi mentalement, par exemple. Mais pour peu qu'il soit capable de faire plusieurs choses à la fois, il pourrait parfaitement t'avoir attaquée mentalement tout en discutant ou en faisant ses examens.»
Je hoche la tête pour montrer que je suis. Je me doute que la deuxième option ne va pas forcément être hyper plaisante.
«Alternativement, nous pouvons essayer d'utiliser nôtre lien pour visionner tes souvenirs ensemble. L'avantage, c'est qu'on est sûr de ne rater aucune information de ce qu'il se passe dans ta tête, mais on pourrait manquer les détails auxquels tu n'as pas prêté attention dans le monde physique. Le problème avec cette approche, c'est qu'elle est beaucoup plus intrusive. Elle nécessite que tu m'ouvres ton esprit, comme quand on a débloqué tes souvenirs mais cette fois-ci le but serait que je les voie. C'est à toi de voir ce qui te semble le mieux.»
Je réfléchis un peu avant de répondre:
«D'après ce que tu dis, j'ai l'impression que les deux approches sont complémentaires. Il ne faudrait pas faire les deux?»
Ewald hoche la tête légèrement avant de reprendre la parole:
«Si on a le temps, oui, ça serait sans doute intéressant. Mais d'une part, je ne sais pas vraiment évoluer la densité d'informations qu'on aura à analyser, et donc si on aura le temps de le faire. De l'autre, je ne veux pas qu'on utilise l'option légilimantique sans que tu sois certaine d'être okay avec ça. Si tu n'est pas sûre à cent pour cent, on ne le fait pas, c'est tout.
-Même si il y a des infos qu'on peut avoir que comme ça?
-Oui.» répond le Serpentard, d'un ton définitif. «Je ne veux pas te faire de mal. Ton consentement a suffisamment été bafoué. Ce que Kayns t'a fait… Juste la légilimancie forcée à répétition suffirait à l'envoyer à Azkaban. La seule raison pour laquelle il est encore libre, c'est pour te protéger. Sinon, ça ferait bien longtemps qu'il serait allé faire la connaissance de mon géniteur.»
Je reste un instant saisie par l'acier dans la voix de mon ami. Il fait peur, en cet instant, laissant transparaître sa dureté sans filtre. Contre toute attente, je ressens aussi un sentiment de chaleur à cette affirmation. Je suis à la fois touchée par son souhait affiché de me protéger, et stupidement reconnaissante pour sa volonté de respecter mon consentement. C'est quelque chose qu'on a jamais fait, je crois. Je grimace en repensant à Jérémy et Lucas, mais aussi à mon enfance et à Mrs Winston qui me lavait contre mon gré.
«Vivian?»
La voix de mon ami me fait relever la tête, et je me concentre sur le moment présent.
«Juste des mauvais souvenirs.» je soupire. «Cette histoire ne regarde pas que moi. Je veux qu'on mette toutes les chances de nôtre côté. Tu l'as dit toi même, si on prend tous ces risques c'est à cause de mon caprice. Il faut qu'on utilise la Légilimancie.»
Une impression mécontente traverse le visage de mon interlocuteur.
«Tes craintes d'être utilisée comme cobaye sont tout à fait légitimes, Vivian. Ce n'est pas un caprice. Oui, on a besoin d'informations, mais même avec la Pensine on s'en sortira. Si j'estimais que rencontrer Kayns était trop risqué, on ne le ferait pas. Même si cette raclure de bouse de dragon mérite de finir à Azkaban, même si il est un danger pour d'autres personnes… Je m'en fous au final. Ma priorité, c'est toi et Arthur. Ma famille aussi, bien sûr, et Bludfire, je suppose.»
Un petit rire sec m'échappe.
«Allez Ewald, tu peux le dire qu'Alphonse est ton bro!»
Un éclat dangereux illumine le regard du Serpentard, mais il se contente de secouer la tête avec un amusement non dissimulé.
«Oui, j'ai appris le tolérer… Il a ses bons côtés.» il reprend son sérieux pour ajouter. «Je te l'ai déjà dit. Je suis égoïste. On va faire en sorte que cette rencontre se passe bien.»
Je lui serre brièvement la main, incertaine de savoir quoi dire. Je ne mérite pas son amitié.
«Est-ce que tu veux que j'aille demander à grand-mère sa Pensine?»
Je prends le temps de vraiment me poser la question cette fois. Je fais confiance à Ewald. À un niveau vertigineux, à vrai dire. Il a déjà été dans ma tête en plus. Pour autant, j'ai déjà un peu touché à ces souvenirs, et je ne sais pas comment je supporterai le fait de les visualiser avec quelqu'un dans ma tête alors qu'il s'agira, pour beaucoup, de souvenirs de légilimancie forcée. Je me mords la lèvre, pensive. Sans que j'en aie totalement le contrôle, je serre aussi les poings. Finalement, je donne ma réponse à Ewald:
«Je veux bien qu'on commence par ça, oui. Désolée.
-Tu n'as pas de raisons de t'excuser.» me répond patiemment le Serpentard.
«J'ai confiance en toi, tu le sais?» je lui demande, plongeant mon regard dans le sien
«Je le sais.» il me répond, d'une voix ferme. «Tu n'as pas besoin de te justifier, je comprends.»
Par le biais de nôtre lien, il me transmet des sentiments rassurants, et aussi ce qu'il ressent en essayant de se mettre à ma place. C'est exactement ça. Je le serre dans mes bras, reconnaissante, en lui transmettant un «Merci!».
Une fois que nous nous sommes séparés, il se redresse un peu avant de dire:
«Il y a un autre point que nous devons aborder concernant notre rendez-vous avec Kayns.»
Je me redresse aussi, très attentive.
«J'aimerais savoir ce que tu m'autorises à dire à ma famille. Je compte leur dire précisément où nous allons et quand nous pensons rentrer dans tous les cas, par mesure de sécurité. Idéalement j'aimerais également partager avec grand-mère le fait que la situation pourrait potentiellement être dangereuse, et que nous enquêtons sur Kayns.»
Je me tends.
«Pourquoi?»
Ma voix est restée calme, mais j'ai dû faire appel à un peu d'occlumencie. Heureusement que je lui fais vraiment confiance, sinon ma réaction aurait été plus violente.
«Si quelque chose devait mal tourner, grand-mère serait en mesure d'intervenir plus facilement. Elle a le bras long. Je ne compte pas lui donner de détails, simplement ce que je t'ai dit.
-Je doute qu'elle se satisfasse de ça.
-Elle n'aura pas le choix.» répond un peu abruptement Ewald, avant de d'ajouter: «Nous avons une relation un peu particulière. Même si ça ne lui plaît pas, elle s'en contentera.» il grimace avant de poursuivre: «Il est possible qu'elle exige davantage d'informations après coup, je pense. Selon comment ça se sera passer, on pourra aviser à ce moment là. De toute façon, si le rendez-vous ne donne rien, il pourrait être intéressant de passer à la vitesse supérieure. Je ne parle pas de prévenir les Aurors!» tente de me rassurer Ewald «Mais grand-mère a accès à des réseaux auxquels nous n'avons pas accès. Elle pourrait sans doute me mettre en relation avec des personnes qui en savent plus sur Kayns, par exemple. Mais tout ça n'est pas d'actualité pour le moment. Et si je refuse de lui dire quoi que ce soit, elle le respectera. Elle a besoin de moi autant que je dépends d'elle.»
Le petit discours ne d'Ewald ne me plaît pas. Outre l'aspect «donner des infos à quelqu'un d'extérieur à nôtre cercle d'amis», sa façon de décrire sa relation avec sa grand-mère ne me paraît pas très saine. Quoi qu'il en soit, il attend ma réponse, alors je dis:
«Je n'aime pas ça.
-Je peux comprendre. Si tu ne veux pas que je parle de tout ça, je m'en tiendrai à la version édulcorée.»
Une nouvelle fois, l'importance qu'il donne à mon opinion me fait chaud au cœur. Je soupire.
«Tu peux lui dire. Je te fais confiance…
-Tu es sûre?
-Je ne vais pas te mentir. J'ai peur. Mais j'ai confiance en tes décisions, et je comprends l'intérêt de lui donner des informations. Vas y.» je fais, en me forçant à sourire d'un air aussi confiant que possible.
La main du Serpentard serre brièvement la mienne, exprimant en gestes un réconfort qui se passe de mots, puis il se lève.
«J'y vais maintenant alors. Autant s'y mettre au plus vite. Je te retrouve ici quand j'aurai fini avec grand-mère.»
Je hoche la tête, et il se dirige la porte. Avant de l'ouvrir, il semble hésiter, avant de se retourner.
«Est-ce que je peux emporter ta lame?»
Il est tendu. Je considère un instant sa demande, avant de secouer la tête.
«Désolée. Je… Je vais essayer de ne pas m'en servir.»
Le visage de mon ami se referme, mais il n'insiste pas.
«Je ferai au plus vite.» ajoute t'il encore, avant de quitter la pièce.
Une fois seule, je tiens ma promesse. Je sors le livre théorique de la grand-mère d'Ewald, et j'essaye de me concentrer sur la lecture. Le sujet est captivant, pourtant je me rends rapidement compte que je suis trop tendue pour réellement m'y plonger. Agacée, surtout par moi-même, je finis par poser le volume de côté pour aller chercher ma lame, que j'ai laissée sur le fauteuil. Je la considère plusieurs secondes. Je sais que ça me calmerait. J'ai dit à Ewald que j'essaierais de ne pas le faire. Je l'appuie sur ma peau, sans couper, dans l'espoir que ça suffise. Je me hais de ne pas trouver de satisfaction dans ce geste. J'essaye à nouveau de la poser, de me remettre à ma lecture. Je me dis que le Serpentard sera bientôt de retour. J'ai un reniflement de dérision. Il est parti il n'y a même pas dix minutes. J'applique la lame contre mon ventre. Je vais essayer, hein? Je n'ai aucune volonté, c'est pathétique. Je me coupe, une fois. Je me sens instantanément coupable, ce qui ne m'aide pas à me calmer. Le ventre c'est clairement pas le plus satisfaisant, en plus. Puisque j'ai déjà cédé, j'appuie à nouveau ma lame, contre mon bras ce coup ci, et tire d'un coup sec. La plaie est plus profonde. Enfin, je sens ma respiration se dénouer un peu. Par un effort de volonté, je m'arrête là. J'envisage un instant de reposer la lame sur le fauteuil, mais ce serait une forme de mensonge, non? Je la pose sur ma malle à la place, à portée de main, puis je me remets à la lecture. Une fois que le sang a fini de couler, je relance mes glamours. Pas la peine d'infliger ça à Ewald.

oOo

Je parviens à finir de lire les deux premiers chapitres avant que le Serpentard ne revienne. Lorsqu'il entre dans la chambre, il a une expression agacée que je ne lui ai jamais vue, et je me redresse, surprise.
«Elle a refusé?»
Ewald cligne des yeux, surpris, avant de soupirer:
«Non, elle a accepté. Elle est à notre disposition cet après-midi, et les jours suivants si besoin. Sauf mercredi matin, parce qu'elle s'en sert après ses sessions au Magenmagot et qu'elle a une réunion mardi soir.
-Qu'est-ce qui t'a mis en colère dans ce cas?» je demande, assez sûre de ne pas me tromper. Il est tendu comme un arc.
Ma question le fait tressaillir, et je vois distinctement le moment où il met ses murs d'occlumencie en place. J'éprouve une pointe de tristesse à le voir dissimuler ses émotions. J'ai envie de lui dire, mais je ne sais pas comment. Je tends mon esprit vers lui sans le regarder. Il accepte le contact, et je lui transmets, sans oser utiliser des mots clairs, le fait que je n'aime pas qu'il me cache ses émotions. Il soupire, et vient s'asseoir à côté de moi sur le lit.
«Je sais que je n'ai pas besoin de cacher ce que je ressens avec toi.»
Je n'aurais jamais osé dire ça, et cette affirmation, sortant de sa bouche, m'impacte bien plus que je ne le laisse paraître. Il continue de parler sans me regarder.
«C'est simplement que même si je suis dans un lieu sûr, avec des personnes en qui j'ai confiance, je devrais mieux me maîtriser. C'est comme ça que j'ai été éduqué.
-Crois en mon expérience extensive,» je soupire, en prenant un ton un peu cynique «tout enfermer en toi est le meilleur moyen de craquer violemment.
-Masquer et tout renfermer sont deux choses différentes, Vivian. Je ne cherche pas à tout dissimuler. Simplement à maîtriser davantage ce qu'exprime mon corps. Si mon visage trahit mes pensées, je ne pourrai jamais être un politicien compétent.»
Je grimace.
«Je n'aime quand même pas ça.»
Ewald soupire à nouveau.
«J'imagine que je comprends. Je n'aime pas non plus quand tu te renfermes sur toi même. Merlin! Qu'est-ce que j'ai pu détester que grand-mère m'oppose une façade neutre à chaque instant quand j'étais plus jeune...» il fronce les sourcils. «Elle a abordé un sujet qui m'a vraiment mis en colère. C'est pour ça.
-Tu veux en parler?» je demande, doucement, acceptant de laisser tomber le sujet de son masque, et plus intéressée dans l'immédiat par ce qui a bien pu provoquer une telle réaction chez le Serpentard.
«Je pense que c'est mieux que je ne le fasse pas.
-Pour toi ou pour moi?»
Le vert et argent hausse un sourcil un peu surpris.
«Les deux, honnêtement.»
Je ne sais pas si je dois insister. Finalement, je me décide à lui dire, franchement:
«Je préfère connaître la vérité que vivre dans une illusion confortable.»
Il soupire, avant de répondre
«Je suis d'accord avec toi. Mais pour ce sujet… Il est relié à des choses que je ne suis pas du tout prêt à aborder pour le moment.»
Je le dévisage un instant, puis je hoche la tête.
«Je serai là. Quand tu seras prêt, je veux dire. Si tu l'es un jour.
-Je n'en doute pas.» sourit mon ami.
Son visage redevient sérieux avant qu'il ne me demande:
«Est-ce que tu veux bien me laisser te soigner avant qu'on aille manger?»
Si le changement de sujet est soudain, je sais tout de suite de quoi il s'agit. Je ne fais pas mine de ne pas comprendre.
«Je ne préfère pas. Il n'y a pas grand-chose de toute façon, t'inquiète.
-Est-ce que tu veux bien me laisser voir?» demande Ewald prudemment, avant d'admettre: «Ça me rassurerait.»
Parce que je sais qu'il est sincère, j'obtempère sans marchander. Ses doigts suivent le contour de la marque sur mon bras, ses yeux la coupure au ventre. Il a l'air légèrement peiné, mais ne dit rien. Je me sens coupable. Je finis par céder.
«Tu peux les soigner.
-Tu es sûre?»
Je hausse les épaules.
«Tu te sentiras mieux, non?
-C'est de toi qu'il s'agit, pas de moi.
-Je me sentirai peut-être moins coupable si tu te sens mieux.» je grogne.
«Tu fais de ton mieux. Je n'aime pas le fait que tu te sentes coupable.
-La situation est ce qu'elle est.» je soupire. «Il n'y a pas vraiment de bonne solution, pas vrai? Je n'ai pas envie de m'arrêter. On en a déjà parlé je crois. Si je le fais, ce serait pour toi, pour Arthur, pour Al'… Pour Quentin. Pas pour moi. Pas par envie. Et ça ne marche pas comme ça.
-C'est vrai.» répond calmement Ewald. «Il n'empêche que je n'aime pas ça.
-Et que je vais continuer à culpabiliser.» je soupire. «Tu as raison, je fais de mon mieux. Et toi aussi. Tu fais ce que tu peux. Et tu m'aides vraiment. Il me faut juste du temps.»
Mais je ne sais pas combien de temps, j'ajoute, à part moi. Je ne sais pas quand est-ce que tu te lasseras. Quand est-ce que tu me laisseras tomber, parce que tu en auras marre. Ewald hoche la tête doucement, inconscient des pensées qui me traversent l'esprit, et je me sens à nouveau stupidement reconnaissante pour sa présence à mes côtés. Même quand il me tournera le dos, j'aurai eu ça, au moins.
«On fait de notre mieux.» répond il, à voix haute. «Tu es sûre que tu veux bien que je te soigne, du coup?
-Oui.» je réponds, d'une voix assurée, et cette fois je le pense vraiment.
Je détruis et il soigne. Je lui dois au moins ça.

oOo

C'est la deuxième fois que je me retrouve dans cette pièce, devant la pensine de la grand-mère d'Ewald. À la différence de la dernière fois, je suis réellement présente à moi-même, et pleinement concentrée sur ce qui va se jouer. Je remarque des détails qui m'avaient échappé la dernière fois. Les tentures violet sombre autour de la pièce, le bureau de bois clair devant la fenêtre, l'odeur de sous-bois, subtile et entêtante qui flotte dans l'air… La pensine est un bel objet. Je me laisse un instant captiver par les reflets fugaces sous la surface lisse du liquide qu'elle contient, avant de me reconcentrer lorsqu'Ewald m'explique comment extraire mes souvenirs. Nous ne nous concertons pas vraiment, mais je décide de les lui donner par ordre chronologique. Je commence donc par le plus ancien dont je me souviens. L'anniversaire de mes trois ans. Je crois que je ne m'en souviens uniquement parce qu'il faisait partie de mes souvenirs verrouillés. Ewald lance deux trois sorts de confidentialité, par acquis de conscience, puis nous nous rapprochons de la pensine, nous laissant aspirer dans le souvenir.
J'ai trois ans. Je suis dans le salon. Mrs Winston est dans la cuisine, je l'entends chantonner à travers la porte qu'elle a laissée ouverte pour pouvoir me surveiller. Soudain, son chantonnement s'interrompt brutalement, et Kayns sort de la cuisine, baguette en main. Je me redresse, trop vite, et mal habituée à mon équilibre d'enfant, je retombe sur les fesses. Je ne hurle pas, et l'homme me lance un regard intéressé. Il demande, en français:
«Tu te souviens, Aurore?»
Je me fige, je prends ma tête entre mes mains.
«Tu as mal à la tête?» demande Kayns, cette fois en anglais.
Je balbutie un vague oui, et l'homme secoue la tête.
«J'imagine qu'il va falloir attendre encore un peu alors. Bien, ne perdons pas plus de temps.»
Il sort cinq ou six feuilles de parchemin qu'il étale au sol devant lui, puis agite sa baguette devant moi. Je me tiens toujours le crâne, incapable de bouger tant la douleur s'est faite intense. Plusieurs informations lumineuses sortent de sa baguette pour s'inscrire sur les feuilles devant lui, qu'il se dépêche de ramasser.
Ensuite, il dit:
«À l'année prochaine, Aurore...»
Il pointe à nouveau sa baguette sur moi, et le souvenir s'arrête.

Je reprends ma respiration d'un coup. La sortie de la pensine est déroutante. Ewald croise mon regard par dessus l'artefact magique et me demande:
«Ça va?»
Je hoche la tête.
«Ça va. Je n'ai pas l'habitude de faire ça.
-Si ça fait trop à un moment tu me préviens, on fera une pause, d'accord?»
Je hoche la tête.
«J'ai l'impression qu'il n'y a pas grand-chose à apprendre de celui-ci. Je vais simplement rechercher plus de détails sur les sorts de diagnostic qu'il utilise, mais à priori ils sont très poussés, c'est sans doute pour ça que je ne les ai jamais entendus.»
Je hoche la tête à nouveau, puis une idée me vient.
«Laisse moi vérifier si j'ai l'impression qu'il s'est passé quelque chose de plus au niveau mental, on gagnera du temps.
-Bonne idée.» sourit Ewald
Je me concentre, prenant le temps de me replier derrière mes boucliers, entrant dans un état presque méditatif. C'est beaucoup plus facile d'obtenir la concentration nécessaire ici, à côté de quelqu'un en qui j'ai confiance et en sachant que personne ne m'interrompra. Le souvenir est un peu flou, parce qu'il est très ancien, mais il ne me pose aucune difficulté à revivre dans ma tête. Je reviens à moi, et je secoue la tête.
«Celui-ci a l'air clean.»
Ewald a un sourire encourageant, et me demande:
«Tant mieux. Tu es prête à passer à la suite?»
Pour toute réponse, je pointe ma baguette sur ma tempe pour extraier le souvenir suivant, que je dépose dans la pensine. Après un dernier échange de regards, nous plongeons à nouveau.

Je suis dans ma chambre d'enfant. J'ai quatre ans. Je relève la tête pour découvrir un inconnu sur le seuil de ma chambre, dont la porte était restée ouverte pour permettre à Mrs Winston de me surveiller. Je sursaute et bondis sur mes pieds. Je regarde derrière lui, mais il est seul.
«La dame qui te surveille ne viendra pas… Aurore.»
Je tressaille. L'homme a un léger sourire, et demande, en français
marqué d'un accent britannique:
«Tes souvenirs sont revenus?»
Je me tends visiblement, portant ma main à ma poche pour en sortir discrètement une lame de rasoir que je dissimule dans mon poing.
«Qui êtes vous?» je réponds, en anglais.
Kayns hausse un sourcil, avant de répondre.
«Ton bienfaiteur.»
Lui aussi est repassé en anglais. Je pâlis légèrement, et son sourire s'accentue.
«Te souviens tu de ton autre vie, à présent?
-C'est à cause de vous?
-
Grâce à moi, tu veux dire?» rétorque-t'il, haussant un sourcil.
Devant mon absence de réaction, il soupire.
«Oui, c'est moi que tu peux remercier pour cette deuxième chance.»
Le choc est lisible sur mon visage, mais le doute s'y installe rapidement.
«Prouvez-le.»
L'homme laisse échapper un tss tss tss désapprobateur, mais daigne enfin répondre:
«Tu t'appelais Aurore Berger. Tu es montée sur un toit pour mettre fin à ta vie. Un choix complètement improductif, si tu veux mon avis. Tu étais une moldue transie d'amour pour un garçon quelconque.»
Il relève les yeux vers moi.
«J'
admets ne pas m'être ennuyé à apprendre son nom. Ce qui m'importe, c'est surtout le processus de sauvegarde de l'âme.»
On voit distinctement ma difficulté à analyser ce qui vient d'être dit, ainsi que ma colère. Je me maîtrise néanmoins, préférant demander:
«Comment vous avez fait?»
Kayns hausse les épaules.
«Sans entrer dans le détail, bien sûr, j'utilise un procédé qui me permet de transférer une âme d'un corps à un autre. Le but final étant de prolonger une vie au-delà de ce qu'un corps mortel peut permettre. Il y a d'autres manières d'accéder à l'immortalité, mais elles présentent beaucoup trop d'inconvénients. Prends les horcruxes, par exemple. Je tiens à conserver ma santé mentale!»
L'homme a l'air heureux de partager son savoir avec moi, mais je secoue la tête avec un air vaguement halluciné.
«
Des horcruxes… Vous avez parlé de moldus aussi! Comme dans Harry Potter?!»
Mon interlocuteur soupire à nouveau, l'air un peu déçu.
«J'avais oublié… Oui, la magie existe. Regarde.»
Sur ce, il sort de sa poche une baguette qu'il agite pour me faire léviter. Saisie, je ne réagis pas, et il me dépose au sol doucement.
«Tu as d'autres questions?»
Me demande-t'il, avec une pointe d'impatience. Je n'ai pas vraiment le temps de rassembler mes pensées, de traiter l'information, mais je finis par demande après quelques secondes:
«Pourquoi moi?
-Je m'étais installé à proximité de l'hôpital pour pouvoir mener mes expériences. C'est pratique un hôpital… Beaucoup de mourants, et à quelques étages d'écart tout un tas de naissances… J'avais posé des protections autour de mon laboratoire, évidemment, et à l'entrée de l'immeuble aussi. C'est comme ça que je t'ai détectée. Je t'ai légilimencée pour savoir ce que tu faisais là, et je n'allais pas refuser du matériel qui venait directement à moi.
Puisque l'homme a l'air de bien vouloir satisfaire ma curiosité, je demande
encore:«Pourquoi ces gens là pour me servir de parents? C'était un hasard, ça aussi?»
L'homme hausse un sourcil.
«À moitié. Je les avais repérés, parce que c'était des compatriotes, et qu'il serait plus facile pour moi de surveiller les progrès de l'expérience sans avoir à voyager. Quand je t'ai eu à disposition, j'ai déclenché l'accouchement, de façon un peu prématurée, certes, mais ç'aurait dû être un enfant mort-né de toute façon. Il était… Incomplet. Son âme était si faible qu'elle était quasiment inexistante. Je pense que c'est l'une des raisons pour laquelle la greffe a bien pris, même si ça n'explique pas tout...»
Tandis que Kayns se plonge dans ses pensées, apparemment occupé à réfléchir à des théories, j'essaye péniblement d'assimiler tout ce que je viens d'apprendre. Finalement, l'homme semble se reprendre et sort d'une sacoche d'ordinateur une poignée de feuilles de parchemin, et les dépose devant lui. Je me redresse:
«Qu'est-ce que vous faites?
-Ne bouge pas. Je dois prendre quelques mesures, pour le suivi de l'expérience.»
Une pointe de colère traverse mon visage, et j'ajuste ma prise sur ma lame, main dans le dos pour que l'homme ne voit rien.
«On peut faire ça de façon agréable.» soupire l'homme. «Sinon, je peux aussi t'immobiliser. Alors reste calme, et fais nous gagner du temps à tous les deux.»
À la tête que je fais, la moi du présent sait que j'hésite clairement à me jeter sur lui, incertaine de la valeur de ses menaces. Kayns met néanmoins ce temps à profit pour me lancer son sort habituel, et comme dans le souvenir précédent des informations lumineuses viennent s'inscrire sur les parchemins.
Il parcourt rapidement les feuilles, sourcils froncés, avant de murmurer:
«Intéressant…»
Il se tourne ensuite vers moi, toujours immobile, et demande:
«Mets toi torse nu. D'après mon sort, tu as de nombreuses blessures.
-Hors de question.» je réponds, tendue comme un arc.
«Je t'avais prévenue.» soupire l'homme, avant de pointer sa baguette sur moi.
J'essaye de me jeter sur lui, lame à la main, mais il m'immobilise avant même que je n'aie franchi la moitié de la distance entre nous.
Il se rapproche de moi, et hausse les sourcils très haut en voyant la lame dans ma main. Il la fait disparaître d'un sort avant de m'enlever mon t-shirt, à la main. J'imagine qu'il ne
veut pas que sa disparition m'interpelle.
Une fois qu'il a fini, il fronce les sourcils en découvrant les marques sur mon corps. Elles sont pour la plupart bien cicatrisées, mais elles sont nombreuses, et la connexion entre la lame et elles n'est pas difficile à faire. La mine de Kayns devient franchement désapprobatrice, et il dit:
«Tu as un deuxième corps, et c'est ça que tu en fais? J'imagine que ça ne sert à rien que je te demande pourquoi…
Legilimens!»

Nous restons immobile quelques secondes, et l'homme marmonne «Ah non, c'est hors de question!».
Il a l'air en colère en rompant le sort, et dans le même temps vaguement satisfait. Profitant du fait que je sois toujours immobile, il me remet rapidement mon haut avant de s'éloigner de quelques pas.
«J'espérais vraiment mieux de ta part. La seule expérience qui fonctionne, on aurait pu faire de grandes choses… Selon tes dispositions, tu aurais même pu m'assister plus avant dans mes recherches. Mais non…» une expression vaguement dégoûtée passe sur le visage de l'homme, et il pointe sa baguette sur moi. Le souvenir s'arrête.
Le retour à la réalité est presque violent. Je ne sais pas quoi dire, me contentant de regarder vaguement dans le vide. Je n'ai pas besoin d'examiner ce souvenir mentalement pour savoir qu'il m'a fait quelque chose. Je suis un peu dissociée en revoyant l'homme me déshabiller. C'est la main d'Ewald sur mon épaule qui me ramène à moi.
«Vivian? Ça va?»
Je relève la tête, croisant le regard, inquiet, de mon meilleur ami.
«Ça faisait… Beaucoup.» j'admets.
«Je comprends. Tu veux qu'on s'arrête là? J'ai déjà beaucoup de choses à noter.
-Non. Il faut qu'on continue… Je… Si on s'arrête maintenant, je vais avoir le temps de penser, et je ne veux pas penser à ça pour l'instant.» je soupire, avant d'ajouter: «Il faudra qu'on examine celui-là mentalement. On sait qu'il est allé dans ma tête.
-D'accord.» répond doucement Ewald.
Il s'installe au bureau et commence à noter ses observations:
«Il a besoin de prononcer la formule pour Légilimancer, c'est déjà une information importante.
-Pourquoi?» je demande, intriguée (et essayant désespérément de fixer mon esprit sur autre chose)
«Je ne t'ai pas vraiment parlé de ça plus tôt, mais certains légilimens sont capables de lire dans l'esprit des autres sans baguette et sans formule. Ce sont les légilimens naturels. Albus Dumbledore était connu pour en être un, par exemple. Je suis assez doué pour cette discipline, mais je ne serai jamais capable de ça. Et, heureusement pour nous, Kayns non plus. Ça veut dire que si il essaye d'utiliser la légilimancie sur Arthur, par exemple, on pourra sans doute le remarquer. Il est possible de se passer de formule avec de l'entraînement, comme pour la plupart des sorts, mais dans ce souvenir en tout cas il ne semble pas savoir le faire. Il est aussi possible, bien sûr, qu'il ne s'en soit pas donné la peine dans ce contexte, mais ce genre de choses se fait beaucoup par habitude.
-Je vois...» je réponds, pensivement, tandis que la plume de mon ami noircit le parchemin.
«Il a l'air d'être à l'aise dans le monde moldu.» j'ajoute, après une courte réflexion.
«Qu'est-ce qui te fait dire ça?» demande Ewald d'un ton intéressé.
«Il porte des vêtements complètement normaux dans les deux souvenirs, alors que la plupart des sorciers font souvent des erreurs. Et il a pensé à dissimuler ses parchemins dans une sacoche d'ordinateur.
-C'est vrai que si je n'avais pas déjà eu l'occasion de fréquenter le cousin d'Arthur, je n'aurais pas su qu'il fallait que je mette un jean.» admet le Serpentard, ajoutant ce point à nos observations.
Nous ajoutons encore quelques points, comme le fait qu'il aie mentionné avoir fait d'autres expériences qui ont échoué, ou son approche clinique de ce qu'il fait. Le fait qu'il paraisse vraiment persuadé de faire quelque chose de bien à mon égard (en disant être mon bienfaiteur, m'avoir offert une seconde chance…). Nous notons également sa déception devant mon manque de reconnaissance (tellement incompréhensible…), qui donne des indications supplémentaires sur son état d'esprit. Ensuite, je propose de passer au souvenir suivant. Les yeux gris du Serpentard se plantent dans les miens. Je vois bien qu'il hésite à dire quelque chose, qu'il n'aime pas vraiment ça… Si on s'arrête, je vais dissocier. Il effleure ma main, avant de dire:
«Je te laisse faire.»
Sans perdre un instant, je pointe à nouveau la baguette sur ma tempe, faisant tomber le nouveau filament de souvenir dans la pensine. Nous nous y plongeons.
Je suis à nouveau dans ma chambre, cette fois-ci porte fermée. Je suis en train d'écrire dans mon carnet bleu. Comme les fois précédentes, l'apparition soudaine de Kayns qui ouvre la porte me surprend. Cette fois, ma main se porte par réflexe à ma jambe, où je garde mon poignard.
«
Bonjour, Aurore.» me dit calmement l'homme
Je tressaille, et il profite de ma surprise pour sortir sa baguette de sa poche, qu'il pointe sur moi.
«Ce sera plus simple comme ça, je pense. Aperta memoria»
Il a presque chuchoté le sort, mais il reste audible. Je me fige, portant la main à mon crâne.
Kayns profite de mon absence de réaction pour sortir ses parchemins et lancer son sort habituel. Le temps qu'il finisse, je parviens à me remettre péniblement, et je lui dis:
«Pourquoi vous faites ça?
-Qu'est-ce que tu veux dire?» demande l'homme, visiblement perdu
«Cette histoire de transfert d'âme, m'avoir mise dans ce corps?
-Une vie seule est beaucoup trop courte pour faire tout ce que j'ai à faire.» répond l'homme en haussant les épaules, comme si ce qu'il disait était évident.
Il rassemble tranquillement ses papiers, y jetant un bref coup d'œil. Il secoue la tête avec désapprobation.
«Vous voulez vivre éternellement?» je demande,
clairement énervée.
«Tu devrais vraiment arrêter de te scarifier.» répond l'homme avec agacement «Mais tu ne t'en souviendras pas, alors à quoi bon essayer de te ramener à la raison?»
Il soupire, puis pointe sa baguette sur moi.

Cette fois-ci, nous avons moins de choses à noter. L'information la plus intéressante est surtout la formule du sort de mémoire, celui-qui verrouille mes souvenirs. Ewald ne l'a jamais entendue, et il me dit qu'il fera des recherches dessus. Je prends le temps de m'assurer que Kayns n'a rien fait subir d'autre à mon esprit. J'ai du mal à me concentrer, toujours en colère et mal à l'aise à cause du souvenir précédent. La dissociation menace. Je parviens néanmoins à déterminer que ce souvenir là est clean. Enfoncer mes ongles dans ma peau et me mordre discrètement aide un peu. Ensuite, je porte ma baguette à ma tempe pour faire glisser un nouveau filament dans la pensine, sans attendre l'avis d'Ewald. Je m'y plonge, et mon ami n'a pas d'autre choix que de me suivre.

Cette fois-ci, je suis dans une chambre d'hôtel. Je reconnais l'endroit. C'est en Autriche, là où je suis allée skier une fois ou deux avec mes parents. Ma mère est à côté de moi, d'ailleurs, en train de faire réchauffer une tasse de thé. On entend la douche couler, et j'en déduis que mon père est là bas. On frappe à la porte, et ma mère va ouvrir tandis que je relève les yeux, curieuse.

Évidemment, c'est Kayns. Il paralyse ma mère d'un coup de baguette tout en entrant dans le petit appartement avant de refermer la porte. Je crie, pour alerter mon père, et je l'entends demander ce qu'il se passe. Dans le même temps, je porte la main à mon poignard. Kayns plisse les yeux, et me lance son Aperta memoria avant de se diriger vers la salle de bain.
Il revient à peu près au moment où je semble me remettre de ma surprise, mais il ne me laisse pas le temps d'agir, se contentant de m'immobiliser d'un nouveau sort.
«La prochaine fois, j'espère que tu auras la présence d'esprit de ne pas me compliquer la tâche.» grogne il, avant de me lancer ses sorts de diagnostic.
Ensuite il disparaît à nouveau dans la salle de bain.
Lorsqu'il revient, il fait léviter ma mère jusqu'à devant le micro-ondes, avant de lui lancer un oubliettes. Il ouvre ensuite la porte et pointe sa baguette sur moi.

«Intéressant...» prononce Ewald, une fois que nous sommes sortis du souvenir.
«Tu as remarqué quelque chose?
-Peut-être… Je me dis juste qu'il n'a pas l'air d'être un combattant. Il a vraiment été lent à retourner sa baguette contre toi. À mon niveau, je pense que j'aurais pu réagir assez vite pour t'empêcher d'alerter ton père.
-Je vois.
-On ne peut pas vraiment avoir de certitude sur la base d'un seul souvenir, mais c'est quand même un peu rassurant.» ajoute Ewald, prenant en note ce qu'il vient de me dire.
Je porte à nouveau la baguette à ma tempe, dans un geste qui devient automatique, mais Ewald m'arrête:
«On devrait peut-être faire une pause.
-Je préfère continuer.»
Ewald fronce les sourcils.
«J'ai besoin de voir qu'on avance. Si on s'arrête, mon esprit va tourner en rond. Je veux juste en finir au plus vite.» je soupire, mes yeux le suppliant de comprendre.
Il contourne la pensine, et j'espère très fort qu'il ne va pas décider que la session est finie. Maintenant qu'on a commencé, ces souvenirs sont comme une démangeaison désagréable dont la seule façon de m'en débarrasser et de m'y confronter.
Nos esprits s'effleurent. En un instant, je lui transmets mon ressenti, mais lui me transmet aussi le sien. Une pointe d'inquiétude, une question.
C'est moi qui initie le contact qu'il m'a demandé. Pour se rassurer autant que pour me calmer, je crois. Nous restons enlacés jusqu'à ce que la tension me quitte un peu, bénéficiant pour ça de ma respiration qui s'est faite plus facile au contact d'Ewald. Lorsque nous nous séparons, il admet:
«Moi aussi j'ai envie d'aller jusqu'au bout rapidement. Au delà de la recherche d'informations, je crois que j'ai besoin de savoir ce qu'il t'a fait, exactement. Mais si ça commence à faire trop, on pourra toujours continuer demain, d'accord? Ou le jour d'après.
-Je sais.» je réponds, avec un sourire un peu creux.
Je suis déjà concentrée sur le souvenir suivant.
Je suis dans ma chambre lorsque j'entends la porte d'entrée s'ouvrir. Curieuse, je descends les escaliers sur la pointe des pieds. Ça n'a pas sonné, et à cette heure-ci mes parents sont au travail. J'entends un bruit de pas au salon, et Mrs Winston crier. Son cri s'interrompt brusquement alors que je risque un regard dans la pièce. Je vois Kayns, baguette en main, pointée sur la gouvernante. Je fais demi-tour aussi vite que possible, et cours dans ma chambre récupérer la baguette du pédophile.
Kayns entre au moment où je me retourne vers la porte, que j'ai laissée ouverte. Il déverrouille mes souvenirs avant que je n'aie le temps de faire quoi que ce soit. Je ne lâche pas mon arme pour autant, mais je deviens incapable de bouger pendant quelques instants que l'homme met à profit pour me lancer un expeliarmus. Ensuite, il sort ses parchemins du sac et me lance un regard empreint de curiosité.
«À présent que tu te souviens de moi, dis moi.
À qui est cette baguette?»
Devant mon absence de réponse (je suis visiblement sonnée et en colère), il soupire:
«Très bien, autant ne pas perdre de temps.»
Je me force visiblement à me secouer de ma confusion, et je balbutie:
«Elle est à moi!»

Mais il est déjà trop tard. Il lance un legilimens, et nous restons figés un instant, lui comme moi, pendant qu'il piétine mon esprit pour trouver l'information qui l'intéresse.
«Une sorcière, hein? J'aurais dû m'en douter. Heureusement que tu as réussi à te débarrasser de ce pervers. Il a failli détruire ma création! J'aurais mis des années à de nouveau obtenir un résultat aussi prometteur!» il s'énerve au fur et à mesure de sa tirade, tandis que je reste amorphe. Je me mords profondément la main, comme si j'avais même oublié sa présence. Kayns laisse échapper un «tsss...» désapprobateur, puis me lance un Petrificus Totalus d'un air agacé. Il étale ensuite les parchemins devant lui, lançant ses sorts habituels.
Ensuite, il repose ma baguette près de moi. Il semble hésiter à dire quelque chose, mais se contente finalement de se diriger vers la porte, pointant sa baguette sur moi une fois qu'il l'a atteinte.
Une nouvelle fois, nous émergeons de la Pensine un peu secoués. Je refuse de m'attarder trop sur ce que je ressens, me contentant de dresser mes murs Occlumentiques, presque comme on serrerait une peluche pour se rassurer. Je commente:
«Il faudra examiner ce souvenir aussi par légilimancie.»
Ewald hoche la tête. Sans même recourir à notre lien je sens la colère qu'il exsude.
«Tu sais, je commence vraiment à le haïr.» lâche il, posément.
Je reste un instant muette, incapable de savoir quoi répondre, puis-je demande:
«Pourquoi?»
Une expression peinée flashe sur le visage du Serpentard avant qu'il ne réponde, d'une voix rendue froide par le contrôle qu'il exerce sur sa colère:
«Sa façon de te traiter. Une expérience. Il se permet de te légilimencer de force, de piétiner ton esprit…» Il respire profondément, avant d'admettre. «Avant lui, seul mon géniteur avait suscité des sentiments aussi violents en moi.
«Ce n'est pas si grave.» je réponds, avec un soupir.
Ewald relève violemment la tête.
«Ne dis pas ça.» rétorque il avec dureté.
Saisie par son ton, je me fige. Ewald me lance un regard, puis reprend, d'une voix plus douce:
«C'est grave. Ce qu'il t'a fait, c'est vraiment grave. Que ça soit au regard de la loi sorcière ou d'un point de vue moral. Qu'il te l'aie fait à toi… Pour moi, ça rend les choses personnelles.»
Je ne sais pas quoi dire. Moi aussi, je suis en colère. J'ai la rage, vraiment. Je crois juste que je suis trop dissociée, à ce point, pour la ressentir pleinement. Mes murailles occlumentiques sont trop fermement montées, aussi. Je finis par proposer, de plus ou moins bon gré:
«On devrait peut-être faire une pause.»
Ewald me regarde avec un brin de surprise avant de hocher la tête.
«Tu as sans doute raison.
-Je pense qu'on a tous les deux besoin d'un petit duel.» je souris, avec une pointe d'acier dans la voix.
Mon ami accroche mon regard et hoche la tête sans dire un mot. Il se retourne, effleurant ma main dans le processus, avant de jeter un sort pour vider la Pensine de tous mes souvenirs. Ensuite, il prend la tête, nous menant hors de la demeure de sa grand-mère. Il semble savoir où il va, et je le suis sans un mot jusqu'à la lisière de la forêt. Là, nous empruntons un petit chemin qui s'ouvre sur une clairière après une poignée de mètres.
Presque simultanément, nous dégainons nos baguettes et nous mettons face à face.
«Sorts de marquage et de bouclier pour moi, tu as droit à tout?»
Je hoche la tête et nous échangeons un sourire complice. Dans la respiration suivante, je passe à l'offensive.
Pendant plusieurs minutes, je me noie avec énergie dans nôtre échange de sorts. Je cours, je me baisse, j'esquive, je pare, je lance tous les sorts qui me passent par la tête… Je me défoule. Ewald est plus agressif que d'habitude, il ne me fait pas de cadeaux. Il lui faut moins de dix minutes pour me transformer en luciole géante, pourtant aucun de nous ne s'arrête. Je dois faire appel à tout ce qu'il m'a appris cette année pour tenir, encore, et parvenir à me défendre un peu. Un éclat de rire, soudain, m'échappe. Ce n'est pas un rire amusé, c'est un rire teinté de folie. Comme en miroir, je vois le sourire sur les lèvres de mon adversaire alors que nous ralentissons légèrement le rythme pour reprendre nôtre respiration. D'un commun accord, nous baissons nos baguettes, et je souris. Ça défoule. Le duel était une excellente idée.
Avant que je ne puisse partager mes impression avec le Serpentard, je le vois soudain relever sa baguette, se lançant un sort de bouclier informulé. Un sort rouge vient s'y écraser, et je sursaute, me lançant à mon tour un sort de bouclier avant que la personne qui a attaqué Ewald ne rejoigne la clairière. Je ne suis même pas surprise lorsque Amaranthe passe devant moi, lançant un nouveau sort vers mon ami qui esquive en plongeant sur la droite. Le sort laisse un petit cratère sur le sol, et je me jette en arrière, surprise. Elle n'y va pas de main morte!
Le duel entre Ewald et son aïeule ne dure que quelques minutes, mais il est d'un niveau complètement différent du mien. Je suis contrainte d'esquiver une fois ou deux lorsque les combattants se rapprochent un peu trop de moi. Si elle est peu mobile, Amaranthe compense avec une défense impeccable, et lance des sorts très agressifs. Je suis loin d'être une experte en DCFM, mais je suis relativement sûre que certains des sorts lancés par la vieille dame flirtent avec la magie noire, au vu des dégâts qu'ils font. Ewald, lui, se déplace sans cesse, lançant sort sur sort. C'est impressionnant à voir, surtout que les deux lancent presque uniquement des sorts informulés. C'est la première fois, je réalise, que je vois Ewald presque en difficulté. Je réalise aussi qu'il n'a jamais montré son vrai niveau à Poudlard, même lors des duels amicaux qu'il a fait contre Alphonse.
Un sort rouge fuse soudain dans ma direction, et j'esquive en me jetant au sort avec plus ou moins de distinction. Au rictus de la grand-mère d'Ewald, elle l'a fait exprès. J'en suis sûre. Je me retiens néanmoins de rétorquer. Je ne suis pas certaine que j'apprécierais les conséquences, et je n'ai clairement pas le niveau. Quelques secondes plus tard, la vieille dame rompt l'engagement, et Ewald baisse sa baguette. Il arbore un vrai sourire.
«Jolis réflexes, jeune fille.» me complémente la vieille dame avant de se tourner vers son petit-fils. «Il est temps que nous reprenions ton entraînement. Je vois que tu as continué à travailler à Poudlard, c'est bien.»
Ewald accepte le compliment avec un hochement de tête, et la vieille dame ajoute:
«Je propose que nous nous retrouvions ici demain matin, à neuf heures. Tu n'avais pas d'autres projets?
-Non, grand-mère.» répond Ewald calmement
Je sens un effleurement à la surface de mon esprit. J'ouvre notre lien, et il me transmet:
«J'espère que ça ne te dérange pas? Je serais rassuré de rafraîchir un peu mes compétences en duel avant que nous allions au pays de Galles.»
Je lui transmets mon assentiments en me passant de mots. Nôtre petite communication n'a duré qu'un instant, et Amaranthe se tourne vers moi sans remarquer notre conversation silencieuse.
«Vous êtes la bienvenue également, jeune fille. Je suis sûre qu'assister à nôtre entraînement pourrait être instructif, et j'ai un ou deux sorts en tête qui pourraient vous intéresser.
-Volontiers!» je réponds avec enthousiasme, avant de me reprendre. «Je veux dire, je vous remercie, ce serait avec plaisir.»
La vieille dame hoche la tête, me laissant entrevoir un sourire fugace avant de prendre congé. Je la suis des yeux alors qu'elle prend la direction du manoir émeraude. Elle n'a même pas un cheveu de travers. Je secoue la tête avec un brin de dérision avant de me tourner vers mon meilleur ami une fois qu'Amaranthe a disparu.
«Ta grand-mère est toujours aussi terrifiante.
-Elle est forte, n'est-ce pas?»
Je hoche la tête, affectant la peur. Ewald a un petit rire spontané qui me fait chaud au cœur, et sourit:
«Ça m'a vraiment fait du bien de pouvoir me défouler.
-À moi aussi. Par contre, on est d'accord que ses sorts n'étaient pas entièrement de la magie blanche?»
Ewald a un léger soupir, vaguement amusé.
«Elle est l'héritière d'une famille sang-pur attachée aux traditions, et elle a survécu a deux guerres.
-Tu es aussi l'héritier d'une famille sang-pur attachée aux traditions.» je fais remarquer avec une pointe de curiosité.
«Et je connais certains sorts désapprouvés par le ministère.» admet Ewald.
Nous échangeons un regard. Je ne sais pas trop si il s'attendait à une réaction particulière de ma part. Si c'était le cas, j'ai dû réagir comme il le pensait. Je ne pousse pas de haut cris, et je n'insiste pas sur le sujet. Je ne me voilais pas la face, de toute façon. Et une part de moi, celle qui a été endurcie et affûtée par la souffrance, considère que tout savoir est bon à prendre pour faire ce que l'on doit faire.

oOo

Après cet interlude, je me sens à nouveau capable de retourner examiner mes souvenirs, et Ewald ne proteste pas lorsque je suggère de s'y remettre. Il se lance un sort rapide de nettoyage (il n'est pas sorti du duel aussi impeccable que son aïeule). Ensuite, nous quittons la clairière de concert. J'effleure sa main timidement, et je suis soulagée de sentir ses doigts entourer ma main en réponse. Le contact est réconfortant, et nous le maintenons jusqu'à nous retrouver à nouveau devant la Pensine. Nous prenons le temps de renforcer nos murailles occlumentiques avant de nous replonger dans mes souvenirs.

À mon grand soulagement, les souvenirs suivants s'enchaînent sans nouvelle intrusion dans mon esprit. L'anniversaire de mes sept, huit, neuf, et dix ans se suivent et se ressemblent. Kayns semble s'être arrêté sur le même modus operandi. Neutraliser les personnes présentes autour de moi si nécessaire, me lancer l'Aperta memoria, profiter de ma confusion pour me lancer ses sorts de diagnostic. Souvent, il me paralyse aussi, quand je commence à l'interroger ou que j'ai fait quelque chose qui lui a déplu (essayer d'alerter ma famille quand j'avais sept ans, les gens avec qui je grimpais à neuf ans, lui lancer un sort à dix ans…). Nos observations semblent se confirmer: il n'a pas l'air très habile au combat (d'après Ewald qui trouve qu'il met toujours longtemps à réagir), et il semble bien adapté au monde moldu. C'est cohérent avec les informations qu'on avait déjà, que c'est un sang-mêlé qui avait fui en France pendant la guerre. Enfin, nous nous plongeons dans le dernier souvenir, celui de Poudlard, qui a tout déclenché.

Je suis dans un couloir de Poudlard, près de la grande salle. Kayns arrive dans l'autre sens, baguette à la main. Il sourit en me voyant, et dit:
«Bonjour, Aurore...

-Qui êtes vous?» je demande, sur la défensive
«Suis moi, si tu veux que je t'explique.»
Il se détourne, et je le suis, l'air tendu, baguette en main. Nous n'allons pas très loin, seulement dans une salle de classe voisine. Je m'assois à un bureau tandis que Kayns se dirige vers l'avant de la classe, lançant un sort visant d'impassibilité sur la porte.
«Expliquez-vous!» je demande, brandissant ma baguette comme me l'a appris Ewald, de façon défensive.
«Je vais te montrer, ce sera plus simple.»
L'homme me lance son sort habituel, que je ne pare pas. La baguette m'échappe des mains alors que je les porte à ma tête. Là dessus, Kayns sort ses parchemins, comme d'habitude, tandis que j'assimile les informations qui affluent dans mon cerveau. La colère, mêlée de beaucoup d'autres émotions, flashent sur mon visage tandis que l'homme commence à lancer son sort de diagnostic. Elles sont rapidement remplacées par un masque neutre, signe que je suis en train d'utiliser l'occlumencie.
Profitant du couvert offert par la table, je saisis ma lame de rasoir dans ma poche, évitant soigneusement les mouvements brusques. Kayns ne remarque rien alors que je remonte ma manche et que je grave les fameuses lettres «OUBLI» dans ma peau. Il range tranquillement ses parchemins dans son sac alors que je suis sur le I, commentant simplement.
«Pas très bavarde, aujourd'hui.»
Je ne réponds rien, me contentant de relever la tête vers lui pour ne pas qu'il se doute que quelque chose est en train de se passer.
«Et bien, je suis un peu pressé… À l'année prochaine, Aurore.»
Sa baguette pointée sur moi met fin au souvenir.

La mine d'Ewald lorsque nous émergeons de la pensine est légèrement peinée, et je lui jette un regard interrogateur. Il soupire légèrement et me fait un sourire qui se veut sans doute rassurant:
«Ce n'est pas évident pour moi de te regarder te couper.»
Je me sens un peu penaude, mais je comprends. Refusant de m'attarder là-dessus, je me plonge dans mon esprit pour examiner le souvenir.
«Celui-ci a l'air clean.» je dis, avec soulagement.
Le Serpentard hoche la tête.
Nous prenons encore quelques notes, faisant le point sur notre avancée. Au final, seuls deux souvenirs nécessitent l'usage de la légilimancie. Dans tous les cas, Ewald refuse de s'y attaquer aujourd'hui, et je n'ai pas spécialement envie de le faire non plus de toute façon. Pour le moment, nous quittons le bâtiment après que mon ami aie effacé tous mes souvenirs de la Pensine pour nous diriger vers le manoir. Il est bientôt l'heure de manger.

oOo

Je me retrouve seule après le repas. Mon meilleur ami veut passer un peu de temps avec sa mère après avoir envoyé un hibou à Arthur pour lui demander de rafraîchir ses compétences en occlumentie. Pour ma part, j'ai besoin de me doucher. Ma lame m'accompagne, et je m'en sers une fois seule dans la salle de bain. J'ai eu beau faire bonne figure, visionner tous ces souvenirs n'était pas évident. J'essaye de ne pas trop abuser pour autant. Connaissant Ewald, il pourrait le remarquer et je n'ai pas envie qu'il s'inquiète. C'est un peu frustrant de me contrôler, mais ça m'aide à me sentir un peu moins coupable. Après ça, je retourne dans ma chambre, et je me replonge dans le livre que m'a prêté Amaranthe sur la magie naturelle. Contre toute attente, la lecture était peut-être précisément ce dont j'avais besoin. Le livre est un peu rébarbatif, mais précis et intéressant. Apprendre des choses nouvelles sur le différentes formes primitives de magie, et le potentiel de la magie naturelle, est un moyen efficace de me distraire, du moins temporairement. Malgré ça, je suis soulagée lorsque Ewald me rejoint enfin.
Je sais que je ne serais pas aller dormir avant qu'il ne me rejoigne. Il est le seul à savoir tout ce qu'il se passe dans ma vie en ce moment. À soupçonner la tempête qui fait rage sous mon crâne. Il me sourit en entrant, avec une franchise qu'il n'aurait pas eue à Poudlard, et que j'ai découverte à Noël dernier. Il s'assoit à côté de moi et nous discutons d'un peu tout et rien pendant une bonne demi-heure. Mes paupières commencent à s'alourdir doucement mais je refuse de sombrer dans le sommeil. J'ai l'impression que quelque chose travaille Ewald. Instinctivement, je sais qu'il vaut mieux que je lui laisse prendre l'initiative de parler lorsqu'il sera prêt. Il faut attendre encore un peu, mais lentement la conversation se tarit, laissant place à un silence qui passe doucement de calme à légèrement tendu. C'est à ce moment là que le Serpentard s'éclaircit la gorge et demande:
«Quel âge tu avais… Quand tu as commencé à te couper?
-Dans cette vie, tu veux dire?» je demande, doucement
«Oui.»
Je n'aurais pas pensé que ça le travaillerait. J'imagine que je suis beaucoup trop désensibilisée à tout ça, à présent.
«Quand mes souvenirs se sont 'fixés'. Mon corps avait un peu plus de trois ans.»
Ewald ne répond rien, et le silence se prolonge entre nous. Je me tortille un peu, tendue, avant de céder et de demander:
«Pourquoi?»
Ewald soupire doucement avant d'admettre:
«C'est une chose de savoir, intellectuellement, que tu as commencé très tôt, mais le voir… Je n'avais pas complètement réalisé. Je ne sais pas ce que je pensais. Mais je n'avais pas vraiment conscience...»
Il s'interrompt, semblant se perdre un peu dans ses mots.
«Et dans ton autre vie? Quand est-ce que tu as commencé?»
Je détourne le regard, fixant un point invisible du côté opposé à Ewald. Je n'ai pas l'habitude de parler ouvertement de ça, et c'est plus facile de cette façon.
«J'avais… Quinze ans et demi, je pense. C'était deux ou trois mois après ce qu'il s'était passé avec Jérémy.
-Est-ce que tu sais pourquoi tu as commencé?»
Je hausse les épaules avant de soupirer. Je prends le temps de trouver mes mots avant de raconter:
«À cette époque… je ne pouvais parler à personne. Je n'avais confiance en personne. La seule qui savait ce qui était arrivé était mon frère, et il faisait comme si de rien n'était. La seule fois où je l'ai confronté et qu'il a parlé de ça… C'était...» je soupire, avant de reprendre: «Bref, ce n'est pas la question. Le silence me rendait folle, et je ne sais pas comment m'est venue l'idée, mais c'est la seule chose que j'ai trouvé qui me soulageait. J'imagine que c'était le fait d'extérioriser, de faire correspondre ce que je ressentais mentalement et physiquement.»
J'ai envie de me couper. Discrètement, je réactive les quelques coupures que j'ai faites sous la douche et qui sont à portée de ma main.

«Tu veux qu'on change de sujet?» me demande Ewald
Je me demande si il a remarqué ce que je faisais. J'imagine que non, il m'aurait sans doute arrêtée. Je soupire.
«T'inquiète.»
J'ai envie de me couper, mais je n'avais pas besoin de ce sujet pour ça, et je crois qu'il faut qu'on en parle, d'une certaine façon.
«D'accord.» répond mon ami, calmement. «Mais promets moi de me dire si ça fait trop, ou si mes questions te dérangent.
-Okay.»
La main d'Ewald se pose sur mon épaule avec délicatesse, et je soupire.
«Je te le promets.»
Son esprit effleure le mien, transmettant une vague d'apaisement et un simple «Merci.». Ensuite, il me dit, à voix haute cette fois:
«J'ai d'autres questions, mais déjà… Est-ce que tu veux bien me dire comment a réagi ton frère quand tu l'as confronté?»
Je me tends instantanément. Ma dissociation, déjà présente depuis le début de la conversation, s'aggrave, mais je refuse de faiblir, alors je réponds, avec une touche d'acier dans la voix:
«Il a dit que c'était des choses qui arrivaient, qu'il ne fallait pas faire un drame pour un malentendu, et que j'avais dû aimer.»

La réaction du Serpentard est immédiate. Il laisse échapper une insulte, se tendant comme un ressort.
«Pardon?» son intonation est sinistre, et je ne prends pas la peine de répondre. Je sais que la question est surtout rhétorique. Je ne me sens pas assez forte pour donner davantage de détails à l'oral, alors je me contente d'effleurer son esprit pour lui faire partager mon souvenir. Il s'y ouvre sans hésitation et je lui montre. Je lui montre les phrases abjectes de Jérémy, qui m'avaient encore salie lorsqu'il avait sous-entendu que mon corps avait affiché tous les signaux du plaisir. Je lui laisse entendre tout ce que mon frère avait dit qui n'avait fait qu'augmenter encore la culpabilité que je ressentais. Je n'avais pas réagi, après tout. Il ne m'avait pas menacée, pourtant. J'aurais pu crier. J'aurais pu partir. J'étais restée paralysée. Il m'avait fallu une nouvelle vie pour apprendre le concept de sidération, et admettre que je n'aurais pas pu réagir. Je sens le moment où Ewald dresse ses murailles occlumentiques, rompant le lien, sans doute pour contenir sa colère. Il lui faut une ou deux minutes pour se reprendre, avant qu'il ne dise, d'une voix soigneusement contrôlée:

«Je suis content qu'il soit mort.»
Je hausse les épaules, mes propres murailles elles aussi dressées à présent. Je me rappelle, en flash, de l'enterrement de Jérémy. Du soulagement abject qui m'avait envahie en parallèle de la certitude que je ne saurais jamais vraiment pourquoi il m'avait fait ça.
«Je suis désolé de t'avoir forcée à te rappeler de tout ça.»
J'ai un rire qui n'a rien de joyeux.
«Je n'ai pas eu besoin de tes questions pour m'en souvenir. Je n'ai jamais eu le luxe d'oublier.» ma voix est amère.
Ewald ne dit rien. Il n'y a rien à dire, d'un autre côté. Enfin, j'imagine.
«Tu sais que c'était des conneries, tout ça?» la voix d'Ewald est toujours beaucoup trop neutre, et dans le même temps mortellement sérieuse.
Je tressaille, surprise, puis je hausse les épaules.
«Vivian?
-Oui, je sais.» je réponds, fixant toujours des yeux le vide du côté opposé à mon meilleur ami.
Ewald se retourne vers moi et je tourne le regard vers lui, instinctivement attirée par le mouvement. Doucement, il pose la main sur mon bras.
«Regarde moi, s'il-te-plaît.»
De mauvaise grâce, je croise son regard, avant de détourner les yeux.
«On peut changer de sujet?»
Le Serpentard prend une respiration profonde avant de me répondre calmement.
«Je suis désolé, mais pas tout de suite.
-Qu'est-ce qu'il y a?
-J'ai l'impression que tu ne dis pas tout, et j'ai vraiment besoin de savoir que tu sais que ton frère racontait des conneries.»
Je me crispe encore davantage. C'est l'inquiétude dans le regard d'Ewald qui descelle mes lèvres, au final.
«Je sais que c'était n'importe quoi. Je… Je sais que ce n'était pas de ma faute, que mon corps a réagi comme il l'a fait par réflexe, que je ne voulais pas ça. Je sais que je n'étais pas capable de réagir. Mais savoir et ressentir, ce n'est pas la même chose. C'est comme ce que tu disais tout à l'heure par rapport aux coupures. Je sais, rationnellement, que j'y suis pour rien. Ça ne m'empêche pas de m'en vouloir. Ça ne m'empêche pas de me mépriser.» j'admets, avec amertume.
«Et tu te méprises pourquoi, exactement?»
Je remonte mes genoux contre ma poitrine, profitant du léger soulagement que m'offrent mes plaies sollicitées par le mouvement. Je regarde fixement devant moi, parce que c'est plus facile de répondre comme ça.
«Pour ma faiblesse. Parce que je suis pathétique, lamentable. Tourne ça comme tu veux.
-Qu'est-ce qui te fait penser ça?» la voix de mon ami est calme et dénuée de jugement.
De mon côté, je commence à perdre pied. Dans un sursaut, je renforce mes barrières occlumentiques, me forçant à faire le tri dans mes émotions.
«Je sais que tu ne vas pas être d'accord, okay? Mais pour moi, c'est faiblesse de ne pas avoir été capable de réagir, même si ce n'était pas ma faute, même si je n'aurais pas pu. C'est faiblesse que la sidération soit mon réflexe. C'est faiblesse et c'est pathétique que je ne parvienne pas à m'en remettre, et que je ne parvienne même pas à clamser!» j'ai élevé ma voix sur la fin, malgré moi.
Ewald se contente de répondre, toujours aussi calmement.
«Tu as raison.»
Je ne m'attendais pas à la pointe de douleur qui me transperce. Je me sens trahie. Je me hais.
«Je ne suis effectivement pas d'accord.» ajoute mon ami, rapidement, et je respire à nouveau normalement. Il a dû le voir, car une expression peinée s'accroche à son visage malgré ses boucliers occlumentiques.

«Tu n'es pas méprisable, et tu n'es pas faible. Tu as survécu à ton frère et à ce qu'il t'a fait. Tu n'as pas de contrôle sur tes réflexes, c'est normal. Tu sais à quel point j'ai été éduqué à masquer mes émotions, et pourtant tu sais aussi bien que moi que ça a ses limites. Les réflexes, le spontané, c'est quelque chose qui fait partie de la vie. Des fois, ce n'est pas forcément ce qu'on voudrait, mais c'est comme ça. Tu sais que ce n'est pas de ta faute. Et tu finiras aussi par le ressentir.
-Parce que je n'ai pas le choix, c'est ça?» je demande, avec une pointe d'ironie
«Effectivement.» répond mon ami sur le même ton.
Je lui fait un fantôme de sourire, avant de dire:
«Je sais que tu as raison. Des fois, je le ressens, en vrai. Mais pas quand je vais mal. Et je ne vais pas très bien en ce moment.» j'admets, en détournant la tête.
C'est stupide, non? Je sais que c'est évident, il le sait déjà sans doute. Mais j'ai du mal à l'admettre. Ça me fait me sentir vulnérable. Sans doute parce que j'ai passé des années à faire semblant. J'ai l'impulsion de me lever et de quitter la pièce. Je n'aime pas me sentir comme ça. Je veux me couper. Si je lui dis que j'ai besoin d'aller aux toilettes, il me laissera partir je pense.
«C'est okay, Vivian, Aurore. Ça va aller.»
Sa voix est calme, douce, solide. Il fait dérailler de mon fil de pensée. C'est marrant comme il est le seul de notre groupe d'ami à employer mon ancien prénom, de temps en temps. Ça fonctionne à chaque fois. Il captive mon attention entière, quand il fait ça. Comme si mon âme pouvait échapper à l'un ou l'autre des prénoms qu'on lui a donné, mais jamais les deux d'un coup. Comme cernée. Il y a une certaine poésie à cette pensée.

Après ça, le silence s'étire à nouveau, mais la main d'Ewald recouvre la mienne, et je m'y cramponne. Je ne me sens plus capable de bouger. Je ne sais plus quoi dire, non plus. Finalement, après un assez long moment, Ewald me demande:
«Est-ce que je peux te poser une autre question?»
Je me tends légèrement, mais je lui donne quand même mon accord. Je suis surprise de le sentir effleurer mon esprit, plutôt que de poser sa question oralement. Relâchant un peu ma prise sur mes murailles occlumentiques, je m'ouvre à nôtre lien. Je ne m'attends pas vraiment à ce qu'il me transmet. Il me rejoue le moment où j'ai admis avoir commencé à avoir me couper à trois ans, et ce que ça l'a fait ressentir. Les interrogations que ça a soulevé chez lui sur mon enfance. C'est douloureux. Parce qu'il tape dans le mille. Avec pudeur, la question qu'il se pose vraiment, c'est de savoir à quel point j'ai été seule.

Je n'ai pas les mots pour tout ça, mais des larmes silencieuses commencent à couler malgré moi alors que je le laisse entrevoir, avec retenue, la solitude absolue dans laquelle j'ai grandi. Être entourée de gens qui me donnent un nouveau prénom en ignorant qui je suis alors que j'ai toute ma vie dans ma mémoire. N'avoir personne à qui en parler. Savoir les gens de mon passé à portée de main, mais avoir la conscience douloureuse que je suis morte, à leur yeux. Vouloir mourir. Tout le temps. Continuer à vivre à cause d'une peur absurde en frôlant la folie. Subir le fait d'être à nouveau un enfant, forcée à être touchée, manipulée, sans mon accord. Infantilisée en permanence. Devoir me battre pour chaque parcelle d'indépendance. Et encore, j'ai eu de la chance, mes parents ont été un peu compréhensifs. Mais la solitude, toujours. Beaucoup trop adulte pour les gens de l'âge de mon corps. Perçue comme un enfant pour les gens de mon âge réel. Je ne sais pas comment je ne suis pas morte plus tôt, en vérité. La dissociation? Le déni? Les coupures, dans tous les cas.
Ewald absorbe tout ça, et je sens son esprit comme hésitant. D'une légère poussée mentale, je l'encourage à me dire ce qu'il a en tête. Doucement d'abord, il commence à partager le parallèle qu'il fait avec sa propre enfance. La compréhension profonde qu'il a de mes ressentis. Il me laisse entrevoir la froideur de sa grand-mère, la solitude de n'avoir qu'elle comme référente. Les brefs moments de joie avec sa mère, et le sentiment d'abandon quand sa «maladie» l'empêchait à nouveau de passer du temps avec lui. L'incompréhension face aux dynamiques à l'œuvre entre les femmes qui l'élevaient. Le poids des responsabilités, de devoir s'occuper de la maison comme un adulte en dirigeant les elfes. Les absences nombreuses de sa grand-mère à cause de tous ses devoirs. Les rapports guindés avec les autres enfants de son âge, quand il a commencé à en voir, car ce n'était que pendant des repas officiels. La pression de devoir se faire calme, discret pour ne pas être un poids pour sa famille, à la maison. La pression d'apparaître parfait, de bonne compagnie, vif, lors des événements publics.
Onze ans. C'est le temps que nous avons dû vivre, l'un comme l'autre, avant d'entrer à Poudlard et de voir nôtre solitude atténuée. Pour lui comme pour moi, ça n'a pas tout résolu, mais c'est à partir de là que nous avons pu commencer à guérir un peu.

«J'ai pensé que je n'aurais jamais dû exister.»
La voix d'Ewald rompt le silence sans briser le moment. Les larmes continuent à s'échapper de mes yeux, silencieusement, depuis tout à l'heure. Les mots d'Ewald me tirent de ma transe. J'ai peur, soudain, en les comprenant. Je ne dis rien, pourtant, sachant qu'il n'a pas fini.
«Lorsque je suis entré à Poudlard, juste après… Après que ma mère aie tenté de se tuer.»
Je crois que je n'ai jamais, ou presque, entendu le Serpentard parler comme ça. Il n'y a plus aucun contrôle dans sa voix, juste ses émotions brutes.
«Si je n'existais qu'à cause d'un viol, et que ma mère voulait mourir à cause de ce qui lui était arrivé, alors clairement je ne devais pas vivre. Je ne voulais pas être un rappel permanent pour elle de ce qu'elle avait subi. J'ai… J'ai souvent pensé à ça, les premiers mois à Poudlard. En plus, le monde autour m'était hostile. Il y avait un certains nombres de gens à qui mon nom ne revenait pas. Je n'étais pas le seul à penser que j'aurais dû disparaître.»

Ewald s'interrompt quelques instants, semblant chercher ses mots.
«Si je n'avais pas rencontré Arthur… C'est grâce à lui que j'ai tenu le coup. Je ne sais pas ce que j'aurais fait, sinon. Je m'y connaissais déjà un peu en potions, et j'aurais pu préparer un poison facilement.»
Ma main me fait un peu mal, tant je serre celle de mon ami avec force. J'ai mal. J'ai tellement mal en imaginant la souffrance qu'il a dû ressentir. Le Serpentard inspire profondément, puis conclut:
«Quand je suis rentré pour les vacances de Noël, j'ai pu parler de tout ça avec ma mère. Ça a été un moment très difficile pour nous deux. Elle a pleuré. Moi aussi. Mais elle m'a dit… Elle m'a dit qu'elle m'aimait, et que j'étais sa raison de vivre. La seule bonne chose qui soit ressortie de tout ça. Elle m'a fait comprendre que j'étais précieux pour elle… Maintenant, je me rends compte à quel point je me fourvoyais, avant cette discussion. J'ai conscience d'à quel point j'ai failli faire une connerie. Mais ça n'enlève rien à la réalité de ce que j'ai ressenti. Je… J'avais déjà rassemblé des ingrédients.»
Le silence s'étire quelques secondes, puis Ewald admet, comme embarrassé par ses confidences:
«Je ne sais pas pourquoi je t'ai raconté tout ça. Je n'en avais parlé à personne.
-Parce qu'on se comprend.» je réponds, gravement.
Je n'ai pas d'autres mots pour ça, mais je crois que c'est ça. On se comprend. Nos vies sont vraiment différentes, mais on connaît tous les deux la solitude, la douleur. Et, je le sais maintenant, le fait de contempler la mort. Je refuse de le laisser regretter de m'avoir confié ce qu'il vient de partager avec moi.

Je me blottis contre le Serpentard, qui referme ses bras sur moi sans hésitation. Je lui transmets par voie mentale tout ce que j'ai du mal à dire à voix haute, parce que ça me ferait me sentir encore plus fragile, plus vulnérable. Je lui transmets ma reconnaissance pour ce qu'il a partagé, mon affection, ma confiance totale en lui. Sur le même mode, il fait écho à mes sentiments. J'essuie mes larmes avant d'appuyer mon visage sur son torse, et je me fige un instant en voyant sa main faire la même chose sur son propre visage, furtivement. Je ne dis rien. J'ai l'impression pourtant que c'est l'aperçu le plus intime que j'aie jamais eu d'Ewald.
Nous restons enlacés jusqu'à ce que notre position devienne trop inconfortable. À ce moment là, sans vraiment nous concerter, nous nous allongeons et je me blottis contre lui à nouveau. C'est dans cette position là qu'on s'endort, et je crois qu'on en avait autant besoin l'un que l'autre.

oOo

Ewald est toujours là le lendemain matin, lorsque je me réveille. C'est bizarre de se réveiller à côté de lui, mais c'est aussi réconfortant. Le temps que j'aille vider ma vessie, il a disparu. Je me dépêche de m'habiller, me sentant vaguement embarrassée sans trop savoir pourquoi. J'attends quelques minutes dans ma chambre, puis finis par descendre petit-déjeuner lorsque je commence à me sentir seule. Ewald y est, impeccablement habillé, discutant tranquillement avec sa mère. Rosemary me salue joyeusement à mon arrivée et je lui renvoie son bonjour. Je m'assois à côté de mon meilleur ami, comme d'habitude. Après nos confidences d'hier soir, je me sens un peu mal à l'aise, j'ai du mal à le regarder, mais j'ai l'impression que lui aussi. C'est étrange d'avoir été si vulnérables, l'un et l'autre, pour passer ensuite à un petit déjeuner tout ce qu'il y a de plus normal.
Une fois qu'on a fini de manger, je suis Ewald qui se dirige vers la clairière pour l'entraînement au duel. Nous n'avons toujours échangé aucun mot. Cet état de fait perdure pendant qu'Amaranthe nous fait faire un rapide échauffement qui consiste à lancer des sorts sur des cibles qu'elle fait apparaître de façon aléatoire. Ewald doit les lancer de façon informulée, bien sûr. Après ça, elle demande à mon ami de décrire un peu le genre d'exercices qu'il me fait faire. Avec une moue approbatrice, elle nous demande une démonstration de nos duels de marquage lumineux versus tout ce que je peux lancer. Elle fixe la limite à cinq touches de la part de mon adversaire. Évidemment, ça veut dire que le combat va être rapide, mais je mets un point d'honneur à le faire durer au maximum. Question de fierté.
La vieille dame ne paraît pas trop déçue par mes compétences, et elle me donne une liste de conseils à suivre pour améliorer ma posture. Ensuite, elle me laisse le choix entre observer sa leçon avec Ewald ou travailler un ou deux sorts sur le côté. J'opte pour les sorts. Elle m'a donné des pistes très intéressantes pour améliorer mon incendio et mon aquamenti que j'ai envie de tester sur le champ. Je me mets sur le côté de la clairière dans l'intention de libérer la place pour m'entraîner sans danger, mais avec un ton que je ne peux que qualifier de sadique notre instructrice m'enjoint de lancer les sorts dans sa direction et celle d'Ewald une fois qu'il auront commencé leur combat.

«Ce sera un excellent moyen de travailler à ne pas perdre conscience de son environnement.»

J'échange un regard avec mon ami, qui ne semble pas surpris de l'initiative de sa grand-mère, simplement résigné. Nos esprit s'effleurent, et il me transmet
«Ne t'inquiète pas, elle sait ce qu'elle fait.
-
Elle est complètement timbrée.» je réponds, par le même mode.
Je sens son amusement, léger, à travers le lien, et je me résigne à obéir à la consigne qui m'a été donnée. Ensuite, le duel commence, et je suis impressionnée par la maîtrise des deux combattants. Malgré leur échange de sorts acharné, aucun d'entre eux ne me met en danger, et j'ai la confirmation que le sort dirigé hier dans ma direction par Amaranthe était intentionnel. Ils esquivent ou bloquent chacun de mes sorts avec une aisance insultante. D'un autre côté, j'ai du mal à me concentrer, captivée comme je le suis par le spectacle devant moi.

oOo

Après une bonne heure d'entraînement, nous quittons Amaranthe, et Ewald soupire légèrement.
«Une petite promenade, ça te dit?»
Je hoche la tête, et nous prenons un chemin qui s'éloigne du manoir et de la dépendance pour nous enfoncer dans les jardins à la française. Finalement, nos pas nous amènent vers le banc près de la petite mare, où nous nous asseyons. Ça me rappelle Noël, quand Arthur m'avait soignée. Je suis juste beaucoup moins dissociée, même si je ne suis pas tout à fait à l'aise. J'ai l'impression qu'il y a comme une légère tension dans l'air. Le genre de tension qui vient des mots retenus.
«Alors, qu'as tu pensé de l'entraînement?» demande Ewald
«C'était… instructif.» je réponds, avec un léger rire. «C'est comme ça que ta grand-mère t'a entraîné?
-C'est ça.» confirme mon ami
«Je comprends que tu sois devenu si fort. Vos duels sont impressionnants.
-Grand-mère a fait des tournois, lorsqu'elle était encore à Poudlard. Elle a dû arrêter à cause de son mariage, mais elle avait déjà gagné quelques prix.
-Comment ça se fait? Si on se marie, on ne peut pas faire de duel?
-C'est simplement qu'à l'époque, il était bien vu de commencer par donner un héritier à son mari. Elle pensait reprendre après, mais ensuite il y a eu la guerre, et je pense qu'elle avait d'autres priorités.
-Je comprends.» je réponds, pensive
Arrêter de faire quelque chose qui nous plaît à cause d'un mariage me paraît stupide, mais je sais très bien que ma vision du monde ne correspond pas à la réalité du sexisme. À plus forte raison dans le monde sorcier. Le silence s'étire un peu, puis Ewald reprend la parole. Au ton de sa voix, je comprends que c'est de ça qu'il voulait surtout me parler.
«Je pense qu'on attendra demain pour examiner tes souvenirs par légilimancie, si c'est okay pour toi.
-Pourquoi?»
Mon ami hésite un instant, avant d'admettre:
«Hier… C'était beaucoup d'émotions pour moi, je ne suis pas sûr de pouvoir être au maximum aujourd'hui.
-Je comprends.» je réponds, sans réfléchir.

À nouveau, le silence s'installe, et j'ai l'impression qu'Ewald est tendu. Cette tension me met mal à l'aise, mais je ne sais pas quoi dire pour le pousser à parler. Finalement, faute de meilleure idée, je lui demande:
«Tout va bien?»
Nos regards se croisent, et il me fait un sourire que je ne peux qualifier autrement que de fragile. Je fronce les sourcils, inquiète, mais il me répond déjà:
«Ça va.»
Il soupire.
«C'est simplement que… Hier soir… Je n'avais jamais montré ce côté de moi. Et j'imagine que je sais pas trop quoi faire maintenant.»
Il soupire à nouveau, et semble rassembler sa détermination.
«Est-ce que tu es déçue?»
Je le regarde avec surprise.
«Pourquoi je serais déçue?»
Pour une fois, c'est Ewald qui a du mal à croiser mon regard. Je pose ma main sur la sienne, avec légèreté, mais il ne répond pas, et je sens la tension qui l'habite. Inquiète, je tends mon esprit vers le sien. Il s'ouvre au contact doucement, et me transmet.
«Tu m'as vu pleurer.»
Grâce à nôtre lien, je sens ce qu'il ne verbalise pas. La honte qu'il ressent à avoir montré sa vulnérabilité, sa faiblesse. Et je comprends enfin ce qui l'inquiète vraiment. Il a peur que je ne change de regard sur lui. Et c'est absurde, après ce qu'on a vécu. Après tout ce qu'il a vu de moi. Pourtant, je comprends.
Avec autant de douceur que je peux, je tends mon esprit vers lui pour lui transmettre des sentiments rassurant, tout en lui disant, à voix haute.
«Ça ne change rien pour moi, Ewald. Je… Ce qu'il s'est passé, hier, la seule chose que ça change pour moi, c'est que ça nous rapproche encore.»
Mon ami croise mon regard, et je sens qu'il a du mal à assimiler ce que je lui dis. J'hésite à poursuivre à voix haute, mais je ne me sens pas autant en sécurité que dans ma chambre, alors je lui transmets mentalement ce que je ressens. D'abord, à quel point je me sens privilégiée qu'il aie baissé sa garde avec moi, ma gratitude pour ses confidences, pour sa confiance. Ensuite, je lui dis, avec un brin d'ironie:
«Je serais bien mal placée pour te juger, Ewald. Tu as vu à qui tu parles?»
Par voie mentale, je lui fais revoir mes crises de larmes, mes coupures…
«Je pars dans tous les sens, je suis totalement instable, et tu as vu tout ça. Tu es humain, toi aussi. Tu n'as pas à être parfait, au contraire. Ce qu'on a partagé c'est… ça n'a pas de prix pour moi.»
Je sens qu'il commence à me croire, à comprendre, et nous échangeons un sourire.
«Tu es la personne la plus importante pour moi, Ewald.»
«Je t'aime.» j'ajoute, d'un effleurement de pensée.
Il me sourit doucement, avant de répondre simplement:
«Merci.»

oOo

Après ça, nous repartons. Nous marchons encore un peu dans le jardin, tranquillement, sans ressentir le besoin de trop parler. Nôtre lien est toujours ouvert, passivement, et c'est comme si on se tenait la main à distance. C'est réconfortant. Lorsque nous rentrons au manoir, nous mangeons tranquillement avec Rosemary et sa mère. Amaranthe profite de l'occasion pour revenir sur l'entraînement du matin et nous distribuer conseils et critiques jusqu'à ce que Rosemary parvienne à l'en distraire.
L'après-midi, nous la passons à la bibliothèque, une nouvelle fois. Ewald veut faire des recherches sur les sorts employés par Kayns qu'il ne connaît pas, et je l'aide dans la mesure de mes capacités. Je n'ai pas vraiment le vocabulaire technique pour comprendre tous les grimoires que mon ami sort des étagères, mais il m'apprend un sort de recherche qui permet d'identifier les volumes qui parlent des sujets qui nous intéresse. Comme la plupart des grimoires sont plus ou moins secrets et protégés, on ne peut pas affiner nôtre recherche, mais j'apprends qu'il existe des sorts qui, sur des livres standard, permettent de les faire ouvrir au mot qu'on cherche. Je pressens que sera très pratique pour mes devoirs, l'an prochain.

Lorsque nous descendons dîner, Ewald a envoyé une nouvelle chouette à Arthur pour lui demander si il connaît les sorts de diagnostic employés par Kayns. Il n'a rien trouvé à leur sujet à la bibliothèque, mais sa famille ne possède pas vraiment de livres sur la Médicomagie, à part un ou deux ouvrages pratiques de premiers soins et de plantes médicinales. En revanche, la bibliothèque est beaucoup plus fournie en magies de l'esprit, et il ne désespère pas de trouver des informations sur l'Apperto Memoria. Le problème est que les grimoires de magie de l'esprit, typiquement, sont protégés contre les sorts de recherche de mots clés, donc on est obligés de les parcourir à la main pour chercher des informations. On a quand même réussi à vérifier une bonne partie des livres qui pourraient contenir l'information, donc on devrait réussir à finir demain.

Après manger, nous remontons de concert du repas. Une fois devant la porte de ma chambre, Ewald a une brève hésitation, et propose:
«Est-ce que tu veux qu'on aille dans ma chambre ce soir? Tu n'y est jamais entrée.»

Un peu hésitante, je hoche la tête, refusant de me sentir mal à l'aise. Je suis un peu curieuse, aussi. Sans plus de cérémonie, le Serpentard ouvre la porte et rentre dans sa chambre, m'invitant d'un geste à le suivre.

Je ne savais pas à quoi je m'attendais, mais je ne suis pas surprise du décor qui s'offre à moi. Je fais quelques pas à l'intérieur, prenant le temps d'embrasser la salle du regard. La pièce est grande, elle doit faire une fois et demie la taille de ma chambre ici. Sur ma droite, une grande armoire de bois sombre occupe la moitié de la longueur. À côté, plusieurs photos sont affichées sur le mur, toutes sorcières. En me rapprochant, je reconnais Ewald et Arthur sur plusieurs d'entre elles, ainsi que l'équipe de Quidditch de Serpentard où mon ami pause sans sourire, de son air sérieux habituel pour Poudlard. Appuyé contre le mur, un petit balais, taille enfant. Ensuite, sur le mur suivant, une fenêtre donne sur le jardin. Le bureau d'Ewald est installé juste devant, impeccablement rangé. Sa malle est à droite de son bureau, fermée. Enfin, le dernier côté de la pièce abrite son lit, à baldaquins évidemment, avec des tentures vert sombre. Il y a aussi une petite bibliothèque et un fauteuil de lecture. Curieuse, je me rapproche pour voir quel genre de livres il y a.
Avec un petit sourire, je constate que sa bibliothèque est presque exclusivement constituée de grimoires sur les potions ou le duel. Il y a aussi un petit livre sur les stratégies de Quidditch, et deux qui portent sur l'étiquette sang pure. Trois ou quatre ouvrages traitent de Légilimancie. J'ai le plaisir de voir que tous les livres que je lui ai offert à Noël ont une place de choix dans sa bibliothèque, très accessibles. Pour leur tenir compagnie, je vois deux ou trois romans sorciers que j'ai déjà aperçus à Poudlard.
«Alors, que penses tu de ma bibliothèque?
-Un peu trop sérieuse à mon goût.» je réponds, d'un ton taquin.

Nous passons une soirée agréable à bavarder dans son lit, parlant d'abord de nos lectures et des mérites comparés des littératures sorcières et moldue. Ensuite, la discussion dérive un peu sur son enfance, et les bons souvenirs qu'il a avec sa mère. Je partage quelques anecdotes de mon propre passé, quand j'étais encore Aurore. Je dois m'endormir à un moment, et quand je me réveille je vois qu'il m'a recouverte d'une couverture. Je remue un peu, constatant qu'il est toujours assis à côté de moi. Il tourne la tête vers moi en me sentant bouger.
«Tu vas bien? Tu t'es endormie.
-Ça va...» je marmonne, à moitié dans le cirage. «Il est quelle heure?»
Ewald lance un tempus rapide. Il est minuit passé.
«J'imagine que je devrais retourner dans ma chambre...» je soupire.

Il fait bon ici, et j'ai la flemme de bouger. Mais je ne suis pas sûre que le Serpentard aie envie que je squatte son lit.
«Comme tu veux.» répond il

Je me redresse, un peu surprise. Dormir avec lui n'est pas exceptionnel, mais c'était toujours dans ma chambre et assez spontané.
«Tu dormiras mieux, non?»
Ewald hausse les épaules.
«Ce n'était pas à cause de ta présence que je ne dormais pas. Je réfléchissais.
-À quoi?» je demande, tout en prenant une position un peu plus confortable.
Mon compagnon soupire avant de répondre:
«À plein de choses à la fois… À la rencontre avec Kayns, à ce que je veux faire, à mon apprentissage de potions… Il y a d'autres choses aussi, dont je ne suis pas prêt à discuter.
-D'accord.» je réponds, en souriant. «Tu es sûr que ça ne te dérange pas, si je reste?»
Mon ami hausse à nouveau les épaule, avant d'admettre:
«Ça me rassure de t'avoir à côté de moi.»

J'ai un petit coup au cœur, avant de réaliser qu'il veut sans doute dire qu'il peut mieux me garder à l'œil si je suis avec lui.
«Comme ça tu peux me surveiller pour pas que je me coupe?» j'ironise
«Entre autres.» répond il calmement.
Il doit sentir ma prochaine question venir, parce que son esprit frôle le mien, déposant la réponse lorsque j'accepte le contact:
«C'est réconfortant de ne pas être seul.»
Je n'ai rien à répondre à ça. Je me contente de lui transmettre une vague d'affection et de me pelotonner plus près de lui, encore émerveillée qu'il ne me repousse pas. Je m'endors avec sa main dans la mienne, tandis qu'il se replonge dans ses mystérieuses réflexions.

oOo

Le lendemain matin est très similaire à la veille. Après le petit déjeuner, nous rejoignons sa grand-mère pour une session de duel. Cette fois-ci, c'est contre elle que je me bats, et elle passe le combat à critiquer mes sorts et mon positionnement. Ensuite, elle me donne des choses à retravailler tandis qu'elle s'occupe d'Ewald. À la fin de la session, elle nous demande ensuite de se mettre à deux contre elle.

«Essayez de survivre à dix minutes de duel. Si vous êtes tous les deux incapacités avant la fin du temps, vous avez perdu.»
J'échange un regard avec Ewald, et sans un mot nous activons nôtre lien. Mon ami engage le combat, et je me synchronise avec lui pour tourner autour de nôtre adversaire. Il s'arrange pour détourner l'attention d'Amaranthe à chaque fois qu'elle s'intéresse trop à moi, pour me protéger. On sait tous que je suis son point faible. De mon côté, j'essaye au maximum de ne pas être un poids mort, et je me concentre sur des sorts un peu fantaisistes, comme le sortilège de glisse-pieds, pour essayer de désarçonner la matriarche.

Lorsque les dix minutes les plus longues de ma vie sont finies, nous n'avons pas perdu. J'ai réussi à tenir presque huit minutes avant de me faire stupéfixier, et Ewald est parvenu à tenir jusqu'à la fin du temps. Amaranthe nous félicite avec un brin de surprise qu'elle ne cherche pas à dissimuler.
«Vous vous en êtes très bien tirés pour travailler en équipe! Je ne m'attendais pas à ce que vous vous en sortiez aussi bien au premier essai. La prochaine fois, vous devrez réussir à éviter que l'un de vous ne soit incapacité pour gagner.»
Elle nous contemple un instant, et je ne peux pas m'empêcher de ressentir de la fierté. À travers, nôtre lien, je sens que mon sentiment est partagé. Je m'applique néanmoins à ne rien laisser paraître, prenant exemple sur mon meilleur ami qui reste stoïque. La vieille dame continue à nous regarder, son regard devenant vaguement suspicieux.
«Est-ce qu'Ewald vous a initié à l'occlumencie, jeune fille?»
Surprise, je bafouille avant de répondre honnêtement, prise au dépourvu:
«O-oui!»
La vieille dame se détourne de moi d'un coup, fixant son regard sur son petit fils. J'espère que je n'ai pas fait de connerie…
«Laissez-nous seuls, nous devons discuter en privé.»
Soudain très tendue, j'interroge Ewald sur la marche à suivre via nôtre lien, tout en affectant de me préparer à partir. Il me rassure, me disant qu'il ne devrait pas y avoir de problème, et me donne rendez-vous à la bibliothèque.

oOo

Lorsque Ewald me rejoint, il a le visage fermé. Inquiète, je lui demande tout de suite:
«Tout va bien?»
Mon ami s'installe à côté de moi avant de répondre calmement:
«Ça va. Elle m'a fait la morale sur les dangers d'initier quelqu'un d'aussi jeune à l'Occlumencie, elle m'a dit que c'était un miracle que ça se soit bien passé. Je ne voulais pas lui dire pour ton autre baguette sans ton autorisation. Du coup, je crois qu'elle est encore plus impressionnée par tes conséquences.
-Merci.» je dis, avec sincérité. Je sais qu'il sait que je le remercie de n'avoir rien dit.
«C'est normal. Grand-mère voudrait tester tes boucliers, à l'occasion.»
Je me tends, mais Ewald n'a pas fini.
«Je lui ai dit que tu ne serais pas d'accord. Elle ne fera rien sans ton autorisation, quoi qu'il arrive. Mais ça la rassurerait de s'assurer par elle même que je n'ai fait subir aucun dommage à ton cerveau.»
Je suis rassurée par les affirmations du Serpentard, même si je reste tendue. Je hoche la tête, à défaut de trouver quoi répondre. Mon ami ajoute, après une micro hésitation:

«Elle a deviné pour le lien mental, aussi.
-Tu m'avais dit qu'il était quasiment indécelable.
-C'est en nous voyant combattre qu'elle a compris. Elle me connaît bien, et elle sait que nous n'avons pas vraiment pu nous entraîner tant que ça à bouger de concert. Elle est bonne duelliste et familière avec mes compétences et les magies de l'esprit. C'était évident pour elle. Mais je doute que quiconque autre puisse le déterminer si vite.
-Je vois. Elle en pense quoi?»
Ewald a un petit rire désabusé:
«Je ne prétendrais pas savoir ce qu'elle pense.»
J'ai l'impression qu'il y a quelque chose de plus. Je le dévisage. Ses murs occlumentiques sont toujours en place. Je demande, incertaine:

«Est-ce qu'il y a autre chose?»
Mon ami soupire avant de répondre:
«Rien de grave. Elle est juste revenue sur le sujet qui m'a mis en colère, l'autre jour. Ce n'est pas important dans l'immédiat. On reprend les recherches?»

J'ai envie d'insister, mais je n'ose pas. Ewald a posé sa limite. Et il m'a déjà dit qu'il n'était pas prêt à parler de ce sujet, quel qu'il soit.

Nous travaillons principalement en silence jusqu'au repas. Après avoir épluché cinq ou six grimoires obscurs sur les possibilités offertes par les magies de l'esprit, nous trouvons enfin une allusion à ce qu'à fait Kayns. C'est de la Légilimancie avancée, le genre de truc que seuls les Oubliators les plus pointus apprennent. C'est un sort très spécifique. Ça a néanmoins le mérite de rassurer Ewald: L'homme n'a pas inventé le sort de lui même. Le contraire aurait pu indiquer un niveau de dangerosité plus élevé que nous pensions.

oOo

Après un nouveau repas tranquille, nous remontons dans la chambre d'Ewald. Nous sommes supposés partir pour le pays de Galles en fin d'après-midi pour retrouver les autres, mais je tiens à ce que nous examinons les deux souvenirs suspects par légilimancie avant. Même si nous redoutons tous les deux un peu cette plongée dans mon esprit, le Serpentard et moi sommes d'accord sur le fait qu'il vaut mieux nous assurer d'avoir toutes les informations. Nous nous asseyons sur son lit, face à face. Il lance tous ses sorts de confidentialité. Je ferme les yeux, inspirant et expirant profondément avant d'ouvrir mon esprit et nôtre lien. Doucement, la conscience d'Ewald rejoint la mienne. C'est plus facile que la première fois. Je lui fais trop entièrement confiance à présent pour qu'il en soit autrement. Comme la dernière fois, nous nous concentrons sur notre tâche, ce qui rend l'intimité de notre contact plus simple à supporter.

Le premier souvenir que nous examinons est celui qui suit ma rencontre d'avec le pédophile, lorsque Kayns cherche à savoir comment j'ai eu une baguette. C'est étrange de contempler un souvenir depuis mon esprit avec quelqu'un d'autre pour témoin et le soutien de l'occlumencie qui fournit plus de détails.

«À qui est cette baguette?»

La colère bouillonne en moi, et j'ai du mal à me concentrer à cause de tous les souvenirs nouveaux soudains révélés par la levée du sort de mémoire dans ma tête. À chaque fois qu'il vient contrôler mes «progrès», il procède ainsi, je m'en souviens à présent. Il me rend mes souvenirs pour couper court à mes questions, et m'examine pendant que je suis sonnée, avant de repartir en verrouillant à nouveau mes souvenirs. Pourtant, si je pouvais me rappeler simplement de son existence, je saurais que je peux mettre fin à la mienne sans craindre de ressusciter encore…

«Très bien, autant ne pas perdre de temps

Je sais ce qu'il va faire. Il l'a déjà fait. Alors je me force à répondre, le plus vite possible:

«Elle est à moi!»

Mais il est déjà trop tard. Il lance un legilimens, et je ne peux que projeter à la surface de mon esprit les réponses qu'il cherche, pour que ça dure moins longtemps. Pour protéger ce que je peux de mon intimité. Les quelques images que je lui montre ne lui suffisent pas, et il tire sur les souvenirs pour voir l'épisode du pédophile en entier. Arthur et moi sur la plage. L'entrée dans la cabane. Le petrificus totalus et la sensation familière de révulsion et d'impuissance, la sidération… Il pousse encore alors que je dissocie violemment, pour me voir récupérer la baguette sur le cadavre, puis la dissimuler avec l'aide d'Arthur, plus tard. Il ne quitte mon esprit que lorsqu'il a pleinement satisfait sa curiosité.

Nous sommes obligés de faire une pause après ça, séparant nos esprit. J'ai les larmes aux yeux, et la rage me dévore le ventre. Le reflet de ma colère brûle dans les yeux de mon meilleur ami, qui dresse ses murailles oclumentiques dès que nos esprits se séparent.
«Est-ce que je peux te prendre dans mes bras?»
Nos esprits ont été trop proches pour qu'il n'aie pas conscience que je ne réagirais pas bien à un contact physique surprise. Mes ongles sont plantés dans mes paumes, et j'ai juste envie de me couper. Je croise le regard, inquiet, de mon meilleur ami, et je hoche tout de même la tête avec raideur. J'ai envie de mourir. Ces souvenirs, cette sensation de viol est une plaie à vif. Je me mords, aussi profondément que je peux. Ewald tressaille et pose sa main sur mon bras, mais n'essaye pas de me forcer à l'éloigner de ma bouche. À la place, il chuchote:

«Vivian?
-Je le hais.» je réponds, un sanglot m'échappant malgré moi.
Je me laisse faire avec raideur lorsqu'il écarte ma main de ma bouche avant de me serrer fort contre lui.
«On va s'assurer qu'il ne puisse plus jamais te faire du mal.» répond Ewald, sombrement.
Je sens sa colère et sa détermination alors qu'il me serre contre lui. Après quelques minutes, il effleure mon esprit, me transmettant des vagues d'apaisement.

Finalement, je me secoue et je m'écarte un peu de lui. Il reste un souvenir à voir. C'est sans doute juste de la légilimancie, aussi, mais mieux vaut être prudents.

«On est pas obligés de le faire, Vivian.
-Je sais.» je réponds simplement. «Mais j'en ai besoin.

La main d'Ewald étreint brièvement la mienne, puis nous nous replongeons dans mon esprit à vif. Je sens indistinctement que mon ami essaye de se faire aussi discret que possible, tout en me transmettant un sentiment de chaleur. J'appelle le souvenir à moi.

«Mets toi torse nu. D'après mon sort, tu as de nombreuses blessures.
-Hors de question.» je réponds, tendue comme un arc.
«Je t'avais prévenue.» soupire l'homme, avant de pointer sa baguette sur moi.
J'essaye de me jeter sur lui, lame à la main, mais il m'immobilise avant même que je n'aie franchi la moitié de la distance entre nous.
Je le vois ce rapprocher, impuissante, frôlant la panique. Il fait disparaître ma lame d'un sort avant de m'enlever mon t-shirt, à la main. J'ai envie de mourir. Je me sens humiliée, salie. Je le hais. Je me hais.
Une fois qu'il a fini, il fronce les sourcils en découvrant les marques sur mon corps. La mine de Kayns devient franchement désapprobatrice, et il dit:
«Tu as un deuxième corps, et c'est ça que tu en fais? J'imagine que ça ne sert à rien que je te demande pourquoi…
Legilimens!»
La présence étrangère dans mon esprit m'écrase, ne me laissant aucun échappatoire alors qu'il fouille mes souvenirs. Il trouve rapidement mes souvenirs de coupures, et pousse pour m'arracher mes pensées. Mon désir de mort. Il marmonne:

«Ah non, c'est hors de question!»

Il fait… Quelque chose que je ne saurais pas définir. Mes pensées sont comme réassemblées de force alors que l'homme fouille et piétine magiquement mon esprit. Il fait comme venir au premier plan ma crainte de me réincarner à nouveau, la décuplant avec ce qui est forcément de la magie. Ce n'est qu'une fois qu'il est certain que cette pensée est profondément ancrée à moi qu'il quitte enfin ma tête.

Cette fois-ci, j'éjecte presque Ewald de mon esprit, paniquée. J'ai une violente envie de vomir. Je suis terrifiée. J'ai trop peur de comprendre. Je veux dresser mes murailles occlumentiques, mais je m'en découvre incapable. Je suis trop choquée, trop… Trop de choses tournent dans ma tête. Je regarde Ewald, et son regard confirme mes craintes. Lui a réussi à dresser ses murailles, mais ça ne suffit pas à masquer sa rage. Je me sens obligée de demander, comme malgré moi:
«Qu'est-ce qu'il m'a fait, Ewald?»
La panique est audible dans ma voix, et je ne parviens pas à m'en soucier. Ewald lâche un juron, puis saisit sa baguette qui laisse échapper une pluie d'étincelles rouges. Il la lâche comme si elle l'avait brûlée, et se force visiblement à se calmer. Il répond enfin, d'une voix vide d'émotions.

«Je pense que tu as compris. Il a… Cette saloperie de raclure de verracrasse a placé une compulsion dans ton esprit. Pour t'empêcher de mourir. Elle a dû briser en même temps que son sort de mémoire.»

oOo

«Je ne sais pas comment je fais, à vaciller sans cesse au bord de la folie. À vivre encore, à continuer. C'en est assez pourtant. Mon corps entier est une prison sur laquelle j'ai tracé moi même mes barreaux en traits de feu. Pourtant, la représentation continue. Je souris, je ris, je plaisante. Je suis tellement seule que c'est devenue une douleur constante. Mon esprit prend plaisir à me rappeler sans cesse que je ne peux faire confiance à personne, que personne ne se soucie vraiment de moi au fond. Je veux juste mourir. Pas pour faire cesser la souffrance, mais pour cesser d'être. Vivre, c'est souffrir. Et je prie pour que mourir soit juste un aller simple pour le néant. Je ne veux pas qu'on se rappelle de moi. Je ne veux pas qu'on se dise soudain, après ma mort, qu'on me regrette. Je veux que mon âme disparaisse et que mon corps la suive, bouffé par les vers ou mieux, consumé par les flammes.»

-Extrait d'un document sur l'ordinateur d'Aurore Berger, retrouvé par Quentin Lemage après sa mort-


Alors? Opinions? Réactions?
Il me tarde vraiment de vous lire!

J'espère réussir à vous sortir le prochain chapitre dans les temps, il y a des chances qu'il soit assez court, je verrais. Je passe le mois prochain au Japon, donc je vais écrire là bas, ça va être funky cette histoire.
Bref, je vous dis à la prochaine!