« Nan mais c'est vrai, la fille voit son mari disparaître depuis 2 jours et au lieu de s'entêter à le chercher, organise des soirées de charité et…
- C'est pas elle qui l'a organisée, c'est Fanny, répondit-il durement.
- Oui m'enfin tu l'as vu comme moi ! Elle a pas l'air si bouleversée que ça quoi… Puis si ça se trouve, leur histoire de take-away là, c'était une mine d'or pour eux… Qui nous dit qu'ils avaient arrêtés leurs conneries, hein ?
- Personne. Et dans tous les cas, c'est pas nos affaires, Candice.
- Nan mais je suis sûre que y a un truc pas net ! Faudrait peut-être qu'on…
- Qu'on rien du tout ! s'emporta-t-il. On est en VACANCES ! Tu vas pas encore gâcher cette semaine-là non ? »
Depuis la baie vitrée, les enfants observaient la scène de ménage qui se jouait devant eux. Inquiète, la plus jeune se réfugia contre Emma, doudou en main.
« C'est papa qui crie comme ça ?
- Ouais… Mais c'est rien hein ! On les connaît, ils se disputent tout le temps…
- Fin' là pour le coup, il a pas tort… ajouta Léo dépité avant de grimper dans sa chambre suivi des enfants. »
Dehors, le ton montait grandement. Et même les quelques promeneurs nocturnes s'arrêtèrent, surpris par les éclats de voix qui résonnaient à des kilomètres à la ronde. Antoine fulminait contre sa compagne, entêtée à vouloir avoir le dernier mot sur cette histoire.
« Mais tu me parles d'une histoire qui a plus de 30 ans !
- Et bah justement, qui nous dit qu'en 30 ans ils ont pas continué leur trafic ?
- Tu sais quoi ? Fais ton truc en solo, moi je vais m'occuper de ma fille…
- Antoine… »
Et Candice n'en avait fait qu'à sa tête, encore une fois. Pourtant, toutes ces questions flottaient dans son esprit. Et comme à chaque fois, c'était plus fort qu'elle, elle ne pouvait s'empêcher de s'en mêler. Sourire baissé, elle entra finalement dans le salon déserté par la meute d'enfants qui avait désormais probablement investi l'étage. Elle grimpa doucement et ouvrit la porte de la chambre des jumeaux qui laissait entrevoir deux jeunes adultes, écouteurs dans les oreilles devant ce qui s'apparentait à un match de foot. Les deux délaissèrent leur écran quelques secondes pour saluer brièvement leur mère qui repartit avec nonchalance vers la chambre de son aîné.
« Ah t'es là toi aussi !? s'étonna-t-elle gentiment en voyant Emma contre son frère.
- Antoine est en train de coucher Suzanne… Puis on a des tonnes de séries à rattraper tous les deux…
- Ah oui ? Lesquelles ? s'intéressa-t-elle faussement en débarquant à côté.
- Maman… souffla Jules. C'est pas en fuyant que tu vas réparer les dégâts hein…
- Mais non… mentit-elle. J'adore regarder des séries…
- Une série d'ados dans un château hanté ? Vraiment… ? s'amusa Emma.
- Ah… Oui… J'aime pas trop les trucs d'horreur…
- Voilà !
- Bon bah… Bonne nuit alors… »
Déçue, Candice referma la porte, définitivement obligée de se retrouver en tête à tête avec Antoine. Et visiblement, la soirée câline n'était encore pas au programme du jour. Quoique, la séduction était peut-être la solution à leur embrouille, finalement… Et sur ce sujet, Candice savait pertinemment comment le faire craquer. Alors la blonde se calfeutra dans sa salle de bain, s'attelant à une minutieuse préparation en attendant que le commissaire ne termine de rassurer la plus jeune…
« C'est bon ! Dents brossés… lâcha Suzanne en s'installant dans les couvertures.
- Très bien ! Allez au dodo… Tu me fais une petite place, pour l'histoire du soir ?
- Nan, j'ai pas envie d'histoire…
- Ouh là ! s'étonna-t-il. Qu'est-ce qui se passe ?
- Rien…
- Suzanne, je te connais quand même… rappela-t-il en caressant ses cheveux.
- Tu t'es encore disputé avec Candice…
- Bah oui ! Mais c'est des choses qui arrivent ça…
- C'est à cause de la mère de Lina ?
- Mais non ! Pas du tout ! Écoute chérie, c'est pas parce que Lina t'a raconté des bêtises qu'il faut la croire. Sa mère je la connais même pas !
- Mais tu rigolais avec elle tout à l'heure…
- Et alors ? Je rigole avec plein d'autres personnes… Ça veut rien dire ça… Et puis j'aime toujours Candice…
- J'ai peur que ça fasse comme maman… Arnaud je l'aimais bien et puis il est parti… Et après c'était Ludo… Et avant eux, y avait Julien aussi…
- Mais ça c'est parce que maman n'est pas encore tombée sur la bonne personne. Le jour où elle l'aura trouvé, ils resteront ensemble, longtemps…
- Pourquoi t'es parti toi alors ?
- Je te l'ai déjà dit Suzanne… Ta maman et moi on était amoureux mais plus assez pour rester tous les deux. Alors on a quand même eu le temps d'avoir un bébé mais…
- T'es tombé amoureux de Candice…
- Oui. Et depuis, je suis jamais retombé amoureux de quelqu'un d'autre et j'aime très très très fort Candice..
- Même quand vous vous disputez ? Parce que tu criais fort...
- Bah oui ! Même si on se dispute souvent, ça change rien entre nous. Alors c'est pas la maman de Lina ou de machin chose qui va tout casser, ok ?
- Ok…
- Allez, fais-moi un gros câlin ! »
Suzanne s'exécuta, enfin rassurée par les mots de son père. Et l'inquiétude de la petite s'entendait… Alors Antoine se plongea dans une histoire abracadabrante avant d'embrasser sa fille sur le front. Il l'observa doucement avant de quitter la pièce et retrouver l'étage qui lui était réservé.
Alpagué par un trait fin lumineux à ras du sol, le policier poussa la porte qui offrait une vue sur leur grand lit. Et au milieu, trônait Candice, étalée de tout son long, exprès pour l'empêcher de prendre sa place. Et sans un regard pour elle, se dirigea vers la salle de bain de laquelle il ressortit quelques minutes plus tard, sans sourire. Il s'approcha doucement du lit où la blonde n'avait pas quitté sa place, allongée de travers, sa tête volant l'oreille de son compagnon.
« Tu peux te décaler s'il te plaît ? demanda-t-il à Candice sans tendresse.
- Nan… s'opposa-t-elle avec provocation.
- Ok… répliqua-t-il en essayant de forcer le passage.
Amusée, Candice le laissa l'écraser gentiment, en étouffant un rire franc. Antoine en rajouta, s'enfonçant davantage dans le matelas sans prendre de pincettes.
- T'es gros quand même…
- Ah ouais ? »
Candice pouffa à nouveau, réussissant enfin à se sortir de ce piège dans lequel elle s'était jetée. Et bien décidée à l'embêter davantage, elle s'amusa à attraper ses poignées d'amour. Surpris, il maugréa avant d'enfermer ses poignets pour l'empêcher de continuer.
« Aïe ! entendit-il dans un cri de plainte.
- Pardon ! la lâcha-t-il avec inquiétude. Je t'ai fait mal ?
Candice rigola à nouveau, amusée par sa mine inquiète.
Ok…
Satisfaite, la blonde finit par enrouler ses bras autour de son cou pour l'approcher contre elle.
- Gros mais sexy… chuchota-t-elle doucement.
- Ah oui quand même…
- Quoi ?
- Une petite tenue sexy… Des mots mignons… Tu essayes de m'amadouer là en fait !
Elle pinça ses lèvres, coupable.
- Et ça fonctionne ?
- Je ne suis pas corruptible… objecta-t-il sérieusement.
- Mais quel menteur ! »
Et enfin, Candice finit par s'excuser sous l'œil attentif d'Antoine qui craqua sans aucune difficulté. Et intérieurement, il jura contre lui et cette incapacité tenace à lui résister. Surtout lorsqu'elle minaudait face à lui dans ce genre de nuisette… Et au lieu de l'engueuler, il préféra se jeter contre elle et l'embrasser sérieusement. Voilà qui était plus plaisant qu'une dispute encore salée… Alors Candice laissa l'ardeur de son compagnon la faire basculer jusqu'à son oreiller. Qu'est-ce qu'elle aimait lorsqu'il prenait les devants comme ça, divulguant un petit côté sauvage qui venait contrebalancer cette tendresse quotidienne… Et justement, la blonde était tout bonnement en train de se satisfaire d'une kyrielle de baisers dans son cou lorsque cette attaque s'arrêta subitement. Étonnée, elle rouvrit les yeux, fixant Antoine désormais attentif à… la table de nuit.
« Attends mais… c'est pour ça que tu m'as taxé 5 euros ce matin ?!
- Antoineeeee… pesta-t-elle alors qu'il s'éloignait pour récupérer les magazines sur la table de nuit.
- Nan mais sérieux ?!
- Non mais c'était juste pour les bonnes adresses… je suis tombée sur les encadrés de la disparition au hasard…
Dépité, Antoine la fixait désormais, hochant négativement la tête.
- Au hasard… Bien sûr… Il a bon dos le hasard hein !
- Et est-ce que par hasard tu pourrais te reconcentrer sur un autre sujet ? pesta-t-elle visiblement frustrée.
- Nan mais franchement…
- Allezzzzz ! força-t-elle en l'attirant contre elle à nouveau. »
. . . . .
Réveillé par un soleil qui enflammait déjà la chambre, Antoine ouvrit difficilement les yeux, se retournant pour enserrer ce qui l'avait fatigué la veille au soir. Il tapota le matelas, se rendant vite compte que sa compagne n'était plus là. Il frotta ses yeux, avant d'oser se lever et passer un short. Et vu le bruit qu'il entendait, le rez-de-chaussée était déjà bien animé. En bas, Suzanne s'amusait déjà sur la terrasse aux côtés des plus vieux qui petit-déjeunaient avec amusement.
« Salut ! lâcha le commissaire en récupérant une tasse en main.
- Ah Antoine ! Justement, tu tombes bien… Martin a repéré une agence de location de bateaux en allant courir jusqu'au port.
- Ah ouais ? Et ça donne quoi ?
- Franchement c'est pas mal. J'ai pris un papier… expliqua-t-il en lui apportant.
- Hum… Ça peut être une bonne idée mais… ta mère a le mal de mer…
- Je sais… souffla-t-il. C'est relou…
- D'ailleurs, elle est où ?
- J'sais pas ! Elle s'est levée aux aurores pour aller au marché je crois…
- Candice ? Au marché ? répéta le commissaire étonné.
- Tu vois ! Lui aussi il trouve ça chelou... tiqua Emma en rigolant.
- Elle y est allée avec Jules pour acheter les légumes pour ce midi, elle a dit… expliqua Suzanne.
- Ok… Bon… »
Surpris, Antoine récupéra son portable qui ne laissait afficher aucun message non lu de sa compagne. Il tapota brièvement sur l'écran et le colla à son oreille, attendant une réponse de la part de son interlocutrice. La messagerie chanta dans son oreille et lui provoqua un sourire crispé. Il le verrouilla, étonné que Candice se soit levée aux aurores pour une activité qu'elle peinait à faire à Sète. Et au fond, il se surprit à prier pour que cette escapade impromptue ne soit pas directement liée à cette affaire de disparition. Juste histoire de ne pas passer pour un con après lui avoir bien pardonné la veille au soir…
