Bonjour à toutes et à tous,

Tchoubidou, Snape03 et Nathea : mille mercis pour vos retours intrigués et enthousiastes ! Merci également à toutes celles qui suivent cette histoire.

Bonne lecture !


Deux semaines plus tard, c'est non sans surprise que le visage de Miss Granger lui saute au visage – façon de parler – lorsqu'il reçoit The Daily Prophet avant même d'avoir pris son thé matinal.

Le zoom grossier a fait disparaître Kingsley du cadre, et la photo la montre légèrement décoiffée, les yeux brillants et l'air ému tandis qu'elle reçoit l'Ordre de Merlin première classe des mains du Ministre. « OÙ EST-ELLE PASSÉE ? » hurle le titre en lettres dansantes.

Il soupire, se sert une tasse fumante et feuillette distraitement le journal. Les hypothèses racoleuses s'énumèrent sur plusieurs pages et lui rappellent avec horreur l'époque Rita Skeeter, mais surtout, misère de cornegidouille, il comprend vite que s'il a été capable de trouver son adresse via l'annuaire en ligne, la flopée de journalistes, de reporters aux méthodes plus ou moins douteuses et de paparazzi, ne tardera pas à en faire autant (réunissez une brochette d'incapables, mettez-les ensemble et observez le résultat, vous risqueriez d'être surpris).

Après quoi, Potter lui tombera dessus, car avec son impatience aveugle et son petit cerveau étriqué, deux plus deux font toujours cinq (il faut dire que la chronologie ne joue pas en sa faveur, merci Minerva), et toutes ses pensées un peu désordonnées convergent vers un point : adieu sa tranquillité.

Jarnibleu.

Il se rappelle le petit bout de papier vert qu'elle lui a donné au cas où il aurait besoin de la contacter. Autant la prévenir, se dit-il en sentant poindre la migraine à l'idée de remettre un pied dans ce qu'il considère être l'enfer sur terre : un espace minuscule aux relents de graillon, surchargé de machines, d'adolescents ramollis et de vieux surexcités.

Il se décide pour faire un crochet au cybercafé avant de se rendre au laboratoire car avec un peu de chance, l'heure matinale lui offrira un semblant de calme.

Après quarante-cinq minutes perdues à créer un compte et un mot de passe acceptables aux yeux de Google, il clique sur le bouton « Envoyer », attrape son manteau et laisse quelques pièces sur le comptoir avec la sensation du devoir accompli.

Une poignée de secondes plus tard, un téléphone vibre à l'autre bout de la planète, et les yeux d'Hermione Granger manquent de sortir de leurs orbites lorsqu'elle voit s'afficher le nom de son correspondant.


Miss Granger,

Si vous ne le savez pas déjà : vous faites la une du Daily Prophet (qui semble soudainement avoir remarqué votre disparition de la scène publique, bravo, quel sens de l'observation – pas étonnant que personne n'ait cru au retour de Voldemort avec des foutriquets pareils) ; sachez simplement que je gagne suffisamment bien ma vie pour ne pas avoir besoin de vendre votre adresse au premier paparazzi venu.

Si vous tenez à votre vie privée, je vous conseille de renouveler votre sort anti-hiboux et de l'associer à un sort de protection générale ; et surtout de retirer votre adresse de l'annuaire en ligne, si une telle chose est possible. D'autre part, je vous prierais de reconsidérer une dernière fois la proposition de Minerva – outre le fait qu'elle m'a copieusement fait part de son désappointement et qu'elle est proprement insupportable lorsqu'elle n'obtient pas ce qu'elle désire (je suis sûr que vous voyez très bien ce que je veux dire), je crois réellement que vous seriez la mieux placée pour rédiger ce chapitre sur les problématiques d'intégration des nés-moldus, surtout en cette période où les acquis à ce sujet semblent si fragiles.

Bien à vous,

Severus Snape

À la lecture du dernier paragraphe, Hermione manque de s'étouffer avec sa soupe - elle le relit trois fois de suite pour être sûre de ne pas rêver, et à chaque fois, son estomac tressaute.

Elle n'est pas certaine de ce qu'il entend par « la mieux placée » mais cela sonne comme une validation de sa personne qui lui procure une irrésistible vague de chaleur. Oubliant momentanément son dîner, elle décide de lui répondre immédiatement.

Ce n'est que bien plus tard, ce soir-là, que toute son amertume revient tel un boomerang et lui enserre la gorge.

Pour la deuxième fois en deux mois, Harry et Ginny ont annulé leur venue - James a apparemment la dragoncelle, cette fois - et Hermione ne sait que trop bien ce que cela signifie. Après six années d'incompréhensions et d'efforts partagés, la lassitude a fini par l'emporter. Peut-elle vraiment leur en vouloir ?

Les genoux ramenés contre sa poitrine, elle pleure longuement leur amitié échue. C'est une autre part d'elle qui s'envole et elle se demande si elle s'habituera jamais à l'incommensurable solitude qui est la sienne depuis presque sept ans.


Trois jours plus tard, Severus revient dans la boutique, marmonne un bonjour au gérant et s'installe devant l'ordinateur tout au fond, le plus loin possible des yeux indiscrets. Son diaphragme se détend imperceptiblement lorsqu'il voit apparaître le nom d'Hermione en gras dans la liste des nouveaux messages – mais il repousse cette information dans un coin de son esprit.

Monsieur Snape,

Dire que j'ai été surprise de votre mail serait l'euphémisme du siècle, néanmoins je vous remercie pour votre prévenance inattendue.

Rassurez-vous, je n'ai jamais imaginé que vous puissiez vendre mon adresse : après tout, vous n'avez jamais trahi Harry et je crois que vous me détestez un peu moins que lui. Quant au souhait de Minerva, je vous promets que mon refus est totalement justifié bien que je ne puisse vous en expliquer toutes les intrications.

Bien à vous,

Hermione Granger

P.S : tous mes vœux pour cette nouvelle année.

Il renifle, légèrement contrarié par le manque de précisions, tout en étant forcé de reconnaître que sa réponse est un modèle de concision. Il pourrait en rester là, mais contre toute attente, les mots jaillissent spontanément, plus encore que lors de ces interminables nuits où il rédige le compte-rendu de ses expérimentations.

Miss Granger,

Votre refus est des plus dommageables, mais je ne suis pas en position de vous demander une faveur – c'est plutôt tout l'inverse (même si c'est aussi à cause de vous que je suis dans cet affreux boui-boui à cette heure-ci, soit dit en passant).

Avez-vous observé ces deux derniers jours une quantité inhabituelle de volatiles, sûrement épuisés, aux alentours de votre domicile ? Les sorts de traçage jetés sur les hiboux semblent avoir trahi votre localisation approximative et je ne serais pas surpris que quelques journalistes, appâtés par le scoop, s'aventurent jusqu'à Sydney.

Restant à votre disposition,

Bien à vous,

Severus Snape

P.S : bonne année à vous aussi - quoi que vous puissiez souhaiter.

Après quoi, il dépose quelques pièces sur le comptoir et s'en retourne avec une sensation inhabituelle de satisfaction - une de celle qu'il éprouve généralement lorsqu'il touche au but d'une potion périlleuse ou qu'il entrevoit la solution d'une équation complexe.

Ni la pluie fine, ni le vent glacé ne parviennent à contrarier son allure vive, et tandis qu'il slalome entre les silhouettes emmitouflées et les parapluies, il se surprend à espérer qu'elle réponde.

Pour la première fois depuis longtemps, la perspective d'un échange plus nourri éveille en lui autre chose que le déplaisir qu'il associe d'ordinaire à cette corvée.


Avec un soupir, Hermione repousse d'un geste las les livres étalés devant elle et entreprend de se masser vigoureusement les tempes.

Tout en faisant rouler sa tête de droite à gauche, elle fait, résignée, le bilan de sa journée : ses recherches piétinent, sa motivation est au point mort et son esprit divague.

Le dernier mail de son ancien professeur a entrouvert une porte qu'elle a toujours écartée - hors de question de montrer une quelconque vulnérabilité face à un homme qui l'a tant rabaissée - mais force est d'admettre que leurs rapports ont évolué de façon imprévisible, au point qu'elle considère désormais leurs échanges presque… plaisants.

Si elle est tout à fait honnête, ni Ron ni Harry n'ont été gratifiés d'un tel qualificatif depuis des années - des messages souvent creux, maladroits dans leur démonstration d'affection et dépourvus de toute stimulation intellectuelle - mais elle décide qu'elle n'est pas d'humeur introspective et ne s'attarde pas sur l'étrange réconfort qu'elle tire de cette correspondance.

Après avoir débattu intérieurement sur l'usage du «cher», elle décide de rester sobre.

Monsieur Snape,

Loin de moi l'idée que vous me deviez une quelconque faveur – je n'ai rien fait d'autre qu'être une incorrigible Gryffondor (allez-y, riez), mais au risque d'abuser de votre temps, j'ai une requête à vous soumettre.

Je recherche l'ouvrage de Carlsen Asbjørnsen Les mémoires de la magie, qui, comme vous le savez peut-être, n'est plus édité depuis une cinquantaine d'années. Je ne crois pas qu'il existe d'équivalent (?) ainsi toute information ou suggestion est bienvenue – mais s'il vous plaît, n'y voyez là aucune obligation.

Quant aux journalistes curieux, ils seront vite déçus lorsqu'ils réaliseront que ma vie est on-ne-peut-plus banale et ennuyeuse. J'ai effectivement aperçu quelques hiboux dans les environs, mais je suis certaine que cela ne durera pas. Néanmoins, je vous remercie pour votre sollicitude.

Bien à vous,

Hermione

Presque immédiatement, une réponse lui parvient - il doit être huit heures à Londres, calcule-t-elle en regardant sa montre, et tous ses messages précédents ont été envoyés entre sept et huit heures. Cela fait sens et l'intrigue en même temps.

Va-t-il au cybercafé tous les matins ? À moins qu'il n'ait acheté un smartphone ou un ordinateur ? Peu probable. Peut-être est-ce sur le chemin de… idiote, se corrige-t-elle, les sorciers transplanent. D'ailleurs, s'il n'enseigne plus, que fait-il de ses journées ? Travaille-t-il ?

Sûrement, il n'est pas du genre oisif, songe-t-elle en ouvrant le courriel.

Miss Granger,

Si je ne connaissais pas votre dévouement sans faille pour Potter et votre allégeance louable aux causes perdues, je m'inquiéterais presque que vous cherchiez à vous procurer un tel ouvrage.

Je vais faire appel à quelques contacts pour retrouver la trace d'un exemplaire mais je ne puis rien vous garantir.

Quant aux journalistes, ce n'est pas à vous que je vais apprendre qu'il faut toujours s'en méfier.

Bien à vous,

SS

Elle pianote rapidement sur son clavier, espérant qu'il n'a pas encore quitté le cybercafé, si toutefois son hypothèse est avérée.

Monsieur Snape,

J'ai conscience que le sujet est sulfureux et qu'il doit être question de magie noire à plus d'un titre. Ce sont des recherches purement personnelles, et de toute façon, je doute d'obtenir un résultat concluant.

Quoi qu'il en soit, merci pour votre réactivité.

Bonne journée,

Hermione

P.S : Exercez-vous toujours dans le domaine des potions ?

Quand elle revient cinq minutes plus tard, une tasse fumante à la main, son premier réflexe est d'actualiser sa messagerie - et un sourire fleurit sur ses lèvres lorsqu'elle voit apparaître une nouvelle notification.

Miss Granger,

Je ne sais pas qui vous pensez leurrer : je connais votre entêtement et je doute que vous vous contentiez d'un résultat peu concluant- je vous enjoins donc à la plus grande prudence.

Quant à votre question : je travaille à mon compte - fournisseur pour Ste Mangouste principalement, et quelques apothicaires en Écosse. Était-ce de la pure curiosité ou avez-vous besoin de quelque chose ?

Bien à vous,

SS

Elle manque de se brûler la langue, toute absorbée qu'elle est par la réponse qui germe dans son esprit.

Pour la première fois depuis longtemps, elle dort paisiblement cette nuit-là.


La suite arrivera dans deux semaines car je serai en vacances - sans réseau - la semaine prochaine. Au plaisir de vous lire !