Alors que le micro de l'aéroport Roland-Garros résonnait dans cette vaste pièce animée, Jules se leva précipitamment. Face à lui, 6 mines déconfites l'observaient. L'heure semblait grave… Et face à leur tristesse, le jeune ricana doucement.
«Bah faites pas cette tête! Je vais revenir…
- Oui… acquiesça Candice en l'observant serrer ses frères dans ses bras.
- Bon! T'oublies pas de me ramener des soupes hein! ordonna sa sœur en embrassant sa joue.
- Mais oui! Promis! Je pense à vous… Puis toute façon je reviens bientôt…
- T'as intérêt parce que j'en connais une qui va faire la tronche sinon! plaisanta Antoine en tapant chaleureusement son épaule.
- Tu parles de maman ou de Suzanne? releva Emma en observant la petite qui faisait la tête.
- Tiens… sourit Jules à la plus jeune. Tu t'entraîneras en attendant que j'arrive comme ça…!
- Merci… murmura-t-elle en récupérant un petit livre de recettes dans ses mains.
- Mon chéri… souffla Candice envahie par l'émotion.»
Sans attendre, Jules se fit encercler par les bras de sa mère, le retenant prisonnier dans cet antre chaleureux. Lui aussi était envahi par l'émotion mais… lui ne voulait rien montrer. Il embrassa tendrement sa joue alors que le micro appelait à nouveau les passagers du vol en direction d'Osaka. Il se retira doucement et laissa son beau-père consoler une mère attristée.
«Eh… Il revient dans quelques mois… chuchota-t-il tendrement à son oreille alors que Jules s'éloignait déjà.
- Mais quelques mois c'est super long…
- Mais dis-toi qu'il sera de retour pour de bon! Et ça, ça va faire du bien à tout le monde.
- Hum… acquiesça-t-elle.
- Allez! On va retourner près de notre porte, parce que nous aussi on ne devrait pas tarder à embarquer.»
La troupe suivit le mouvement, guidée par un commissaire chargé comme une mule. Bah oui! Après la journée shopping de la veille, l'atelier fermeture des valises avait été quelque peu mouvementé… Sac à l'épaule, Candice débarqua rapidement devant la porte d'embarquement. Le décollage était prévu pour dans une cinquantaine de minutes… Dans 50 minutes donc, les portes de l'avion se fermeraient, laissant cette semaine haute en couleur bercer les esprits de chacun. Et même si cette semaine avait été quelque peu chaotique, Candice n'avait finalement pas envie de la terminer, angoissant très probablement le retour à la réalité.
«Je vais prévenir ma mère qu'on décolle bientôt. Histoire qu'on n'attende pas trop longtemps à l'arrivée…
- Ouais! sourit Candice sans engouement.
Isaure… Ô joie de la retrouver…, songeait la blonde avec amertume.
- Sacha vient me chercher avec Éloïse!
- Vous venez dîner à la maison après?
- Oh non… Déjà qu'on va rentrer tard… On va être crevés…
- Ok… répondit laconiquement Candice. Et vous les garçons?
- Léo rentre à Montpellier… Je vais aller chez lui pour ce soir.»
Ok… C'était un complot ou quoi? pestait-elle intérieurement. Voilà que pour conclure cette semaine difficile, Candice allait rentrer chez elle… sous domination des Dumas…! Son heure allait donc inévitablement sonner…
...
«Bon qu'est-ce qu'elle fait?! pesta Candice.
- Elle se gare! répondit Antoine.
- Pfff…
- Mais qu'est-ce que t'as à souffler comme ça?
- Rien… J'ai envie de rentrer c'est tout!
- Ah bah la v'là! s'écria-t-il alors que sa mère approchait avec vivacité.»
Candice l'observa embrasser son fils et sa petite-fille avec chaleur. Rien à voir avec les salutations cordiales qu'elle venait de recevoir… Au moins les choses étaient claires, Isaure gardait la rancœur de cette semaine au fond de la gorge. Et difficile pour Candice de refuser sa présence au dîner du soir. Déjà, le frigo devait être vide et puis, maintenant qu'Antoine habitait chez elle, il fallait se montrer flexible…
«En tout cas vous êtes bien bronzés hein…
- Ouais! sourit fièrement Suzanne.
- Quoique Candice vous restez toujours un peu pâlotte.
Allez! Premier coup de la soirée! Le match était lancé!
- C'est normal… J'ai une peau de blonde… En général je rougis plus que je ne bronze…
- Puis c'est normal, elle a pas été aussi exposée que nous! ajouta Suzanne sans réfléchir.»
Silence… Personne n'osa rebondir et chacun grimpa dans la voiture sans engouement. Heureusement, Antoine était monté devant. Au moins, il discutait avec sa mère et comblait les silences… Et derrière, la petite dût s'endormir en un temps record sous l'œil amusé de sa belle-mère. Qu'est-ce que Candice aurait aimé en faire autant… songeait-elle en fixant le paysage qui défilait à la vitre.
...
«Et voilà! s'écria Isaure en déposant un saladier sur la table. Salade / Quiche! J'ai pas vraiment innové mais…
- Et elle est trop bonne la quiche mamie !
- Merci ma princesse… D'ailleurs on aurait presque pu manger dehors avec ce temps…
- Oui ! Enfin en avril il fait encore un peu frais en soirée… souligna le commissaire.
- C'est vrai… En tout cas la maison est magnifique… Je suis bouche bée.
- Merci… sourit Candice avec étonnement. J'ai mis trois bonnes années à la trouver et… j'avoue que j'en suis tellement fière que je voudrais la quitter pour rien au monde.
- Et y a deux étages?
- Oui! Ma chambre est au rez-de-chaussée là-bas. Et les enfants avaient chacun leur chambre en haut.
- Et moi j'ai récupéré la chambre de Jules! C'est celle qu'est tout en haut! Et tous les soirs je vois les couchers de soleil…
- C'est vrai que le cadre est particulièrement agréable…!
- Hum… Et alors, la prochaine destination, c'est où?
Silence… Antoine jeta un bref coup d'œil à Candice qui haussa les épaules.
- Pour l'instant on va profiter du soleil sétois. D'ailleurs comme ça va bientôt être l'été, je me disais… peut-être que je pourrais amarrer le bateau devant la maison. On pourrait l'utiliser plus souvent.
- Ah bah si tu veux! Tu sais, c'est pas vraiment moi l'utilise hein!
- Bah justement, il servirait un peu plus au moins…
- Si Candice est d'accord… lâcha durement Isaure en fixant sa belle-fille.
- Moi j'ai le mal de mer alors je compte pas mettre un pied dessus mais, ça peut être une bonne idée oui. Le port n'est pas si loin en plus.
- On pourra refaire une journée bateau comme on avait fait! C'était trop bien!
- Ah oui c'est vrai! Vous étiez partis d'où alors?
- Le port était pas loin de la plage… répondit Antoine tout sourire. Bon y avait 32 degrés et c'était un four pour y aller mais franchement on a tellement ri! se souvint-il en rigolant.
- Et y avait des poissons énormes! Avec les masques c'était trop bien! Et le matin, on avait vu une méduse géante tu te rappelles?
- Mais oui!»
La blonde se perdit rapidement dans ses pensées, peu concernée par toutes ces informations qu'elle découvrait avec regret. Encore une activité à laquelle elle n'avait pas pu participer. Et bon, pour le coup, ce n'était pas uniquement à cause de son mal de mer. Et à cet instant précis, elle sentait les remords la ronger. Et pour couronner le tout, l'œil accusateur de cette ancienne avocate ne faisait qu'empirer son malaise. Alors elle fit semblant. Tout le long de ce repas elle arpenta un faux sourire sur le visage. Heureusement pour elle, il ne s'éternisa pas. Tout le monde était fatigué et Suzanne piquait du nez. Son père ne tarda pas à grimper l'installer dans ses draps, laissant deux femmes silencieuses en cuisine.
«Alors?! Contente d'avoir gâché cette semaine?! osa Isaure sans hésitation.
Ah oui! Elle y allait fort quand même… songeait Candice en osant un rire discret.
- Vous m'aimez pas hein ?
- Je ne suis pas sûre que ce soit vraiment la question… répondit Isaure en toisant sa belle-fille. J'aime ce qui est bon pour Antoine, c'est tout.
- Je dois y voir un message caché?! s'offusqua-t-elle.
- Je vais vous poser une question toute simple. Est-ce que vous l'aimez ?
- Je croyais que c'était une question simple…
- Quand on sait y répondre, elle est simple.
Candice rigola doucement avant de s'appuyer contre le rebord de l'évier.
Aimer… Danger… Avouez que ces 2 mots vont rarement ensemble quand même non?! Vous êtes partis 2 fois en vacances ensemble, Candice. Et 2 fois il a manqué de se faire tuer!
- Peut-être. Mais on en a discuté tous les deux et les choses sont réglées maintenant.
- Ah oui… sourit-elle peu aimable. Sauf que, peut-être vous l'ignoriez mais… mine de rien… nous aussi on se parle…
- Bien! cracha Candice en ravalant sa salive. Et je suppose que vous parlez de moi… Alors j'écoute. Qu'est-ce qu'on me reproche ?
- Antoine est un garçon sensible et passionné. Lorsqu'il aime, c'est sans compter. Et comme dirait le dicton, l'amour rend aveugle. Alors je vous laisse imaginer son champ de vision quand on sait qu'il est fou de vous…
- Et en quoi est-ce un problème?
- Ça devient un problème lorsque mon fils se retrouve en danger, juste par amour.
- Ok… Donc si je résume… Antoine aime une femme qui ne l'aime probablement pas en retour et qui préfère le mettre en danger ? C'est bien ça ?
- Ça c'est vous qui le dites…
- Ah bah non ! Ça c'est vous! s'emporta-t-elle en la toisant.
- Alors je vous écoute. Quels sont vos projets avec lui ? Qu'est-ce que vous avez à lui offrir ?
Outrée, Candice écarquilla les yeux.
- Je ne crois pas devoir me justifier. Antoine sait très bien ce qu'il peut attendre de moi et vice versa. Et avant de faire des leçons de morale aux autres, peut-être faudrait-il se souvenir de comment sa propre mère l'a traité pendant des années.»
Sur ce, la discussion était close et Candice s'isola dans sa chambre. Non mais! Elle avait été ingrate avec son fils pendant des années et revenait comme une fleur pour lui dire comment se comporter?! C'était scandaleux!
Furieuse, elle ouvrit leur valise et balança un tas de vêtements sur le sol avant de récupérer son pyjama dans le tiroir de sa commode.
Les escaliers ne tardèrent pas à grincer, laissant un commissaire redescendre tout sourire. Candice en profita pour coulisser sa porte de chambre sans aucune amabilité…
«Ça y est. Suzanne s'est endormie…
- Elle était crevée avec le voyage… Ma princesse…
- Je monte me changer. Je suis crevée aussi, débita la blonde avec amertume.
Antoine acquiesça, subissant l'assaut du silence… Les marches se mirent à grincer et Candice disparut à l'étage. Perplexe, Antoine fixa durement sa mère.
- Elle est bizarre non?
Isaure haussa les épaules et détourna le regard du sien.
Ok… Je peux savoir ce que tu lui as dit ?
- Mais rien ! Se défendît elle. On a discuté c'est tout.
- Ah oui ? De quoi ?
- De rien… De la vie… De…
- Maman!
- Je lui ai demandé si elle t'aimait, voilà. Bah oui. Avec tout ce qu'il s'est passé, avoue que la question se pose non ?!
- T'as pas pu t'en empêcher ?! Il a fallu que tu viennes y mettre ton grain de sel !
- Et tu me demandes pas ce qu'elle a répondu ?
- Bah non…. Je connais déjà la réponse…
- Ah… donc si tu sais qu'elle a pas su me répondre tout va bien alors.
- Tout va bien oui ! s'emporta-t-il à cran.
- Mais Antoine franchement ! Ouvre les yeux…
Il tiqua, agacé.
- Puisque je te dis que je suis heureux !
- Tu te sens chez toi ici ?
- Oui.
- Dans sa maison ? Dans sa chambre ? Elle a même pas utilisé une seule fois le mot «notre», Antoine.
- Forcément, c'est récent.
Elle rigola doucement, faussement amusée.
- Dans 6 mois ce sera toujours le même discours…
- Bon maman c'est bon, je suis un grand garçon. Je gère. Et puis ça te regarde pas de toute façon.
- Sauf que moi ça me ronge de savoir qu'elle ne se préoccupe pas de toi comme ça ! Alors que… toi… tu pourrais lui donner tout ce que t'as !
- Je t'ai déjà expliqué que Candice avait un passé compliqué.
- Ça n'excuse pas tout.
- Peut-être. Sauf que moi, avec ma fille, Candice c'est tout ce que j'ai. Et je t'interdis de te mêler de notre histoire et de tout gâcher.
- Bon bah puisque j'ai tort, je m'en vais ! fulmina-t-elle en accourant vers son sac à main.
- Voilà ! Merci pour l'aéroport et le repas. Et bonne soirée.»
La porte claqua et laissa place au silence. Un silence lourd, pesant, assourdissant même. Antoine se cramponna au dossier d'une chaise, histoire de ne pas faillir après avoir entendu encore une fois ce même discours. L'éternel «con» de l'histoire. Toujours cette étiquette…!
Les escaliers grincèrent à nouveau, laissant apparaître une blonde au regard fermé.
«Elle est partie ?
- Ouais…
- Sans dire au revoir?! releva-t-elle en grimaçant. Et bah ils sont beaux les principes bourgeois !»
