Le bout du tunnel

Thomas Riddle-Gaunt s'avança dans les couloirs du ministère, la tête haute. Même s'il était exilé depuis plusieurs dizaines d'années, il était heureux que sans la présence empoisonnante de Dumbledore, il pouvait enfin occuper librement le siège des Gaunt.

-Milord, salua Narcissa.

Pour ménager les susceptibilités, même si Lucius ne portait plus la marque des ténèbres, Narcissa avait accepté de continuer de représenter le clan Malfoy. Cela dérangeait visiblement certains misogynes mais avec Augusta Longbottom et Amelia Bones dans les parages, il était préférable qu'ils gardent leur avis pour eux.

-Milady, salua en retour Tom. Vous êtes ravissante, comme toujours.

-Vous dites cela à toutes les sorcières que vous rencontrez ? pouffa Narcissa

-Toutes celles qui sont importantes à mes yeux, s'inclina Tom.

D'un commun accord, ils avaient décidé de ne pas montrer au reste du monde leur proximité. Certes, on savait qu'ils se fréquentaient, mais la société n'avait pas besoin de savoir à quel point.

Tom avisa les mains de son interlocutrice et comprit plusieurs choses.

-Effectivement, nous sommes à la première séance du mois de septembre, se rappela Tom.

-Exact, confirma Narcissa. Il y a donc plusieurs choses qui vont changer aujourd'hui.

Et s'il se fiait au sourire en coin de la blonde, ça allait commencer dès maintenant, songea Tom en se tournant vers l'entrée. Les conversations s'étaient brusquement tues lorsque lord Sirius Black avait fait son entrée dans l'atrium du ministère.

Bien entendu, il y eut quelques imbéciles qui hurlèrent au mangemort et qui essayèrent même de lui lancer des sorts.

La réaction de Sirius fut sans appel. Portant des artefacts qui repoussaient les sorts mineurs et de faible intensité, aucun d'entre eux ne l'atteint et il s'arrêta devant le plus virulent des imbéciles.

-Vous serez ravi d'apprendre que d'ici votre retour chez vous, vous serez avisé de votre convocation à comparaître pour diffamation et agression, annonça Sirius avec un grand sourire machiavélique. Vous ainsi que toutes les personnes qui m'ont attaqué gratuitement sans aucune justification. Ce n'est pas parce que je n'ai pas pu faire entendre ma voix il y a seize ans que je vais laisser les gens me cracher dessus pour le plus grand Bien

Les derniers mots avaient été lâchés avec tellement de venin que tout le monde comprit que Sirius Black avait la dent dure contre Albus Dumbledore, adepte de cette citation. Sur ces mots, il salua quelques connaissances qui ne lui avaient pas tourné le dos parce qu'ils avaient cru sans réserve un imbécile qui s'était contenté d'hurler ses accusations avant de « mourir » – ce qui comprenait Narcissa et Tom – et entra prendre place dans l'hémicycle, laissant Elphias Doge, fidèle soutien d'Albus Dumbledore et le plus virulent attaquant de Sirius, tremblant de peur. D'après les informations de la Dextre, Doge était parfaitement au courant de l'absence de preuves dans les accusations contre Sirius et il avait profité de son emprisonnement pour récupérer le vote Potter pour agir dans les intérêts de Dumbledore. Le sorcier n'avait pas encore eu de retour d'Harry Potter mais les mots de Sirius Black lui semblaient être un funeste présage.

Après cet éclat, plus personne ne voulait rester discuter dans l'atrium mais connaître la suite des événements avec Sirius Black. La salle se remplit donc rapidement et chacun retrouva sa place. Tom sourit en se souvenant de la manière dont Albus Dumbledore avait pu être décrédibilisé aux yeux du Magenmagot. Quand la nouvelle s'était répandu que le directeur de Poudlard ne pouvait plus accéder à Poudlard, beaucoup de voix s'étaient élevées pour décréter que s'il ne pouvait diriger l'école, il ne devait pas être le plus apte à diriger l'assemblée. Comme la plupart des parents avaient déjà perdu confiance, la destitution et le remplacement du président était devenu une évidence. Mais tous étaient tombés de haut quand ils avaient découvert que Dumbledore avait outrepassé ses droits en pondant un document avec la signature magique de trois membres du Magenmagot sans leur accord qui décrétaient qu'ils cédaient leurs futures fonctions à leur prédécesseur et ce, à chaque fin de mandat, tous les sept ans. Or, le règlement voulait qu'un président ne puisse rester en place que pendant deux mandats, qu'ils soient successifs ou non, et Dumbledore était resté à la tête de l'assemblée pendant près de trente ans. Les derniers qui rechignaient furent alors convaincus d'écarter Dumbledore de tout pouvoir et l'assemblée remit en fonction l'ancien système où un nouveau président était choisi en début de chaque séance par magie.

Quand tout le monde fut à sa place, les portes se refermèrent, interdisant de ce fait tout retardataires d'interrompre la séance, et un filet de magie navigua entre les membres pour s'arrêter devant un sorcier qui devint plus que pâle sous les regards goguenards de ses collègues. Elphias Doge ne pouvait refuser cet honneur et cela, tout le monde le savait. Depuis la destitution de Dumbledore, Doge était son plus fidèle soutien, envers et contre tout bon sens, ce qui le ridiculisait et lui faisait perdre toute crédibilité. Or, en étant désigné président de séance, il ne pourrait pas prendre position, encore moins donner l'avantage à qui que ce soit, il devait donc être d'une parfaite neutralité.

Le sorcier se leva avec difficulté et marcha jusqu'à sa place sous les quolibets de ses congénères. En étant président, il ne pourrait clairement pas faire taire Sirius Black qui n'hésiterait pas à jeter l'opprobre sur Albus alors qu'il était fugitif !

-La séance est ouverte, annonça Elphias d'une voix tremblante.

Le silence fut total, plein d'attente. Le sorcier s'empara de la liste des dossiers à étudier, bien plus conséquente que lorsque Dumbledore était à la barre, et pour cause : l'ancien président faisait un tri drastique entre ce qui était convenable à ses yeux et ce qui ne l'était pas. Par exemple, tout ce qui concernait l'alignement des programmes scolaires britanniques aux exigences du conseil international magique était commodément « oublié » mais la diminution des droits de toutes les créatures magiques qui n'étaient pas sorcières était amené devant l'assemblée avec un empressement suspect.

-Nous avons cinq sujets à l'ordre du jour, annonça Elphias. Tout d'abord, la réforme du département de l'enfance et de l'éducation.

Le président frémit. Toutes ces années, Albus avait réussi à convaincre l'assemblée que les lois concernant l'enfance et l'éducation ainsi que le fonctionnement du département correspondant n'avaient pas besoin de changer. Mais avec son renvoi de Poudlard et les rapports internationaux sur le sujet, tout le monde avait décidé qu'il était temps que la Grande Bretagne ne soit plus à la traine, d'autant plus qu'on parlait des nouvelles générations. Elphias avait été étonné que le département des Mystères, généralement sollicité pour les enquêtes aussi délicates et débordé quand Albus faisait appel à eux, ait pu fournir en quelques semaines à peine un dossier complet sur le niveau scolaire des élèves du pays par rapport au reste du monde ainsi que leur suivi dans le domaine privé. Il n'avait pas eu l'occasion d'infiltrer le groupe de travail qui étudiait ces enquêtes ni jeté un coup d'œil sur le projet final mais il était certain que cela n'irait pas dans le sens de ce qu'Albus voulait pour le monde sorcier.

-Deuxième sujet : la règlementation de l'accès au Chemin de Traverse, lut Elphias. Le département de la régulation des créatures magiques demande l'installation d'arches de contrôle à tous les accès.

Elphias n'avait jamais compris pourquoi Albus acceptait de présenter les dossiers de Dolores Ombrage, même après son passage catastrophique à Poudlard. Cachée dans le département de régulation des créatures magiques, elle continuait à interdire l'accès aux infrastructures sorcières voire magiques à tout ce qui n'était pas sorcier et Albus la suivait sans commenter. Certes, cela faisait des années que les autres créatures magiques ne faisaient plus parler d'elles dans la société sorcière mais en sachant que l'une des premières lois qu'avait fait voter Albus était d'établir la prédominance des sorciers en Grande Bretagne sorcière, quel que soit leurs actes, c'était tout à fait normal …

-Troisième sujet : la mise à jour des ingrédients et artefacts de magie noire, déclara Elphias.

Il s'agissait d'une révision qui avait lieu tous les trois mois et essentiellement alimentée par Albus. Depuis le début de son mandat, il avait toujours lutté sans relâche contre la magie noire et refusait qu'elle envahisse les rues, encore plus avec la montée en puissance de Voldemort. Mais là, il n'avait aucune idée de la manière dont allait tourner le débat.

-Quatrième sujet : annonces du clan Black et cinquième sujet : annonces du clan Potter, souffla Elphias.

Il s'agissait des sujets pour lesquels il craignait le plus. Les deux clans en question n'avaient pas caché s'opposer au courant mené par Albus depuis plusieurs années. De plus, si Sirius Black n'avait pas caché son arrivée au ministère, il n'avait vu nulle part Harry Potter.

Sans lui dans l'assemblée, Elphias dut annoncer le vote favorable pour réformer le département de l'enfance et de l'éducation. Le groupe de travail, qui avait présenté ses conclusions, était catégorique : dans ces domaines, la Grande Bretagne était à la toute fin du classement mondial. Tout le monde fut d'accord pour mandater le groupe pour examiner le fonctionnement actuel du département et proposer des solutions pour la protection et l'avenir des nouvelles générations. Dans la même veine, la demande de Dolores Ombrage fut froidement rejetée quand Théo Nott exigea de savoir si la délinquance avait tellement augmenté pour demander une telle mesure. Un message au bureau des aurors plus tard, les chiffres tombèrent : absolument tous les actes de vandalisme ou de vol à l'étalage des dix dernières années avaient été commis par des sorciers. Quand d'autres créatures magiques étaient impliquées, c'était essentiellement en tant que victimes et plus rarement, en tant que témoins.

Le troisième sujet offrit un débat âpre à l'assemblée. Personne n'était d'accord pour dire ce qui convenait d'être interdit ou non. Contre toute attente, Seth Prince, qui représentait son chef de clan, put mettre la main sur la fameuse liste d'ingrédients déjà interdits et celle qui devait les rejoindre. En moins de dix minutes, il leur annonça que si on devait suivre cette liste stupide, St Mangouste devrait fermer ses portes car au moins la moitié des ingrédients nécessaires pour brasser les remèdes faisaient partie de cette fameuse liste. Devant ce constat, les sorciers furent abasourdis et exigèrent une révision complète de ces interdictions.

-Je laisse la parole à Sirius Black, souffla Elphias.

Sirius s'avança vers l'estrade et adressa un grand sourire au président qui se recula, tremblant, quand il lui céda sa place.

-Visiblement, si on n'insiste pas, vous ne vous adresserez jamais aux gens de la bonne manière, railla Sirius. Je suis lord Black et la prochaine fois que vous l'oublierez, vous vous en souviendrez, soyez certain.

-Vous avez été renié ! s'écria Elphias

-Ma chère et tendre mère m'a renié de sa famille, concéda Sirius. Mais elle n'était pas mon chef de famille et ne l'a jamais été. Tout ce qu'elle pouvait dire n'avait aucune conséquence. Et avant que vous ne m'attaquiez sur le sujet, j'ai été reconnu innocent de tous les crimes dont on m'avait accusé et je suis bien lord Black devant la Magie et cela, vous ne pourrez pas le nier. Maintenant, allez vous asseoir, je pense que vous en aurez bien besoin.

Assommé, Elphias obtempéra.

-Bien, fit Sirius. Notre cher président ne doit pas être le seul à douter de ma place aujourd'hui donc c'est pour cette raison que je me présente devant cette assemblée. Comme vous avez dû l'apprendre, je me suis présenté à Beltaine dernier en tant que lord Black mais avec toutes les rumeurs qui circulent sur moi, j'imagine que vous aimeriez être sûrs.

Il sortit un document de sa poche qu'il donna au greffier.

-Un an après avoir quitté Azkaban, j'ai envoyé mon dossier au conseil international magique, révéla Sirius. Il a étudié mon dossier et après certaines investigations, il a découvert que je n'avais jamais eu droit à un procès.

Des murmures indignés s'élevèrent.

-Il ne leur a pas fallu longtemps pour établir qu'il y avait eu un abus de pouvoir et qu'un non-lieu aurait dû, en plus, être décrété si j'avais pu être présenté devant la justice, poursuivit Sirius. Pour obtenir l'abandon définitif des charges retenues contre moi, je me suis donc présenté à Amelia Bones et je lui ai transmis les preuves comme quoi je ne pouvais clairement pas m'en prendre aux Potter sans y perdre ma magie. Avec un serment sur ma magie, cela a été suffisant. Depuis le premier avril, donc, je suis donc lavé de toutes accusation. Il ne m'en a pas fallu plus pour reprendre le titre de mon grand-père. Au cas où vous auriez un doute …

Il leva sa main à la hauteur de son visage, montrant à l'assemblée qu'il portait sans contrainte la bague du clan Black. Comme il s'agissait de la preuve ultime qu'il était le chef légitime de ce clan, tous ne purent que s'incliner.

-Je vous annonce également que j'ai décidé de renouer mes alliances avec différents clans, sourit Sirius. Sans surprise, avec le clan Potter mais également avec le clan Malfoy. Merci de votre attention.

Sirius retourna à sa place avec un grand sourire. Si son alliance avec le clan Potter était une évidence, même si sa cousine Narcissa était mariée à un Malfoy, leurs buts n'avaient jamais été les mêmes … d'après Dumbledore. En écartant Arcturus Black de la société et en enfermant Sirius à Azkaban, il pouvait ainsi dire ce qu'il voulait sur le clan. Mais maintenant, c'était terminé.

Un raclement de gorge ramena Elphias Doge sur terre.

-Ahem … oui, c'est vrai, toussa Elphias. Je laisse la parole à Harry Potter.

-La même remarque précédente est valable, déclara Harry en se levant.

Le président sursauta. Il n'avait pas vu le jeune homme depuis le début de la séance et ce n'était pas faute d'avoir observé la salle !

-Toutes mes excuses, lord Potter, serra les dents Elphias.

-Je ne suis pas Albus Dumbledore, tenez-le pour dit, déclara Harry.

Le jeune sorcier s'avança à son tour et darda son regard vert émeraude sur l'assemblée qui se tortilla. Même s'il avait révélé avoir repris le titre de lord Potter depuis mai dernier, c'était la première fois qu'il se présentait au Magenmagot.

-Bonjour à toutes et à tous, salua Harry. J'avais entendu dire qu'il était coutume d'accueillir officiellement un nouveau lord mais que cela ne se fait plus depuis quelques dizaines d'années. Mais bref, je ne devrais pas être surpris qu'une autre tradition ait encore disparu …

Les alliés de Dumbledore se tortillèrent sur leur siège. Par cette simple remarque, ils se rendaient compte que tout grand sorcier qu'il pouvait être, il n'avait pas le droit de supprimer des traditions centenaires et surtout aussi innocentes.

-Je ne vais pas m'étendre, sourit Harry. Tout d'abord, j'annonce officiellement briser tout lien personnel comme professionnel du clan Potter avec Albus Dumbledore.

-Mais vous ne pouvez pas faire cela ! ne put s'empêcher de s'écrier Elphias Doge

-En quel honneur ? s'étonna Harry

-Albus a toujours pris soin de vous … argua Elphias.

-Non, coupa froidement Harry.

La salle retint son souffle.

-Comment osez-vous … souffla Elphias.

-J'ose parce que je sais ce que je dois à Albus Dumbledore et ce n'est clairement pas une vie aussi idyllique qu'il a vendu au monde sorcier, décréta sèchement Harry. Je n'ai pas besoin de vous expliquer mes raisons, sachez seulement que je le fais et que je vous en informe. Ainsi soit-il.

La magie claqua de contentement, confirmant ses dires.

-Par ailleurs, vous vous oubliez, Doge, indiqua Harry. En tant que président du Magenmagot, vous n'êtes pas censé exprimer vos opinions aujourd'hui.

Tout le monde éclata de rire tandis qu'Elphias rougissait violemment.

-Je viens devant vous réaffirmer certaines alliances de mon clan, poursuivit Harry. Avec le clan Black mais également avec le clan Longbottom et avec le clan Gaunt.

Si Neville, exceptionnellement présent – il avait repris le titre de sa famille à son dix-huitième anniversaire – prit le brun dans ses bras pour le remercier, Tom effectua un salut protocolaire qui n'était plus utilisé sous la pression de Dumbledore : il attendit que le plus jeune revienne à sa place puis s'inclina de quarante-cinq degrés avec la main portant la bague des Gaunt sur le cœur. Comprenant le symbole, Harry le lui rendit avant de reprendre place.

Devant la procédure, Elphias resta bouche bée. C'était pire que ce qu'il aurait pu imaginer ! Albus lui avait toujours dit de se méfier de quiconque viendrait au nom des Gaunt, adeptes de la pureté du sang et probables descendants de Salazar Serpentard, une descendance maudite en quelque sorte. Son ami lui avait en fait toujours conseillé de se méfier de toute personne qui ne considérait pas Salazar Serpentard comme un sorcier mauvais à ne pas suivre. Or, les Gaunt ne s'étaient jamais cachés apprécier Serpentard et voir le lord en fonction de cette famille s'allier au Survivant enverrait un message contraire à ce qu'Albus prônait !

Un raclement de gorge plus fort que les autres le sortit à nouveau de ses pensées.

-Euh … fit Elphias.

-C'est le moment où vous devez demander si qui que ce soit a des questions concernant les sujets abordés durant la séance, railla Neville.

L'assemblée ricana.

-Des questions ? bafouilla Elphias

-Je n'ai pas l'impression, railla à son tour Harry. Je pense que vous pouvez clore la séance, vous avez l'air plus impatient que nous de partir pour faire votre rapport à votre maître.

Le double sens de la phrase – le fait qu'Elphias Doge fasse des rapports à Dumbledore comme les mangemorts à Voldemort – n'échappa à personne dans la salle sauf au principal intéressé qui mit fin à la séance et s'enfuit littéralement des lieux sans un seul regard en arrière.

§§§§§

Si tous les Dragons s'étaient séparés avec la fin de la guerre pour poursuivre leurs vies, Harry avait été plus que surpris d'apprendre qu'Hermione ne s'était pas installée dans le monde moldu dans sa ville natale. A la place, il se retrouvait à prendre le thé dans un manoir sang pur.

L'elfe noir observa tranquillement sa première amie. Il avait remarqué tout au long de l'année scolaire sa fatigue qui grandissait de plus en plus, jusqu'à presque la clouer au lit. De plus, sa magie était moins vive et elle l'utilisait avec parcimonie. Avec Neville et Draco, ils avaient bien compris qu'elle était malade mais ils avaient toujours eu assez de respect pour elle pour attendre qu'elle veuille leur confier la raison. Ce jour-là, malgré les marques de la maladie toujours présentes, elle semblait bien plus sereine.

-J'aurais préféré te l'annoncer en même temps que Draco et Neville mais il semblerait que tu étais encore en convalescence, déclara doucement Hermione.

-Je ne t'en veux pas pour cela, assura Harry. Je t'écoute.

-Je vais bientôt avoir un enfant, annonça Hermione.

La tête d'Harry était impayable.

-Tu … tu es enceinte ?! s'écria Harry. Mais … il est de Draco, c'est ça ?!

Hermione éclata de rire.

-Non, Draco n'y est pour rien, ne t'inquiète pas, sourit Hermione. Il vaut mieux que je te raconte depuis le début.

Et elle parla. Elle révéla ce malaise pendant des vacances à l'étranger qui l'avait conduite à l'hôpital magique le plus proche et où elle avait appris qu'elle était gravement empoisonnée. Elle lui indiqua la potion qu'elle brassait dans le plus grand secret pour lutter contre la propagation de l'empoisonnement malgré la difficulté de se procurer certains ingrédients en Grande Bretagne. Les décisions qu'elle avait dû prendre à cause de son espérance de vie qui se réduisait de plus en plus. Comment elle en était venue à choisir le clan Prince.

-Attends une minute, fit Harry. Severus Snape est en réalité Seth Prince ?! Mais comment est-ce que tu l'as découvert ?

-Par hasard, avoua Hermione. J'ai été surprise que dans les documents officiels sorciers, tu es toujours présenté comme untel, fils ou fille d'untel et d'unetelle. Quand j'ai commencé Poudlard, j'avais voulu en savoir plus sur nos professeurs et j'avais lu que Severus Snape était le fils de Tobias Snape et d'Eileen Prince. Plus tard, j'effectuais des recherches sur les familles sangs purs et j'ai découvert qu'Eileen Prince était la dernière descendante connue du clan Prince. Autant de coïncidences n'existent pas donc j'ai tenté ma chance. J'ai d'abord été reçue par Constantin Pavel, l'assistant du lord, puis par Jeremiah Prince lui-même qui m'a écouté et qui a semblé intéressé par la manière dont je comptais rembourser ma dette.

-Quelle dette ? demanda Harry en fronçant des sourcils

-La dette de vie qu'a le monde sorcier envers Severus Snape pour son rôle d'espion, répondit Hermione. Tu n'as jamais senti cette protection magique autour de lui ?

Les deux bruns avaient toujours été proches de leur magie car ne l'ayant jamais appréhendé avec les critères sorciers dans leur enfance. Ils y étaient donc beaucoup plus sensibles ce qui les avaient rendus plus puissants que la moyenne.

-Maintenant que tu en parles … fit Harry. C'est vrai que je me suis toujours senti en sécurité malgré son comportement horrible.

-Quand j'étais en France, j'ai consulté un psychomage, avoua Hermione. Elle aussi était intriguée par ce phénomène et a supposé qu'il était protégé par la Magie. Les langues de plomb français ont contacté les britanniques sur mon cas et je leur en ai parlé. Ce sont eux qui m'ont révélé que le monde sorcier avait une dette de vie envers Severus. Comme il en avait une envers toi pour les avoir débarrassés de Voldemort.

-C'est bon à savoir, ricana Harry. Quand ils vont commencer à me faire chier, je me ferais un plaisir de le leur envoyer en pleine figure. Mais cela n'empêche. Pourquoi lui ?

-Je veux régler ma part de ma dette, sourit Hermione. Et puis, de toutes les façons, je ne me voyais pas donner un enfant à mes amis alors qu'ils seront parfaitement capables de se trouver une partenaire de vie.

-C'est vrai, je t'aime trop pour envisager de te perdre après que tu m'aies donné un enfant, avoua Harry. Hermione … tu es sûre que c'est le bon ?

-Je ne suis pas amoureuse de lui, si c'est ce que tu demandes, rit Hermione. Je n'ai fait que réfléchir rationnellement. Même s'il ne le montre pas forcément, je sais que Snape me respecte assez pour prendre soin de cet enfant à venir. Il refusera de se marier parce que c'est ce qu'on attend de lui en tant que futur lord Prince donc c'est la solution idéale.

-Tu ne vas pas devenir lady Prince ? sursauta Harry

-Non, Mère de Lignée, corrigea Hermione. Cela le laissera libre de ses engagements et moi de devenir mère.

Harry ne put s'empêcher de la serrer dans ses bras.

-J'aurais tellement voulu que tu puisses profiter comme nous de ce monde sans Voldemort, souffla Harry.

-Je le ferais, assura Hermione. Moins longtemps que vous mais je le ferais, ne t'inquiète pas.

Les larmes montèrent aux yeux d'Harry. Il était en train de vivre ses derniers moments avec sa meilleure amie !

-Ne pense pas à la fin, pense uniquement au présent, sourit Hermione.

-Tu en as pour combien de temps ? souffla Harry

-Maximum dix ans, répondit Hermione. Une estimation divisée par deux si j'entame une grossesse, je l'ai accepté. Pour le moment, les Prince renforcent mon organisme pour que ma future grossesse se passe sereinement. Je suis sous traitement depuis la fin de Poudlard et les médicomages sont confiants. Même Laze était heureux que ça se passe aussi bien !

-Laze ?! sursauta Harry

-Je ne t'ai pas raconté ce qui s'est passé à Poudlard, cette année ! babilla Hermione

Harry apprit ainsi la manière dont Hermione avait rencontré le dénommé Laze au cœur de Poudlard. Le brun n'eut pas le courage de lui révéler qu'elle n'avait pas rencontré un descendant des fondateurs de l'école mais l'un d'entre eux qui l'avait visiblement pris sous sa protection …