Shalom Ziva
Ziva est prête à partir. Enfin. Après trois années de fuite, elle se sent libre. Elle inspire profondément et ferme les yeux, se concentrant sur ses sens pour ne pas partir en crise de panique. C'est réel, plus personne ne l'arrachera à sa famille désormais.
Elle esquisse un léger sourire. L'ascenseur dans lequel elle se trouve lui rappelle Tony. En réalité, tout au NCIS lui rappelle Tony. Leurs flirts incessants, leurs chamailleries, leurs disputes et les moments les plus intimes partagés le soir après une enquête difficile. A chaque fois, ils avaient été sur le point de violer la règle n°12 de Gibbs. « Ne jamais sortir avec un(e) collègue». Règle qu'ils avaient enfreint à Paris, puis en Israël.
Dans ses souvenirs, Israël fut douloureusement beau et déchirant. Tony et elle avaient passés du temps dans sa maison familiale. Une petite bâtisse construite dans la campagne reculée de Tel-Aviv. Ils y avaient fait l'amour, avaient longuement parlé. Tony s'était montré doux, grave. Il l'avait écouté sans l'interrompre. Elle lui avait raconté son enfance, son entrée au Mossad, le NCIS. Complices, ils s'étaient remémorés les blagues faites à McGee. Ils avaient ri du bon vieux temps ; quand tout semblait simple, puis avaient abordé des sujets plus graves. L'assassinat du père de Ziva, sa démission. Sa fuite. La belle israélienne lui avait confié son impossibilité de retourner à Washington. Elle ne voulait plus tuer, elle ne voulait plus côtoyer la mort mais la vie.
Tony avait essayé de l'en dissuader. Il s'était montré optimiste lui avait prédit un futur à ses côtés. Il était prêt à changer avec elle, embrasser une autre carrière pour elle.
- Je sais que c'est dur. Je sais que tu veux du changement mais je peux changer avec toi.
Elle n'avait pas eu la force de le repousser. Ziva avait donc concédé à mettre la réalité entre parenthèse pour vivre ses derniers instants avec Tony.
Le matin, Ziva partait courir tandis que Tony se rendait en ville pour aller faire le marcher. Il revenait avec des mets succulents et se risqua quelques fois à reproduire les plats d'enfance préférés de Ziva.
Cela la faisait rire car ils étaient tout bonnement dégueulasses. Alors, il se rabattait toujours sur ce qu'il connaissait le mieux, la cuisine italienne. Tony lui promettait de l'emmener dans sa vieille casa en Italie. Il lui racontait comment ses ancêtres étaient arrivés au Amérique et comment leurs charmes avaient conquis les belles américaines. Ziva s'endormait sur ses simagrées. Elle posait souvent sa tête contre sa poitrine, son bras autour de sa taille. Elle n'avait jamais paru aussi vulnérable. Lui jamais aussi amoureux.
Le soir, après le repas, ils avaient pour habitude de partager une danse, bercés par les mots de Billy Holiday " I'll Be Seeing You", réconfortés par ceux d'Aretha Franklin " You Make Me Feel Like A Natural Woman ". Leurs corps se rencontraient et s'effleuraient pour ne plus jamais se lâcher jusqu'à la chambre. Plus les soirées avançaient, plus Tony sentait que Ziva lui échappait.
Le lendemain, il l'accompagna à l'aéroport. Ils avaient attendu le soir pour profiter ensemble d'une dernière journée. De cette insouciante parenthèse qu'ils s'étaient donnés. Ils s'étaient tournés mutuellement l'un vers l'autre, le vent filait dans les cheveux de Ziva. Il faisait lourd. Aucun des deux n'avait pu retenir ses larmes.
- Tony, tu es tellement...
- Incroyable? drôle? Quoi?
- Aimé
Puis ils s'étaient embrassés, désespérément jusqu'à ce que le souffle leur manque.
Elle su à l'instant, où il partit vers l'avion, qu'elle ne connaîtrait plus jamais l'amour. Il ne pourrait y en avoir un autre. C'était fini. Mais la vie réserve parfois quelque surprise. Et en partant, Tony lui en avait laissé une belle. Elle apprit quelques semaines plus tard qu'elle était enceinte. Elle accoucha d'une petite fille prénommée Tali en l'honneur à sa soeur cadette. L'amour revint et l'espoir aussi.
Ziva expire et se fait violence pour accepter le bonheur qui s'offre à elle. Jamais elle n'aurait pensé mériter cela, elle qui pensait qu'elle passerait toute sa vie en ermite, dans la solitude, à fantasmer sur la vie paisible qu'elle aurait pu avoir avec Tony et Tali. Toutefois, cette vie imaginaire qu'elle avait rêvé et qui l'avait pousser à se lever chaque matin était en train de prendre forme.
Elle lance un regard vers son voisin d'ascenseur. Palmer sourit grandement. Il prend sa mission d'accompagnateur très à coeur. Ziva esquisse un sourire et entre dans la voiture. La familiarité avec laquelle Palmer lui parle lui met du baume au coeur.
- Attache ta ceinture. Tony me tuerait s'il t'arrivait quoique ce soit.
Une ride d'inquiétude se dessine sur son front. Palmer ne lui a jamais reproché sa disparition et sa mort planifiée. Pour autant, elle sait qu'il a souffert. Tout comme le reste de l'équipe. Tony plus que les autres.
- C'est fait.
Il acquiesce puis démarre Ils quittent le NCIS pour de bon. Durant le trajet qui les mène à l'aéroport, Ziva ne cesse de tripoter son téléphone. Elle attend un nouveau message de Tony. Une bouffée d'appréhension l'étreint quand ses initiales s'affichent sur son écran.
- Je viendrais te chercher.
C'est distant, froid. Ziva se demande si les vivants sont prêts à la reprendre. Si Tali la reconnaitra. Elle avait disparu durant 3 ans et s'était fait passée pour morte pour échapper à Sahar et son organisation terroriste. La dernière fois qu'elle avait vu Tali c'était au Caire, quand Tony l'avait retrouvé. Il s'était lancé immédiatement à sa recherche après avoir quitté le NCIS. C'était le seul qui n'avait pas crut à sa mort. On lui avait dit que c'était le déni qui parlait, mais il savait. Il le sentait. Ziva était vivante.
Remonter jusqu'à elle n'avait pas été facile. Il avait débuté par Israel, puis retracer son chemin jusqu'au Caire. Les retrouvailles avaient été graves, solennelles.
Ziva avait expliqué à Tony pourquoi elle lui avait caché Tali pendant si longtemps. L'incertitude qu'il les veuille, elle et leur bébé. La peur qu'il la trouve trop abîmée pour l'aimer de nouveau.
- Si j'avais su que tu étais enceinte, je serais venue immédiatement.
- Je sais. Mais je ne voulais pas t'imposer une vie que tu n'avais pas choisis.
- Si j'avais fait trois pas en arrière à l'aéroport... J'aurais pu être là.
- C'est ce que tu as toujours fait Tony, avoua-t-elle, en se levant à sa hauteur. Je suis désolée Tony. J'ai fait ce que je pensais être le mieux. Mais parfois ce qu'on pense être le mieux, n'est pas nécessairement la bonne chose à faire. J'ai regretté chaque jour de silence. Si je pouvais retourner en arrière, je le ferais. J'ai besoin que tu me pardonnes. Tali a besoin de toi.
- Dis moi ce qu'il se passe Ziva, lui implora-t-il. Je peux t'aider.
- Quelqu'un veut ma mort. La seule façon de me protéger, reprit-elle, c'est de t'éloigner de moi et d'emporter Tali avec toi.
- Tali a besoin de sa mère.
- Une mère morte ne lui sera d'aucune utilité, répliqua-t-elle froidement en se dégageant de son étreinte.
- Combien de temps? Demanda-t-il pour adoucir ses propos.
- Je ne sais pas. Des mois, des années peut-être.
Il avait acquiescé, gravement. Ziva avait dû demander à Tony de partir et de trouver un endroit sûre pour Tali et lui le temps qu'elle s'occupe de neutraliser la menace. Le bel italien avait protesté, il n'avait pas voulu la quitté. Il avait avancé l'argument de la famille mais Ziva lui avait dit sèchement que s'ils se faisaient tuer, ils ne seraient plus une famille, mais des cadavres sans importance. Ziva et Tony s'étaient disputés avant de tomber d'accord : Tali devait rester éloigner de tous ça.
Ainsi il s'était écoulé trois années avant que la menace soit bel et bien maîtrisée. Durant ce laps de temps, Tony et Ziva avaient coupé tout contact. Le plus dur avait été de ne pas se voir, de rester cacher.
Quand tout s'était terminé, Ziva avait envoyé un message à Tony après la mort de Sahar pour qu'il sache que Tali et elle étaient enfin en sécurité.
- C'est fini, vraiment fini?
- Oui. Gibbs l'a abattu d'une balle dans la tête. Elle est définitivement morte
- Donc tu rentres à la maison?
- Oui Tony. Je rentre à la maison
A présent, elle se sent libre, malgré l'angoisse qui commence à monter en elle. Elle se demande si Tali la reconnaîtra, si elle saura assurer son rôle de mère. Elle appréhende ce moment, tout comme les retrouvailles avec Tony. Elle ne sait pas s'il est prêt à la reprendre, à l'aimer. Elle ne sait pas non plus si elle est encore capable de donner de l'amour. Ses angoisses n'étant toujours pas guéries, ses plaies sont encore fragiles. Saura-t-elle être une bonne compagne? une bonne mère? Elle l'espère.
Il est 8 heure du matin quand elle arrive sur le territoire français. Elle a dormi durant tout le vol. Un torticolis menace son cou. Elle s'empresse de récupérer ses maigres bagages et se faufile d'un pas discret vers le couloir d'embarcation. Ses yeux scrutent les visages à la recherche d'un familier. Quand elle aperçoit Tony, elle pile net. Elle manque de défaillir. Il se tient droit au premier rang.
Son allure se distingue des touristes. Il porte une chemise blanche légèrement repassée, un jeans et ses habituelles chaussures cirées.
Elle le voit pianoter sur son téléphone. Elle fronce les sourcils prise d'une stupide inquiétude en pensant qu'il discute avec son amante.. Son téléphone vibre. Elle décroche avec empressement et agacement.
- Ziva David, s''annonce-t-elle de manière expéditive.
- Miss David, votre taxi est là.
C'est Tony. Son regard rejoint le sien. Il esquisse un léger sourire. Ses yeux clairs trahissent sa fatigue. Mais ses lèvres sont arquées d'un sourire. Ziva s'accroche à cela pour parcourir les quelques mètres qui les sépare. Elle sent les sangles de ses bagages glisser au sol. Elle sent les mains de Tony effleurer son épaule. Elle sent son corps se rapprocher du sien. Elle sent son souffle sur son visage quand il le prend en coupe dans ses mains.
- C'est bien toi. murmure-t-il de peur qu'elle ne soit qu'une illusion.
- J'en ai bien peur. Mon petit derrière poilu.
Il étouffe un rire puis dans une étreinte pressante, la ramène à lui. Ils restent là un moment, dans la foule, avec les passagers qui tourbillonnent autour d'eux.
- C'est fini, souffle-il en effleurant de ses lèvres sa joue, riant à moitié. Il se recule, scrute son visage, le front plissé. « C'est vraiment fini n'est-ce pas?» Les cinq années qui sont passées, sont marquées sur sa peau. Ziva peut y lire toutes les nuits blanches, toutes les inquiétudes, les espoirs. Elle peut voir la traversée de chacune de ses larmes. L'espoir qui n'a jamais quitter ses yeux.
- Oui, c'est terminé. Ramène moi à la maison.
Une suite est en écriture.
N'hésitez pas à me laissez-vos avis.
