Ce qu'on a sur le cœur
Gellert n'avait jamais été mieux traité ces dernières années que toutes celles qu'il avait passé en étant enfermé à Nurmengard.
Et dire que c'était lui qui l'avait construite pour ses propres ennemis …
Sa libération par Garrick Ollivander avait été une sorte de renaissance. Même si les premiers temps, il avait été maintenu endormi, l'artisan avait fini par le réveiller pour obtenir d'autres informations d'un autre genre : son ressenti par rapport à ses souvenirs. C'est ainsi qu'il avait appris que même si les souvenirs pouvaient montrer une situation de manière neutre, les sentiments induis pouvaient être tout aussi importants.
Les discussions que Gellert avait eues avec Garrick lui avaient fait comprendre de nombreuses choses. Il ne regrettait pas d'avoir conquis l'Europe – son but initial était d'anéantir le gouvernement sorcier d'Allemagne réputé pour sa corruption – mais reconnaissait que les conseils d'Albus pour mener sa mission à bien étaient très loin d'être pertinents. L'artisan ne l'avait pas fait revenir sur ses convictions – le monde sorcier était vraiment corrompu et il fallait l'assainir au plus vite – mais lui avait fait comprendre que s'il ne s'était pas totalement fié à Dumbledore, il aurait pu arriver à ses buts de manière bien moins sanglante.
Mais ce qui le rendait totalement fou, c'est d'avoir été manipulé par son ancien amant. Il avait rencontré Albus chez sa tante britannique alors qu'il avait été une nouvelle fois renvoyé de Durmstrang. Il l'avait d'abord appâté avec la quête des reliques de la mort puis l'avait séduit pour mieux le manipuler. A tête reposée, il se rendait compte que pour parvenir à ses fins, il aurait sûrement utilisé des moyens plus insidieux, bien moins voyants. Il ne se serait pas autant exposé, il se serait appuyé sur la légion occulte des armées du Führer. Mais il n'aurait pas aveuglément suivi les directives d'Albus, ça, jamais.
C'était pour cela qu'il se trouvait en ces lieux.
Son besoin de vengeance avait parlé, il comptait bien faire payer à Albus le fait que son amant ait sacrifié sa vie sur l'autel de ses ambitions. Quand il avait fait part de son plan fou à Garrick, ce dernier l'avait regardé avec de grands yeux avant d'accéder à sa demande.
Si Gellert Grindelwald ne pouvait rien faire pour neutraliser Albus Dumbledore, alors il allait faire en sorte que son existence serve d'exemple à ne pas suivre pour la fin des temps.
D'où sa présence devant le conseil magique.
Conseil dont le personnel était en train de trembler de peur.
-Oh, arrêtez un peu ! renifla Garrick
L'artisan avait décidé d'accompagner Gellert au conseil magique qui avait établi ses quartiers dans les plaines du Gobi, sur le continent asiatique.
-Ce type a des menottes d'anti-magie spécialement calibrées sur lui, grogna Garrick. En plus, je l'ai lié à moi donc il ne pourra rien faire sans me blesser. Et s'il essaie … il va sincèrement le regretter !
-Je pense que certains ne seraient pas contre, souffla Gellert tout bas.
Il avait noté des regards qui n'étaient clairement pas sympathiques à son encontre mais également à l'égard de son escorte.
-T'inquiète, je suis au courant, sourit vicieusement Garrick. Ces sorciers de pacotille vont le regretter s'ils me cherchent des noises …
Gellert lança un regard en coin vers son geôlier, songeur. Il ne savait pas pourquoi mais quelque chose lui disait qu'il se pouvait bien qu'il ne soit pas totalement sorcier. Peut-être des gestes, une sensation … il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus et ça le frustrait énormément. Si au moins, il avait accès à sa magie mais non, il ne pouvait rien vérifier.
-Viens, continuons notre route, souffla Garrick en avançant.
Lui aussi avait senti l'hostilité ambiante. Depuis le temps qu'il se promenait sur ces terres, il ne s'était pas fait que des amis et le clan Ollivander était surtout connu pour toujours avoir eu un pied dans les organes de pouvoir les plus puissants. Le fait même qu'il soit le seul à escorter l'un des mages les plus malveillants de ce dernier siècle et qu'il puisse le tenir en respect en disait long à la fois sur la confiance du conseil pour s'occuper d'un criminel et sur la puissance magique qu'il devait détenir.
Le duo n'eut pas longtemps à attendre avant que le conseil ne les reçoive. Garrick installa son « prisonnier » à sa place, sur une estrade où chacun se plaçait pour s'adresser à l'assemblée, avant de se mettre en retrait : ce n'était clairement pas à lui d'agir.
-Gellert Grindelwald, fit une femme. Vous avez demandé à être reçu devant la plus haute instance magique de notre monde. Nous allons passer outre le fait que vous vous soyez évadé de prison car vous n'avez jamais fait parler de vous jusqu'à aujourd'hui.
Garrick eut un sourire railleur. Le conseil ne pouvait rien dire pour deux raisons. La première avait été l'opposition d'une grande partie des êtres magiques sur l'utilisation de Nurmengard en tant que prison pour son créateur. Lui le premier avait argué que même si la bâtisse avait été construite pour empêcher les prisonniers de s'en enfuir, rien ne pouvait garantir que ça allait être le cas pour son concepteur. Mais puisque le grand Albus Dumbledore l'avait exigé, tout le monde n'avait pu que s'incliner et maintenant, ils s'en mordaient les doigts … La deuxième raison était très simple : si ce même Albus Dumbledore n'avait pas enclenché plusieurs alarmes secrètes lors de sa propre visite, jamais le conseil n'aurait su que le prisonnier s'était échappé. D'ailleurs, Garrick ne s'était pas étendu sur la manière dont Gellert Grindelwald s'était retrouvé sous sa garde, histoire de torturer un peu plus le conseil.
-Vous avez déclaré avoir des éclaircissements à fournir concernant les raisons de votre condamnation, reprit la femme. Il s'avère qu'en reprenant votre dossier, certains éléments sont manquants et nous aussi voudrions des précisions sur ce qui s'est passé pendant la guerre qui s'est déclenchée il y près de cinquante ans.
Garrick se retint de renifler. Quand ses doutes sur le véritable rôle d'Albus Dumbledore s'étaient faits plus forts, il avait lui aussi étudié les dossiers des affaires qu'il avait instruit au nom du conseil magique, à commencer par l'accusation de son ancien adversaire. Il lui avait fallu du temps pour comprendre mais il avait découvert en lisant entre les lignes que les affirmations de Gellert Grindelwald n'étaient pas réellement les siennes mais des rapports. En fait, l'accusé n'avait jamais été directement interrogé ni soumis à des cercles de vérité. Garrick devait donc se douter que le conseil avait également mis le doigt sur les éléments gênants et voulait avoir des explications.
-C'est exact, confirma simplement Gellert.
-Nous vous écoutons, invita la femme.
Alors Gellert parla. Il parla de sa rencontre avec Albus Dumbledore, légèrement plus âgé que lui mais débordant de charme et de talents. Il parla de la manière dont il avait été séduit par ce jeune adulte qui voulait tout savoir de la magie. Il raconta la manière dont celui qui était devenu son ami avait calmé l'adolescent rebelle et réfractaire à l'autorité, avide de curiosité qu'à ses yeux, ses professeurs réfrénaient de toutes leurs forces. Il révéla leurs projets de faire le tour du monde une fois que Gellert aurait enfin ses diplômes pour être libres.
Et il parla de la mort de Perceval Dumbledore, qui changea tout.
La mort du père d'Albus qui hérita la responsabilité de son frère Abelforth et de sa sœur Ariana. Décès qui n'aurait dû, de l'avis de Gellert, faire reculer leurs projets que de quelques années tout au plus, les sorciers vivants tellement longtemps. Mais il s'agissait de responsabilités que rejetait Albus de tout son être, d'aussi loin qu'il se souvienne.
La mort d'Ariana Dumbledore avait été un tragique accident d'après les autorités venues constater le décès mais à tête reposée, Gellert se rendait compte que l'adolescente n'aurait jamais dû se trouver dans la cabane que son frère aîné avait investi comme laboratoire de travail ni Abelforth derrière la porte. Déjà à l'époque, Albus était paranoïaque et enfermait son frère et sa sœur dans la maison quand il travaillait. De plus, les protections autour de ladite cabane empêchaient quiconque d'approcher à moins de dix mètres, Gellert lui-même ne faisait pas exception.
Mais surtout … ce jour-là, sa tante lui avait confisqué sa baguette, ce qui le rendait incapable de jeter le moindre sort.
La mort de la jeune fille était relativement floue dans sa tête et il avait immédiatement fui la Grande Bretagne, oubliant trop rapidement l'événement traumatisant. Albus l'avait rejoint en Allemagne et ils avaient poursuivi leurs projets sans se préoccuper de quoi que ce soit, à part eux, oubliant les dénommés Abelforth et Ariana Dumbledore.
Sa descente aux enfers avait débuté à ce moment-là. Pas d'alcool ni de drogue, oh non, mais des conseils insidieux disséminés çà et là qui l'avaient convaincu de changer subtilement ses convictions. D'abord neutraliser ses adversaires, puis les faire disparaître plus ou moins définitivement … il était très vite devenu un meurtrier et quand on y regardait de plus près, celles et ceux qu'il tuait s'opposaient plus aux idées d'Albus qu'aux siennes.
L'apothéose avait été atteint quand le Débarquement avait eu lieu. La Seconde Guerre Mondiale n'allait déjà plus dans le sens du parti nazi et les troupes sorcières affiliées n'aimaient pas ce qui les attendaient si elles venaient à chuter. Les expériences que Gellert menait étaient de plus en plus dangereuses mais paradoxalement, n'allaient nullement dans le sens de ses propres buts initiaux. Quand les Alliés commencèrent à reprendre des pans entiers du IIIe Reich, il avait commencé à prendre des décisions de plus en plus désespérées – notamment en sacrifiant de nombreuses troupes dans des manœuvres vouées à l'échec – mais surtout illogiques. Et c'était à ce moment-là qu'il avait accepté de se sacrifier pour permettre à son amant de survivre.
Se laisser vaincre sans aucune contrepartie n'avait jamais été dans les habitudes de Gellert Grindelwald et toutes les personnes qui l'avaient côtoyé suffisamment longtemps pouvaient le certifier. Même les membres de sa famille n'avaient pas eu droit à cette abnégation et même s'il reconnaissait avoir aimé Albus, il connaissait ses limites et ne se serait pas sacrifié sans attendre quoi que ce soit en retour. Malgré sa fierté, il admettait avoir été manipulé.
Le mot était posé.
Alors qu'il était décrit comme un puissant sorcier malgré la cruauté de ses actes, qui aurait pu parier sur la victoire d'un petit précepteur britannique, ancien amant pendant son adolescence ? Car oui, en plus, Albus avait exigé que leur liaison soit cachée aux yeux de tous, par crainte d'attirer la réprobation des autres face à leurs buts. Quelle réprobation alors que l'homosexualité était parfaitement acceptée dans le monde magique ? Bref, qui aurait cru qu'un parfait inconnu sur la scène internationale serait capable de vaincre un sorcier rompu dans les magies les plus inusitées ?
La légende d'Albus Dumbledore avait commencé et soulagé de la disparition du grand méchant, personne n'avait voulu s'arrêter sur les incohérences, refusant de remettre en cause la parole de leur Sauveur.
Mais Gellert ne s'arrêta pas là. Son arrestation et son jugement n'avaient pas été la fin de son histoire, loin de là, car l'horreur avait gravi des échelons. Enfermé dans la prison qu'il avait construite pour ses propres ennemis, personne ne s'était rendu compte des allers et venues d'Albus Dumbledore dans la bâtisse, encore moins quand il avait fait de lui sa réserve de magie … et son esclave. Gellert ne comptait plus les viols mentaux, pour lui arracher toujours plus les connaissances qu'il avait pu amasser en suivant les campagnes nazies, les viols physiques aussi, car Albus ne voulait pas entacher son image publique avec des scandales sexuels, les coups, les blessures, la famine, le froid … rien ne lui avait été épargné, encore plus quand son geôlier le libérait petit à petit de son emprise psychologique pour qu'il puisse jouir de l'horreur et du dégoût de sa victime qui se rendait compte que les actes qui lui avaient valus cette charmante résidence n'étaient pas de son fait. Pire, que personne n'avait fait mine de l'écouter pour entendre sa version de l'histoire.
-Un seul l'a fait, quand la portée des actes d'Albus ne pouvait plus être ignorée, déclara Gellert. Mieux vaut tard que jamais …
Gellert était essoufflé quand il termina son récit, quelques heures plus tard. Au bout d'une quinzaine de minutes, Garrick l'avait assis sur une chaise pendant qu'il continuait à parler. Car bien qu'il semble relativement en forme, l'ancien prisonnier avait quand même passé plus d'une cinquantaine d'années sous la coupe d'Albus Dumbledore à subir ses sévices et cela ne faisait quelques mois qu'il avait été libéré et qu'il était traité décemment.
Le silence dans la salle était choqué car personne n'osait croire ce qui venait d'être dit. Puis Gellert se redressa, fixant l'assemblée avec détermination.
-Je le jure sur ma Magie, décréta Gellert.
Un halo blanc entoura le vieux sorcier avant de disparaître. Le cercle de vérité, activé, s'illumina, confirmant le serment prêté. C'était le coup de grâce.
Le chaos s'abattit dans la salle, mêlant imprécations contre Albus Dumbledore et remontrances envers leur organisation qui, semblait-il, avait mal géré la fin de la guerre en faisant confiance à la mauvaise personne, ce qui leur retombait dessus.
Quand le volume sonore baissa enfin, la femme – visiblement la présidente du conseil, comprit Gellert – obtint le silence.
-Gellert Grindelwald, déclara la femme. Au nom du conseil magique, nous vous présentons nos excuses pour les souffrances que vous avez subies ces dernières décennies. La Magie ayant confirmé vos dires, nous redéfinissons votre participation aux crimes qui vous ont été imputés du premier degré à la complicité. Cela n'a malheureusement que peu d'impact sur votre peine finale.
Gellert hocha la tête. Il avait été condamné pour crime contre la Magie, ce qui lui valait de voir son âme dissoute dans le néant. Toutefois, l'influence de Dumbledore avait été telle qu'il avait réussi à le faire enfermer à perpétuité avant l'exécution de sa condamnation. A l'énoncé du verdict, il n'avait pas compris pourquoi une telle mansuétude mais après avoir subi le rituel de vol de magie, cela devenait plus clair : le Sauveur avait besoin de magie et puisqu'il n'en aurait plus l'utilité, autant récupérer celle de son ancien amant.
-Toutefois, il nous est possible de commuer votre peine à perpétuité, fit la femme. En attendant de vous faire part de notre décision, nous allons vous transférer …
-Non, coupa Garrick. Dumbledore a eu le temps d'infiltrer le conseil depuis qu'il en a fait partie donc tant que le conseil n'aura pas épuré ses rangs, il est hors de question que Grindelwald soit enfermé sous votre garde.
-Maître Ollivander … protesta la femme.
-Je ne reviendrais pas sur ce point, décréta Garrick.
-Bien, maître, s'inclina la femme.
-Nous devrions envoyer des aurors veiller à ce que le logement de maître Ollivander ne puisse pas permettre l'évasion de Grindelwald, proposa un homme.
-Bien sûr, railla Garrick. Ce n'est pas parce que je vous ai interdit de mettre les pieds chez moi que je vais l'autoriser aujourd'hui parce que j'héberge l'une des preuves les plus flagrantes de la duplicité de Dumbledore.
Quelques membres s'insurgèrent de sa défiance mais la plupart baissèrent la tête. Même s'il ne s'était jamais frontalement opposé à Albus Dumbledore quand il comptait encore dans leurs rangs, Garrick Ollivander faisait partie de celles et ceux qui n'avaient jamais montré une confiance absolue et aveugle dans le vainqueur de Grindelwald. A ce titre, lorsque le « héros » proposait une idée « révolutionnaire », il poussait toujours à faire un dossier comparatif indépendant et à vérifier ses dires. Mais on l'avait toujours cru jaloux de sa position et maintenant, on venait de prouver qu'il avait eu raison de se méfier de lui, avec la découverte de ses manipulations, aussi bien à Poudlard, en Grande Bretagne sorcière qu'au sein même du conseil magique.
-Bien, qu'il en soit ainsi, conclut la femme. Nous vous ferons parvenir les date et horaires de la nouvelle audience pour le nouveau jugement. La séance est clôturée.
Tandis que l'assemblée s'en allait dans un brouhaha monstre, Garrick se rapprocha de Gellert et l'entoura de plusieurs protections. Même si Dumbledore était déchu, tous ses alliés n'étaient pas tous manchots et n'attendaient clairement pas ses ordres pour agir. De plus, si on commençait à démanteler tout ce qu'il avait fait, cela amènerait invariablement à ce qu'on s'intéresse à leurs affaires donc ils avaient tout intérêt à faire disparaître Grindelwald de la circulation.
Ils sortirent à leur tour de la salle et commencèrent à emprunter les couloirs les plus fréquentés.
-Où allons-nous ? siffla Gellert
-Là où je pourrais sauver votre peau, grinça Garrick. Faites-moi confiance.
Gellert se renfrogna. La dernière fois qu'il avait fait confiance, il avait été condamné à la prison à vie et à la dissolution de son âme à l'issue. Mais au moins, Garrick l'avait écouté, avait commencé à le soigner et surtout, lui avait permis de faire entendre sa version des faits.
-D'accord, souffla Gellert.
Leurs poursuivants, devant marcher à contre-courant de la foule, ne purent se rendre compte que le duo s'était transformé en un clignement d'œil en un couple dans la force de l'âge qui s'éloignait main dans la main.
§§§§§
Tom Riddle était heureux.
La mort surprise de Voldemort le libérait d'un poids qu'il n'avait jamais eu conscience d'être aussi lourd. Sans lui et ses mangemorts, Dumbledore ne pouvait plus se cacher pour l'attaquer ouvertement. De plus, avec sa déchéance, lui-même était de plus en plus écouté concernant ses soupçons sur ce qui se passait en Grande Bretagne sorcière.
Le paradis, en somme.
De plus, il pouvait compter sur ses amis pour corriger les dérives les plus flagrantes et enfin s'aligner sur les autres nations. Comment, alors que la Magie ne regardait pas le genre, l'espèce ou les convictions, du moment qu'on La respectait suffisamment, est-ce que leur monde était devenu si étroit d'esprit et rejetait tout ce que qui n'était pas purement sorcier, et encore ? Avant Albus Dumbledore, le monde n'était pas parfait – et il ne le serait jamais, il en était bien conscient – mais ne se détruisait pas aussi efficacement pour satisfaire l'ego d'un seul.
Tom avait des idées à foison pour reconstruire la Grande Bretagne sorcière mais il y avait une chose dont il devait s'occuper en priorité, comme il l'avait fait avec son cousin.
Bellatrix.
Depuis que Sirius avait repris son titre et ses responsabilités dans son pays d'origine, Bellatrix avait pris sa place dans la clinique de Dimitri Vater. Professionnellement parlant, ce dernier était excité comme une puce et son ancien patient avait fait en sorte que ses supérieurs ne lui cassent pas les pieds en exigeant la présence de son camarade Angus Boer à ses côtés pour établir son diagnostic et, si cela s'estimait nécessaire, lui fournir les soins nécessaires. Maintenant qu'ils savaient sur quoi ils devaient travailler, Dimitri et Angus avaient été soufflés par le degré de manipulation nécessaire pour parvenir à l'état de la sorcière. Elle flirtait allègrement avec la folie – comme tous ses adversaires avaient dû le remarquer – mais obéissait scrupuleusement qu'à une seule personne, celle qui l'avait mise dans cet état. Supposant qu'elle possédait les mêmes liens magiques que son cousin, les deux médicomages n'avaient pas hésité à la plonger dans un état de mort clinique pour détruire les liens profondément ancrés dans son esprit. En même temps, ils découvrirent que des pans entiers de sa mémoire avaient été occultés et que son instabilité mentale pouvait s'expliquer par les nombreuses fausses couches à répétition. Mais Angus, soupçonneux, l'avait fait examiner par une gynécomage qui avait découvert l'effroyable vérité : on faisait avorter la sorcière et pas par la douce des manières. Il était d'ailleurs étonnant qu'elle n'en soit pas devenue stérile.
Contrairement à Sirius, le duo de spécialistes n'avait pas gardé souvent Bellatrix consciente de son environnement et la remarque de Tom avait tiré un sourire triste de leur part.
-Effectivement, confirma Dimitri. Madame Lestrange est maintenue dans le coma pour une raison assez simple : même si la marque des ténèbres a été effacée, son esprit a tellement été manipulé que nous soupçonnons que si elle était éveillée, elle ferait tout pour rejoindre son maître, y compris réduire cet endroit en cendres.
-Mais elle n'a pas de baguette ! s'exclama Tom
-C'est un faux problème, fit Dimitri. Il lui suffirait d'attaquer n'importe qui pour en récupérer et je ne doute pas de ce qu'elle pourrait trouver pour y parvenir.
-Est-ce … est-ce qu'un jour, elle redeviendra comme avant ? demanda Tom
-Avant ? fronça des sourcils Angus
-La dernière fois que je l'ai vu pleinement consciente de ses gestes, elle venait de se marier et essayait d'avoir un enfant, expliqua Tom. Elle était tellement heureuse et même si elle avait de très bonnes idées, elle n'aimait pas la politique. Tout ce qu'elle voulait, c'était serrer son enfant dans ses bras …
-Il est vrai qu'une grossesse menée à terme et un enfant bien vivant pourrait l'aider, à condition qu'elle ne soit pas atteinte d'un syndrome post-partum, réfléchit Dimitri. De toutes les façons, ce qu'elle a vécu changerait n'importe qui, je ne vous apprends rien. Nous devons réparer les dégâts au niveau de son esprit et honnêtement, même si professionnellement, madame Lestrange est un défi comme on en a qu'une fois dans sa vie, elle a quand même perdu plus de vingt ans de sa vie. Je ne vais donc pas m'avancer sur ce point.
Tom soupira. S'il faisait correctement la traduction, il y avait peu de chance qu'il retrouver sa douce Bellatrix.
-La priorité est de lui rendre son intégrité psychologique, déclara Angus. Nous faisons face à un cas plus complexe que celui de Sirius car il semble que celui ou celle qui l'a ensorcelé a eu beaucoup plus de temps pour le faire. Heureusement que vous avez enlevé la marque ensorcelée ou sinon, nous aurions mis encore plus de temps.
-J'imagine que vous n'avez pas de délai à me donner, souffla Tom.
-Non, confirma Dimitri. Cela pourrait prendre des années, je ne vous le cache pas. Cette sorcière a été brisée, lord Gaunt, et je pense que nous la prenons en charge trop tard pour que nous puissions lui rendre sa vie volée. Mais pour qu'elle puisse en commencer une nouvelle, je pense que c'est possible …
Tom partit dans ses pensées. Il était vrai qu'elle n'avait plus aucun avenir en tant que Bellatrix Lestrange. Mais en prenant une nouvelle identité et en étant éloignée de la Grande Bretagne … Ça devait être jouable. Restait à savoir si elle pouvait profiter de cette chance.
-Auriez-vous besoin d'aide ? proposa Tom
-Ce ne serait pas de refus, accepta Angus. Votre pratique de la magie fourchelang a été un atout pour contrer l'huluberlu qui a voulu contrôler ces femmes et ces hommes, je pense que notre collaboration sera fructueuse. Qui sait, nous pourrions réécrire l'histoire médicale ?
Ça ne ferait qu'une nouvelle corde à l'arc de Tom …
