Chapitre 65 - Invitation et désinvitation


Le reste des vacances se déroula de la meilleure façon possible. Draco et Harry s'affrontaient régulièrement sur leurs balais, à la plus grande joie d'Orron. Hermione appréciait de s'installer dans le jardin pour les observer, un livre à la main. Draco semblait même regretter les semaines que Harry passait chez Sirius et où il devait se contenter des petits matchs qu'ils faisaient tous ensemble.

Oui, tout avait été parfait.

Alors pourquoi ?

Devant les portes en verre de King's Cross, Hermione serrait la poignée de sa valise et Pattenrond, la bouche entrouverte. Pourquoi Draco voulait-il absolument entrer seul ? Quelle importance qu'on le voit avec eux ?

— Quoi, vous ne pouvez déjà plus vous passer de moi ? dit Draco avec un sourire en coin.

— Tu espères faire quoi là ? demanda Ron. Rejoindre les Serpentards et continuer de prétendre que tout va bien ?

Toute trace d'amusement disparut du regard de Draco quand il se tourna vers lui.

— C'est exactement ce que je compte faire, Weasley. Quoi, tu t'imagines que je vais venir manger à votre table ? Dormir dans votre dortoir ? Perdre ma famille, ce n'était pas assez à ton goût, tu veux que je perde ma maison tant qu'on y est ?

Hermione voulut le retenir, mais sa conscience l'en empêcha ; pour quoi agissait-elle ? Son propre intérêt ? Ou celui de Draco ? Si elle avait trouvé la réponse plus tôt, aurait-il franchi avec eux le mur de brique ? Ils remontèrent sur la voie 9 3/4 au milieu des panaches de vapeur que soufflait la locomotive écarlate. Draco n'était nulle part sur le quai, mais ils le retrouvèrent au compartiment des préfets où il écouta de mauvaise grâce les instructions des préfets-en-chef.

Sous prétexte de patrouiller plus efficacement avant de rejoindre Harry, Hermione suggéra à Ron de se séparer, mais l'expression qu'il lui lança n'était pas dupe et elle n'insista pas. Vers midi, ils rejoignirent Harry qui partageait son wagon avec Luna et Neville. Hermione les salua avec un sourire qui retomba vite. En fermant la porte coulissante, son regard inquiet s'attarda sur le couloir. Une fille de troisième année se hâtait dans sa direction, deux rouleaux de parchemin à la main. La fille entra sans se soucier d'elle.

— Je dois apporter ça à Neville Londubat et à Harry P... Potter, balbutia-t-elle en rougissant quand Harry croisa son regard.

Elle les leur remit, de plus en plus rouge, avant de sortir à reculons du compartiment. En déroulant son parchemin, Harry apprit que lui et Neville étaient invités à déjeuner par leur nouveau professeur, Slughorn. Ils les laissèrent donc, Luna, Ron et elle, profiter d'un déjeuner plutôt calme. Hermione ne mangea que la moitié du sandwich acheté à la sorcière au chariot et la moitié abandonnée commençait à sécher quand Harry et Neville revinrent enfin. Leurs airs ne lui disaient rien qui vaille et son pressentiment s'avéra lorsque Harry entreprit de leur résumer le repas.

— Malfoy était là ? répéta-t-elle, la bouche sèche.

— Blaise Zabini et Théodore Nott étaient aussi invités, répondit Harry d'un air sombre. J'ai l'impression que Slughorn a rassemblé tous les élèves qui avaient un lien avec des personnalités importantes.

Hermione se mordit la lèvre. Quelque chose dans l'expression d'Harry lui soufflait qu'elle n'avait pas envie d'entendre la suite. Son inquiétude empira quand Neville demanda :

— Pourquoi les Serpentards ont dit ça ? C'est quoi cette histoire ?

— Tout s'est passé à peu près normalement au début, dit Harry en s'adressant directement à Hermione. Zabini et Nott ont attendu la fin pour sous-entendre que Malfoy n'avait sûrement pas sa place là. Tu t'en doutes, Malfoy leur a demandé de développer. Je ne sais pas comment ils l'ont su, en tout cas ils étaient au courant que son père l'avait chassé de chez lui.

— Attends, tu veux dire que tout ça, c'était vrai ? demanda Neville, les yeux ronds.

Hermione croisa son regard, trop stressée pour penser à lui répondre.

— Je crois qu'il était sous le choc, parce qu'il n'a pas répondu tout de suite, poursuivit Harry en pesant chaque mot. Ce qui n'a pas joué en sa faveur. Slughorn a décidé de l'ignorer, mais Nott et Zabini ont tout fait pour ramener l'attention sur lui. Tu sais, juste avec des petites remarques ; s'il avait quand même pu se payer ses fournitures scolaires, si les Malfoy avaient décidé d'adopter un autre héritier, des idioties dans ce gout-là.

— Il est quand même reparti avec eux... ? demanda Hermione alors qu'elle connaissait déjà la réponse.

Quand Harry fit « oui » de la tête, le poids sur son estomac s'intensifia. Incapable de rester plus longtemps sans rien faire, Hermione se leva. Elle interdit aux garçons de la suivre et remonta seule les wagons où les élèves se préparaient à l'arrivée du train. Un coucher de soleil rougeoyant descendait sur le paysage. Après une longue marche, elle découvrit Crabbe qui lisait une BD dans un des wagons et recula aussitôt, le cœur battant à tout rompre. Est-ce qu'il l'avait vue ? Il avait commencé à lever les yeux, avait-elle reculé à temps ?

Elle l'espérait, parce qu'elle avait aussi repéré un bout de la chevelure de Draco, à côté de Crabbe. Elle se concentra sur les voix qui filtraient à travers la porte vitrée.

— ...considérées, je trouve qu'on a été plutôt compréhensif envers toi, disait la voix de Zabini. Personne ne t'a obligé à venir parader chez Slughorn comme si tu avais encore des raisons de le faire.

— Et arrête d'esquiver le sujet, on t'a demandé où tu avais passé les vacances, ajouta Pansy.

— C'est drôle, j'ai eu l'impression qu'il sentait comme la fille Weasley, commenta Nott.

— Peut-être que tu devrais arrêter de renifler la première traitresse à son sang qui passe, répliqua la voix de Draco qui tremblait de colère.

— Pourquoi tu t'énerves ?

— Laisse-le un peu tranquille, Pansy, il a déjà perdu son nom, son argent, sa famille, évidemment qu'il est énervé.

Des éclats de rire suivirent. Toujours contre le mur, Hermione croisa ses bras avec force pour s'empêcher d'intervenir. Elle ne pourrait qu'empirer la situation, mais sa colère ne cessait de croître.

— Ne fais pas cette tête, Draco. On ne pouvait pas laisser Slughorn croire que tu es en bons termes avec ton père alors qu'il t'a jeté dehors, si ?

— Ne parle pas de mon père.

— Quoi, répondit Zabini. C'est un sujet sensible ? C'est parce qu'il est mort c'est ça ?

Hermione cessa de respirer. Comment... Comment osait-il ? Elle ne put s'empêcher un bref, très bref coup d'œil à l'intérieur. Draco s'était levé. La mâchoire crispée par la rage, il fixait un point qui devait être Zabini, son regard criant une telle douleur qu'elle en eut mal.

— Tu ne vas pas pleurer quand même ? fit Pansy. On doit te rappeler à cause de qui il est mort ? Qui est allé bécoter une Sang-de-Bourbe et comploter contre le Seigneur des Ténèbres, rappelle-nous ? C'est toi le responsable.

Cette fois, Hermione vit rouge. Avant même d'avoir pu réfléchir, elle avait ouvert la porte du wagon et se tenait devant les Serpentards. Elle voulait juste le tirer hors de cette conversation infâme, l'empêcher d'entendre plus d'horreurs. Crabbe ricana.

— Toujours avec elle, alors ? Ça c'est inattendu...

Hermione traversa le wagon, avec l'impression de traverser une boue épaisse. Elle prit la main de Draco avec douceur, à moitié inquiète qu'il la repousse violemment. Au lieu de ça, il verrouilla son regard, elle y lut toute sa détresse, y lut qu'il ne savait plus quoi faire.

— Rodolphus a parlé avec mon père, poursuivit Crabbe.

Malgré elle, Hermione se tourna vers lui et sentit la main de Draco se resserrer sur la sienne alors qu'il la poussait hors du wagon. Il n'eut pas le temps de le refermer, Crabbe avait déjà lancé :

— La dernière volonté de ton père est que tu oublies la Sang-de-Bourbe et même ça, tu ne le fais pas ?

La porte coulissante claqua. Ils s'éloignèrent juste assez pour faire disparaître les rires, puis Hermione relâcha sa main. Draco se tenait devant elle, lui tournant le dos.

— Est-ce que c'est... vrai ?

Draco ne bougea pas, ne répondit pas.

— Tu devrais me laisser.

Le train approchait de la gare de Pré-au-Lard. Autour d'eux, les élèves avaient commencé à quitter leurs wagons et certains leur jetaient des regards curieux.

— Certainement pas, pas deux fois, répliqua Hermione.

En voyant les valises que les élèves faisaient rouler dans le couloir, elle réalisa qu'il n'avait pas les siennes et revint sur ses pas en toute hâte. Les Serpentards avaient ouvert la valise de Draco sur la banquette et Zabini tenait l'écharpe qu'elle lui avait offerte.

— Joli travail, cette écharpe, Granger.

La claque monumentale qu'il reçut le fit vaciller en arrière et laissa une trace écarlate sur sa joue. Hermione sortit sa baguette, referma le bagage d'un sort et arracha l'écharpe à Zabini. Il retint son poignet. La force qu'il y mit était à la hauteur de la claque qu'il venait de recevoir et elle grimaça de douleur. Aveuglée par sa colère, elle avait oublié qu'ils pouvaient s'en prendre à elle, eux aussi.