Rose sentit son père bouger sur son siège et lui jeta un regard fugace qu'il n'intercepta pas. Il avait l'air aussi mal à l'aise qu'elle. Elle croisa les bras et mâchonna l'intérieur de sa joue.
Et il peut.
Un bruit de froissement la sortit de ses pensées son père venait de déplier son journal. De toute évidence, il avait autant envie de parler qu'elle… peu encline à lancer les hostilités dans l'immédiat, elle le laissa tranquille et continua de l'observer à la dérobée. Plongé dans sa lecture, il remontait distraitement ses lunettes de temps à autre, et sa fille se surprit à réprimer un sourire en pensant à Anthony qui effectuait ce même geste un millier de fois par jour. La campagne monotone qui défilait sous ses yeux ne l'intéressait pas vraiment, les expressions de son paternel lisant le quotidien sorcier The Seattle Spark, un peu plus. Quand il fronça les sourcils, ce fut plus fort qu'elle et elle se pencha vers lui, la curiosité l'emportant sur le reste.
Notant son geste, son père la considéra une seconde avant de comprendre qu'elle était intéressée par ce qui le troublait. Il inclina le journal dans sa direction et pointa le bas de la page.
- Le retour de Tu-Sais-Qui est mentionné dans cet article. L'information a finalement traversé l'océan…
L'air soucieux de son père fit incliner la tête à Rose et elle attendit patiemment.
- Si les États-Unis savent que le conflit a repris ici, cela veut dire que bientôt, le marché va changer, marmonna-t-il comme pour lui-même.
- Pourquoi ?
Il regarda sa fille quelques secondes le temps de revenir au présent, puis lui adressa un petit sourire.
- Une guerre a toujours des impacts économiques, côté magique comme côté moldu. Ça en aura pour le Royaume-Uni, ainsi que pour ses partenaires commerciaux, comme les États-Unis.
- Quels impacts ça peut avoir si Tu-Sais-Qui reste en Angleterre ?
Il replia le journal tout en lui répondant.
- L'approvisionnement des matières premières peut, et va, changer. Par conséquent, leurs prix aussi… tout devient plus compliqué à transporter, vendre ou acheter. Tout le monde sera touché, d'une manière ou d'une autre : les commerçants avec leurs achats de matériaux, les consommateurs dans leur vie quotidienne…
- Et pour toi ?
- Pour moi, ça signifie trouver des alternatives en approvisionnement pour mes marchés américains, et faire face à une montée des prix anglais. Potentiellement, on pourrait perdre certains commerces, si aucune solution n'est trouvée et que le revendeur ne peut plus se fournir, donc plus rien proposer à sa clientèle.
Il lissa machinalement sa veste.
- Avant d'en arriver là, il y a d'autres étapes bien sûr… mais il n'y a qu'à voir le nombre de commerces fermés sur le Chemin de Traverse pour se rendre compte de l'autre facteur de la guerre.
- Lequel ? souffla timidement Rose, tout autant impressionnée par le sérieux de son père que ravie de l'entendre parler de son travail.
- La peur, ma chérie, fit-il finalement en la regardant. Les gens ont peur, c'est normal, et ils ferment pour fuir avant de se faire attaquer. Moins de commerçants, ça veut dire moins d'offre, donc des prix de vente plus élevés. Les fournisseurs eux-mêmes deviennent plus frileux à l'idée de faire du commerce avec un pays en guerre, ce qui complique d'autant plus la situation.
Il frotta son menton et il jeta un regard à Ted qui sollicitait son attention.
- Monsieur, pardonnez-moi, nous nous apprêtons à transposer la voiture.
- Merci Ted.
Erwan vint attraper la main de Rose et il pressa ses doigts contre les siens. Le véhicule ne fit pas une seule embardée, il y eut à peine une secousse, et bientôt le paysage côtier se dessinait sous leurs yeux.
- Il va falloir que je convoque mes équipes plus tôt que ce que je l'imaginais.
Sa dernière phrase fut ponctuée d'un léger sourire à l'adresse de Rose qui regardait leurs mains liées. C'était la première fois depuis de nombreuses années que son père lui prenait la main pendant que la voiture transposait d'un lieu à un autre. Elle ne fit cependant aucun commentaire, partagée entre la colère qu'elle avait toujours et l'attendrissement provoqué par ce petit geste. Il ne bougea pas non plus et garda la main de sa fille dans la sienne jusqu'à ce qu'ils se garent en bas des marches du Manoir.
Rose regarda les employés alignés qui les attendaient en haut des escaliers et sentit son cœur se serrer.
C'était la première fois de sa vie qu'elle retournait au Manoir et qu'Olivia n'y était pas.
Elle ne sut pas si son père avait décelé son trouble, en tout cas il sortit de la voiture avant elle, fit le tour, ouvrit sa portière, détacha sa ceinture avec habileté et lui tendit une nouvelle fois la main pour l'inciter à sortir, répétant un geste qu'il avait effectué le jour de l'enterrement de sa gouvernante.
Rose l'attrapa sans réfléchir et son regard plein d'une gratitude retenue arracha un sourire attristé à son père. Il la guida jusqu'au hall d'entrée sans la lâcher, saluant tous les domestiques au passage. Il la laissa retirer sa main de la sienne et la surveilla du coin de l'œil alors que Benson lui parlait de l'organisation de Noël avec les Dent. Elle resta plantée dans le grand hall, peut-être indécise sur ce qu'elle devait faire ?
D'ordinaire elle fonçait sans y penser dans la chambre d'Olivia, mais maintenant…
Rose se mordilla la lèvre pour contenir l'émotion qui la submergeait. Elle serra le poing, prit une longue inspiration et regarda autour d'elle avec plus d'attention. Son père et Benson discutaient non loin d'elle et Amalie se tenait un peu en retrait, près des escaliers. Les autres avaient disparu, probablement pour rejoindre leurs postes.
Elle avisa son sac à dos posé au pied des marches et se décida enfin. Adressant un signe de tête à Amalie, elle empoigna son sac et monta lentement les marches. Elle fit une pause automatique sur le palier du premier, puis continua son ascension pour rejoindre ses quartiers, un Kietel très content de retrouver le Manoir sur l'épaule. Elle le posa avec douceur par terre pour le laisser gambader derrière elle, reniflant ici et là jusqu'à la porte de sa chambre, qu'elle ouvrit. Sa lourde valise était déjà là, et Eulaly était penchée au-dessus, en train de la vider et de tout ranger dans le dressing ou sur le bureau.
- Miss ! Bienvenue à la maison. Pardonnez-moi, je n'ai pas terminé le rangement.
Rose fit un signe de main, peu perturbée, et ouvrit son sac à dos pour en sortir son album photo et le livre Enchanter votre quotidien en première chose. Elle les empila sur son Anthologie des Animagi qui était restée sur son bureau pendant presque quatre mois et eut une moue satisfaite de la retrouver. Elle savait déjà ce qu'elle lirait ce soir, même si elle en connaissait le contenu presque par cœur.
Quand Eulaly la quitta quelques minutes après son entrée dans sa chambre, toutes ses affaires étaient rangées et la valise avait disparu. Elle réprima un sourire en imaginant la tête de ses amis s'ils avaient vu l'elfe de maison s'activer pendant que Rose ne faisait, hé bien, rien, à part suivre des yeux son Boursouf qui trottinait dans la vaste pièce en couinant d'excitation. Rose replongea dans son sac et en sortit avec précaution une fiole très bien emballée, remplie de liquide bleu foncé. Elle relut encore une fois les instructions et effaça rapidement de son visage le sourire parfaitement niais qui venait de s'y dessiner en voyant l'écriture noire inhabituellement appliquée sur le parchemin. Elle le replia et alla poser le tout dans sa salle de bains. Désœuvrée, elle resta les bras ballants un instant, un peu sonnée par le long voyage en train, sans envie particulière. Elle ouvrit machinalement l'album photo et tomba sur la photo de mariage de ses parents. Ses lèvres se pincèrent, d'amertume et de fatigue anticipée.
Voilà une activité dont elle pouvait se débarrasser rapidement : discuter avec son père.
Soupirant une nouvelle fois, elle quitta son refuge pour redescendre au rez-de-chaussée – de toute façon il serait bientôt l'heure de diner. Elle finit par le trouver dans le grand salon, au cœur duquel se dressait un très haut sapin, pour l'instant nu. Cela lui parut parfaitement incongru, jusqu'à ce qu'elle voie Amalie qui faisait apparaitre des décorations de Noël pour les placer dans une caisse posée au sol. Son père émergea de l'arrière de l'arbre et avisa sa fille à l'entrée de la pièce, les bras croisés. Il désigna le sapin du pouce.
- C'est pour Noël, expliqua-t-il inutilement. J'ai pensé qu'on pourrait le décorer ensemble. À moins que tu préfères attendre Derek et sa famille ?
Décontenancée, Rose avança malgré tout jusqu'à lui.
- Ils arrivent quand ?
- Ils seront là au moins pour le diner du 24. Stan n'était pas sûr de savoir s'ils pourraient se libérer avant, ce sera peut-être un peu en dernière minute. Ça ne te dérange pas ?
- Que mon meilleur ami arrive plus tôt que prévu ? Pas du tout, sourit Rose, amusée qu'il pose cette question. C'est gentil de ta part de les accueillir pour Noël.
- Ça me fait autant plaisir qu'à vous, rappela-t-il avec douceur. Alors, pour décorer le sapin ?
- Attendons Derek, trancha Rose. Les filles vont sûrement s'éclater à s'en occuper. Ça nous fera au moins une demi-heure de répit.
Un petit rire de son père força un léger sourire sur les lèvres de Rose. Elle choisit de s'asseoir dans un des fauteuils, regardant vaguement la collection de disques de la maison, repensant à l'été dernier. Son père l'imita et garda l'air pensif quelques secondes.
- Tu crois que ton ami va revenir avec ses disques de sauvage ?
Rose resta coite en tournant les yeux vers lui, puis lorsqu'elle comprit, elle réprima un sourire.
- Ne lui dis pas ça, il se vexerait. C'est ce que tout le monde dit à propos de sa musique. Et, pour te répondre, il y a un risque… mais si tu ne veux pas, on ne les écoutera pas, ne t'en fais pas. Cet été je lui avais promis d'essayer, c'était différent.
- Et ça t'avait plu ? s'enquit-il, ce qui faillit la faire rire.
- Un peu, admit-elle. Je préfère quand même Billie pour le moment…
Ils échangèrent un sourire entendu. Rose observa son père retirer ses lunettes, les nettoyer d'un coup de baguette et les remettre. Il se pencha vers elle, son sérieux revenu, les coudes plantés sur les genoux.
- Dès tu voudras qu'on parle de ta maladie, je serai là, annonça-t-il gravement.
Puis il se leva sans lui laisser le temps de répondre.
- Allons diner.
Rose le suivit automatiquement, prenant place en face de lui à la longue table à manger. Elle laissa George faire le service et remua sa soupe, l'air concentré, avant de relever la tête vers lui.
- Tu savais.
Il reposa sa cuillère pour bien la regarder.
- Je savais. Sans tout savoir, précisa-t-il.
Comme il ne poursuivait pas, Rose eut une mimique agacée.
- Qu'est-ce que tu savais, alors ? Que j'étais malade ? Que j'allais peut-être mourir ? Que j'allais devenir un Animagus ?
Elle prit une inspiration par le nez, sentant la colère l'envahir de nouveau.
- Tu m'as menti quand j'ai commencé mes crises ? Tu savais pourquoi je les faisais ?
Elle suivit le regard de son père vers ses couverts : elle venait de tordre sa cuillère à soupe. Le juron lui échappa et, grimaçant à sa propre vulgarité, elle posa le couvert loin d'elle avant de reporter son attention sur son père, qui était d'un calme impressionnant – ou très énervant, elle n'était pas sûre.
- Si tu es d'accord, je t'explique tout ce que je sais et tu pourras me poser les questions qui te restent après ?
Elle opina sèchement et se força à détendre ses épaules, puis remercia George qui venait de poser une cuillère neuve à sa gauche. Elle ne se risqua pas à la toucher et se concentra sur son paternel.
- Mange, ordonna-t-il. Sinon je ne parle pas.
Scandalisée par son chantage, elle ouvrit la bouche, mais ne protesta pas : il avait l'air parfaitement sérieux. Elle se permit tout de même de marmonner :
- Tout ça pour que j'ai la bouche pleine et que je ne puisse pas intervenir.
- Tu as vu très clair dans mon jeu, rétorqua-t-il avec un sourire amusé qu'elle ne put s'empêcher de lui retourner.
Non, tu es en colère ! Mange, mais reste énervée.
Voyant sa fille enfin manger sa soupe, Erwan se lança.
- J'espère que tu ne seras pas trop déçue, car au final, je ne sais pas grand-chose. Probablement pas autant que ce que tu dois t'imaginer. Et beaucoup moins que ce que tu as lu dans le dossier avec Pomfresh.
Rose ne put pas retenir sa langue.
- J'ai les détails fournis par ma mère pendant qu'elle travaillait dessus, mais ce qui m'intéresse c'est ce que toi, tu sais. Et pourquoi tu ne m'en as jamais parlé.
Il haussa un sourcil sévère. Rose se tut et retourna à sa soupe.
- Ce que je sais… soupira-t-il. Lauren, ta mère, a commencé à travailler sur cette maladie inconnue bien avant que tu naisses. C'est rapidement devenu son unique projet de recherche et elle et son équipe essayait de comprendre et trouver un remède. Elle est même partie quelques semaines à Berlin pour rencontre une patiente…
- Frieda. Elle est morte pendant qu'elle y était, intervint Rose presque malgré elle.
Son père hocha la tête.
- Je me souviens que Lauren en avait parlé. Ma chérie, honnêtement, je n'ai pas plus de détails sur cette partie de l'histoire. C'était le travail de ta mère, elle n'en parlait pas forcément beaucoup, je sais seulement que toutes leurs tentatives pour guérir cette maladie échouaient rapidement.
Il se pencha contre le dossier de sa chaise le temps qu'on leur retire leurs plats vides pour les remplacer par d'autres.
- Ce n'est que lorsque Lauren est tombée enceinte que j'ai eu plus d'informations.
Son regard se fit soucieux le temps qu'il prenne une fourchetée de son plat.
- Lauren a soudainement eu plein de choses à me raconter, fit-il avec une amertume difficile à manquer. C'est à ce moment-là que j'ai appris qu'elle était porteuse de ce virus mystérieux, probablement par sa mère, d'après ce qu'elle m'a raconté. Qu'il y avait de forts soupçons portant sur une transmission de la mère à la fille, et donc, si l'enfant qu'on attendait était une fille, elle serait probablement porteuse de la même maladie.
Il jeta un œil à sa fille.
- Mange, rappela-t-il fermement. J'ai également appris que, si tu étais bel et bien une fille, cette maladie avait quatre-vingts pour cent de risques de se déclencher. Je me souviens que Lauren était paniquée à cette simple idée, et j'ai vite fait le lien entre cette hypothèse… et la mort de la patiente en Allemagne.
Rose continuait à manger de petites bouchées sous la pression de son père.
- Après cette… annonce, Lauren s'est encore plus enfermée dans le travail, jusqu'à ce que l'un de ses mentors lui demande de cesser ses recherches.
- Pourquoi ?
- Elle m'a expliqué que c'était à cause du danger que représentaient certaines manipulations de laboratoire pour le bébé. Pour toi. Ça ne l'a pas empêchée de continuer à travailler secrètement, depuis la Nouvelle-Zélande. J'avais beau essayer de la faire s'arrêter, pour sa santé et la tienne, c'était impossible. Elle était obsédée par l'idée de trouver un remède. Et quand tu es née…
Il secoua doucement la tête et se racla la gorge avant de regarder sa fille.
- C'était le plus beau jour de ma vie. Mais Lauren…
- Elle ne pensait qu'à la pathologie.
- Exactement, confirma-t-il sombrement. Tu étais une fille, et même si tu allais très bien, elle disait sans cesse qu'il ne fallait pas se fier aux apparences. Elle me répétait « quatre-vingts pour cent de risques » quand je tentais de dédramatiser.
- Elle n'avait pas tort… murmura Rose.
- Je sais bien, soupira-t-il. Ce que je n'avais pas imaginé, c'était qu'elle…
Il s'arrêta un instant, incapable de continuer.
- Qu'elle partirait, termina sa fille pour lui, de la voix la plus douce qu'elle put.
Il opina et reposa ses couverts pour indiquer qu'il avait terminé, et après avoir jeté à un œil satisfait à l'assiette vide de Rose, il fit un signe à Benson puis se leva.
- Petit salon ? proposa-t-il à sa fille qui revint brusquement à la réalité.
En se lovant dans le canapé face à la cheminée allumée, Rose résuma lentement.
- Tu savais que j'avais un risque d'être malade, et que je pouvais mourir si ça se déclenchait. Et aussi que ma grand-mère maternelle était une Animagus… ça veut dire que tu savais que si je ne mourrais pas, j'en deviendrais une moi aussi ?
- Pas du tout, contra-t-il aussitôt. Pour ta grand-mère, je l'ai appris par Dumbledore en même temps que toi. Pour moi, l'unique issue connue de cette maladie était la mort. Elle était probablement consciente du lien entre sa propre mère et ses recherches, puisque c'est elle qui a écrit la plupart de la littérature scientifique à ce sujet, mais elle ne m'en a jamais parlé directement.
Il observa sa fille hocher la tête.
- Donc quand je suis tombée malade, tu as cru que…
- Tu allais mourir, oui, confirma-t-il à voix basse.
- Pourquoi à Sainte-Mangouste, commença Rose, ils ne m'ont jamais parlé de ça ?
- Parce qu'ils ne savaient pas, répondit simplement son père.
Au sourcil levé devant lui, il élabora.
- Je ne leur en avais pas parlé. Je ne voulais pas qu'ils se concentrent uniquement sur ça, au cas où ce soit autre chose. C'était un trop gros risque de les laisser se focaliser sur une maladie incurable et de passer à côté de la vraie raison de ton mal.
- Mais c'était bien ça au final… protesta Rose.
- C'est vrai. Cependant, je savais que si c'était ça…
Rose termina une nouvelle fois pour lui.
- J'allais mourir. Alors c'était inutile de se concentrer dessus puisqu'il n'y a pas de traitement.
Il opina et la laissa digérer ces informations. Et enfin…
- Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ?
Son ton bas et blessé fit culpabiliser Erwan encore plus. Il posa son verre vide à côté de lui.
- Quand tu étais plus jeune, je ne voulais pas t'accabler de cette information, peut-être parce que tu n'aurais pas vraiment compris, au moins les premiers temps. Je ne voulais pas que tu grandisses en te disant que peut-être, tu risquais de mourir si tôt… Et plus le temps a passé, moins j'ai su comment t'en parler. Lorsque j'ai estimé que tu étais prête, et qu'il fallait que je partage cela avec toi, tu as commencé tes premières crises.
- Les migraines en troisième année…
Après un hochement de tête, il continua.
- À partir de là, tout m'a échappé, je n'ai plus su comment faire. J'étais seulement terrorisé de te perdre, acheva-t-il, la gorge serrée.
- Et après ? Une fois que je me suis transformée et que j'étais hors de danger ?
Il se redressa pour adresser un sourire contrit à Rose.
- C'était par pur égoïsme, admit-il finalement. J'avais peur que notre relation ne s'en remette pas. C'est stupide, et je te prie de me pardonner, si tu le peux.
Rose laissa le silence s'étirer. À vrai dire, elle ne savait même plus quoi répondre, trop d'informations s'entrechoquaient dans son cerveau. Elle se surprit elle-même lorsqu'elle se leva et sortit de la pièce sans rien dire. Elle ne vit pas son père recouvrir ses yeux de sa main, mais c'est bien dans cette position qu'elle le retrouva lorsqu'elle revint de sa chambre. Elle se planta devant lui et lui tendit une photo.
- Je l'ai trouvée dans le dossier chez Pomfresh.
Il rechaussa ses lunettes et prit le document. La surprise se peignit sur son visage et Rose crut également y déceler une douleur qui disparut bien vite.
- C'était la première fois que je la voyais. Ma mère, je veux dire.
Les yeux marron se plantèrent dans les siens.
- C'est la première fois que je la vois depuis très longtemps, répliqua-t-il.
Rose osa s'asseoir sur l'accoudoir du fauteuil de son père et ils contemplèrent le vieux cliché un long moment, sans plus rien dire. Lorsqu'Erwan posa la photo sur la table basse, Rose reprit la parole.
- Tu m'as tout dit ? Plus rien à me cacher ?
- Concernant ta maladie, j'ai partagé tout ce que je savais. Tu dois connaitre plus de choses que moi maintenant.
Elle opina et lui donna quelques bribes d'informations qu'elle avait glanées dans l'épais classeur blanc. Rien qui chamboulait ce qu'ils savaient déjà.
- Et en ce qui concerne autre chose que ma maladie ? demanda Rose qui avait bien noté la formulation de son père quelques minutes auparavant.
- J'ai écrit à ta mère. Longtemps, souvent au début, puis de moins en moins. La dernière lettre que j'ai envoyée, c'était quand tu étais en rémission à l'infirmerie de Poudlard après ta transformation. Pour lui dire que c'était arrivé et que j'espérais que tu ne mourrais pas.
Rose accusa le coup puis ouvrit la bouche, mais son père leva une main pour l'empêcher de répondre.
- J'ai dit que j'avais écrit, pas qu'elle avait répondu. Je ne sais pas si elle les a reçues. Elles ne me sont jamais revenues, donc je pense que oui… mais finalement, je n'en sais rien.
- À quelle adresse ?
- Aucune, avoua son père. J'ai beaucoup compté sur l'intelligence des hiboux transporteurs de Benson, qui sont toujours revenus sans courrier. Peut-être qu'elle les recevait mais ne voulait pas répondre. Peut-être que les lettres étaient déposées dans un endroit complètement farfelu… Je ne saurai sûrement jamais.
Rose rumina cette nouvelle information en silence, mâchouillant sa lèvre inférieure sans y prêter attention.
- Qu'est-ce que tu lui disais ? voulut-elle savoir.
- Je lui parlais de toi, principalement. Qui tu étais, comment tu grandissais, ce que tu faisais… je gardais l'espoir qu'elle revienne, je pense.
Il pressa la main de sa fille avec affection.
- Mais c'est le passé, tout ça. Tu es là et c'est tout ce qui compte.
Touchée, Rose sourit à son père. Il se leva et la prit dans ses bras, dans lesquels elle se blottit un instant.
- Je suis désolé ma chérie, vraiment. Je te promets de ne plus jamais laisser mes bêtes idées et des secrets se glisser entre nous.
Elle sourit contre lui et se détacha en douceur pour le regarder.
- Ça me va, dit-elle simplement. Je peux te poser une autre question ?
Il acquiesça et ouvrit des yeux de plus en plus ronds à mesure qu'elle parlait.
- Une autre famille ?! répéta-t-il, sidéré. De quoi ?!
- Laisse tomber, marmonna Rose. C'est William qui m'a mis des idées dans la tête.
Elle nota le sourire qui commençait à s'installer sur le visage de son père et ne put s'empêcher de l'imiter avant d'expliquer.
- Cet été, il m'a demandé si je pensais que tu avais une autre famille aux États-Unis, comme tu y vas souvent. Il a beaucoup d'imagination, ajouta-t-elle précipitamment. Et il sait comment me faire râler…
Le rire de son père fut contagieux.
- Je te promets que tu es ma seule famille, ma chérie. Je vais lui faire faire un stage à Seattle, il verra si j'ai une autre famille quand je suis là-bas… Comme si j'en avais le temps ou même l'envie, ronchonna-t-il alors que Rose souriait de plus en plus largement.
Il lui pressa la main et parut amusé quand, soudainement épuisée, elle étouffa un bâillement. Ils regardèrent Benson débarrasser le petit salon sans plus rien dire pendant quelques secondes.
- Je peux aller me coucher ?
- Évidemment, répondit son père avec affection, surpris qu'elle pose la question. Bonne nuit ma chérie.
- Bonne nuit Papa.
Ils se quittèrent sur un dernier sourire et Rose monta les escaliers, soulagée de constater que la colère en elle n'était plus dirigée sur son père… mais sur sa mère biologique, ce qui lui paraissait tout de même bien plus logique.
Lorsqu'elle se réveilla le lendemain matin, elle n'était plus panthère, mais humaine sans vêtements, entortillée dans ses couvertures, en sueur et les cheveux si emmêlés qu'elle faillit ne pas retrouver l'élastique de sa tresse dedans. Elle se dépêtra des draps et les repoussa, puis sauta hors de son lit pour se faufiler directement dans la salle de bains. S'attaquant à la masse capillaire qui s'était rebellée pendant la nuit, elle grimaça de longues minutes avant de parvenir à les attacher au sommet de sa tête et de pouvoir se glisser sous la douche avec délectation. Une mimique douloureuse s'étala sur son visage et Rose grogna avant de faire main basse sur la potion anti-douleur qui lui tendait les bras.
- Deux gouttes par heure maximum, et six gouttes maximum par tranche de douze heures, relut-elle avec application. C'est parti.
Elle préleva une goutte et l'avala, tentant de se convaincre que cette minuscule quantité de potion pourrait détendre ses muscles et éradiquer ses crampes menstruelles.
Fais-lui confiance !
Elle s'habilla et rejoignit la salle à manger, le nez en l'air, reniflant les odeurs qui s'échappaient de la cuisine.
- Cannelle et gingembre, commenta son père en entrant à sa suite. Bonjour Rose.
- Bonjour Papa, sourit-elle. Ça sent bon, ça sent…
- Noël, s'amusa-t-il en s'asseyant.
Ils partagèrent leur repas en bavardant de sujets plus légers que la veille au soir, puis se séparèrent pour partir chacun de leur côté.
- Amalie ? appela Rose sans la trouver.
La domestique sortit du grand salon au troisième appel.
- Pardonnez-moi Miss, je ne vous entendais pas !
Rose lui sourit.
- Vous savez si un rendez-vous avec la coiffeuse a été pris ? J'ai vraiment besoin de ses talents avant de retourner à Poudlard. Ça m'a pris des plombes de me coiffer ce matin.
- Oh Miss vous auriez dû me demander, je vous aurais aidée ! s'écria aussitôt l'employée.
- Hé bien, je… hésita la jeune noble. Vous n'êtes plus ma femme de chambre, n'est-ce pas ?
Amalie lui adressa un regard surpris.
- C'est vrai Miss, mais je pensais toutefois pouvoir vous assister lorsque vous le souhaitez, contra-t-elle délicatement. Si vous le souhaitez.
Touchée, Rose lui adressa un sourire encore plus large.
- Je garderai cela à l'esprit. Pour la coiffeuse… ?
- Elle vient lundi matin, à onze heures. Est-ce que cela vous convient ? Sinon nous pouvons changer le rendez-vous.
- C'est parfait, merci Amalie !
Rose prit congé d'elle et alla se planter devant la baie vitrée du petit salon pour regarder le paysage verdoyant et calme. Elle vit les chiens de garde faire des rondes, la truffe au sol ou dans les airs et resta perdue dans ses pensées quelques minutes, le regard dans le vague.
Ses pensées revenaient toujours vers la même personne et elle se surprit à lever les yeux au ciel.
Tu le revois dans deux semaines, sérieusement… reprends-toi !
Elle poussa un petit grognement agacé après elle-même puis alla se réfugier dans la bibliothèque pour refaire son stock de romans policiers, sans pouvoir s'empêcher d'en commencer un entre les rayonnages, où elle passa pour finir une bonne partie de la journée.
Après le diner, son père et elle passèrent au petit salon comme ils en avaient l'habitude. Lui avait un journal à la main et elle son nouveau roman, largement entamé.
- Tu n'arrêtes pas de grimacer. Ça va ? s'inquiéta-t-il.
Rose fit un vague geste de la main.
- Juste des douleurs… de fille, termina-t-elle à voix basse.
- Tu veux un anti-douleur ? Je suis sûr qu'on en a.
Son père n'eut pas le temps de faire un geste pour appeler Benson que Rose s'était levée.
- J'en ai dans ma chambre, j'en prends et je reviens.
Une fois dans sa salle de bains, Rose déboucha le flacon en posant automatiquement les yeux sur le parchemin d'instructions qu'elle avait fixé sur le miroir. Elle se pencha et remarqua une petite flèche en bas à droite. Elle arracha prestement la feuille et la tourna.
« P.S. : j'ai entendu dire que c'était bien meilleur avec un carré de chocolat… »
Une moue attendrie traversa son visage et elle redescendit les escaliers, la fiole dans une main, le parchemin dans l'autre. Elle fit un détour par la cuisine et réclama du chocolat à George qui était encore là. Le cuisinier s'empressa de lui mener un plateau dans le petit salon, recouvert de bien plus de sucreries qu'elle n'en avait demandé. Son père haussa un sourcil amusé dans sa direction alors qu'elle se réinstallait dans son fauteuil préféré.
- Tu fais une dégustation ? Je peux participer ?
- George s'est un peu emballé, expliqua-t-elle en poussant le plateau vers lui. J'ai déjà pris ce que je voulais.
Elle agita la barre de chocolat – oui, il avait écrit un carré, mais… il n'allait pas venir vérifier après tout – et redéboucha la fiole de potion. Son père la regardait faire et prit une inspiration au moment où elle allait verser deux gouttes sur une cuillère.
- Si peu ? s'étonna-t-il.
- C'est une version concentrée, répondit-elle avant de compter à voix haute pour être sûre de ne pas dépasser le dosage.
Au regard intéressé de son père, elle lui tendit le parchemin d'explications et le laissa lire le temps d'avaler le liquide bleu, puis de croquer immédiatement dans le chocolat. Elle soupira d'aise c'était en effet bien meilleur !
- C'est Pomfresh qui te l'a préparée ?
Rose secoua la tête.
- William. C'est son projet de semestre, résuma-t-elle en oubliant de mentionner qu'il l'avait aussi créée, en partie, pour elle.
Son père sembla à deux doigts de lui arracher le flacon des mains, mais se retint et prit une lampée de son cognac.
- Il l'a testée avant, lança Rose en remarquant son trouble. Et j'en prends depuis ce matin, sans effet autre que la disparition de mes douleurs. Slughorn était apparemment impressionné par son travail.
- Ton ami a un don pour les Potions, en conclut-il en relisant le parchemin. Quels sont les effets secondaires ?
Rose rapporta ce que William leur avait raconté sur ses tests sur lui-même et sourit à la mine concentrée de son père, dont les yeux bougeaient entre sa fille, la fiole et le parchemin.
- Intéressant…
Elle connaissait ce regard : profond et surtout, professionnel.
- Tu te demandes comment commercialiser ça, hein ? s'amusa-t-elle.
- Je t'avoue que ça m'a traversé l'esprit. Tu m'autorises à lui parler de ça quand il sera là ?
- Évidemment, fit-elle en haussant les épaules.
Il lui sourit et se replongea dans son journal pendant qu'elle rouvrait son roman.
- Eulaly, vous installerez cinq couverts supplémentaires ce midi.
- Tout de suite, Monsieur.
Rose haussa un sourcil vers son père, abandonnant momentanément son jeu avec deux des sœurs de Derek.
- J'ai décidé d'une nouvelle tradition, annonça-t-il. Le repas du vingt-cinq décembre sera partagé avec tous les habitants du Manoir Wayne. Qu'en penses-tu ?
Il avait l'air très content de lui-même et Rose ne cacha pas son sourire.
- C'est très bien. Ça va faire une grande tablée, ça n'a pas dû arriver depuis… depuis…
Rose cherchait, mais impossible de trouver quand la salle à manger avait accueilli quinze personnes d'un coup. Cet été ils avaient bien été treize, ce qui n'était pas arrivé depuis des années non plus.
- Voilà, ça m'a fait le même effet, se mit à rire son père. Tu devrais faire attention, tu es en train de perdre.
Rose pivota vers la plus jeune des filles.
- Mais tu triches !
- Noooon…
Derek et elle éclatèrent de rire devant sa mine innocente.
- Elle s'entendrait bien avec Lisa, tiens. C'est une sacrée tricheuse, ajouta Derek à l'adresse de son père et d'Erwan qui les écoutaient.
- Et vous la laissez jouer ?
- Tant qu'elle ne se fait pas prendre par Nassim, oui.
- C'est trop marrant de le voir essayer de comprendre ce qui se passe. Ça m'étonne qu'il n'ait pas encore pigé d'ailleurs, s'amusa Rose.
- Et vous, vous ne trichez jamais ? s'étonna Stan. Pourtant, tu pourrais, Derek…
Leurs sourires parfaitement coupables firent rire les adultes.
- Le souci, c'est qu'on est plusieurs dans la confidence maintenant, alors ça complique tout…
- On est bien d'accord que quand William nous a séparés au Taboo et pris Terry dans votre équipe, c'était à cause de ça ?
Rose opina en pouffant.
- Il est au courant ? interrogea Mary qui venait de les rejoindre dans le Grand Salon.
Derek opina.
- Lui et Terry, ce sont les seuls avec nous deux. Et vous.
- Pourquoi ce William ? continua Mary.
Rose haussa les épaules et regarda son ami avec curiosité.
- Pendant un match de Quidditch, j'étais trop pris par ce qui se passait et j'ai pas fait gaffe, je lui ai parlé quand on s'est croisés… sauf que j'ai oublié d'ouvrir la bouche.
Des rires lui répondirent et Rose eut un air admiratif à son joli mensonge inventé dans la seconde.
- Heureusement qu'il est suffisamment maitre de lui-même pour ne pas avoir relevé avant la fin du match.
- Lui aussi, il veut continuer le Quidditch professionnellement ? demanda Stan en regardant son fils.
- Non, répondit Rose pour lui. Plus maintenant en tout cas.
Même Derek eut l'air étonné.
- Il pense plutôt devenir Auror, dit-elle.
Elle ne savait pas pourquoi, mais cette idée lui nouait la gorge à chaque fois qu'elle y pensait. Elle déglutit et jeta un œil amusé à son père.
- Enfin, à moins qu'il ne se lance dans le commerce de Potion Anti-Douleur…
Il hocha la tête puis remonta ses lunettes et prit le cube coloré que lui tendait Élisa.
- Merci ma puce. Leur ami a amélioré l'anti-douleur pour son projet de semestre…
Et il raconta à son couple d'amis ce que Rose lui avait expliqué quelques jours auparavant, manquant le regard moqueur de Derek vers la jeune fille, qui finit par le pousser de l'épaule.
- Sans commentaire.
Il éclata de son rire sonore et elle l'imita bientôt, incapable de résister à sa bonne humeur.
Le repas de Noël se prolongea jusque dans l'après-midi, sous les rires et les conversations auxquelles tout le monde participait – un peu moins les cinq jeunes Dent qui furent envoyées à la sieste par leurs parents malgré leurs protestations.
À l'invitation d'Erwan, leurs invités restèrent deux jours de plus que prévu, même si Stan dut partir la journée pour aller travailler et qu'Erwan lui-même quitta le Manoir le lendemain de Noël et ne revint que tard le soir. À son expression, Rose comprit qu'il culpabilisait de les avoir laissés, alors elle le suivit silencieusement sur la terrasse. Il sortit un cigare et l'alluma, son regard allant de sa fille à la nuit étoilée.
- Tu n'as pas froid ?
- Pas du tout. Ce n'est pas grave si tu n'es pas là tout le temps, tu sais. On sait tous que tu travailles beaucoup.
- C'est gentil d'être compréhensive, dit-il en rejetant une fumée âcre vers le ciel. J'aimerais juste pouvoir être là quand tu l'es.
Touchée, Rose lui sourit et s'approcha de lui, malgré son geste pour qu'elle recule à cause de la fumée.
- J'ai été tellement absent que tu n'as appris que cet été que je fumais, regretta-t-il avec un petit sourire.
- Ça, j'avoue… je m'y attendais pas.
- Ne commence jamais, c'est une grave erreur.
- Promis.
Ils échangèrent un regard complice et il lui ouvrit le bras pour qu'elle se blottisse contre lui. Ils contemplèrent ensemble les étoiles en échangeant quelques mots de temps à autre, puis rentrèrent lorsqu'Erwan eut terminé son cigare pour rejoindre les autres dans le grand salon passer la fin de soirée.
Rose consacra le reste de son temps à faire ses devoirs, toujours aussi nombreux que la dernière année, sous l'œil de son père qui la forçait régulièrement à poser plume et manuel pour les distraire tous les deux. Elle finit même par se demander s'il ne profitait pas un peu de sa présence pour moins travailler lui-même. Amusée à l'idée qu'il lève enfin le pied avec son travail, elle le suivit dehors et monta dans la voiture. Ils se rendirent au cimetière le matin du 31 décembre, avant que Rose ne parte passer le Nouvel An chez Derek, comme toujours. Ils se recueillirent un long moment dans le caveau de la famille, sans parler, après avoir posé des fleurs fraiches devant eux.
Chez les Dent, Rose eut la surprise de retrouver Terry. Elle poussa une exclamation ravie avant de serrer son ami dans ses bras.
- Tu restes avec nous ce soir ?
- Oui ! Je suis arrivé hier midi. Je crois que ma mère et mes sœurs en avaient ras le bol que je parle de Derek sans arrêt, confia le brun en chuchotant sous un éclat de rire de Rose.
Mary tenta vainement d'expliquer à ses cinq filles que les « plus grands » avaient probablement envie d'être un peu tranquilles, mais ce fut peine perdue et elles embarquèrent leurs ainés dans leurs jeux.
- Laisse Mary, répliqua sereinement Rose après un énième appel de la mère de famille, je crois qu'on s'amuse autant qu'elles.
- Dis Rose, lança Julia, la plus âgée, toi aussi t'as un amoureux comme Derek ?
L'intéressée hésita visiblement, se mordillant la lèvre. Ses épaules se détendirent avant qu'elle réponde.
- Oui.
Sous les exclamations ravies des filles, elle se pencha et pressa un doigt sur ses lèvres.
- Mais chut, c'est un secret.
- Derek le sait pas ? chuchota Laura d'un air conspirateur, alors que son frère se trouvait à deux mètres d'elle.
- Si, lui il sait. Terry aussi.
- Manquerait plus que ça, marmonna le grand blond. Que mes sœurs soient au courant mais pas moi.
Ils échangèrent une grimace amusée avant que Julia ne reprenne le fil de ses pensées.
- Il est gentil comme Terry ?
- Ah non, y'a que moi qui suis gentil comme ça, protesta l'intéressé.
Rose inclina légèrement la tête.
- Il est très gentil, mais probablement moins que Terry.
- Ouais enfin il l'est qu'avec Rose hein, tempéra Derek. Parce qu'avec son équipe de Quidditch…
- Oooh il joue au Quidditch ? Il est fort ? s'enquit Anissa, déjà obsédée par le sport sorcier.
- Très fort, confirma-t-elle avant de baisser la voix. C'est le capitaine de l'équipe.
De nouvelles exclamations excitées lui répondirent et Rose se mordit l'intérieur de la joue pour éviter d'éclater de rire.
- Et il dort dans le même lit que toi, comme Derek et Terry ?
Les oreilles du brun prirent une teinte rouge vif et Derek se passa la main sur le visage, exaspéré.
- Euh, non.
- Pas encore, murmura Terry, visiblement remis de sa gêne, à moitié hilare.
- Sauf après la soirée chez Slug, quoi… susurra Derek malgré les tapes sur le bras que Rose lui assena.
- De quoi ?! Tu m'avais pas dit ça !
- Oui ben hein… j'allais pas faire une annonce dans le train non plus. Ça aurait probablement mis à mal tous vos paris… fit Rose avec malice.
Un léger silence s'installa, le temps que le regard de Terry aille de Rose vers Derek et vice-versa.
- Oh non Derek, pourquoi t'as tout balancé ! s'exclama-t-il finalement.
- J'ai rien dit ! Elle a compris toute seule ! se défendit-il en levant les mains.
Ils jetèrent des coups d'œil à Rose.
- T'es vexée ?
- Non… on a juste très envie que vous perdiez. Qui avait parié sur la soirée chez Slug, justement ?
Les deux amoureux hésitèrent, alors elle insista jusqu'à ce qu'ils craquent.
- Padma, révéla finalement Terry du bout des lèvres.
- Il y en a d'autres qui ont déjà perdu ?
Leurs regards en dirent long et Rose lutta contre son envie d'éclater de rire pour continuer à les cuisiner.
- Nassim avait parié sur votre premier rendez-vous, lui apprit Derek.
- Plus que huit alors ? Combien ont parié sur mon anniversaire ?
Ils échangèrent un regard gêné.
- Rho allez, dites-moi juste un chiffre !
- Deux pour ta journée d'anniversaire, un pour le lendemain.
- Un ou une ?
- Ah n'insiste pas, on a dit que le nombre de personnes, pas leur identité !
- J'aurais essayé. On a réfléchi avec William et on n'a pas trouvé d'autres dates intéressantes, continua Rose avec une moue. Je suppose que vous deux avez parié super loin ?
Le rouge aux joues de Terry la fit rire.
- Pas tant que ça alors, s'esclaffa-t-elle tandis qu'il esquissait un sourire désolé.
Elle considérait ses amis avec distraction, perdue dans ses réflexions et ses estimations.
- Allez on l'aide, déclara gravement Derek.
- Les autres vont nous maudire si on balance tout, glissa Terry.
Mais l'air amusé du blond se reflétait sur son propre visage, alors Rose posa le menton sur ses mains et attendit patiemment.
- Le prochain match de Serdaigle.
- Ah ça c'est Michael ou Idriss, rétorqua aussitôt Rose.
Elle sourit en n'ayant aucune confirmation ni aucun déni face à elle. Le couple échangea un bref regard et Terry capitula.
- La Saint Valentin.
Rose leva brièvement les yeux au ciel avant de réfléchir.
- Mandy, murmura-t-elle. Trop romantique pour les autres.
Mais à la fugace grimace de Derek, qu'il cacha rapidement, elle sut qu'elle s'était trompée. Elle n'insista pas l'essentiel était de connaitre les dates, pas les identités.
Derek se racla la gorge.
- Quelqu'un a parié sur « la prochaine fois qu'elle interagit en public avec Ernie ».
Elle éclata de rire et se mordilla la lèvre le temps de penser à qui pourrait dire ça…
- Mais je suis bête. Anthony.
- Merlin, elle est douée, s'amusa Terry. Oups.
- Il n'y a que lui qui pourrait parier sur une date sans donner une date, et être capable de gagner malgré tout, raisonna Rose. Bon alors, les deux derniers ? Si c'est une date super loin, ce sera forcément toi ou Lisa.
Son meilleur ami lui offrit un grand sourire forcé qu'elle imita.
- « Quand Zabini tentera de recontacter Rose », récita Terry.
- Lisa ! Obligé c'est elle. Elle est aussi maligne qu'Anthony. Voire, probablement plus. Bon, et toi alors ? Aucune de ces idées ne te ressemble.
- « La prochaine fois que Rose met une robe de soirée », révéla-t-il en s'installant bien au fond du canapé. J'ai cru qu'il allait te ramener direct dans sa chambre quand tu as descendu les escaliers avant la soirée de Slug. Pareil à Halloween.
- Et toi, tu es plus rusé qu'eux. Et très pervers aussi. C'est pour ça que tu l'as laissé me coucher à Halloween ? comprit Rose. Au cas où il se passe quelque chose entre nous ?
- Je crois que oui, mais honnêtement, tout était déjà très flou alors je peux pas être sûr.
Ils pouffèrent en chœur un long moment, incapables de s'arrêter. Rose finit par se calmer et essuya ses yeux du bout des doigts.
- Bon, William et moi vous remercions de votre participation. Vous allez tous perdre, se réjouit-elle avec un grand sourire.
Terry soupira et tira une boite de jeu de société à lui, attirant l'attention des sœurs de Derek au passage.
- D'ailleurs vous avez tous déjà perdu, puisqu'on a déjà commencé à… enfin, se voir quoi, ajouta Rose alors que la partie était en cours.
- À être en couple, corrigea Terry avec un sourire.
Elle haussa les épaules et se concentra sur sa partie, manquant l'échange de sourires entre ses amis.
Leur soirée fut relativement calme, ils mangèrent beaucoup – enfin, surtout deux d'entre eux –, passèrent un temps considérable à parler d'un peu de tout et à rire, sans toujours avoir de raison valable. Ils veillèrent longtemps dans le salon déserté par les parents et les plus jeunes, profitant de la chaleur de la cheminée avant d'aller dormir tous les trois dans le grand lit de Derek.
Leur premier jour de l'année fut paresseux, ils trainèrent sans but concret en pyjama une bonne partie de la matinée, avant que Mary ne les incite à au moins s'habiller. Motivés, ils firent une balade tous ensemble dans l'après-midi, au rythme de Julia et de ses cadettes, et atterrirent au parc où se trouvaient de nombreux jeux pour enfants. Derek prit des photos de tout le monde, y compris de Rose et Terry hilares en haut d'un toboggan clairement trop petit pour eux.
Rose repartit par Poudre de Cheminette en début de soirée, sous le regard maternel de Mary, après d'ultimes étreintes à Derek et Terry qu'elle allait revoir…
- Dans trois jours ! s'exclamait Stan. Vous devriez survivre !
Elle se força à ne pas rire alors que le feu magique l'emportait déjà.
Son père la réceptionna lui-même et l'étreignit en lui souhaitant une bonne année. Sa réponse fut étouffée et il l'écarta de lui.
- De quoi ?
- J'ai dit, toi aussi, rit-elle. Bon…
- Tu as faim ?
- Carrément. J'ai pas eu de goûter.
- Quelle tragédie. Allez, viens donc manger.
En attaquant ses pommes de terre, Rose releva le nez :
- Tu aurais dû venir. Tu aurais pu passer la soirée avec Stan et Mary.
À la pause que marqua son père, elle se demanda si elle n'aurait pas mieux fait de se taire.
- C'est vrai… ils ne m'ont jamais proposé cependant, ils veulent peut-être passer une soirée seuls.
- Seuls ? On était huit avec eux ! pouffa-t-elle. Tu devrais leur en parler la prochaine fois.
Elle s'arrêta brusquement de manger et le considéra avec prudence.
- Enfin, je veux dire, si tu as envie quoi…
- Je te remercie de me laisser le choix, s'esclaffa son père.
- Tu as fait quoi ? demanda-t-elle avec nonchalance, maudissant ses amis et les idées tordues qu'ils lui avaient mis dans la tête en aout.
- Tu ne me croiras jamais.
Elle haussa un sourcil pour cacher son appréhension.
- J'ai travaillé, chuchota-t-il. Mais pas toute la nuit, promis. Seulement quelques heures.
Elle secoua la tête et sourit, ne sachant pas si elle ressentait de la tristesse à l'isolement de son père ou du soulagement de ne pas apprendre qu'il avait une vie sociale secrète trépidante. Il lui posa quelques questions sur l'organisation de sa fête d'anniversaire pendant le reste du repas et ils s'organisèrent pour que le repas soit le soir, et que Ted puisse tous les emmener à la gare le lendemain.
- J'ai à nouveau loué le minibus, fit-il en se levant pour rejoindre son fauteuil au petit salon, talonné par Rose.
- Ah c'est bien. On va finir par devoir l'acheter, s'amusa-t-elle.
Il lui jeta un regard pensif et elle balbutia.
- Je plaisantais hein, c'est pas…
- Je sais bien, sourit-il. Mais ça peut se réfléchir…
- Méfie-toi pour tes investissements, je suis super mauvaise au Monopoly, il ne faut pas m'écouter.
Ils échangèrent un sourire complice et Rose le coupa avant qu'il n'intervienne.
- Oui, oui, on le sait que tu as gagné à Noël, marmonna-t-elle.
Il éclata de rire alors qu'elle levait théâtralement les yeux au ciel.
Elle lui avait offert une boite de ce jeu et n'avait pas été déçue par sa façon de jouer… et de gagner très rapidement.
Pendant ces vacances, Rose avait fait une nouvelle tentative avec les énormes rottweilers du domaine. Elle avait décidé de tenter quelque chose au cas où ils parviennent à tolérer à nouveau sa présence sans se montrer agressifs. D'une part, elle était un peu vexée qu'ils ne la reconnaissent pas, d'autre part, elle culpabilisait de les voir enfermés dans leur chenil dès qu'elle sortait.
Elle était peu à peu parvenue à se faire accepter sous sa forme de panthère, en agissant comme le ferait un chien, imitant leurs positions, leurs comportements du mieux qu'elle le pouvait. Elle avait atteint son objectif de ne plus se faire gronder dessus, et à sa surprise, c'était le plus jeune d'entre eux qui l'avait acceptée le premier.
Rose était surtout contente d'avoir convaincu le plus difficile de tous : son père, vraiment réticent à l'idée que sa fille approche les puissants chiens, carrément paniqué à celle qu'elle joue à quelques centimètres de leurs crocs acérés. Il s'était relativement détendu, même si ses épaules se tendaient immanquablement dès qu'elle franchissait le seuil pour aller dehors. Il se rassurait en se disant que sous sa forme de panthère, elle pouvait courir bien plus vite qu'en étant humaine, mais restait peu tranquille malgré cela. Il restait donc derrière la baie vitrée, ou venait parfois sur la terrasse, pour fumer un cigare tout en gardant un œil sur Rose, sa baguette magique à portée de main.
En cette fin d'après-midi froid, elle était en train de jouer avec le jeune chien dans le parc tandis que les autres trottinaient autour, faisant leur travail, les surveillant de loin, et Rose n'avait pas vu son père rentrer dans la chaleur du salon, trop occupée à se rouler dans l'herbe avec le chien, qui jappait de joie. Dès qu'il remuait la queue, elle l'imitait, et se surprenait même à tirer la langue comme il le faisait, copiant désormais ses postures par automatisme.
Ils recommencèrent à se courser pour se sauter dessus dans une relative violence. Après une roulade particulièrement brutale, elle se releva et s'ébroua, jetant un œil vers la maison avant de se retourner vers le chien qui l'attendait pour courir. Elle banda les muscles pour partir avant de s'arrêter net et de tourner vivement la tête vers la terrasse. Elle avait halluciné ou… ?
Il y avait bien deux personnes sur la terrasse : son père, et une deuxième silhouette qui n'appartenait pas au Manoir. S'ils étaient impressionnés par la demi-douzaine de chiens et la panthère qui les fixaient, ils ne le montrèrent pas. Le félin fit quelques pas en avant, et, reconnaissant finalement bien le nouveau venu, accéléra le pas, délaissant son compagnon de jeu qui s'assit, perplexe.
C'est une Rose haletante qui dérapa jusque devant la terrasse immaculée, les yeux grands ouverts par la surprise.
- William !
Confuse par sa présence, elle avança jusqu'à eux tout en remettant de l'ordre dans ses cheveux et en chassant de ses vêtements les brindilles qui s'y étaient accrochées, ses yeux allant de son père à son petit-ami, qui avait croisé les bras et affichait un sourire en coin très amusé.
- Alors ça y est, on te laisse quelques jours et tu oublies que tu es humaine ?! Ou alors tu es juste un peu suicidaire, ajouta-t-il en pointant vers les molosses.
- Ça fait dix jours que je lui dis que c'est une mauvaise idée. Impossible de la faire changer d'avis, grommela son père en arborant un air un peu sévère.
- Tout s'est très bien passé jusque-là, rétorqua sa fille, butée.
Elle préféra reporter son attention sur son petit-ami et lui sourit amicalement, attendant que lui ou son père parle en premier, afin d'éviter toute gaffe.
- Ton ami William m'a écrit avant les vacances pour me demander si nous l'accepterions quelques jours avant l'arrivée du reste de vos amis, expliqua-t-il finalement. Tes parents sont partis en croisière, c'est ça ?
- Oui Monsieur.
- Erwan, corrigea-t-il avant de regarder à nouveau Rose. Naturellement, j'ai dit oui, en pensant te faire la surprise.
Il se tut et sembla attendre la réaction de sa fille, qui lui offrit un large sourire.
- Ça me fait très plaisir, merci Papa. Bienvenue, du coup, fit-elle en se tournant vers William qui semblait réprimer un sourire.
- Merci. Je vois que je suis arrivé à temps pour te ramener parmi les humains !
Elle pouffa alors qu'ils rentraient tous les trois dans le petit salon, où le thé avait été servi. Elle remarqua son père hésiter à rester, alors elle servit prestement trois tasses et en tendit une à son père, qui s'assit à son tour et écouta les deux adolescents se raconter leurs vacances.
- Et ma mère m'a demandé de sortir sous peine de m'étrangler, termina William sous les rires de Rose et son père.
Il eut une mimique désolée.
- Qu'est-ce que j'y peux si le nouveau copain de ma sœur ne tient pas l'alcool…
- C'est quoi le jeu déjà ?
- Plus ou moins, répéta Rose en se mordillant la lèvre. Très populaire auprès des garçons qui veulent se la jouer un peu homme fort, tu vois.
- Je vois tout à fait, s'esclaffa son père, manquant le regard trahi que William adressa à Rose, la faisant à nouveau pouffer.
- Tiens William, je voulais te demander quelque chose.
Rose haussa un sourcil, peu étonnée que son père veuille aborder si tôt le sujet de la potion anti-douleur.
- Tes parents savent que tu écoutes de la musique de sauvage ?
Le choc les rendit tous les deux muets une poignée de secondes, et Erwan termina son thé, franchement amusé. Rose fut la première à réagir et à se mettre à rire sans pouvoir s'arrêter.
- Désolé, c'était trop tentant. D'ailleurs tu as fait une adepte, ajouta-t-il en désignant sa fille. J'ai un mal de crâne terrible depuis Noël.
- Depuis Noël ? demanda William, souriant devant l'humour inattendu du père de Rose.
- Ah oui, Derek m'a offert un super disque ! Tu veux l'écouter ? proposa Rose aussitôt.
- Bien sûr !
Elle se tourna vers son père qui lui fit un signe de la main pour qu'ils sortent.
- On se revoit au diner.
Il déplia son journal et regarda sa fille partir, suivie de William qui lui avait adressé un sourire en partant. Benson, venu récupérer le plateau de thé, marqua un léger arrêt pour regarder dans la même direction qu'Erwan et soupira :
- Ah, être jeune et amoureux…
Erwan baissa son journal dans un froissement et fixa le majordome.
- Pardon ?
Le vieil homme baissa la tête et présenta de rapides excuses à son employeur avant de disparaitre à une vitesse surprenante.
Les mains crispées sur le papier malmené, Erwan resta un moment sans bouger, les yeux rivés sur la porte par laquelle sa fille avait disparu.
Rose et William, qui avaient manqué cet échange, étaient arrivés dans le grand salon. Contrairement à la première fois où il avait mis les pieds dans cette pièce, il ne regarda pas autour de lui pour tout détailler, car il était trop concentré sur le visage de Rose qui lui souriait. Il se laissa entrainer vers l'espace musique avant de l'attirer tout contre lui. Elle l'enlaça immédiatement et ne retint pas son sourire béat lorsqu'il parla doucement.
- Bonsoir ma Rose.
Elle releva le nez vers lui et le laissa l'embrasser en douceur.
- Bonsoir William.
Un nouveau baiser plus appuyé les interrompit un instant.
- Tu es très, très en avance, s'amusa Rose.
- Ah, désolé. J'avais surtout peur d'être en retard.
- Ça devrait aller pour le coup.
Attirée comme un aimant par ses lèvres, elle s'y perdit encore une fois avant de s'éloigner un peu de lui et de l'entrainer sur le sofa. La grande main s'aventura jusqu'à sa cuisse pendant qu'elle saisissait la pochette du CD offert par Derek pour Noël.
- Sepultura, c'est pas mal ça ! Il te plait ?
- Oui, confirma-t-elle en se levant pour lancer le disque.
Bientôt le son des guitares les entoura alors qu'elle reprenait sa place contre lui. En une poignée de secondes, ses doigts s'étaient faufilés sous l'épais pull de William, tandis que des mains caressaient la peau de son dos. Sa langue avait été saisie par des lèvres impatientes avant que son cou ne se fasse dévorer de baisers brulants. Elle griffa légèrement la peau chaude de ses côtes alors qu'il mordillait son lobe d'oreille en réprimant un grondement de plaisir qu'elle sentit toutefois vibrer dans sa cage thoracique. Lorsqu'ils firent une pause, pour reprendre leur respiration, William souffla :
- Il est incroyable, cet album…
Elle sourit contre ses lèvres et l'embrassa plus chastement avant de s'éloigner un peu de lui, reprenant conscience de l'endroit où ils se trouvaient. Elle nicha sa main dans la paume ouverte qui n'attendait qu'elle et regarda les grands doigts se lier aux siens. Se calant plus confortablement dans le canapé, sa cuisse contre celle de William, elle se tourna vers lui, sans empêcher son corps de se tendre vers lui.
- Alors, tu as vraiment fait boire le copain de ta sœur au point qu'il vomisse ?
Il hocha la tête.
- Devant toute votre famille en plus, murmura Rose, toujours à moitié horrifiée à cette idée.
- C'est lui qui a commencé à faire le fier, se défendit-il avec une expression qui fit pouffer Rose. C'est quand même pas ma faute si ma sœur est pas fichue de se trouver un copain qui tienne l'alcool…
- Ça m'étonnerait qu'elle les choisisse sur ce critère, si ?
- Ben, de toute évidence, elle devrait.
- Ta mère t'a pardonné ?
- Évidemment, je suis trop irrésistible.
- Mouais… t'es le bébé à sa maman surtout.
Il la poussa légèrement de l'épaule, amusé par sa réplique. Comme il ne disait plus rien, elle haussa un sourcil.
- Je suis en train de compter le nombre de fois où elle m'a parlé de toi, expliqua-t-il après quelques secondes. Une douzaine je crois… dont au moins quatre pour me demander quand j'allais t'inviter chez nous.
- Elle sait ? demanda Rose d'une petite voix.
William décoinça sa lèvre inférieure qu'elle mordillait.
- Elle a compris toute seule. Je le savais, que c'était une erreur de te serrer dans mes bras sur le quai de la gare, sourit-il.
Rose opina gravement.
- La mère de Derek a compris comme ça aussi, soupira-t-elle. Elle m'en a parlé au Nouvel An.
- Très observatrices ces deux mamans.
- Plus que mon père, de toute évidence… Je suis désolée de ne rien lui avoir dit, ajouta-t-elle rapidement. J'y arrive pas.
- T'as honte de moi ?
Le sourire en coin charmant qu'il lui adressait éliminait tout sérieux de sa question.
- Mais non, protesta-t-elle néanmoins. Bien sûr que non. C'est juste que j'ai pas spécialement envie de parler de ma vie sentimentale avec mon père.
La petite grimace qui suivit sa phrase fit rire William et il se pencha pour embrasser sa joue.
- Ils sont vraiment partis en croisière, tes parents ?
- Oui, depuis le 30. C'était prévu depuis un moment, ils m'avaient même demandé si je voulais venir avec eux.
Il jouait distraitement avec une mèche de cheveux de Rose perdue sur son épaule tout en parlant.
- J'ai refusé, et j'ai pensé à écrire à ton père pour lui demander si je pouvais venir chez vous plus tôt – et de te faire la surprise. Enfin, j'avoue que…
Un sourcil se leva face à lui.
- J'ai demandé son avis à Derek avant.
Parfaitement attendrie, cette fois c'est Rose qui se redressa pour poser ses lèvres sur la joue de William. Puis elle fronça les sourcils en s'éloignant.
- Tu as fait quoi au Nouvel An ? Tu es resté tout seul ?
- Ne me regarde pas avec pitié, s'amusa-t-il. J'ai célébré avec des amis espagnols, voyons. Ça fait quelques années que je ne passe plus le 31 avec mes parents.
- Vous avez fait quoi alors ? Une fête ?
Il acquiesça et porta la main de Rose à ses lèvres pour y poser un bref baiser.
- On s'est réunis chez Rodrigo et Lola, comme souvent. Des enfants d'amis de mes parents, précisa-t-il sous le regard interrogateur. On se voit à toutes les vacances que je passe en Espagne.
- Ils sont sorciers ? questionna immédiatement Rose.
William inspira sans répondre tout de suite, décontenancé par sa question.
- Euh, oui…
- Ils vont à quelle école alors ? continua Rose, le regard empli de curiosité. Et leurs parents font quoi comme métier ? Il y a un village sorcier là-bas ?
William cacha brièvement son sourire derrière sa main qu'il embrassa de nouveau.
- Les sorciers espagnols vont à Beauxbâtons, ceux de Rodrigo et Lola sont enseignant privé et journaliste, pas dans le coin d'où ma mère vient mais je crois qu'il y en a un près de Séville – ou de Malaga ?
Il reprit sa respiration, une lueur brillant dans ses yeux bleus.
- D'autres questions ?
- Vous étiez combien à la fête ? répliqua immédiatement Rose sans cacher son sourire.
- Une vingtaine. Tous sorciers, devança-t-il. Eux aussi sont en vacances et rentrent chez leurs parents en décembre.
Alors que Rose hochait lentement la tête, sa curiosité satisfaite, il ne put s'empêcher de sourire tout en se penchant vers sa joue. Il dérapa contre ses lèvres pendant quelques secondes avant de reculer.
- Pourquoi tu souris ?
- Ça me rappelle le moment où je suis tombé dans tes filets, dit-il après un moment à la regarder, comme captivé.
Elle inclina sans s'en rendre compte la tête sur le côté, intriguée.
- Le jour où tu m'as posé un millier de questions sur le programme de cinquième année.
Le petit pincement qu'elle ressentit au ventre la déconcentra un instant avant qu'elle n'entrouvre la bouche, ayant retrouvé cet instant dans sa mémoire.
- « Il y a un an et huit mois »…
Sa propre voix lui parut un peu étouffée.
- Enfin, neuf maintenant, corrigea William avec un sourire. Qu'est-ce que tu veux, j'ai un faible pour les filles fascinées par mes grands talents… intellectuels.
Le clin d'œil qui suivit subjugua tellement Rose qu'elle n'eut aucune repartie à lui proposer. Elle ne parvint qu'à se hisser contre lui et poser ses lèvres contre les siennes, coulant ses mains derrière sa nuque, se laissant attirer par les bras puissants qui se refermèrent aussitôt autour d'elle.
- Tu sais ce qui était le plus terrible à ma soirée du Nouvel An ? murmura-t-il après avoir libéré ses lèvres.
- Quoi ?
- Ton absence.
Cette fois, Rose tira sur son pull pour qu'il revienne sur sa bouche et n'attendit pas pour pointer sa langue et la glisser contre celle de William pour un baiser plus profond qu'auparavant. Des doigts se coulèrent dans ses cheveux pour tirer sa tête vers l'arrière, donnant libre accès à son cou qu'il couvrit de baisers pressés.
La chaleur humide disparut peu à peu de la peau de Rose et elle entrouvrit un œil.
- Ma Rose.
Elle ouvrit le second œil et haussa un sourcil.
William délaça ses doigts de sa chevelure, mais en garda une mèche qu'il passa sur l'avant pour la montrer à Rose, ses yeux de plus en plus écarquillés. Il resta un instant supplémentaire muet à la regarder.
- Mon contresort n'a pas fonctionné correctement ?
Elle se mordilla la lèvre pour s'empêcher de sourire.
- Si, bien sûr que si, le rassura-t-elle. La coiffeuse est venue au début des vacances.
Disant cela, elle passa ses cheveux sur l'avant pour lui montrer la coupe qu'elle avait fait faire et dont elle était très satisfaite. Il opina sans toutefois lâcher les ondulations entre ses doigts.
- C'est très joli, vraiment, ma Rose. Et ça ?
Un sourire charmeur commençait à se dessiner sur ses lèvres et elle ne put s'empêcher de l'imiter, malgré le rouge qui envahissait ses joues.
- Hé bien, quand elle a demandé si je voulais faire autre chose que la coupe, j'ai repensé à ta réaction quand j'avais les cheveux rose et…
Elle déglutit, mordilla sa lèvre sans insister.
- Et moi aussi j'avais trouvé ça joli, alors je lui ai demandé de faire ça…
Elle se tourna et souleva ses cheveux pour en révéler une partie teinte en rose, à sa nuque. Une fois les cheveux lâchés, cela ne se voyait presque pas, mais il suffisait qu'elle les attache pour que les mèches rose apparaissent pleinement.
- Tu en penses…
Les mots moururent dans sa gorge quand des baisers posés sur sa nuque, juste sous les cheveux teintés, la firent frissonner. Elle expira un peu fort, entre le soupir et le gémissement, son dos contre le torse de William, une grande main imprimée contre sa hanche qui la tenait fermement.
- J'en pense que c'est dommage qu'on ne soit pas tout seuls dans cette maison, gronda une voix basse à son oreille.
Lorsqu'il la relâcha suffisamment pour qu'elle puisse se retourner, elle ne vit que les yeux bleus assombris et se demanda si elle arborait la même expression frustrée et affamée que lui à ce moment-là.
Ils tournèrent la tête en même temps vers le système audio qui s'était tu.
- Le CD est terminé, fit la voix rauque de William avant qu'il ne s'éclaircisse la gorge et lance son sourire charmeur à Rose. Je confirme qu'il est exceptionnel.
- Je pense que c'est bientôt l'heure de diner, chuchota Rose après un sourire en coin.
Elle tourna la tête vers l'horloge qui confirma son idée. À contrecœur, elle dénoua les mains qui la tenait près de lui et s'écarta de quelques centimètres. Un sourire lui échappa à la moue déçue de l'homme atrocement séduisant assis à ses côtés.
Elle se leva, plus pour échapper à l'attraction qu'il exerçait sur elle sans même lever le petit doigt que pour ranger le disque, mais c'est ce qu'elle fit, afin de s'occuper les mains. Finalement, elle lissa machinalement son pull et chassa une poussière invisible sur son jean avant de lever la tête vers son petit-ami qui ne la quittait pas des yeux.
- William, susurra-t-elle.
- Oui ma Rose ? répondit-il, sortant de sa rêverie.
- On y va ?
Elle tendit automatiquement la main vers lui, avant de la laisser retomber avec une petite grimace amusée lorsqu'il se leva. Il lui rendit son sourire et effleura sa joue de ses lèvres.
- Un dernier et je redeviens Will, ton ami charmant, athlétique et bavard.
- Au lieu d'être… ?
- William, ton petit-ami charmant, athlétique et bavard.
Rose gloussa franchement, autorisa un dernier baiser sur ses lèvres et sortit du grand salon, suivie par William qui semblait aussi amusé qu'elle.
Ils furent rattrapés par Erwan qui arrivait à la salle à manger en même temps qu'eux.
- Alors cet album ? s'enquit-il une fois qu'ils furent assis à la longue table, ses yeux marron rivés sur William. Intéressant ?
- Très, Monsieur. Toujours, avec ce groupe, ajouta-t-il après un bref regard vers Rose qui lui sourit.
- Erwan, rappela le patriarche par réflexe. Merci George. Alors, vous avez prévu de faire quoi en attendant les autres ?
Rose ouvrit la bouche et la referma, puis se décida :
- Aucune idée, on n'a pas élaboré de plan.
Il haussa un sourcil étonné mais ne fit pas de commentaire avant de se mettre à manger. Rose le regarda, un peu confuse, puis l'imita, la faim prenant le dessus.
- William, je ne t'ai jamais demandé, mais tu sais ce que tu feras une fois tes ASPIC obtenus ?
Cette fois ce fut Rose qui haussa un sourcil vers son père. William ne parut pas déstabilisé par la question et posa sa fourchette le temps de répondre.
- Je pense que je vais me présenter à la formation d'Auror. Ce n'était pas mon plan originel, mais avec les temps qui courent… J'aimerais être utile pour aider les gens.
Erwan l'écouta attentivement et hocha doucement la tête.
Il a l'air satisfait de la réponse…
Rose secoua imperceptiblement la tête et adressa un léger sourire à William qui cherchait son regard.
- Ou la Brigade des Tireurs d'Élite, tu m'as dit l'autre fois, ajouta-t-elle.
- Ou celle-là, c'est vrai que j'y ai pensé…
- La formation est plus rapide si mes souvenirs sont bons ? questionna Erwan, faisant acquiescer William.
- J'ai encore quelques mois pour me décider – et je dois aussi voir quels seront mes résultats aux ASPIC.
- Je suis sûre que tu auras d'excellents résultats, tempéra Rose. On ne dirait pas comme ça, mais William est le premier de sa classe.
- Comment ça, « on ne dirait pas » ? marmonna-t-il, faussement vexé, récoltant deux sourires très similaires en réponse.
- Ça ne doit pas être facile de trouver du temps pour autre chose que tes cours et ton rôle de capitaine, cette année, estima Erwan, pensif.
- Je trouve le temps, répondit l'intéressé avec un sourire, tandis que Rose prenait garde d'éviter son regard.
Elle trouvait les questions de son père de plus en plus intrusives, et elle ne parvenait plus à les mettre uniquement sur le compte de la curiosité. Elle se força à se détendre – son père avait juste envie de faire la conversation avec leur invité, voilà tout. À sa question suivante – « tu vas vivre où l'année prochaine ? » – cependant, elle fronça les sourcils et décida de dévier leur attention à tous les deux après une courte réponse de William. Elle pointa vers l'autre extrémité de la table avec sa fourchette.
- Jolies, les fleurs là.
- Ah, s'exclama son père en se tournant vers le gros bouquet placé dans un vase, elles sont pour toi.
- Pour moi ? s'étonna Rose.
- Elles sont arrivées en fin d'après-midi, un peu en avance pour ton anniversaire. Regarde, il y a une carte.
Rose se leva pour attraper le petit carton, un sourcil en l'air. Elle sourit en lisant les quelques mots inscrits dessus et releva la tête juste à temps pour voir l'expression fermée de William et celle, pensive, de son père tourné vers lui.
- C'est très gentil de la part de ton vice-président et de sa femme, fit-elle avec tact.
Elle vit le visage de William se détendre tandis qu'elle lisait le petit mot à voix haute, qui lui souhaitait un excellent anniversaire et un bon début pour sa nouvelle vie de sorcière majeure.
- Ils m'envoient toujours des fleurs pour mon anniversaire, expliqua-t-elle à William, et elles sont toujours splendides. Harriet est botaniste et fleuriste, elle fait un travail superbe.
Elle se rassit et sourit à son père.
- Je leur écrirai pour les remercier.
Il acquiesça tout en mangeant, puis désigna le vase à nouveau.
- Il y a cette lettre aussi qui est arrivée en même temps.
De nouveau, Rose se leva pour grimacer dès qu'elle vit l'enveloppe.
- Rose… avec des petits cœurs ?
Impossible de ne pas repenser à la carte de Saint Valentin reçue par Anthony l'année précédente, et elle jeta un œil furtif à William.
- J'espère que c'est pas ta copine Megan Jones…
Sinon je l'étripe.
- Je ne savais pas que tu avais une petite-amie, William, fit Erwan, la surprise évidente dans sa voix.
Rose n'avait pas manqué le changement d'attitude ni le regard marron furtif allant d'elle à lui.
Par Merlin, c'est pas possible. Il est au courant pour William et moi ?
- Megan Jones n'est pas ma petite-amie, rétorqua William d'une voix égale, ses yeux naviguant du père à la fille qui venait de reprendre place sur sa chaise, la lettre en main.
- Je me demande qui ça peut être, s'interrogea-t-elle à voix haute, intriguée malgré tout.
Elle ne voyait pas William lui envoyer une carte aussi ostentatoire – de plus, il était assis face à elle, ça n'avait aucun sens. Peut-être une carte amusante de la part des autres ? Elle ne voyait que ça.
- Tu l'ouvres pas ? questionna son petit-ami, les yeux sur le petit objet carré qu'elle tenait toujours, son expression indéchiffrable.
- J'arrive pas à deviner qui c'est, admit-elle avec frustration.
- Probablement un admirateur secret, taquina son père, les yeux pétillant de malice. Tu dois bien en avoir un ou deux.
- Mais non, fit-elle avec impatience, exactement au même moment où William donnait son opinion sur le sujet.
- Plutôt trois ou quatre, corrigea-t-il avec humeur.
Deux paires d'yeux le fixèrent et il laissa un sourire étirer ses lèvres.
- Enfin, c'est ce qu'elle nous dit quand elle veut se la jouer un peu, quoi…
- Très drôle, ronchonna-t-elle alors que son père riait discrètement.
Elle reposa l'enveloppe et la repoussa, déclarant qu'elle verrait plus tard. Ils changèrent de sujet et parlèrent des récents voyages de William, qui ne cachait pas préférer l'Espagne aux Pays-Bas.
- Le climat est tellement plus agréable là-bas, sourit-il. Et là où la famille de ma mère habite, c'est à côté de la mer, contrairement à Maastricht qui est une grande ville pas très… enthousiasmante.
- Tu y passes beaucoup de temps, j'ai l'impression. Tu penses aller y habiter un jour ?
William prit le temps de réfléchir avant de secouer un peu la tête.
- Je ne pense pas… Pour le moment je vais me concentrer sur les trois, quatre années à venir, avec mes études et mon futur métier, qui me permettra de rester autour de Londres je suppose.
Erwan opina et se leva, abandonnant son assiette à dessert vide.
- Je vous laisse, je dois terminer quelques dossiers pour la soirée. Bonne soirée.
- Bonne soirée Papa, lui sourit sa fille avec affection.
Dès qu'ils furent seuls, William et Rose partagèrent un long regard chargé de sens.
- Il sait, murmura-t-il.
- On est d'accord, fit-elle sur le même ton.
Ils se levèrent et William étouffa un bâillement qui fit sourire Rose. Ils quittèrent la salle à manger, et Rose pressa le bras de William pour l'arrêter.
- Je vais aller lui parler, annonça-t-elle, mal à l'aise à cette simple idée. Amalie ?
La domestique apparut quasiment instantanément et suivit Rose qui avançait vers les escaliers, talonnée par William.
- Vous pouvez indiquer à William la chambre qui a été préparée pour lui s'il vous plait ?
- Oui Miss.
- Merci. Je te retrouve en haut plus tard, déclara-t-elle sans attendre de réponse de la part du brun qui lui sourit, visiblement amusé.
Elle les regarda disparaitre vers le deuxième étage, tandis qu'elle se dirigeait vers le bureau où son père s'était enfermé. Elle retint un soupir avant de frapper à la porte et de la pousser alors que son père lui intimait d'entrer.
- Papa, excuse-moi de te déranger…
Il fit un geste et l'invita à s'approcher. Rose vit le cigare éteint posé sur le bureau et sourit, comprenant pourquoi la fenêtre était ouverte. Il suivit son regard et les coins de ses lèvres frémirent.
- Je le fumerai plus tard.
Il attendait que sa fille parle pour l'heure elle tripotait nerveusement son pull. Quand elle redressa la tête et planta son regard vert dans le sien, il ne put retenir un sourire à la détermination qui transpirait d'elle.
- William est mon petit-ami, lâcha-t-elle d'un coup.
La réaction de son père la surprit tellement qu'elle se laissa tomber dans un fauteuil face à son bureau. Il lui sourit.
- Je me demandais au bout de combien de temps tu l'admettrais.
- Tu sais depuis quand ?
- Depuis que Benson a fait une remarque quand vous vous êtes éclipsés dans le grand salon.
Les yeux verts s'écarquillèrent – qu'est-ce que le majordome avait bien pu dire ?!
Une autre pensée plus dérangeante lui traversa l'esprit.
- Je te promets que je ne savais pas pour son idée de venir plus tôt que les autres, débita-t-elle, craignant qu'il s'imagine qu'elle avait manigancé dans son coin pour le mettre devant le fait accompli.
- Je sais, répondit-il après une poignée de secondes à l'observer. Ça fait longtemps ?
Elle haussa une épaule.
- Quelques semaines…
Un blanc s'installa pendant lequel ni l'un ni l'autre ne parla. Rose gigota à nouveau sur son siège avant de reprendre la parole.
- Il y a un autre détail, lança-t-elle, récoltant un sourcil haussé de l'autre côté du bureau. Nos amis ne sont pas au courant. Enfin, pas tous.
- Derek, et ?
- Lisa et Terry. Les sept autres ne savent pas que William et moi, on… sort ensemble, termina-t-elle en baissant la voix. Et on aimerait bien que ça reste comme ça pour le moment.
- C'est étonnant, réagit son père. Vous qui faites tout tous ensemble, que tout le monde ne soit pas au courant ?
- C'est précisément pour ça qu'on n'a rien dit, admit Rose en esquissant un sourire. On voulait d'abord… je sais pas, voir ce que ça donnait avant de l'annoncer officiellement.
Il fronça les sourcils.
- Et tu n'es pas sûre de ce que ça donne, si tu n'en as pas encore parlé ?
Elle inspira, mais se ravisa et prit le temps de réfléchir avant de répondre.
- Si, je sais, dit-elle alors qu'un nouveau sourire lui échappait. Honnêtement, je pensais tout leur dire à mon anniversaire, si William avait été d'accord.
- Il n'est pas d'accord ?
Son père s'était redressé et avait joint les mains sur la table, son expression un peu assombrie.
- Je ne lui en ai pas parlé parce que…
Elle hésita un instant, puis laissa un sourire joueur détendre ses traits.
- Parce qu'on a appris que nos amis ont fait des paris pour savoir quand on se décidera à sortir ensemble.
- Des paris ?
Alors que Rose hochait la tête, son père éclata de rire.
- Et vous avez décidé de faire durer le plus longtemps possible pour que tout le monde perde son pari ?
- Exactement, répliqua-t-elle avec férocité, déclenchant un nouvel éclat de rire en face d'elle. Donc… pas un mot.
Il leva les deux mains et jura d'être silencieux avant de se relever, imitant sa fille qui lui souriait toujours. Ils se levèrent en même temps pour se retrouver près de la cheminée. Il prit une mine très sérieuse qui lui serra la gorge et elle resta immobile le temps qu'il se décide.
- Écoute ma chérie. Je sais bien qu'à ton âge tu sais très bien ce qui peut se passer entre un homme et une femme…
- Papa, protesta-t-elle aussitôt, à moitié rouge, le regard perdu vers la cheminée.
Son père secoua une main et resta concentré, malgré sa difficulté évidente à formuler ce qu'il avait en tête. Rose se mordit l'intérieur de la joue et se força à l'écouter et surtout, le laisser parler.
- Je voudrais juste te dire que tu ne fais que ce que tu as envie de faire. Ne te force jamais, pour personne.
Elle releva les yeux vers lui, attendrie.
- Promis.
Il hocha sévèrement la tête et continua.
- Non, c'est non. Et si jamais…
Il déglutit.
- Tu hurles. Tu te transformes. Tu utilises la magie.
- Mais Papa, la magie…
Il se pencha pour être à sa hauteur.
- Tu as mon autorisation pour utiliser ta magie, majeure ou pas majeure. Compris ?
- Compris, confirma Rose d'une petite voix.
Erwan enlaça sa fille rapidement et la relâcha finalement, puis la regarda sortir de son bureau.
En montant les marches jusqu'au deuxième étage, Rose se toucha machinalement les joues, qui étaient brulantes. Elle était parfaitement gênée tout en étant touchée par les mots de son père. Il ne lui avait jamais parlé de sexe – Merci Merlin ! – mais cette conversation à demi-mot était ce dont elle avait eu besoin. Elle esquissa un sourire avant d'atterrir sur le palier du deuxième étage.
Une porte était entrouverte vers le fond du couloir, alors elle s'y dirigea, les paroles de son père lui revenant sans cesse en tête.
- William ? chuchota-t-elle sans oser pousser le battant.
- Ma Rose, répondit une voix chaleureuse.
Quelques pas et ils étaient face à face. William appuya une épaule au chambranle et lui sourit.
- Alors, comment il a réagi ?
- Mieux que ce que je m'étais imaginé, admit-elle. Il n'a même pas posé de questions gênantes. Et il sait pour les paris, il a promis de garder le secret lui aussi.
Lorsque William demanda si ça l'avait amusé, elle confirma qu'il avait éclaté de rire à l'idée.
- Et vraiment, il n'a pas posé plus de questions que ça ?
- Non, vraiment pas, confirma Rose. Ça t'étonne ?
- Un peu. Ma mère m'a harcelé une bonne demi-journée quand j'ai admis que tu étais ma petite-amie.
- Qu'est-ce qu'elle voulait savoir ?
- Tout ! Absolument tout !
Un rire échappa à Rose avant de s'éteindre quand des doigts caressèrent sa joue. Elle reprit un air plus ou moins sérieux, le regard un peu troublé par le toucher contre sa peau.
- Tu n'as pas tout dit j'espère ? le taquina-t-elle.
- T'es malade, grommela-t-il. Elle a déjà de la chance que je lui aie dit qu'on était ensemble.
Rose pouffa et embrassa un doigt qui passait près de ses lèvres. Se rapprochant, elle se hissa sur la pointe des pieds et posa ses lèvres sur celles de William qui ne la quittait plus du regard. Elle ne laissa pas leur baiser s'approfondir trop longtemps avant de reculer, les yeux papillonnants.
- Je euh… je vais dans ma chambre, murmura-t-elle, esquissant un petit pas en arrière.
Elle vit William résister à la même tentation qu'elle et déglutir.
- Bien sûr.
- C'est juste, se justifia-t-elle après une inspiration, mon père est ici et…
- Je comprends, ma Rose.
Une fois encore, elle se retrouva attendrie par les réactions de William, qui n'insista pas ni ne tenta de la convaincre du contraire, malgré son envie évidente de rester près d'elle. Elle lui sourit et tirailla son t-shirt pour un dernier baiser. Ils se souhaitèrent bonne nuit à voix basse, puis Rose le quitta après un dernier sourire alors qu'il fermait doucement la porte de sa chambre.
Le cœur battant, elle entra dans sa chambre et se dirigea droit vers la salle de bains pour se délasser sous l'eau chaude, maitrisant le désir qui s'était allumé en elle quand elle avait aperçu William dans son t-shirt blanc, nonchalamment appuyé à la porte, ses muscles faiblement dessinés par la lumière basse qui émanait du couloir. Elle démêla ses cheveux en se raclant la gorge pour la vingtième fois, enfila son pyjama et alla s'asseoir sur son lit, toute envie de dormir filant entre ses doigts sans qu'elle ne puisse la retenir. Elle regarda Kietel qui manifestait sa joie de la voir en sautillant sur ses jambes, puis sur le matelas, puis l'oreiller… un sourire en coin, elle s'adossa à la tête de lit et attrapa son roman entamé.
Au bout d'un moment, elle poussa un soupir et posa le livre à côté d'elle. Elle était incapable de se concentrer et n'avait rien retenu de ce qu'elle venait de lire. Tout ce à quoi elle pensait, c'était à William, à dix mètres d'elle. Elle rejeta les couvertures et se leva d'un bond, fit quelques pas et s'arrêta brutalement.
- Non, Rose, non… se fustigea-t-elle.
Elle retourna s'asseoir sur son lit, ses doigts jouant inconsciemment avec l'ourlet de son t-shirt à manches longues. Elle se mordilla la lèvre et quitta de nouveau son matelas, marmonnant « non mais c'est débile… ». Sa main effleura la porte mais ne l'ouvrit pas à la place, elle recula vivement, comme si elle avait été brûlée. Est-ce qu'elle s'apprêtait vraiment à débarquer comme ça dans la chambre de William ? Hors de question. Elle n'était pas une… une…
Aucune idée de ce que je ne suis pas.
Elle tendit subitement l'oreille. C'était le bruit d'une porte qu'elle venait d'entendre ? Elle resta sans bouger une poignée de secondes, en alerte. Il n'y eut plus aucun bruit et elle en vint à la seule conclusion possible : elle avait rêvé. Rose secoua la tête et recula de quelques pas… pour avancer de nouveau. Elle ouvrit brutalement sa porte et sortit dans le couloir, abandonnant le confort de sa chambre, et franchit la dizaine de mètres avec un air déterminé, ses boucles voletant dans son dos.
Arrivée devant la porte de William, elle se tordit les mains et soupira à sa propre audace. Elle resta immobile un instant avant de se décider, et leva le poing, dans l'intention de frapper à la porte. Pas trop fort. Et s'il ne répondait pas rapidement, elle abandonnerait et retournerait se coucher. Hors de question d'insister. Forte de cette décision, ses doigts touchèrent à peine le battant… qu'il s'ouvrait en grand. Son cerveau n'eut pas le temps d'enregistrer l'information et elle ne fit pas le pas en arrière qui lui aurait évité de se faire bousculer par un torse qui la percuta de plein fouet.
Heureusement pour elle, deux bras la saisirent et la stabilisèrent avant qu'elle ne chute.
- Rose ! s'exclama William, aussi saisi qu'elle.
Il la relâcha et laissa ses bras retomber le long de son corps. Leurs regards se percutèrent et ils ne dirent rien de plus avant que leurs bouches ne s'écrasent l'une sur l'autre avec avidité. Les mains de Rose coulèrent autour de la nuque de William, il l'enserra dans ses bras et l'entraina vers l'intérieur de la chambre. Son pied poussa la porte et elle fut fermée lorsque le dos de Rose fut plaqué dessus, ses lèvres toujours scellées à celles de William.
Lorsqu'il desserra son étreinte, Rose sentit ses mains couler le long de ses bras et leurs doigts s'entrelacèrent, au même moment où leurs langues se rencontraient à nouveau. Si elle fut à peine consciente que ses poignets étaient désormais fermement maintenus contre la porte, au-dessus de sa tête, elle sentit le corps de William se presser contre le sien. Sa respiration se fit plus saccadée en sentant tous ses muscles tendus sur elle, son désir logé contre son ventre, et un gémissement sourd lui échappa finalement quand des dents capturèrent son lobe d'oreille puis qu'une voix gronda :
- Ma Rose… ça fait dix jours… que je ne pense qu'à toi…
Chaque pause était ponctuée d'un nouveau baiser contre son cou, puis une main vint tirer le col de son haut, pour donner un meilleur accès à la peau de Rose qui ne savait plus où elle en était.
- Très joli pyjama, murmura-t-il en revenant l'embrasser brièvement, récoltant un léger sourire. Très moderne.
Rose déglutit et parvint à répliquer, la voix un peu cassée :
- Te moque pas. C'est le plus beau que j'aie.
Le coin des lèvres de William se soulevèrent et il tira sur le tissu imprimé de fleurs sur fond jaune de sa main libre, dévoilant le ventre de Rose.
- Et tu dors avec ça ? Même pas un t-shirt trop grand volé à une certaine personne ?
Cela prit un certain temps à Rose avant qu'elle puisse répondre, trop hypnotisée par les doigts insinués sous son pyjama aux motifs démodés. Elle se contenta de secouer la tête sans parler. William interrompit sa caresse, la pulpe de son pouce posée contre son nombril.
- Non quoi ?
S'il continuait à lui parler sur ce ton-là, elle n'était pas sûre de recouvrer un jour sa faculté à parler. Surtout lorsqu'il appuyait le bout de ses doigts un peu plus fort contre son ventre, sans jamais relâcher la pression sur ses poignets, l'empêchant de le toucher alors qu'elle en mourait d'envie.
- Rose. Réponds.
Un léger gémissement fut la réponse à son injonction prononcée d'une voix basse et enivrante. William ne la quittait pas des yeux, semblant se délecter de son expression torturée et de ses yeux verts assombris par ses pupilles dilatées.
- Tu aimes quand je te parle comme ça ? susurra-t-il au creux de son oreille.
- Oui, souffla-t-elle, noyée dans les yeux bleus qui la scrutaient à nouveau.
Un baiser la récompensa.
- Quand je te tiens comme ça ?
Une pression sur ses poignets et un bassin qui la privait de tout mouvement illustrèrent la question.
- Oui, répéta-t-elle.
Cette fois la main bougea sur la peau de son ventre et glissa le long de ses côtes.
- Maintenant tu réponds à ma question.
Un mordillement plus féroce que les précédents lui arracha un petit cri surpris.
Et si elle ne répondait jamais ? Est-ce qu'il continuerait sa délicieuse torture qui lui faisait serrer les cuisses ?
- Pas de réponse…
Il retira sa main de sa peau.
- Non… protesta faiblement Rose, à deux doigts de le supplier de continuer à la toucher. Je dors pas avec.
- C'est bien, grogna-t-il, et il l'embrassa suffisamment longtemps pour la laisser pantelante. Avec quoi tu dors ?
Rose avala sa salive et sa bouche s'entrouvrit au retour de la grande main sous son t-shirt.
- Je, rien… balbutia-t-elle avant de se racler la gorge. Je dors sans rien d'habitude.
Les lèvres de William furent d'un coup sur les siennes et il relâcha ses poignets, les frottant tout en ramenant les mains de Rose autour de son cou. Il plia suffisamment les genoux pour hisser Rose contre lui et elle enroula automatiquement les jambes autour de ses hanches, réprimant un gémissement en sentant leurs bassins partager leur chaleur.
- On va faire comme d'habitude alors, décida William de sa voix sombre avant de décoller Rose de la porte et de les diriger vers le lit.
Il y déposa Rose avec plus de douceur que ce à quoi elle s'était attendue et s'agenouilla entre ses jambes, la laissant se redresser et attraper ses lèvres pour les entrainer dans un baiser passionné. Elle sentit son haut être repoussé et abandonna sa propre exploration du torse musclé pour chercher le regard bleu.
- J'ai tellement envie de te voir, ma Rose, gronda William. Te toucher et te voir.
Il froissa le tissu fleuri dans sa grande main et s'immobilisa. Rose le fixa de ses grands yeux verts, soudainement intimidée au milieu de son excitation. Alors, pour se donner le courage nécessaire, elle attrapa le t-shirt blanc et le remonta à son tour, hochant imperceptiblement la tête. D'un même mouvement un brin décalé et désordonné, leurs hauts passèrent au-dessus de leurs têtes et atterrirent au sol. Une inspiration bruyante incita Rose à relever les yeux pour regarder William, qui lui l'examinait, irrésistiblement attiré par ses seins, terminant de la déshabiller du regard au passage.
- Touche-moi… s'entendit-elle murmurer.
Alors il l'attira dans ses bras et laissa ses mains courir sur elle, pour les refermer sur ses seins et presser suffisamment pour obtenir une réaction sonore qu'il avala dans un baiser. Il grogna à son tour aux caresses sur son torse, où se mêlaient la douceur des doigts fins de Rose et la griffure de ses ongles. Elle se pencha pour venir embrasser là où ses mains venaient de caresser, impatiente de sentir le goût de sa peau. Aussitôt ses cheveux furent pris d'assaut par les doigts de William qui s'y emmêlèrent. Ils resserrèrent leur prise quand la langue de Rose remplaça ses lèvres et qu'elle continua à parcourir son torse, glissant d'un pectoral à l'autre, embrassant au milieu, descendant jusqu'au nombril, mordillant le long des côtes avant de remonter à la clavicule. Ses dents laissèrent une trainée de minuscules morsures jusqu'à l'épaule où elle ne put s'empêcher de mordre plus fort.
- Rose, grogna-t-il pour environ la douzième fois, ses yeux à moitié fermés qui suivaient malgré tout ses mouvements.
Il tira sur ses cheveux pour la forcer à se redresser et rejoindre sa bouche. Rose gémit doucement à son geste avant de se plaquer contre lui. Une main pressa entre ses omoplates pour intensifier le contact de ses seins contre sa poitrine et un grondement sourd lui échappa à lui aussi. D'un mouvement, il fit basculer leurs corps contre le matelas et Rose se perdit une fois de plus entre ses baisers et les caresses qu'il prodiguait à sa peau surchauffée. Bientôt les baisers descendirent et elle poussa un petit cri quand une langue lapa la pointe de son sein, puis l'autre, où il resta pour prendre le téton entre ses lèvres et presser.
- Oh, William… miaula-t-elle en retrouvant sa voix. Continue…
Accrochée à ses cheveux, elle gémissait par à-coups, le souffle court, et son bassin se soulevait par réflexe. Elle avait l'impression que des éclairs couraient de ses seins à son bas-ventre et n'était même pas consciente que ses orteils se crispaient dès que la langue de William goutait sa peau ou que ses dents la mordillaient. Elle ne revint à la réalité que lorsqu'il s'éloigna pour la regarder, ses doigts glissés sous l'élastique de son pantalon.
- S'il te plait, ronronna-t-elle. Déshabille-moi. Touche-moi.
Un sourire en coin lui répondit et bientôt elle fut complètement nue, étendue sur le lit, tremblante de désir, observée par un homme au regard sombre et sensuel.
- T'es tellement belle, murmura-t-il.
Il caressa lentement ses jambes, s'insinua entre ses cuisses resserrées et la força en douceur à les écarter suffisamment pour en toucher l'intérieur et remonter peu à peu. Il cherchait constamment son accord des yeux et elle le lui donnait sans réfléchir, incapable de penser à autre chose qu'à ses doigts qu'il posa enfin contre ses lèvres, qu'il écarta et enfin toucha son clitoris. Elle agrippa le drap sous elle et se mordit la lèvre pendant que William commençait à le faire rouler entre deux doigts.
- C'est si mouillé, gronda-t-il près de son visage, la voix tendue par l'excitation. J'ai tellement envie de toi…
Appuyé sur son coude et allongé sur le flanc, ils purent partager un long baiser, leurs langues se liant avec force.
- Tu aimes ?
Elle hocha la tête tout en miaulant de plaisir.
- Alors dis-le.
- William, commença-t-elle, haletante. J'adore quand tu me touches comme ça, c'est tellement bon… N'arrête surtout pas…
- C'est bien.
Un doigt glissa à l'entrée de son vagin pour se mouiller. Il pressa et s'enfonça peu à peu en elle, tandis que son pouce restait sur son clitoris.
Les yeux bleus ne quittaient pas le visage contorsionné par le plaisir, et un sourire victorieux apparaissait dès qu'elle gémissait sous la pression de ses doigts. Lorsque son majeur fut entièrement enfoncé, il arrêta de bouger quelques secondes. Rose agrippa son poignet.
- Continue, s'il te plait, continue…
L'air satisfait qu'il affichait lui arracha un léger sourire et elle roula des hanches pour l'inciter à reprendre. Un cri plus fort s'échappa soudainement de ses lèvres.
- Oh… oh oui ! Encore, oui…
William réitéra un geste qu'elle ne comprenait pas mais qui faisait trembler ses jambes. Elle délaissa le drap froissé et toucha la peau de William pour descendre toujours plus bas et referma ses doigts sur son érection qui tendait son pantalon.
- Tu veux me toucher ?
- Oui, laisse-moi te sentir dans ma main, implora Rose, la voix aussi étranglée que celle de son petit-ami. Je veux te voir aussi.
Il arrêta ses attouchements pour repousser son bas de pyjama et son caleçon sous les yeux avides de Rose. Il resta agenouillé et elle se redressa sur les coudes pour mieux l'observer.
Circée qu'il est beau.
Bouche bée, elle le regarda glisser sa main à la base de son érection et commencer à lentement se toucher, sans jamais la lâcher des yeux. Son regard à elle passait de son visage à son érection, subjuguée par ce qu'elle voyait.
Moi aussi je veux toucher.
Elle s'approcha, la main tendue, et William la laissa faire, laissant sa propre main retomber sur le côté, les yeux rivés sur les doigts de Rose qui le caressèrent doucement avant qu'ils enserrent son sexe et le masturbe comme il le faisait quelques instants auparavant.
Un coup d'œil vers lui la rassura sur le plaisir qu'elle lui apportait, puis le grondement qu'elle entendit la conforta encore plus sur la justesse de ses gestes.
Il immobilisa cependant sa main et, sans la repousser, revint s'allonger près d'elle. Elle en profita pour lui voler un baiser, puis un autre, et leurs langues se disputèrent la place dans la bouche de l'autre alors que des doigts agiles repartaient explorer l'intimité brulante de Rose. Elle accueillit un doigt en elle avec un cri étouffé et resserra instinctivement les cuisses autour de sa main.
Ils trouvèrent un rythme qui fit agripper le drap à Rose et perdre la main de William dans les boucles étalées sur le matelas, leurs gémissements se mêlant librement et résonant dans la pièce dès que leurs bouches se quittaient. Il réitéra le geste qui l'avait rendue folle de plaisir et Rose poussa un nouveau cri mal maitrisé.
- Tu aimes quand je fais ça ? provoqua-t-il en recommençant.
Elle opina.
- Dis-le-moi.
- J-j'aime quand tu f-fais ça, bégaya-t-elle entre deux gémissements. N'arrête s-surtout pas, s'il te plait.
La dernière syllabe s'allongea et se transforma en un long cri qui provoqua un sourire à William.
- Tu veux jouir, ma Rose ?
- Oui, prononça-t-elle avec effort.
- Demande.
Elle était déjà à deux doigts de l'orgasme à cause de sa voix grave et autoritaire qui l'empêchait de réfléchir.
- S'il te p-plait William, j'ai envie que tu me… f-fasses jouir, parvint-elle à articuler.
- Regarde-moi.
Elle fit un effort considérable pour stabiliser son regard sur lui et ils échangèrent un sourire lourd de désir.
- J'ai envie que tu jouisses aussi, miaula-t-elle.
- Alors continue ce que tu fais, ma Rose. C'est tellement bon ta main sur ma queue…
Comment il faisait pour garder une voix aussi stable et assurée, elle ne comprenait pas, mais cela ne faisait que l'exciter davantage.
- Tu sens comme j'aime ça ? Comme je suis bien dur quand tu me touches ?
Elle opina, incapable de parler, prise entre son propre désir et celui de William qui perlait entre ses doigts.
- Accélère ma Rose, vas-y…
Une série d'approbations sans début ni fin sortait de la bouche de Rose, soumise aux contractions de son bas-ventre et à l'orgasme qui se développait au fond d'elle.
- Regarde-moi quand tu jouis.
Elle riva ses yeux à ceux de William et sa bouche s'ouvrit dans un dernier cri alors que son orgasme la rattrapait enfin. Elle en oublia toutes ses autres sensations, y compris celle de ses doigts autour de l'érection qui pulsait soudainement, et ne sentit plus que ses muscles se contracter et le plaisir déferler en elle. Elle réussit à avaler l'expression de jouissance de William qui la regardait avec intensité quand il poussa à son tour un dernier grondement et ferma brièvement les yeux, se répandant contre la main de Rose, ses doigts toujours dans sa chaleur.
Dès qu'elle fut certaine qu'ils étaient plus ou moins revenus sur terre, elle l'attira contre sa bouche et ils s'embrassèrent longuement et profondément. Le regard qu'ils partagèrent ensuite fut chargé d'une nouvelle intensité et de satisfaction.
William jura son contentement à voix très basse avant de s'excuser d'un rapide baiser.
- Ma Rose… je suis très content que tu sois venu frapper à ma porte. Même si je n'avais aucune intention de venir toquer à la tienne à la base.
Rose eut une exclamation choquée et poussa son épaule tandis qu'un sourire joueur lui répondait. Il embrassa ses lèvres avant de se redresser et d'agiter la main vers sa semence répandue sur la main de Rose et les draps, puis revint pour nettoyer avec sa baguette. Il se rallongea près d'elle et rabattit la couverture sur eux deux, lui ouvrant les bras pour qu'elle s'y blottisse, ce qu'elle fit sans attendre. Il releva son visage vers lui avec délicatesse.
- Tu as aimé ?
Cette fois sa question ne portait plus l'autorité dont il avait fait preuve avant, juste de la curiosité et ce qui parut comme un peu d'inquiétude à Rose.
- Beaucoup, confirma-t-elle avec un baiser rapide. Et toi ?
- Pareil, se réjouit-il en la rapprochant encore de lui.
Ses yeux scrutèrent son corps nu pressé contre le sien et Rose rougit à la lueur dans ses yeux.
- Il est possible que je t'interdise de mettre des vêtements à l'avenir, déclara-t-il posément.
Un rire secoua Rose.
- Même en public ? Même à l'école ?
Il fit mine de réfléchir en regardant le plafond.
- Peut-être pas… La meilleure solution, c'est qu'on reste tout le temps dans cette chambre, tout nus.
- De toute évidence.
Il sourit et embrassa son front, sa joue et ses lèvres, incapable de résister. Elle se racla la gorge et se lança.
- Le mouvement que tu as fait en moi… c'était fou. Comment tu fais ?
Il leva un doigt et le courba légèrement, le tendit et recommença. Rose opina et déglutit au souvenir de la sensation, puis préféra s'occuper l'esprit en parcourant du bout des doigts la peau nue qui l'appelait.
- Tu es si…
Elle soupira, il sourit.
- Si beau, termina-t-elle en le regardant.
Elle continua ses caresses un instant.
- Et si doué que c'en est presque effrayant, marmonna-t-elle.
- Effrayant ? Pourquoi ?
- Et si tu me rendais complètement accro ?!
- Mais, ma Rose… c'est le but… me rendre indispensable.
Un rire les secoua tous les deux.
- Tu m'es déjà indispensable, souffla-t-elle contre ses lèvres.
Il était impossible de manquer la satisfaction dans les yeux bleus et c'est après un dernier baiser plus tendre que les précédents que William eut le dernier mot.
- Toi aussi ma Rose, toi aussi…
Ils se laissèrent emporter par le sommeil, fermement enlacés sous la couverture.
Rose se réveilla, par habitude, relativement tôt et s'émerveilla de constater que la nuit précédente n'avait pas été un rêve, et que William était bien là, couché sur le dos, son bras enroulé autour de Rose, la plaquant efficacement contre son flanc où elle était nichée. Elle l'observa de longues minutes, ne bougeant que les yeux pour se délecter de son corps détendu. Elle résista à la tentation de laisser ses doigts courir sur sa peau et retint un soupir de contentement, puis elle s'étira et se délogea doucement de l'emprise de son petit-ami pour se lever et aller dans la salle de bains. En se lavant les mains, elle se regarda dans le miroir et eut une petite grimace. Elle but de l'eau, hésita et chipa une noisette de dentifrice pour se rincer la bouche, puis démêla ses boucles avec ses doigts, comme souvent. Satisfaite du résultat, elle retourna se glisser sous la couette et se mordilla la lèvre pour retenir un rire quand un grognement l'accueillit et que deux bras la saisirent pour la hisser sur un torse chaud.
- Trop loin, gronda la voix matinale de William.
- Pardon, souffla-t-elle, amusée.
Elle se fit pardonner d'un baiser léger et regarda les yeux bleus apparaitre peu à peu. Ils brillèrent et la regardèrent longuement. Rose poussa un petit soupir aux grandes mains qui caressaient son dos et l'empêchaient de se relever dès qu'elle tentait de se pousser, mal à l'aise à l'idée d'écraser William sur qui elle était étalée de tout son long.
- Reste.
Il la considéra encore un instant avant de soupirer. Elle haussa un sourcil et patienta.
- J'aimerais pouvoir me réveiller comme ça tous les matins.
Le cœur de Rose lui sembla faire une pause avant de repartir dans une accélération inattendue, et elle sourit largement.
- Moi aussi.
Un bruit de gorge approbateur la fit rire en silence cependant son amusement cessa lorsqu'elle vit le regard de William changer et s'assombrir. Rose eut un pincement au ventre et remonta le corps de William pour ramener leurs lèvres au même niveau, profitant du frottement de leurs peaux et de l'étincelle de désir que ça alluma dans les yeux de William, consciente qu'elle affichait probablement la même expression que lui. Elle ne fut pas surprise lorsqu'une main se glissa entre ses cuisses et elle grogna tout en mordillant la mâchoire recouverte de barbe qui s'offrait à elle, se laissant entrainer dans le plaisir par William.
Rose retrouva William adossé à l'entrée de sa chambre, habillé et les cheveux encore mouillés. Elle poussa la porte de son dressing et lui retourna le sourire qu'il lui adressait, puis désigna une boule blanche sur son lit.
- Il était inquiet, annonça-t-elle gravement. Il ne m'a pas lâchée quand je suis revenue. Il m'a même regardée me doucher.
- La chance.
Leurs mains se lièrent naturellement pour ne se lâcher qu'une fois dans la salle à manger, où ils déjeunèrent en bavardant. Rose gardait un œil sur Kietel qui bondissait de meuble en meuble et disparaissait de temps à autre.
- Où est-ce qu'il est passé ? interrogea William qui avait repéré leur manège.
- Sous ce meuble, fit-elle en pointant un vaisselier. Il est probablement en train de manger je sais pas quoi…
- Pas d'araignée séchée cette fois ?
Rose lui sourit et secoua la tête.
- Il a de quoi faire dans le Manoir. Et ici je n'ai pas besoin de l'attirer pour qu'il n'aille pas crapahuter dans les chambres des autres ou ne soit tenté de s'échapper du dortoir.
Elle repoussa ses couverts et posa son menton sur ses mains.
- Tu veux aller explorer aujourd'hui ?
- Il me semble que j'ai déjà pas mal exploré ce matin, murmura-t-il en réponse, faisant rougir Rose avant de lancer son sourire charmeur. Mais oui, pourquoi pas ? Si tu n'as pas trop froid, on pourrait aller jusqu'à la crique ?
Elle approuva, contente qu'il y ait pensé aussi elle aimait bien y aller, même l'hiver, quand le paysage était aussi gris que la mer. Elle avait toujours trouvé cette vue apaisante.
Lorsqu'elle retira ses chaussures et remonta son jean jusqu'aux genoux, William esquissa un pas en arrière.
- Ah non non non ma Rose.
- Mais si ! Allez, viens !
Elle lui tendit la main sans le quitter du regard et finit par hausser un sourcil alors qu'il ne bougeait pas. Il soupira et se pencha, défit ses lacets et roula le bas de son jean à son tour, puis attrapa les doigts tendus vers lui, vaincu. Rose pouffa devant son air faussement maussade qui ne pouvait pas cacher la lueur amusée de ses yeux. Ils firent un pas dans l'eau et un cri plaintif fit éclater Rose de rire.
- Avance ! insista-t-elle, et il la suivit en maugréant.
Malgré ses protestations plus ou moins assumées, il enroula son bras autour de la taille de Rose et posa le menton au sommet de sa tête, le regard perdu au large.
- Cet été, commença-t-il de sa voix chaleureuse, faisant revenir Rose sur terre. J'aimerais beaucoup que tu rencontres ma famille.
Elle bougea la tête pour pouvoir le regarder dans les yeux, et le sourire qu'elle lui adressa le laissa muet quelques secondes.
- J'ai très envie de rencontrer ta famille, murmura Rose.
- L'autre jour, je me suis même dit… enfin, si ça te tente bien sûr, continua-t-il, plus incertain.
Elle haussa un sourcil, curieuse d'entendre la suite.
- Peut-être qu'on pourrait faire un voyage ensemble ? Partir quelques jours ?
Comme Rose ne répondait pas, il ajouta :
- Par exemple, on pourrait aller voir ma famille, puis partir tous les deux visiter d'autres villes en Espagne, ou au Portugal comme c'est à côté. Ou ailleurs, c'était juste une idée, comme ça.
- Tu as l'air d'y avoir pas mal réfléchi, s'amusa toutefois Rose, malgré la nonchalance dont il essayait de faire preuve.
Il haussa les épaules et sourit doucement.
- C'est une très bonne idée, admit-elle finalement. Je ne suis jamais allée en Espagne. Ni au Portugal, d'ailleurs. Tu pourras me servir de guide et d'interprète, c'est très bien.
- Ravi que tu me trouves une utilité, bougonna-t-il, enfouissant ses mains dans ses poches.
Rose pouffa et se colla à lui pour se pendre à son cou, réclamant un baiser par ce geste qui leur devenait familier. Il ne résista pas et l'enlaça de nouveau, lui accordant ses lèvres et la chaleur de son corps.
Lorsqu'ils remontèrent de la crique pour rentrer au domaine, William lui parla des voyages qu'il avait fait, et des villes qu'il avait déjà visitées en Espagne. Rose décida qu'ils en visiteraient une nouvelle, pour qu'ils fassent l'un comme l'autre la même découverte, ce qu'il approuva avec satisfaction.
William maugréa pour au moins la quinzième fois et en rajouta une couche en croisant les bras quand un sourcil se leva sur le visage de Rose.
- Arrête de bouder, s'amusa-t-elle. On attend les autres, c'est comme ça.
- Oui mais moi je t'ai déjà donné ton cadeau de Noël. C'est pas juste.
Un éclat de rire lui répondit, avant qu'elle ne fronce les sourcils.
- Quel cadeau ?
- Ben… moi ! rétorqua-t-il, l'entrainant dans un nouveau rire. Ça te suffit pas ?
- Si, si… mais je pensais que c'était pour mon anniversaire.
Un sourire suffisant vint danser sur le visage de William.
- Ah non ma Rose, ton cadeau d'anniversaire, tu l'auras demain, ne commence pas à tricher.
Elle leva un sourcil, intriguée, mais n'insista pas quand il secoua la tête.
- En tout cas, concernant ton arrivée, je suis désolée mais tu as raté ton entrée.
- Ah bon ?
- Si tu voulais vraiment être un cadeau de Noël, tu te serais caché dans un paquet bien emballé et tu aurais surgi pour me surprendre.
William posa les mains sur son menton, un sourire au coin des lèvres.
- Et je suis habillé comment dans ce fantasme, au juste ?
- Habillé ? Mais pour quoi faire ?
Cette fois, ce fut lui qui se mit à rire, laissant Rose se délecter de ce son chaleureux dont elle ne se lassait pas. Il secoua la tête et l'attira contre lui, posant un baiser sur ses lèvres. Elle se pelotonna dans ses bras et fixa distraitement le feu brulant dans la cheminée.
- Dis-moi ma Rose… tu l'as ouverte l'enveloppe que ton père t'a donnée hier ?
- Ah non… j'ai complètement oublié.
Elle sourit avec amusement.
- Disons que j'avais l'esprit ailleurs, pouffa-t-elle tout en glissant sa main sous le sweat bleu.
Elle poussa le tissu et fronça le nez, reconnaissant le vêtement que Rebecca avait jeté à la tête de William le jour de leur très théâtrale rupture. Se forçant à garder ses commentaires pour elle, elle leva le nez et haussa un sourcil devant l'expression de son petit-ami. Il mit quelques secondes de plus à se décider.
- Tu vas l'ouvrir ?
- Oui. Je suis trop curieuse de savoir qui a écrit. Ce n'est pas toi ?
Il secoua la tête.
- Alors ça doit être Derek. Ou tous les autres, pour m'embarrasser avec une carte très…
- Cucul, compléta William. Ou alors…
Il se tortilla, raffermissant sa prise autour de la taille de Rose.
- C'est Zabini.
Elle eut un hoquet de stupeur, ferma la bouche et la rouvrit en inspirant.
- Mais non !
Le regard sombre face à elle lui fit lever les yeux au ciel.
- C'est pas du tout son genre en plus, marmonna-t-elle, ignorant comme elle le pouvait les mâchoires contractées qui vrillaient son ventre à chaque fois.
Elle soupira devant son mutisme et se dégagea de son emprise.
- Je vais la chercher, on va l'ouvrir, comme ça on sera fixés.
Un grognement lui répondit, et elle sourit en quittant la pièce, pour revenir quelques instants plus tard. Elle plia ses jambes sous elle et s'appuya à William, ronronnant presque de le sentir contre elle, son bras autour de ses épaules. Elle décacheta rapidement le courrier pour en sortir une carte décorée d'un gâteau d'anniversaire, dont les fausses bougies dansaient sur le carton. Elle l'ouvrit. Et resta sonnée quelques secondes avant de réagir.
- Par Merlin ! glapit-elle avant de la refermer d'un coup sec.
Elle se tourna vers William qui réprimait un fou rire. Se mordant la lèvre pour ne pas l'imiter, elle rouvrit prudemment la carte et grimaça à la voix nasillarde qui en sortait, lui souhaitant un joyeux anniversaire en chanson. Déconcentrée par cette surprise et l'hilarité de William, elle était incapable de réussir à lire le mot inscrit à l'intérieur.
La jalousie du brun semblait être retombée comme un soufflé et ses épaules se soulevaient sous son rire qu'il ne contrôlait plus.
- Il faut être sacrément à côté de son balai pour t'envoyer un truc pareil, hoqueta-t-il en s'essuyant les yeux. C'est qui ?
Maugréant, Rose lui tendit le carton qui n'en finissait pas de chanter.
- « Ma chère Rose, permets-moi de te souhaiter le plus doux des anniversaires. J'espère que tu te portes bien et j'ai hâte de te voir après les vacances. »
Les yeux bleus lancèrent des éclairs, puis il reprit après un raclement de gorge :
- « Je profite de ce courrier pour t'informer que je serai majeur à mon tour en novembre prochain – seulement onze mois avant de pouvoir officialiser entre nous, à moins que tu ne veuilles plus attendre… ». Mais c'est qui ce malade ?
- Continue, exhorta Rose, se doutant déjà de l'identité de l'expéditeur.
- « Dans tous les cas, je t'attendrai, comme depuis le jour de notre rencontre. Avec mon amour, Dave ».
Un long chapelet d'injures très colorées firent écarquiller les yeux à Rose. Hésitant entre le choc et le rire, elle finit par plaquer sa main sur la bouche de William.
Ils partagèrent un regard avant qu'il ne retire les doigts fins et les presse dans sa main.
- Celui-là, si je tombe dessus dans un couloir… déclara-t-il d'un ton menaçant qu'elle n'avait pas souvent entendu. Il a intérêt à courir vite.
- Oui, homme préhistorique.
Il ronchonna et ferma la carte avant de la lancer sur la table basse, la regardant glisser jusqu'au bord.
- Ah, raté. Je voulais l'envoyer dans la cheminée.
Il eut un petit sourire fier au rire qu'il avait déclenché, puis se préoccupa de porter la main de Rose à sa bouche pour y poser des baisers, tout en parlant.
- Et donc, Dave et toi, c'est une affaire qui roule ?
- Très drôle, soupira Rose. Je pensais qu'il avait lâché l'affaire. Il ne m'a plus parlé depuis la rentrée.
- Et qu'est-ce qu'il voulait à la rentrée ?
- Savoir comment j'allais, et si j'étais à nouveau « libre pour lui », grimaça-t-elle.
L'air interdit de William faillit la faire sourire, mais elle se retint pour pousser un soupir dramatique.
- Je lui ai dit que je n'attendais plus que lui pour être heureuse.
- Hein ?
Elle opina, pouffant au souvenir.
- Ah mais t'es sérieuse en plus ? insista-t-il.
Elle renversa la tête en arrière pour mieux le voir et laissa un sourire jouer sur ses lèvres, puis décida de couper court à la torture.
- Il était aux anges et il est tombé dans le panneau direct. Tu aurais vu sa tête quand il a compris que ce n'était pas vrai… Derek en pleurait de rire.
- C'est malin ça, souffla-t-il avant de l'embrasser longuement. Donc… un prétendant de plus à éliminer.
- William ! protesta-t-elle, poussant sa cuisse de son genou.
- Quoi ? Je t'ai déjà dit, je…
- Protège ce qui t'appartient, répéta-t-elle en secouant la tête. On le saura. Et mon avis dans tout ça ?
Il fronça les sourcils.
- Et si j'ai envie d'être courtisée par toute une horde de garçons déchainés?
William arracha son regard du sien et contempla les flammes qui dansaient. Déconcertée, Rose l'imita sans s'en rendre compte. Est-ce qu'elle était allée trop loin ? Elle déglutit après lui avoir donné un petit coup de coude, l'avisant prendre une inspiration pour parler.
- J'étais en train de compter le nombre de lits dans l'infirmerie… ça va faire un boulot monstre à Pomfresh, mais il faut ce qu'il faut…
Il haussa les épaules, fataliste, et ne la regarda qu'au moment où elle se mit à rire, tournant vers elle ses yeux pétillants, puis il accepta avec satisfaction un nouveau baiser.
- Je suis désolée qu'on ait rien fait de plus… productif, lança Rose, songeuse.
- On a encore plein de temps avant l'arrivée des autres.
Impossible d'ignorer le mouvement de sourcils suggestif de l'homme face à elle et elle leva les yeux au ciel, plus amusée qu'elle ne le laissa paraitre.
- Ça me convient très bien de pouvoir passer du temps au calme avec toi, déclara-t-il en embrassant sa joue. Et on est allés à la plage en début d'après-midi.
- C'est vrai. Moi aussi ça me convient, fit Rose, très sérieuse, en le regardant. Tu crois qu'on va tenir le secret encore longtemps ?
- Aussi longtemps que nécessaire pour qu'ils perdent tous leur pari, dit-il férocement. Enfin, si tu es d'accord.
- Bien sûr que je suis d'accord. Demain, il faut qu'on fasse attention quand ils arriveront.
- Sans oublier d'apporter un peu d'eau à leur moulin.
L'expression machiavélique de William fit sourire Rose et elle capta son attention en l'embrassant avec une passion à laquelle il répondit aussitôt, lâchant un grondement appréciateur à la main faufilé sous son t-shirt. Elle laissa ses doigts courir sur son ventre, tirailla les poils de son torse, très consciente de la main qui remontait sa cuisse par-dessus son legging bariolé, pétrissant sa chair sans retenue. Elle arrêta néanmoins son geste lorsque les doigts tentèrent de passer la barrière du tissu pour toucher sa peau. Il interrompit leur baiser, confus. Rose fit un geste pour lui rappeler où ils se trouvaient et il soupira légèrement, provoquant une mimique amusée à sa petite-amie.
- Désolé. Je m'emballe toujours un peu trop.
- Ne sois pas désolé. Gardes-en pour plus tard, sourit-elle en murmurant.
- Ma Rose… pour toi, j'ai des réserves inépuisables.
Elle pouffa et poussa son torse, joueuse.
- Ne te la raconte pas trop non plus, Don Juan.
- C'est plus coureur de jupons ?
- Y'a pas intérêt, grogna-t-elle malgré elle.
- Aucun risque.
Il planta un baiser sur sa tempe et elle ferma les yeux d'aise.
Rose laissait ses yeux courir de William à son père, amusée par le trouble du premier et le sérieux du second. Cela faisait une dizaine de minutes que l'homme d'affaires avait osé aborder le sujet de la potion anti-douleur concentrée mise au point par le Serdaigle. Et il n'avait pas fini d'essayer de convaincre William de la commercialiser !
- Penses-y, pria une nouvelle fois Erwan. Je peux déjà imaginer le nombre de demandes que les hôpitaux sorciers t'en feraient. Ça leur faciliterait grandement la vie.
- Ça m'étonnerait vraiment que personne ne l'ait jamais fait avant, avoua William en triturant sa fourchette. Je ne vois pas ce que mon projet scolaire pourrait réellement leur apporter.
Erwan le laissa réfléchir quelques instants.
- Et puis, concrètement, comment je ferais ? Je leur en fabrique non-stop ? J'ai pas le temps, et pas vraiment l'envie.
Les yeux marron brillèrent d'un nouvel éclat et Rose se retint de sourire, le comprenant trop bien.
- Ou alors je leur vends la formule, murmura William, le regard ailleurs.
- Donc… tu ne serais pas contre, dans le fond ? insista Erwan avec un petit sourire satisfait.
Le jeune homme ouvrit la bouche et soupira.
- Dans l'idée, pourquoi pas…
L'air victorieux de son père fit finalement pouffer Rose, s'attirant l'attention de ses deux compagnons. Elle fit un petit geste de la main et lança un regard appuyé à son père.
- Peut-être qu'il faudrait laisser William réfléchir à ta proposition tranquillement.
- Tu as raison, concéda-t-il. William, c'est tout ce que je te demande. Penses-y.
Le plus jeune hocha la tête avant de regarder sa petite-amie avec reconnaissance. Si elle n'avait rien dit pendant qu'ils débattaient de l'intérêt de commercialiser l'élixir, elle avait bien reconnu la gêne de William, qui n'avait probablement pas terminé ce projet en ayant dans l'idée de le vendre, et s'était donc permise d'intervenir. Elle esquissa un sourire et changea de sujet.
- Tu voudrais qu'on joue au billard ? Pour s'entrainer avant l'arrivée des autres ?
Un petit rire lui répondit et ils quittèrent la table quelques instants plus tard. Avant de disparaitre, Rose se pencha vers son père.
- Tu peux nous rejoindre tu sais. Histoire que quelqu'un gagne, quoi.
- Peut-être plus tard, s'amusa-t-il. Je veux terminer un document.
- Tu nous laisses le temps d'accumuler quelques points, résuma-t-elle avec un éclat de rire.
- Exactement. Rejoins-le sinon il va tricher.
- Ah, William ne triche pas. Moi en revanche…
Le regard sidéré de son père ne dura pas avant qu'il secoue la tête, s'esclaffant à son tour.
- Va t'amuser.
Après un dernier sourire, elle trottina jusqu'au grand salon, où elle retrouva William nonchalamment appuyé à la table de billard, les mains dans les poches, ses yeux rivés à elle.
- Allez, viens perdre, ma petite Rose, provoqua-t-il.
- Méfie-toi, je me suis peut-être améliorée depuis cet été.
Il arrêta son geste pour attraper une queue de billard et haussa les deux sourcils sans faire de commentaire.
- Bon, d'accord, je suis probablement toujours aussi nulle.
- C'est ce qu'il me semblait.
Il fit un geste vers les boules bien ordonnées et recula pour laisser Rose casser. Elle s'était à peine penchée qu'elle sentait une main effleurer le bas de son dos. Tournant la tête, elle leva un sourcil et attendit qu'elle disparaisse.
- Tu commences déjà à tricher ? s'étonna Rose, faussement fâchée.
- Pas mon genre, rétorqua-t-il. J'admire la vue.
- Avec ta main ?
- Mes yeux sont pas toujours bien opérationnels.
Rose leva les yeux au ciel et se mordit la lèvre pour éviter de glousser, puis cassa finalement, projetant les billes aux quatre coins de la table. Elle tendit la queue de billard à William.
- Tu n'en as sortie qu'une ?
- Je me suis dit qu'on pouvait partager.
Il enveloppa ses doigts autour de ceux de Rose par-dessus l'outil et lui lança un regard qui assécha sa gorge. Puis il se détourna et se pencha à son tour, et Rose tenta de déglutir tout en profitant du spectacle, le dos puissant courbé en avant, les jambes tendues, et le fessier musclé dans son jean. Il tira, mais elle n'entendit même pas, trop concentrée sur sa silhouette.
- Ben alors… tu viens pas compter les points ? badina-t-il en se redressant.
- Euh… trois pour toi, improvisa-t-elle sans vraiment regarder la table.
Il éclata de rire, clairement ravi de l'effet qu'il avait sur elle. Elle se retint de lever les yeux au ciel et tendit une main qu'il attrapa aussitôt. Il tira sur son bras et elle se retrouva collée contre son torse. Amusée, elle secoua la tête.
- Oui ?
- Je voulais que tu me passes ta…
Elle hésita.
- Ma ?
- La queue. De billard.
Elle se retenait de pouffer et de soupirer en même temps, ce qui formait un mélange apparemment irrésistible sur ses traits, étant donné le baiser dont il la gratifia. Elle le laissa prendre possession de sa bouche et étouffa un gémissement, crispant ses doigts sur ses épaules.
Comment il fait ?
C'était un baiser, comme ils en partageaient dès qu'ils le pouvaient, un peu profond, certes, mais juste un baiser… et elle était essoufflée, à deux doigts de le déshabiller, là, dans le grand salon. Elle abandonna ses lèvres et recula, puis fit un geste vers la table.
- Concentre-toi sinon je vais gagner.
- Et ça, c'est inenvisageable, approuva-t-il avec sérieux.
Elle approuva d'un signe de tête et le regarda jouer à nouveau une fois qu'elle eut complètement raté sa cible. William avait seulement fait un geste d'évidence et s'était abstenu de tout commentaire pendant qu'elle pouffait de son échec. Ils jouèrent un bon moment, et ne surent pas vraiment qui avait gagné, puisqu'ils comptaient les points un peu au hasard, sans logique particulière. En rangeant le matériel, Rose concéda la victoire à William sans difficulté.
- Je t'ai donc battue à plates coutures, se réjouit-il.
- Tout à fait, à la loyale et tout. Sans tricher.
- Pas mon genre, moi, rappela-t-il avec un sourire en coin. Pas trop vexée d'avoir perdu ? Chez toi en plus ?
- Terriblement vexée, soupira Rose, une hanche appuyée contre la table de billard.
- Tu as l'air inconsolable.
Il s'approcha d'elle et lia ses doigts aux siens.
- Je me demande ce qui pourrait te remonter le moral ?
Ce fut au tour de Rose d'avoir un sourire malicieux.
- J'ai bien une idée ou deux…
- Lesquelles ?
Elle se lova contre lui et murmura à son oreille. Il fit mine de réfléchir et opina lentement de la tête.
- Je pense que c'est dans mes cordes. Et c'est vrai qu'après cette journée très sportive, je préfère m'assurer que tu prennes une longue douche.
- Heureusement que tu es là.
- Je sais ma Rose, je sais…
Dans un éclat de rire, elle l'entraina hors de la pièce, impatiente de rejoindre la salle de bains.
