Le Golden Boy, damné pour les sorciers qu'il ne veut pas écouter

Poudlard était beaucoup plus serein sans les présences nocives d'Albus Dumbledore et de Voldemort.

Le renvoi de l'ancien directeur et la dissociation de l'école avec le ministère avait été un immense bol d'air frais pour le château. Mis à part quelques changements minimes dans l'équipe enseignante – oui, ça avait été un immense soulagement de se débarrasser définitivement de Sybille Trelawney et de Rubeus Hagrid – les professeurs étaient restés en place mais leurs fonctions avaient quelques peu changées.

Comme suggéré quelques mois plus tôt, Severus Snape quittait les potions pour devenir directeur adjoint à part entière tout en s'occupant de l'apprentissage d'Harry Potter et fut remplacé par Aurora Sinistra à la tête de la maison Serpentard. Puisqu'il n'était pas demandé au directeur d'enseigner et encore moins de se mêler de la vie des élèves et de son personnel plus que de raison, les quatre directeurs avaient opté pour un professeur à la retraite qui n'avait jamais enseigné en Grande Bretagne sorcière ni été sous les ordres de l'ancien directeur. Etienne Rowle accepta donc avec plaisir, encore plus en sachant que le ministère ne pourrait plus s'imposer dans l'école après les déboires de ces dernières années.

En épurant les comptes – sans surprise, une bonne partie des fonds de l'école avait été détournée – Poudlard avait pu faire les aménagements nécessaires pour la sécurité et le bien-être des habitants mais aussi recruter du personnel supplémentaire et ouvrir de nouvelles matières. L'épisode Julia Genest avait rappelé que les préfets ne pouvaient pas s'occuper de leurs études et de la discipline dans leur maison donc huit surveillants furent engagés, deux par maison, pour faire régner l'ordre dans les salles communes, superviser voire s'occuper du tutorat, réaliser des rondes et surveiller les élèves en cas d'absence temporaire des professeurs ou durant les retenues. Les préfets devinrent des délégués et porte-parole de leur maison, ce qui eut pour conséquence que leur charge de travail s'en trouvait particulièrement allégée.

Outre les surveillants, les professeurs purent enfin recruter des apprentis. Si pour le moment, celles et ceux qui avaient accepté cet honneur préparaient le deuxième degré de leurs maîtrises respectives – ils avaient opté pour des étudiants ayant déjà de bonnes bases pour qu'ils puissent prendre en charge les élèves de première et de deuxième année ainsi que les sessions de révision des BUSES et des ASPICS – ils n'étaient pas contre prendre des apprentis plus jeunes dans les prochaines années.

Les matières disponibles aussi eurent droit à leur lifting. La divination disparut définitivement ou du moins, le temps d'avoir un véritable professeur dans la matière, l'histoire de la magie et l'étude des moldus furent redéfinis de fond en comble, des cours optionnels devinrent obligatoires et vice-versa – l'étude des moldus, renommée civilisation non magique, devint obligatoire dès la première année, remplaçant l'astronomie qui devint une option en troisième année, par exemple – et de nouvelles matières revinrent au programme, comme la civilisation sorcière, obligatoire dès la première année, le duel ou la médicomagie, tous les deux optionnels à partir de la sixième année.

Mine de rien, Severus était époustouflé par tous les changements qui avaient pu avoir lieu en quelques mois à peine, ce qui lui faisait penser que Dumbledore avait intentionnellement maintenu un niveau médiocre et saboté la vie scolaire. Les habitants de l'école étaient mieux dans leur peau et dans leur tête et c'était un changement énorme par rapport à l'ambiance sous le vieux sorcier.

En revanche, d'autres choses ne changeaient pas.

Pour une raison que Severus ignorait, la population sorcière pensait que l'apprentissage d'Harry était un ordre de Dumbledore et que maintenant que Voldemort n'était plus, le brun allait se séparer de son maître, peu importe qu'il ait son diplôme, pour entrer dans le programme des aurors et les servir ad vitam aeternam. Le brun n'avait même pas cherché à les convaincre du contraire et avait commencé, en parallèle à son apprentissage, à prendre ses fonctions au sein du Magenmagot et à en chasser les mauvaises langues à l'origine de ces rumeurs qui voulaient clairement lui faire perdre un peu de prestige. Ajouté à cela que le Sauveur était vu essentiellement avec des Serpentards, Harry Potter était désormais considéré comme un héros perverti par ses mauvaises fréquentations.

Était-il nécessaire de dire que ledit Sauveur se foutait royalement de l'avis de la population quant à la gestion de sa vie ?

-Bonjour, maître Snape, sourit l'intéressé en apparaissant subitement devant lui. Est-ce que vous avez lu le journal ?

-Bonjour, apprenti Potter, répondit Severus. Cela dépend. Suis-je censé y trouver une nouvelle ode à votre honneur ? Si c'est le cas, je crains ne pas avoir le temps de prendre connaissance de cette prose plus qu'hasardeuse.

-Pas loin, répondit Harry. Je suis fiancé.

Oh.

Severus ne se leurrait pas. Son apprenti n'était pas amusé par cette nouvelle élucubration des médias.

Il était furieux.

Réaction tout à fait normale puisqu'on tentait encore une fois de se mêler de sa vie.

-Qui est l'heureuse élu ? demanda Severus en reprenant son chemin. Pas Ginny Weasley puisqu'elle est hors du pays.

-Une petite oie blanche protégée par mon ancien « mentor », renifla Harry. Curieusement qui n'a jamais fait ses études à Poudlard mais qui raconte à qui veut l'entendre que pendant les mois où j'avais disparu de la scène publique, je flirtais avec elle.

-La traîner en justice pour diffamation ne serait pas suffisant pour lui donner une bonne leçon, commenta Severus. D'ailleurs, je suis surpris car aux dernières nouvelles, votre compagne est Kali.

-Impossible, puisque personne n'a pu trouver d'information sur elle, ricana Harry. La population sorcière ne peut pas l'accepter comme ma fiancée si elle n'a pas de moyen de l'influencer en sa faveur.

Ils gagnèrent le bureau du directeur adjoint où ils s'installèrent et reçurent une tasse de thé bien chaude.

-Qu'avez-vous l'intention de faire ? demanda Severus, curieux. Vous l'avez souligné assez de fois, personne n'a à vous dicter votre conduite.

-Oh, les idées se bousculent, souffla Harry en changeant subtilement le contenu de sa tasse par une boisson buvable pour son nouveau palais. Continuer à sortir ouvertement avec Kali, être vu avec Daphnée et Pansy et surtout, démentir formellement cette « aventure » pendant mes invitations officielles, histoire que les personnes qui ont besoin de connaître cette information sachent que ce n'est qu'une fantaisie des médias … effectivement, traîner en justice toute personne qui maintient cette version …

Severus retint un sourire. Il était loin le temps où le Survivant servait de paillasson muet pour l'intégralité de la Grande Bretagne sorcière …

-Mais je doute que ce soit cette nouvelle « fiancée » qui vous mette dans un tel état, commenta Severus.

Harry hésita quelques instants.

-Comment va Hermione ? demanda le brun

Severus perdit quelque peu son rictus. Malgré l'amélioration de son état de santé avec ses nouveaux traitements, Hermione Granger avait fini par renoncer à ses engagements auprès d'Augusta Longbottom. En tant que meilleure amie du Sauveur, les journalistes la cherchaient partout mais les barrières du manoir Prince étaient des plus solides. Les sachant très proches l'un de l'autre, Severus ne doutait pas qu'elle disait à Harry tout ce qui se passait dans sa vie.

-Les premiers jours de sa grossesse n'ont pas été simples, soupira Severus. Son corps a bien accepté l'embryon mais ses nausées sont assez violentes et la laissent épuisée. Sa magie est également chamboulée, ce qui est plus rare, et les médicomages parlent de placer sur elle un sceau de restriction magique jusqu'à l'accouchement.

-Qu'est-ce que c'est ? demanda Harry, intrigué

-Cela lui interdit de lancer des sorts d'une certaine intensité et cette magie inutilisée sera directement à la disposition du fœtus, expliqua Severus.

-C'est un symptôme normal ? demanda Harry

-Il a été observé quand les mères ont été victimes d'accidents magiques pendant leur puberté, de manière positive comme négative, répondit Severus. Je ne sais pas …

-Le retourneur de temps, déclara Harry.

-Quel retourneur de temps ? gronda Severus

-En troisième année, Hermione a eu l'autorisation d'utiliser un retourneur de temps pour assister à tous ses cours, révéla Harry. La professeure McGonagall était au courant mais Hermione était étonnée qu'elle propose cette solution parce qu'elle est déjà venue chez elle pour la convaincre d'abandonner au moins deux matières.

Severus fulminait intérieurement. Il se souvenait parfaitement de cette rentrée où il avait trouvé Minerva hors d'elle. Il avait cru que c'était à cause de l'évasion de Sirius Black mais si elle avait été forcée de remettre un artefact d'une telle puissance à une gamine de quatorze ans, pas étonnant que les conséquences se révèlent encore aujourd'hui.

-J'en discuterai avec elle, trancha Severus. De toutes les façons, nous devons attendre le deuxième trimestre avant de nouveaux examens. Rien ne vous empêche d'aller lui rendre visite puisque j'imagine que c'était la raison de votre question.

Harry hocha la tête, un peu penaud. Sa meilleure amie lui manquait, oui, et alors ?

-Bien, fit Severus. Maintenant que cette pause haute en couleur est terminée, si nous nous mettions au travail ?

§§§§§

Sirius darda un regard agacé à son interlocuteur.

-Pourrais-je savoir pourquoi vous pensez que je ferai accepter cette ineptie à mon filleul ? articula froidement Sirius

Le fonctionnaire comprit rapidement qu'il avait fait une erreur monumentale.

Voldemort disparu et Dumbledore ne faisant plus parler de lui car en disgrâce, certains avaient décidé que ce serait le bon moment pour récupérer une place au soleil. Seulement voilà, les efforts des nouvelles générations, menées par Harry Potter, n'avaient pas été vains et leurs « efforts » à eux avaient été efficacement contrés. Ceux qui n'avaient pas été pris dans la réponse implacable du Survivant tentaient donc de se mettre à l'abri.

Sirius était parfaitement conscient de ce qui se passait actuellement au gouvernement. Si Harry était l'un des seuls qui occupait en personne son siège au Magenmagot, si la situation se révélait toujours aussi catastrophique, nul doute que ses amis, qui poursuivaient leurs études à l'étranger, reviendraient renverser le gouvernement en place sans prendre des gants. Une sorte de frénésie s'était donc emparée d'une partie des fonctionnaires qui voulaient rester saufs dans ce grand chamboulement à venir.

Le bureaucrate face à lui était un né de sorciers qui, abreuvé par les paroles mielleuses d'Albus Dumbledore, avait son idée bien précise des sangs purs, notamment qu'ils étaient sensibles à des échanges de bons procédés. Cependant, là où il s'était largement trompé, c'était de croire que lord Black accepterait la fiancée parfaite pour lord Potter en échange d'un haut poste au ministère et une rente occulte à vie.

Hilarant. Vraiment.

-Il ne me semble pas que lord Potter ait mentionné où que ce soit être à la recherche de la prochaine lady Potter ou du prochain consort Potter, siffla Sirius.

-Il a pourtant l'âge idéal pour se marier, protesta faiblement le bureaucrate.

-Peut-être, concéda Sirius. Mais ce n'est pas à un obscur gratte-papier d'en décider et encore moins de décider qui sera l'heureuse élu. Je vais donc vous répéter ce que mon filleul s'évertue à rappeler au monde sorcier : personne n'a le droit de décider comment il doit vivre sa vie. Dans ma grande bonté, je vais lui taire cette tentative éhontée de le manipuler mais sachez que si vous vous retrouvez sur son chemin ou le mien, ce qui s'est passé aujourd'hui ne sera rien comparé à ce qui vous arrivera. Disposez !

Le fonctionnaire glapit de peur avant de se carapater.

Sirius se renfonça dans son siège. Maintenant que les feux de la guerre étaient définitivement éteints, les volontés matrimoniales reprenaient de l'ampleur. Harry était bien entendu en très bonne place mais également tous les sangs purs victimes des guerres contre Voldemort qui n'avaient pas eu le temps de bénéficier de fiançailles dès l'enfance et ils étaient plus nombreux qu'on pourrait le croire. Si beaucoup l'approchaient pour atteindre le brun, il était également destinataire de cet intérêt douteux et déplacé à ses yeux mais il savait également qu'il était temps qu'il fasse perdurer le clan Black dans la bonne direction. Il eut une brève bouffée de nostalgie en se souvenant de Marlène McKinnon. Ils avaient pu dans le plus grand secret tisser une relation profonde et il s'apprêtait même à la demander en mariage. Seule Lily était au courant pour eux et au moment de sa mort, Marlène, qui montrait déjà qu'elle avait de moins en moins confiance en Albus Dumbledore et qui avait déjà annoncé qu'elle comptait quitter l'Ordre du Phénix, avait avoué à Lily et lui qu'elle avait des preuves que leur cher leader n'était pas aussi vertueux et honnête qu'il voulait le faire croire. Trois jours plus tard, elle mourrait avec toute sa famille dans une attaque de mangemorts sur leur maison et une semaine plus tard, c'était au tour de Lily et lui était envoyé à Azkaban. Il l'imaginait bien en tant que lady Black et les membres de sa famille dont l'avis lui importait réellement ne l'aurait pas rejetée. Mais ce n'était plus possible …

Sirius savait que s'il devait trouver une sorcière qui lui conviendrait pour relever le clan Black, il lui faudrait quitter la Grande Bretagne. Il lui fallait éloigner le spectre de la consanguinité mais également empêcher la famille de sa future épouse de croire qu'elle pourrait avoir son mot à dire dans la gestion de son clan, entre autres. Pour cela, il pourrait être aidé par Narcissa qui, malgré la réputation des Malfoy, avait gardé ses contacts hors du pays. Cependant, il était conscient qu'il était temps d'abandonner certaines coutumes qui n'avaient aucune plus-value, aussi bien pour la société que pour la Magie. S'il n'avait pas l'intention de s'attacher au statut de sang de sa future partenaire, cette dernière devrait avoir une solide éducation sur les sangs purs s'il envisageait de l'épouser, et ce serait non négociable. Il n'imposerait pas non plus des fiançailles à ses enfants – s'il en avait, bien sûr – alors qu'ils étaient en couches mais fortifierait les protections autour d'eux au cas où une situation similaire à celle d'Harry se répéterait. Et tant de choses encore … Le lord devait redresser le clan Black et avec tout ce qui s'était passé en parallèle aux guerres contre Voldemort, ce ne serait pas gagné. En fait, il était dans une situation semblable à celle d'Harry, qui devait restaurer l'honneur du clan Potter qui était considérée comme soumis à Dumbledore.

Misère, que la vie était compliquée …

§§§§§

Ric et Laze se promenaient sur les rives de la Tamise. Ils avaient décidé de s'octroyer ce moment de paix après tout ce qui s'était passé cette dernière année. Maintenant qu'Eutaryn et Dumbledore étaient définitivement neutralisés, il était temps qu'ils pensent à eux.

-Rester ici ou retourner dans l'autre dimension, résuma Ric. C'est un choix assez compliqué.

-Je sais, soupira Laze. Personnellement, peu importe puisque j'ai manqué un millénaire d'évolution quel que soit le monde. S'il n'y avait pas eu le fourchelangue, il m'aurait même été difficile de communiquer avec Harry et de comprendre tout ce que j'avais manqué ici.

-Quel est ton choix ? demanda Ric

-Non, quel est ton choix ? renvoya Laze. De toutes les façons, où que tu ailles, je serais là. Tu es mon seul lien avec la vie et je ne compte pas t'abandonner, qu'importe ce que tu fais. Ame-sœurs, tu as oublié ?

Ric lui offrit un tendre baiser.

-Je ne sais pas trop, avoua Ric. J'ai confiance en Nolan pour rétablir notre peuple et je sais qu'Harry se débrouillera sans problème pour reprendre sa vie en main. Notre place est là où nous voulons qu'elle le soit et pour moi, elle sera toujours avec toi.

-Alors pourquoi choisir ? pointa Laze. L'idéal serait de vivre entre les deux dimensions. Nous pourrions fortifier le passage à côté de chez Garrick pour voyager autant que nous voulons. Et puis n'oublie pas que tu as toujours la charge du Domaine Incandescent et que tu n'as pas encore désigné ton héritier.

-Je crains que pour cela, nous n'ayons pas besoin d'attendre longtemps … souffla Ric.

Laze mit quelques instants à comprendre … et resta bouche bée durant de longues minutes.

-Pardon ?! coassa Laze. Tu peux répéter ?

-L'héritier du clan Agni est déjà en route, sourit Ric en prenant la main de son compagnon et en la posant sur son ventre.

-Quand ? Comment ? buta Laze

-Je n'ai pas besoin de t'apprendre comment sont fait les enfants, rit Ric. Il ne faut pas oublier qu'il ne se passe pas une seule nuit sans que nous profitions l'un de l'autre.

Laze rougit.

-En fait, j'ai eu des doutes lorsqu'on a fait ce rituel sur la terre des Potter en juillet, révéla Ric. C'était assez faible donc c'est pour ça que le duel contre Eutaryn ne m'a pas inquiété plus que cela. Après la bataille contre Dumbledore, Harry m'a avoué qu'il avait ressenti le besoin pressant de me protéger. Ça ne m'est arrivé qu'une seule fois, quand j'attendais Luba, donc j'ai vérifié.

-Combien ? demanda Laze, commençant à être émerveillé

-Eh bien, j'en suis à environ six mois, calcula Ric. Mon ventre va commencer à se voir dans les prochaines semaines et je devrais accoucher d'ici l'été prochain.

Laze l'embrassa langoureusement. Papa ! Il allait être papa dans six mois ! Certes, ce ne serait pas son premier enfant mais là, il pourrait assister à la grossesse de son compagnon et être présent dans la vie de son enfant, c'était fou !

-Merci, souffla Laze.

-Ne le dit pas trop vite, rit Ric. Tu ne sais vraiment pas ce qui t'attend. Je serais plus rassuré qu'on attende la naissance pour retourner dans l'autre dimension et j'ai amplement eu l'occasion de me renseigner pour savoir que les techniques d'accouchement valent les nôtres. En attendant, rien ne nous empêche de visiter ce monde, tu en penses quoi ?

Pour toute réponse, Laze l'embrassa plus profondément.