Le voyage de retour à la base parut une éternité à Morgan. Elle laissa son esprit vagabonder, faire le point sur les deux dernières années écoulées, sur ce qu'elle était devenue : Parfois, elle ne se reconnaissait plus, parfois elle se demandait si elle était toujours la femme qu'elle était autrefois… Le doute l'habitait, mais elle réalisait aussi ce qu'elle avait pu faire de bien dans ce nouveau monde, les gens qui l'avaient aidé, les gens qu'elle aidait : les soldats, le groupe de la prison… La prison, son nouveau foyer lui manquait. Ses amis lui manquaient. Daryl lui manquait. Elle avait hâte de rentrer.
Alors qu'elle y pensait fortement, la base fut en vue. Enfin…
De nombreux soldats les attendaient au hangar, tous paraissaient heureux et soulagés de voir l'équipe de retour. Morgan descendit de la cabine du camion et se réfugia dans la chambre de Jeff. Elle avait besoin d'être seule encore un peu. La journée avait été éprouvante. Tant de souvenirs remontaient à la surface tout d'un coup: sa rencontre avec Stephen, leur mariage, la naissance de leur fils, les moments passés au chalet…
Elle s'assit par terre, la tête sur les genoux et les yeux dans le vague, quand Jeff pénétra dans la pièce et lui demanda :
- Ca va ?
- Mouais…
- Désolé que tu ais dû t'imposer tout ça, désolé de… Commença le soldat en se grattant la nuque
- Arrête d'être désolé, tu n'y es pour rien dans tout ça, le coupa la jeune femme lasse
- Tu repars quand ? demanda le soldat en s'asseyant à ses côtés
- Quand j'aurai parlé au Colonel… Demain j'espère.
- Tu as hâte ? L'interrogea Jeff en regardant droit devant lui
- Sincèrement, oui. Je suis partie de manière précipitée, expliqua-t-elle, j'ai tout laissé derrière moi.
- Je comprends… Affirma Jefferson, Lopez s'occupe de nous mettre à disposition une jeep avec les fournitures pour ton groupe, je te raccompagnerai demain. Le Colonel n'est pas à la base ce soir, et puis la nuit ne va pas tarder, ce ne serait pas prudent…
- Préserve ta salive, le coupa Morgan, je suis trop épuisée pour repartir en vadrouille ce soir…
- Notre dernière nuit de coloc alors, ironisa Jeff
- Demain, tu retrouveras ton lit et tu seras débarrassée de moi et de mes états d'âme.
Jeff demeura silencieux la fixant pensif, puis lui dit :
- J'ai été ravi de ce temps passé avec toi, même si je n'ai jamais autant frôlé la mort en si peu de temps, mais j'ai beaucoup appris en ta compagnie et tu manqueras à notre équipe.
Morgan lui adressa un sourire reconnaissant. Jeff se redressa et continua :
- Trêve de sentimentalisme… Ce soir, nous mangeons dehors, toute l'équipe souhaite se retrouver au Réfectoire, si tu es d'accord.
- Avec plaisir. Répondit Morgan avec un grand sourire
Le soldat lui fit un signe de tête et se retira. Morgan se réfugia sous une douche bien méritée, se prélassant sous le jet. Quand elle en sortit, elle n'avait qu'une envie : dormir. Elle s'installa sur le lit de camp et s'endormit.
Elle sentit qu'on la secouait légèrement, elle ouvrit un œil et vit Jeff pencher sur elle:
- C'est l'heure de diner…
- Je ne pensais pas m'être assoupie si longtemps.
Elle se redressa et suivit le militaire jusqu'à la supérette du camp, une grande table était dressée et tous les militaires de la mission étaient présents.
- Je crois que je vous préfère en treillis, lança un des soldats en souriant
- C'est vrai que le treillis est confortable, mais trop reconnaissable… Aujourd'hui, vaut mieux être discret, lança Morgan avec un clin d'oeil
Elle s'installa entre Lopez et Jeff et le repas débuta. La soirée fut conviviale, le moment propice aux rires et aux blagues, chacun avait son mot à dire et des anecdotes à raconter. Morgan apprécia ce moment, les militaires étaient détendus, leurs verres remplis, elle se laissa aller aux rires et à la bonne humeur collective.
Elle discuta beaucoup avec Lopez et Jeff, mais aussi avec les autres soldats aussi qui furent surpris de découvrir que sous son apparente froideur se révélait une jeune femme normale. Tous savaient qu'elle était d'un autre groupe et tentèrent de la débaucher:
- Ca serait sympa d'avoir une nana dans l'équipe, lança un soldat roux du nom de James installé en face d'elle
- Elle vaut deux hommes comme vous, plaisanta Lopez en vidant son verre
- T'exagère quand même… grogna James
- Peut être pas, s'amusa Morgan, j'ai survécu face à 20 rôdeurs enfermés dans un gymnase…
- Facile avec ta tenue anti zombie, souffla James
- Je n'avais pas ma tenue à ce moment-là, rétorqua la jeune femme avec un léger rictus
Tous se tournèrent vers elle, Jeff demanda sceptique:
- Sans la tenue? Sérieux?
- Oui. Répondit-elle simplement
Lopez siffla, Jeff vida son verre d'un trait. Un autre soldat lança :
- Qui dit mieux?
- J'ai vécu une semaine au milieu d'une horde… continua Morgan avant d'éclater de rire devant leurs mines déconfites
- Bon alors, tu arrêtes tout de suite de crâner, je sens déjà mes couilles se ratatiner, balança un autre
- Tu faisais quoi avant? demanda Lopez
- Je vendais des maisons.
- T'en as fait du chemin…
- Bien obligée, il fallait que je survive… Je suis quand même restée cloitrée une semaine sur mon lieu de travail avant de trouver un peu de courage pour rentrer chez moi… Et je me suis même fait mordre lors de ma première sortie, pas très glorieux…
- Comment t'as survécu ? Interrogea Jeff
- Grâce à mon jean et à ma paire de bottes en cuir, avoua t elle en riant, heureusement que je ne portai pas un treillis ce jour là !
Les soldats éclatèrent de rire dans un bel ensemble.
- Non, sans rire, reprit Morgan plus sérieuse. Je ne suis pas devenue la personne que je suis du jour au lendemain, j'ai rencontré les bonnes personnes au bon moment. Je dois la vie à ces personnes, mais ça c'était avant quand il y avait encore de bonnes personnes en ce monde, aujourd'hui, faut autant se méfier des rôdeurs que des vivants…
- Merci pour nous, grommela Jeff
- Dois je te rappeler que la première fois que je vous ai rencontré, vous m'avez tiré dessus ? Pas super la première impression… rétorqua Morgan
Un froid s'installa à la table. Tout le monde s'observait en chien de faïence ou fixait le fond de son verre.
- C'est vrai… lâcha un homme, faut se méfier de tout le monde maintenant, l'équipe de Pit en est la preuve…
- On ne sait pas ce qui leur est arrivé, coupa Lopez
- Si on le sait, Pit est mort, on lui a tiré dessus dans la forêt et ces deux là sont témoins! lança James en désignant Morgan et Jeff
- On n'est sûr de rien… commença Jeff
- Et l'hôpital piégé? Et les planques compromises? insista l'homme bientôt suivi par les autres soldats qui approuvèrent
- Il a raison, affirma un autre, les morts ne sont pas arrivés là par hasard… D'ailleurs Pit ne vous a rien dit ? Il n'a pas eu le temps de vous dire qui lui a fait ça ?
Morgan attrapa son verre et se mit à boire en détournant le regard. Lopez le remarqua, mais n'en dit rien. La soirée était, désormais tendue. Jeff prit la parole:
- Nous ne savons rien de ce qui s'est passé… Nous ne savons pas où est passé l'équipe de Pit, ni s'il y a un rapport avec nos planques envahies… Ne faites pas de plan sur la comète, on va trouver le responsable de tout ça. C'est une priorité pour le Colonel…
- Ben alors on fait la fête sans nous? Coupa une voix grave
Morgan tourna la tête et vit deux civils avec leurs fusils accrochés dans le dos, une cigarette au bec et une bière à la main les regarder amusés.
- Vous n'avez rien à faire dans le camp des civils, grogna Jeff
- On se promène, c'est qu'on s'ennuie nous! ricana un des miliciens que Morgan reconnut, c'était celui qu'il lui avait mis un coup de pied aux fesses lors de sa première venue dans la base
- Retournez dans votre partie du camp et restez y! pesta Lopez
Les deux hommes jetèrent leurs cannettes et repartirent en rigolant. Quand ils furent de nouveau seuls, les militaires se plaignirent:
- Ils en font qu'à leur tête ceux là… Ils boivent, ils tirent à tout va…
- Calmez vous, coupa Emerson, faut les comprendre… Ils sont à l'écart, reçoivent des ordres et n'ont pas leur mot à dire…
- Tu passes vraiment trop de temps avec la milice toi, lança Lopez
- Peut-être que si on les traitait comme des personnes normales… Continua Emerson
- Bordel, s'emporta un des soldats qui était le plus jeune, ce ne sont pas des personnes normales, dois-je te rappeler ce qu'ils ont fait à certaines femmes au début du camp ? Ils devraient remercier Taylor d'avoir été si tendre avec eux, ça serait l'un de nous, il nous aurait abattu…
La tournure de la conversation commença à déplaire à Morgan. Depuis qu'elle connaissait l'existence de la milice, elle ne les sentait pas… Il y avait un truc qu'elle n'aimait pas chez eux et elle avait presque peur de comprendre. Jeff tapa sur la table et coupa la dispute :
- Ce n'est ni le lieu, ni le moment de discuter de ces choses là…
Les militaires se turent, non sans jeter un regard noir à Emerson qui soutint leurs regards.
- Retournez dans vos quartiers. Continua L'adjudant
Tous s'exécutèrent, sauf Morgan et Lopez.
- Tu aurais du leur dire, intervint la jeune femme
- Leur dire quoi?
- Qu'ils ont raison de s'inquiéter, qu'on a subi une véritable chasse à l'homme dans la forêt et qu'on a une information concernant l'homme qui aurait pu faire ça…
- Quoi ? Intervint Lopez le front plissé de colère
- Brian. Répondit Morgan, Pit me l'a dit avant de mourir, c'est Brian qui a fait tout ça, ce sont ses paroles…
Devant le silence de Jeff, l'hispanique l'interrogea:
- Pourquoi n'avoir rien dit ?
- Parce que Pit divaguait, et qu'il n'y a pas de Brian dans le camp…
- Taylor est au courant? demanda Lopez
- Oui, bien sûr… C'est la raison de son absence, il est allé à l'hôpital voir de lui-même avec une équipe, ainsi que toutes nos planques aux alentours. Répondit son compagnon
- Il est fou, s'écria Morgan, c'est trop dangereux !
- Je viens de dire qu'il est parti avec une équipe et ils savent à quoi s'attendre… Contrairement à nous… rappela Jeff
Morgan resta sceptique, c'est vrai que Taylor savait à quoi s'attendre, l'hôpital envahi, la planque dévastée, peut être une chasse à l'homme aussi…
- Je te raccompagne. Lança l'adjudant
Morgan fit une grimace et se leva pour suivre le militaire après avoir fait un signe de la main à Lopez qui semblait perdu dans ses pensées. Arrivés dans la chambre, Morgan explosa:
- Tu ne devrais pas prendre les choses à la légère Adjudant Jefferson. Ce qui nous est arrivé cette nuit-là, c'est extrêmement grave. Le monde est déjà assez pourri, mais là, c'est pire que tout. On a failli mourir vingt fois, même dans ce monde, ce n'est pas normal. Bon sang, mais ouvre les yeux, arrête de te cacher derrière Taylor et agis. Débarrasse toi de la milice, parce qu'un de ces jours, ils vous la feront à l'envers et tu ne pourras pas dire qu'on t'avait pas prévu entre tes gars et moi.
Jeff la regardait comme si elle était devenue folle.
- Bon sang, mais atterris.
- Ok, je vais faire un tour le temps que tu te calmes, parce que t'es clairement hystérique… rétorqua Jeff
- Hystérique? Non je regarde la vérité en face moi, je fais pas semblant que je suis au pays des bisounours…
- Quand tu auras la responsabilité de tout un camp, tu auras peut-être le droit de donner des conseils, mais quand on a passé les deux dernières années à fuir les gens, même ceux qui t'ont aidé pour courir après un fantôme, je pense que t'as pas de leçon à donner…
Morgan le regarda choquée, puis elle s'entendit dire :
- C'est fou, en temps normal, tu te serais pris mon genou dans les couilles, mais en fait, j'ai même pas besoin de faire ça parce que je sais que tu m'attaques pour cacher tes propres faiblesses.
Jeff devint livide, Morgan s'écria fière:
- Waouh, c'est fou ce que j'ai muri.
Le militaire fit demi-tour et sortit en claquant violement la porte. La jeune femme souffla, elle avait été dure, mais Jefferson avait besoin d'entendre certaines choses et ne pouvait pas passer sa vie à se cacher derrière l'autorité de Taylor. Elle s'allongea sur le lit de camp et se dit que dans tous les cas, ce n'était plus son problème, puisque le lendemain, elle retrouverait les siens où d'autres soucis l'attendaient.
Morgan se réveilla en sursaut quand on toqua à la porte. Elle se leva précipitamment et ouvrit. C'était le Colonel Taylor.
- Bonjour Morgan. Lança-t-il enthousiaste
- Bonjour Colonel.
- C'est le grand jour ! Heureuse ?
- Assez impatiente, non pas que je n'apprécie pas votre hospitalité, mais j'aspire à retrouver mon foyer, avoua-t-elle
- Sortons faire quelques pas pour discuter avant ton départ.
Surprise, elle le suivit, ils firent un tour dans le camp des civils.
- Tout d'abord, je te présente encore toutes mes condoléances pour ta famille.
Morgan ne répondit pas et lui fit un signe de tête. Il reprit rapidement:
- Nous avons inspecté l'hôpital, le sous-sol est infesté et nous ne savons pas comment faire pour nous débarrasser de tous ces morts, Jeff a pensé que des équipes avec tes tenues feraient l'affaire…
- Bonne idée.
- Jeff n'a pas beaucoup dormi cette nuit, j'ai cru comprendre que certains de tes propos l'ont travaillé.
- Je n'ai dit que la vérité Taylor, vous sous-estimez l'ampleur de ce qu'il se passe… Se justifia la jeune femme
- Et tu penses que c'est la milice ?
- Ennemi de l'intérieur, ils dénotent un peu dans le camp, ils n'obéissent à personne, soyez très, même extrêmement, prudent avec eux… Méfiez-vous et restez sur vos gardes. Répondit Morgan
- Nous tiendrons compte de tes craintes et nous serons prudents.
Morgan hocha la tête et reprit la marche. Le Colonel la suivit et continua:
- Je t'ai fait préparer une jeep avec quelques fournitures pour ton groupe, j'espère que ça atténuera un peu les choses avec eux.
- Merci, ça nous sera très utile…
- Et Jefferson s'est porté volontaire pour te raccompagner. Continua Taylor
- Ouais, j'espère qu'il est plus fâché parce que sinon je crains pour ma vie, je risque de finir assassinée au bord de la route, plaisanta la jeune femme
- Aucun risque, j'ai bien trop peur de la réaction de ton groupe si tu disparais alors que tu es sous notre responsabilité, intervint Jefferson, sache que je suis certes susceptible, mais pas rancunier.
- Tant mieux alors, je suis rassurée, lança Morgan en soufflant
Taylor s'installa à l'une des tables du réfectoire et les invita à s'asseoir :
-Morgan, je tiens beaucoup à cette coopération entre nos deux groupes, pour une raison de sécurité déjà, c'est toujours important d'avoir des alliés ou un point de repli.
- Ca se tient, Reconnaît-elle
- Dans un esprit de coopération aussi, nous pourrions nous entraider, partager nos connaissances, échanger nos besoins… continua le Colonel
- Taylor, l'interrompit elle, je trouve que c'est une bonne idée et j'en parlerai à Rick… Je pense qu'il réfléchira avec sérieux à votre proposition, nous avons déjà la Cibi, on peut toujours réfléchir à une entente, je parlerai pour vous, mais je ne m'opposerai pas à sa réponse.
- Si tu plaides notre cause commune, je pense que ça pourrait l'intéresser, poursuivit le soldat, et pour finir, je te souhaite un bon retour chez toi.
Morgan lui fit un grand sourire et le remercia pour tout. Ils se quittèrent au réfectoire et elle se dirigea vers les hangars en compagnie de Jeff. Il vérifia une dernière fois la cargaison et elle salua l'équipe avec qui elle avait partagé le repas la veille et qui passait lui dire au revoir.
- Tu repasseras nous voir? demanda le soldat James
- Peut-être un de ces jours, mais pas de suite, j'ai passé trop de temps avec les militaires, plaisanta-t-elle
Le groupe éclata de rire. Elle grimpa dans la jeep, impatiente de se mettre en route. Jefferson donna ses dernières instructions et s'installa derrière le volant. Quand enfin, il démarra, elle se sentit euphorique et impatiente. Au bout de quelques kilomètres, elle se tourna vers son compagnon de voyage restait muet jusque-là.
- Tu es sûr de ne pas être rancunier? demanda la jeune femme
- Juste un peu vexé, tes paroles sont dures et je suis en train de me remettre sévèrement en question depuis… répondit Jeff
- Le but n'était pas de te faire douter de toi, mais de la confiance que vous accordez à certaines personnes et qui pourraient se retourner contre vous, lança la jeune femme en fixant le bord de la route
Soudain, alors que la voiture ralentissait pour tourner à un carrefour, Morgan aperçut quelque chose dans les arbres.
- Stop ! cria-t-elle, fais marche arrière!
Elle n'avait pas rêvé tandis que Jeff faisait sa manœuvre, elle vit plus clairement, un homme, un soldat d'après sa tenue, était pendu à une branche d'arbre. Transformé en rôdeur, il gigotait comme un acharné. Elle couvrit sa bouche de sa main.
- Bordel, lâcha Jeff, c'est quoi ça?
Il mit le frein à main et s'apprêtait à sortir du véhicule, Morgan le retint:
- T'es fou ou quoi? C'est peut-être un piège… Il est possible qu'on nous observe et même, il peut y avoir d'autres rôdeurs… Repartons s'il te plaît.
- On ne peut pas le laisser comme ça… plaida le soldat
- Il n'ira pas bien loin, ça peut attendre… rétorqua-t-elle
- T'es sérieuse? s'offusqua-t-il
- Complètement… Barrons-nous et vite… T'as qu'à prévenir ton camp par radio.
L'adjudant grogna et referma violemment sa portière. Il était en colère d'après ses phalanges toutes blanches à force de serrer le volant.
- T'es en colère contre moi, parce que tout ce qui se passe te montre à quel point j'ai raison…
- Morgan, parfois je te déteste. Balança-t-il
- C'est faux, mais voile toi la face si t'as envie, rétorqua la jeune femme
Jefferson souffla d'agacement, tandis qu'elle croisa les bras sur sa poitrine.
- Bon ok stop, temps mort, décréta le soldat, on ne va pas se fâcher maintenant, pas après tout ce par quoi nous sommes passés ces derniers jours.
- Bien d'accord, approuva-t-elle
- Je comprends ton raisonnement, je comprends tes craintes. A ton tour, comprends-moi, toute ma vie, j'ai suivi un code, des principes, c'est difficile de tout remettre en question, juste parce que tu ne sens pas la milice… J'ai bien conscience qu'il y a beaucoup de choses qui ne tournent pas, je te demande d'être patiente.
- C'est bon, je serai plus souple, même si ce n'est pas dans ton intérêt…
- Je sais comment te rendre le sourire, lança-t-il
- Ah ouais et comment ? Le défia Morgan
- Regarde en face.
Morgan leva la tête. Les miradors de la prison étaient en vue. Son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine. Enfin. Plus la jeep se rapprochait de la prison et plus son cœur s'accélérait. Elle était heureuse et impatiente de retrouver ses compagnons, mais aussi légèrement anxieuse de l'accueil qu'on allait lui réserver.
Lorsque le couvert des arbres se dégagea, elle aperçut les clôtures et remarqua qu'un nouveau mécanisme d'ouverture avait été mis en place avec des piques et des barbelés. Il y avait une silhouette dans un mirador et des personnes s'activaient entre les grilles.
Jefferson ralentit le véhicule et stoppa devant le nouveau portail. Morgan sauta du véhicule et se dirigea vers le grillage. Carl courait dans sa direction un sourire aux lèvres, suivi de son père qui activait le mécanisme par poulie pour ouvrir le portail amélioré. Morgan se précipita à l'intérieur et se prit de plein fouet le jeune garçon qui la serra en lui disant :
- Je savais que tu reviendrai.
- Merci de ne pas avoir douté ! Avoua la femme en le serrant à son tour
- Moi jamais, mais d'autres, oui.
Rick s'approcha à son tour et posa une main sur son épaule :
- Content de te voir de retour, et en bonne santé! lança-t-il avec un clin d'œil à Jefferson en retrait.
Morgan serra Herschel dans ses bras, ainsi que Glen. Elle serra la main de Karen et Tyreese et fit une accolade à Carole, toute émue de la revoir.
Soudain, un cri retentit, c'était Maggie qui courrait dans sa direction, elle prit Morgan dans ses bras :
- Je suis trop heureuse de te voir… Une semaine, bon sang, je me suis fait un sang d'encre, bien la peine d'avoir une CiBi, gronda-t-elle, mais bon, pas de nouvelles, bonnes nouvelles… Tu vas bien, c'est le plus important !
Morgan jeta un coup d'œil à Jeff qui s'avança et interpella Rick:
- Nous vous avons ramenés quelques petites choses de notre virée à la Base, je vous laisse décharger, pendant que je m'entretiens avec vous.
Le groupe s'exécuta après avoir reçu l'approbation de leur chef. Morgan regarda de partout, Maggie lui souffla:
- Michonne et Sasha sont en ravitaillement, Daryl est parti chasser, il ne devrait pas tarder.
Morgan souffla rassurée, Maggie ajouta avec un sourire avant d'aller aider au déchargement :
- Tu portes bien l'uniforme.
La jeune femme se sentit bien, elle était enfin chez elle. Mais elle n'en avait pas encore fini avec les militaires, elle se dirigea vers Rick et Jefferson et s'installa sur le capot pour participer à leur échange. Jeff semblait hésiter, la jeune femme le devança :
- Rick, cette semaine ne s'est pas déroulée comme sur des roulettes, on a eu pas mal de soucis.
- De quel genre? demanda le shérif en fronçant les sourcils
- Du genre qui va loin, répondit-elle sérieusement
- Tu m'inquiètes… avoua Rick
- Nous pensons que peut-être… Commença Jeff
- Peut-être ? coupa Morgan moqueuse
Jeff souffla et lui fit une grimace avant de reprendre :
- Oui, quelqu'un en a contre notre camp, nous avons découvert que plusieurs zones nettoyées ne l'étaient plus vraiment… Nous avons été pris pour cible dans la forêt et… sur le trajet, nous avons trouvé un de mes gars pendu.
Rick fronça les sourcils et se mit à faire les 100 pas. Il regarda tour à tour Jeff et Morgan:
- C'est grave, une idée de qui cela peut être?
- Nous avons des doutes sur des personnes du camp… Avoua Jeff en jetant un coup d'oeil à la jeune femme qui hochait la tête
- Mutinerie ? demanda Rick inquiet
- Ils n'ont que des soupçons pour le moment, répondit Morgan, mais je pense qu'il serait judicieux que nous soyons sur nos gardes aussi.
- Tu penses qu'ils pourraient en avoir après nous aussi ? s'inquiéta le chef de la prison
- Je ne pense pas, car leurs attaques sont vraiment ciblées sur le camp de Taylor, mais je pense qu'il vaut mieux prévenir que guérir. Lança Morgan en haussant les épaules
- Restons en contact, intervint le soldat, ayons un échange journalier pour être sûr, si l'un de nous répond pas, c'est qu'il y a un souci.
- Oui, mais seuls Lopez, Taylor et toi doivent être dans la confidence. Protégeons nous un maximum, Intervint la jeune femme. Et toi, tu ne peux pas repartir seul, pas après ce qu'on a vu sur la route.
Jeff souffla, Morgan sauta du capot et lança à Rick :
- Il ne doit pas repartir seul.
- Morgan, je dois repartir, interrompit l'adjudant
- Pas tant que tu n'auras pas contacté Taylor ou Lopez pour qu'une équipe vienne à ta rencontre, hors de question de te retrouver pendu à un arbre lors de ma prochaine sortie, s'emporta-t-elle
- Morgan a raison, continua Rick
- Je ne vais pas monopoliser une équipe pour ça… S'offusqua le soldat en envoyant valser un caillou de son pied
- Jeff, on a appris à se connaitre ses derniers temps, n'est-ce pas ? Interrogea son amie les poings posés sur ses hanches
- Euh oui… Hésita Jeff
- Alors tu sais que je suis suffisamment têtue pour te faire capituler ?
- Ouais, ça c'est sûr, marmonna-t-il
- Très bien, affaire réglée, vois avec Taylor pour tes gars… Carl? Appela-t-elle. Tu peux conduire Jeff à la radio s'il te plait?
Morgan observa le soldat résigné s'éloigner vers la prison avec l'adolescent. Une fois en tête à tête avec Rick, celui-ci demanda sérieusement :
- Morgan, est ce qu'on est en danger ?
- Je pense que oui... Merde Rick, ils se voilent la face ! Lâcha Morgan en se postant face au shérif, c'est leur milice qui est derrière tout ça…
Rick s'attrapa la nuque en l'écoutant.
- Leurs planques ont été infestées, leurs gars tombent comme des mouches… C'est trop bien organisé pour que ce soit des inconnus. Jeff ne voulait rien entendre, j'ai réussi à semer le doute, mais ce n'est pas suffisant… Rick, ils nous ont tirés dessus à travers la forêt ! Expliqua-t-elle
- Il va falloir revoir notre mode de garde juste au cas où, lança Rick, j'ai confiance en ton intuition, je vais donc me fier à toi.
- Merci Rick.
L'homme se passa la main dans les cheveux et continua :
- Et mis à part tout ça, pour ta famille?
- Ce qui aurait dû être fait est fait, répondit-elle, je me suis occupée de Stephen, il est libre maintenant. Ca a été plus dur que ce que je pensais de le laisser partir, mais il est avec notre fils et c'est le plus important.
- Je suis heureux que tu sois de retour parmi nous, lui dit Rick en posant sa main sur son épaule
- Moi aussi, tu n'imagines même pas à quel point, mais…
- Mais ?
- Et Daryl ? interrogea Morgan angoissée
- Je ne vais pas te mentir, il ne l'a pas très bien pris. J'en ai pris pour mon grade, mais c'est Carl qui t'a le mieux défendu, il a dit que tu étais des nôtres et que tu serais bientôt de retour, et pour toujours cette fois. Daryl s'est fait une raison, je pense.
- Tu parles, il va me le faire payer, se lamenta Morgan
Rick allait répondre quand il se stoppa regardant par-dessus son épaule, elle se tourna et vit Daryl sortir de la forêt ses prises en main. Il la vit également et se stoppa. Ils s'observèrent quelques instants, mais Daryl se détourna et se dirigea vers la prison. Morgan revint sur Rick qui semblait gêné et confia :
- Qu'est-ce que je disais ? Il va me le faire regretter.
- Tu connais Daryl, la rassura le shérif, il va maronner un peu, mais il passera à autre chose, il ne va pas faire la gueule longtemps. Si j'étais toi, ce n'est pas de Daryl que je m'inquiéterai, plutôt de Michonne…
- Michonne? Pourquoi ? s'étonna Morgan
- Elle n'a pas très bien pris que tu sois partie sans elle… Elle m'en a voulu de t'avoir laissé partir avec Jeff et Emerson, expliqua Rick
- Je vais peut-être repartir finalement, plaisanta Morgan, je préfèrerai ne pas affronter la colère de Michonne, en plus de celle de Daryl.
Elle se tut en voyant Jefferson revenir qui leur lança :
- J'ai pu joindre Lopez, il est dans le secteur, je vais le rejoindre sur le chemin de ta cabane, j'y laisserai la jeep sous une bâche au cas où. Donc merci Morgan pour tout, pour ton aide et le reste. Tu es la coloc la plus cool que j'ai jamais eu, ma chambre va me sembler bien vide.
Rick les regarda amusé, Morgan fronça les sourcils:
- Pas ce que tu crois… Complètement à l'opposé de ce que tu imagines, se défendit elle
Elle regarda Jeff qui affichait un rictus moqueur:
- Ce n'est pas drôle, balança-t-elle
Soudain, un bruit de moteur retentit, c'était la voiture de ravitaillement de la prison. Michonne était au volant, elle pila devant l'entrée et sortit en trombe pour se planter devant son amie. Sans un mot, elle l'enlaça, puis l'engueula :
- Tu n'aurais jamais dû partir seule…
- Je n'étais pas seule, tenta Morgan
- J'aurai du t'accompagner, ne pas te laisser avec une bande de cow-boys… S'emporta la femme au katana
- Hum hum, fit Jeff en la regardant un sourcil relevé
Michonne se tourna vers lui:
- Oui, parfaitement, je maintiens ! Une bande de cow-boys ! Et dis à Emerson que si je le croise, je lui pète les deux jambes.
Sur ces mots, elle retourna à la voiture où l'attendait Sasha qui fit un petit signe de la main à Morgan. La radio de la jeep s'enclencha :
- Jefferson, tu me reçois ?
- Oui Lopez, je te reçois.
- Faut qu'on parle, nous avons vu un des nôtres…
- Pendu à un arbre, oui nous l'avons vu aussi. On se retrouve au carrefour avant la prison.
- Ok, on y est bientôt. Terminé.
Jefferson s'approcha de Rick et lui serra la main. Puis il la tendit à Morgan, mais elle lui fit à la place une accolade :
- Merci Jeff, merci pour tout.
- Merci à toi d'avoir si souvent sauvé mes miches.
Morgan lui fit un dernier signe de la main quand le soldat démarra et s'éloigna dans son véhicule. Elle sentit une main sur son bras, Rick la regardait avec compassion:
- Ca va ?
- J'ai peur pour lui.
- Tout va bien, Lopez va le rejoindre, ne t'en fais pas.
Ensemble, ils fermèrent le portail et se dirigèrent vers la prison.
Le soir, le groupe se retrouva pour manger. Morgan était heureuse de se retrouver parmi les siens, elle se sentait complète. Elle raconta en gros son séjour dans le camp de Taylor, en passant certains détails comme convenu avec Rick qui préférait attendre la fin du repas. L'ambiance bon enfant se refroidit quelque peu avec l'entrée de Daryl. Morgan tentait tant bien que mal de capter son regard, mais celui-ci refusait obstinément de regarder dans sa direction. Elle en fut peinée. Le chasseur se servit une assiette et s'installa à l'opposé d'elle.
- En tout cas, nous sommes tous heureux de ton retour, ironisa Maggie en jetant un regard noir à Daryl
Celui-ci ne tiqua pas et mangea comme si de rien n'était. Rick prit la parole quand la plupart des présents avait fini leur repas :
- Je voulais parler avec vous quelques instants. Morgan m'a parlé de certains problèmes rencontrés lors de son séjour au camp de Taylor.
Cette phrase déclencha une réaction chez Daryl qui leva la tête en direction du shérif.
- Je pense qu'il va falloir revoir nos tours de garde en mettant deux équipes la nuit notamment…
- Quel genre de problème ? Demanda Michonne
Morgan hésita, elle regarda Rick qui hocha la tête, elle répondit :
- Quelqu'un en a contre Taylor et ses militaires et tente de les saboter. Des planques à eux ont été infestées de rôdeurs, on a trouvé un de leurs gars disparus pendu à un arbre et avec Jefferson, on a eu droit à une chasse dans la forêt, sauf que c'était nous les proies… Ca s'est bien terminé pour Jeff et moi, mais je crains pour eux et je pense que nous devrions rester sur nos gardes aussi. Les missions ravitaillement devraient se faire à l'opposé du camp de Taylor…
Un violent raclement de chaise retentit. Tout le monde sursauta et regarda Daryl qui s'était levé et fixait Morgan d'un regard mauvais avant de sortir de la pièce commune. La jeune femme le suivit du regard quand elle entendit Michonne lui dire:
- C'est le moment ou jamais.
Morgan se précipita à l'extérieur, le crépuscule se profilait. Elle vit Daryl et l'appela :
- Daryl attends !
Mais comme elle s'y attendait, il l'ignorait et poursuivait sa route. Morgan l'interpella de nouveau en criant plus fort :
- Daryl ! Je n'avais pas l'intention de trahir ma promesse.
Enfin, il se stoppa.
- Je voulais rester avec vous… Avec toi. Je te jure que c'est la vérité. Mais quand Emerson m'a avoué qu'il n'avait pas achevé Stephen, je ne pouvais pas le laisser comme ça…
Elle attendit une réaction du chasseur, mais celui-ci lui tournait toujours le dos. Elle se rapprocha doucement. Elle tenta :
- Daryl, pardon.
- Non !
Morgan s'arrêta, choquée de la froideur de la réponse, même si elle s'y attendait. Elle s'était imaginée, naïve, que peut-être heureux de la revoir, il passerait l'éponge, mais un Dixon était rancunier, un Dixon ne pardonne pas deux fois, un Dixon va t'enfoncer encore et encore.
- Daryl, je ne voulais pas ça. Parle-moi.
- Non !
- Daryl… supplia-t-elle
- NON, cria-t-il cette fois en se tournant vers elle, NON.
Elle se figea. Le regard de l'homme en disait long sur ses pensées. Il était à bout :
- Ca, c'est ton truc…
- Je comprends pas.
- Tu arrives quelque part, tu fais en sorte que les gens s'attachent à toi et tu pars encore et toujours… L'accabla le chasseur. Tu nous abandonnes, tu n'es attachée à rien, ni personne…
Morgan eut l'impression de recevoir un coup de poing dans l'estomac :
- C'est faux, se défendit-elle, tu n'as pas le droit de dire ça. Tu crois que j'ai eu le choix ? Je ne pouvais pas le laisser comme ça… Je voulais être avec vous, faire partie de votre groupe, mais…
- Ce n'est jamais toi, jamais ta faute. Quand on fait un pas vers toi, tu en fais trois en arrière, cracha Daryl en pointant son doigt dans sa direction
- Arrête, le supplia-t-elle, ne dis pas ça...
- C'est dur à entendre la vérité, pas vrai ? ricana le chasseur
Daryl fit demi-tour et reprit son chemin. Morgan se sentit peinée, vexée et la colère l'emporta. Elle se baissa, attrapa un caillou et le lança. Daryl la reçut en pleine tête et se retourna furieux :
- Qu'est ce que tu fous bordel ?
Elle reprit une pierre et lui jeta de nouveau dessus. Daryl esquiva :
- Arrête !
Mais elle continua à le prendre pour cible, bien consciente que ce jeu ne la soulagerait pas et ne ferait qu'attiser sa colère, mais ce défouloir était le seul moyen d'avoir son attention.
- Arrête, je te dis ! grogna-t-il
- Non ! Je n'arrêterai pas. Je continuerai encore et encore. Je serai là tout le temps, à toute heure du jour ou de la nuit… Je te prouverai que ma place est ici et que je resterai. Je serai là demain et les jours qui suivent. Ma tronche sera la première chose que tu verras le matin et la dernière chose que tu verras avant de t'endormir. Je te montrerai que ce que tu m'as dit est faux : je fais partie de ce groupe. Je suis attachée à ces gens, à cet endroit. Je suis attachée à toi !
Daryl se figea et la regarda, semblant avoir le cul entre deux chaises. Il finit par cracher par terre et balança en s'éloignant :
- Fais ce que tu veux, je m'en tape ! Balança l'homme l'air mauvais. Et pas besoin de venir squatter mon pieu, c'est plus portes ouvertes.
Il lui fit un doigt. Morgan grinça des dents, au moins il lui avait parlé, c'était déjà un pas.
Elle observa la silhouette de son compagnon jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière un bâtiment. Lentement, elle se dirigea vers sa cellule. Elle devait se réapproprier les lieux, mais elle avait passé finalement plus de temps dans le nid de Daryl que sur ce matelas inconfortable. Il lui avait dit de ne plus revenir, elle respecterait son choix, pour le moment. Elle avait un plan et elle allait s'y tenir.
Deux semaines s'étaient écoulées depuis le retour de Morgan à la prison. L'ambiance était plutôt bonne, tous étaient heureux d'être à nouveau réuni.
Même s'ils restaient vigilants, après les récits de la jeune femme: la sécurité avait été renforcée. Les tours de garde de nuit avaient été renforcés et les ravitaillements se déroulaient uniquement sur la journée et on avait installé des radios dans les voitures comme les militaires. L'échange journalier était respecté avec le Camp de Taylor.
Le groupe avait également un nouveau passe-temps: ils surveillaient amusés le stratagème de Morgan avec Daryl. Celui-ci restait dans sa rancune, tandis qu'elle était décidée à s'imposer à lui de gré ou de force. Comme elle l'avait prévenu, tous les matins, elle se pointait devant son nid et lançait souriante un «Bonjour Daryl» et le soir, attendant que Daryl ait fini sa garde, elle se présentait à nouveau et disait «Bonne nuit Daryl».
Si certains matins, elle avait dû esquiver un lancer de chaussure. Il semblait que Daryl tolérait sa présence petit à petit et attendait presqu'amusé l'apparition de la femme.
Mais ce matin-là, il attendit et se rendit compte qu'elle était en retard. Encore trop tôt pour se lever, sa nuit de garde avait été longue d'ennui, il grommela. Finalement, n'y tenant plus, il se décida à se lever et aller manger un bout.
Lorsqu'il débarqua dans la salle commune, il sentit une tension. Il avisa Rick et Morgan en grande conversation. Le shérif soucieux tentait à grands renforts de gestes de calmer Morgan sourcils froncés et bras croisés. Michonne concertait avec Maggie et Glenn. Carl était attablé, mais semblait écouter les conversations. Carol le vit et lui sourit. Elle remplit une assiette et la posa sur la table. Daryl s'installa attentif à ce capharnaüm et mangea.
Soudain, Morgan et Rick se rendirent compte de sa présence et se stoppèrent. Michonne les rejoignit et parla plus bas. Rick fit un signe de tête à Morgan et ils se dirigèrent vers l'extérieur. Daryl observa Carl et demanda entre deux bouchées :
- T'as laissé trainer tes oreilles?
- Ouais. Avoua le garçon
- Il se passe quoi?
- Apparemment la base ne répond plus, commença Carl
- Et ça inquiète Miss Rambo, ricana le chasseur
- Hier, c'est l'équipe de Jefferson qui ne donnait plus de nouvelles, continua l'adolescent
- Et qu'est-ce que ça peut nous foutre? lança Daryl un peu fort
- Ca peut nous foutre que Lopez et Jeff ont toujours été sympa avec nous et qu'on a le droit de s'inquiéter, rétorqua Michonne
- On s'en préoccupe maintenant que Morgan s'est fait des potes, avant on était tranquille… grogna Daryl
Michonne lui lança un regard noir avant de sortir à son tour. Carl lui fit une grimace et poursuivit :
- Si t'arrêtais de faire la tronche cinq minutes à Morgan, tu saurais qu'elle s'inquiète surtout pour nous, elle craint que ceux qui s'en prennent à la base, s'en prennent à nous par la suite.
- Merci gamin, lui dit Daryl en se levant et en se dirigeant vers la sortie à son tour
Morgan faisait les 100 pas face à Rick, celui-ci réfléchissait, Morgan demanda :
- T'es sûr que la CiBi est opérationnelle?
- Nous l'avons vérifié deux fois avec Glenn…
- Il n'y a pas d'autre solution, je vais y aller.
Rick se décomposa:
- Tu crois vraiment que je vais te laisser aller là-bas ? Ces mecs-là pendent des gens bon sang !
- Je ne vais pas rester là à attendre qu'ils viennent s'en prendre à nous, rétorqua-t-elle, il vaut mieux prévenir que guérir, tu le sais !
Le chef se passa la main dans les cheveux :
- Morgan, tu te rends compte de ce que tu me demandes ? On devrait peut-être mieux se préparer et sécuriser la prison.
- Rick, souffla la jeune femme, sois réaliste, s'ils sont venus à bout d'un camp de militaires, que va-t-il advenir de nous ? Laisse moi juste aller observer de loin…
- C'est quoi cette agitation? grommela Daryl
Rick et Morgan s'étaient fait surprendre encore une fois par le chasseur.
- On ne sait pas exactement, expliqua le shérif en regardant Morgan
- Ca fait beaucoup de remue-ménage s'il n'y a rien, se moqua Daryl
- On ne sait pas si c'est rien, lança Morgan, et c'est d'autant plus dangereux de faire l'autruche…
- Bordel, quelqu'un peut m'expliquer ? s'emporta le chasseur
- Le camp de Taylor ne répond plus ! Répondit finalement Rick
- Et alors ? Fit Daryl avec une grimace
- Et alors ? rétorqua Morgan, c'était un code avec eux : se joindre une fois par jour pour être sûr que tout va bien…
- Et toi, je suppose que la première idée que t'as eu, c'est de te rendre là-bas ? riposta Daryl
- Même si tu ne les apprécies pas, on ne peut pas… Se défendit la jeune femme
Daryl la coupa en criant:
- Espèce d'imbécile, à aucun moment, ça t'a effleuré l'esprit que ça pouvait être un piège ?
Morgan recula surprise, Daryl en profita pour s'avancer un peu plus, tandis que Rick était pensif.
- Taylor te connait, ses hommes te connaissent, s'ils sont surveillés comme tu dis, ils attendent peut-être une réaction de notre part et toi, fidèle à toi-même, t'es prête à te jeter dans la gueule du loup…
- Parce que j'ai peur, avoua-t-elle, sans parler de Jeff, Lopez ou Taylor, je pense aux civils du camp, aux enfants… Ces gens s'en sont pris à nous, je me suis retrouvée à courir à travers les bois en pleine nuit, je pouvais voir leurs visées laser, on m'a tiré dessus… Donc oui, j'ai toutes les raisons de m'inquiéter et tu devrais aussi.
Daryl fit une grimace :
- Heureusement que Jeff et Lopez devaient veiller sur toi, t'étais censée retrouver ta famille, pas prendre part au combat.
La jeune femme sursauta :
- Daryl, c'est sérieux, faut qu'on fasse quelque chose…
- On ne fera rien, intervint Rick, on va se barricader, plus de sorties et on se prépare à tenir un siège.
- On va attendre ? s'indigna la jeune femme
- Je vais y aller, lança Daryl, je prends la moto et je ferai une ronde dans les environs.
- Je viens avec toi, s'imposa-t-elle
- Sûrement pas. S'emporta une nouvelle fois le chasseur le doigt pointé dans sa direction
- Tu ne sais même pas où c'est, rétorqua-t-elle
- Tu l'as dit toi-même, riposta Daryl, ce sont de gros bourrins, ils ont dû laisser des traces que même un gosse pourrait suivre…
- Tu n'as pas le droit de refuser ma présence… Lâcha Morgan déterminée
- Je la refuse, je l'écarte, je tout ce que tu veux : tu ne viens pas. S'énerva Daryl
- OH ! Ca suffit vous deux, coupa Rick excédé. J'en ai assez, il est plus que temps de faire la paix et d'arrêter vos enfantillages. J'ai besoin de vous opérationnels, vous faites une bonne équipe quand vous ne laissez pas votre animosité prendre le dessus. Là, tout de suite, nous sommes tous en danger et j'ai autre chose à faire qu'être arbitre de vos gamineries. J'ai besoin de vous deux, mais dans ces conditions, vous ne me servez à rien.
Daryl hocha la tête et Morgan, impressionnée de l'autorité de Rick capitula également. Michonne choisit ce moment pour débarquer en courant :
- Ils répondent !
- Enfin, lança Morgan soulagée en se précipitant à la radio.
Glenn finit de parler au micro et lui dit :
- Tout va bien.
- C'est Lopez ? demanda-t-elle
- Oui, apparemment leur antenne a eu un souci.
Morgan trouva cela bizarre, mais demanda dans le micro :
- Et Jeff ? Il va bien ?
- Oui, répondit Lopez, nous l'avons récupéré. Et nous avons retrouvé une de nos équipes, leur véhicule est tombé en panne, le circuit électrique a grillé, du coup, plus de communication.
Morgan souffla de soulagement et lança :
- Dis à Jeff que son idée d'échange journalier était toute pourrie, j'ai failli mourir d'inquiétude.
Morgan entendit le rire franc de Lopez dans l'émetteur et ça lui réchauffa le cœur. Elle tourna la tête vers Michonne qui souriait également. Finalement, la conversation avec le camp prit fin et tout le monde put reprendre une activité normale.
Morgan chercha Daryl qu'elle vit s'éloigner discrètement. L'occasion était trop belle, elle le suivit et l'interpella à l'abri des regards :
- Attends!
Daryl s'arrêta et la regarda s'avancer vers lui.
- Ecoute, Rick a raison, j'ai dépassé les bornes. Je suis désolée pour tout ce qui s'est passé et je voudrais vraiment qu'on reprenne les choses, là où on les avait laissées avant mon départ. Ton amitié me manque...
- Ferme-la, tu passes ton temps à blablater, grogna l'homme face à elle
Elle se tut et se mordilla la lèvre. Daryl la regarda de longues secondes et marmonna :
- Je n'aurai jamais dû te faire promettre un truc pareil… Quand j'ai entendu Emerson te faire cette proposition, je redoutais que tu acceptes et que tu te perdes dans cette quête. Mais j'aurais dû comprendre que c'était normal pour toi de faire ton deuil.
Il secoua la tête quand elle ouvrit la bouche, donc elle garda le silence et attendit.
- C'est égoïste, mais je pensais vraiment à ton bien et j'ai été déçu de découvrir que tu étais partie…
Daryl se gratta la nuque tout en la regardant et continua :
- Malgré les explications de Rick, ça m'a touché et j'ai voulu te détester encore, mais j'ai eu beau essayer, je n'y arrivais pas… Et je n'y arrive toujours pas. Oublions tout ça.
Morgan le regarda surprise. Combien de chance lui avait-il accordé ? Beaucoup trop et malgré tout, il continuait. Il était vraiment le meilleur d'eux deux et Morgan savait qu'elle ne le méritait pas. Elle ne savait pas quoi dire, donc à la place, elle s'approcha et le prit dans ses bras. Au bout de quelques instants, elle sentit une main furtive dans son dos, puis à son oreille, Morgan entendit le chasseur grogner :
- Toi, tu m'as trop pris pour un mec facile.
La jeune femme éclata de rire, mais resserra son emprise autour du chasseur trop heureuse de leur réconciliation. Quand Daryl commença à se racler la gorge mal à l'aise, elle le relâcha et lui envoya en s'éloignant :
- Tu seras ravi d'apprendre que je suis ta partenaire de garde ce soir… Donc à ce soir Daryl pour notre nuit de retrouvailles.
Elle le scotcha sur place quand elle appuya ses dires d'un clin d'œil taquin.
