« Euh… C'est que…

- Suzanne est plus là… lâcha rapidement Martin.

- Hein ? s'étrangla son beau-père. Comment ça elle est plus là ?

- J'en sais rien je… on l'a laissé dans sa chambre mais… elle est vide… et la porte-fenêtre était ouverte…

- SUZANNE ?! cria Antoine avant de grimper à l'étage.

- Nan mais on va la trouver… paniqua Candice. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Elle dormait tranquillement mais… on vient de rentrer et elle est plus là…

- Parce que vous l'avez laissé toute seule ?! s'époumonna-t-elle. Mais vous êtes complètement inconscients !

- Mais on est pas partis longtemps… se justifia Léo alors que le commissaire faisait son retour au salon. J'te jure Antoine je…

- Vous êtes sortis à quelle heure ?

- 22h00… On voulait l'emmener mais elle était super fatiguée alors on l'a couché dans son lit, elle dormait à poings fermés.

- Vous êtes allés où ?

- Au… au bar… on a bu 1 ou 2 verres c'est tout…

- C'EST TOUT ?! hurla-t-il. Vous avez laissé une enfant de 8 ans toute seule dans une maison qu'elle connaît pas, dans une ville qu'elle connaît pas, et t'oses me dire « c'est tout ! ». MAIS ON RÊVE LÀ !

- Pardon… bafouilla Martin.

- On a cherché dans le voisinage mais…

- Putain ! maugréa le commissaire en récupérant son portable.

- Antoine !? Tu vas où ?! Attends ! cria Candice alors qu'il fuyait hors de la villa.

- Chercher ma fille…

- Attendez, on va venir aussi…

- Vous en avez déjà assez fait comme ça je crois ! »

Les enfants osèrent se regarder la moue attristée. Ils subirent le claquement de la porte et s'affalèrent dans le canapé en silence, pleinement conscients de la gravité de la situation. Dehors, Antoine s'était emparé de son téléphone portable, déterminé à interpeller tous les passants qu'il croisait. Et chaque fois, leur réponse était négative. Derrière lui, Candice tentait de le suivre, tant bien que mal. Elle connaissait son chéri et savait pertinemment que dans ce genre de situation, toute tentative de conciliation était vaine.

« Merde ! hurla-t-il après un énième retour négatif.

- Ça va aller… tenta Candice en frôlant son bras.

- Arrête ! ordonna-t-il en accélérant le pas à nouveau.

- Antoine… souffla-t-elle attristée par la situation. »

Soudain, le téléphone du commissaire vibra dans sa main, laissant apparaître un numéro inconnu. Paniqué, il se contenta de décrocher sans aucune amabilité.

« Monsieur Dumas ?

- Oui !?

- Je suis la responsable de l'hôtel. Je crois qu'on a récupéré une petite Suzanne complètement perdue à la réception…

- Elle est avec vous ? lâcha-t-il noué par l'angoisse.

- Avec son doudou même… sourit l'hôtesse d'accueil.

- J'arrive !

- Alors ?! demanda Candice la mine inquiète.

- Elle est à l'accueil… souffla-t-il avant d'enclencher une marche rapide. »

Et à nouveau, Candice tentait de suivre son compagnon tant bien que mal. Antoine courrait presque, rendant difficile la marche de Candice bien trop épuisée pour s'autoriser cette rapidité. Alors elle l'observa accourir devant la réception où une petite tête brune fit irruption.

« Papaaaa ! cria-t-elle en courant dans ses bras.

- Ohhhh ! Ma chérie… soupira-t-il de soulagement en l'enserrant dans ses bras.

- Ça va ? demanda Candice essoufflée à Suzanne.

La petite se contenta d'acquiescer, lovée dans les bras réconfortant de son père.

Merci… déclara Candice à l'agent devant le comptoir.

- C'est un jeune couple qui l'a apporté. Elle était complètement perdue… Mais avec son nom, on a retrouvé votre numéro de réservation !

- Merci ! répéta Antoine soulagé. »

Alors que Candice était posé en retrait face à l'agacement d'Antoine. Elle observait la scène, sourire aux lèvres. Soudain, les portes vitrées de la réception s'ouvrirent, laissant apparaître une jeune employée l'air effaré. Candice la salua gentiment en osant un regard discret sur cette femme qui venait d'approcher sa collègue derrière le comptoir. Elle tendit l'oreille, intriguée par leurs mines déconfites.

« C'est bon… Tout est nettoyé… chuchota la deuxième, interdite.

- Sûr ?

- C'est comme neuf ! J'en ai même perdu un ongle…

- Bien ! Faut pas qu'on se doute de quelque chose… Si on apprend qu'il est passé ici, ça va foutre la merde.

- T'inquiète pas, ça se saura pas.

- J'espère parce que tout le monde ne parle que de ça !»

Perturbée et désormais plongée dans ses pensées, Candice sursauta lorsqu'Antoine remercia à nouveau l'hôtesse avant d'enclencher le pas hors du bâtiment. La blonde suivit leurs pas, observant le dos d'un père qui tenait sa fille par la main. Et lui ne lui avait adressé aucun mot, même pas un regard. Et même si Candice adorait Suzanne, il était encore difficile pour elle de trouver sa place entre eux. Alors elle se contenta de les suivre, sans oser se manifester lors de leur échange.

« J'ai eu peur parce que y avait plus personne dans la maison… confessa la petite qui serrait son doudou contre sa poitrine.

- Mais il faut pas sortir toute seule comme ça ma chérie, je te l'ai déjà dit, c'est dangereux…

- Je croyais que vous étiez dehors mais je vous trouvais pas… J'ai cru que vous étiez partis sans moi…

- N'importe quoi ! On t'aurait pas laissé comme ça quand même… Hein… la rassura-t-elle en caressant ses cheveux.

- Eux, si… »

Candice fit la moue, comprenant que cette dernière accusation portait tout droit sur ses enfants. Légèrement coupable, elle s'approcha d'eux et tenta d'attraper le bras d'Antoine qui la repoussa doucement. Cantonnée à son rôle de suiveuse, elle resta derrière, mutique, écoutant sa belle-fille raconter son joyeux début de soirée. Pour eux aussi, les choses avaient bien démarré… Mais décidément, les vacances n'étaient vraiment pas faites pour eux et les choses tournaient forcément au vinaigre…

. . . . .

Dans le grand salon, les canapés se recouvraient des jeunes Renoir dépités. Aucun n'osait vraiment parler, rongé par la culpabilité. L'aînée peut-être un peu plus que les autres… Comment avait-elle pu se laisser aller dans cette connerie ? Elle souffla avant de s'adresser à ses frères.

« On a merdé les gars…

- Ouais…

- J'vous avais dit que c'était une mauvaise idée, putain !

- On pensait pas que ça se passerait comme ça je…»

Léo fut coupé par la porte d'entrée qui s'ouvrit rapidement, laissant apparaître un père rassuré mais énervé, aux côtés d'une petite fatiguée. Derrière eux, Candice suivait, le visage fermé. La fratrie se leva rapidement du canapé.

« Oh ! Suzanne ! Ça va ? s'empressèrent de demander les coupables.

La jeune brune se contenta d'acquiescer, avant de suivre son père à l'étage.

- Elle était où ? demanda Jules à sa mère.

- À l'accueil. Elle a expliqué à Antoine qu'elle s'était réveillée et qu'elle avait eu peur de se retrouver toute seule dans la maison… donc elle est sortie par la porte-fenêtre.

- Tout est bien qui finit bien…

- Et encore heureux ! En tout cas c'est bien, vous venez de perdre sa confiance et la mienne par la même occasion…

- Maman…

- Merci d'avoir gâché la soirée ! Allez-vous coucher, il est tard. »

Et la blonde disparut à l'étage, claquant ses pas contre les escaliers en bois. Et dieu sait que cette fin de soirée s'annonçait bien différente de celle qu'elle avait imaginée. Ils étaient déjà bien loin leurs échanges enflammés de fin de soirée, se désola-t-elle en s'isolant dans leur chambre.

. . . . .

Constatant la présence de ses frères et sœur autour du petit-déjeuner, Jules Renoir se désigna comme le dernier réveillé. Il les salua brièvement, observant leur mine tout aussi fermée que la veille.

« Bien dormi ? demanda Emma sans engouement.

- Ça va… répondit-il simplement en prenant place à côté d'eux. Ils sont partis ?

- J'en sais rien… J'ai entendu la petite se lever tout à l'heure et elle est pas revenue dans la chambre après…

- Y a toujours le sac de maman, ils sont peut-être à la plage… observa Martin derrière son bol. »

Soudain, quatre têtes se tournèrent vers les escaliers qui grinçaient, signalant la présence d'un individu de type humain qui descendait jusqu'au salon. L'attente tourna court et rapidement, une femme au sourire baissé apparut, des lunettes de soleil posées sur son nez. Les enfants se regardèrent, hésitants, avant que Léo ne se décide à porter son courage.

« Maman ? lança Léo pour l'interpeller.

- Hum…

- On… On voulait s'excuser pour hier soir on… on a agi comme des enfants et on a pas réfléchi à la gravité de la situation…

- C'est pas à moi qu'il faut dire ça…

- Il est où ?

- J'en sais rien !

- On pensait que vous dormiez encore ou… que vous étiez partis…

- Antoine a dormi sur le canapé, ils sont sûrement partis sans moi.

- Sur le canapé ? balbutia Emma. Mais…

- Oui parce que figurez-vous qu'avec vos conneries, je m'en suis pris plein la gueule. Résultats des courses : il a dormi sur le canapé et décidé de faire ses vacances de son côté…

- Nan mais on va lui parler, ça va s'arranger…

- S'arranger ? lâcha-t-elle dans un rire jaune. S'il a pas déjà réservé un autre logement on aura de la chance !

- On va l'appeler, on… continua-t-elle presque paniquée.

- Bonne journée ! déclara Candice en ouvrant la porte d'entrée.

- Tu vas où ?

- Prendre mon café à l'extérieur !

- Super… maugréa Léo dépité.

- Antoine est à la plage je crois… remarqua Jules en épiant par la fenêtre. J'ai reconnu le ballon rose de Suzanne là.

- Bon bah… On se change et on y va ?

- Pour faire quoi ?

- Faut qu'on lui parle... On peut pas rester comme ça toute la semaine... Puis c'est pas de la faute de maman...

- Ouais! Bon bah... Go! lâcha Martin sans engouement. »

Faut dire que même s'ils se connaissaient, leur beau-père restait intimidant, surtout lorsqu'il montrait son air fermé et agacé. Alors, vu la situation, il était peu probable qu'Antoine les accueille avec des fleurs. L'estomac noué, les 4 soupirèrent, désormais presque prêts à assumer leur connerie ...