La main fermement accrochée à celle de son père, Suzanne souriait fièrement en sortant de la petite boutique à la devanture attirante. Le genre de boutique typique où regorgeaient souvenirs en tout genre… Des vêtements aux accessoires, des cartes postales aux porte-clés, des affiches aux ustensiles de cuisine… et visiblement la petite s'enthousiasmait avec tout un tas de babioles pour le plus grand bonheur d'Antoine qui se trouvait entrainé dans chaque échoppe de la rue commerçante…
«Alors ? Vous avez trouvé votre bonheur ? demanda Candice qui attendait tout sourire contre un palmier géant.
- On a pris des cartes postales en souvenirs et on a trouvé plein de choses pour mamie !
- Super ça !
- Mais j'ai toujours rien trouvé de bien pour maman… Je peux aller voir dans celle d'à côté ? demanda-t-elle à son père.
- Vas-y ! Je te rejoins !
- Tu devrais y retrouver Emma… Elle cherche un cadeau pour Éloïse.
- Ok j'y vais ! D'ailleurs moi aussi faut que je lui trouve un petit cadeau… cria-t-elle en s'éloignant.
- Elle est en train de me dépouiller… ironisa-t-il en l'observant partir en courant.
- Elle veut faire plaisir à tout le monde, c'est gentil…
- Hum… Les garçons sont où ?
- Ils se sont dirigés vers le café là-bas… Ils ont abandonné le projet boutique je crois…
- Va les retrouver si tu veux ! T'es pas obligée de subir nos achats… surtout pour Jennifer en plus…
- Ouais… acquiesça-t-elle en suivant Antoine qui se dirigeait vers la boutique. D'ailleurs, tu l'as eu au téléphone tout à l'heure ?
- Euh… Oui… Elle était rassurée que tout aille bien.
- Et ?
- Et rien…
- Genre elle a pas fait de scandale ? Alors que c'est la première à gueuler pour tout et n'importe quoi… ?
- Disons qu'elle a vraiment eu peur pour moi… Comme dirait Suzanne, on s'engueule h24 mais finalement…
- Tant mieux… répondit elle amère.
- Ah si ! Par contre, elle m'a bien rappelé la compétition de gym de Suzanne aussi. Comme si j'avais oublié.
- C'est quand ?
- Mercredi. On va rentrer à temps pour les répétitions.
- Je viendrai avec toi si tu veux ! Sourit-elle gentiment.
- Euh… hésita-t-il. C'est pas contre toi mais…
- Je suis pas la bienvenue c'est ça ?
- Bah… Vu comment Jennifer parle de toi, je préférerai pas c'est tout.
- Ok… Tant pis, c'est sûr qu'il vaut mieux céder à ses caprices plutôt que de s'imposer.
- Candice…
- Bah quoi ?
- Bon on en reparlera, c'est tout. On va pas parler de ça maintenant.
- Si tu le dis…
- D'autres questions, commandant ?
- Je suis même plus commandant en plus… bouda-t-elle.
Antoine leva les yeux au ciel.
- Donc tu viens ou tu rejoins les garçons ?
- Je les rejoins, on vous attend !
- A tout de suite !»
La blonde se contenta d'un bref baiser sur sa joue et observa Antoine s'immiscer dans la boutique voisine. Il avait raison, Candice n'avait aucune envie d'assister au shopping souvenir en l'honneur de Jennifer. De toute façon, les choses étaient simples, elle la détestait. Et c'était ça depuis le tout début. Lorsque la jeune femme s'était pointée dans ce conteneur pour jouer à l'infirmière devant un Antoine blessé à sang. Le sien à elle, n'avait fait qu'un tour… Et après, elle avait dû supporter sa présence à ses côtés. Subir ses histoires grotesques lors des soirées d'équipe. Est-ce qu'elle ramenait David elle d'abord ?! Bah non ! Alors pourquoi devait elle assister aux gestes tendres, aux baisers volés et aux mots doux. Et tous ces souvenirs revinrent lui rappeler que la simple évocation de Jennifer lui était insupportable. Et c'était sûrement parce qu'elle lui rappelait l'une des périodes sombres de sa vie. Celle où elle avait vu l'homme de sa vie construire une vie sans elle. Et maintenant que les choses étaient inversées, Candice devait subir ses insultes et remarques déplacées. Que de choses qui l'enchantaient finalement….
Alors c'est le sourire baissé qu'elle enclencha ses pas vers les garçons qui souriaient depuis la terrasse d'un café voisin. Eux semblaient bien loin des préoccupations qui l'envahissaient à l'idée de rentrer à Sète… Bien loin des achats souvenirs aussi… et justement la blonde passait devant la vitrine d'une jolie boutique à la couleur rose. Intriguée, elle approcha doucement et observa les objets disposés à l'intérieur. Ok, c'était clairement le genre de boutique qu'elle raffolait. Il fallait absolument y entrer ! Elle tourna sur elle-même et s'approcha de la porte lorsqu'une silhouette connue apparut devant elle.
«Oh ! Bah tiens… s'étonna Gondar en souriant.
- Vous me suivez ? Osa-t-elle faussement suspicieuse.
- Du tout ! rétorqua-t-il gêne en dissimulant un paquet derrière son dos.
- Hum…
- Je devais passer ici après avoir contrôlé les take away de Joseph…
- Ah…
- Et euh, Antoine va mieux ? Éluda-t-il.
- Ça va… J'ai réussi à le faire parler. Ça l'a un peu libéré mais il va garder quelques traces encore un peu je crois…
- C'est normal. Il a vécu une sacrée aventure là-bas.
- Vous allez faire quelque chose contre ces gens ? L'idée de les laisser dans la nature ça me…
- Moi aussi… sauf que si on veut les faire tomber pour braconnage faut du flagrant délit… enfin je vous apprends rien...
- Et les faire tomber pour agression ?
- J'en discuterai avec le procureur. Déjà, on a le témoignage d'Antoine et mine de rien ça va nous aider…
- Bah j'espère oui.
- Euh… Sinon… commença-t-il avec gêne. En fait….Ça… c'est pour vous…
- Pour moi ? S'étonna-t-elle en récupérant un sac contenant un paquet fleuri.
- Pour vous remercier, pour l'enquête. Sans vous, on serait encore loin et… je sais tous les risques que vous avez encourus.
- Merci… sourit-elle soudainement timide. Je… C'était pas obligé.
- Ça me fait plaisir ! Vous ouvrirez chez vous.
- Alors merci !
- Et si jamais… on a une place qui vient de se libérer au commissariat avec l'arrestation d'Hugo…
Amusée Candice éclata de rire avant de renchérir.
- Franchement le cadre serait top… mais j'ai mon cœur trop rempli pour rester ici sans eux… répondit-elle en apercevant Antoine approcher.
- Je comprends !
- Eh bah ! On se quitte plus dis donc… souligna Antoine sans entrain.
- Le hasard ! répondit Gondar. Je suis content que vous alliez mieux. je disais justement à Candice qu'on allait discuter avec le proc' concernant vos bourreaux.
- J'espère qu'ils auront ce qu'ils méritent.
- Oui… en attendant, profitez… Vous partez demain ?
- Après-demain ! Rectifia-t-elle. Demain c'est journée Piton.
- Ah chouette ! Vous allez voir. Vous allez en prendre plein la vue…
- C'est ce qu'on dit oui ! Puis ça aurait été dommage de louper ça…
- Bah oui ! Par contre, plus de bêtises hein ! Je veux plus de vos nouvelles.
- Ah mais c'est pas à moi qu'il faut dire ça !
- Ça vaaaaa… souffla-t-elle alors qu'Antoine l'attrapait aux épaules.
- Prenez soin d'elle, commissaire.
- Mais j'y compte bien ! J'y compte bien ! répondit-il fièrement en déposant un baiser sur sa joue.
- Papaaaaaa! meugla Suzanne depuis un magasin de vêtements.
- Bon je vous retiens pas plus longtemps…
- Je suis désolé. On ne l'arrête plus! Bonne soirée ! lâcha Antoine en serrant sa main avant de s'éloigner.
- Bonne soirée Guillaume. Et encore merci pour les cadeaux.
- Belle continuation… osa-t-il en lui faisant la bise.»
Gondar se décala, laissant la commandante reprendre son chemin. Elle approcha des garçons, se rendant compte que cette entrevue inopinée l'avait fait oublier de visiter sa boutique. Elle soupira. Au moins, elle ferait quelques économies comme ça, songeait elle en s'installant à leur table.
«Encore le flic ?! maugréa Jules.
- Le hasard…
- Un hasard sous le charme oui… ironisa Martin.
- Toi aussi t'en as marre du shopping ?
- Je suis un peu fatiguée ouais… sourit-elle faussement.
- T'as pas dormi cet aprèm ?
- Nan… Je m'occupais d'Antoine…
- Ça a l'air d'aller mieux nan ?
- Un peu… mais il est encore un peu perturbé. Et fatigué aussi… Il faut le temps…
- C'est normal…
- Puis tu seras là pour l'aider aussi…
- Ouais… enfin, il m'en veut un peu. Donc c'est un peu compliqué de trouver ma place…
- Il te l'a dit ?
Elle acquiesça difficilement.
- D'ailleurs je voulais lui organiser une petite surprise demain soir. Genre un pique-nique sur la plage ou je sais pas… Histoire de finir notre semaine sur une note plus positive…
- Ah bah c'est une super idée!
- Oui, j'ai vraiment envie de me rattraper. Puis ça change… d'habitude c'est lui qui organise des repas romantiques.
- Tu voudras de l'aide ? Je peux contribuer à l'élaboration du repas si tu veux !
- Oh ce serait super Jules… Merci.
- Ils arrivent…
- Vous dites rien pour l'instant ! Je veux que ce soit une surprise !»
Tous acquiescèrent et gardèrent le silence alors qu'Antoine s'installait à leur table à son tour. Candice voulait vraiment marquer le coup et tenter de se rattraper avec un dîner romantique sur une plage de sable fin. Peut-être aussi qu'elle souhaitait gommer la micro-rancœur qu'il avait envers elle… Et ça, elle savait que ce n'allait pas être du luxe…!
«T'as abandonné Suzanne? plaisanta Léo.
- Elle est avec Emma. Elle a bien voulu prendre le relais…
- Vous avez vraiment dévalisé les magasins… remarqua Jules en éclatant de rire.
- Et heureusement que votre sœur a trouvé un cadeau pour sa grand-mère quand même! les moucha Candice avec fierté.
Penauds, les 3 baissèrent la tête avec gêne.
- Dis donc c'est drôlement mignon ce petit paquet… observa Antoine en scrutant l'emballage fleuri. Qu'est-ce que c'est?
- Euh… hésita-t-elle. Un cadeau de Gondar… Pour me remercier de l'avoir aidé…
- Ah oui, ok… Donc je me faisais pas des films… Le mec était vraiment raide dingue… pesta-t-il.
- Et là c'est le moment où je suis à deux doigts de cafter pour le câlin… intervint Martin en rigolant doucement.
- Le câlin ? Quel câlin ? C'est quoi cette histoire de câlin ?
Candice explosa de rire en brimant gentiment son fils.
- C'était pour la consoler de ton absence…
- Ah bien… Top…! se vexa-t-il. Ça profite de l'absence des autres pour poser ses pions donc…
- T'es bête !
- Et y a quoi dans ce paquet ?
- Je l'ai même pas ouvert…»
Antoine l'encouragea doucement à l'ouvrir, impatient de voir les présents offerts par ce commandant un peu trop entreprenant. Acculée, Candice arracha le papier fleuri et sorti un à un ses contenants. Du rhum local, une plante typique de l'île, un foulard rose et un bracelet… Ok, Gondar avait tout donné. Et il avait mis le paquet…! Au grand dam d'Antoine qui ravalait sa jalousie du mieux qu'il pouvait…
«Eh bah…
- Mais c'est un cadeau pour nous 2… tenta-t-elle pour le rassurer.
- Le petit foulard rose ?
- Bah pourquoi pas tiens ? Tu serais mignon…
- Moque toi c'est ça…
- Je plaisante mon amour…
- J'en reviens pas quand même… Le mec est tombé amoureux en deux secondes !
- Amoureux… tout de suite les grands mots…
- Bah un câlin, des cadeaux dont UN BRACELET…
- Il m'a proposé le poste d'Hugo aussi… ajouta-t-elle amusée en pinçant les lèvres.
- Ah ouais… le mec tente le tout pour le tout quoi… et alors ? Tu commences quand ?
Hilare, Candice colla sa tête contre son épaule.
- Pauvre chéri ! Jaloux comme un pou!
- Pas du tout… bouda-t-il.
- C'est pas de ma faute s'ils tombent tous à mes pieds non ? Chuchota-t-elle tout sourire.
- Ah t'es fière hein !
- Ouais j'suis fière…
- Hum…
- Mais c'est dommage pour eux… la concurrence est rude…
- Y a intérêt oui!»
