Rétablissement
D'ordinaire, Irene ne se sentait pas l'échine courbée sous le poids d'un lourd sentiment de culpabilité (c'était le moins que l'on pût dire). Mais ce jour-là, les ruminations qui tournaient dans sa tête parvenaient toutes à la même conclusion : c'était de sa faute.
Elle était si préoccupée du diadème de l'infante qu'elle avait négligé de vérifier les antécédents de Johnson avant de l'embaucher pour compléter sa bande. Et quand Sherlock l'en avait alertée, elle était trop préoccupée d'empêcher que le détective ne contrecarrât ses plans pour penser que l'assassin avait tout intérêt lui aussi – et même bien plus qu'elle – à éliminer l'enquêteur à ses trousses, et qu'il sauterait sur l'occasion qu'elle lui fournissait.
Quand Irene avait menotté Sherlock à l'enclume, afin de gagner les quelques heures encore nécessaires pour mettre la main sur les joyaux, Johnson n'avait plus eu qu'à récupérer le paquet, qu'il avait jeté dans la Tamise.
Si John Watson n'était pas déjà lancé sur leurs traces, si la chaîne rouillée n'était pas si ancienne...
Sherlock nourrirait les poissons.
Elle avait dû orchestrer le faux accouchement de la cousine impécunieuse d'une habituée du cabinet du bon docteur et payer, grassement, de nombreux intermédiaires pour extraire Watson de la chambre du malade pendant un assez long moment, qui lui permît de le visiter. Le brave homme était furieux contre elle et, en le surveillant depuis le couloir de l'hôpital, où elle s'était introduite sous un déguisement d'infirmière, elle avait, à cette occasion, mesuré tout ce qu'il restait du soldat en lui.
Et, cette fois-ci, elle n'était pas sûre que Sherlock serait plus indulgent. Leur relation sortait largement des bornes conventionnelles, certes, mais il est des actions dont on ne revient pas et le meurtre, en général, fait partie du lot, même chez les gens les plus ouverts d'esprit.
Bien sûr, en l'occurrence, la tentative d'homicide se qualifiait d'involontaire et peut-être subsistait-il un espoir pour Irene, si elle jouait correctement sa partie pour se faire pardonner.
La première étape, soit livrer le coupable à la justice, avait été accomplie avec grand zèle. L'inspecteur Lestrade avait tiré une tronche tout à fait ahurie, et bien à la hauteur de la réputation que lui faisait Sherlock, quand il avait trouvé dans son bureau le meurtrier saucissonné et muni d'un sac qui contenait sur ses trois derniers crimes des preuves si accablantes que même Scotland Yard ne pourrait échouer à instruire son dossier.
C'était un début, mais seulement, hélas, la partie la plus facile.
Pour le reste, il fallait que Sherlock se réveillât.
Ce chapitre a été écrit en réponse au prompt 30 du Whumptober 2024 sur Tumblr.
