Je ne possède aucun des personnages des films ou des livres.
Série de textes basés sur des idées nées lors de séance de drabbles ou des fan art croisés sur la toile qui va s'attacher à des moments de vie de Thranduil et Legolas quand celui-ci était enfant.
Je garde comme base les livres et les films donc cette série sera en dehors des mes autres textes qui forment un corpus à part entière.
Je considère donc dans cette série que la mère de Legolas est morte quand il était bébé. Voilà donc quelques instants de la vie d'un père élevant seul son fils unique.
Les textes ne vont pas suivre un déroulement chronologique mais seront proposés au fil de mes idées. Je ne sais donc absolument pas combien il y aura de chapitres ni à quelle fréquence je vais continuer la publication mais tous les textes contenus ici seront des OS.
Dans ce 3ème chapitre : Se terrer, ne pas vouloir se montrer, était la seule idée qui lui trottait dans la tête, quitte à tout perdre, à moins que quelqu'un ne le tire de sa torpeur.
Ce texte a été écrit dans le cadre des Nuits du FoF sur le thème "Physique"
(Rappel des règles : 1 thème pour une 1 heure entre 21h et 4h du matin)
En espérant que cela vous plaise
Bonne lecture
PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)
Ne plus se reconnaître
La réaction de Galion avait été une surprise et une prise de conscience brutale, peut-être ce qui lui fallait au final pour se sortir de ses idées sombres qui ne cessaient de tourner dans sa tête. Ce jour-là comme les précédents et malgré le fait qu'il soit guéri, Thranduil avait décidé de ne pas mettre un pied en dehors de sa chambre. Il était hors de question de croiser les regards remplis de pitié des autres, qui ne verraient en lui maintenant qu'un être affaibli à la prestance perdue entre les griffes d'un monstre.
Le roi était assis sur le sol, le dos calé contre son lit et les jambes ramenées vers lui. Des éclats de miroirs brisés jonchaient le sol et un fin filet de sang séchait sur sa main droite. Thranduil savait qu'il ne devrait peut-être pas le prendre autant à cœur, mais sa vie ne cessait d'être un cauchemar ces derniers temps. Il avait perdu ses proches, ses amis et maintenant, il se perdait lui-même.
Même s'il était guéri, il avait cette désagréable impression de sentir toujours le souffle du dragon sur sa peau. Un tremblement le parcourut et il porta la main à sa joue gauche dont un sortilège arrivait maintenant à masquer la laideur. Lui qui faisait de son physique une arme pour impressionner ses adversaires, qui aurait peur d'un roi mutilé maintenant ?
Ses doigts remontèrent et glissèrent sur sa paupière pendant que la colère s'emparait de lui… Un roi mutilé et à demi-aveugle. De toutes les infirmités, celle-ci était la pire… Ce monstre lui avait pris son œil et cette vision altérée lui donnait l'impression de ne plus être réellement un elfe. Ce n'était pas seulement son corps qui porterait des marques indélébiles, cette cécité partielle le privait de tout autre chose, de quelque chose qui était naturel pour tout elfe et qui ne le serait plus jamais pour lui.
Thranduil frémit et tendit la main droite pour s'emparer d'un objet posé sur le sol à sa droite. Un objet qu'il prit avec déférence et dont il caressa doucement les courbures ; l'arc de son père. Un arc puissant, magnifique, l'une des seules choses qui avait survécu au désastre de Dagorlad. Un arc qui ne le quittait jamais et qui pourtant ne lui serait plus d'aucune utilité. Les Elfes avaient cette capacité physique impressionnante de pouvoir tirer une flèche avec une précision toute chirurgicale. Une capacité qui faisait leur réputation, leur force, qui effrayait leur adversaire et que Thranduil avait perdue. Perdre son œil venait de l'handicaper à jamais… Il ne serait plus un roi, plus un guerrier, il ne savait même pas comment être un père maintenant…
Dans tout l'Océan de douleur qui l'avait baigné pendant des semaines, il n'avait perçu qu'une seule chose ; les larmes de son petit garçon accroché à son lit… Un enfant qui avait été terrorisé de se retrouver orphelin, mais qui se retrouvait maintenant avec un père qui n'en était plus un. Comment pourrait-il considérer comme un père digne de ce nom un elfe aussi faible que ce qu'il était devenu ? S'il avait été capable de pleurer, une larme lui aurait bien échappé à ce moment-là, mais il y avait toujours cette rage bouillonnante en lui et elle bloquait le reste. Elle l'empêchait même de sortir de cette chambre… Depuis combien de temps était-il terré là ?
Il ne le savait pas vraiment. Cependant, il perçut la porte s'ouvrir et il était déjà prêt à jeter l'intrus dehors lorsqu'il reçut le fourreau d'une longue et fine épée sur les genoux, ce qui le fit sursauter.
- Debout Aran nìn[1]! Cela fait trop longtemps que vous restez terrer ici. Vous avez un royaume et un fils.
- Les deux n'ont pas besoin d'un elfe affaibli, infirme et inutile.
- Les deux ont besoin de vos bras !
- Mon bras ne peut même plus tendre l'arc de mon père…
- Alors il tranchera leurs têtes ! Debout Aran nìn. Si vous ne le faites pas pour moi, faites-le pour le petit elfing qui pleure toute la journée parce qu'il pense qu'il a perdu son père.
- C'est exagéré Galion, je…
- Vous êtes terré dans cette chambre depuis deux semaines. Le Peuple peut comprendre que vos blessures physiques vous demandent du temps, mais votre fils est si petit… Il est perdu et désorienté. Ne l'abandonnez pas. J'ai tellement eu de mal à l'empêcher de venir vous rejoindre dans les salles de guérison, ne lui faites pas ça. Je comprends que vous souffrez, que cette affrontement, comme ces cicatrices vous pèsent et…
- Elles me pèsent ! S'exclama Thranduil en se levant d'un bond, les laissant apparaître. Je suis devenu un monstre Galion. Je ne serai plus que ça désormais !
- Non, mon Roi, répondit ce dernier en fixant l'elfe gris qui le dépassait de plus d'une tête droit dans les yeux. Ces cicatrices ne font pas de vous un monstre. Elles font de vous un survivant. Vous avez sauvé tous ces gens en affrontant cette immonde créature. Ces cicatrices vous donnent mon admiration et mon respect… et je ne suis pas le seul.
- Comment pouvez-vous respecter quelqu'un qui n'est même plus digne d'être un elfe ?
- Mon Roi, votre apparence physique est toujours aussi impressionnante, je vous l'assure. Ne sombrez pas… Vous n'avez pas besoin d'un arc pour effrayer nos ennemis. Vous êtes tout aussi impressionnant avec cette épée. Gardez votre rang, le danger nous menace de toute part. Revenez. Nous avons besoin de vous !
[1] Mon Seigneur.
