Bonjour à toutes et à tous !

Merci à Cassye pour son commentaire et merci aux lecteurs anonymes.

Là, on part sur une série de chapitres où je suis - à égale mesure - impatiente et terrifiée de connaître vos impressions. À chaque fois, j'ai tenté des choses, ai expérimenté certaines idées, bref : en terme d'écriture ça a été l'éclate, et j'espère que ça sera le cas également d'un point de vue lecture.

Ici, nous sommes sur un chapitre majoritairement centré action/combat.

Réponse aux reviews :

Cassye : Oui, je trouve ça plus impactant que l'Ange gardien soit une personne appartenant au passif du protagoniste, ou du moins qu'il incarne "quelque chose" d'important pour lui. Mettre Elyon avait donc du sens pour Nymuë ! Oh, contente que tu aies pu tenter le coup de l'empoisonnement chez les gobelins, quand j'ai découvert cette possibilité, j'ai été émerveillée. Et oui, surtout dans l'acte 1, être une drow change énormément de dialogues. Merci encore et toujours pour ton soutien !

Recommandation musicale : sur la chaîne Vivi's Radio Backup Channel - Rare VGM, je vous conseille l'OST Cutscene (Before the Raid on Emerald Grove) - Baldur's Gate 3 (OST).

Bonne lecture !


CHAPITRE 12

La bataille du Bosquet

Nymuë ouvrit les yeux, le cœur battant à tout rompre et le corps en sueur. Les premiers rayons pointaient le bout de leur nez, témoignant de l'arrivée de l'aurore. La jeune femme reconnut avec soulagement les toiles épaisses de sa tente et, par-delà l'ouverture, les marques de leur campement. Pas de météore, pas de Plan Astral… et pas d'Elyon.

Elle sortit de son abri, l'esprit embrumé par cette étrange vision. Sa confusion augmenta quand elle vit ses trois compagnons déjà debout. Astarion la regardait d'un air étrange :

— Vous parlez en dormant, indiqua-t-il. Mauvais rêve ?

— Particulièrement réaliste ? ajouta Ombrecoeur.

Les traits de la prêtresse étaient tirés. Lae'zel présentait une moue renfrognée. Seul le roublard paraissait relativement détendu.

— Vous aussi… réalisa l'elfe noire.

G'lyck. Nous avons tous rêvé cette nuit.

Nymuë porta la main à son front, constatant que sa fièvre était belle et bien tombée. Sa larve paraissait également au repos. Fallait-il donc croire que ce visiteur nocturne, cet ange gardien mystérieux… soit réellement apparu ?

— J'espérais que mon imagination me jouait des tours, poursuivit la demi-elfe, mais visiblement, ce n'est pas le cas. Cette… personne voulait que je me serve de la larve… que je fasse appel à son pouvoir. Elle m'a dit être liée à l'artefact… mais je ne sais pas trop.

— À l'artefact ? répéta Nymuë.

— Elle m'a confirmé que c'était grâce à lui qu'elle nous protégeait. Et regardez où nous en sommes ce matin : plus de tremblements, de nausées, plus rien.

— Est-ce que ce… sauveur avait une apparence particulière pour vous aussi ?

Aucun de ses compagnons ne lui répondit. Les sourcils de Lae'zel étaient si froncés qu'ils formaient une ligne droite sur son front.

— De mon côté, continua l'elfe noire, il s'agissait de quelqu'un que je connaissais. Autrefois.

— Je ne saurais dire si cet étranger m'était familier ou non… murmura la prêtresse. Pas avec ma mémoire dans cet état.

Ni Astarion, ni la githyanki ne se donnèrent la peine de développer. À la place, Lae'zel lança :

— Ignorez ce songe. Chaque parole, chaque promesse… Tout n'est que tromperie des ghaiks. Ces parasites sont une menace à éradiquer, et non une opportunité à exploiter.

— Oh, quelle rabat-joie, siffla le roublard. Cette vision est une bonne chose. Nous allons enfin voir ce que ces larves peuvent faire pour nous.

— Je ne serais pas aussi confiante, tempéra Ombrecoeur. Cette entité… elle nous préserve de notre larve, mais souhaiterait aussi qu'on y fasse appel ? Ou nous avons en effet un protecteur secret… ou nous fonçons tout droit dans un piège.

— Une bataille se gagne au fil de l'épée, rugit la guerrière, pas grâce aux pouvoirs de parasites. Détournez-vous de ces apparitions et ne vous laissez pas séduire, aussi attrayante soit l'offre.

Nymuë sentit qu'ils attendaient son verdict. Cela commençait par devenir une habitude. Son instinct lui hurlait de ne pas faire confiance à cet étranger, caché derrière le visage d'un être cher. Une autre partie d'elle cependant - infime mais tenace - souhaitait revoir Elyon. Voulait éprouver à nouveau l'ivresse des dons illithids.

Mais cette personne n'était pas Elyon. Et cette puissance n'était pas une solution.

— Je suis d'accord avec Lae'zel, murmura-t-elle. Je pense que nous devrions avoir affaire à nos larves le moins possible. Et qui que soit cette entité, elle avait sûrement des intentions cachées.

Ses camarades hochèrent la tête, à l'exception d'Astarion dont le mécontentement était perceptible. Nul doute que cette bataille était loin d'être gagnée…

Du mouvement leur indiqua que le Bosquet commençait, lui aussi, à s'éveiller. Les aventuriers se dépêchèrent d'empaqueter leurs effets et de revêtir leurs armures. Ils avaient une plus grande menace à affronter, dans l'immédiat.

Le Terrier était vide ; la plupart des tieffelins s'étaient réfugiés dans les caves, avec ordre de suivre la rivière souterraine en cas de fuite. Quant aux druides, Halsin les avaient rassemblés dans les cavernes, prêts à entamer leurs incantations :

— Les oiseaux planteront leurs serres dans les yeux des archers, leur avait-il expliqué. Les ours et les sangliers chargeront leurs troupes. Le vent éloignera les flèches, et les racines emmêleront les guerriers. Nous vous ferons gagner du temps, jusqu'à ce que vous abattiez Minthara.

Les gobelins n'étaient guère de grands stratèges, il y avait donc fort à parier que leur unité s'effondrerait si la tête pensante était coupée. Sans leur générale, les créatures s'enfuiraient, et il ne resterait plus qu'à leur donner la chasse.

Alors que les compagnons se dirigeaient vers la Grande Porte, Ombrecoeur les stoppa. Pour chacun d'eux, elle traça dans les airs une rune dorée. Nymuë sentit comme une tape bienveillante sur son épaule, suivit d'un sentiment de sérénité.

— Ça ne bloquera pas un coup mortel, avertit la prêtresse, mais cette bénédiction vous sauvera peut-être la vie.

L'elfe noire exprima sa reconnaissance. Ils auraient besoin de toute l'aide possible aujourd'hui, en particulier celle des divins. Quand ils atteignirent la Grande Porte, seule une poignée de soldats accompagnaient Zevlor. Une bagatelle, par rapport au nombre aperçus chez les gobelins.

— Vous êtes là, les accueillit le chef tieffelin. Halsin et les autres ont entamé leurs hymnes, et nos éclaireurs ont repéré nos ennemis dans les bois. Ils arriveront d'un moment à l'autre.

Il les dévisagea longuement, l'expression résolue :

— Nous les avons déjà repoussés une fois. Si vous êtes avec nous, peut-être que nous pourrons recommencer.

— Quelle est votre stratégie ? s'enquit Lae'zel.

— Il nous faut éclaircir leurs rangs au plus vite, tant que les incantations des druides nous protègent de leurs attaques. La Grande Porte est fortifiée, et le terrain en amont piégé, mais cela ne les retiendra qu'un moment. Votre rôle est d'éliminer Minthara ; nous sonnerons la corne pour l'attirer.

— Un défi dont tout le monde sera témoin, commenta Ombrecoeur. Elle aura sans doute beaucoup de mal à y résister.

— Précisément. Elle s'attend à mener une attaque éclair, à nous submerger aisément… Mais elle vous trouvera sur sa route, vous aussi.

Les aventuriers observèrent les alentours : des semblants de remparts avaient été construits devant les postes d'archers. Malgré cela, les rochers autour de la Grande Porte demeuraient faciles à escalader, et constituaient donc une faille dans leur défense. Ils allaient devoir surveiller ces ouvertures, tout en tenant éloignés les gobelins de l'entrée principale.

— Lae'zel, lança Nymuë, je vous veux près de l'accès Ouest, prête à massacrer quiconque tentera de grimper. Ombrecoeur, près de la trouée Est ; les pierres y sont plus lisses, vous devriez pouvoir créer un éboulement. Astarion, au poste d'archer : prenez des huiles, et visez les pièges explosifs. Je ferai de même avec ma magie : il est temps de faire léviter des bombes.

Avec surprise, elle nota que ses compagnons s'exécutèrent aussitôt. Ils paraissaient presque… confiants. Ne devraient-ils pas plutôt être furieux contre elle, à l'approche de ce combat ? Les chances n'étaient clairement pas de leurs côtés… Et elle avait provoqué cette situation. Pourtant, ils se dirigèrent diligemment vers leur poste, dégainant leurs armes. Nymuë s'avança vers la corne de guerre, et souffla un grand coup.

Il ne fallut que quelques minutes pour que les premiers hurlements leur parviennent. La horde gobelin se déplaçait tel un seul homme. L'elfe noire compta rapidement, 10, 20… plus de trente créatures. Et, eux, n'étaient même pas une douzaine.

Le sol trembla à la suite d'un rugissement plus puissant que les autres. Un troll sorti des sous-bois, gigantesque, et presque aussi haut que la Grande Porte. Un réfugié tomba à genoux :

— C'est fini Zevlor, murmura-t-il. Fini. Nos armes sont émoussées. Nos armures, trouées. Nous n'avons aucune chance.

— Ça suffit, s'écria le vétéran. Tu ne mourras pas aujourd'hui. Vous tous, écoutez-moi !

Les tieffelins se tournèrent vers lui, la même peur inscrite sur le visage. Ils avaient fui les Enfers, et avaient connu la mort sur la route. Le seul abri les ayant acceptés avait menacé de se retourner contre eux. Ils n'étaient pas des guerriers, pas même des survivants. Et ils étaient fatigués.

— Je sais que vous êtes tous effrayés… Mais je sais aussi que vous vous êtes battus toute votre vie. Notre chemin a toujours été semé d'embûches, de choix difficiles. Rien n'est différent, aujourd'hui. Ces créatures en veulent à nos vies, à nos enfants… Elles veulent nous réduire à néant. Mais nous devons résister !

Une douleur semblable à une écharde de glace éperonna l'esprit des aventuriers :

"Comme c'est émouvant, railla la voix de Minthara. J'en ai presque la larme à l'œil. Dernière chance, Âme Éveillée. Tranchez-lui la gorge, et ouvrez cette porte. L'Absolue les veut tous morts."

La générale drow n'était présente nulle part sur le champ de bataille. Son avertissement laissait pourtant deviner qu'elle avait une excellente vue des lieux. Nymuë serra les poings :

"Ce Bosquet est sous notre protection, siffla-t-elle. Votre déesse n'a aucun droit sur ces gens.

Ce sont là les paroles d'une traître… Et d'une menteuse. Vous n'avez jamais mis les pieds à Menzoberranzan ; l'Absolue ne vous a jamais touchée de sa lumière. Vous êtes une infamie pour la race des elfes noirs, ma sœur."

Son ricanement résonnait partout : à leurs oreilles, sous leurs pieds, ainsi qu'à des kilomètres. Nymuë chercha à la localiser, mais tout aussi soudainement, Minthara coupa leur connexion.

— Le plan ne change pas, indiqua-t-elle à ses camarades. Elle veut juste nous effrayer.

T'chk. C'est qu'elle ne vous connaît pas, grogna Lae'zel en réponse.

La musicienne n'eut pas le temps de réagir à ce qui ressemblait dangereusement à un compliment : déjà, trois gobelins se précipitaient vers l'entrée du Bosquet. Ils portaient des tonneaux de poudre explosive.

— Ils visent la Grande Porte, hurla Zevlor. Arrêtez-les !

Nymuë s'empara des bombes rassemblées près de son couvert de fortune. Détachant son poignard de ses chaînes, elle les enroula autour des explosifs.

Elle pivota, et jeta son projectile sur le gobelin le plus proche. La détonation emporta sa cible, ainsi qu'une partie de ses camarades. Au même moment, une flèche enflammée d'Astarion toucha un second baril.

"Je prends le dernier, déclara-t-il mentalement. Occupez-vous du troll !"

Le monstre fendait les nuages causés par les explosions, crocs découverts et massue brandie. Nymuë se concentra sur son arme :

"Urere", incanta-t-elle.

Le gourdin s'enflamma, faisant lâcher à la créature un mugissement de douleur. C'était un bon plan… jusqu'à ce que le troll projette sa masse dans sa direction.

— Baissez-vous ! hurla-t-elle en plongeant au sol.

Elle vit les flammes se rapprocher à toute vitesse, mais un vent violent renvoya la matraque à son propriétaire. Des cris retentirent sur le champ de bataille : des lianes aussi solides que des cordes s'étaient enroulées autour des jambes du troll. Sortant de la forêt, une nuée d'oiseaux, d'ours et de sangliers fondaient sur les soldats ennemis.

— Halsin ! s'écria Zevlor avec soulagement. C'est le moment… Mais où est Minthara ?

La drow demeurait introuvable. Même l'arrière des rangs ennemis n'était composé que de gobelins. Quelque chose clochait.

Une vocifération sortit Nymuë de ses inquiétudes, au moment où Lae'zel sauta sur la tête du troll :

— Pour Vlaakith ! hurla-t-elle.

Elle lui planta son épée entre les deux yeux. Le monstre glapit de stupéfaction avant de s'affaisser, manquant d'entraîner la guerrière avec lui.

"Quelle idiote !", fulmina l'elfe noire.

La githyanki s'était raccrochée aux remparts, cible parfaite pour les archers ennemis ! La musicienne se précipita vers elle. Alors qu'elle saisissait sa main, un gobelin arma son arc dans leur direction :

Flagra ! retentit la voix d'Ombrecoeur.

Une décharge lumineuse s'écrasa au pied du soldat, l'envoyant droit dans la gueule d'un ours. Nymuë tira sa camarade à couvert. De mauvaise grâce, Lae'zel adressa un signe de tête à la prêtresse.

— Vous avez perdu la tête ? s'écria l'elfe noire. Vous pensez que c'est le bon moment pour tenter des exploits héroïques ? Vous auriez pu…

Le tumulte autour d'elle prit fin brusquement. Les corbeaux tombèrent au sol, le vent cessa de souffler. Les animaux affrontant les gobelins gémirent de douleur avant de s'effondrer.

Sous leurs pieds, là où se situait l'antre des druides, Nymuë entendit des hurlements.

— Impossible, murmura-t-elle. Comment…

— Une diversion, cracha Lae'zel. Elle a envoyé le plus gros de ses troupes à la Grande Porte, pendant qu'elle infiltrait les cavernes. Elle a dû trouver une autre entrée.

— Ou on la lui a indiquée, corrigea Astarion depuis son abri.

"Kagha.". La druidesse devait connaître les sorts de protection défendant le Bosquet… Et Minthara n'avait eu aucune hésitation à sacrifier le plus gros de son arsenal pendant qu'elle éliminait ses ennemis de l'intérieur. "Le loup dans la bergerie", avait-elle dit…

Si Halsin et ses comparses mourraient, elle aurait libre accès aux réfugiés tieffelins. Des dizaines d'individus, apeurés et désarmés…

— J'y vais, déclara-t-elle.

— C'est ce qu'elle espère ! objecta Ombrecoeur.

— Je sais. Mais nous ne pouvons abandonner ce front, autrement les gobelins nous envahiront quoi qu'il arrive. Vous devez rester ici pour abattre les derniers. Si je la provoque, elle répondra à l'appel.

— Alors quoi, darling, vous nous proposez un noble sacrifice ? siffla le haut-elfe. Ne soyez pas stupide. Vous ne tiendrez pas plus de deux secondes face à cette drow.

— Les druides seront avec moi. J'ai juste à vous faire gagner un peu de temps. Et puis…

Elle dévisagea tour à tour ses compagnons :

— ... Je suis une drow, moi aussi.

Le regard des aventuriers se porta sur le champ de bataille. Un tieffelin gisait près de la corne de guerre, une flèche dans le cou. Un autre avait été saisi par un lasso, et était tombé de son abri ; les lames des gobelins avaient fait taire ses derniers cris. Le flanc Ouest, abandonné par Lae'zel lors de son saut spectaculaire, voyait les premiers soldats ennemis atteindre son sommet. Leurs assaillants n'étaient plus qu'une quinzaine, mais Zevlor et ses hommes ne sauraient les retenir seuls.

— Revenez vivante, chuchota Ombrecoeur d'une voix tremblante.

Nymuë hocha la tête, puis quitta son abri d'une roulade. Elle saisit l'échelle de cordes permettant de rejoindre le Terrier, et atterrit souplement sur le sol. Poussant sur ses jambes, elle se précipita vers les cavernes, courant comme si les Enfers étaient à ses trousses. "Pourvu que je n'arrive pas trop tard, pensa-t-elle. Faites qu'ils soient vivants !". Elle ne vit nulle trace de Minthara près des caves. Elle traversa le Bosquet, poussa la lourde porte de pierre… et demeura interdite.

Une vingtaine de druides habitaient le sanctuaire ; la moitié, déjà, avait trouvé la mort. Les quelques survivants défendaient chèrement leurs peaux face à trois gobelours, leurs Familiers à leurs côtés.

Minthara paraissait insensible à ce carnage. Armée d'une masse et d'un bouclier, elle luttait contre un ours gigantesque n'étant nul autre qu'Halsin. Près d'elle, Kagha observait silencieusement le combat.

L'archidruide était blessé à la patte avant, et la générale gagnait progressivement du terrain. Son sourire face à son adversaire était extatique ; chacun de ses coups laissait une nouvelle entaille.

— Minthara ! cria Nymuë.

Sa congénère tourna ses yeux rouges dans sa direction :

— Il est temps que les ténèbres vous emportent, iblith, provoqua-t-elle.

Elle s'adressa ensuite à Kagha, qui sursauta :

— Toi, la vermine ! Prouve-moi que j'ai bien fait de te laisser en vie et affronte ton maître.

— Vous… vous aviez dit que vous ne vous en prendriez qu'à Halsin et aux étrangers…

— Tu voulais un Bosquet purifié : je suis plus que complaisante à te l'offrir. Maintenant, fais face aux tiens ou termine comme eux !

Avec hésitation, l'ancienne première druidesse sortit sa rapière. Minthara frappa l'ours d'un puissant coup de bouclier, ce qui le fit grogner de douleur. La générale en profita pour se dégager, avant de bondir sur Nymuë.

Le temps parut se figer ; mû par un instinct plus puissant qu'elle, la musicienne se jeta sur le côté. Le bouclier de la générale brisa la roche en s'ancrant dans la porte.

"Merci, Ombrecoeur.", pensa la jeune femme, en contemplant le trou béant où aurait dû se trouver sa tête. Il s'en était fallu de peu.

Minthara abandonna sa protection et saisit sa masse à deux mains. Nymuë évita sa première attaque d'une pirouette, puis la seconde. La troisième, en revanche, la toucha en plein ventre.

Elle tomba à terre, le souffle coupé, et sa langue testant le goût du sang. La générale s'approcha afin de donner le coup de grâce. Elle leva haut son arme ; Nymuë, en retour, lança ses chaînes de toutes ses forces. Les attaches s'enroulèrent autour du manche, et elle tira. Le bras de son adversaire se pencha, mais ne plia pas ; avec horreur, la musicienne se sentit au contraire glisser dans sa direction.

Elle jeta son poignard derrière Minthara, et plongea entre ses jambes ; attrapant de nouveau son arme, elle renforça sa prise autour de la masse. La générale frappa en arrière mais, entravé, son mouvement ne fut pas assez large. Les deux femmes se dévisagèrent, chacune forçant sa prise sur l'autre.

Un choc à l'extérieur des cavernes surprit les combattantes ; des cris de joie surpassèrent un instant le chaos des affrontements :

— Ils se replient ! hurla la voix de Zevlor. Les gobelins s'enfuient !

Les druides tirèrent un regain d'énergie de cette annonce. Un des gobelours chuta sous les crocs d'un loup, tandis qu'un autre se convulsait, pris dans un nuage de poison. Le duel entre Kagha et Halsin faisait rage. Le dernier gobelours se rangea aux côtés de la première druidesse, prenant l'animal en tenaille.

L'archidruide chancelait. Ses lourdes pattes étaient acculées à un gouffre, incapable d'échapper à ce double assaut. Avec hésitation, Kagha vit le gobelours approcher son mentor. Ses yeux parcoururent les grottes qui furent autrefois son foyer, le corps de ceux qu'elle avait considérés comme ses frères. Ils s'arrêtèrent sur le cadavre de la vipère Tee-la, tranchée en deux. Avec un hurlement de fureur, elle se jeta sur le guerrier.

Le gobelours s'ébroua, se secoua, en vain. Il en oubliait le précipice à ses pieds ; le sol s'affaissa.

Halsin rugit, mais ses griffes ne saisirent que le vide. Le dernier soldat emporta Kagha dans sa chute… Dans les ombres qu'elle pensait autrefois rejoindre.

Les autres druides se tournèrent vers Minthara :

— Félonie, cracha-t-elle. Misérable traître à votre sang…

— Vous avez perdu, répliqua Nymuë. Rendez-vous.

Les yeux de la générale passèrent de son visage à son médaillon, ayant glissé de son armure. Elle lâcha un rire sardonique :

— Oh, Lolth serait tellement fière de vous, ma sœur.

Elle tira brutalement sa masse, la libérant de ses chaînes.

— Je vais vous envoyer la saluer, siffla-t-elle. Puis, j'arracherai votre cœur et l'offrirai à l'Absolue…

— Pas avant que je ne perce le vôtre, démon, rugit une voix dans leur dos.

La générale releva la tête, mais l'épée de Zevlor fut plus rapide ; elle lui traversa la poitrine. Le chef tieffelins la fixait avec une froide résolution :

— Pour mes hommes morts au combat, souffla-t-il.

Nymuë vit Minthara tomber à genoux, comme en prière. Ses derniers mots avaient été pour sa déesse… Et celle-ci ne lui avait pas répondu.

— Nymuë ! cria Ombrecoeur.

La musicienne sentit des mains solides la remettre sur pieds, et tomba nez-à-nez avec Lae'zel. La guerrière gith grogna, satisfaite de la voir tenir sur ses deux jambes. La prêtresse se mit aussitôt à incanter des formules de soin en palpant ses blessures.

— Nous ne sommes pas débarrassés de vous, semble-t-il, chuchota quelqu'un sur sa gauche.

À moitié dissimulé par la porte de pierre, Astarion l'observait. Le cœur de Nymuë se serra en réalisant qu'aucun de ses compagnons n'étaient amochés. Ils allaient bien ; ils avaient gagné. Ses yeux glissèrent sur le visage figé de Minthara.

— Pas aujourd'hui, on dirait, murmura-t-elle.


Notes de fin :

Voici pour la bataille du Bosquet d'Émeraude !

Dans ma run Dark Urge actuelle, je profite des changements apportés par le Patch 6 pour sauver les tieffelins, mais avoir tout de même Minthara dans mon équipe en l'assommant.

Il était important pour moi que ce face-à-face avec Minthara ne donne pas l'avantage à Nymuë : entre une paladine et une barde, le rapport de force en combat rapproché m'a parut trop inégale. Et je n'aime pas faire des personnages surpuissants : les protagonistes sont ce qu'ils sont, avec leurs moments forts, et leurs faiblesses.

Quant à la trahison de Kagha, petit changement que je me suis autorisée dans l'histoire. J'ai apprécié lui apporter un angle nouveau sur cette fin de chapitre.

Semaine prochaine, une certaine célébration tieffeline...

Merci pour votre lecture !