Alex, dans le konbini hésite entre deux repas : un bento ou des onigiris. Sa sœur a déjà choisie et elle regarde les desserts et les boissons.
- Bon, tu te décides ? Le presse Noa, en français.
- Laisse-moi choisir ! Rouspète le frangin oublié, dans la même langue.
Le cassier leur lance un drôle de regard, il n'est pas vraiment habitué à entendre la langue de Molière dans son humble magasin.
- D'ailleurs, reprend Alex, tu me dois quelques choses.
- Quoi ? Tu as vus ça où, Crevette ? Réplique la brune en utilisant l'un des nombreux surnoms dégradant qu'elle a inventé pour son petit frère.
Parmi eux, on compte donc « Crevette », mais aussi « Princesse », « Asticot », ou encore « Mosquito ». Vous pouvez constater qu'ils sont très variés. Noa a beaucoup d'imagination, et encore ces quatre là, ne sont que les plus récurrents.
- Dois-je te rappeler que tu m'as fait patienter pendant 40 minutes parce que Madame s'est incrustée dans le club de volley de MON lycée ?
Noa émet un petit gloussement nerveux, et passe une main sur sa nuque.
- Tout de suite des insinuations, ne dramatise pas, c'est pa….
- Ne me dis pas « ce n'est pas grave », de toute façon je vais le dire à Papa.
Noa le clignotant fait son come back. Son teint redevient translucide, si bien qu'on voit ses veines palpiter de peur. Rien que d'imaginer son père au courant de Ça, la fait paniquer. Elle attrape la manche du gilet d'Alex. Quand elle le lâche, c'est pour joindre ses deux mains comme une prière.
- S'il te plaît, ne lui dit rien, supplie Noa. Je veux pas mourir. Puis je n'ai pas fais exprès. Je me suis perdue, et puis faut se l'avouer : c'était chiant de te regarder jouer avec tes pièce en forme de cheval et de tours. Tu te prenais pour Lelouch de Code Geass alors qu'en vrai, c'était plus comme dans…
- Mais tais-toi ! Tu crois que c'est en me disant ça, que je ne le dirais pas à Papa ?
Vu le visage de Noa et surtout l'expression qu'il y a dessus, elle vient de tilter que non : ce n'est définitivement pas une bonne stratégie.
- Désolée, je le referais plus ! Mais s'il te plaît le dit pas au Padre. Tu ne voudrais pas voir ma mort sur la conscience ?
- Quelle conscience ?
Le sourire narquois de Alex illustre bien ses propos. Noa affiche pour sa part un air choqué.
- Ah ba d'accord, murmure-t-elle en retournant à ses boissons.
Alex la regarde faire, tout en cherchant quoi demander à sa sœur en échange de son silence. À vrai dire, rien que d'imaginer leur père apprendre la nouvelle et passer un savon à Noa le faisait jubiler.
Il passe en revue ce dont il pourrait avoir besoin : de la nourriture ? Non, Noa a l'argent de leur père, elle payerait avec. Des services ? Non, avec Noa vaut mieux le faire soi-même.
Puis l'illumination lui vient.
- Dis-mois, ton ami Hanaêls… commence Alexandre en faisant mine de réfléchir.
En entendant le prénom du central de son équipe, Noa se retourne vivement et manque de faire tomber la canette de bubble tea qu'elle tient dans ses mains.
- Quoi mon ami Hanaêls ?
Alex caresse son menton imberbe, prenant lui aussi des tiques théâtraux très peu naturels avant de répondre à la question de son aînée :
- Il a toujours les saisons complètes de Doctor Who ?
- Je crois, pourquoi ? Rétorque la brune, qui ne voit pas bien où veut en venir son frère.
Elle se rappel vaguement de la rencontre entre Alex et Hanaêls. En un mot ; intéressante.
Les deux garçons sont tous les deux des fans absolus de la série Doctor Who, et en présence l'un de l'autre, ils enchaînent les références sans que Noa -et son visionnage surfait de la série- ne comprenne grand-chose.
- « PoURquOi » répète le châtain en déformant sa voix pour imiter sa sœur.
Les sourcils de Noa se froncent, un rictus de colère prend place sur son visage. Sa main gauche se lève, menaçante et prête à frapper l'épaule – rappelons-le, déjà meurtrie- de son frère.
- Viens en au faite, déclare la plus âgé de la fratrie.
Alex sursaute, visiblement pas rassuré par la force de sa sœur. Le caissier leur lance de nouveau un drôle de regard, de temps à autre.
- En échange de mon silence, je veux toutes les saisons de Doctor Who.
Alex croise les bras, et braque ses yeux ambrés dans ceux similaires de sa frangine.
- T'es marrant toi. Je fais comment pour me les procurer ? Rétorque Noa, en croisant les bras elle-aussi.
La fana d'échec lève les yeux au ciel avant de se pincer l'arrêt du nez. Il oublie des fois que sa sœur est un peu limitée.
- Avec ton ami Hanaêls peut-être ? Réplique Alex.
Noa n'y avait pas pensé. Sa main gauche forme une sorte de pistolet avec son index et son pouce qu'elle pointe en direction de son frère l'air de dire « effectivement, c'est pas con ».
En même temps, elle sort les billets de sa veste en cuir et les tends à Alex en même temps que sa boisson et son panier repas.
- Tu vas payer ? J'appelle Hanaêls.
Et à vrai dire, Alex n'a même pas eut le temps de donner son avis, que la châtain a déjà quitté le magasin.
Noa sort son téléphone de sa poche -manque de le faire tomber- et le déverrouille à l'aide sa tronche et de la reconnaissance faciale.
Quelques clics plus tard Noa a ouvert ses contacts, et le nom de Hanaêls associé à une paillette apparaît ainsi qu'une magnifique photographie de son faciès sous son jour le plus flatteur -hum hum.
La brune appuie sur le logo du téléphone et plaque le sien contre son oreille. Aussitôt, les tonalités caractéristiques résonnent à son tympan.
- Moshi moshi !
Noa sourit en entendant l'une des expressions les plus utilisées par le numéro 5 de son équipe.
- Qui est-ce ? Demande Hanaêls, n'entendant aucune réponse de l'autre côté du combiné.
Noa tousse dans son poing et prend sa voix la plus grave possible.
- Je suis…. le Doctor ! Répond-t-elle, fière de sa vanne.
Et, du tac au tac, le middle blocker rentre dans son jeu :
- Oh super ! Tu viens me chercher quand avec le Tardis ?
- Pas pour tout de suite en tout cas.
- Oh tu m'envoies déçu… Sinon, comment ça va Noa ? Demande-t-il.
- Ça va, ça va, j'ai…
Cependant, Noa ne peut finir sa phrase car de l'autre côté du fil, un cri retentit.
Hanaêls, installé dans la petite salle secrète de l'internat, attend la réponse de l'Ace. À côté de lui, son jumeau et Lucka sont en plein bras de fer. Ils ne parlent pas et poussent seulement, de temps à autre, des grognements.
Les deux rivaux profitent de l'absence de Victoire, partie faire ses devoirs dans un endroit plus calme, pour s'affronter.
- J'AI GAGNÉ ! Crie Lucka, qui vient d'écraser la main du second passeur sur la table en produisant un énorme « boum ».
L'aîné des jumeaux décolle le combiné de son oreille et lance un regard noir à son frère et son compère. Il ne fait cependant aucune remarque et tente de retourner à sa conversation avec Noa. Mais c'est sans compter sur le peu de neurones que possèdent Lucka et Léo à eux deux :
- Même pas vrai d'abord ! T'es qu'un gros mytho, rétorque Léo en massant le poignet. C'est moi qui ai gagné !
Les sourcils de Lucka se froncent -mauvais signe, tous au abris- tandis que les cheveux décolorés de Léo retombent sur son front et apparaissent dans son champ de vision. Hanaêls, qui espère pouvoir reprendre sa conversation avec Noa, leur lance des regards en biais.
- Oui, donc tu disais ? Tente de relancer le central en ignorant ce qui lui sert de frère et d'ami.
Sa main gauche tient le téléphone contre son oreille, et sa main droite dessine des petits gribouillis sur son cours d'Histoire, qu'il est censé réviser.
- Je…
Mais la réponse ne lui parvient toujours pas. Pour cause ? Lucka et Léo continuent de gueuler comme des putois.
- Espèce de mauvais joueur ! Crie le brun. J'ai gagné, assumes ta défaite !
- Mais arrêtes de te foutre de ma gueule ! C'est pas avec ta force d'huître que tu pourrais gagner ! Rétorque le faux blond.
- Ma force d'huître ? Tu veux que je te montre ma force d'huître ?
Pour illustrer ses paroles, le passeur titulaire du Lif est maintenant debout. Lucka a traversé le peu d'espace qu'il le séparait de son rival et il le tient par le col de son t-shirt noir.
- Oh ! Les gars, on se calme, intervient Hanaêls.
Le bloqueur a détourné le regard seulement une minute -ses pupilles noisettes ont été appâté par un pigeon à travers la fenêtre- et voilà que les deux abrutis sont prêts à s'entre-tuer pour un bras de fer.
- Mais dis-lui toi ! Hein Hanaêls, c'est moi qui ai gagné ? Argumente son frère jumeau.
Le visage du numéro cinq se tord en une mine, qui ressemble de loin à de l'agacement, mais qui, en réalité est plus de la colère. Léo détourne les yeux de son ennemi juré qui s'apprête à lui coller un pain -si Lucka le fait vraiment, il pourra toujours aller se plaindre auprès de Victoire en arrangeant les évènements à sa sauce).
- Mais je m'en balance ! Rétorque l'aîné des jumeaux. Je suis au téléphone avec Noa, et j'entends même pas ce qu'elle me dit !
Léo entend parfaitement l'accent de colère dans la voix de son frère, et il commence à se dire qu'il est peut-être aller trop loin, car un Hanaêls en colère n'est pas un spectacle réjouissant.
Au contraire, Lucka n'en a rien à faire. Quand l'aîné des jumeaux s'énerve, ça retombe toujours -ou souvent- sur le cadet, et à juste titre. Toujours est-il que le prénom du numéro 4 du Lif -Noa pour ceux qui ne suivent pas- a déclenché un vomissement de paillettes dans les yeux bleu océan de Lucka.
Aussi rapide qu'un guépard, et aussi vif qu'un vautour, le passeur officiel se lève et arrache le cellulaire des mains de son propriétaire. Il le plaque à son oreille et le haut disparaît sous sa masse capillaire qui commence à sérieusement besoin d'un coup de ciseau pour ressembler à quelques choses.
- Allô ? Noa ? Dit-il dans le combiné.
- Mais ça va pas ! Rend-moi mon téléphone, espèce de mollusque !
Visiblement les frères Pavan ont un registre d'insulte très proche de la mer, cela vient peut-être du fait, qu'ils ont passé toute leur enfance en Méditerrané. D'ailleurs quand ils sont fatigué, leur accent de pur produit du Sud à tendance à ressortir.
- Lucka ? s'étonne Noa au bout du fil.
Elle ne comprend pas grand-chose -comme d'habitude- et les rares passants lui jettent un regard suspect. La langue de Molière ne passe pas inaperçue. Surtout quand on la crie dans une rue japonaise dans l'espoir que la personne au téléphone entende mieux.
Depuis cinq minute, elle essaie de comprendre Hanaêls, mais elle entend surtout les cris et baragouinements de duo infernal du Lycée International Français. Et voilà que son meilleur ami débarque dans la conversation avortée qu'elle avait avec le numéro cinq.
- En chair et en os ma vieille ! Affirme le passeur, bien que techniquement ce ne soit pas le cas -il est plus en onde et en son qu'en chair et en os, mais on comprend l'idée-.
Aussitôt la plaisanterie dite, Lucka retrouve un semblant de sérieux.
- Tu en es où par rapport à Tu-Sais-Quoi ?
- Tu parles de l'autographe ? Questionne la brune, en se bouchant son oreille gauche pour couvrir le son d'une voiture qui passe.
- Évidement que je parle de l'autographe ! Rétorque le brun, sidéré. De quoi veux-tu que je te parle ?
Un sourire narquois naît sur les lèvres sur la jeune Naoki. Elle pose ses yeux ambrés sur la devanture du magasin pour voir si son frère arrive ; ce n'est pas le cas.
- Je ne sais pas, répond-t-elle. Tu pourrais très bien me parler de Voldemort ou pourquoi pas du début de moustache de notre prof de physique-Chimie…
- Tu es vraiment en train de ramener la conversation à Monsieur Dicoumarol ?
- Pourquoi pas ? Je trouve que c'est un excellent sujet de conversation. À la fois, raffiné et
- Mais ta gu…
- Lucka ! Homard desséché de merde ! Rend-moi mon portable ! Résonne la voix du bloqueur étouffé par le téléphone.
Quand Hanaêls commence à utiliser des insultes du langage courants, il faut vraiment s'inquiéter.
- Poses ta question et rend lui son précieux, élude Noa.
- Waaa ! Première fois que tu dis quelques choses d'intelligent, se moque Lucka avant de respirer bruyamment dans le micro ce qui produit un drôle de bruit.
Il vient, en fait, échapper aux griffes acéré d'un Hanaêls furieux, et notre petit passeur fuit pour sa vie. Il est actuellement en train de courir dans l'internat avec le middle blocker aux trousses.
- T'exagères ! Tu as déjà oublié le cours de langue où j'ai parlé d'eugénisme ? Rétorque l'Ace à moitié amusée, à moitié offensée.
- Un pur coup de chan… HANAÊLS NON ! ARRÊTES, JE VAIS TOMBER !
Un bruit sourd retentit, et on entends des rires à travers le mobile. Noa fronce les sourcils. EN parallèles, Alexandre sort enfin du konbini avec le repas de sa sœur et le sien, sans oublier le bubble tea et des mochis.
Le brun interroge Noa du regard, malheureusement elle n'en sait pas plus que lui sur la situation.
Un autre séries de bruit retentit. Un sorte d'ASMR non désirée résonne dans le tympans de notre protagoniste avant que la douce voix de Hanaêls ne resurgisse.
- Désolé pour le désagrément. On en été où ?
- Mais.. Mais Lucka est en vie ? Demande Noa, hésitant entre pouffer ou s'inquiéter réellement.
Le numéro cinq ne répond pas tout de suite. Il jette un coup d'œil au passeur et à son frère. Lucka est étalé en bas des escaliers. D'en haut, Hanaêls voit la cage thoracique du vice-capitaine se soulever.
- Il respire.
Noa rit nerveusement. Elle sait qu'un Hanaêls en colère est un vrai danger publique, et en générale seule Victoire peut le calmer.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demande la brune, en posant ses yeux inquiet sur Alex.
Son frère hausses les épaules et ouvre sa bouteille de seven up.
- J'ai poussé Lucka dans les escaliers.
- Quoi ?! Mais … C'est pas un peu extrême ?
- T'inquiètes, il n'a rien, affirme le brun. Enfin je crois. En tout cas, il s'embrouille de nouveau avec Léo donc rien de très grave.
- Ah tiens, voilà Max qui sort de sa chambre… Salut Max ! Non rien de grave, dit Hanaêls au première année du club de volley.
Hanaêls marque une pause. Il expire toute sa colère en une seule expiration et observe Lucka toujours allongé sur le ventre à même le sol, et Léo limite assis sur lui qui lui propose un massage.
- De ce que je vois, Léo est assis sur le dos de Lucka et veut le masser. Lulu…
Un « Ne m'appelle pas « lulu » se fait entendre » mais le central n'y fait pas attention.
- Mais il n'a pas l'air très consentent. Ça fait très yaoi.
C'est à ce moment que Noa éclate de rire. Et le numéro cinq sourit doucement en entendant le rire iconique de l'Ace.
- Sinon, pourquoi tu appelais ?
- J'ai perdu mon frère dans Shiratorizawa et échange de son silence sur l'événement, il veut les saisons de Doctor Who. Tu veux bien les lui donner ?
C'est au tour du middle blocker de rire.
- Tout ça pour ça… Pas de soucis, je te mettrais ça sur une clé USB.
Noa sourit et lève son pouce en direction de son frangin.
- Ah ! Et tu pourras dire à Lucka que son autographe n'est pas encore conçus que mais je ne vais pas tarder à rencontrer son père ? À l'autographe, hein ? Pas le père de Lulu, il fait peur son père en plus…
- Je lui dirais !
Le rire Hanaêls résonne à l'oreille de Noa, qui n'a pas l'impression d'avoir fait une blague extraordinaire mais soit. Elle finit par raccrocher après avoir souhaité un bon week-end à son ami.
- Alors ? Qu'est-ce-qui s'est passé ? Demande Alex, voulant savoir le pourquoi du comment des drôles d'expressions faciales de sa sœur.
Noa fronce les sourcils, fixe un point imaginaire puis reprend la parole :
- Lucka à gagné un bras de fer, et voler un téléphone. Hanaêls l'a pousser dans les escaliers, Max a fait sa commère et pour finir Léo drague Lucka sous le nez de tout le monde.
Au tour de Alex de froncer les sourcils. Décidément, Noa a bien trouver ses amis. Ils sont tous aussi bizarre les uns que les autres.
