Eclaircie après la tempête
Hermione Granger profitait du balcon des appartements mis à sa disposition au manoir Prince pour admirer le lever du soleil avec une tasse de tisane et l'édition spéciale de la Gazette. Depuis la fin de sa scolarité, elle était suivie par toute une équipe médicale pour pouvoir porter le ou les prochains héritiers Prince. Les examens qu'elle avait passés, plus poussés que les précédents, avaient conduit à un nouveau protocole de soin qui avait pour conséquence principale un cycle de sommeil plus étendu. C'était donc assez rare qu'elle soit debout avant dix heures et qu'elle se couche après vingt heures.
Ces quelques mois passés au domaine Prince lui avait également montré une facette assez inattendue de Severus Snape, désormais Seth Prince. Elle le savait maître de potions émérite mais son talent en médicomagie avait été étouffé par Dumbledore. En contrôlant étroitement sa condamnation en tant que mangemort, le vieux sorcier avait bloqué toute tentative pour qu'il puisse suivre son cursus en potions et entamer une carrière médicale. Libre de ses engagements imposés, ils avaient donc travaillé ensemble sur le traitement approprié pour leurs buts : mener une grossesse à terme sans complications et éventuellement, allonger son espérance de vie.
Hermione soupira profondément. En accédant à la bibliothèque du clan, elle avait découvert que son état de santé, sans être totalement guéri, aurait pu être amélioré dès le début et ne pas la condamner irrémédiablement si elle avait simplement suivi les rites magiques. Contrés méthodiquement par la parole du grand Albus Dumbledore, les sangs purs avaient mené des études à l'étranger pour conforter leurs us et coutumes et surtout, prouver que leur adversaire racontait n'importe quoi. Pendant les trois dernières décennies, tous les maux dont l'ancien directeur de Poudlard accusait les sangs purs étaient expliqués avec les avantages comme les inconvénients et il était triste de se rendre compte que plus souvent qu'à son tour, le vieux sorcier avait tort. Mais comme il avait un contrôle étroit des frontières, personne ne l'avait su avant qu'il ne soit trop tard …
-Maitresse Hermione, fit Mysty en tenant entre ses mains une robe de chambre. Vous devez vous couvrir !
La brune sourit. A son installation au manoir, Jeremiah lui avait attribué un elfe de maison pour son usage personnel, le fameux Mysty. Celui-ci se conduisait comme une véritable mère poule et faisait tout pour la garder en sécurité comme en bonne santé.
-Merci Mysty, fit Hermione. Est-ce qu'il y a quelqu'un dans la salle du petit-déjeuner ?
-Maître Seth se restaure, maitresse, indiqua Mysty.
-Peux-tu lui indiquer que je souhaite lui parler ? demanda Hermione. Je vais me préparer en attendant sa réponse.
-Bien, maitresse Hermione, s'inclina Mysty avant de disparaître.
Hermione fut rapidement prête et descendit les escaliers vers les salles à manger. S'il y avait un point commun entre la jeune femme et le maître des lieux, c'était bien de ne pas vouloir être considéré comme des poids pour leurs proches malgré leur état de santé.
-Hermione, salua Seth.
-Seth, salua Hermione en prenant place.
Ils eurent une discussion tranquille tout en mangeant puis passèrent dans un salon proche. La brune fronça des sourcils lorsqu'elle nota la raideur de son interlocuteur.
-Vous n'êtes pas tout à fait soigné, constata Hermione.
-Un coma a de nombreuses conséquences sur le moyen terme, indiqua Seth. D'après les médicomages, il est surprenant que j'aie pu me réveiller aussi vite et reprendre mon travail dans la foulée. Les événements de Mabon n'ont certes pas aidé mais j'ai pu me ménager, Merlin merci …
Hermione sourit. L'attaque de Poudlard avait eu une semaine plus tôt et les journaux en faisaient encore leur une. La version officielle était que des nostalgiques de Voldemort avaient voulu se venger et avaient entendu dire qu'Harry Potter se trouverait au château à cette date. C'était à la fois extrêmement proche de la vérité et totalement à côté de la plaque. Mais comme l'avait souligné Filius Flitwick, l'histoire était écrite par les vainqueurs et ces derniers refusaient qu'Albus Dumbledore soit mentionné où que ce soit.
-Je souhaite réaliser le rituel de Mère de Lignée, annonça Hermione.
-Vous n'êtes pas complètement en forme, rappela Seth.
-Je ne le serais jamais, rétorqua Hermione. De plus, le bal de la nouvelle année approche et Jeremiah a bien l'intention d'officialiser votre place à ses côtés en tant qu'héritier. Le délai sera suffisant pour qu'on ne croît pas que ça a été fait sur un coup de tête.
-Vous savez comment les sangs purs pensent, maintenant ? grinça Seth
-J'aime apprécier à sa juste valeur les mauvais côtés des sorciers, ricana Hermione. Qu'en pensez-vous ?
-Pourquoi vouloir tout précipiter ? ne put s'empêcher de grogner Seth
-Je ne vous demande pas de mettre en route votre héritier tout de suite, corrigea Hermione en levant les yeux au ciel. M'introniser Mère de Lignée fera comprendre à tout le monde quand vous deviendrez officiellement héritier Prince que vous n'avez pas l'intention de vous marier avec une greluche qui pensera avoir assez de latitude pour vous manipuler. Elle ou sa famille.
Seth pinça l'arête de son nez en soupirant lourdement. S'il y avait bien une raison pour laquelle il ne tenait pas à reprendre la tête de sa famille, c'était pour tous les problèmes qui allaient avec, à commencer par l'identité de la personne qui allait devenir consort Prince. A son corps défendant, la proposition d'Hermione était idéale et pourrait reculer d'autant plus toute pression concernant un éventuel mariage en grande pompe. Mais surtout, connaissant son grand-père comme il le connaissait, il allait essayer de le convaincre qu'au moment de sa présentation en tant qu'héritier Prince, son propre héritier serait déjà en route. Personnellement, il aurait préféré attendre un peu, notamment pour connaître les objectifs d'éducation d'Hermione pour les respecter quand elle ne serait plus là, mais effectivement, tout s'emboîtait assez bien pour être mis en place dès maintenant.
-Êtes-vous prête à entrer dans la fosse aux lions ? demanda Seth par acquis de conscience
-Nous préparons mon entrée officielle dans le clan Prince depuis assez longtemps pour parer à toute éventualité, déclara Hermione en haussant des épaules. Au pire, on mettra tout cela sur le compte de mes origines moldues.
-Vous avez réponse à tout, grommela Seth.
-Il faut bien, avec un tel ronchon comme vous, taquina Hermione.
Malgré lui, Seth sourit. Même si leur seul point commun était leurs parents moldus, la brune était comme Lily Evans, une bouffée d'air frais dans le monde si fermé de la Grande Bretagne sorcière. Comme de nombreuses fois, il regrettait qu'elle soit condamnée car mieux il la connaissait, plus il se disait qu'il aurait bien aimé la garder dans sa vie, pas forcément en tant que compagne mais au moins en tant qu'amie.
-Je vais y réfléchir, capitula Seth. Je suis également conscient que je n'ai pas tout mon temps et je connais les échéances, merci.
Pour toute réponse, Hermione pouffa.
§§§§§
Molly était en train de se heurter à la dure réalité de la vie.
Même si elle était dans les secrets d'Albus Dumbledore – qu'elle avait décidé d'utiliser à son propre profit pour faire perdurer les idées du vieux sorcier – elle avait appris douloureusement qu'il lui manquait deux choses essentielles contrairement à lui : les informations qui lui donnaient matière à chantage et l'argent pour les corrompre.
Cela avait commencé avec le programme des aurors pour son fils Ronald. Sans les notes adéquates, le rouquin ne pouvait y prétendre. Molly avait donc voulu convaincre Kingsley Shacklebolt pour qu'il joue de ses propres relations pour réaliser le rêve de son fils. Mais l'auror n'était pas sensible à ses arguments et avait même poussé le vice à demander un test pour déterminer si le jeune homme était prêt à devenir auror ou s'il devait fournir plus d'efforts pour y arriver, dans le meilleur des cas. Habitué à ce que la majorité de ce qu'ils voulaient leur soient accordé avec le minimum d'effort, mère et fils avaient vertement refusé, arguant que le fait même d'avoir appartenu à l'Ordre du Phénix devrait servir de gage de compétence. Ils ne comprirent donc pas la fin de non-recevoir que leur opposa l'auror.
Face à cet échec, Ronald avait dû rester au Terrier à la nouvelle année scolaire mais Molly s'était rendu compte que financièrement parlant, ça allait être rapidement impossible à gérer. Gros mangeur, le roux aspirait littéralement ce qu'il y avait sur la table, sans compter les encas qu'il prenait à toute heure de la journée et de la nuit. Avec une maigre rente qui lui était dû en tant qu'épouse Weasley et n'ayant jamais travaillé de sa vie, la matrone n'avait plus rien pour vivre. Elle avait donc dû réfléchir à une solution qui lui apparut rapidement : faire engager son dernier fils auprès de l'un de ses frères. Ces derniers avaient tous rechigné mais par acquis de conscience, avaient tous accepté l'expérience, quand ils étaient en mesure de le faire. Bill avait donc soumis la candidature de son jeune frère à Gringotts mais la banque avait été intraitable : chaque poste sorcier devait être obtenu par ses propres mérites, ce qui voulait dire que s'il voulait postuler, il devait faire ses démarches lui-même et prouver ses compétences lors des tests de recrutement, et non envoyer un membre de sa famille pour négocier à sa place. Charlie avait transmis un test que toutes les réserves zoomagiques faisaient passer à leurs candidats, essentiellement pour établir quelles formations complémentaires elles devaient les inscrire. Les résultats avaient été sans appel et le dragonnier avait révélé que ses supérieurs avaient été effarés notamment du manque d'empathie que pouvait montrer son jeune frère. Percy, qui avait finalement rejoint le département de la justice, avait rappelé que le ministère avait remis en place un concours pour travailler en son sein et que si on s'en passait, les candidats devaient se présenter devant une commission composée de tous les chefs de département et les convaincre de leurs capacités. Inutile de dire que le jeune homme n'avait pas l'intention de mettre en jeu sa réputation pour le plus incapable de ses frères, tout comme les jumeaux, qui avaient refusé net de l'employer dans leur entreprise. Leur clientèle étant essentiellement composée d'étudiants et donc, qui avaient fréquenté Ron à Poudlard, le placer en tant que vendeur dans la boutique aurait un effet contre-productif. De plus, Fred et Georges étaient conscients que pour être utile d'abord à lui-même, il fallait qu'il s'éloigne drastiquement de leur mère et malheureusement, leur entreprise était encore située en Grande Bretagne sorcière.
Finalement, aucun membre de la fratrie n'était en mesure d'aider Ronald.
Pendant que Molly pestait à qui mieux mieux de la mauvaise volonté de ses fils pour aider leur frère, ce dernier reçut une lettre d'une personne inattendue.
Cher Ron,
J'ai appris que puisque tu n'avais pas réussi à entrer dans le programme des aurors, notre chère mère a demandé à nos frères de te trouver du travail.
Quel accomplissement, je suis certaine qu'Hermione aurait été impressionnée si elle s'était intéressée à toi … Non, en fait, comme toute personne normalement constituée, elle t'aurait traité de fils à maman incapable de sortir de ses jupes et elle ne se serait même pas retournée sur toi.
Est-ce que tu penses sérieusement que les sorcières cherchent des sorciers incapables de prendre soin d'eux-mêmes seuls ? De s'occuper de leur partenaire comme d'un gosse ? Certainement pas. Ce que veut une femme, c'est un partenaire qui pourra les soutenir autant qu'elle le fera avec lui. Personne ne veut former un couple avec son partenaire et sa belle-mère et vu ton comportement, c'est ce que tu veux imposer.
Je pensais honnêtement que ce qui s'était passé avec Harry t'aurait servi de leçon mais visiblement, ce n'est pas le cas. Dans ma grande gentillesse, je vais donc te la répéter : rien ne va t'arriver tout cuit dans le bec, Ron. Tu veux une carrière prestigieuse ? Tu dois, et toi seul, fournir les efforts pour y arriver. Tu veux une copine ? Tu dois la chercher tout seul et faire en sorte qu'elle s'intéresse à toi pour tes propres faits et non en demandant à ta maman de le faire à ta place. Tu as échoué quelque part ? Reconnais ta part de responsabilité au lieu d'accuser le monde entier. Le monde ne tourne pas autour de toi et n'attendra pas que tu te réveilles pour continuer à fonctionner. Mais surtout, tes goûts ne sont certainement pas ceux des autres. C'est toi qui pleureras quand tu termineras ta vie, isolé et sans but parce que tu as préféré suivre ceux qui savent sans essayer de faire tes propres découvertes.
N'espère même pas de soutien pour ta situation. Toutes les personnes qui t'écouteront pleurnicher se demanderont, moi la première, pourquoi tu ne t'es pas pris en main. Quelqu'un qui vit encore chez ses parents et en plus, qui ne fait rien de sa vie, n'est pas attirant, mets-toi ça dans la tête.
Une marionnette entre les mains de sa propre mère encore moins, et c'est l'image que tu montres.
Au cas où tu montrerais cette lettre à des personnes qui ne sont pas concernées, oui, ma nouvelle vie me plait car je fais quelque chose que je veux et je n'attends pas comme une godiche le prince charmant qui va m'entretenir moi et ma famille d et non, je n'ai pas l'intention de revenir pour réaliser ce destin si « merveilleux ».
Ginny
Le rouquin reposa la missive, perturbé. Même si les mots étaient durs, ils n'en demeuraient pas moins vrais. Il avait déclaré pendant toute sa scolarité qu'il serait le meilleur ami d'Harry Potter, soutenu par sa mère et son directeur d'école, mais en oubliant ses propres rêves. Il avait insisté année après année, même quand le brun lui déclarait de moins en moins poliment qu'il n'avait pas l'intention d'être de nouveau ami avec lui. Au lieu de concéder sa défaite, il avait persisté, poussé par Albus Dumbledore, pensant naïvement qu'il allait revenir sur son avis. Pour quel résultat ? Continuer à rêver d'une amitié formidable avec le Survivant alors que ce dernier avait disparu des radars ? Où était cet enfant qui rêvait de combattre les méchants bien avant qu'on ne lui serine qu'il sera auror avec Harry Potter ? Son amour des énigmes et de la stratégie avant qu'on ne lui montre la « bonne » manière de réfléchir et l'obligation de laisser Albus Dumbledore régler tout problème qu'on pourrait avoir ? De penser que son idéal féminin devait être une copie conforme de Molly Weasley ? Ginny ne mâchait pas ses mots mais ses frères ne lui avaient jamais caché penser la même chose de lui. Chacun d'entre eux lui avait clairement dit qu'ils l'aidaient parce qu'il était leur frère – et non parce que leur mère les avait harcelé – mais qu'ils trouvaient la méthode inappropriée pour une personne de son âge et sur bien des points. Visiblement, ils avaient fait preuve d'un tout petit peu trop de subtilité – sauf Fred et Georges qui avaient déclaré sans ambiguïté qu'ils n'avaient pas l'intention d'engager quelqu'un qui n'avait jamais montré de lui-même qu'il voulait travailler – car seuls les mots crus de sa sœur lui ouvraient les yeux.
La sensation de bien-être qui le submergea quand il se promit de prendre ses décisions faillit le faire tomber de son siège. Pour avoir été trop souvent le cobaye de ses frères, il savait reconnaître quand il était sous l'influence d'une magie qui n'était pas la sienne et il comprit immédiatement ce qui venait de se passer. S'empressant de mettre toutes les affaires auxquelles il tenait réellement dans un sac, il le dissimula sur lui avant de descendre annoncer à sa mère qu'il comptait faire un tour sur le Chemin de Traverse. Mais une fois sur place, il se dirigea vers Gringotts et passa les lourdes portes.
Ce fut la dernière fois qu'on le vit.
