Quand les limites sont franchies

Tom Riddle se frottait machiavéliquement les mains. L'éviction de Dumbledore de Poudlard était un miracle qu'il n'espérait plus et il devait avouer que quand il avait appris la nouvelle dans les journaux, il s'était mis à danser dans son bureau.

Mais maintenant, il fallait profiter de l'opportunité jusqu'au bout. C'était pour cette raison qu'il avait invité Narcissa, Sirius et Severus chez lui pour en discuter. Lucius les avait rejoints peu après, devant à nouveau répondre à plusieurs questions à la suite de la révélation de la disparition de sa marque des ténèbres.

-Avons-nous une idée de l'endroit où se trouve Dumbledore ? demanda Sirius

-Non, répondit Severus. D'ailleurs, toutes ses affaires sont encore à l'école, il n'a pas eu le temps de faire ses bagages avant de partir.

-Comment ça se fait ? demanda Lucius. Les journaux ont été particulièrement avares de détails.

-A condition que vous soyez soumis à un sort de secret, répondit Severus. Minerva refuse que ça s'ébruite avant qu'elle ne le décide.

-Tu ne crains rien en nous le disant ? s'inquiéta Narcissa

-Non, assura Severus.

Le serment prêté, le maître de potions leur relata ce qui s'était passé.

Flash-Back

Les quatre directeurs de maison avaient remarqué depuis plusieurs jours les changements qui avaient lieu au sein de l'école. Plusieurs serres avaient fait leur apparition, à la plus grande joie de Pomona mais le plus spectaculaire avait été ce que Filius et Severus avaient découvert. En effet, presque du jour au lendemain, ils avaient noté qu'ils pouvaient faire beaucoup plus aisément de la magie, comme si une barrière autour de leur magie était tombée. Renseignements pris auprès des élèves, les Serpentards se sentaient bien moins bridés également dans leur pratique de la magie. Ils avaient donc fini par se rassembler pour essayer de comprendre ce qui se passait.

-J'ai eu l'occasion de passer à la tour des Gryffondor, fit Minerva. La salle commune s'est agrandie et miracle, les dortoirs également. Chaque élève a réellement son espace personnel et n'est plus obligé d'entasser ses affaires dans sa malle.

-Une minute, fit Pomona. Tous tes élèves sont en dortoir ?

-Oui, confirma Minerva. De la première à la septième année. Pourquoi ?

-Nos élèves, indiqua Filius en désignant les autres directeurs, ne sont en dortoir que jusqu'à la quatrième année. Ils sont en chambre double jusqu'à la sixième et ont la possibilité de demander des chambres individuelles pour la dernière année.

-Pas étonnant que les lions aient de telles difficultés d'apprentissage, renifla Severus. S'ils sont incapables de pouvoir travailler à leur rythme ou en petit comité, c'était une catastrophe en devenir !

-La plupart ont obtenu des notes honorables ! s'indigna Minerva

-Alors qu'ils avaient largement le potentiel pour être meilleur, pointa Pomona. C'est toi-même qui l'a dit.

Minerva grommela dans sa barbe inexistante.

-Nous ne sommes pas là pour ça, recentra Filius. Ces changements dans le château ne sont pas l'œuvre de Dumbledore, puisqu'il semble être aussi étonné que nous. Cependant, je pense qu'ils ne lui plaisent vraiment pas et qu'il veut que la situation revienne comme avant.

-Comment ça ? fronça des sourcils Minerva

-Il a tenu à me rendre visite dans mes appartements, révéla Filius. Comme vous ne l'ignorez pas, depuis que je suis professeur ici, j'ai installé bon nombre de sorts, notamment pour mon confort, mais également pour ma protection depuis que nous savons que le directeur n'œuvre pas tout à fait pour le bien-être des élèves.

Les autres professeurs s'agitèrent, mal à l'aise. Depuis qu'ils avaient pleinement pris la mesure de leurs responsabilités en tant que directeur de maison, les actes de Dumbledore n'en étaient que plus flagrants.

-La première chose qu'il a dite en entrant, c'est qu'il allait se charger de placer des sorts qui me faciliterait la vie, continua Filius. Sans même me demander si j'étais d'accord ou même, si j'en avais besoin. Pendant que je préparais le thé, je l'ai vu examiner les lieux magiquement, ce qui est, je vous rappelle, d'une impolitesse grave. A un moment de la discussion, il a compris que je n'allais lui accorder aucune de ses exigences donc il m'a endormi et a installé ses sorts dans mon dos.

-Ensuite ? gronda Pomona, indignée

-Il est parti comme si de rien n'était, répondit Filius, hargneux. Ce qu'il ne sait pas, c'est que je dispose maintenant de protections en tant que directeur de maison et il m'a été très facile de démanteler ce qu'il avait fait, même si c'était particulièrement faible. Mais comme il les maîtrisait sur le bout des doigts … je pense qu'il avait l'habitude de restreindre la magie de certains d'entre nous dans l'enceinte de l'école.

La colère gronda sourdement sous la peau des quatre professeurs mais ils savaient qu'ils devaient garder leur calme.

-J'ai interrogé les protections de Rowena Serdaigle, reprit Filius. Au passage, elles sont bien plus puissantes que l'année dernière. Il s'avère que Dumbledore a tenté d'influencer magiquement ma façon de penser pour me convaincre de ne pas pousser mes élèves à s'interroger sur le monde extérieur à Poudlard. Sûrement à cause du devoir que j'ai donné à mes classes d'ASPIC la semaine dernière.

-Quel devoir ? demanda Pomona

-Les méthodes à travers le monde de détection de la magie, répondit Filius. Il s'avère que les sorts utilisés habituellement hors de Grande Bretagne sont tous sans exception considérés comme de la magie noire ici, donc théoriquement illégaux.

-Théoriquement ? releva Pomona

-La magie noire n'existe pas, soupira Severus. C'est un abus de langage que Dumbledore assène comme vérité depuis des années et l'une des raisons pour laquelle il s'acharne sur les Serpentards parce qu'ils sont parfaitement au courant. Il n'y a pas de magie blanche et de magie noire, il y en a une seule, neutre, et différentes manières de s'en servir.

-Pour en revenir au sujet qui nous préoccupe, reprit Filius alors que Pomona s'étouffait silencieusement sur cette vérité qu'on venait de lui asséner, ma théorie est que quelque chose a fortifié les protections initiales de l'école, protections qui ne sont pas sous le contrôle direct du directeur de Poudlard. Ces protections ne doivent pas remplir le même rôle que ce que Dumbledore a mis en place pour son propre bénéfice et donc, se confrontent à ce que ce vieux fou a instauré, au point de prendre le dessus et nous permettre d'avoir l'esprit plus clair.

La colère de Filius éclata finalement.

-Je suis au service de Magie et de Poudlard, je refuse d'être l'une des marionnettes consentantes de Dumbledore ! tonna Filius en tapant du poing sur la table

-Moi non plus, décréta Severus, son regard brillant de colère. J'ai encore en travers de la gorge qu'il ait utilisé mon désespoir à la mort de Lily pour me manipuler à son aise !

-Je refuse d'enseigner à mes élèves de voir le monde comme le voudrait Dumbledore, cracha Pomona. C'est à cause de lui que nous sommes méprisés par toute la société alors qu'une maison de Poudlard ne fait pas une sorcière ou un sorcier ! Ce sont tous des enfants qui doivent vivre en harmonie tous ensemble, pas se dresser les uns contre les autres à cause des maisons ou des convictions qu'il veut leur imposer !

-Nos élèves ont trop souvent risqué leurs vies depuis qu'il est devenu directeur, gronda Minerva. Je refuse qu'il continue à les mettre en danger pour sa propre gloire ! Plus jamais !

Alors que les quatre directeurs allaient continuer leurs récriminations à l'encontre de leur supérieur, un lourd grimoire tomba sur la table, les poussant à se taire subitement. La couverture était très ancienne, sur le point de se désagréger, mais la magie qui en émanait leur fit comprendre qu'ils étaient en présence d'un artefact puissant, ancien mais probablement assez dangereux. Mais pour qui, telle était la question …

N'écoutant que son courage, Minerva tendit la main au-dessus de l'ouvrage mais se garda bien de le toucher. A la place, elle laissa couler sa magie pour qu'elle aille à la rencontre de l'artefact. Filius la suivit, puis Pomona. Severus, méfiant de nature, mit quelques instants avant de leur emboiter le pas, comprenant au plus profond de lui-même que c'était la chose à faire. L'union des quatre maisons prit tout son sens par ce seul geste et le grimoire s'ouvrit. Les pages volèrent jusqu'à la dernière couverte de symboles qui se précisèrent jusqu'à qu'ils puissent déchiffrer ce qu'il y avait d'écrit :

A compter de ce jour, de cette heure et de cette minute, Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore est démis des fonctions qu'il a usurpées …

Fin Flash-Back

-Nous avons compris que nous avions entre les mains le fameux Grimoire de Poudlard, qui retrace toute l'histoire du château de manière totalement objective, expliqua Severus. Nous avons consulté quelques pages, assez pour comprendre qu'il fallait chasser Dumbledore au plus vite. Nous avons profité du repas pour signifier cette sanction et permettre à la magie du château de l'expulser.

-Donc il ne peut plus reprendre la tête de Poudlard ? demanda pour confirmation Narcissa

-Même si le ministère le réinstalle à ce poste, ça serait compliqué de remplir ses fonctions s'il ne peut pas entrer sur le domaine, ricana Severus. Pomona a accepté de devenir la directrice par intérim.

-Pourquoi pas McGonagall ? s'étonna Tom

-On a hésité, avoua Severus. Mais Minerva a reconnu elle-même que cela faisait des années qu'elle était l'adjointe de Dumbledore et que ça desservirait totalement l'école si on s'imaginait qu'elle poursuivrait avec les méthodes de son prédécesseur.

-Et pour la prochaine année scolaire ? demanda Lucius

-Je vous laisse la surprise, sourit Severus.

-Quand ? demanda Sirius

-Je dirais d'ici mi-août, si tout va bien, répondit Severus. Nous voulons vraiment garder la surprise pour tout le monde.

Tous essayèrent de lui tirer les vers du nez mais sans succès. Ils durent donc abandonner.

-Sans Poudlard, Dumbledore va avoir du mal à fédérer les foules pour lui servir de chair à canon, commenta Tom. Il avait déjà du mal sans Potter …

-Mais c'est maintenant qu'il va être le plus dangereux, pointa Sirius. La guerre contre Voldemort est en train de lui échapper sans qu'il ne le veuille, ce qui veut dire qu'il est de plus en plus acculé. Dimitri Vater et Angus Boer m'ont fait remarquer que Dumbledore était un maniaque du contrôle qu'il va vouloir récupérer à tout prix.

-Donc cela comprend mettre la main sur Potter, fit Tom.

-Ce qui va être plus que compliqué, fit Severus. Personne ne connait son adresse actuelle et même si c'était le cas, je doute que ce ne soit pas une véritable forteresse. Sans compter les lois d'apprentissage qui le rendent virtuellement intouchable.

-Jusqu'à ce qu'il en soit libéré, de gré ou de force, peu importe qu'il ait terminé son apprentissage, rappela sombrement Narcissa. Tu es paradoxalement encore plus danger aujourd'hui qu'avant, Severus.

-Je suis le plus souvent à Poudlard, indiqua Severus.

-Mais tu vas chercher toi-même les ingrédients de potions dont tu as besoin, argua Lucius. Quand tu n'es pas dans la forêt interdite, tu te rends sur le Chemin de Traverse. Autant d'endroits où tu peux être attaqué.

Severus garda le silence. Quand il avait convenu avec Harry de la mise en scène pour officialiser le contrat d'apprentissage, celui-ci lui avait fait remarquer que la cible qu'il avait sur la tête allait s'élargir. Il s'en était ouvert à Garrick Ollivander qui lui offert une protection à la condition qu'il ne le dise à personne. La magie utilisée lui était inconnue mais lui avait déjà sauvé la vie plusieurs fois.

-Effectivement, je devrais prendre plus de précautions, concéda Severus. Mais ma priorité reste de sécuriser Poudlard. Maintenant que Dumbledore n'est plus à la tête de l'école, le ministère comme Voldemort vont se sentir pousser des ailes et il est hors de question qu'ils s'en emparent.

-Je doute également que monsieur Potter laisse quiconque te tuer, fit Tom. Il a quand même accepté d'entrer en apprentissage sous ta houlette sans prendre en compte l'avis de son entourage.

Tous sourirent.

-Bien, fit Tom. Maintenant, il faut savoir où a disparu notre cher Dumbledore …

§§§§§

Hermione souffla lourdement en se hissant hors du bassin.

La dégradation de sa santé l'avait prise par surprise, ce qui l'avait poussé à augmenter ses doses de potions. Malheureusement, en étant bloquée à l'école, elle ne pouvait pas se procurer les ingrédients nécessaires pour en brasser d'autres. Quand elle avait voulu le faire avec les moyens du bord – elle en avait quand même apporté au cas où – une crise l'avait cloué au sol et elle s'était évanouie. Mais à sa plus grande stupeur, quand elle était revenue à elle, le laboratoire était propre et la potion faite, avec un mot.

Revenez ici quand vous n'en aurez plus

Un flacon contenait deux jours de traitement et cinq flacons trônaient fièrement sur la paillasse. Après les vérifications de rigueur – la potion était même de meilleure qualité que ce qu'elle pouvait faire – elle les avait embarqués et les avaient soigneusement rangés dans sa malle. Chaque jour, elle buvait la dose recommandée et elle se rendait compte qu'elle lui apportait beaucoup plus de soulagement que si elle les avait brassées elle-même. Mais rapidement, elle fut à court et elle dût se rendre dans la salle sur demande pour avoir de nouvelles doses.

-Je pensais que vous auriez évité de reproduire la même situation que la dernière fois, commenta une voix masculine.

Hermione se retourna brusquement, baquette en main et un sort sur le bout des lèvres.

-Qui êtes-vous ? gronda Hermione

-Celui qui a brassé à votre place cette potion prodigieuse, répondit l'homme en désignant la fiole du menton.

-Qui êtes-vous ? articula Hermione

-Laze Agni, se présenta l'inconnu. Enchanté.

-Vous n'êtes pas élève ni professeur ici, constata Hermione.

-C'est le cas, confirma Laze. Je suis … comment vous dites ? Un héritier des fondateurs.

-Prouvez-le ! cracha Hermione

-Comment pensez-vous que j'aie pu entrer dans une salle qui se verrouille dès qu'elle est utilisée ? pointa Laze

La brune baissa légèrement sa baguette. C'était plausible.

-Comment puis-je vous faire confiance ? fit Hermione

-Votre magie est seule juge, répondit simplement Laze.

Hermione le regarda, surprise. Il s'agissait également d'un conseil d'Harry pour savoir si ses amis et elle pouvaient accorder leur confiance à une personne inconnue. Depuis, ils avaient appris à atteindre rapidement leur noyau magique pour le consulter.

Quand il la vit se concentrer, Laze soupira de soulagement. Harry lui avait déjà parlé de sa meilleure amie et pour ne pas brouiller les cartes en présence, il avait décidé de ne pas donner son véritable nom. Il s'était donc présenté sous son nom de sorcier marié – officialiser leur lien d'âme-sœur devant la Magie était considéré comme un mariage pour les sorciers – mais n'avait pas voulu lui révéler tout de go qu'il était de la maison « ennemie ». Certes, elle n'adhérait pas au conditionnement de Dumbledore mais il ne voulait pas prendre de risques.

-Pourquoi m'avoir aidé ? demanda brusquement Hermione, quelque peu rassurée par l'absence de danger immédiat

-Parce que vous en aviez besoin, répondit Laze. Je ne demande rien en retour, si c'est votre prochaine question. Vous avez besoin de potion ?

-Oui, avoua Hermione avec reluctance. Je …

Un vertige la prit par surprise et Laze s'empressa de la retenir avant qu'elle ne tombe au sol. Il l'aida à gagner un grand fauteuil. Il lui tendit une tasse de thé qu'elle accepta avec soulagement.

-Je vous propose de brasser la potion pendant que vous vous reposez, fit Laze. Nous pourrions également apprendre à nous connaître.

-Je ne veux pas vous livrer tous mes secrets, se méfia Hermione.

-Moi non plus, tempéra Laze. Passons un serment de secret et comme cela, nous ne pourrons pas parler de ce que l'autre nous a confié sans autorisation.

-D'accord, accepta Hermione.

Un filet de magie les unit brièvement puis Laze vérifia la présence des ingrédients nécessaires à la préparation et commença.

-Je ne connais toujours pas votre nom, sourit Laze.

Hermione sursauta avant de se remémorer la conversation. Effectivement, elle n'avait pas pris la peine de se présenter, sur ses gardes à cause de la présence de cet inconnu dans l'enceinte de l'école.

-Hermione Granger, se présenta la jeune femme. Je suis en septième année dans la maison Gryffondor.

-Une jeune sorcière aventureuse, donc, sourit Laze.

La brune se renfrogna.

-Je suis d'abord loyale à mes convictions et à mes amis, grommela Hermione. Ce n'est pas parce que je suis à Gryffondor que je suis « courageuse » ou autres bêtises …

-J'avais cru comprendre que les qualités des maisons de Poudlard avaient une très grande importance pour la population de ce pays, commenta Laze.

-Trop pour ces moutons conditionnés, grogna Hermione.

-Que voulez-vous dire, dame Granger ? demanda Laze

-Dame ? releva Hermione

-Je trouve le « mademoiselle » pas très beau, se rattrapa Laze.

-J'aime bien, avoua Hermione après quelques instants de réflexion.

-Alors ? fit Laze. Des moutons conditionnés ?

-Vous avez dit que vous étiez un héritier de fondateur, fit Hermione. Avez-vous eu le temps de prendre connaissance de votre … héritage ?

-Un peu, répondit Laze. J'ai l'impression que ce n'est pas exactement ce que les fondateurs voulaient laisser derrière eux.

-Pour résumer, l'opinion générale est intégralement dictée par Albus Dumbledore, soupira Hermione. Pour prendre un exemple, il a suffi qu'il dise qu'un adolescent sera le seul à pouvoir vaincre le terroriste qui massacre sans vergogne la population et tout le monde dit amen, sans même relever qu'on demande à un gosse même pas majeur et même pas formé de tuer un sorcier qui a le triple de son âge alors qu'il y a pleins de sorciers qui peuvent remplir cette mission, à commencer par celui qui lui a « aimablement » mis cette destinée sur les épaules.

Laze grogna tout bas. Effectivement, il avait eu le temps de noter cette aberration.

-Peut-être que je me trompe mais j'ai l'impression que pour Dumbledore, les Gryffondor doivent impérativement jouer aux héros sous ses ordres, les Serdaigles rester fourrés dans leurs livres et dans leur monde, les Poufsouffle être totalement niais et inconscients de ce qui se passe réellement autour d'eux et les Serpentards, les grands méchants sans exception, reprit Hermione. Dès que j'ai mis les pieds dans cette école, j'ai refusé de me couler dans le moule des nés de moldus, avides de plaire à leur nouveau monde sans se rendre compte qu'on ne leur enseignait pas ce qu'ils devaient savoir pour l'intégrer totalement.

La brune secoua la tête.

-Bref, il y a un gros décalage entre le monde merveilleux selon Dumbledore et la réalité du monde sorcier, grogna Hermione. Malheureusement, le sorcier lambda ne fait pas de différence parce que Dumbledore est le nouveau Merlin par qui il faut vivre, respirer et obéir sans concessions.

-C'est un avis plus que tranché, commenta Laze.

-Pardon, je m'emballe, rit Hermione, gênée.

-Il ne faut pas, répondit Laze en mesurant la quantité nécessaire d'une essence. Vous semblez avoir largement réfléchi à la situation.

-En vérité, je m'étais rapidement aperçue des différences mais ça m'a frappé en cinquième année, quand on nous a demandé la carrière professionnelle que nous voudrions entamer.

-Ah bon ? s'étonna Laze. Comment ?

-Je me suis approchée des nés de moldus des années supérieures pour leur demander comment ils comptaient concilier leur vie dans le monde sorcier et celle dans le monde non magique, tout en sachant qu'on leur conseillait fortement de rester côté sorcier, expliqua Hermione. J'ai découvert qu'ils ne voulaient pas rester dans le monde sorcier ou plutôt, qu'ils ne pouvaient pas.

-Qu'ils ne pouvaient pas ? releva Laze

-Les employeurs privilégient les nés de sorciers et ne prennent les nés de moldus que pour des postes pour lesquels ils sont surqualifiés, révéla Hermione. Au fur et à mesure, j'ai contacté d'anciens élèves qui se sont exilés dans les communautés magiques du continent où ils étaient enfin considérés à leur juste valeur et où ils ne seraient pas méprisés voire tués à cause de leurs origines. Avec ou sans la guerre, les nés de moldus n'ont que très peu d'avenir en Grande Bretagne sorcière, ce qui ne l'aide pas à sortir du marasme dans lequel l'enfonce Dumbledore car actuellement, nous représentons presque la moitié des élèves entrant et sortant de Poudlard.

-C'est un chiffre assez important, constata Laze. Cela explique votre point de vue.

Tous les deux gardèrent le silence quelques minutes.

-D'après les ingrédients que je prépare, je peux en déduire que cette potion vous garde en quelque sorte en vie, déclara Laze. Comment une jeune femme comme vous a pu en arriver là ?

Hermione soupira.

-Seuls mes parents et une autre personne sont au courant donc s'il y a une fuite, je saurais d'où ça vient, menaça Hermione. J'ai été empoisonnée.

Laze se figea. Il avait d'abord pensé qu'il s'agissait d'une erreur de son propre fait mais si son état de santé était le résultat des actes d'une autre personne …

-Empoisonnée ? poussa Laze

-Je pense que c'était par accident, avoua Hermione en refermant plus étroitement le plaid sur elle. Ce qui est ironique, j'avoue. J'ai une allergie mortelle à l'un des ingrédients d'une potion de contrôle. Pendant des vacances à l'étranger, j'ai fait un malaise et c'est là que j'ai découvert le pot aux roses. Les médicomages ne pouvaient rien faire pour me sauver, mis à part me faire gagner quelques années. En échange, je dois prendre cette potion deux fois par jour. Je suis condamnée.

-N'avez-vous pas tenté de chercher un autre diagnostic à l'étranger ? demanda Laze

-Parce que vous pensez que ce sont les médicomages britanniques qui ont découvert ce que j'avais ? pouffa Hermione. Je ne sais pas si vous êtes au courant mais ils sont considérés comme étant parmi les pires au monde ! De plus, si je m'étais présentée à St Mangouste, celui qui m'avait soumis à cette potion de contrôle aurait su que je l'avais découvert et je ne serais plus là pour en parler.

Laze eut alors une révélation.

-Vous savez qui vous a fait ça, comprit Laze.

-Ça n'a pas été difficile à trouver, sourit douloureusement Hermione. Je suis à Poudlard toute l'année scolaire et le reste du temps, je suis chez mes parents dans le monde moldu. C'est une potion particulièrement pointue, considérée comme de magie noire ici et qui n'est pas connue du grand public, aux effets précis. En sachant que le maître de potions a juré sur sa magie n'avoir jamais brassé cette potion et qu'il n'y a qu'une seule personne à qui ça servirait d'être sous son contrôle … le calcul était vite fait.

-Qui ? demanda Laze

-Albus Dumbledore, qui d'autre ? rit douloureusement Hermione

-Et vous l'avez dit à quelqu'un ? demanda Laze

-Pour quoi faire ? demanda tristement Hermione. Je ne suis qu'une née de moldus, ma parole n'a aucune valeur ici. Et puis, m'attaquer à Albus Dumbledore ? Le Merlin des temps modernes ? L'affaire aurait vite été étouffée parce que ça écorcherait son image de marque. La seule alternative que j'ai, c'est de surveiller ce que je prends et lui faire comprendre que ça n'a aucun effet sur moi.

-Il vous reste combien de temps ? demanda Laze

-Si je fais attention, entre cinq et dix ans, répondit Hermione. Mais avec la guerre et le stress qui vient avec … j'aurais de la chance si je suis encore là dans trois ans. Je me suis promis d'aider Harry dans son combat donc je ferai tout pour le faire.

-D'où cette potion, fit Laze. Pourquoi ne pas mettre vos amis au courant ?

-Pour qu'ils me surveillent comme du lait sur le feu ? grogna Hermione. Aucune chance ! C'est mon problème, je trouve que je ne m'en sors pas trop mal.

Laze sourit tristement. Connaître l'heure de sa mort n'était pas anodin …

-Maintenant que mon état est redevenu stable, reprit Hermione, il va falloir que je trouve une potion compatible pour être au maximum de mon énergie pour la bataille finale.

-Je doute que vous puissiez vous battre dans votre état, pointa Laze.

-Qu'importe, je veux essayer, décréta Hermione.

-Puis-je vous proposer mon aide ? fit Laze. Je me débrouille pas trop mal en potions et en recherches.

-Avec plaisir, répondit Hermione.