Hermione ne se souvenait pas très bien de la façon dont ils étaient redescendus au château. Elle se rappelait simplement l'avoir embrassé à chaque occasion, et qu'il avait fait de même.
De retour dans sa chambre, elle avait perdu la confiance qui l'animait plus tôt. Elle ne savait plus où se mettre. Lui, en revanche, semblait serein et n'avait toujours pas lâché sa main.
Voyant son trouble, Severus n'avait pas voulu pousser sa chance plus loin. S'il avait écouté ses envies, il l'aurait déshabillée, l'aurait emportée dans son lit. Il aurait goûté chaque parcelle de sa peau, embrassé chaque partie de son corps, et aurait voulu lui montrer à quel point elle le bouleversait.
Cependant, il récupéra seulement leurs affaires et les emmena dans la salle de bain.
Devant le miroir, il se plaça derrière elle, embrassa son épaule et se blottit contre elle, la tête nichée dans son cou. Ils se regardèrent à nouveau, comme s'ils se découvraient pour la première fois. Elle lui sourit doucement et remarqua que ses yeux se plissaient légèrement en une ébauche de sourire.
Leurs joues étaient toutes deux rougies. Hermione observa ses cheveux en désordre, ce qui ne semblait pas déranger Severus, occupé à tracer de petits cercles sur sa hanche. Elle le regarda, détendu derrière elle.
Il embrassa une dernière fois son cou avant de sortir. Le t-shirt qu'elle utilisait comme pyjama était posé à côté de l'évier. Elle se changea rapidement, se brossa les dents et tenta de faire abstraction de ce qui pourrait se passer ensuite. Était-elle prête ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Elle était tout à fait consciente de la présence de Severus collé à elle, mais il n'avait fait à aucun moment le moindre geste pour la forcer à aller plus loin.
Elle prit une grande respiration et ouvrit la porte menant à la chambre. Il était déjà allongé, la regardant s'avancer vers lui. Elle se glissa sous la couette et se blottit immédiatement contre lui. Il l'enveloppa de ses bras.
— Severus ? Qu'est-ce que... commença-t-elle.
— Dors, Hermione, nous sommes épuisés. Tout cela peut attendre demain.
Elle ferma les yeux. Il avait raison, elle était fatiguée.
— Bonne nuit, murmura-t-elle.
— Bonne nuit, répondit-il.
ooOOoo
Cette situation n'avait finalement pas vraiment changé leurs habitudes. Le lendemain matin, Severus semblait avoir retrouvé son moi habituel, redevenu sarcastique et grognon. Pourtant, elle s'était réveillée entourée de ses bras, dans une chaleur réconfortante.
Parmi tous les changements qu'elle avait remarqués entre eux, c'était surtout la manière dont Severus se détendait maintenant en sa présence. Elle avait été surprise de découvrir à quel point il pouvait être tactile avec elle. Avant tout cela, il ne s'approchait jamais trop près, sauf quand il dormait, et avait tendance à éviter tout contact physique avec quiconque.
À présent, il s'asseyait tout près d'elle sur le canapé, trouvait n'importe quelle excuse pour frôler son bras ou lui prendre la main. Ils ne s'étaient pas embrassés depuis, et elle ne savait pas comment initier un nouveau baiser. Il n'était pas son premier, mais elle avait l'impression qu'ils étaient redevenus deux adolescents.
Ils vivaient dans un entre-deux, un espace où aucun d'eux ne savait vraiment ce qu'ils représentaient l'un pour l'autre, ni ce que l'autre voulait. Hermione savait qu'elle devrait clarifier les choses tôt ou tard, mais pour l'instant, elle voulait simplement profiter de sa présence.
Severus était assis à son bureau, comme presque tous les soirs. Elle pouvait l'entendre souffler et marmonner à intervalles réguliers.
— Ces copies ont l'air de te mettre de bonne humeur.
— J'ai l'impression qu'ils n'ont rien appris… Dans un mois, ils passent leur foutu examen et, à ce rythme-là, aucun d'entre eux ne l'aura.
Elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.
— C'est la copie de Ron ? demanda-t-elle en reconnaissant l'écriture de son ami. Elle essaya de l'attraper, mais il la rangea avec le reste du paquet d'un coup de baguette.
— Espèce de petite fouineuse.
— Oh, allez, laisse-moi la voir, ce n'est pas comme si j'allais pouvoir lui dire sa note.
— Je suis sûr que tu trouverais bien un moyen de le faire. » Il l'attrapa par la taille, la faisant glisser sur ses genoux. Elle poussa un petit cri avant de rire doucement.
— Severus ? dit-elle doucement. Il la regarda.
— J'ai une question.
— Quelle surprise ! railla-t-il.
Elle roula des yeux, feignant l'exaspération.
— Pourquoi as-tu continué à enseigner ? Tu n'as pas l'air d'apprécier particulièrement cela.
— Par habitude, je pense, répondit-il, son regard dérivant vers le fond de la pièce pour éviter celui d'Hermione. J'ai passé la majeure partie de ma vie ici. Et puis, qui se plaindrait d'être nourri et logé gratuitement dix mois sur douze ?
— Tu ne souhaiterais pas faire autre chose ?
— N'avais-tu pas dit que tu n'avais qu'une seule question ?
— Severus… le gronda-t-elle.
— Je n'en ai pas la moindre idée.
Il semblait pensif. Il avait relégué tous ses rêves loin dans son esprit, et la petite question d'Hermione en avait fait remonter certains. Il n'était plus obligé de rester au château ni d'enseigner à ces élèves incompétents et idiots. Il n'avait jamais été très dépensier et avait probablement assez d'argent pour vivre en dehors de Poudlard.
Elle avança doucement la main et repoussa une de ses mèches noires derrière son oreille, dégageant ainsi son visage. Il tourna la tête vers elle, se demandant ce que cela pourrait être de vivre avec elle, de se réveiller chaque matin à ses côtés, jusqu'à la fin de sa vie. Il regarda son sourire doux, cette petite lueur dans ses yeux bruns, et pensa que cela pourrait être merveilleux. Pourtant, il n'arrivait toujours pas à éradiquer cette peur tapie au fond de lui, celle de la voir disparaître un jour. Elle finirait par réaliser qui il était vraiment et partirait, comme chaque bonne chose qu'il avait eue dans sa vie. Et elles avaient été rares. Mais pour l'instant, la seule chose qu'elle fit fut de se rapprocher un peu plus. Son regard était un mélange d'incertitude et de désir.
Il termina le chemin jusqu'à ses lèvres et l'embrassa doucement. Ce baiser était différent, plus tendre, moins pressé. Il goûtait délicatement à la saveur enivrante de ses lèvres, essayant de chasser ses pensées sombres. À cet instant, il ne voulait penser qu'à elle. Hermione, installée sur ses genoux, tout près de son cœur qui n'avait pas battu ainsi depuis longtemps. Il voulait laisser derrière lui ses peurs irrationnelles. Il voulait simplement elle.
Hermione finit par bouger, passant ses jambes de chaque côté des siennes pour s'installer plus confortablement, sans jamais perdre le contact avec lui. Elle glissa les mains dans ses cheveux tandis que lui gardait les siennes galamment dans son dos, remontant parfois doucement avant de redescendre.
Ils se détachèrent aussi lentement qu'ils s'étaient approchés. Elle se blottit contre lui, la tête nichée dans son cou, mordillant délicatement la fine peau de celui-ci.
— Je suis censé travailler, et tu es en train de me déconcentrer, dit-il.
— Tu n'as pas l'air de te plaindre, répondit-elle.
— Ce n'est pas ce que j'ai dit.
Elle se redressa, l'embrassa rapidement avant de se lever.
— J'ai de toute façon moi aussi des choses à faire.
— Tu retournes pister Minerva ?
— Très drôle, Severus, répondit-elle en levant les yeux au ciel. Il haussa un sourcil moqueur.
— Je vais chercher quelques affaires de rechange. Je n'ai plus rien de propre ici, et certains de mes vêtements ont disparu.
— Les elfes les ont emportés avec les miens pour les laver.
— Eh bien, avant qu'ils ne réapparaissent — si tant est qu'ils le fassent — je devrai en chercher d'autres. Je ne vais pas me promener nue ici… même si personne ne risque de le voir.
— Cela ne me poserait pas vraiment de problème, murmura-t-il pour lui-même.
Elle l'avait cependant entendu, et le rouge lui monta aux joues. Avant qu'il ne puisse le remarquer, elle sortit de ses appartements.
ooOOoo
Il était environ trois heures du matin quand elle se réveilla, ne comprenant pas immédiatement ce qui se passait. Elle attrapa sa baguette, posée sur la table de chevet, et regarda autour d'elle. Severus semblait agité. Il remuait, ce qui n'était pas dans ses habitudes, car d'ordinaire, il bougeait très peu, restant dans la même position où il s'était endormi. Ses sourcils étaient froncés.
« Severus ? » l'appela-t-elle doucement.
Il ne répondit pas. Sa tête bougeait nerveusement de gauche à droite, et son corps était parcouru de spasmes.
Ne sachant pas trop comment il réagirait en se réveillant, elle tenta de l'appeler à nouveau, plus doucement cette fois.
« Severus, ce n'est qu'un cauchemar, » murmura-t-elle. Elle continua de lui chuchoter des mots apaisants, espérant le calmer. Peu à peu, il sembla se détendre.
Soudain, il ouvrit les yeux d'un coup, la faisant sursauter légèrement. Elle y vit une profonde panique. Il cligna des yeux et sembla reprendre contact avec la réalité.
« Severus ? » l'appela-t-elle encore.
Il se tourna vers elle, et l'expression de peur dans ses yeux fit place à une sorte de vide. Il se refermait sur lui-même. Son cauchemar devait être particulièrement pénible s'il se coupait ainsi de ses émotions.
« Que s'est-il passé ? » demanda-t-elle doucement.
Derrière ses barrières, elle pouvait encore percevoir la frayeur et la confusion, comme s'il ne savait plus exactement où il se trouvait.
Il essaya de parler une première fois, mais aucun son ne sortit. Il avala sa salive et reprit, d'une voix rauque :
« C'était juste un cauchemar… »
— Cela t'arrive souvent ? demanda-t-elle avec inquiétude.
— Je n'en avais pas eu depuis un certain temps. »
Il ne la regardait toujours pas. Son esprit semblait rejouer les scènes de son rêve.
« Veux-tu en parler ? » proposa-t-elle doucement.
Ils étaient tous deux assis sur le lit. La main d'Hermione était posée dans le dos de Severus, dans un geste réconfortant. Il s'accrocha à ce contact pour chasser les angoisses qui continuaient de le hanter.
Voyant qu'il ne répondait pas, Hermione reprit la parole.
« Tu n'es pas obligé, » murmura-t-elle doucement.
« Si, si… Je… » répondit-il, hésitant.
Elle ne l'avait jamais vu aussi perdu, aussi peu sûr de lui. Severus, d'habitude si inébranlable, semblait toujours posséder une assurance infaillible, sans jamais laisser sa voix monter dans les aigus comme la sienne pouvait parfois le faire.
Elle lui laissa quelques instants pour se reprendre. Finalement, il souffla doucement :
« C'était juste un souvenir d'enfance. De mon père, plus précisément. »
« Comme celui que j'ai vu la dernière fois ? » demanda-t-elle avec précaution.
Il se rappela le souvenir partagé lors de leur précédente dispute et eut un sourire crispé.
« Tu n'as pas vu grand-chose, mais oui, en quelque sorte. Mon père était un homme dur. Malgré toutes les horreurs que j'ai pu voir pendant mes années de Mangemort ou durant la guerre, rien de tout cela n'a jamais été aussi… » Il chercha ses mots, puis reprit : « … douloureux. Ces expériences étaient traumatisantes, bien sûr, mais mon père a créé quelque chose en moi… quelque chose que je déteste. »
Hermione se rapprocha instinctivement de lui, cherchant à lui apporter un peu de réconfort.
« Je n'ai pas eu une enfance aussi heureuse que la tienne. Ce n'était pas la même époque, ni le même contexte. Nous étions pauvres. Mon père a toujours détesté ça. Il se détestait tellement qu'il a fini par nous haïr, ma mère et moi. J'ai longtemps pensé que si je n'avais pas existé, ou s'il ne s'était pas marié avec ma mère, il n'aurait pas eu autant de responsabilités. Nous étions devenus le fardeau de son existence. Il devait nous nourrir, nous abriter, nous faire vivre, et il ne pouvait pas le faire correctement. »
« Ta mère n'était-elle pas une sorcière ? » demanda Hermione, curieuse.
« Elle aurait pu nous aider, oui, mais je pense qu'il était déjà brutal avec elle avant même ma naissance. Je ne sais même pas pourquoi ils étaient ensemble. Il détestait la magie. Pour lui, j'étais un monstre. Je n'étais pas censé avoir ces pouvoirs ; j'aurais dû être comme lui, un simple homme, pas un sorcier. S'il avait laissé ma mère utiliser sa magie, cela aurait été pour lui un échec de plus. C'était lui qui devait travailler et subvenir à nos besoins, pas elle. De toute façon, je ne pense pas qu'elle aurait pu faire grand-chose. Même quand il n'était pas là, elle utilisait très rarement sa baguette, et elle n'était capable que de sorts minimes. »
Il avait posé sa tête sur la sienne. Elle lui prit une main et entrelaça leurs doigts. Tout le corps Severus semblait crier de partir, la tension qu'elle ressentait, le crépitement autour d'eux lui indiquait combien il lui était difficile d'exprimer cela. Pourtant, il ne bougea pas et resta près d'elle.
— Ce n'était pas une Cracmolle. Elle avait été à Poudlard. Elle m'avait appris à contenir ma magie. Mais parfois celle-ci se réveillait, et dans ces cas-là mon père…
Sa main se serra sur celle d'Hermione. Il essayait de s'ancrer dans la réalité, de ne pas aller trop loin dans ses souvenirs.
— J'aurais aimé pouvoir l'arrêter. J'aurais pu… Il aurait suffi d'un coup de baguette pour qu'il s'arrête, mais j'en étais incapable.
— Tu n'étais qu'un enfant, dit-elle doucement, mais il ne sembla pas l'entendre.
— Il a fini par la tuer. Ce n'était pas une bonne mère, mais elle restait ma mère. J'aurais pu la sortir de là, j'aurais pu l'aider. Mais j'étais faible.
— Severus, tu n'étais qu'un enfant, répéta-t-elle.
Mais il ne semblait plus du tout l'écouter cette fois, complètement perdu dans ses pensées. Elle se redressa, prit son visage dans ses mains et le força à la regarder dans les yeux.
— Tu n'étais qu'un enfant, tu avais peur. Ce n'était pas ta faute.
— Mais…
Elle pouvait voir à ce moment le jeune Severus, celui du souvenir. Elle voyait la terreur dans son regard et cette douloureuse colère.
— Ta mère était une adulte et une sorcière. Tu n'étais pas encore aussi fort que tu l'es maintenant, tu ne pouvais rien faire. Rien de tout cela n'est ta faute. Tu m'entends ?
Il se recroquevilla alors sur lui-même, se blottissant contre elle, comme un enfant. Elle l'entoura de ses bras. Il retenait si fort ses larmes que son corps l'exprimait à sa place, parcouru de spasmes. Elle s'adossa à la tête de lit derrière elle, emmenant Severus dans le mouvement. Il semblait inconfortable, replié sur lui-même, la tête posée sur son épaule. Mais il ne bougea pas.
Il finit par fermer les yeux, glissant peu à peu vers ses genoux. Elle passait doucement ses doigts dans ses cheveux. Sentant qu'il s'endormait, elle s'autorisa à pleurer en silence. Elle n'avait pas voulu craquer devant lui. Il avait été son roc ces derniers mois, alors elle avait voulu devenir le sien. Levant les yeux au plafond pour ne pas fondre totalement en larmes, elle se demanda comment il avait fait pour survivre. Comment il avait pu continuer malgré tout ? Elle comprit alors qu'à pratiquement aucun instant de sa vie, Severus Snape n'avait véritablement vécu. Il n'avait fait que survivre, année après année.
Elle connaissait une partie de sa vie. Elle savait pour la mère d'Harry. Tout le monde le savait, son ami l'avait crié à Voldemort. Mais quand bien même, il avait survécu jusqu'au jour où il n'avait plus voulu de cela. Et même sa mort, on la lui avait volée.
