Merci pour vos messages. On se retrouve la semaine prochaine pour la fin de cette fic.
Bonne lecture
Chapitre 5: Impasse du Tisseur
Severus poussa la porte de la petite maison et s'effaça pour laisser passer Potter. Il était inquiet des remarques qu'il pourrait faire sur sa demeure et ça l'agaçait d'y être sensible. Il avait beau se dire que Harry n'était pas James, il était tout de même sur la défensive, prêt à rabrouer le gamin au moindre mot.
Harry entra et, curieux, regarda partout autour de lui.
La porte donnait directement sur un salon assez petit avec un coin cuisine sur sa droite. Les meubles étaient vieux, ça se voyait aux couleurs délavées par endroit et aux marques d'usure, mais le tout était propre et bien entretenu. Les murs étaient couverts d'étagères mais aucun livre n'était visible, elles avaient été vidées. À leurs pieds, des cartons était empilés.
– Vous déménagez? demanda Harry avec inquiétude.
– Cette maison ne m'évoque aucun souvenir agréable.
Le ton de Rogue était fermé et Harry se sentit paniquer. Il se força pourtant à rester calme et neutre. Severus allait partir. Mais pour aller où? Voulait-il quitter le pays? S'éloigner de l'Angleterre, recommencer sa vie ailleurs? Le souffle de Harry s'accéléra tandis que ses yeux aux pupilles dilatées analysaient les lieux. Il fit un pas en avant puis deux, et il put déchiffrer les annotations sur les cartons: à jeter, à garder. Il y en avait même un Pour Drago.
– Potter?
Harry sursauta et se tourna pour faire face à Rogue qui le regardait avec les sourcils froncés. Severus avait ressenti la panique à travers le lien et il se demandait ce qui provoquait cela. Il observa Harry et nota son regard fuyant, ses mains tremblantes, son souffle court, la rougeur de ses joues.
– Que se passe-t-il?
– Je… vous partez?
La voix trop aiguë de Potter était l'indice qu'il lui fallait pour comprendre la situation. Il grogna de dépit et s'approcha de Harry en deux grandes enjambées pour le prendre dans ses bras. Rogue regrettait beaucoup de décision qu'il avait prises dans sa vie et il venait d'en ajouter une autre: se fermer au lien avait eu un effet catastrophique sur Potter. Severus devait compenser son erreur et rassurer Harry sinon le contact avec le lien allait devenir une torture quotidienne. Il soupira et raffermit sa prise sur le corps qui tremblait contre lui.
– Je ne vous laisse pas, Potter. Ça n'arrivera plus. Cette maison était pratique pour ma couverture, mais je ne l'apprécie pas. Je suppose, soupira-t-il, que je vais pendre un nouveau départ pour une nouvelle vie. Avec vous. N'est-ce pas ce que vous m'avez offert?
– Oui, gémit Harry, oui, c'est ce que je vous ai offert.
Accroché à la robe sombre de Severus, Harry inspirait son odeur pour se calmer en luttant contre les larmes. Il avait eu peur. Il avait cru pendant un instant que Severus allait l'abandonner. Encore une fois.
Il fallut plusieurs minutes à Harry pour retrouver ses moyens et Rogue eut la patience de continuer à l'étreindre tout ce temps. Puis Harry se redressa et hocha la tête pour reprendre ses esprits et achever de se convaincre que tout allait bien. Cependant, sa voix était encore un peu faible quand il reprit la parole pour rompre la gêne du moment.
– Donc vous, heu, faites vos cartons.
– En effet.
– Et, heu, la maison est grande?
– Pas vraiment.
Rogue fit un pas vers le centre de la pièce et désigna l'espace autour de lui.
– Le salon est terminé, il pointa une porte fermée, le laboratoire m'a pris plus de temps que prévu, mais il est prêt aussi, il désigna une autre porte ouverte sur un escalier, et à l'étage, il ne reste que la bibliothèque à finir.
Harry hocha la tête. Il se remettait de son instant de panique et reprenait pied. Rogue se dirigea vers le coin cuisine et lança quelques sorts pour faire chauffer de l'eau et se préparer un léger dîner. Pendant que le repas se cuisinait tout seul, il revint vers le salon pour s'y installer. Son regard se posa sur son fauteuil préféré mais il arrêta son geste avant de l'atteindre. Avec un sourire au coin des lèvres, il choisi de s'installer sur le canapé.
– Si cela vous convient, je vais manger un peu avant d'aller dormir. Me tiendrez vous compagnie?
Les yeux de Harry s'illuminèrent d'un coup et Severus se surprit à être subjugué par l'éclat de leur vert. Il réalisa alors que Harry avait eu les yeux rouges quasiment en permanence depuis deux mois et il s'en senti coupable. Il se promit de faire attention à bien nourrir son vampire: il voulait voir tous les jours ce magnifique regard émeraude.
Harry s'installa sur le canapé près de Severus, collé à lui en fait. Rogue aurait pu le repousser un peu et grogner de son sans-gêne, mais comme Cléon le leur avait dit, leurs besoins étaient identiques. Si Harry recherchait le contact, Severus le voulait aussi. Néanmoins, quand les plats lévitèrent jusqu'à la petite table, il devint évident qu'il allait avoir du mal à manger dans cette position.
– Pourriez-vous libérer mon bras, Potter? demanda-t-il d'un ton amusé.
Harry l'observa un instant pour vérifier que ça n'était pas un rejet puis, rassuré et les yeux brillants de malice, il posa sa tête sur la cuisse de Severus comme si c'était tout à fait naturel.
– C'est bon comme ça? Vous avez les mains libres?
– Je suppose, grogna Rogue avec plus de résignation que de récrimination.
Le sourire aux lèvres, Harry s'endormit avant que Severus n'ait terminé son repas.
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Harry se retourna dans ses draps et se réveilla en douceur. Il entrouvrit les yeux et apprécia la pénombre ambiante, puis ses yeux se posèrent sur les murs sombres de la pièce et il se redressa brusquement. Où était-il? Il chercha aussitôt sa baguette et fut soulagé de la trouver sur la table de nuit. Il nota aussi qu'il portait toujours ses vêtements de la veille. Comment était-il arrivé là?
Il se souvint de son arrivée en fin de journée dans la maison sombre et vide de Severus. Il avait eu peur que Severus disparaisse encore une fois. Puis ils s'étaient installés sur le canapé et… ses souvenirs s'arrêtaient là. Que s'était-il passé? Il se mit à envisager les pires scenarii. Il sortit aussi vite que possible de son lit et manqua de s'étaler par terre, emmêlé dans les draps. Il devait trouver Severus, savoir comment il allait, c'était urgent! Il n'était plus capable de réfléchir, il se précipita vers la porte de la chambre… et l'arracha de ses gongs.
Quand il vit le battant de bois resté dans sa main, il se figea. Qu'était-il en train de faire? Immobile, il se concentra sur ses sens. Il était un vampire, bon sang! La force avec laquelle il venait de détruire cette porte en était la preuve. Et s'il cherchait son calice, il avait un moyen infaillible de savoir s'il allait bien, maintenant que Severus ne bloquait plus le lien. Harry ferma les yeux et s'obligea à respirer avec calme. Il sentit alors la présence de Severus à l'étage du dessous. Harry devina une légère inquiétude de la part de Rogue, mais rien d'affolant.
Après un reparo efficace, Harry quitta la chambre où il avait dormi. Il était dans un couloir avec trois autres portes au bout duquel un escalier descendait. Il s'y engagea en courant presque et déboula dans le salon qu'il avait découvert la veille. Son regard dériva aussitôt vers la cuisine où Severus était en train de préparer son petit déjeuner. Harry se perdit dans la contemplation de l'homme, son regard suivait la forme de ses épaules, la courbe de ses reins, la musculature de ses jambes et…
– Et bien, Potter, vous avez fait tellement de bruit que j'ai cru que vous aviez arraché une porte.
– Ah, heu, ben, rougit-il, je l'ai réparée.
Severus se tourna alors et lui lança un regard incrédule en réponse à sa petite voix coupable. Mal à l'aise, Harry baissa les yeux et se mit à osciller d'un pied sur l'autre. Il ne savait plus trop où se mettre. Il ne pouvait pas avouer à Rogue qu'il avait agit avec impulsivité sous le coup de la panique. Même lui se rendait compte que c'était ridicule et que tous les sarcasmes qu'il risquait de recevoir seraient justifiés.
Severus se contenta de secouer la tête de dépit et retourna à sa cuisine. Harry resta immobile où il était, à l'entrée du salon, son regard fixé sur Rogue avec envie. Il voulait le toucher et sentir son odeur. Sa panique irraisonnée n'était pas encore calmée et il avait besoin de son calice pour s'apaiser. Severus se rendit compte de la situation, il avait bien perçu l'affolement de Potter à travers le lien et il avait lui aussi besoin de sa présence. Il prit un ton détaché pour s'adresser à lui sans se retourner.
– Vous pouvez approcher, Potter, à moins que les odeurs de cuisine ne vous dérange.
– Je préfère la vôtre, osa-t-il.
– Il vous suffit d'être assez près pour la sentir.
La respiration de Harry se bloqua un court instant. Severus était-il en train de l'inviter à venir lui renifler le cou? Comment pouvait-il faire une telle remarque avec un ton si neutre?
Harry n'attendit pas qu'on le lui dise une deuxième fois pour s'avancer jusqu'à Rogue. Il était debout derrière lui, à quelques centimètres, mais il ne voulait pas le gêner dans ses mouvements alors il n'osait pas le toucher. Il se contentait de pencher son visage en avant pour capter les effluves de son parfum.
– Potter, soupira Rogue, votre créateur, comment-il s'appelle-t-il, déjà?
– Cléon.
– Oui, Cléon. Avez-vous écouté ce qu'il a expliqué?
– Je pense, oui, pourquoi?
– Il a dit que nous avions les mêmes besoins de contact.
– Heu, oui.
– C'est vrai.
– Ah? … Oh!
Harry venait de comprendre le message. Severus était bien trop subtil pour lui. Maintenant que l'information avait atteint son cerveau, il s'autorisa à faire le pas supplémentaire qu'il n'osait faire. Son corps se colla contre celui de Severus et tous deux soupirèrent de concert. Rogue continuait à surveiller sa cuisson alors que Harry se laissait aller dans son dos. Severus fit un léger mouvement de tête qui dégagea ses cheveux de son cou. Harry, le regard avide, y plongea aussitôt le nez et savoura l'odeur enivrante de sa peau. Il y posa un baiser avant de fermer les yeux et de se laisser emporter par le bien-être. Pour maintenir son équilibre, il glissa ses bras autours de la taille de Severus, ses mains vinrent se poser sur son ventre plat et il gémit en s'abandonnant à la chaleur de son contact.
– Comment me suis-je retrouvé là-haut, Professeur?
– Je vous ai fait léviter. Vous aviez l'air épuisé.
– Merci.
– Dites-moi, Monsieur Potter, vous ne comptez pas retourner à Poudlard?
– Heu, non, je ne pense pas, pourquoi?
– Alors je ne suis plus votre professeur.
– Ah! Heu, comment dois-je vous appeler, alors?
– Par mon prénom, qu'en pensez-vous?
Harry redressa la tête de surprise et Severus en profita pour se tourner vers lui. Gêné par l'intimité de l'étreinte maintenant qu'ils étaient face à face, Harry le relâcha et fit un pas en arrière. Il n'osait pas y croire. Severus faisait un pas de plus vers lui, il acceptait leur proximité.
– Vous, hum, heu, vous voulez que je vous appelle Severus?
– Ne le faites vous pas déjà quand vous parlez de moi?
– Je, heu, si, mais…
– Verriez vous un inconvénient à ce que je vous appelle Harry?
– Bien sûr que non! s'exclama-t-il.
Les yeux de Harry brillaient de bonheur. Loin de le repousser, Severus voulait qu'ils soient plus proches. Combien de personnes étaient autorisées à appeler cet homme par son prénom? Harry était persuadé qu'ils se comptaient sur les doigts de la main. Il était ému de pouvoir faire parti de ces privilégiés. Tout comme chaque geste froid de Rogue le blessaient, chaque signe de confiance et de proximité le rendait plus heureux.
Severus avait vu le visage de Harry s'illuminer de plus en plus suite à sa proposition et il sentait que s'il le laissait exprimer son bonheur, ça se traduirait par quelque chose de bien trop mièvre pour ses oreilles. Il prit donc la décision de couper court à l'émotion du moment et de ramener Harry sur terre.
– Voilà qui est réglé, annonça-t-il en se retournant vers ses fourneaux, je dois trier les livres de ma bibliothèque, aujourd'hui. Quels sont vos projets pour la journée?
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Harry enfila un jogging et un t-shirt puis, les cheveux encore mouillés de sa douche, il frappa à la porte ouverte de la chambre de Severus. Il était déjà couché. Vêtu d'un pyjama en soie noir, il lisait. Severus posa son livre pour observer Harry et grimaça en découvrant ses yeux rouges.
– Je vous demande pardon, je vous ai oublié ce matin.
– Vous n'êtes pas responsable, Severus, vous étiez déjà en plein tri quand je me suis réveillé, j'ai dormi trop longtemps.
– Et bien venez, maintenant.
Harry eut une demi seconde d'hésitation avant d'entrer dans la chambre de Severus. Cet espace était bien plus intime et personnel que de découvrir sa maison cachée. Quand il arriva près du lit, il se sentit encore plus mal à l'aise. Il allait s'agenouiller à terre, comme la première fois qu'il avait bu au poignet de Rogue, mais celui-ci déboutonna le haut de son pyjama. Harry déglutit. Depuis l'intervention de Cléon, Severus lui donnait bien plus souvent accès à son cou et Harry pouvait se nourrir jusqu'à satiété car il n'avait plus peur de blesser son calice. Voir Severus sur son lit, offert, lui fit un effet immédiat qui réveilla son sexe.
Il se força au calme. Il ne pouvait pas agresser Severus et lui imposer son désir. Il ne voulait pas perdre les avancées dans leur relation pour cause de manque de contrôle. Mais il avait oublié que Severus sentait aussi bien son excitation que son inquiétude via le lien. Severus soupira avec un léger sourire et ouvrit grand le drap. Harry ne manqua pas la bosse qui déformait le pantalon de soie et sa respiration se coupa un court instant. Il prit une grande inspiration et s'assit au bord du lit.
Severus leva un sourcil interrogateur et Harry s'étendit contre lui, vaincu. Comment pouvait-il résister à une invitation si claire? Il n'avait pas envie de résister, d'ailleurs. Avec des gestes mesurés, il s'installa contre Severus, à demi sur lui. Harry sentait son érection presser contre la cuisse sous lui et il se doutait que Severus ne pouvait pas l'ignorer tout comme il ne pouvait pas manquer de sentir celle qui s'enfonçait contre son aine.
Severus ouvrit davantage son col et dégagea ses cheveux. Les deux hommes se regardèrent un long moment mais Harry ne bougeait pas. Comme à chaque fois, il avait besoin d'une autorisation formelle. Severus passa sa main dans la tignasse d'Harry et exerça une légère pression pour l'inviter à le mordre. Alors, avec un remerciement murmuré, Harry se laissa guider.
Le plaisir fut intense dès la première gorgée. Les doigts de Severus se refermèrent dans un spasme autours d'une poignée de cheveux noirs alors que son autre main se crispait sur sa hanche. Il gémit et son corps se cambra. Harry se repositionna pour le chevaucher correctement et leurs érections commencèrent à frotter l'une contre l'autre. Il ondulait au rythme de ses gorgées. C'était lent et frustrant mais aussi tout à fait divin.
Severus sentait son sang lui échapper, un éclair de plaisir traversait son corps à chaque fois qu'il entendait Harry déglutir. Celui-ci s'était aussi accroché à lui, une main sur son épaule et l'autre enroulée dans son dos. Les mouvements de Harry, quand il bougeait son bassin étaient brusque et durs, accompagnés d'un grognement appréciateur. Severus avait l'impression de flotter au bordures de l'orgasme.
Puis Harry ne fut plus capable de se contenir. Il était trop excité et ce sang merveilleux lui faisait perdre la tête. Il désirait Severus sans retenue. Il passa de longues et lentes gorgées à de plus petites, plus rapprochées, plus rapides. Et le rythme de ses ondulations changea. Les deux hommes gémissaient, accrochés l'un à l'autre, les yeux clos. Harry jouit le premier mais Severus l'avait rejoint avant que les dents du vampire n'aient quitté sa peau.
Ils étaient essoufflés et satisfaits. Repus. Harry se laissa glisser contre le corps de Severus pour ne pas l'écraser et s'installa contre son flanc, la tête sur son épaule. D'un mouvement de sa main, il nettoya leurs dessous puis ils restèrent là, immobiles et silencieux pendant de longues minutes. Severus avait toujours sa main dans les cheveux de Harry. Il ne voulait pas le laisser partir, il ne voulait pas dormir seul après l'intensité de cette morsure. Il sentait qu'il voulait plus de proximité avec son vampire.
Harry essayait de se convaincre de partir. Il ne devait pas s'imposer trop longtemps à Severus, il ne voulait pas le déranger. Il fallait qu'il quitte cette étreinte chaleureuse pour rejoindre son lit, dans la pièce voisine. Mais il n'arrivait pas à s'arracher aux bras de son calice. Il en était là de ses réflexions quand il sentit les doigts de Severus presser sa tête vers lui, comme une étreinte, comme pour le retenir. Il réalisa alors qu'il se torturait pour rien. Sans oser croiser le regard sombre, il demanda:
– Le même désir?
– Le même désir.
Alors, le sourire au lèvre, il s'installa plus confortablement dans les bras de Severus et après un soupir de bien-être, s'endormit.
