L'apéritif au salon se déroula dans une tendresse apaisante. Celle du genre qui réchauffait les cœurs, et surtout son cœur à elle qui avait tant souffert de la solitude des jours précédents. C'était simple, plus jamais elle ne voulait être séparée de lui aussi longtemps, plus jamais elle ne voulait une telle distance dans leurs échanges et dans leurs contacts. Ils étaient fusionnels après tout, non ?! C'était ça la marque de fabrique de leur relation. Alors ils le resteraient et la blonde s'en faisait la promesse.
Plus tard, Antoine entraîna sa partenaire vers le round 2. Le sourire jusqu'aux oreilles, la détective prit place autour d'une table joliment dressée pour l'occasion. Et au milieu, trônait un bouquet de roses rouges. Bon, on était clairement dans le pur cliché romantique mais ce soir, ce n'était pas too much à ses yeux. Au contraire, c'était pile ce qu'il fallait pour atténuer les rancœurs.
«Merci pour les fleurs… Dis-donc, je suis gâtée ce soir!
- C'est trop? Je voulais vraiment te faire plaisir…
- Ah non, c'est parfait, confessa-t-elle tendrement en attrapant sa main dans la sienne.»
Mais à contrecœur, Antoine finit par desserrer ses doigts des siens et quitta le salon pour rejoindre la cuisine. Les toasts leur avaient clairement ouvert l'appétit et l'odeur des lasagnes avaient émoustillé Candice. Enfin pas que! sourit-elle en observant son amoureux s'activer en cuisine. Faut dire qu'après cette semaine de distance, la blonde le trouvait presque encore plus beau qu'avant, du moins, les sensations grisantes que lui procuraient son chéri ne s'étaient pas estompées, pour son plus grand bonheur... Et sous ses yeux brillants, Antoine réapparut autour de la table pour récupérer leurs assiettes et les garnir de sa préparation alléchante.
«Et voilà Madame!
- Merci…
- J'espère que ce sera bon…, sourit-il en prenant place face à elle.
- Hum, soupira-t-elle de bonheur la bouche pleine. Un délice…
- Tant mieux! Ça veut dire que le chef s'est pas trop mal démerdé alors, minauda-t-il.
- Ah là, le chef est parfait oui!
- Oh… Que d'éloges, c'est rare…
- Profite parce que ça durera pas, plaisanta-t-elle en le pointant avec sa fourchette.
- Ah oui? Pourtant ce soir… Je pensais que j'étais sur un sans-faute…
- C'est vrai, finit-elle par confirmer en scrutant sa bague. Si on m'avait dit ce matin que je finirai ma journée en tête à tête avec toi, je l'aurais pas cru…
- Je suis content que la surprise ait fonctionné alors! En plus j'ai bien cru que je ne réussirai pas à arriver ici à temps! J'ai eu une journée… soupira-t-il de fatigue.
- Ah oui d'ailleurs, tu devais me raconter.
- Bah j'ai passé la matinée avec Suzanne. Je l'ai emmené à la plage, on s'est baladés et après on a déjeuné à la paillotte, tu sais, celle où on va tout le temps là!
- Elle devait être contente!
- Surtout quand j'ai fini par céder au caprice glace après le dessert du restaurant…, soupira-t-il.
Amusée, Candice rigola doucement.
- En même temps, elle sait parfaitement comment tu fonctionnes…
- Ah ça! Elle m'a dit que si je travaillais moins, on pourrait faire ça beaucoup plus souvent…
- Elle n'a pas tout à fait tort mais bon… Tu fais ce que tu peux aussi. Puis je trouve que, depuis qu'on est ensemble, tu fais des efforts quand même.
- Bah parce que j'ai enfin une raison de prendre du temps pour moi et pour profiter de ma famille… Avant, c'était pas vraiment la même joie quoi…
- Moui, grimaça-t-elle en baissant la tête.
- Mais je vais essayer de me libérer un peu plus de temps pour elle… Elle grandit et elle a besoin d'être entourée.
- T'as raison! Les enfants ont toujours besoin de nous de toute façon… Regarde Jules, il va bientôt revenir vivre ici.
- Ah oui? Il rentre quand?
- À la fin du mois. Il a réussi à négocier la date avec son chef… Bon il était deg' parce qu'il allait pas rentrer à temps pour ton anniversaire mais je lui ai dit qu'on ferait une soirée quand il rentrera.
- Ah parce que… Y a déjà quelque chose d'organisé pour mon anniversaire, osa-t-il avec malice.
- Peut-être… lança mystérieusement Candice.
- Hum…
- Mais j'ai l'impression qu'il est impatient de nous retrouver…
- Bah oui, je le comprends, tout seul là-bas ça doit pas être facile non plus… C'est cool qu'il rentre!
- Ouais… sourit-elle. Comme ça on sera enfin au complet, ici…
- Hum… tiqua-t-il. Ça dépendra de comment les choses tournent de mon côté…
- T'as vu ton avocate alors?!
- Euh oui! Enfin, si y avait eu qu'elle! ironisa-t-il.
- Comment ça?!
- Histoire de dingue, tu vas voir. En fait, j'ai déposé Suzanne chez ma mère après le déjeuner et j'ai passé une heure au téléphone avec un juge aux affaires familiales.
- Ah oui?! Tu le connais d'où?
- Et bien figure-toi qu'il connaît très bien quelqu'un qu'on a très bien connu.
Candice plissa les yeux, perplexe.
D'ailleurs, ce quelqu'un m'a demandé de te passer le bonjour y a même pas deux jours, s'amusa-t-il en ricanant.
- Mais c'est qui?!
- Cherche!
- Attends, tu l'as croisé à ta formation?
- Ouais! Je te donne un indice: brune, autoritaire et ennemie numéro 1.
- Nan, Attia?!
- En chair et en os! Et franchement, elle était super sympa!
- C'est dingue ça!
- Elle est commissaire à Valence et son mec est juge. On a un peu discuté et elle a fini par me donner son contact donc je l'ai appelé cet après-midi.
- T'as bien fait !
- J'ai même appris que Marius avait un petit frère…
- Et tu lui as dit pour nous?
- Ah bah oui! Je crois qu'elle est encore sur le cul là…
- En même temps…, répliqua-t-elle hilare. L'évolution est dingue quand même…
- C'est vrai… Mais tu vois, je suis super étonné parce qu'elle a été adorable et son mec est génial. Il m'a donné plein de conseils sur la gestion des entretiens que j'aurais, sur l'angle d'attaque que je devais prendre…
- On dirait que t'avais une bonne étoile au-dessus de ta tête, sourit-elle tendrement en l'observant amoureusement.
- Ouais!
- Et après t'es allé voir ton avocate c'est ça?
- Nan, avant je suis passé à la BSU pour déposer des dossiers. D'ailleurs, j'ai vu votre suspect là. Mal en point le type… Marquez était devant lui, il avait l'air au fond du trou…
- L'histoire est complexe. Mais faut pas non plus oublier qu'il est potentiellement coupable de violence.
- Hum. Je me pencherai dessus lundi, je préfère me concentrer sur mon histoire pour le week-end, c'est déjà assez compliqué comme ça.
- T'as raison!
- En tout cas c'est bien, cette enquête me changera pas trop du quotidien, ironisa-t-il dans un rire jaune.
- C'est vrai que pour le coup… On est en plein dedans là. Le conflit familial bien compliqué… On adore!
- Ouais… soupira-t-il. Et donc après la BSU j'ai vu Iris, mon avocate. Pareil, super sympa, très pro' et bien engagée dans sa lutte. En fait, c'est la fille d'une copine de ma mère et, fin' elle est super…
- Tant mieux! T'es bien entouré et c'est ce qui compte dans ce genre de combat.
- Hum… Enfin, elle a pas dit que ça allait être de tout repos…
- Je me doute… Et qu'est-ce qu'elle préconise alors ?
- On va tenter de jouer une dernière carte…
- Comment ça?
- Demain, je dépose Suzanne chez Jennifer et je vais ordonner une discussion avec elle. L'idée c'est de lui montrer que j'ai décidé de me battre, que j'ai monté un dossier solide et de lui faire comprendre qu'elle pourrait perdre. Peut-être qu'en réalisant que j'ai une attaque solide, elle renoncera à cette histoire.
- C'est une bonne idée oui. Mais elle est tellement bornée que j'ai peur qu'elle ne plie pas…
- Je sais. Mais je préfère tout tenter pour ne pas regretter.
- Tu fais bien! Puis c'est vrai, c'est hors de question que tu te laisses faire en fait... J'aime bien quand tu t'affirmes comme ça, sourit-elle en embrassant sa main. »
Et ce dîner était un vrai spectacle, entre provocations taquines, œillades et rires cristallins, les deux semblaient aux anges, bien loin des tumultes des derniers évènements. En plus, Candice eut même la chance d'avoir un double dessert. Une glace à la pistache, tout droit issu de son glacier préféré et… une glace à déguster sous ses draps… Un ultime plat qui symbolisait pleinement des retrouvailles chaleureuses mêlées de passion, de tendresse et d'amour. Beaucoup d'amour…, songeait-elle en observant Antoine émerger de son sommeil. Le timing parfait pour un réveil en douceur, bien au chaud dans ses bras. Alors sans attendre, Candice se calfeutra dans son cou alors que le commissaire l'enserrait tendrement.
«Ça faisait longtemps que je rêvais d'une grasse mat' comme ça… souffla-t-elle à son oreille.
- Hum, soupira-t-il de bonheur. La semaine m'a crevé en plus…. Puis le week-end dernier on s'est pas vraiment reposés avec Vincent…
- Ah oui! À ce propos, commença-t-elle en s'appuyant sur son torse pour le fixer, après tout ce que t'as fait là-bas, t'as plus le choix…
- De quoi ?
- Entre les nuits en boîtes, les soirées au bar, les fêtes avec Dj, et ne nie pas j'ai vu les vidéos, t'as plus le droit de me refuser une quelconque sortie dansante!
- Ohhhh! maugréa-t-il en soufflant.
- Alors maintenant t'as intérêt de m'emmener danser!
- Ok… plia-t-il sans engouement.
- Et en attendant… Câlin…
- Câlin, câlin? Ou câlin coquin? osa-t-il alors qu'elle riait dans son cou.»
Visiblement, Candice valida la deuxième proposition et tira la couette sur eux. Et trop n'étant pas assez, la blonde était à nouveau prête à profiter de lui, juste histoire de rattraper ces câlins loupés et leurs engueulades de voyage… Soudain, la sonnette retentit, laissant Antoine remonter la tête jusqu'à celle de sa partenaire avec angoisse.
«C'est qui?
- Putain c'est eux!
- Eux qui?!
- Mais Emma!
- Quoi?! paniqua-t-il. Mais je croyais que tu m'avais dit 10h?!
- Mais il est 10h! cria-t-elle en avisant le réveil après s'être brusquement relevée.
- Merde!
- Allez bouge toi. Tu vas pas les accueillir en caleçon non plus…
- Oui bah ça va, le reste est à l'étage. Je fais ce que je peux ! maugréa-t-il en quittant la pièce pour grimper les escaliers sous les yeux rieurs de sa compagne.»
À peine remise de ses émotions, Candice enfila son peignoir et débarqua au salon attestant le chantier devant elle. Oups, les deux avaient couru sous la douche, puis dans la chambre et n'avaient même pas eu le temps de ranger leur dîner de la veille. Elle souffla, comprenant rapidement qu'une tentative d'arrangement à cet instant précis était vaine, surtout que sa fille semblait être en train de tester le fonctionnement de la poignée pour forcer l'entrée.
«Oui! J'arrive! grommela Candice en réajustant hasardement ses cheveux.
- Bah alors, t'en as mis un temps!
- Oui bah… On a pas entendu la sonnette, c'est tout… Mais entrez, entrez! sourit-elle en embrassant sa fille puis sa petite-fille.
- Oh mais c'est quoi tout ça?! s'étonna Emma en constatant la table de la salle à manger et du salon, encore dressées.
- J'ai pas eu le temps de ranger, c'est rien. Tenez, je vous fais de la place. Café ma chérie?
- Ok! accepta sa fille qui observait sa mère ranger les assiettes sales dans le lave-vaisselle.
- Sacha est pas avec toi?
- Non. Il est déjà là-bas. Je le rejoins après.
- Papy!
À peine coiffé, un commissaire descendait les escaliers, vêtu d'un pull et du jean de la veille.
- Salut, sourit Antoine en réceptionnant la plus jeune dans ses bras.
- Ah bah je comprends mieux, s'amusa Emma en toisant malicieusement sa mère.
- Oui bon…»
Et c'est un commissaire envahi par la gêne qui s'installa face à sa belle-fille. Rapidement, une tasse de café débarqua devant lui, accompagné de deux tartines de confiture. Amusée, Emma observait sa fille toucher la confiture de ses doigts alors qu'Antoine pestait gentiment. Candice s'installa à son tour, thé en main, et la perspicacité de la brune se démontra en un éclair. Elle fixa le bouquet sur la table, les mains de sa mère et le sourire d'Antoine.
«Je rêve ou c'est nouveau ça? demanda-t-elle en scrutant l'annulaire gauche de Candice.
- Euh oui, c'est nouveau! Elle est belle hein?
- Grave! Donc t'as dit oui?! l'interrogea-t-elle avec surprise.
- Ah non! intervint Antoine. Mais c'est pas ça hein. C'est juste une bague comme ça…
- Une bague comme ça… Bien sûr…
- Emma! la gronda Candice.
- Ça va, je me tais. De toute façon je vais pas m'éterniser, ils m'attendent…»
Emma avala son café d'une traite et ne tarda pas à déserter la maison, laissant une petite brunette profiter des bras de son presque grand-père sous l'œil attendri d'une blonde souriante.
«Tu lui as vraiment manqué je crois… Moi j'existe plus!
- En même temps tout le monde sait bien que de nous deux, je suis le meilleur. Hein ma chérie?»
Candice ricana faussement en hochant négativement la tête, amusé par ce faux narcissisme. Pourtant, la bonne humeur ne tarda pas à s'envoler elle aussi. Et les soucis rattrapèrent le commissaire avec aisance. Et même s'il ne montrait rien, son rictus traduisait toute son angoisse. L'heure sur le four affichait 10h45, le temps pour Antoine de disparaître à l'étage avant d'en revenir une vingtaine de minutes plus tard.
«Bon… J'y vais! souffla-t-il en débarquant dans l'entrée pour passer sa veste sur ses épaules.
- Ouais… sourit Candice rattrapée par sa petite-fille qui s'accrochait à sa jambe. Allez, détends-toi mon amour, ça va aller…
- On verra… acquiesça-t-il difficilement.
- De toute façon, comme tu l'as dit, mieux vaut utiliser toutes les cartes… Et après, on avisera…
- Ouais!
- Et t'oublies pas ce que je t'ai dit hier soir…
- Que j'étais le plus sexy ? ironisa-t-il doucement.
- T'es con… s'amusa-t-elle franchement.
- Non mais c'est ce que t'as dit…
- Ah bon? fit-elle mine d'avoir oublié.
- Précisément, au moment où tu as retiré le dernier bouton de ma chemise…, souffla-t-il à son oreille.
La blonde laissa sortir un petit grognement en souvenir de son torse musclé.
- Hum… Oui c'est vrai, je l'ai dit….
- Allez à tout à l'heure! lança-t-il en ouvrant la poignée.
- Tu fais un bisou à papy mon cœur ? lui demanda Candice en l'attrapant dans ses bras.
La petite s'empressa de tendre les bras vers Antoine, consciente qu'il allait partir.
- Je dois y aller… Tu restes avec mamie en attendant.
- Papy, commença à pleurer Éloïse alors qu'Antoine s'éloignait lentement.
- Il va revenir mon cœur.»
La porte claqua, laissant une blonde consoler une jeune enfant en pleine crise de larmes. Et dans ce genre de situation, il était difficile de l'apaiser... Décidément, songea Candice, son demi-grand-père était sacré et tout le monde pleurait son absence. Mais aujourd'hui, elle pouvait enfin affirmer qu'Antoine allait revenir. Et ça, ça n'avait pas de prix.
