« C'était quoi ça ? demanda Jules en passant une tête dans les escaliers.

- Suzanne ! l'interpella sa belle-mère à son tour la mine inquiète.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Antoine alors que la brunette se réfugiait dans ses bras. »

L'air apeuré, Suzanne osa pointer son doigt sur le portillon de leur logement. Et sans dire un mot, Candice s'approcha et fixa le cadavre d'un pigeon ensanglanté sur le sol.

« Oh… C'est rien ma chérie… la rassura-t-elle en se rapprochant d'eux. Le pauvre a dû se faire attraper par plus gros que lui…

- C'est dégoûtant…

- On va nettoyer ! affirma-t-elle faussement rassurante.

- Allez, va rejoindre les jumeaux à l'intérieur… C'est rien... ordonna Antoine en embrassant son crâne. »

Le commissaire fixa sa fille s'éloigner à petits pas. Tête baissée, elle fut rapidement réceptionnée par le reste de la fratrie qui s'interrogeait sur la situation. Et visiblement, ils n'étaient pas les seuls. Dehors, Antoine observait durement Candice. L'air désolé, la blonde finit par s'approcher de lui alors qu'il soufflait d'angoisse.

« Ça doit être une mauvaise blague…

- Une mauvaise blague ?! répéta-t-il en riant jaune. Tu te fous de moi là ?

- Bah non je…

- Grâce à toi on est mêlés à une affaire de disparition complètement tordue, on retrouve un pigeon mort, plein de sang, devant notre porte, et tu vas me dire que c'est une blague ?!

- Tu crois que c'est lié à cette histoire ?

- Bah à quoi d'autre ?!

- Mais qui aurait intérêt à faire ça ? Maya est complètement dépassée par la situation… Fanny te fait confiance et…

- Bah j'en vois qu'un hein…

- Joseph ? Mais pourquoi ?

- Mais parce que depuis qu'on est là tu fouines partout et qu'il se sent en danger ! Puis je te rappelle que j'ai été poussé à aller draguer sa meuf cet après-midi… Donc j'pense que le mec, de là où il est… il doit pas vraiment nous kiffer tu vois !

Soudainement inquiète, Candice se blottit dans ses bras, réfléchissant à un possible solution pour leur famille.

- Je vais appeler Gondar… Faut qu'il soit au courant et…

- On va rentrer…

- J'ai pas envie qu'on parle de ça devant les enfants…

- Nan, on va rentrer à Sète j'veux dire. C'est mieux pour tout le monde.

- Hein ?! s'offusqua-t-elle en se reculant pour le regarder. Il reste encore 3 jours… On va pas encore tout gâcher…

- Oui bah ça fallait y réfléchir avant hein !

- Puis ça sert à rien de rentrer…

- Sauf que moi je veux faire courir aucun risque à ma fille. Et vu ce qu'il se passe, les choses sont déjà mal parties. Alors tu fais ce que tu veux avec les tiens, mais moi je m'en vais ! lâcha-t-il durement en s'échappant de la terrasse pour rejoindre l'intérieur. »

Depuis le canapé les enfants l'observèrent grimper les escaliers avec rapidité. Surpris, ils se jetèrent un regard avant que l'aînée ne se décide à venir prendre la température auprès de sa mère. La brune quitta le salon et retrouva la blonde à quatre pattes près de l'animal.

« Qu'est-ce qui se passe ?

Surprise, Candice releva la tête et la fixa en esquissant un faux sourire.

- Je nettoie…

- Je parlais plutôt d'Antoine là…

- Il veut partir… souffla-t-elle.

- Partir où ?

- Rentrer chez nous. Parce que les choses partent en vrille et que j'ai pas su tout maîtriser...

- Non mais pour trois jours sérieux…

- Je sais… Mais il a peur pour Suzanne et tu le connais, sa fille c'est précieux…

- Mais j'comprends pas… C'est si grave que ça ?

- Des menaces qui tombent directement chez nous, oui…

- Merde… Et ton copain flic là, il dit rien ?

- Faut que je l'appelle mais Antoine est têtu…

- Vas-y ! Je m'en occupe de ton oiseau là…

- Non, c'est à moi de m'en charger…

- Vas-y je te dis ! Je gère…

- Mets le sac plastique sur tes mains, au cas où…

- Pour les traces éventuelles… Oui ! Je suis habituée maintenant… »

Émue, Candice osa un franc sourire et s'éloigna sur la plage, non sans s'assurer que les alentours étaient sécurisés. En même temps, il était peu probable que quelqu'un s'en prenne-t-a-elle en plein milieu d'une plage encore bondée de touristes. Les choses semblaient d'ailleurs étranges… Comment Joseph avait-il pu débarquer dans cette allée passagère et balancer ce pigeon mort par-dessus la porte sans se faire repérer ? La situation devenait tendue… Alors Candice n'eut d'autre choix que de contacter Gondar. Elle s'isola des vacanciers et se posa dans le sable tout en joignant son téléphone à l'oreille.

« Allô ? entendit-elle résonner.

- Euh oui ! C'est Candice… Je suis désolée de vous déranger mais on a un souci…

- Oui ?

- Quelqu'un a déposé un oiseau mort devant notre porte…

- Merde. Et vu la situation, peu de doute concernant le destinataire…

- C'est ce qu'on s'est dit, oui. Et je vous avoue que les choses m'inquiètent un peu…

- Vous êtes chez vous là ?

- Oui ! Enfin, on doit bientôt partir au restaurant…

- Bien. On va passer pendant que vous serez partis. En attendant, vous faites attention à vous, mais sans trop vous angoisser non plus…

- Facile à dire… Antoine veut s'en aller…

- Non ! Vous allez finir votre semaine ici, tranquille. En attendant nous on va faire le nécessaire. On va placer des flics dans l'hôtel, au cas où. Et on va demander à 2 gars de vous suivre.

- Genre une protection policière ?

- C'est ce qu'il y a de mieux, oui…

- Ok… Je vais essayer de raisonner Antoine mais, c'est pas gagné.

- On se tient au courant ! Bonne soirée quand même…

- Merci !

- Et si besoin, vous n'hésitez pas… »

Candice le remercia à nouveau et s'imprégna de la sérénité littorale avant de quitter le rivage. Il fallait désormais affronter son amoureux et sa tête de mule. Et ça, ce n'était pas gagné… ! La blonde se chargea alors de tout le courage nécessaire pour rebrousser chemin jusqu'à sa résidence. Visiblement, sa fille avait réussi à décaler le pigeon pour le placer à l'abris des yeux de Suzanne. Le portail claqua et le salon ne tarda pas à accueillir une mère de famille souriante.

« Vous êtes prêts les enfants ? On va pas tarder…

- Papa a dit qu'on allait peut-être pas manger au restaurant finalement, expliqua Suzanne sérieusement.

- Je vais en discuter avec lui, mais on se tient prêt au cas où ! »

Ok, là Antoine semblait vraiment buté et remonté comme une pendule avec cette histoire. Et quand il était comme ça, les choses avaient 99,9% de chance de tourner à l'engueulade. Candice soufflait d'avance… Elle poussa doucement la porte de leur chambre, et l'observa la tête dans la penderie.

« Tu fais quoi ?

- La valise.

- Nan mais t'étais pas sérieux Antoine ? On va pas partir comme ça quand même ! Les enfants vont être super déçus…

- Je préfère qu'ils soient déçus mais en sécurité que le contraire.

- Je viens d'avoir Gondar, ils prennent en charge. Une équipe va passer quand on sera au restaurant.

- Je préfère qu'on reste ici pour ce soir. C'est moins dangereux.

- Vraiment ?! s'agaça-t-elle. Le type est venu chez nous hein ! Alors qu'on soit ici ou là-bas, ça change rien je te signale !

- Je m'en fous !

Elle souffla bruyamment.

- Eh bah ok alors ! Je te laisse descendre et leur annoncer qu'au lieu d'une soirée restau, on part sur une soirée bagage avant de quitter l'île. Ils vont être ravis je pense !

- Pas si on leur explique qu'à cause de toi, un malade mental qu'on arrive pas à retrouver nous en veut.

- Malade mental, tout de suite les grands mots…

- Ça c'est tout toi… Prendre les choses à la légère, comme ça…

- Ok ! Tu veux qu'on parte, d'accord. Alors laisse-nous au moins profiter d'une dernière soirée de vacances en famille…

- Comment ça on part ? demanda Jules depuis la porte.

Surprise, Candice fit volte-face.

- Antoine dit que c'est trop dangereux pour qu'on reste…

- Et vous avez trouvé des billets ? Pour 7 personnes ? En pleine période de vacances scolaires ? À la dernière minute ? Eh bah bon courage ! fulmina-t-il avant de redescendre les escaliers en trombe.

- Jules a raison… En dernière minute comme ça les billets vont coûter super cher…

- L'argent c'est pas un problème quand la sécurité de ma fille est en jeu.

- Sauf qu'on trouvera jamais de place… rappela-t-elle doucement avant de s'approcher de lui. Chéri écoute, ce soir on fait comme si de rien et on passe une soirée tranquille… Les enfants n'attendent que ça… Et Gondar se propose d'envoyer des flics dans l'hôtel et d'assurer une présence policière pas loin du logement… Ils vont faire barrage aux entrées… Ça va déjà limiter les risques…

- Donc tu me proposes une fin de vacances sous protection policière, c'est bien ça ?

- Oui je sais, c'est nul. Et tout est de ma faute. Et je suis vraiment désolée de tout ce qui arrive… Mais j'ai pas d'autres solutions… Je veux pas blesser les enfants mais je veux pas te blesser toi non plus…

- Et moi je veux juste qu'ils ne leur arrivent rien…

- Mais ils ne leur arrivera rien, parce qu'on va les protéger.

- Et j'ai pas envie non plus qu'il t'arrive quelque chose. C'est toi la plus exposée dans l'histoire…

- Ah bah c'est clair que si y a une tête à abattre, c'est moi la première…

- T'es sûre que tu veux vraiment sortir ce soir ?

- Oui… soupira-t-elle contre lui. J'ai envie de me changer les idées…

- Hum… »

Antoine soupira à son tour avant de l'accueillir dans ses bras avec angoisse. Lui ne craignait rien, mais elle, depuis le début se mêlait de cette affaire… Alors intérieurement, le flic jura de tout faire pour les protéger. Les six. Coûte que coûte.