Journal des reviewers

Lilinnea : Duchesse Duveteuse, Princesse Peluche, Marquise Moumoute, Comtesse Collerette... Il y aurait de quoi nommer Siam mdr.
J'avoue, je transpose tous mes fantasmes vidéoludiques dans cette fic XD C'est l'avantage d'être auteur, on fait ce qu'on veut. Le traducteur en temps réel est quasi-déjà là, ne serait-ce que par l'IA qu'on a sur les Samsung S24 qui écrivent en temps réel la traduction de tes appels étrangers. Mais le jour où ça se fera à l'oral... *ç*
Nous en apprendrons plus sur ce fameux copain dans ce chapitre.

Anya Kristen : Hello et bienvenue ! Merci pour ta review ^^ Il pourrait être amusant de voir Reis jouer à LoE avec ReadyCheck. Il les mettrait tous à terre en PVP lol. Nous verrons si sa situation le lui permet.

Maintenant qu'Ysée a démontré qu'elle pouvait être plus détendue, est-ce que les choses vont être plus simples ?

Hmm... ça dépend de ce à quoi elle sera confrontée.


CHAPITRE 8 - INSAISISSABLE YSÉE

Reis eut à attendre le lendemain matin avant de pouvoir parler avec Ysée. Cette dernière ne travaillait pas le mercredi donc elle avait tout le loisir de paresser devant son café.

Après son raid de la veille, la jeune femme avait souhaité la bonne nuit à ses compagnons de guilde puis s'était déconnectée pour aller se coucher. Le sommeil chez elle, c'était sacré. Ou peut-être avait-elle son petit train train si millimétré qu'elle en appréciait sa régularité ? Sans doute les deux raisons étaient-elles valables.

Ysée se retrouva donc le lendemain matin assise à la table du petit-déjeuner devant un Reis à l'expression si dense sur elle qu'elle ne pouvait pas la manquer, même en s'appliquant à fuir son regard comme à son habitude.

« Reis, tu recommences. Tu me gênes à me fixer comme ça. On dirait un stalker. »

L'androïde papillonna et se reprit en tâchant de veiller à arborer un visage plus léger.

« Je repensais à hier soir, expliqua-t-il.

_ Ce n'était qu'un raid entre potes, tempéra-t-elle en gloussant. Ce n'était pas le championnat mondial d'e-sport...

_ J'ai trouvé l'expérience très enrichissante, cependant. »

L'humaine remua un peu sur son tabouret, l'expression soudainement beaucoup plus composée. Elle sentit une pointe d'appréhension l'envahir.

« C'est à dire... ? articula-t-elle avec une grande prudence.

_ Tu as certes une personnalité introvertie mais tu sais te détendre et te relâcher quand tu es en confiance, exposa Reis. Tu n'es plus sur le qui-vive, tu es drôle, tu sais intervenir quand il faut. En fait, tu serais plutôt ce qu'on appelle une « fausse timide ». Il te faut simplement un environnement familier ou rassurant pour que tu t'exprimes sans filtre. L'effet désinhibiteur de la barrière de l'écran n'est plus à démontrer. »

Les épaules de la jeune femme se détendirent pendant qu'elle poussait un très long soupir de soulagement en son for intérieur. Ouf. Elle avait redouté quelque chose de mille fois plus subtil que ça. Rien de ce que venait de dire Reis ne la surprenait.

« Après, je n'étais pas comme ça quand je suis entrée chez ReadyCheck, hein, nuança-t-elle. Quand j'ai débuté sur le jeu et en soigneuse de surcroît, je n'en menais pas large.

_ J'imagine. Je suis d'ailleurs surpris que tu ais choisi une spécialisation avec de telles responsabilités. Je pensais que tu jouerais une classe de dégâts. »

Ysée décoda sans mal le message subliminal qu'il dissimulait sous une élégante paraphrase : pourquoi une fille avec un manque de confiance en elle a-t-elle endossé un rôle si stressant ?

En vérité, quand elle avait commencé LoE, elle s'était lancée à l'aveugle et avait tout appris sur le tas. Elle ne savait pas ce qu'était une vestale lunaire ; juste que cette classe l'appelait. Alors, elle s'était entraînée pendant des heures et des heures, à enchaîner les donjons pour se perfectionner. C'était loin d'être évident et c'en était même parfois douloureux quand elle avait croisé des joueurs peu cléments avec les nouveaux arrivants. Mais par chance, elle avait fini par rencontrer ReadyCheck avec qui elle put trouver la stabilité nécessaire pour mieux apprendre et se perfectionner.

Bien sûr, il était hors de question pour Ysée de donner tous ces détails à Reis. Elle était bien trop contente d'avoir pu lui damer le pion sur un aspect d'elle.

Elle étira un grand sourire narquois espiègle.

« Oh, un androïde dont les millions de calculs simultanés n'avaient pas prévu quelque chose ? GG moi. Tel est le caractère très aléatoire de la nature humaine, mon cher Reis. L'Homme est capable des pires et des meilleurs imprévus. »

Reis comprenait ses dires mais ne pouvait les assimiler. Ce seul aléatoire qu'il devait gérer était assis à ses côtés. Il n'était pas en mesure de se l'appliquer lui-même.

Son interlocutrice humaine scruta cette figure un peu dans le vague et cette LED qui clignotait au gré de ses « pensées ». Elle imaginait que la notion d'aléatoire devait revêtir pour l'androïde au mieux une étrangeté ou au pire une aberration. L'imprévu ne pouvait pas se glisser entre les zéros et les uns de son code en ce qui le concernait.

« Ça doit être bizarre, se dit-elle à voix basse. Être contraint d'obéir sans en avoir vraiment conscience...

_ Je ne perçois pas la chose de cette façon, mais je comprends ton point de vue », répondit Reis avec sa neutralité robotique.

Ysée le guetta un moment puis se leva en le fixant avec intensité.

« Interdiction de bouger. »

L'androïde la suivit des yeux alors qu'elle se postait près de lui. La jeune femme tendit son index et son majeur et les dirigea lentement vers le visage de Reis. Il regarda sans ciller les doigts qui se dirigeaient de plus en plus vers ses yeux, implacable et neutre.

Ysée s'arrêta un centimètre avant l'impact oculaire.

« Même pas un clignement de paupières, siffla-t-elle avec une vague admiration. Tu es vraiment muselé par ton programme.

_ J'étais convaincu à quatre-vingt-dix pour cent que tu ne l'aurais pas fait. Tu n'es pas comme ça.

_ Seulement quatre-vingt-dix pour cent ?

_ Le côté aléatoire de l'humain », sourit légèrement Reis.

L'humaine lui retourna un air de défi et s'en retourna vers la cuisine. Le caractère aléatoire, hein ?

L'androïde l'observa passer derrière le comptoir de la cuisine, l'entendit ouvrir un tiroir et farfouiller dedans. Quand elle se retourna vers lui, Ysée tenait un couteau en parallèle de sa gorge.

« Interdiction de bouger », souffla-t-elle en allant poser le fil de la lame sur sa peau.

Tout se passa très vite. La seconde d'après, elle se retrouva contre la poitrine de Reis qui avait attrapé sa main armée pour la tirer vers son dos à lui, lui empêchant tout geste dangereux envers elle.

Raide comme un piquet, Ysée leva un regard hébété vers son sauveur dont les traits étaient tendus à l'extrême.

« Loi numéro un de la robotique de 1942 : un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger, dit-il d'une voix calme mais assertive. Et loi numéro deux : un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi. »

Ysée soutint cette œillade perçante qui scannait son âme de part en part avant de hausser un sourcil circonspect.

« Même pour un couteau à beurre ? »

L'androïde cilla de surprise et ramena devant lui la main armée... d'un couteau à beurre dont la pointe ronde et l'absence totale de tranchant n'auraient jamais risqué de faire du mal à sa porteuse. Celle-ci en profita pour se dégager de l'étreinte la maintenant contre Reis, les joues encore échaudées.

« Pourquoi as-tu fait ça ? demanda-t-il sans comprendre. Pour me tester ? »

Cette question pourtant dépourvue de reproche hérissa le poil de l'arroseuse arrosée.

« Détends-toi et fais marcher ta splendide logique, Reis, bougonna-t-elle. Tu sais que je ne suis pas une courageuse. Je suis trop lâche en plus d'avoir peur de la mort. Je n'aurais jamais le cran de me suicider si l'envie de mourir venait à...

_ Ne te dévalorise pas de la sorte, Ysée. Déjà hier soir... »

L'humaine se tut, étonnée d'avoir été coupée avec tant de véhémence. Elle n'aurait jamais pensé que son « test » - certes extrême – aurait marqué Reis à ce point. L'immaturité de son expérience la fit se sentir bête et elle baissa le nez de honte.

Reis avait quant à lui retrouvé sa placidité posée aussitôt qu'il avait compris que l'humaine n'avait pas cherché à se tuer.

« Quand tu as rembarré Hedarian et sa blague pour un baiser, j'ai perçu une réelle froideur dans ta voix. Pourquoi avoir été aussi virulente ? C'était plus que du sarcasme.

_ Pour avoir la paix », trancha Ysée tout à coup hérissée des piques invisibles de sa carapace.

L'androïde nota tout de suite ce changement d'état d'esprit. Regard fuyant, mâchoire serrée, langage corporel fermé. Elle était sur la défensive, prête à se renfermer au prochain mot de travers.

Il fit silence pour ne pas attiser la tension qu'il générait.

« Tu n'es pas affreuse comme tu l'as clamé hier soir. »

Elle détourna encore la tête et haussa les épaules avec désinvolture.

« Tu as même certains attraits physiques largement appréciés, poursuivit Reis. Tu es grande et mince. Tu as des yeux d'une couleur rare...

_ Et j'en ai deux, c'est encore mieux », ironisa la concernée entre ses dents en se crispant davantage.

Elle avorta la réplique suivante de l'androïde en pointant un index accusateur vers lui.

« Non. La dernière chose que je veux entendre, c'est « Tu es jolie ». Je ne suis pas belle, je ne suis pas mignonne et je ne suis pas laide non plus, OK ? Je suis lambda. Tout ce qu'il y a de plus ordinaire. »

Chaque syllabe détachée avec un soin néanmoins péremptoire suffirent à mettre à quia l'androïde qui n'osa pas rétorquer que selon ses calculs et mesures des proportions du visage d'Ysée, l'harmonie générale de ses traits s'élevait à soixante-huit pour cent ; ce qui numériquement parlant la plaçait au-dessus de la moyenne.

Aussi préféra-t-il retourner la situation autrement pour l'adoucir :

« Je parlais d'Ayulun, rétorqua-t-il avec la légèreté de la plaisanterie. L'apparence de ta fanaa est très soignée. »

Son semi-mensonge fonctionna et l'irritation d'Ysée s'évanouit au profit d'un subit embarras. Une part de Reis se désolait de générer une forme de honte chez l'humaine mais il n'avait pas eu le choix pour désamorcer son irritation.

Bien que curieux de savoir pourquoi elle n'appréciait pas les compliments, il préféra ne pas poursuivre l'échange et demanda à Ysée ce qu'elle comptait faire de sa journée libre. Jouer à LoE ? Écrire ?

Celle-ci réfuta à contrecœur. Pour le futur anniversaire de sa mère, elle devait aller récupérer dans un magasin en ville son futur cadeau : une ancienne veste préférée qui ne lui allait plus laissée aux bons soins d'une couturière pour lui redonner vie. La perspective d'être contrainte à sortir ne l'enchantait pas mais il le fallait.

« Tu veux... venir avec moi ? »

Au cas où cette voix ténue n'avait pas suffi, Reis lut sur le visage de son interlocutrice qu'elle-même semblait peiner à réaliser ce qu'elle lui avait proposé.

« Tu veux t'infliger une compagnie supplémentaire en plus de ton anxiété sociale ?

_ Ne remue pas le couteau, Reis, pria-t-elle avec moue dépitée. Si tu ne veux pas...

_ Si, ça me dit bien, sourit-il. Ça t'aidera peut-être de ne pas être seule. »

Ysée ne fut pas en mesure de lutter contre la bonne volonté de l'androïde et retourna à sa chambre pour se préparer.

Il faisait encore une chaleur étouffante aujourd'hui et le court trajet en voiture n'avait pas duré assez longtemps pour qu'Ysée puisse emmagasiner assez de frais provenant de sa clim pour affronter la chape de plomb ardent sur ses épaules une fois qu'elle quitta le parking souterrain du centre commercial.

Avant d'emmener Reis avec elle, elle s'était quand même assurée auprès de lui que son statut de prototype en cours de développement ne risquait pas de lui attirer d'ennuis à cause d'une quelconque clause de confidentialité. L'androïde l'avait alors rassurée : il n'avait pas détecté en interne la moindre raison de s'empêcher de se montrer au public et, de toute manière, pourquoi ferait-on attention à lui en particulier ? Ce n'était pas comme si les androïdes ne marchaient pas déjà au milieu des humains.

Pendant qu'ils longeaient les galeries marchandes du centre commercial après avoir récupéré le futur cadeau d'anniversaire chez la couturière, Reis épiait avec attention son accompagnatrice. Ysée ne craignait pas la foule ni vraiment le contact social. Ses quelques échanges avec la tenancière de la boutique avaient été normaux et ne laissaient pas spécialement transparaître sa timidité, si l'on mettait juste de côté sa difficulté à regarder ses interlocuteurs dans les yeux.

Oui. Comme elle l'avait dit, Ysée faisait illusion de loin mais une inspection plus poussée comme celle de Reis permettait de remarquer certaines petites choses. Son langage corporel trahissait un manque d'aisance. Pendant qu'elle gardait un écouteur dans son oreille, la jeune femme marchait d'un pas vif, tête droite et son regard avait tendance à se diriger vers le sol ou dans le vague. D'un point de vue extérieur, elle dégageait une aura froide et dissuasive.

C'est en remarquant par hasard les quelques coups d'œil des passants vers Reis à ses côtés qu'Ysée prit conscience qu'elle n'était pas seule dans sa promenade. Elle fit la moue et se défit de son oreillette.

« Il faudrait que j'arrête avec ça, reconnut-elle, peu fière. Ce n'est pas correct vis à vis de toi, même si ça me rassure. »

Reis était content de cet effort et devinait que ce n'était pas évident pour elle.

« Tu me ferais écouter ce que tu aimes, à l'occasion ?

_ Euh... si tu veux. »

Elle soupira d'inconfort à cause du soleil qui tapait dur et se passa dans le cou un petit mouchoir-éponge semblable à ceux que les asiatiques avaient sur eux pendant la saison chaude ; un achat de son voyage à Tokyo qu'elle ne regrettait pas.

« Quelle chaleur, gémit l'humaine en nage. Quand j'imagine tes biocomposants et tes circuits qui doivent déjà naturellement chauffer, je n'ose pas imaginer ta température interne.

_ J'ai de quoi la réguler et CyberLife n'a pas encore jugé utile de nous doter de fluide corporel évoquant la sueur. Certaines spécificités humaines n'ont pas forcément lieu d'être », se réjouit tranquillement Reis qui mesurait l'ampleur de cet inconvénient de mortel.

Son accompagnatrice n'irait pas le contredire. Elle-même aurait aimé se défaire de cette contrainte peu glamour. Cela dit, son cerveau humain restait très logique et buté. Elle associait malgré elle la chaleur extérieure avec le fait de voir Reis porter le même tee-shirt depuis quelques jours et ne pouvait s'empêcher de ressentir une sensation de saleté. Ce qui était stupide au possible parce que Reis ne transpirait pas.

La jeune femme attrapa tout à coup le poignet de ce dernier et le tira avec elle à l'intérieur de la boutique près de laquelle ils passaient. C'était un magasin de prêt-à-porter masculin dont la climatisation bienfaitrice appliqua sur les capteurs de l'androïde un changement de température de près de vingt degrés.

« Ne reste quand même pas trop longtemps sous cette clim, conseilla Reis. Tu pourrais prendre froid sur la gorge.

_ Ce n'est pas vraiment pour la clim qu'on est là. »

Ysée se dirigea d'un pas décidé vers un immense écran tactile sur lequel elle fit défiler des photos de mannequins habillés de différentes tenues.

« Tu as des couleurs préférées ? » demanda-t-elle comme si de rien n'était.

Reis fronça un peu les sourcils, incertain de bien comprendre.

« Quoi ? Pourquoi faire ?

_ Reis. Fais plaisir à mon cerveau rigide qui accorde décidément bien trop d'importance au mimétisme androïde et trouve-toi quelques hauts. Sinon je te prends une chemise hawaïenne ridicule. »

Même les yeux rivés sur son écran, elle sentait ceux dirigés sur elle et ce ridicule qui lui contractait les épaules. Elle n'était qu'une idiote. Une idiote face à un robot à l'air trop humain.

Encore doucement surpris, Reis s'exécuta et fit défiler les différents modèles jusqu'à s'arrêter sur un tee-shirt sable au col tunisien et un autre avec un col V basique caramel. L'écran scanna ensuite sa silhouette affûtée et détermina quelle taille choisir. Ysée fila aussitôt comme une flèche pour aller chercher les articles dans le magasin et enchaîna avec tout autant de rapidité le paiement à la caisse sous la supervision lointaine de son accompagnateur.

Reis alterna plusieurs fois entre la jeune femme et le sac en papier qu'elle lui tendait après avoir payé. Elle venait... de lui offrir des vêtements ? Alors qu'elle savait que ce n'était pas nécessaire ?

« Ça en devient franchement gênant, là », maugréa-t-elle alors qu'elle sentait le chaud monter à son visage.

L'androïde se reprit tout de suite et accepta le paquet.

« Merci beaucoup, Ysée, lui dit-il d'une voix chaleureuse. Même si c'est juste pour apaiser tes angoisses, ça reste un cadeau. J'apprécie beaucoup cette humanité que tu me prêtes alors que je ne suis qu'une machine. »

L'humaine ne s'attendait pas à un sourire aussi fondant alors que la raison qui l'avait poussée à lui acheter ces vêtements était dépourvue de réel altruisme. Et pourtant, la lueur ravie presque touchée qui étincelait dans les prunelles de Reis n'était pas feinte. Ysée se sentit toute drôle car elle n'était pas habituée à ce genre de visage face à elle. Elle tourna promptement les talons vers la sortie en triturant une de ses bagues et retourna un « De rien » à peine audible étouffé d'embarras coupable.

Quand ils quittèrent la boutique, ce fut au tour de l'androïde d'arrêter son accompagnatrice en lui pointant un autre commerce qui se trouvait quelques pas plus loin. C'était un salon de thé spécialisé dans les gourmandises japonaises dont la jolie vitrine garnie de wagashis aux douces couleurs pastelles captura aussitôt l'intérêt d'Ysée jusqu'à en faire scintiller ses prunelles. Ça faisait vraiment longtemps qu'elle n'était pas sortie pour avoir raté cet établissement merveilleux.

« Si tu me prends par les sentiments... »

La jeune femme laissa Reis prendre place directement à une table pendant qu'elle allait passer sa commande. Son anxiété fut mise à mal quand elle se retrouva face à l'employée humaine au comptoir et le grand tableau détaillant la carte. Elle était prise entre l'angoisse de la faire attendre et tous ces choix qui lui donnaient envie.

Quand elle alla le retrouver à sa table, Reis notait à la chaleur qui rosissait les joues d'Ysée que l'épreuve avait été rude. Un sourire un peu coupable fuit sur ses traits. Le moindre petit accroc pouvait si facilement déstabiliser les personnes introverties.

L'androïde voulut chasser l'anxiété de sa protégée en lui demandant ce qu'elle avait choisi.

« Ichigo daifuku et une glace anko-matcha. Ça va être une tuerie ! » s'enthousiasma Ysée avec gourmandise.

L'intérieur du salon de thé était cosy et son atmosphère apaisante rappelait sans mal le côté traditionnel du Japon. Le faible nombre de clients actuel permettait aussi de jouir d'une certaine intimité bienvenue pour Ysée qui conservait malgré tout une curieuse sensation à sortir avec un androïde.

« J'imagine que cette sortie t'aura fourni ton quota de social pour un moment ? s'enquit celui-ci d'une gentille ironie.

_ Exactement, confirma Ysée sans détour. Je n'ai jamais ressenti le besoin de devoir absolument rencontrer ou de parler à des gens. Je me sens mieux toute seule.

_ Et tu t'es retrouvée avec un androïde entre les pattes.

_ Ce... n'est pas pareil avec toi. »

Il cilla et releva un peu le menton.

Ce n'était qu'un constat, une vérité concrète que venait d'exposer Reis avec naturel. Pourtant, Ysée avait ressenti le besoin de la nuancer sans savoir non plus pourquoi elle n'associait pas son colocataire robotique à une sociabilisation forcée. Peut-être pour la simple raison qu'il n'était pas vraiment humain.

Humaine et androïde s'épiaient en silence, chacun dans son flot de pensées lorsque la serveuse approcha de leur table. Elle déposa devant Ysée sa glace et sa pâtisserie et devant Reis, un mochi blanc dans une petite assiette.

« Cadeau de la maison », lui annonça-t-elle avec un sourire un brin appuyé avant de s'en retourner.

Il y eut un blanc au milieu de la table. Reis ne cachait pas son incrédulité, imité d'Ysée tout aussi surprise.

« Elle n'a pas dû voir la LED sur ma tempe, comprit-il en réalisant que son profil droit longeait un mur.

_ Je ne vois que ça. »

La jeune femme attrapa sa cuillère et entama sa glace, le regard toujours flottant au loin. Après un temps de silence dans ses pensées, elle expira dans un sourire sans joie.

« Qu'y a-t-il ? s'enquit Reis.

_ Rien, ça me fait rire, l'aplomb de cette fille, ricana-t-elle. Elle t'a pris pour un vrai garçon, non ? Et elle vient te draguer comme ça. Jamais je n'oserais faire ça à un mec attablé avec une autre fille. »

Elle gratifia son compagnon de table d'un rictus sardonique.

« Tu vois ? Quand je te disais que tu étais trop bien fait et que je... »

Ysée se retint d'en dire plus et reprit sa dégustation dans un silence aux échos amers.

Oui. Reis était un beau garçon - même factice - et elle, elle était tellement banale qu'il était inconcevable pour cette serveuse de penser qu'elle allait se risquer à draguer un garçon en couple. Aux yeux de l'employée, Ysée était tout au plus une sœur ou une connaissance mais pas une petite amie digne de sortir avec un mannequin.

Reis n'avait pas besoin qu'elle parle pour deviner ce qu'elle pensait. Il se retrouva une nouvelle fois sur un fil bien fragile menant à Ysée mais dont l'équilibre précaire pouvait vite l'éjecter dans le vide de son mutisme. Il voulait lui dire quelque chose pour l'apaiser mais n'était pas sûr de quoi dire.

« Ça t'est forcément déjà aussi arrivé, non ? Te faire accoster par un garçon... » essaya-t-il pour la réconforter.

Le coup d'œil furtif qu'elle eut vers lui ne dura qu'un micro-instant mais fut éloquent.

« Non, mais je ne m'en plains pas, dit-elle avec nonchalance dans un haussement d'épaules. Avec tout ce harcèlement que les femmes subissent dès qu'elles mettent un pied dehors, franchement, je suis un miracle ambulant. Ça me convient très bien. »

Son détachement avait quelque chose qui sonnait faux.

« Et avec ton copain ? poursuivit Reis. Comment...

_ Parce que tu as cru à cette histoire de copain ? Avec ce que tu sais et as vu de moi ? »

Reis ne cacha plus sa décontenance qui allait contre sa capacité à comprendre. Il fronça les sourcils.

« Je pensais que tes compagnons de LoE étaient aussi tes amis. Pourquoi leur mentir ? Ils ont pourtant l'air d'être très sympas.

_ Par sécurité, expliqua Ysée d'un ton égal. J'imagine que dans ton immense bibliothèque interne de connaissances, tu sais que les gameuses sont plus sujettes à se faire ennuyer en ligne, même si le phénomène tend un peu à se calmer. Quand je suis entrée chez ReadyCheck, je ne connaissais personne et j'étais angoissée de ce que j'allais trouver. J'ai menti pour ma tranquillité d'esprit et depuis... Bah. Ça ne gêne personne. »

Ses arguments pouvaient se comprendre et son interlocuteur ne décelait pas de mensonge mais quelque chose le chiffonnait. Comme si elle ne disait que la moitié des choses.

Ysée remarqua à l'expression qui obombrait un peu le visage de Reis qu'il demeurait dubitatif et elle roula des yeux avec exagération en pouffant.

« Oh, ça va. Ne fais pas cette tête. Je n'ai pas de copain comme beaucoup d'autres filles, et après ? Ça ne m'empêche pas de vivre. Et puis, mieux vaut être seule que mal accompagnée. »

Reis était un peu perdu mais ne releva pas. En l'espace de quelques échanges, la jeune femme était passée de l'amertume à la légèreté dans une transition si douce que c'était à se demander si elle ne cherchait pas à détourner l'attention.

Un point s'imposait pour espérer saisir toutes les nuances de cette demoiselle qui savait faire preuve d'une grande maîtrise de ce qu'elle renvoyait quand elle en ressentait l'obligation.


Non, je n'ai pas fini de la faire osciller et elle aura encore des choses à révéler ;)