Auteur : Lady Zalia
Type : Post-Poudlard. Aventure, Romance. Pairing [Harry/Drago].
Résumé du chapitre précédent : Tandis que Harry reste à Poudlard, Drago passe les fêtes de fin d'année au Manoir Malefoy. Narcissa l'a obligé à écrire une lettre de démission qu'elle a envoyé à Poudlard, tandis que Lucius compte bien lui faire épouser une jeune sorcière allemande. Mais en fouillant dans son bureau, Drago découvre tout un dossier sur Harry, avec notamment le nom du fameux maléfice qui l'a rendu handicapé.
Disclaimers : Ouiiii désolé j'ai encore une semaine de retard. Il y aura un peu de Angst et de Drama dans ce chapitre. Rien de trop méchant, je vous promets. 😉
Chapitre 7
Cela ne faisait que quelques jours que les vacances avaient débuté, et Harry se sentait déjà désespérément seul.
Dès lors qu'il avait pu passer Noël à Poudlard, Harry avait adoré cette fête. Malgré sa famille, Ron ne l'avait jamais abandonné, et il y avait reçu les tous premiers cadeaux de son existence. Les premiers pulls Weasley, les premières boîtes de chocolat, la cape d'invisibilité de son père. Sans compter les délicieux festins, les crackers, les statues enchantées pour répéter des cantiques et le paysage enchanteur. Poudlard sous la neige restait une vision idyllique qui ne cessait de l'émerveiller malgré les années.
Lorsqu'il avait quitté Poudlard, il n'avait jamais cessé de fêter Noël avec les Weasley, sa famille d'adoption. L'année précédente encore, il avait passé le 25 décembre au Terrier, avec James et Ginny.
Cette année était donc la première fois en 17 ans qu'il fêtait Noël loin de ses amis ou de sa famille, et bien que certains collègues et élèves soient restés à Poudlard, il ne partageait pas vraiment leurs centres d'intérêt.
Ceux qui restaient pour les vacances étaient toujours les veufs, les orphelins et ceux qui étaient indésirables dans leur propre famille, et bien que l'ambiance soit aussi joyeuse que du temps de sa scolarité, l'absence de ses amis se faisait cruellement ressentir.
Comme Drago, Neville avait rejoint sa famille pour les fêtes, rendant Harry désœuvré et relativement déprimé. Il passa les premiers jours à corriger toutes ses copies et préparer ses cours, conscient qu'il n'aurait que peu de temps pour cela la semaine suivante.
Ginny avait accepté de lui confier James pour la deuxième semaine des vacances et cette idée le mettait en joie. Son fils lui manquait, et il avait imaginé tout un tas d'activités à faire avec lui. Conformément aux suggestions de Neville, il avait demandé à Minerva de faire quelques modifications dans ses appartements, et le château avait immédiatement fait apparaître une seconde chambre à côté de la sienne.
Harry avait beau vivre dans le monde magique depuis 17 ans, il ne cessait de s'émerveiller de ce genre de choses. Il consacra toute une journée à décorer la pièce pour la faire ressembler à une chambre d'enfant, mais le mercredi soir, alors qu'il commençait à s'ennuyer, Minerva McGonagall le fit appeler dans son bureau.
- Harry, comment allez-vous ?
- Je vais bien, merci, et vous ?
- Je vais bien, même si je suis soucieuse… Dites-moi, est-ce que vous vous seriez disputé avec Drago récemment ?
Harry écarquilla les yeux.
- Quoi ?! Avec Drago ? Mais pas du tout, au contraire, nous sommes devenus amis. Pourquoi cette question ?
- Et bien j'ai reçu un hibou de sa part… Il démissionne. Il annonce qu'il ne souhaite plus enseigner et que sa décision prend effet immédiatement. Il m'a demandé son solde et prévenu que des elfes viendraient chercher ses affaires. Je dois avouer que je suis sidéré. Je ne m'attendais vraiment pas à ce qu'il m'annonce une telle chose.
Harry s'était figé en écoutant la directrice, son cerveau saturé par mille et une pensées.
- Mais… Je croyais qu'il adorait son travail… Je ne comprends pas pourquoi il ferait ça. Vous êtes certaine que c'est bien lui qui l'a écrite ?
Minerva souleva la lettre qui se trouvait sur son bureau et Harry reconnut sans difficulté l'écriture familière. Le parchemin était flanqué des armoiries du clan Malefoy et sa signature était exactement la sienne. Il ne pouvait se tromper.
L'annonce tomba comme un couperet. Qu'avait-il bien pu se passer au manoir Malefoy pour que Drago prenne une telle décision ? Il était resté à ses côtés jusqu'au dimanche matin, et lorsqu'il avait traversé la cheminée de son bureau, il semblait au contraire impatient de retourner à Poudlard. Pourquoi voudrait-il démissionner ?
Un frisson d'angoisse traversa le Survivant. Il avait un mauvais pressentiment. L'impression rampait sous sa peau comme un présage funeste. Il fallait qu'il parle à Drago.
Il se mordit la lèvre, commençant à imaginer tout ce qui avait pu mener à cette lettre.
- Professeur, avez-vous essayé de le contacter ?
- Je lui ai envoyé un hibou, mais en l'absence de réponse de sa part, je suis obligée de trouver quelqu'un pour le remplacer. On ne peut pas faire le reste de l'année sans professeur de potions.
- Je suis certain qu'il y a une explication. Il n'aurait jamais quitté Poudlard comme ça. C'est probablement un coup de ses parents…
Minerva soupira, et Harry eut l'impression de se revoir bien des années plus tôt, lorsqu'il avait accusé Rogue de vouloir voler la pierre, ou Drago de préparer un mauvais coup.
- Harry, vous devriez vous garder de faire de telles accusations dans le vide. Drago est adulte, et vous n'êtes plus Auror. Ne faites rien de stupide, par Merlin. Vous savez combien Lucius Malefoy est procédurier. Je ne voudrais pas devoir chercher aussi un enseignant de Défense contre les Forces du mal parce que vous avez pénétré sans autorisation sur sa propriété.
Harry était toujours aussi obstiné, néanmoins il savait choisir ses batailles.
- Je sais professeur. Je vous remercie de m'en avoir informé. Je vous promets que je ne ferai rien de stupide.
La directrice ne sembla pas vraiment convaincue.
- J'espère. Pourriez-vous s'il vous plaît prévenir Neville ? Je sais qu'ils sont tous deux devenus très proches. Peut-être en sait-il davantage.
- Je vais le faire d'ici pas. Bonsoir professeur.
- Harry, appelez-moi Minerva.
- Bonsoir, Minerva.
Il referma la porte en tâchant de masquer son agitation et redescendit les marches aussi rapidement que sa jambe boiteuse ne le permettait. Réveillon de Noël ou pas, il comptait bien avertir Neville sans attendre et sans passer par un hibou.
Il se précipita jusqu'à son bureau et jeta une poignée de poudre dans sa cheminée avant d'y entrer.
- Manoir Londubat !
Il savait par avance que la vieille Augusta Londubat n'allait guère apprécier sa venue impromptue mais aussi que Neville aimerait être avertis au plus vite.
À peine arrivé dans le hall, un elfe de maison se présenta à lui avec une courbette.
- Bonsoir Monsieur. Qui dois-je annoncer ?
- Euh bonsoir. Je suis Harry Potter. Dites à Neville que je suis ici et que je dois lui parler de toute urgence. C'est très important.
L'elfe disparu en un instant et Harry attendit quelques minutes jusqu'à ce que Neville arrive, en robe de soirée. Son costume était noir et blanc et ses cheveux étaient coiffés en arrière avec une touche de gel. On aurait dit qu'il portait la même tenue que lors du Bal de Noël de 1994.
- Harry, mais qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je suis désolé de te déranger mais il fallait absolument que je te prévienne. Minerva vient de m'informer que Drago lui avait envoyé une lettre de démission. Il ne compte pas revenir après les fêtes !
Le botaniste écarquilla les yeux.
- Quoi ?! Mais ? C'est… Il n'aurait jamais fait ça !
- Je sais ! Je suis persuadé qu'il s'est passé quelque chose. Je ne sais pas, peut-être que son père l'a plongé sous Imperium ou l'a menacé. Il faut qu'on aille le sauver !
Neville leva les mains pour le calmer.
- Ok. Bon, de toute façon on ne peut rien faire ce soir. Granny me tuerait. Écoute, je viens te voir demain. En attendant, tu restes à Poudlard et tu ne fais rien de stupide.
Harry roula des yeux.
- Minerva m'a dit pareil. Je ne suis pas si…
Le regard de son ancien camarade le fit s'interrompre. Neville était très bien placé pour savoir qu'il était toujours le premier à courir au-devant d'une aventure, même si elle semblait hautement déraisonnable.
- Harry, je suis aussi inquiet que toi. Mais on ne peut pas s'infiltrer dans le Manoir Malefoy comme ça sur une simple suspicion. Je vais lui envoyer un hibou express. Essaye de penser à autre chose.
- Il me l'aurait dit. S'il avait pu… il me l'aurait dit.
L'émotion lui nouait la gorge. Drago était son petit ami depuis à peine plus d'une semaine et déjà il disparaissait. Était-il maudit ?
Neville posa une main sur son épaule.
- Je sais. Rentre à Poudlard. Drago n'est pas faible, c'est un Serpentard. Je suis persuadé qu'il a toujours un atout dans sa manche. Fais-lui confiance. À demain.
Harry soupira longuement et repassa par la cheminée. Dans son bureau, tout était calme et silencieux, désespérément silencieux… Il décida de se préparer un thé et d'aller se coucher tôt. Il ne se sentait pas capable de trouver le sommeil mais il n'avait rien d'autre à faire…
***/+/***
Le lendemain matin, Harry n'avait que peu dormi, et l'absence de cadeau de Noël au pied de son lit mina encore un peu plus son moral. Drago et Neville s'étaient mis d'accord pour se les offrir en main propre lorsqu'ils se retrouveraient, mais Ron et Hermione n'avaient manifestement rien envoyé et cela lui serra le cœur.
Malgré sa morosité, il rejoignit la Grande Salle pour prendre son petit déjeuner. Il n'était assis que depuis quelques minutes qu'une chouette brune se dirigea vers lui avec une simple lettre accrochée à la patte. Harry reconnut la chouette de Ron et Hermione, et il lui tendit immédiatement un bout de bacon pour la récompenser. La lettre était assez courte, mais elle l'emplit de joie :
"Cher Harry,
Comment te portes-tu ? Cela nous a fait tout drôle de ne pas te voir à Noël, tu nous as manqué, ainsi qu'aux enfants. Nous avons bien reçu tes cadeaux ce matin, merci beaucoup ! Je suis désolé de ne pas t'avoir écrit plus tôt, j'ai été un peu prise par le travail. J'avais prévu de t'inviter pour te remettre nos cadeaux mais cela m'est sorti de la tête. Serais-tu disponible pour venir nous voir samedi 27 pour dîner ? Ginny nous a dit que tu aurais James avec toi toute la semaine prochaine, c'est une bonne chose. Lui aussi a besoin de voir son père, quoi qu'elle puisse en penser. Tu es passé par un moment difficile mais je suis persuadé que tu es un excellent père ainsi qu'un excellent professeur. Nous avons hâte d'entendre tout ce que tu as à nous raconter. Réponds-nous vite. Avec toute notre amitié. Ron, Hermione, Rose et Hugo."
Ron et Hermione avaient eu Rose, leur premier enfant, en 2005, et Hugo en 2008. Alors qu'il avait vu Rose presque quotidiennement durant ses premières années, il ne l'avait plus vu depuis presque un an, quant à Hugo il ne l'avait vu qu'à la maternité. Il était urgent qu'il reprenne contact avec ses meilleurs amis. Il voulait leur annoncer son amitié avec Drago et la manière dont lui et Neville lui avaient permis de revivre après seulement quelque mois à Poudlard.
Il ne prit pas le temps de terminer son petit déjeuner. Il y avait toujours de quoi écrire près de la table des professeurs, et il attrapa une plume et une feuille de parchemin pour pouvoir rédiger sa réponse : "Coucou Hermione ! On se voit le 27. Je serais là pour 18h30. J'ai hâte de vous revoir ! Bisous à toute la famille. Harry."
Il accrocha la missive à la patte de la chouette qui claqua du bec pour réclamer davantage de nourriture. Harry lui laissa le reste de sa tartine, puis elle prit son envol, et il la suivit du regard alors même qu'elle quittait son champ de vision.
Il était toujours terriblement angoissé pour Drago, mais la lettre d'Hermione lui avait redonné quelque chose à quoi s'accrocher. Et peut-être ses amis auraient-ils une idée pour secourir le Serpentard ?
Quoi qu'en dise Drago, Harry doutait que Lucius Malefoy irait jusqu'à tuer son unique héritier, cependant il était évident que quelque chose s'était passé, et il n'aurait pas de repos avant d'en avoir le cœur net. Neville avait promis qu'il le tiendrait au courant…
À défaut d'avoir d'autre chose à faire, le Survivant regagna son appartement. Il allait tourner en rond, mais il ne voulait pas risquer de rater son ami, donc il attendit, assis sur son canapé à lire et relire la même page.
Finalement, Neville passa la tête par la cheminée aux alentours de 11h, faisant sursauter Harry au passage.
- Ah Nev' ! Tu as du nouveau ?
- Bonjour Harry. Joyeux Noël ! J'ai envoyé un message à Drago ce matin, sous couvert de souhaiter mes vœux de nouvelle année "d'héritier Londubat à héritier Malefoy". Il ne pouvait manifestement pas me répondre librement mais il m'a fait comprendre qu'il gérait la situation et qu'il ne fallait pas essayer d'intervenir. Il faut lui faire confiance, Harry. Il connaît ses parents mieux que nous et a sans doute un plan pour s'en sortir. Il va probablement revenir à la fin de la semaine et se moquer de notre inquiétude.
Harry fit la moue.
- Pardon Neville, joyeux Noël à toi aussi. J'ai un mauvais pressentiment, mais je vais essayer de ne pas faire mon Gryffondor stupide et vous écouter pour une fois. Mais si dimanche soir il n'est pas revenu à Poudlard, je trouverai un moyen de rentrer dans le manoir Malefoy. Je ne l'abandonnerai jamais à son sort.
- Ne t'inquiète pas, Harry. Je suis un Gryffondor, moi aussi. Tu sais que tu peux compter sur moi pour une mission de sauvetage.
Il avait ponctué sa phrase par un clin d'œil qui dérida un peu l'ex-Auror. C'est vrai, il pouvait compter sur Neville. Après tout, ils avaient affronté des Mangemorts côte-à-côte en 5e année, et le botaniste ne manquait pas de faits d'armes lors de la bataille finale. C'était un sorcier valeureux et un ami fidèle.
- Merci Nev'. Tu me rassures vraiment. Je te remercie d'avoir pris la peine de me prévenir, sinon j'aurais stressé toute la journée.
- C'est bon, je te connais, et Drago est aussi mon ami. Je suis inquiet, tout comme toi. Essaye de te changer les idées. Tu as quelque chose de prévu cette semaine ?
- Ron et Hermione m'ont invité à dîner samedi soir. Ça me permettra de ne pas tourner en rond en attendant votre retour dimanche.
- Tant mieux. Tu les salueras de ma part. Allez, je dois te laisser. Encore joyeux Noël, Harry !
Le visage de Neville disparu de la cheminée, et Harry s'autorisa un long soupir. Si Drago avait dit que les choses étaient sous contrôle, il ne devait pas stresser mais plutôt s'occuper de manière constructive. Il prit un parchemin neuf et commença à lister les différentes activités qu'il comptait faire avec James, Drago et Neville la semaine suivante…
***/+/***
Suite à son intrusion dans le bureau de son père, Drago avait redoublé de prudence pour ne rien laisser transparaître. Il n'avait pas cherché à quitter le manoir Malefoy, passant toutes ses journées en compagnie de sa mère ou à lire d'innocents grimoires dans la bibliothèque, sans essayer de contacter qui que ce soit.
Bien entendu, il se doutait que sa lettre de démission allait générer des questionnements, notamment de la part d'un certain Gryffondor, mais étonnamment seul Neville lui avait écrit. Il savait que toutes ses communications étaient surveillées, heureusement le botaniste avait fait preuve de subtilité en lui transmettant ses questions par le biais d'une innocente carte de vœux pour la nouvelle année.
La carte était impersonnelle et solennelle, à la manière dont les héritiers de grandes familles sorcières s'adressaient habituellement leurs salutations, cependant Neville avait utilisé la sève d'une plante pour y écrire un second message et comme il ne s'agissait pas d'un enchantement, ses parents n'y avaient vu que du feu.
Une fois dans sa chambre, il avait suffi d'un Lumos orienté depuis le dos du parchemin pour révéler la véritable lettre :
" Cher Drago. Le professeur McGonagall nous a informés de ta lettre de démission. Que t'arrive-t-il ? As-tu besoin d'aide ? Neville."
Drago avait réclamé un verre d'eau citronnée à son elfe de maison et avait utilisé la pulpe du fruit pour écrire sa réponse :
" Neville. Mes parents veulent me marier de force avec une étrangère. Ils comptent m'obliger à quitter le pays pour aller vivre à ses côtés. Tous mes faits et gestes sont surveillés, mais je ne compte pas me laisser embarquer si facilement. J'ai un plan. Ne faites rien, je serai de retour à Poudlard dimanche comme prévu. Drago."
Il avait ensuite écrit une banale carte de vœux avant de transmettre sa lettre à un elfe de maison pour qu'il l'envoie à Neville. Il ne lui restait plus qu'à attendre.
Le 27 décembre, il avait prétexté vouloir acheter des présents pour sa future épouse en se rendant sur le chemin de Traverse et étonnement, ni sa mère ni son père avaient semblés méfiants à ce sujet.
Bien évidemment, Drago comptait avant tout acheter de nouvelles malles enchantées pour y mettre ses affaires afin de pouvoir déménager tous ses biens à Poudlard, mais il comptait jouer la comédie jusqu'au bout, et son premier arrêt fut la bijouterie de l'Allée des Embrumes.
La boutique « Paracelse, élixirs et talismans » vendait des bijoux enchantés, et même si la plupart des objets vendus ici s'apparentaient à de la magie noire, Drago savait qu'il pourrait y trouver le cadeau idéal, non pas pour la jeune Lucretia Krall, mais bien pour Harry Potter.
Il ne doutait pas que le Gryffondor avait dû angoisser en apprenant sa démission, et même s'il n'y était pour rien, il comptait bien se faire pardonner de différentes manières. Il avait déjà acheté son cadeau de Noël, une magnifique écharpe en cachemire noire brodée de vert pour rappeler ses yeux, mais rien n'était de trop pour son nouveau petit ami.
Il pénétra dans la boutique et avisa la sorcière derrière le comptoir. Avec son look, elle avait tout d'une femme fatale : des cuissardes, une robe assez courte et décolletée, de longues manches de dentelle et un serre-taille tellement serré qu'il devait réduire ses entrailles à une largeur de quinze centimètres. Elle lui faisait un peu penser à Bellatrix bien que, contrairement à cette dernière, son sourire ne donnait pas envie de s'enfuir en courant. Sans doute devait-elle avoir un certain succès auprès des hommes hétéros mais pour sa part il était totalement insensible à ses charmes.
Dans la vitrine, il avait vu une broche pour cape qui pourrait potentiellement plaire au Survivant, et lorsqu'il la lui demanda, la vendeuse lui adressa un sourire carnassier.
- Ah ! Cette amulette est très rare. Elle est à vendre pour 400 Gallions.
Ce n'était pas la première fois qu'il mettait les pieds dans la boutique, et sans doute la vendeuse devait-elle penser que l'immense fortune des Malefoy leur permettait d'acheter tout et n'importe quoi, car Drago doutait que l'objet coûte aussi cher. Il fit la moue et lui adressa son regard le plus dédaigneux.
- Certainement pas. Vous croyez réellement que je vais dépenser autant pour cette breloque ?
- Mais, monsieur Malefoy, c'est en or blanc fabriqué par un orfèvre gobelin il y a des siècles, et l'enchantement résistera même aux plus puissants maléfices.
- Je connais ce type de broche. Elle résiste à un maléfice avant de se briser. 400 Gallions est un prix trop élevé pour un objet à usage unique. Quant à l'enchantement, s'il est aussi vieux que vous le prétendez, je doute que sa puissance soit aussi exceptionnelle que cela. Je ne dépenserai pas plus de 300 Gallions pour un tel objet.
La vendeuse serra les dents, tout sourire disparu. Elle savait parfaitement qui il était et quelles étaient ses ressources, mais elle ne pouvait le prendre trop ouvertement pour un pigeon.
- Si je vous la laisse à 300 Gallions, je ne fais aucun bénéfice. Que diriez-vous d'un autre objet ? Cette fiole contient un poison rare qui tétanise sa victime sur un simple contact. Je vous fais tout pour 400 Gallions.
Drago tendit la main pour observer la fiole en question. Le liquide qu'elle contenait était d'un violet sombre, presque noir, et le bouchon était scellé à l'aide d'une rune. Il le remua légèrement et le poison sembla étrangement épais, presque crémeux.
Il était bien trop curieux pour son propre bien et il soupira face à sa faiblesse. Il avait besoin d'analyser le "poison" pour savoir s'il s'était fait rouler ou non, mais en attendant, une petite mise en garde s'imposait.
- Très bien, je vous prends le tout. J'ignorais que vous versiez aussi dans les poisons. Je vais analyser celui-ci et je verrais si je peux le dupliquer ou l'améliorer. Je suis certain que nous pourrions trouver un bénéfice mutuel.
Il ne comptait pas véritablement produire des poisons, cependant il était important que la vendeuse sache qu'il était capable de le faire. Elle comprit parfaitement le message car son visage perdit quelques couleurs.
- Je vous en prie, monsieur Malefoy. Vous pouvez me faire confiance. Je ne suis pas une arnaqueuse, je ne vends que des objets exceptionnels. Si ce poison ne vous donne pas satisfaction, je jure de vous offrir l'objet de votre choix dans ma boutique.
Drago paya la somme demandée et enfouit les deux objets dans son sac. Il avait hâte d'analyser ce fameux poison mais aussi de voir la réaction de Harry face à ses cadeaux.
La broche représentait un nœud celtique serti d'une émeraude en son centre et de quatre petits onyx dans son pourtour. L'ensemble était parcouru d'entrelacs de métal dans un pur style irlandais. Le bijou pouvait convenir aussi bien à un homme qu'à une femme, ainsi il pourrait prétendre l'avoir acheté pour l'héritière Krall jusqu'à son départ.
Bien que l'après-midi soit déjà bien avancé, il n'avait aucune envie de retrouver l'atmosphère étouffante du manoir et il devait encore acheter ses valises. À présent qu'il connaissait le maléfice qui avait touché Harry, il aurait aimé pouvoir acheter des ingrédients de potion pour commencer à travailler sur un remède, malheureusement il serait bien trop dangereux de brasser un antidote au manoir, car cela amènerait fatalement des questions auxquelles il ne voulait surtout pas répondre. Il décida donc de continuer à flâner dans l'Allée des Embrumes.
Enfant, il avait souvent été amené à se rendre dans la ruelle pour accompagner son père, et si l'ambiance pouvait paraître effrayante pour la plupart des sorciers, ce n'était plus son cas depuis bien longtemps.
Même en pleine journée, la rue n'était jamais très bruyante ni fréquentée. La faible largeur de l'allée associée aux hauts immeubles étouffait les bruits, et même au zénith le soleil peinait à atteindre les pavés. Divers sortilèges d'illusion donnaient l'impression que la rue était tentaculaire, de sorte qu'il était difficile de s'y repérer lorsqu'on n'était pas habitué, heureusement ce n'était pas son cas. Il en connaissait la topographie par cœur, et il marchait d'un pas tranquille, sans se préoccuper de son environnement.
Ainsi, lorsqu'une voix rocailleuse jaillit tout d'un coup à sa droite, il sursauta et se retourna sans même chercher à sortir sa baguette.
- Drago Malefoy ?
L'homme qui l'avait apostrophé se tenait dans un renfoncement sous un auvent, de sorte qu'il était impossible de voir son visage. Il portait un long manteau de cuir brun et semblait faire dans les 2 mètres de haut. Des cheveux sales et filandreux tombaient sur ses épaules, comme s'il avait passé des heures sous la pluie.
Drago réprima une grimace de dégoût.
- C'est moi-même. Qu'est-ce que vous me voulez ?
L'homme ne répondit pas, se contentant de l'observer d'un sourire mauvais, mais alors que le Serpentard s'apprêtait à se détourner pour reprendre sa route, il sentit un sortilège de pétrification heurter son dos. Il n'eut même pas le temps de réagir qu'il tombait en avant, droit dans les bras du colosse, incapable de faire le moindre geste.
Il n'avait même pas pu crier, et de toute façon qui l'aurait secouru ? Il était dans l'Allée des Embrumes, il aurait dû se montrer plus prudent…
Lorsqu'un sac de tissu vint recouvrir son visage, il jura intérieurement. Était-ce des bandits venus réclamer une rançon pour l'enlèvement d'un des plus riches héritiers du Royaume-Uni ? L'avaient-ils ciblé pour se venger de Lucius Malefoy, ou avaient-ils au contraire agi sur son ordre ?
Pour l'heure, la situation semblait dangereusement inextricable…
***/+/***
Au même moment, à Poudlard, Harry était en train de vérifier sa tenue avant de se rendre chez ses amis de toujours. Ron et Hermione habitaient une coquette maison dans un petit village campagnard, avec un grand terrain bordé d'arbres, pour jouer au Quidditch hors de vue des moldus.
Harry avait toujours adoré leur demeure qu'il associait aux rires et à la joie. Rose et Hugo étaient aussi roux que leur père mais Rose avait hérité du visage de sa mère.
À peine Harry avait-il passé le pas de la cheminée que la fillette s'était précipitée sur lui au cri de "TONTON HARRY !"
- Rose NON ! Tu ne dois pas faire ça !
Harry tomba en arrière, heureusement Hermione avait jeté un sortilège pour amortir sa chute. Quelques mois auparavant, il se serait sans doute énervé contre sa nièce, blessé dans son ego et maudissant sa jambe pour ne plus être capable de le soutenir. Entre-temps cependant il avait guéri, moralement tout du moins, et il éclata de rire face à la mine mortifiée de sa meilleure amie.
- Bonsoir Rose, bonsoir Hermione. Ne t'inquiète pas, plus de peur que de mal. Merci pour le sortilège de coussinage !
Il se releva à l'aide de sa canne et jeta un sortilège pour débarrasser la suie de son manteau.
- Harry, mon pote ! Comment vas-tu ? Tu m'as manqué !
Le second à l'étreindre fut Ron, puis Hermione lorsqu'elle osa enfin s'approcher. Elle l'avait regardé comme s'il allait exploser d'un instant à l'autre et Harry en fut attristé. Sa dépression l'avait vraiment éloigné de ses meilleurs amis.
- Ron, toi aussi tu m'as manqué. Vous m'avez manqué tous les quatre. Je suis désolé d'avoir autant négligé notre amitié. Mais je vais mieux maintenant. J'aurais vraiment dû vous contacter plus tôt, mais j'ai été pris dans le quotidien et je ne savais pas comment vous alliez réagir avec le divorce et tout ça…
Hermione lui prit son manteau tandis que Ron l'invitait à s'asseoir sur le canapé avec une Bièraubeurre fraîche.
- Franchement Harry tu aurais dû savoir que ça ne changerait rien entre nous. J'veux dire, même papa et maman refusent de prendre parti. Tu aurais dû venir à Noël, quoi qu'en dise Ginny. Mais plus que tout, tu es mon meilleur ami et l'oncle de mes enfants, que tu sois en couple avec ma sœur ou pas.
Cette révélation retira un poids sur le cœur de Harry.
- Merci. Je… Je vais envoyer un hibou à tes parents pour m'excuser. Je crois que ce Noël a été le pire de ma vie… Même en comptant celui où nous avons failli mourir chez Bathilda Tourdesac, c'est dire.
Hermione le fusilla du regard en désignant Rose du menton alors qu'elle revenait avec le petit Hugo dans les bras, suivie par un plateau de gougères lévitant derrière elle.
- Parlons de choses plus joyeuses, voulez-vous ? Harry, raconte-nous ton quotidien !
- Et bien, Neville vous avait déjà dit que Drago Malefoy était devenu professeur de potion, n'est-ce pas ?
Ron maugréa en avalant une gorgée de Bièraubeurre tandis qu'Hermione donnait le biberon à Hugo et que Rose était retournée faire du coloriage.
- Et donc ? C'est grâce à ce petit con que tu es sorti de ta dépression ?
Harry pouffa de rire. Comme toujours, son meilleur ami n'y allait pas avec des pincettes.
- Honnêtement oui, c'est grâce à Neville et Drago. Ils sont tous deux d'excellents professeurs et dès mon arrivée ils m'ont aidé. Aussi étonnant cela puisse-t-il te paraître, ils m'ont donné de nombreux conseils et sans eux je ne m'en serais pas sorti. Maintenant, je peux dire que j'ai repris goût à la vie et que je m'épanouis dans mon nouveau métier. Ce n'est pas idyllique mais je me sens utile, j'ai retrouvé une place et je ne suis jamais seul. J'ai mes appartements mais il y a presque toujours du monde en salle des profs et je sais que je peux aller toquer chez Drago ou Neville quand j'ai besoin. La nouvelle infirmière, Dolly Peterson, est adorable et Minerva est aussi disponible si nécessaire. Je ne pense plus à mes problèmes parce que j'ai des élèves et je dois être fiable pour eux.
Hermione lui offrit un sourire radieux.
- C'est merveilleux Harry ! Je savais que tu allais remonter la pente. Et qu'en est-il de ta jambe alors ?
- Un elfe de maison m'amène jusqu'à la Grande Salle pour m'éviter tous les escaliers, et Drago a vraiment amélioré le baume que m'a prescrit Sainte-Mangouste. Il cherche le maléfice qui m'a touché pour essayer de le contrer.
Ron fit une moue sceptique.
- Il a vraiment fait ça pour toi, tu veux dire sans contrepartie ?
- Il l'a fait, Ron. Je t'assure qu'il a vraiment changé. Au début je me méfiais comme toi, mais je me suis rendu compte que j'étais dans l'erreur. Il n'est pas comme je l'imaginais, il a vraiment évolué. Il reste terrifié par son père mais il fait sa vie à sa manière. Il m'a même fait découvrir des groupes de musique moldus, tu imagines ?
Ils continuèrent ensuite de discuter sur divers sujets plus légers. Après avoir abandonné sa carrière d'Auror, Ron avait rejoint George à la boutique de farces et attrapes tandis que Hermione travaillait depuis peu au Département de la justice magique en compagnie du ministre de la Magie Kingsley Shacklebolt. Ils avaient commencé à réformer presque intégralement le droit sorcier britannique et la jeune femme passait le plus clair de son temps à son bureau tandis que Molly gardait les enfants. Rose et Hugo étaient le plus souvent rejoints par James ainsi que Victoire et Dominique, les enfants de Bill et Fleur, et Roxanne la fille de George.
Le repas fut délicieux et Harry passa une excellente soirée. Lorsqu'il regagna Poudlard, il se sentait si heureux qu'il aurait sans doute pu produire le plus puissant des Patronus. Neville et Drago devaient rentrer à Poudlard le lendemain et il allait récupérer James lundi. La seconde semaine de vacances était censée se dérouler sous les meilleurs augures, de ce fait il s'endormit paisiblement, un large sourire aux lèvres.
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Le dimanche, Harry avait tout préparé avant midi. Ses cadeaux pour Drago, Neville et James étaient soigneusement emballés et la chambre de son fils avait été apprêtée et décorée. Il avait hâte de la montrer au petit garçon tout comme il trépignait d'impatience à l'idée de retrouver son petit ami.
Les trois amis avaient prévu de se retrouver à l'appartement de Harry en début d'après-midi et Neville le rejoignit peu après le déjeuner.
- Salut Harry ! Joyeux Noël !
Il déposa 3 paquets sur la pile avant de se laisser tomber sur le canapé !
- Salut Nev' ! Alors ces vacances ?
- À la fois sympa et épuisantes. Granny a été égale à elle-même, mais je pense qu'elle ne changera plus à son âge. Et j'ai rencontré le père d'Hannah. C'était un peu stressant mais je crois qu'il ne refusera jamais rien à sa fille. Ils m'ont parlé d'une tradition moldue appelée "le père Noël". Tu peux m'expliquer ? Parce que je n'ai pas tout suivi.
Harry éclata de rire.
- Alors je ne suis pas certain, mais de ce que je sais, les moldus aiment faire croire à leurs enfants que les cadeaux sont amenés par une sorte de sorcier capable de se faufiler dans les maisons par la cheminée. Il a une barbe blanche, une tenue intégralement rouge et des lunettes… Oh… Imagine le professeur Dumbledore habillé tout en rouge. Mon oncle et ma tante ne se sont jamais donnés la peine d'essayer de me faire croire à ça, ni même à mon cousin, parce que bien sûr pour ça, ils auraient dû suggérer à leur fils que la magie existe.
Neville écarquilla les yeux.
- Hannah m'a dit qu'il récompensait uniquement les enfants sages. Ce serait une sorte de Legilimens ?
- Quelque chose comme ça. Mais ne cherche pas trop la logique dans les contes pour enfants moldus. Il y a aussi une tradition qui raconte que des lapins s'amusent à cacher des œufs en chocolat dans les jardins au mois d'avril.
Ils discutèrent pendant plusieurs heures jusqu'à ce que l'horloge de l'appartement de Harry sonne 16h.
Harry soupira alors que la nervosité commençait à le gagner.
- Drago n'est toujours pas là. Ce n'est pas normal, lui qui est toujours ponctuel… Je m'attendais même à le voir arriver en avance…
Neville soupira et fit la moue.
- Je sais. Ça m'inquiète. Mais dans l'immédiat, on ne peut qu'attendre. On ne peut tout de même pas débarquer au Manoir Malefoy comme ça…
- Nev' ! Demain soir, je récupère James, je serais pieds et poings liés pendant tout une semaine. On doit aller le libérer cette nuit ! Je refuse d'attendre la rentrée.
- Harry, on ne sait même pas s'il est retenu contre sa volonté. Plein de raisons peuvent expliquer son absence. Partir du principe qu'il est prisonnier au manoir peut amener plus de problème que de solution… Et si Lucius lui avait jeté un Imperium, qui sait ce qu'il pourrait lui avoir ordonné de faire ?
- On peut résister à l'Imperium ! Je fais confiance à Drago. Il a de la volonté. Je suis certain qu'il ne nous ferait jamais de mal. Et qu'est-ce que tu suggères dans ce cas ? Je refuse de le laisser pourrir entre les mains de ses parents.
Le botaniste commença à faire les cent pas.
- Drago m'a dit que ses parents voulaient le marier à une étrangère pour l'obliger à quitter le pays. Si c'est le cas, il va forcément prendre un Portoloin international. Peut-être qu'on pourrait contacter Hermione… Placer quelque chose comme une cascade des voleurs pour dissiper l'Imperium. Drago reprendrait ses esprits et pourrait en profiter pour s'échapper.
- Bon, je suppose que tu as raison, en espérant qu'il ne soit pas trop tard.
Harry invoqua un Patronus et son majestueux cerf apparut dans l'instant.
- Hermione, j'ai besoin de te parler de toute urgence. Est-ce qu'on pourrait venir avec Neville ?
Ils attendirent quelques minutes dans un silence tendu, heureusement la loutre de Hermione ne tarda pas à apparaître pour lui répondre par l'affirmative.
Sans grande surprise, sa meilleure amie se trouvait dans son bureau, entourée par une montagne de dossiers. Ron les avait accueillis avec un regard curieux, mais il devait s'occuper des enfants, et Harry était trop nerveux pour lui résumer la situation sereinement. Lorsqu'ils arrivèrent, la jeune femme avait invoqué deux chaises depuis la cuisine et deux tasses de thé les attendaient déjà.
- Bonjour Harry, bonjour Neville. En quoi puis-je vous aider ?
- Drago est détenu prisonnier par son père…
Neville posa une main sur l'épaule du Survivant pour le calmer et l'inciter à s'asseoir.
- Bonjour Hermione. Joyeux Noël. Merci de nous accueillir alors que tu as du travail. Nous avons de bonnes raisons de croire que Drago Malefoy est retenu contre sa volonté par son père. Il y a quelques jours, il m'avait envoyé un message caché disant que ses parents voulaient le marier à une étrangère pour le forcer à quitter le pays, et il a envoyé une lettre de démission au professeur McGonagall. Il y a de fortes chances qu'il ait été plongé sous Imperium car il devait revenir aujourd'hui à Poudlard. Comme tu travailles au Ministère, pourrais-tu nous dire s'il y aurait un moyen de surveiller les Portoloins internationaux ? Il sera obligé d'y passer pour quitter le pays et cela pourrait être l'occasion pour nous de dissiper l'Imperium discrètement. Qu'en penses-tu ?
Harry n'avait cessé de bouger durant toute l'explication de Neville, mais il avait bien dû reconnaître que c'était bien plus clair que ce dont il aurait été capable.
Hermione l'avait écouté attentivement, les deux mains jointes sous son menton, son esprit semblant réfléchir aux milles-et-unes implications de cette histoire. Drago Malefoy, héritier d'une des noblesses sorcières les plus riches mais aussi les plus désavouées du Royaume Uni. Nul n'ignorait que Lucius avait été un Mangemort et avait perdu ses droits au Magenmagot, pourtant on le voyait encore régulièrement rôder au ministère, comme pour tirer les ficelles de ses innombrables pantins. Prouver qu'il avait utilisé un Impardonnable sur son fils permettrait de le renvoyer à Azkaban, cependant encore fallait-il qu'il ait lui-même exécuté le maléfice.
- Il faudrait que j'en parle à Kingsley, éventuellement…
- On n'a pas le temps ! Il risque d'être envoyé dans je ne sais quel pays dans les heures à venir !
- Harry, calme-toi. Il me faut un mandat pour savoir si les Malefoy ont réservé un Portoloin, mais de toute façon même Lucius Malefoy doit attendre un certain délai pour en obtenir et je doute qu'ils aient prévu de faire le voyage de nuit. Ce genre d'information est privé, et je te rappelle que je ne travaille pas au Département des transports magiques. Mais connaissant Kingsley, s'il peut avoir une preuve des malversations de Lucius, il ne va pas traîner, je te le garantis. Je vais lui envoyer un hibou dès ce soir et nous aurons probablement une réponse demain avant midi.
Le Survivant se rassit et consentit à boire la tasse de thé qui avait lévité jusqu'à lui, sous l'œil scrutateur de Neville qui lui était resté parfaitement calme.
- Merci Hermione. Je suis désolé. Tu es d'une aide précieuse, comme toujours. Je ne sais pas ce que nous aurions fait sans toi.
- Oh, je n'ai aucun mal à l'imaginer. Tu aurais sans doute pénétré par effraction dans le manoir Malefoy pour tenter de retrouver Drago par tes propres moyens. Mais l'idée de Neville est parfaite. Fais-moi confiance. Je te recontacte dès que j'ai du nouveau.
Neville se leva et reposa sa tasse avec une brève inclinaison de tête.
- Merci Hermione. Je crois que je n'aurais pas été capable de le retenir sans tes précieux conseils. Je suis persuadé que nous allons retrouver Drago en parfaite santé, bien que sans doute passablement énervé. Mais une fois à Poudlard, son père ne pourra plus rien contre lui. Nous n'allons pas retenir davantage ton précieux temps. Harry, il vaudrait mieux rentrer à Poudlard, tu ne crois pas ?
Harry hocha la tête avec un faible sourire. Neville avait vraiment pris des manières "nobles" en grandissant, et il ne pouvait s'empêcher de s'étonner en constatant à quel point il pouvait être poli face à certaines personnes et vulgaire quand ils n'étaient qu'entre eux.
- Tu as raison, Nev'. Vous avez raison tous les deux. J'ai encore du mal à me rappeler que je ne suis plus un Auror et que je ne peux plus me précipiter n'importe comment. Je vais devoir prendre mon mal en patience.
Il vida sa tasse de thé de quelques gorgées et se leva à son tour, mais alors qu'ils allaient passer le pas de la porte, Hermione reprit la parole.
- Bonne soirée à vous deux. Ne stressez pas trop. Et quand tout sera terminé, Harry je compte sur toi pour me dire ce qu'il y a entre vous.
Elle avait ponctué sa phrase d'un clin d'œil et Harry se sentit rougir malgré lui. Il agita sa main en un geste vague et regagnèrent le salon où Ron leur jeta un regard interrogateur.
- Alors, qu'est-ce qu'il y avait de si urgent ?
- On avait besoin des précieux conseils d'Hermione pour potentiellement empêcher à Malefoy un mariage forcé. Et comme toujours elle a été au-delà de toute espérance. On ne va pas vous déranger plus longtemps.
- Pas de soucis, Harry. Tu me raconteras ça en détail la prochaine fois. Et Neville, je compte aussi sur toi pour venir ! Ça fait plaisir de te revoir. Bonne soirée les gars.
Les deux professeurs retraversèrent la cheminée jusqu'à l'appartement de Harry où ce dernier se laissa tomber sur le canapé avec fatalité.
- Bon, je crois que je vais juste essayer de m'occuper l'esprit jusqu'à demain…
- Viens avec moi. Drago n'aimerait sans doute pas te voir te lamenter sur son sort. On ne peut rien faire pour lui dans l'immédiat, et même s'il est sous Imperium, il ne souffre pas et ne risque pas de mourir.
- Je sais mais… Je ne peux pas m'empêcher d'angoisser pour lui. Ça ne fait que deux semaines que nous sommes ensemble mais déjà il y a quelque chose qui se dresse en travers.
Le botaniste leva les yeux au ciel.
- Cesse de dramatiser. Le dîner va bientôt être servi dans la Grande-Salle. Allons-y tranquillement et ensuite on ira dans mon appartement pour boire quelques verres et faire des parties de bataille explosive ou d'échecs comme au bon vieux temps.
Harry se laissa entraîner malgré son manque d'enthousiasme évident, et Neville parvint à lui occuper l'esprit jusqu'à ce que le sommeil les gagne plusieurs heures plus tard.
***/+/***
Harry se réveilla depuis le canapé de Neville, entouré de plantes en pots. Son ami l'avait fait boire plus que de raison, et le stress de la journée aidant, il s'était endormi sur place, sans même s'en rendre compte.
Sa bouche était pâteuse et il se morigéna mentalement. Comment avait-il pu se laisser ainsi aller alors que Drago était probablement angoissé, prisonnier de son propre corps pendant que ses parents le soumettaient à leur volonté ?
Il s'en voulut immédiatement, mais pour l'heure il ne pouvait pas revenir en arrière, et sans doute Neville l'avait-il aussi manipulé pour l'empêcher d'angoisser toute la soirée.
Il poussa sur ses bras pour se redresser alors que des ronflements résonnaient encore depuis la chambre du botaniste. Il avait besoin d'une bonne douche pour s'éclaircir les idées, mais de préférence dans ses propres quartiers. Le salon de Neville ressemblait à une mini serre tropicale, et Harry avait eu trop de mauvaises expériences avec des plantes magiques pour avoir l'esprit serein.
Les végétaux plantés çà et là dans l'appartement de son ami semblaient bouger alors même qu'il n'y avait aucun vent et Harry était persuadé d'en entendre certaines chuchoter. Il réprima un frisson et attrapa sa canne pour se relever. Il avait beau adorer l'autre Gryffondor et savoir qu'il était profondément gentil, il ne payait pas cher de la vie de quelqu'un qui tenterait de le blesser au sein de son propre appartement.
L'ex-Auror dû se concentrer pour parvenir à mettre un pied devant l'autre, néanmoins il finit par atteindre la porte d'entrée où il put appeler un elfe de maison pour le ramener jusqu'à chez lui.
Après une potion contre la gueule de bois et une bonne douche, Harry était de retour dans la Grande Salle, prêt à prendre son petit déjeuner. Neville était déjà là, frais et dispo, et l'absence de Drago était d'autant plus remarquable qu'ils étaient peu nombreux à rester au château à cette période de l'année.
Ils venaient à peine de commencer à manger qu'un élève de Serpentard de 3e année vint timidement apostropher Neville avec un air angoissé.
- Professeur Londubat… Je suis désolé de vous déranger mais est-ce que vous sauriez comment contacter le professeur Malefoy ? Je sais que vous êtes amis, et j'ai vraiment besoin de lui parler.
Neville se leva immédiatement de sa chaise pour s'abaisser au niveau de l'élève en question.
- Bonjour Nigel. Le professeur Malefoy est indisponible pour le moment. Mais peut-être que je peux tout de même t'aider ?
Le jeune garçon se mordit la lèvre.
- C'est que… Le professeur Malefoy est au courant de la situation. C'est à propos de Terence… Il… Je m'inquiète pour lui.
Harry avait cessé de manger, incapable de se détourner de l'émoi du Serpentard. Neville posa sa main sur l'une de ses épaules.
- Tu parles de Terence Sharp, n'est-ce pas ? Il a des problèmes ? Je t'assure que s'il est en danger, je ferai tout ce que je peux pour l'aider. Même si je suis le directeur de la maison Gryffondor, vous êtes mes élèves et mon devoir est de vous protéger, tous autant que vous êtes.
Nigel hocha la tête et relâcha son souffle.
- Terence s'est barré hier en fin de journée. Y a quelques jours, il a reçu un hibou de son père. Ses parents sont séparés, normalement il vit avec sa mère. Mais quand il a reçu cette lettre, il était super content. Il a pas vu son père depuis des années, alors il a pas réfléchi… Mais ça me fait flipper. Ce mec, j'sais pas ce qu'il veut à Terence. On est potes depuis avant Poudlard, et ça fait au moins 7 ans qu'il faisait le mort et genre d'un coup il se souvient qu'il a un fils ? Peut-être que c'est rien mais je trouve ça chelou. Il a demandé à Terence de se barrer en douce, et Terence voulait pas que je vous le dise, mais... C'est mon pote…. J'me dis que peut-être il veut lui faire du mal, genre pour se venger de sa mère, ou je sais pas quoi…
Immédiatement, Harry se leva à son tour. Même s'il n'était plus Auror, il ne pouvait rester les bras croisés alors qu'un enfant était potentiellement en danger.
- Nigel, est-ce que tu sais si Terence a gardé la lettre avec lui ?
L'élève baissa les yeux et sembla chercher dans son souvenir.
- J'crois qu'il l'a mise dans le tiroir de sa table de nuit. Il la relisait tous les soirs.
- Est-ce que tu pourrais aller nous la chercher s'il te plait ? Avec la bonne formule, je pourrais être capable de localiser l'envoyeur.
- Vraiment ? J'veux dire, c'est pas de la magie noire ou un truc comme ça ? Déjà que Terence va m'en vouloir…
- Nigel, je suis un ancien Auror. Je peux t'assurer que ce sort est parfaitement légal. Et si la personne qui a envoyé ce message n'a rien à cacher, elle n'aura aucune raison de s'en plaindre. Tout ce que nous voulons est de nous assurer que Terence va bien et ne court aucun risque. Même si cette personne est bien le père de Terence, il doit comprendre qu'il ne peut pas demander à son fils de quitter Poudlard sans prévenir personne, et encore moins sa mère. Je sais que vous n'aimez pas qu'on dise ça, mais vous n'êtes encore que des enfants. Nous sommes responsables de vous.
Nigel fit la moue avant de faire volte-face. Pendant ce temps, les quelques élèves et professeurs présents avaient attentivement écouté leur conversation, et Minerva McGonagall prit la parole.
- Messieurs, est-ce que je peux compter sur vous pour récupérer Terence Sharp au plus vite ? Nous avons manqué de vigilance, il n'est pas normal qu'un élève aussi jeune puisse quitter Poudlard sans qu'aucun professeur ne s'en aperçoive.
Harry se retint de lever les yeux au ciel. Lui-même avait quitté plusieurs fois Poudlard lors de sa troisième année pour aller à Pré-au-Lard malgré son absence d'autorisation. Néanmoins il comprenait désormais l'envers du décor, et il se contenta d'hocher la tête.
- Neville, dès que Nigel revient avec la lettre, j'utilise le sortilège pour le localiser et je transplane, en espérant que Terence soit bien là-bas. Toi tu restes ici pour attendre la réponse d'Hermione et tu vas au Ministère si besoin.
- D'accord. Et d'ici ce soir, tout le monde sera en sécurité au château. Ne joue pas les héros, Harry. Je ne connais pas l'histoire de Terence Sharp, mais n'oublie pas que tu n'es plus Auror. Si tu sens que les choses sont trop tendues, appelle les Aurors.
- Ne t'inquiète pas. Je pense surtout que je dois récupérer James à Pré-au-Lard ce soir, et si je suis en retard, Ginny ne me le pardonnera pas. Je ne ferai pas de folie, rassure-toi.
Il ponctua sa phrase avec un clin d'œil tandis que le Serpentard revenait avec la lettre.
Sans attendre, il rejoignit son bureau et ouvrit la cheminée en direction du Chaudron Baveur. Le sortilège était normalement réservé aux Aurors en fonction, mais il y avait peu de chance que Gawain Robards ne détecte son utilisation, et par ailleurs il avait une excellente excuse pour le faire. Une fois hors des limites de Poudlard, il allait pouvoir prononcer la formule qui lui permettrait de transplaner directement devant la maison de l'expéditeur. Déjà, l'adrénaline réchauffait son corps, faisant taire la douleur de sa jambe.
L'action avait toujours fait partie de sa vie et même s'il espérait régler cette histoire avec une simple discussion, il envisageait déjà mille et un scénarios au cas où le sorcier refuserait d'entendre raison…
***/+/***
Drago s'efforça de calmer sa respiration. Il ne voulait surtout pas montrer à ses ravisseurs combien il était terrifié, mais malgré tout ce qu'il avait vécu, malgré toutes les fois où il avait pu se retrouver en présence du Seigneur des Ténèbres, il avait envie de pleurer.
Il ne voyait rien, il n'entendait plus rien. Tout son horizon était noir et silencieux. Il ne savait pas où il se trouvait, ni ce qu'on lui voulait. Il ne savait pas qui était à l'origine de son enlèvement.
Dans un premier temps, il avait évidemment soupçonné ses parents, mais son père et sa mère le voulaient bien vivant pour concevoir un héritier et si aucun mal ne lui avait été fait, il ne comprenait pas pourquoi on le gardait ainsi attaché. Cela faisait combien de temps ? Des jours déjà… Et si on lui avait fait boire de l'eau, on s'était bien gardé de le nourrir.
Les sorciers qui l'avaient capturé avaient ignoré ses questions et l'avaient privé de ses sens, comme s'il ne méritait pas qu'on lui explique quoi que ce soit ou qu'il était trop stupide pour comprendre.
Paralysé, plongé dans les ténèbres mais terriblement conscient, il ne pouvait qu'attendre qu'on décide de son sort, et ses pensées dérivèrent vers Harry. Son petit ami devait probablement être mort d'inquiétude.
Et dire qu'il s'était montré si confiant quelques jours plus tôt… Aujourd'hui il aurait tout donné pour voir débarquer son héros…
Fin du chapitre 7
Ouiiii je sais je suis méchante. Je laisse traîner le suspense XD. Déjà que j'ai une semaine de retard... Mais bon, promis je commence le chapitre 8 d'ici quelques heures. Il ne reste déjà plus que 10 jours avant la rentrée et je n'ai pas bossé des vacances (je parle de mes cours hein). En tout cas j'espère que ce chapitre vous aura plu et promis je fais mon possible pour sortir la suite d'ici 2 semaines. Bonne fin de vacances ou bon courage d'ici là ! Débizous ! 💙
