Je ne possède aucun des personnages du film
Du pas de la porte, Allan surveille Tom qui a été blessé pour lui sauver ma vie et semble mal en point. La nuit s'annonce longue, mais le vieil aventurier ne quittera pas le chevet du jeune américain, surtout que peu à peu, il est en train de devenir bien plus qu'un simple coéquipier.
En espérant que cela vous plaise !
Bonne lecture
PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)
Une longue nuit
La respiration saccadée de Tom Sawyer résonnait dans la pièce sombre. Allongé sur un lit de fortune dans une chambre poussiéreuse de l'East End londonien, le jeune agent américain luttait contre la douleur qui irradiait de sa blessure au flanc. Le sang avait traversé les bandages de fortune, laissant une tache sombre qui s'élargissait lentement sur sa chemise autrefois blanche.
Allan Quatermain observait la scène depuis le seuil de la porte, ses traits burinés par les années marqués par une inquiétude qu'il tentait de dissimuler. Le vieil aventurier avait vu bien des hommes succomber à leurs blessures au cours de ses nombreuses expéditions en Afrique, mais la vue de Tom, si jeune et habituellement si plein de vie, lui serrait le cœur d'une manière qu'il n'avait pas ressentie depuis longtemps.
- Comment vous sentez-vous, mon garçon ? Demanda-t-il en s'approchant du lit, sa voix rendue rauque par les années de tabac et de whisky.
Tom tenta un sourire qui se transforma en grimace.
- J'ai connu mieux, Monsieur Quatermain. Mais j'ai survécu à pire sur le Mississippi.
Allan tira une chaise près du lit, le bois craquant sous son poids. Le silence s'installa entre eux, uniquement perturbé par le bruit distant des fiacres dans la rue et les gémissements occasionnels de Tom lorsqu'il tentait de trouver une position plus confortable.
- Vous n'auriez pas dû essayer d'intercepter ce coup, grommela finalement Allan, ses doigts jouant nerveusement avec la crosse de son fusil. C'était imprudent et téméraire.
- Vous auriez été tué, répondit simplement Tom, ses yeux bleus rencontrant ceux de son mentor. Je ne pouvais pas laisser cela arriver.
Allan détourna le regard, mal à l'aise face à cette dévotion qu'il ne pensait pas mériter. Depuis qu'il avait rejoint la Ligue, le jeune Américain s'était attaché à lui comme un fils à son père, cherchant constamment son approbation et son enseignement. Au début, cela l'avait agacé, il n'avait pas demandé à jouer les mentors pour un gamin trop enthousiaste, mais peu à peu, la présence de Tom était devenue aussi naturelle que celle de son fusil à ses côtés.
- J'ai déjà vécu une longue vie, murmura Allan. Plus longue que beaucoup d'hommes de mon métier. Ce n'était pas à vous de risquer la vôtre pour moi.
Tom tenta de protester, mais fut secoué d'une quinte de toux, son corps se contractant sous la douleur. Allan se pencha instinctivement en avant, posant une main rugueuse sur l'épaule du jeune homme pour le stabiliser. Lorsque la toux se calma enfin, Tom était plus pâle qu'auparavant, des gouttes de sueur perlant sur son front.
- Vous savez, dit Tom d'une voix faible, quand j'étais petit sur les rives du Mississippi, je rêvais d'aventures comme celles de vos récits. Je voulais être comme vous.
Allan sentit sa gorge se serrer.
- Je ne suis pas un modèle à suivre, mon garçon. Juste un vieil homme qui a survécu plus longtemps que ses amis.
- Vous vous trompez, insista Tom, grimaçant alors qu'il tentait de se redresser. Vous m'avez appris plus en quelques mois que je n'aurais appris en des années seul. La patience, la stratégie... Comment survivre dans ce monde fou.
Le vieil aventurier resta silencieux un moment, observant le visage jeune, mais déterminé devant lui. Il revoyait son propre fils, parti trop tôt et toutes ces années où il avait fui l'attachement, se réfugiant dans l'alcool et les expéditions toujours plus dangereuses.
- Reposez-vous maintenant, dit-il finalement, sa voix plus douce qu'à l'ordinaire. Nous aurons besoin de vous en pleine forme pour la suite de la mission.
Tom acquiesça faiblement, ses yeux commençant à se fermer sous l'effet de l'épuisement et des antidouleurs. Allan resta assis là, montant la garde, écoutant la respiration du jeune homme devenir plus régulière alors qu'il sombrait dans le sommeil. Dans l'obscurité grandissante de la chambre londonienne, le chasseur aguerri réalisa qu'il avait peut-être trouvé quelque chose qu'il ne cherchait pas : une seconde chance d'être un père, même si le destin avait choisi une façon étrange de la lui offrir.
Dehors, le brouillard londonien s'épaississait, enveloppant la ville dans son manteau gris. Allan Quatermain, la main toujours posée sur son fusil, veillait sur le sommeil de Tom Sawyer, prêt à affronter quiconque oserait franchir cette porte avec des intentions hostiles. Car même si le vieil aventurier ne l'admettrait jamais à voix haute, il avait trouvé en ce jeune Américain téméraire bien plus qu'un simple coéquipier, il avait trouvé un fils.
OoooO
La nuit avança lentement. Le changement fut subtil au début. Un léger frisson parcourant le corps de Tom, une respiration un peu plus laborieuse. Allan, qui n'avait pas quitté son poste, remarqua immédiatement ces signes avant-coureurs. La fièvre s'installait, insidieuse, tandis que la nuit londonienne s'épaississait autour d'eux.
- Nemo ! Appela-t-il, sa voix trahissant une urgence inhabituelle.
Le capitaine indien apparut presque instantanément dans l'encadrement de la porte, comme s'il attendait cet appel. Ses yeux sombres évaluèrent rapidement la situation.
- La plaie s'est infectée, constata Nemo en s'approchant du lit.
Ses mains expertes soulevèrent délicatement le bandage, révélant la blessure rougie et enflée.
- J'ai des remèdes à bord du Nautilus, mais...
- Mais nous ne pouvons pas le déplacer, compléta Allan, passant une main sur son visage fatigué. Pas dans cet état.
Tom s'agita dans son sommeil fiévreux, murmurant des mots incohérents où se mêlaient le Mississippi de son enfance et les rues de Londres. Allan épongeait son front avec un linge humide, un geste maladroit mais empreint d'une tendresse qui ne lui ressemblait pas.
- J'ai quelques préparations avec moi, dit Nemo en sortant de sa veste un petit coffret en bois précieux. Des herbes médicinales de mon pays. Elles peuvent combattre l'infection, mais la fièvre sera violente.
Allan observa le capitaine sortir des sachets d'herbes séchées et préparer une décoction dans une tasse ébréchée. L'odeur épicée qui s'en dégageait lui rappelait ses voyages en Orient, une vie qui semblait maintenant si lointaine.
- Vous devez le maintenir, dit Nemo tandis qu'il s'approchait avec la préparation. Il risque de se débattre.
Tom ouvrit brièvement les yeux lorsqu'ils le redressèrent, son regard vitreux ne semblant reconnaître ni l'un ni l'autre.
- Papa ? Murmura-t-il, sa voix à peine audible.
Allan sentit son cœur se serrer.
- Je suis là, mon garçon, répondit-il doucement, soutenant la tête du jeune homme pendant que Nemo faisait couler le breuvage entre ses lèvres.
La réaction fut presque immédiate. Le corps de Tom se tendit, secoué de spasmes, alors que la médecine indienne commençait son œuvre. Allan le maintint fermement contre lui, murmurant des paroles rassurantes qu'il n'aurait jamais cru pouvoir prononcer.
- La fièvre doit monter pour vaincre l'infection, expliqua Nemo, son calme habituel servant d'ancrage dans la tempête qui se déchaînait, mais il ne faut pas qu'elle monte trop.
Les heures qui suivirent se transformèrent en un combat acharné contre la fièvre et l'infection. Allan et Nemo se relayaient pour rafraîchir le corps brûlant de Tom, changeant régulièrement les compresses d'eau froide. Dans ses délires, le jeune agent revivait ses aventures sur le Mississippi, appelait parfois Becky Thatcher, et plus d'une fois, chercha la présence rassurante d'Allan.
- Il est fort, dit Nemo alors que l'aube commençait à poindre. Plus fort que beaucoup d'hommes que j'ai connus.
Allan acquiesça silencieusement. Il avait vu trop d'hommes succomber à leurs blessures pour ne pas reconnaître la vérité dans les paroles du capitaine, mais il avait aussi vu la détermination qui brillait dans les yeux de Tom, cette étincelle de vie qui refusait de s'éteindre.
- Vous savez, dit-il finalement, je n'ai jamais voulu m'attacher à nouveau. Pas après... après mon fils.
Nemo le regarda longuement, sa sagesse orientale percevant ce qui n'était pas dit.
- Le destin a parfois d'étranges façons de nous offrir une seconde chance, mon ami.
...
La fièvre commença enfin à baisser alors que le soleil se levait sur Londres. Tom dormait maintenant d'un sommeil plus paisible, sa respiration régulière et plus profonde. Allan, épuisé mais soulagé, resta à son chevet, son fusil fidèle posé contre le mur.
- Vous devriez vous reposer, suggéra Nemo. Je veillerai sur lui.
Toutefois, Allan secoua la tête. Il ne bougerait pas de cette chaise, pas tant que Tom ne serait pas hors de danger, car quelque part durant cette longue nuit de veille, il avait accepté ce que son cœur savait déjà : ce jeune Américain téméraire était devenu le fils qu'il n'espérait plus avoir.
OoooO
L'aube grise filtrait à travers les vitres sales de la chambre londonienne tandis qu'Allan Quatermain s'affairait à changer les bandages de Tom. Ses gestes, habituellement si assurés lorsqu'il maniait son fusil, étaient empreints d'une délicatesse inhabituelle. Les vieux doigts calleux par des années de chasse déroulaient doucement la gaze souillée, révélant la plaie qui, bien que toujours rouge, ne présentait plus les signes alarmants de la veille. Un gémissement sourd échappa à Tom lorsqu'Allan commença à nettoyer la blessure. Les yeux du jeune homme s'ouvrirent brusquement, emplis d'une confusion mêlée de panique. Son corps se tendit instantanément, ses mains cherchant frénétiquement à agripper quelque chose, n'importe quoi, pour s'ancrer dans la réalité.
- Doucement, mon garçon, murmura Allan, posant une main ferme sur l'épaule de Tom pour l'empêcher de se redresser trop vite. Vous êtes en sécurité.
- Mon… monsieur Quatermain ?
La voix de Tom était rauque, à peine plus qu'un murmure. Ses yeux papillonnaient, tentant de faire le point sur son environnement.
- Que... que s'est-il passé ?
- La fièvre vous a fait délirer toute la nuit, répondit Allan, continuant son travail méticuleux sur la blessure, mais elle est tombée maintenant. Nemo dit que vous vous en sortirez.
Tom frissonna, soit de froid, soit du souvenir confus des heures de fièvre. Ses doigts trouvèrent le bras d'Allan et s'y accrochèrent comme à une bouée de sauvetage. Le vieil aventurier ne fit rien pour se dégager.
- Je… J'ai... j'ai cru que j'allais mourir, avoua Tom dans un souffle, la vulnérabilité de l'aveu rendue plus poignante par sa jeunesse. J'ai vu des choses... Des souvenirs... Je vous ai appelé, je crois...
Allan termina de fixer le nouveau bandage avant de répondre, prenant le temps de choisir ses mots.
- Vous m'avez appelé, oui. Plus d'une fois.
Les doigts de Tom se resserrèrent sur le bras d'Allan. Le jeune homme tremblait maintenant visiblement, non plus de fièvre mais d'une émotion contenue qui menaçait de déborder. Sans réfléchir, Allan s'assit sur le bord du lit, son corps agissant avant même que son esprit ne puisse protester. Tom n'hésita qu'une fraction de seconde avant de se rapprocher, cherchant la chaleur et le réconfort que représentait la présence du vieil aventurier. Allan passa maladroitement un bras autour des épaules du jeune homme, permettant à celui-ci de se blottir contre lui.
- Je suis désolé, marmonna Tom contre le gilet usé d'Allan. Je ne voulais pas me montrer faible...
- Taisez-vous donc, gronda doucement Allan, sa main se posant instinctivement sur la tête de Tom dans un geste paternel qu'il n'avait plus fait depuis des décennies. Vous avez fait preuve de plus de courage que bien des hommes que j'ai connus. La faiblesse n'a rien à voir là-dedans.
Les deux hommes restèrent ainsi un long moment, le silence de la chambre uniquement troublé par leurs respirations. Allan sentait la tension quitter progressivement le corps de Tom, remplacée par l'épuisement naturel de la convalescence.
- Vous devriez dormir, suggéra-t-il finalement, faisant mine de se lever.
La main de Tom agrippa son gilet.
- Restez... s'il vous plaît.
La voix était à peine audible, chargée d'une vulnérabilité que le jeune agent n'aurait jamais montrée en temps normal. Allan soupira, mais c'était un soupir dépourvu d'agacement.
- Très bien, concéda-t-il, s'installant plus confortablement sur le lit, mais seulement jusqu'à ce que vous vous endormiez.
Tom acquiesça faiblement, se calant plus confortablement contre le vieil homme. Allan sentit bientôt la respiration du jeune Américain devenir plus régulière, plus profonde, signe qu'il glissait dans un sommeil réparateur. Dans la lumière grandissante du matin londonien, Allan Quatermain réalisa qu'il ne bougerait probablement pas avant le réveil de Tom et pour la première fois depuis bien longtemps, cette perspective de veille ne lui pesait pas. Au contraire, elle lui semblait aussi naturelle que le poids de son fidèle fusil entre ses mains.
