Buts atteints
-Mais qu'est-ce que vous faites là? s'exclama Hermione
-Severus nous a dit quand vous terminiez et nous voilà! sourit Harry
-Ce qu'on veut savoir, c'est si nous allons fêter des diplômes, vous consoler ou les deux à la fois, fit Neville.
-Mesdames et messieurs, je vous présente la maîtresse de potions Hermione Granger, fit Draco.
-Et voici le maître de potions Draco Malfoy, ajouta Hermione.
Une ovation leur répondit.
Les sept derniers jours avaient été encore plus intenses que les trois premiers. Ils avaient dû démontrer qu'ils savaient gérer leur temps et leur énergie sur des brassages longs ainsi que les précautions à prendre en matière de potions, comme les meilleures protections possibles à installer dans un laboratoire, les ustensiles à privilégier ou encore, la tenue adéquate. Draco s'en était sorti avec brio, Hermione un peu moins car malgré son apprentissage, elle n'était pas totalement familière avec les objets magiques pouvant l'aider mais cela était compensé par son organisation du tonnerre. La veille au soir, donc, ils avaient appris qu'ils avaient leur maîtrise, ce qui leur permettrait de poursuivre dans cette voie et brasser sans contrainte majeure. Et cerise sur le gâteau, leurs amis étaient venus les accueillir au pied de la guilde pour les féliciter.
Rapidement, ils prirent un portauloin pour se rendre au manoir Potter où Severus Snape était toujours en convalescence mais où également une petite fête avait été organisée. Les félicitations fusèrent et l'assemblée eut le récit de première main de ces épreuves réputées pour leurs difficultés.
-Smith, vraiment? ricana Severus. Qu'est-ce qui lui aurait fait penser qu'il avait le niveau pour obtenir sa maîtrise à la guilde?
-De ce que j'ai compris, il ne s'est jamais rendu compte que tu étais l'un des plus grands maîtres de potions au monde et que la professeure Zabini était également très réputée, déclara Hermione en haussant des épaules. Je pense qu'il est tombé des nues quand il a discuté avec les autres candidats et qu'il a découvert que tous les maîtres de potions qui t'ont eu pour professeur étaient parmi les meilleurs.
-Quel était son classement? demanda Blaise
-Il n'a pas réussi les épreuves, si c'est ta question, ricana Draco. Il est actuellement à l'hôpital magique de Cracovie.
-Pourquoi? s'étonna Luna
-Parce que trois jours avant la fin des épreuves, il a voulu essayer une innovation pour une potion, renifla Draco. Ça a eu l'air de l'étonner que ça lui explose en pleine figure, en sachant qu'il ne savait pas ce qu'il faisait. Bref, on s'est débarrassé de lui sans même se salir les mains.
-C'est toujours en vigueur, alors, sourit Moïra.
-Que voulez-vous dire? demanda Harry, intrigué
-Si les sessions de maîtrises sont aussi difficiles, c'est parce qu'il n'y a pas que les épreuves à passer, sourit machiavéliquement Severus. Les candidats doivent également s'affronter entre eux et passer à travers les pièges laissés par les autres pour ne pas se faire mettre sur la touche.
-Pas de mort, précisa Moïra. Un maître de potions doit connaître les limites. Mais handicaper un adversaire sans brandir sa baguette est une capacité … attentivement observée, on va dire. Aucun de vous n'a reçu une invitation d'argent?
-Non, répondit Draco. Seulement une invitation d'or. Quand on a voulu avoir des explications, ils nous ont simplement souri.
-L'invitation d'or est une reconnaissance de la guilde, révéla Severus. Elle vous estime apte à passer dès maintenant le niveau supérieur.
-L'invitation d'argent indique que vous pouvez prétendre à certaines options inusitées, expliqua Moïra. Par exemple, Severus détient une maîtrise de potions du quatrième degré avec plusieurs options, notamment médicomagie, médicomagie d'urgence et médicomagie de guerre.
-Ce qui rend Moïra célèbre dans nos cercles, ce n'est pas sa maîtrise de deuxième degré mais son option empoisonnement, poursuivit Severus. Il n'y a qu'une centaine de maîtres à travers le monde à la détenir et elle est la seule à ouvertement la revendiquer en Europe.
-Et un ruban d'argent? demanda Hermione. Il y en avait un autour de l'invitation de Draco.
Moïra lança un sourire ironique à Severus qui soupira. Toute l'assemblée était donc suspendue à ses lèvres.
-Comme vous devez vous en douter, en tant que «proche» de Lucius Malfoy, j'ai été amené à fréquenter cette famille puis à donner des cours à Draco assez tôt, grommela Severus. Dès que ses éclats de magie accidentelles se sont assez stabilisés, je lui ai enseigné les potions. A l'époque, je venais de passer le troisième degré et certaines options et je me suis rendu compte que les méthodes d'apprentissage qui m'avaient été imposées à Poudlard pour les élèves de première année n'étaient clairement pas adaptées et encore moins à la portée d'un enfant de sept ans. Pour garantir sa sécurité, je lui ai donc enseigné des méthodes de travail qu'Albus Dumbledore a toujours catégorisé comme étant de magie noire. Comme j'ai toujours eu la main sur les cours de potions, il ne s'en est jamais rendu compte et Horace Slughorn était bien trop préoccupé par son club pour faire attention à Draco, qu'il avait écarté à cause du «retour» de Voldemort. Tout cela pour dire qu'il aborde le brassage des potions de manière différente ce qui peut lui permettre de passer certaines options s'il travaille en ce sens. Moïra et moi devrions recevoir un courrier de la guilde en ce sens mais je ne serais pas étonné qu'elle propose l'option magies occultes au moins.
Moïra observa les deux nouveaux maîtres de potions. Si les suppositions de Severus s'avéraient exactes, elle ne serait pas contre prendre sous son aile la jeune Hermione pour la préparer à passer l'option empoisonnement. Sa culture non magique serait un atout considérable et depuis le temps, elle avait compris que la jeune femme n'était pas une oie blanche typique de Gryffondor dont rêvait Dumbledore. Elle assumait les faces plus sombres de sa personnalité et semblait assez stable psychologiquement pour s'engager dans cette voie dangereuse. Oui, un projet dont elle devrait discuter avec Severus …
-Maintenant que vous avez votre maîtrise, qu'est-ce que vous comptez faire? demanda Harry
-Je ne sais pas trop … avoua Draco.
Severus jeta un regard perçant à Moïra qui accepta silencieusement.
-Je peux vous proposer tous les deux un poste à Poudlard, fit Severus. Pour le moment, vous serez affecté au brassage des potions pour l'infirmerie mais selon la demande, il se pourrait que vous donniez des cours de soutien. En échange, Moïra et moi nous vous préparerons à votre deuxième degré et aux options qui vous conviendraient le mieux.
Les yeux d'Hermione et de Draco brillèrent. Retourner à Poudlard … un rêve!
-Ne répondez pas tout de suite, prévint Severus. Réfléchissez-y à tête reposée.
-D'accord, sourit Hermione.
Les conversations se diversifièrent après cette proposition étonnante.
§§§§§
Si Fleur Delacour avait eu le choix, elle n'aurait jamais remis les pieds en Grande Bretagne sorcière. Ce qui s'était passé trois ans plus tôt l'avait profondément traumatisé mais ce qu'elle ne pardonnait pas, c'était que ça avait encore plus traumatisé sa petite sœur Gabrielle. Son passage dans le lac de Poudlard avait développé sa peur de l'eau à un niveau extrême mais surtout, dès son retour en France, la petite fille avait entamé sa transformation en vélane alors qu'elle n'avait même pas dix ans, alors que ça aurait dû se passer au plus tôt à sa première relation intime avec son âme-sœur, bien après sa majorité légale.
Fleur soupira. Quand Gabrielle avait repris forme humaine, leur mère Astrid l'avait emmenée au clan vélane du Lys Pourpre – auquel était rattaché le clan sorcier Delacour – et l'avait soumise au rituel de l'héritière. Ce qu'elle craignait arriva: en se transformant aussi tôt, Gabrielle s'était ouvert un potentiel magique énorme, ce qui l'avait désignée comme la prochaine dirigeante du clan. Même si cela n'arriverait pas avant de nombreuses années – Gladys, l'actuelle dirigeante, entrait à peine dans la cinquantaine et était à la tête du clan depuis une dizaine d'années – des aménagements avaient dû être mis en place. Olympe Maxime avait dû accepter que la jeune vélane soit une élève externe – tant qu'elle n'avait pas atteint sa puberté, elle aurait du mal à contrôler ses pouvoirs – ainsi que d'accueillir à demeure une vélane mature pour la canaliser.
La jeune femme se secoua. Si la transformation vélane de Gabrielle avait considérablement réduit l'impact de sa rencontre avec les Êtres de l'eau, ce n'avait pas été le cas pour Fleur. Elle avait tenu à terminer le tournoi mais ne s'était pas attendue à y être de nouveau torturée, cette fois par l'un de ses adversaires sous imperium. Elle avait passé les mois suivants à l'hôpital et avait passé ses ASPICS avec dix-huit mois de retard avant d'entrer à Gringotts pour suivre la mythique formation de briseur de sorts.
Si les gobelins connaissaient son aversion pour la Grande Bretagne sorcière, ils avaient promis à la demi-vélane qu'elle ne ferait pas un seul pas dans ce pays qui lui avait fait tant de mal. Sa mission était d'isoler les terres d'un lord sorcier qui avait payé une coquette somme pour que personne ne puisse y mettre les pieds sans son autorisation. Elle était accompagnée par un autre briseur de sorts avec beaucoup plus d'expérience qu'elle, William Weasley.
Le sorcier était une légende parmi les briseurs de sorts européens parce qu'il était l'un des meilleurs de la profession mais surtout, parce qu'il était l'un des rares Britanniques – pour ne pas dire le seul – à travailler pour Gringotts. Quand il avait postulé pour la formation – dont il avait entendu parler par des amis qui ne portaient pas forcément Albus Dumbledore dans leur cœur et qui refusaient de le laisser s'immiscer dans leur intimité et leur façon de penser – il se débattait entre le métier de ses rêves et l'éducation qu'il avait reçue. La crainte d'un espion de Dumbledore était très forte – Molly Weasley, sa mère, était connue pour vivre, respirer et jurer que par le vieux sorcier – et seules ses capacités magiques lui avaient permis d'intégrer la formation. Cette dernière lui avait révélé la réalité du monde magique sans les œillères de Dumbledore et depuis, il n'accordait plus aucun crédit à ce sorcier qui avait fait la pluie et le beau temps dans sa famille par le biais de sa mère.
-Nous ne devrions pas tarder à retrouver notre commanditaire, commenta William.
-Bonjour!
Les deux briseurs de sorts se retournèrent d'un seul mouvement et brandirent leurs baguettes. Leur interlocuteur leva les mains, paumes visibles, en signe de paix.
-Sauf si j'ai reçu de fausses informations, la guerre est terminée, il me semble, sourit le jeune homme.
-Potter? s'étouffa Fleur. Harry Potter?
-Lord Potter, même, sourit Harry. Mais attends … Delacour? Mais qu'est-ce que tu fais ici? Tu viens vraiment de la part de Gringotts?
-J'y travaille depuis plus d'un an, sourit Fleur de manière crispée.
Elle se souvenait parfaitement de sa première rencontre avec le brun, quand son nom était sorti de la coupe de feu alors qu'il n'avait que quatorze ans. Même si elle ne l'avait pas fréquenté plus que cela, elle avait toujours ressenti un peu de mépris pour celui qu'on appelait le Survivant, persuadée qu'il était de nouveau à la recherche des projecteurs, ce que le tournoi lui offrait à profusion. Elle n'avait appris la vérité que dans le cadre de la thérapie qu'elle avait dû suivre – et qu'elle suivait encore – pour évacuer les événements traumatisants du tournoi des trois sorciers: il n'y avait pas eu trois victimes mais quatre, même si Harry Potter avait tout fait pour afficher ouvertement son refus de participer à la compétition.
-Je te présente William Weasley, qui va superviser les opérations, annonça Fleur.
-Bill, grommela le dénommé William. Il n'y a que ma mère qui m'appelle comme ça et s'il y a bien un domaine dans lequel je ne veux pas qu'elle mette son nez, c'est bien mon travail!
Harry se garda bien de tendre la main pour qu'il la lui serre, à sa plus grande surprise. A la place, il l'observa attentivement avant de prendre la parole.
-Si j'ai la plus grande sympathie pour Fred et Georges, j'ai le plus grand mépris pour Ginevra et Ronald, déclara fermement Harry. Je vais voir de quel côté vous vous situez, monsieur Weasley, en espérant que je n'ai pas à faire remonter un quelconque comportement … déplacé et inadapté.
Bill ne put s'empêcher de déglutir. Il avait entendu parler du meilleur ami de son dernier frère Ron ou plutôt, de son ancien meilleur ami … L'histoire qui circulait le plus au sein de la famille Weasley était qu'Hermione Granger avait tourné la tête du Survivant pour qu'il se détourne des sorciers de la Lumière. Malheureusement pour Ron, les jumeaux avaient eu un autre son de cloche où Harry Potter avait posé un ultimatum à son «ami»: ou bien il devenait un véritable ami et il cessait d'utiliser le brun comme d'un faire-valoir, ou bien tout s'arrêtait là. Bien entendu, Ron ne s'était pas remis en question et Harry l'avait planté là au début de leur troisième année. Les années suivantes, lors de ses rares passages au Terrier, il entendait les récriminations de sa mère et de ses deux plus jeunes frère et sœur concernant l'ingratitude du Survivant à leur encontre mais encore une fois, les jumeaux avaient une autre version où les membres de leur famille n'avaient pas le beau rôle. Il comprenait donc parfaitement la menace sous-jacente et il savait que s'il y contrevenait, il risquait son emploi mais également son indépendance voire sa liberté, selon la hauteur à laquelle il aurait offensé lord Potter et Gringotts.
-Bien! fit Harry, tout sourire. J'ai requis les services de Gringotts pour placer des protections sur toute la propriété dont je viens de me porter acquéreur. Je veux que seules les personnes que je désignerai puissent entrer et sortir selon mes conditions.
-Qu'en sera-t-il pour les aurors en cas d'actes malveillants ou de crimes? demanda Bill, curieux
-J'espère bien que le service de sécurité qui sera mis en place réglera le problème avant que leur présence ne soit nécessaire, décréta Harry. Mais même dans ce cas, j'ai eu trop souvent la preuve qu'ils feraient plus de mal que de bien donc si je dois me passer de leur … «aide», je le fais avec grand plaisir.
Bill allait insister mais Fleur le coupa.
-Pourrais-je supposer que si tu tiens à ce que les aurors ne puissent pas venir ici, c'est parce qu'il n'y aura pas que des sorciers qui circuleront ici? demanda Fleur
-C'est exact, confirma Harry. La prédominance de la Grande Bretagne sorcière sur la Britannia me dérange ainsi que plusieurs de mes partenaires financiers. J'aimerai donc aménager un lieu autre que Gringotts où je pourrais les rencontrer et je ne tiens pas à entendre les hurlements d'indignation de sorciers qui n'ont pas à mettre leur nez dans ma vie ou mes affaires.
Bill se garda bien de commenter. En entrant à Gringotts, il avait découvert la différence entre la Grande Bretagne sorcière, menée par Albus Dumbledore, et la Britannia, la nation magique. La première avait été «créée» sur l'insistance du vieux sorcier après sa victoire contre Gellert Grindelwald et la nation magique avait dû se séparer de sa partie sorcière pour préserver les autres êtres magiques vivant dans l'archipel. La communauté sorcière avait donc de moins en moins de contacts avec le reste du monde magique mais heureusement, la déchéance d'Albus Dumbledore avait inversé la tendance. D'après les gobelins, dès que Poudlard aura repris ses programmes initiaux et que le gouvernement se sera purgé des enseignements du directeur déchu, la Grande Bretagne sorcière réintégrera la Britannia. Visiblement, Harry Potter, qui pourtant, était connu pour avoir été sous la «protection» d'Albus Dumbledore, n'était pas un adorateur naïf du plus grand Bien de son mentor.
-D'accord, fit Fleur. Nous devrions discuter de ce que tu veux et de ce que nous pouvons mettre en place.
-Nous avons nos ordres, intervint Bill. Nous savons ce que nous devons faire.
Fleur se tourna vers son collègue, le regard noir. Elle avait également entendu parler de ce défaut assez agaçant du roux: il était très souvent persuadé d'avoir la magie infuse mais heureusement, quand on avait les bons arguments, il admettait rapidement ses torts.
-Si nous étions dans n'importe quel domaine de la Grande Bretagne sorcière, je t'aurais suivi sans hésitation, déclara froidement Fleur. Mais au cas où tu n'aurais pas lu attentivement tes ordres, nous nous trouvons en Britannia, ce qui veut dire que Gringotts n'impose pas son savoir-faire, elle travaille de concert avec les propriétaires pour rendre le service demandé. De plus, avec le discours de lord Potter, je doute que nous soyons les seuls à poser des protections en ces lieux.
-C'est exact, confirma Harry. Êtes-vous d'accord avec le programme, monsieur Weasley, ou dois-je considérer que vous avez une si haute opinion de vous-même, comme certains membres de votre famille, que vous ne voulez pas prendre en compte le monde autour de vous?
Bill serra les dents. Dès ses premiers pas à Gringotts, il avait su que sa mère et ses liens avec Albus Dumbledore lui vaudraient la méfiance de la banque et de ses employés. C'était d'ailleurs l'une des raisons de son excellent niveau, il voulait absolument se détacher de cette réputation désastreuse. Mais depuis le début de sa carrière, c'était la première fois qu'il travaillait pour une personne qui avait directement eu à faire avec sa famille et surtout, qui ne voyait pas Albus Dumbledore comme la réincarnation de Merlin. La chute était dure car on ne le voyait pas à travers ses capacités mais bien à travers son nom et les connexions de sa famille.
-Je crains avoir omis certains détails dans ma réflexion, s'excusa Bill. Je ferais en sorte de ne plus reproduire cette erreur.
-Nous sommes d'accord, fit Harry. Si vous voulez bien me suivre, nous serons bien mieux à l'intérieur …
§§§§§
-Où est-ce que tu m'emmènes comme ça? rit Hermione
-Tu verras, sourit Harry.
Dans leurs emplois du temps surchargés, le brun avait voulu prendre du temps pour retrouver sa meilleure amie, celle qui l'avait sauvée des Dursley alors que le monde sorcier dans son intégralité croyait qu'il était aimé et choyé au sein de sa famille. Il avait donc organisé une sortie pour tous les deux dans le pays où il s'était réfugié pour qu'ils puissent se détendre en paix. Voulant garder un tant soit peu son attention, Harry opta pour une visite du vingt-et-unième arrondissement de Paris puis de la tour Eiffel et enfin, une promenade et un dîner en bateau sur la Seine dans la capitale.
Alors qu'elle admirait le ciel dégagé depuis le bateau, Hermione se tourna vers son ami.
-Pas que je ne n'apprécie pas l'attention mais pourquoi sommes-nous ici? demanda Hermione
-J'aimerai savoir si dans ton emploi du temps, tu aurais un peu de temps pour moi, fit Harry.
-J'aurais toujours du temps pour toi, protesta Hermione. Tu es mon meilleur ami, presque mon frère.
Harry ne se déstabilisa pas. Il prit délicatement sa main et la regarda droit dans les yeux.
-Je voudrais savoir si tu avais du temps pour moi, répéta Harry.
Hermione cligna les yeux, perdue, avant de comprendre enfin ce dont il parlait. Cela faisait un moment que leurs relations oscillaient entre amitié fusionnelle et autre chose. Cependant, ce qui s'était passé après cette prise de conscience, aux alentours de leur cinquième et sixième année, ne leur avait pas permis de s'appesantir sur la situation et la mort de Voldemort les avait poussés à s'intéresser à leur avenir que la guerre avait largement handicapé.
Enfin … pour elle. Visiblement, Harry avait eu le temps d'y réfléchir plus longuement qu'elle.
-Harry … souffla Hermione.
-Ecoute, Hermione, coupa Harry. On se connait depuis des années, chacun a fait des choses pour l'autre sans aucune contrepartie, chacun assure les arrières de l'autre … Je sais que je suis capable de tout pour toi et je n'imagine pas un seul instant vivre loin de toi, je …
Hermione l'arrêta en embrassant tendrement ses lèvres. Mais Harry sentit que ce n'était pas ce qu'il espérait.
-Je t'aime, Harry, mais même avec la mort de Voldemort, nous entrons à peine dans la vie active, déclara Hermione. Tu me connais, je suis une personne très terre à terre et je ne crois pas aux couples qui commencent dès l'école. Nous sommes très jeunes malgré la guerre et si moi, je commence ma carrière de maîtresse de potions, tu n'as pour l'instant aucun projet solide, à part rétablir le clan Potter, et encore. Côté amoureux, nous avons été harcelés tous les deux et à cause de cela, nous ne connaissons pas ou mal nos centres d'intérêt.
Harry soupira de soulagement.
-Morgane merci, tu penses comme moi, sourit Harry.
La tête d'Hermione fut impayable.
-Remercie Sirius, grommela Harry. Maintenant que Voldemort est mort, il estime qu'il est temps que je me trouve une copine et visiblement, tu correspondais à tous les critères. Il a encore du mal à comprendre que je ne suis pas comme mon père et donc, que je ne cherche pas à épouser au plus vite la première fille à qui j'ai porté attention quand je suis arrivé à Poudlard.
Hermione éclata de rire.
-Et tu vas me faire croire qu'il s'est installé chez toi pour être aux premières loges de ta grande histoire d'amour avec moi? supposa Hermione
-J'en doute de moins en moins, grogna Harry. Bref, maintenant que tu m'as jeté en bonne et due forme, parlons sérieusement.
Hermione pouffa. C'était pour cela qu'elle adorait Harry: le brun se fichait pertinemment de ce que les autres pouvaient penser de lui, tant qu'il était clair avec lui-même. Comme Hermione, contrairement à Sirius, il refusait de se conformer aux attentes des sorciers britanniques, ce qui comprenait de se mettre en couple au plus vite et fonder une famille.
-Mais pourquoi Sirius te pousse? demanda Hermione, curieuse
-Les guerres ont quasiment réduit à néant de nombreux clans sorciers, expliqua Harry. Prenons par exemple Sirius. Tant qu'il n'a pas d'enfant, il faudra remonter à la fratrie de son grand-père voire de son arrière-grand-père pour trouver un héritier direct. Idem pour moi. Fonder une famille n'est pas qu'un rêve un peu naïf, c'est une nécessité pour ne pas voir éteindre nos noms et nos clans. Je le comprends mais ce n'est pas une raison pour j'accepte docilement.
-D'accord, fit Hermione.
-Donc, fit Harry, tu retournes à Poudlard, si je te connais bien.
-Et toi, tu ne comptes pas retourner en Grande Bretagne, taquina Hermione. Reste à savoir ce que tu comptes faire. Un métier où tu serais relativement indépendant, où il sera difficile de te manipuler … donc on écarte tout emploi au ministère.
-Parfaitement! sourit Harry. Je vais me contenter de préparer de préparer ma vie d'homme marié en attendant que ma ravissante future épouse estime que sa vie professionnelle est assez remplie pour se concentrer sur sa vie personnelle.
Hermione rougit. Car c'était là le paradoxe: même si aucun d'entre eux ne souhaitait se mettre en couple à dix-neuf et dix-huit ans, ils savaient qu'ils finiraient leur vie ensemble. C'était une évidence, ils avaient l'intention d'aller à leur rythme et de construire leur relation ensemble et pas avec le reste du monde.
-Mais encore? fit Hermione
-J'ai encore quelques lacunes à combler en tant que lord Potter, révéla Harry. Je dois également terminer mon apprentissage avec Gemna et il semblerait qu'elle ait quelques pistes à me proposer pour le métier que je pourrais exercer. Comme briseur de sorts.
-Ça me dit quelque chose, réfléchit Hermione.
-C'est le métier de Bill Weasley, le frère aîné des jumeaux, compléta Harry. Du peu que j'ai pu en savoir, ça reste intéressant. J'attends que Gemna m'en dise plus.
-Et Sirius? pointa Hermione
Harry resta silencieux. Il se doutait qu'Hermione aurait compris que l'installation de son parrain chez lui, une fois l'enthousiasme passé, l'avait dérangé quelque peu. Si Helen et Malcolm Granger avaient su donner une éducation qui lui avait cruellement manqué quand il était sous la responsabilité des Dursley, Sirius avait encore du mal à trouver sa place dans la vie d'Harry. Emprisonné pendant plus d'une dizaine d'années pour des crimes qu'il n'avait pas commis, durement affecté par la présence des détraqueurs, méprisé par l'Ordre du Phénix, censé combattre Voldemort et ses troupes, reprenant un peu par surprise la tête de son clan, devant réhabilité son nom … avec tout cela, il n'y avait aucune place pour son filleul Harry, alors qu'il aurait dû être l'une de ses priorités dès la mort de ses parents. En fait, le couple Granger avait été beaucoup plus présents pour lui que Sirius. Le brun ne lui en voulait pas de son absence mais vivre en permanence avec lui durant l'été avait été perturbant.
-Je pense … fit Harry … je pensais lui conseiller de se trouver une maison pour lui mais je pense qu'il est trop faible psychologiquement pour rester seul tout de suite. Heureusement, il enseigne toujours à Poudlard mais il doit apprendre à être indépendant.
-Toi, tu en as discuté avec papa, rit Hermione.
-J'étais mal à l'aise, se défendit Harry. Je voulais comprendre pourquoi.
-Je comprends, tempéra Hermione.
Consciente que tout avait été dit, la brune se cala contre son compagnon qui lui rendit l'étreinte et ils admirèrent le ciel, profitant de la balade sur l'eau.
