Assise contre un rocher, Candice fixait le doux mouvement de l'étang devant elle. L'eau semblait calme, à l'image d'une météo clémente et ensoleillée. Tout semblait ainsi propice à l'épanouissement. Tout sauf cette histoire qui la rongeait désormais. Et l'angoisse l'habitait, la faisant douter sur l'issue de celle-ci. Antoine semblait en proie à un affreux dilemme. Tout le monde se dressait contre elle. Et tous les efforts qu'elle déployait semblaient vains.
L'impasse, songeait-elle difficilement en laissant couler une larme sur sa joue.
Peut-être avait-elle été trop loin cette fois... Et peut-être les dégâts étaient-ils désormais non dommageables… Qu'importe l'issue, Candice encaisserait et ne s'en prendrait qu'à elle-même. Et à cet instant précis, l'issue paraissait grandement incertaine à ses yeux…
Des vibrations la sortirent soudainement de sa torpeur. Perturbée, la blonde eut du mal à réaliser et à extirper le téléphone de sa poche.
Jules… observa-t-elle en souriant.
Elle ravala subitement ses larmes et sécha hasardement ses yeux avant de décrocher la caméra.
«Hello! lança un jeune enjoué.
- Bonjour mon chéri…
- Ouh là! Qu'est-ce qui se passe?
- Rien… Je suis à la plage et y a du vent… Il fait un peu frais aujourd'hui…, trouva-t-elle comme excuse.
- Hum… répliqua-t-il dubitatif.
- Ça va? T'es bien rentré?
- Ouais! J'ai dormi comme une masse… Le jet lag est douloureux là…
- T'as bien fait! Moi aussi j'suis crevée!
- Hum… Et en fait je t'appelais parce que je ressors d'un entretien avec mon chef là. On a longuement discuté et… finalement il accepte mon choix.
- C'est vrai? Mais c'est génial! s'écria-t-elle d'émotion.
- Ouais… sourit-il difficilement.
- Mais t'es sûr de toi chéri? J'ai pas envie que tu regrettes ou que tu culpabilises après, je…
- Oui je suis sûr! C'est juste que c'est pas facile de tout quitter ici…
- Je comprends. Mais tu peux prendre le temps que tu veux! En tout cas, tu sais que je serai toujours fière de toi mon amour... rappela-t-elle mielleuse.
- Maman… souffla-t-il gêné.
- Bah quoi? C'est vrai!
- Hum…
- Et tu rentres quand alors?
- D'ici la fin du mois.
- Ok! Bah c'est super alors… Je vais te préparer la chambre d'Emma. Enfin sauf si tu tiens à récupérer ta chambre…
- Non! Non! Tu peux la laisser à Suzanne, c'est rien! »
Intérieurement, Candice rigolait. La laisser à Suzanne? répétait-elle ironiquement. La blonde n'était même pas certaine qu'elle revienne y mettre les pieds un jour, alors… les choses semblaient presque dérisoires…
«En tout cas, il a l'air drôlement violent ce vent, pour te mettre dans cet état… força Jules en fixant sa mère sans sourire.
Elle rigola doucement en baissant la tête.
Tu t'es engueulée avec Antoine?
- Oh bah si y avait que lui ça irait… Mais bon… Tu sais bien… C'est de ma faute alors je peux m'en prendre qu'à moi-même…
- Bah là pour le coup c'est un peu difficile de te défendre ouais…
- Toi aussi tu m'en veux?
- Bah non! J'te connais quand même… T'as toujours été comme ça… Mais je peux le comprendre. Puis là, c'était vraiment chaud ce qu'il s'est passé…
- Je sais… encaissa-t-elle en retenant ses larmes.
- Allez! Sois forte! Les choses vont bien finir par s'arranger…
- Je sais pas Jules. Mais ça va aller… t'inquiète pas…
- T'es sûre?
- Oui! Je gère… sourit-elle doucement.»
Ok… Candice avait peut-être été un peu trop optimiste en assurant à son fils que la situation était entre ses mains… Bah oui, elle était plutôt entre ses mains à lui… Mais lui, il était perdu… Perdu entre son cœur, sa raison et leurs recommandations... Il aimait Candice mais, gardait en tête ses agissements, et face à un si gros dilemme que celui qu'on lui imposait, son cerveau était sur le point de faire un arrêt. La situation était complexe…
La détective sentit son ventre gargouiller, appelant à un déjeuner que cette sortie inopinée en bordure de mer avait zappée. Elle souffla et osa lever son corps pour le rapatrier à son domicile. Peut-être Antoine allait-il enfin marquer sa position pour éclaircir la situation. Et c'est le cœur remplie d'espoir qu'elle poussa la porte de sa maison. Le silence régnait, toujours… Et face à elle, un commissaire soucieux faisait les cent pas sur la terrasse, le téléphone greffé à l'oreille. Elle approcha doucement et rencontra furtivement son regard qu'il finit par détourner. La conversation cessa rapidement et Antoine fit irruption au salon.
«Euuuh… Marquez vient de m'appeler… J'dois aller au bureau en urgence.
- Ok! Rien de grave? s'intéressa-t-elle faussement.
- Je sais pas encore… répliqua-t-il en enfilant sa veste. À plus tard!
- Tu comptes rentrer ce soir? osa-t-elle en lui tournant le dos.
Choqué, Antoine stoppa son mouvement, se retournant avec stupéfaction.
- Euh… Bah c'est-à-dire que j'ai pas vraiment d'autre endroit où aller quoi…
- Si c'est la seule chose qui te retient… lâcha-t-elle avec dureté.
- Bon écoute. J'crois que depuis hier c'est déjà assez compliqué comme ça. J'ai pas le temps de me prendre la tête avec toi encore une fois. Si tu veux pas que je rentre tu m'envoies un message et je me démerderais.»
Candice supporta le claquement de la porte avec difficulté. C'était simple, ils n'arrivaient plus à se comprendre, presque comme un couple en fin de vie… Ironique pour deux personnes qui revenaient d'un voyage de noces familial sous les tropiques… Eux c'était simple, ils fêtaient plutôt les noces de sang que les noces d'argent… Et définitivement, Candice passerait la journée seule et son programme était bien loin d'être alléchant… Ménage, vidage de valises, lessives, courses… La joie ultime quoi! Au moins, elle se viderait la tête en pensant à autre chose qu'à cette situation inextricable…
...
20h00. Attablée autour d'une table dressée pour deux, Candice sirotait tranquillement son verre de vin. Et ce, sans savoir si l'attente qu'elle s'imposait valait le coup. Peut-être qu'Antoine n'allait pas rentrer ce soir… Peut-être même qu'il ne rentrerait plus jamais… D'autant plus que son texto pour savoir ce qu'il en était, restait lettre morte. Une communication vraiment 100 sur 100… ironisait-elle faussement en se resservant un deuxième verre. Soudain, la poignée de la porte face à elle s'enclencha, laissant apparaître un commissaire peu souriant. Elle l'observa accrocher sa veste au porte-manteau avant de le voir débarquer au salon, face à elle.
«Salut… se contenta-t-il de souffler en se rendant vers l'évier.
- Je savais pas si je devais t'attendre puisque tu me répondais pas…
- Ouais, j'avais plus de batterie. Désolé.
- Ok…
- Le plat dans le four est prêt?
- Depuis 30 minutes oui.
Antoine acquiesça en ouvrant le four, prêt à sortir le gratin et à l'amener à table.
- T'es allée faire des courses?
- Oui, soupira-t-elle. Et j'ai rangé les affaires. Nettoyé la salle de bain. Toutes nos affaires sont passées à la machine aussi.
- Merci… sourit-il faussement en s'installant face à elle. Je te sers?
- Hum… acquiesça-t-elle en fixant son regard fuyant avec dureté.
- Tiens!»
Candice réceptionna son assiette et joignit ses mains sur la table, prenant appui pour contrôler la nervosité qui l'animait désormais. Face à elle, Antoine piqua dans son assiette, comme si de rien n'était, toujours sans poser le regard sur elle. L'ambiance était pesante… Gênante, même... Et Candice était sur le point d'exploser. Soudain, deux yeux verts se posèrent sur deux yeux bleus, déclenchant un contact houleux. Le commissaire déglutit, plongé dans l'incompréhension.
«Ça va durer longtemps? osa-t-elle sans calme.
- De?
- Cette comédie du couple parfait là? Ça va durer longtemps?
- Je vois pas de quoi tu parles. On est en train de dîner c'est tout.
- D'accord, acquiesça-t-elle. Donc maintenant on fait semblant c'est ça?
Il baissa la tête, noué par la situation.
Va falloir faire quelque chose Antoine, parce que c'est plus possible là…
- Je… J'ai eu une discussion avec le major qui m'a rappelé un ordre de formation que j'avais oublié.
Candice fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi Antoine venait aborder ce sujet.
- Et?
- Tous les 3 ans on a une formation de 5 jours. Cette année c'est à Paris et c'est la semaine prochaine.
- Ok… Et donc?
- Bah je me dis que, cette distance va me faire du bien. Prendre du recul sur tout ce qu'il se passe…
- Prendre du recul… répéta-t-elle pour encaisser.
- Ça commence lundi prochain mais je vais partir vendredi soir. Je passerai le week-end là-bas et je reviendrai celui d'après.
- D'accord. Donc là on est mardi et tu m'annonces que tu pars dans 3 jours alors que notre situation est au bord du gouffre?
- J'avais zappé, je te dis! Avec le voyage à La Réunion, ça m'était sorti de la tête.
- Oui enfin si tu te rajoutes volontairement des jours loin d'ici et surtout de moi, c'est bien qu'il y a un problème non?
- Bah oui! Tu vois bien que depuis qu'on est rentrés y a plus rien qui va…
- Sauf que moi je t'ai déjà répété des dizaines de fois que j'étais désolée, que je m'en voulais et je fais de mon mieux pour me faire pardonner. Mais je peux pas faire plus que ce que je fais déjà, Antoine.
- Je sais… Sauf qu'il y a Suzanne dans l'équation et maintenant je me retrouve comme un con entre elle et toi.
- Donc ce matin tu refusais de choisir entre nous deux et là, tu sais plus?
- Mais comprends moi bon sang! La situation est compliquée. Jennifer m'a envoyé le contact de son avocat tout à l'heure! Je… Je suis mort de trouille à l'idée de perdre ma fille à cause de toi.»
Aïe… Vu la mine surprise du commissaire, le «à cause de toi» était sorti involontairement. Et maintenant, le brun se confondait en excuse face à une blonde stoïque et sonnée. Candice venait de se prendre une véritable claque. Mais enfin Antoine verbalisait sa rancœur. Il exhortait en quelque sorte. Et même si Candice attendait cela, ce n'était clairement pas agréable à supporter.
« Alors d'accord, va faire ta formation loin d'ici et en attendant que tu partes, on fera semblant. C'est ce qu'il y a de mieux à faire… répondit-elle en se levant de table.
- Candice…
- J'ai pas faim. Je vais me coucher, salut.»
Antoine balança le torchon de nervosité, définitivement largué par la situation. Et sans attendre, il sentit ses yeux se remplir de larmes. Désormais, un fossé les séparait…
