Chapitre 2 . . .

Un lendemain de clarté et de changement s'opéra silencieusement autour de la vie jusqu'à alors, douces lamentations à demies perpétuelles, bulle opaque éclatée dès lors précisément en ce jour, pour la jeune Cendrenor. «Mais tout ceci, la peur.. était terminé..» se rappela-t-elle en s'attablant calmement au-dessus du plateau d'argent du déjeuner, de la ronde table de jardin normalement exclusive au thé de fin d'après- midi. Elle avait entreprit de revêtir une toilette conformiste, souligner son rang malgré tout afin de paraître s'être « rééquilibrée», auprès de ceux qui la guettaient par obligation.. Sa robe, rose-orangée, caresse pour les yeux, demeurait simple et appropriée de jour, empreintes de touches de soie, visibles en de légers drapés aux coins de ses jupes.

Installée à sa propre demande au centre de sa roseraie blanche, la jeune Anna savait, qu'elle demeurait toujours faussement à l'abri des regards de ses domestiques, commandés souvent comme des pantins par son oncle effacé de son paysage... Elle savait, aussi, qu'ils se devaient de conserver leur emploi, un honneur.. Comment auraient-ils pu faire autrement, que d'obéir à la supériorité de rang social du souvenir de la famille qu'ils servaient.?

La déchue jeune fille se trouvait au milieu de son «jardin paradis», moment où l'apparition d'un soleil haut dans le ciel, étrange lenteur clarté à ses prunelles jaunies, vint sonner l'heure de midi. Les nombreux plants de rosiers, identiques et épanouis en un parfait demi-cercle protecteur, dégageaient un doux parfum porté par un vent léger à ses sens. Cette senteur, aérée, veloutée malgré la malheureuse fugacité des subtiles, fragiles pétales des anges.. Ses fleurs la réconfortaient autant que le reste de ses bons amis. Elles plongeaient l'éternelle incomprise du monde, dans une atmosphère intimiste, à laquelle elle s'accrochait encore, fortement. La jeune fille aux cheveux dénoués, par endroits tressés retombant dans son dos, ferma les yeux. «Le journal…». Son beau journal quasi incarnadine, opposé à la teinte de ses précieuses l'entourant.. Elle n'avait rien voulu paraître en venant s'installer ici à l'arrière du manoir, car Jeanne, sa très jeune femme de chambre, l'avait trouvée plus épuisée qu'auparavant après son réveil particulier.. dur et, troublant.

Les paupières toujours closes face au soleil timide et, s'étant forcée à toucher à son assiette, Anna fit une dernière tentative de se convaincre.. se convaincre, que tout ce qu'elle venait de vivre, au plus récemment d'elle, avait bel et bien été la vérité.. Elle retournerait à sa chambre, rouvrirai le tiroir de sa coiffeuse pour en ressortir l'apparente presque entité, qui, cela en fut sûre, lui avait la veille, entièrement embrumé l'esprit de sa magie trouble. Tous ces moments d'absence pour elle et si inexplicables, pouvaient être justifiés.. La jeune et, dernière des Cendrenor ne s'était jamais sentit aussi déterminée pour acquérir autre chose de son existence.. une seule autre chose que ce qui serait, si elle ne se dépêchait pas, appliqué à sa croyait de plus en plus, à l'impossible et à la nature irréelle de cette nouvelle sagacité.
Peu avant de quitter ses chères amies muettes munies d'oreilles, la jeune Anna su tout bonnement ce qui lui resterai à faire. Elle s'adressa la mine détendue et d'un ton détaché à sa jeune domestique, toute candide que celle-ci restait.
« - Jeanne, s'il vous plaît, auriez-vous l'obligeance de vous en aller en ville, ayant trouvé de quoi m'assagir, sachez que j'ai personnellement, besoin de me mettre à peindre..Je transmettrai moi-même cette bonne résolution à mon oncle que Roger, premier majordome lui fera parvenir. Après tout, j'ai compris ce qui était important.. Ce sera tout, je vous remercie, vous pouvez disposer chère Jeanne. ». Cette dernière s'inclina silencieusement, elle s'avérait peu loquace. Anna notait que la petite adolescente lui témoignait au moins le plus de respect et de douceur dans ses actions et regards, de tout son personnel.
Cependant et finalement, elle se servirait pour la première fois et à sa grande joie, du chéri pinceau de sa mère.. Cela, aux yeux guidant du journal recouvert de cuir, au toucher de cire et argile mêlées. Le fantôme permanent en écrits ruisselants, d'eau sans ombre d'une source.. Elle l'avait enfermé en elle la longue matinée durant.. Ce besoin infernal qu'elle avait de peindre même si elle ne savait encore, réellement quoi.. Même si elle savait qu'elle désirait tenter l'absurde.. Elle ne devrait plus perdre de temps. Elle devait intérieurement se mettre en route. En route vers la toile de la future, représentation..

Le chevalet se retrouva ainsi installé comme le visage de son destin, dans ses appartements. Anna le regarda profondément, osant à peine respirer. Mais son corps se tenait sans faiblesse face au vide que lui inspirait la toile vierge de lin face à elle.. Au milieu de la pièce. Anna, avait continué à affiner ce qu'elle ne semblait pas de l'extérieur. Il s'avérait enfin qu'elle eu réussi à tromper tout son personnel, par sa nouvelle grâce acquise due à cette paix du nouvel Espoir, à ses capacités mystérieuses. Tout cela, grâce à lui.. Son réel pouvoir. Au journal pourpre.. Elle ne pouvait plus s'en séparer et, veillait à ce que personne ne le découvre par inadvertance.. Elle le gardait près d'elle lorsqu'elle couvrait la toile doucement de son aquarelle. Il lui semblait, guide qu'il apparaissait, qu'il la soutenait et la préservait. L'entité reposait, dormant, sur un petit tabouret blanc capitonné à ses côtés.
Lorsque Jeanne était demandée auprès de sa maîtresse, elle ne voyait que la dynamique d'une jeune femme en devenir, qui pouvait s'autoriser à représenter la forme de paysages que ses yeux ou son esprit voulait voir. Anna respectait en effet la dernière recommandation de Monsieur de Brerrham dans sa plus récente missive;

«… Souvenez-vous à ne dessiner aucun portrait, cela ne serait que le résultat d'une folle effrontée. Il n'en sera rien je compte l'espérer ma chère. Cette réalité, s'il m'était donné d en être averti, serait définitivement plus qu'inconvenante vous concernant. Veillez à conserver ce comportement redressé qu'est maintenant le vôtre, «Mademoiselle Cendrenor».. ».
Ne pas exécuter un seul portrait.. C'était exactement ce à quoi elle s'était attendue de son lointain parent.. «Ce n'était guère ni dans le rôle, ni dans la capacité d'une femme..» soupirait la pauvre belle d'un air rebelle bien dissimulé. Elle ferait, simplement ce que son esprit lui dicterait par le livre, le moment venu.. Concernant les domestiques qu'elle pouvait toujours côtoyer, c'était tout ce qu'Anna avait espéré. Tout comme les autres et leur pensées, ils rejoignirent peu à peu celles de la menue Jeanne, dernière servante de la maison des Cendrenor.

Dans l'atmosphère secrète dans lesquels étaient plongés ses appartements et particulièrement sa chambre, les premiers essais, furent hésitants.. Le pinceau d'argent tremblait entre ses doigts.. Elle savait qu'elle pouvait se servir de tous outils mis à sa disposition, comme les innombrables autres pinceaux que le sien.. Mais, elle ne le pouvait pas et savait bien pourquoi.. Plusieurs jours encore passèrent sans que la jeune fille ne soit retenue à sa passion salvatrice faite de polychromie, occupant la majeure partie de son temps et son esprit. Elle s'essaya jusqu'à l'extrême, à ce qu'elle n'avait en son existence, que peu pratiqué.. Pourtant, sans se montrer à elle-même un certain épuisement, une aisance dans sa tâche se révélait.. Bientôt, la peinture coulait abondamment, ondulant, éclaboussait sur la toile près de son sourire au plus près du latent ouvrage, qu'elle sentit être un beau jour, le fidèle compagnon derrière ses encres parallèle. Et le pinceau, son beau luisant lui, en peu de temps, égal à son oiseau.

La nuit était froide et claire, parsemée de points scintillants, puissantes étoiles réelles derrière le ciel, comme l'amour qu'elle avait tant imaginé, qu'un beau jour, on lui porterait… «Anna, me voit-tu..?» Elle se retourna brusquement. Sa chambre était vide de tout mobilier. Il lui semblait que les murs lui parlaient, leur tapisserie se déchirant dans un son sinistre au sein d'un vide obscur. Anna resta droite en courage lorsqu'une voix lourde s'éveilla en résonance du rien l'encerclant. La jeune fille tourna et tourna, essayant de sortir de cet endroit. Mais aucune porte n'était en vue. Elle fini par s'accroupir, prise de panique en plaquant les mains sur ses oreilles, faible animal désespéré.. «Assez! Laissez-moi tranquille! Vous me faite peur!…»
Elle fut alors comme extirpée de la scène sans en garder souvenir, coupure immédiate telle la trace laissée par les méandres de ce rêve qu'elle ne savait guère. Elle se sentit soudain tomber violemment de haut, manipulée par le vide, sur une chose épaisse et souple.. Sans même, avoir le temps de la peur une nouvelle fois. Elle regarda autour d'elle. Elle était de nouveau là.. En ses appartements. Mais, comme un retour en arrière. Anna comprit en se mouvant qu'elle était allongée, en travers de son lit qui la retenait. Passage bien trop lucide à son goût, elle se calma en fermant les yeux et respirant profondément. Elle ne se recentra, que sur, cette réalité relative de son corps. Pourtant, elle ne se réveilla pas. Rouvrant les paupières, soudain, elle était debout.. Sa pièce, devenait de plus en plus sombre à mesure, qu'elle avançait, changeante. Mais le décor recula. Et recula encore, jusqu'à la laisser l'approcher.
Anna entrevit soudainement présent dans un coin, l'éclat. En son esprit brumeux revenu envahissant, mais si doux, un merveilleux guéridon de verre reposait devant elle. Et sur son rond tableau, reposait, lui, un sac de velours d'une couleur de vin, brillant à la pénombre. Anna comme envoûtée, s'approcha lentement de curiosité, de cette bourse ancienne, qui semblait contenir, une chose.. une seule. Elle voulait tant, trouver. Sur le visage fin de la jeune fille, ses yeux s'écarquillèrent quand en tendant le bras, s'apprêtant à effleurer le tissu de la chose apparue, celle-ci, se mit sans prévenir, à respirer. Tel, un cœur qui battait.
Anna se sentait étouffer progressivement.. Elle reculait.. Ayant à peine cligné des yeux, elle constata avec horreur que le sac avait disparu. Laissant la place, face à son angoisse montante, à un épais journal.. Un journal, de sang, de cire, qui transpirait lentement, un fluide monstrueux, s'écoulait de ses pages et de sa couverture..

La pauvre humaine recula subitement de plus belle, face à tant de magie et de noirceur. Ce liquide de jais, visqueux.. Recouvrit bientôt toute la surface de verre et, fini par tomber par filets au sol, à proximité d'elle. La tremblante Anna sentit un danger comme malsain la guetter, à côtoyer cette chose dont elle n'avait pas le nom.. Pourtant, elle semblait de plus en plus l'entendre, comme chuchoter, souffrant.. L'entendre l'appeler. La voir. Cela ne se pouvait. Non. « Anna…»
Anna se mit à courir d'effroi au loin sans plus attendre. La voix presque caverneuse la rendait malade, malgré elle ne savait pourquoi, une lourde pointe au cœur.
Elle tenta de s'enfuir de son bel Ami qu'elle ne reconnaissait pas. Tout en songeant et à perdre haleine à force de courir au fond d'un long couloir sans fin, des larmes s'enfuirent d'elle. De ses joues, de ses yeux, de tout son visage.. Une profonde tristesse l'étreignit. Quand d'un coup d'un seul, un regard fixe voir vivant la toisa, ce qui la fit sursauter et stopper sa course folle violemment.
Anna tomba à terre. En relevant la tête, là, juste là, au-dessus d'elle, un être représenté de pigments et d'huile la surplombait de sa grandeur. Imperturbable au visage magnétique, irréel, un air strict-hypnotisant au regard au milieu de ce teint, cendres refroidies.. Mais les yeux de l'être sur le tableau, ces yeux d'amandes, vinrent se colorer de plus en plus du cédrat à la pointe d'or blanc, nacré luisant. Anna sentit son être entier partir.. Son corps saigna, reposant au sol, ainsi que son coeur.. Et une voix…. S'éleva. « Enfin…»

Elle ouvrit brusquement les yeux, ses cheveux encadrant son visage blanc comme un soleil différent. De sa poitrine sortit alors un cri inaudible. Un étrange souffle..
La jeune fille laissa couler des larmes qui firent envoler la profonde anxiété présente au sein de ses côtes. Le son lourd de la grande horloge de l'étage sonna, une heure qu'elle n'avait pas l'habitude d'entendre. En tournant la tête, elle comprit à la faible lueur du jour, qu'elle avait dormi bien moins longtemps que ce que ses sensations lui laissaient encore croire.. Elle referma les paupières. Mais un détail pesant dans sa mémoire la gênait. La conscience d'Anna se trouvait toujours à demie endormie. Elle n'arrivait vraiment pas à se souvenir.. Quelque chose de très important. La jeune Cendrenor était confuse, éprouvée. Plus tard, incapable de se lever et absente, en sueur dans sa chemise blanche vaporeuse, son regard demeura figé au ciel de lit, tout comme son corps dans les draps soyeux défaits autour d'elle.

Lorsque la matinée chargée comme à l'habitude, empreinte de temps clair et venteux, avec le bercement lointain de la mer s'apprêtait à prendre fin, un bruit sourd, inhabituel se fit entendre des quartiers de la maîtresse. Jeanne, de passage au deuxième étage du manoir durant ses tâches se précipita sans hésiter dans le petit salon privé, malgré une pile de draps entre les bras.

« - Mademoiselle Cendrenor, que vous arrive-t- il?! » s'enquit la femme de chambre, pauvre brune à bout de souffle, qui savait bien pourtant qu'elle ne devait déranger Mademoiselle sous aucun prétexte, à ces heures où elle se remettait à la peinture.
C'est dans un sursaut de choc que la servante lâcha le linge qu'elle maintenait contre elle. En accourant au milieu de la pièce, près du chevalet que sa jeune maitresse avait désiré de voir changer de lieu pour y venir s'exercer, son corps étendu et froid, inconscient au sol, provoqua l'effroi de sa femme de chambre.
La toile, seule restée au centre de la pièce, revêtue en camaïeu de rose, resta incomplète dans sa charmante nature, avec pour seul centre, le cercle du réel, encore vide mais laissant entrevoir, un flou teinté au loin.. « Je suis ..» …

Au lendemain, la jeune femme demeura simplement à demie assoupie dans le lit qu'elle du garder sur les vives recommandations de Jeanne et de la fidèle cuisinière de la noble maison, qui furent aux aguets des bruits étranges qui seraient provenus de la chambre. Inquiétées par la chute due à l'évanouissement de leur faible maîtresse, la journée durant, la jeune Anna du donc parfois, feindre l'endormissement afin d'échapper à leur surveillance régulière. La belle réussi ainsi à justifier sa perte de connaissance en convaincant adroitement ses domestiques, que l'incident était arrivé par la présence subite du corset à nouveau sur son corps, malheureusement, durant un temps prolongé.
Anna dévoila ainsi une petite mine et, par l'occasion les pria de l'excuser du soucis et dérangement qu'elle leur avait à tous causé, leur prouvant ainsi, que le jugement qu'ils avaient toujours eu contre elle, n'avait servi à rien mais à l'entretien de l'illusion d'un mal.
Elle avait était envahi subitement, comme une autre sorte de réveil, du visage imaginaire.. de Son visage. De ce tableau.. Son pinceau lui avait échappé. Son cœur l'avait fait souffrir et, le noir avait entaché sa vision. Là avait été la vérité de l'événement.. Également, ce fut bien plus tard, deux journées après dans une atmosphère intime et restreinte que la jeune Cendrenor fit promettre à sa femme de chambre une chose, testant ainsi, sa loyauté. «Ne rien dire, rien engager..» quand à son oncle en ce qui concernait l'événement passé et la situation de son état..
Ainsi, aucun, n'avait observé ni entendu, la jeune maîtresse se lever de son lourd matelas ce soir-là pour récupérer une chose. La pauvre solitaire en retint toute la consolation que l'objet lui procura. Elle le conserva contre elle longtemps jusqu'au milieu de la nuit. Le livre incarnadine, suant entre ses mains pales.. Cette même nuit, qui précédait la réelle mise en application, de la recette… Anna paraissait, calme et posée, installée contre la tête de lit, mais son esprit était pleins de sentiments, idées résolument bonnes et, son cœur..
Son cœur lui parla. Elle ne comprenait pas tout à fait ce langage, mais une émotion s'emparait lentement d'elle et ce sentiment naissant, lorsque' elle le ressentait, lorsqu'elle le contemplait, Lui.. Son «bel Ami» muet et, pourpre. Les beaux yeux clairs d'Anna, se posèrent une dernière fois sur la couverture épaisse du journal de magie avant de le dissimuler à nouveau. Il dégageait progressivement, des auras nouvelles et mouvantes, au creux de son ventre.

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Et elle réalisa finalement, ce qu'il en était… La jeune Cendrenor continua de jours en jours à se plonger dans la création moins douceâtre, moins abstraite à ses toiles plutôt qu'à l'intérieur de ses pensées. Son cœur battait la chamade à ses moments perdus, où ses yeux fuyait dans le vague, à travers les couleurs coulantes en vagues.. Le pinceau quant à lui, n'avait subi aucun dommage,
« c'était heureux..» s'était murmurée Anna, l'ayant laissé à regret, enfermé à l'abri depuis sa chute, tout au fond de sa table de chevet. La jeune femme ressentait qu'elle n'avait plus autant de temps qu'auparavant.. Avant que, cela ne gâche ses plans…Que son oncle ne mette à exécution, la réparation de sa réputation et, ne vienne la faire chercher, pour cette définitive basse réception, pour la perdition de son âme.. de son innocence.. tout lui faire perdre d'elle. Anna du adopter une certaine immense focalisation, afin d'être assurée que toute son élaboration achevée, prendrai seulement pour se concrétiser la durée précise, de deux mois.. Elle évita donc de respirer, le mauvais parfum de ce compte-à-rebours.

La jeune femme constata au fur et à mesure du temps qui parfois défilait, que sa finesse de perception s'affûtait, arrivait à son maximum. Cela sût l'amener sur la voie progressive, d'une plus grande paix interne, bien que, toujours incomplète. Elle savait qu'elle devrait le peindre.. Elle ne cessa de se le rappeler, de son air naturel si haut, caché des autres en ombre planante et à jamais, transcendant.. «plus que les huit semaines à venir, à endurer cette sorte de vie en privations avec les silences de la solitude…» savait-elle se convaincre clairement. Comme si, ce lui fut chose acquise, qu'elle s'en irait. Le fait était, simplement qu'elle l'espérait, le souhaitait, le priait, chaque soir qui revenait.. Elle ne pouvait s'empêcher de sourire nerveusement à cet ailleurs rêvé... Et cette merveilleuse autre chose, qui était depuis lors arrivée au sein de ses jours à travailler..
Elle était tombée amoureuse… Son image l'avait rejoint, tout ce qui l'avait élevé spirituellement depuis le début. Son pinceau au départ inconsciemment, puis le journal, convertit en son tendre Ami et, le rêve du portrait, son irréel..

Elle reçu ainsi, un beau matin, le savoir de chaque ingrédient à réunir propre à la réalisation du grand rêve. Celui dont seul le livre semblait connaître et être certain de la vérité. Le Voyage… le voyage invisible.. Mais pour voir de ses propres yeux la magie opérer, sensibilisation à son monde plus en plus impossible à vivre pour Anna.. Il n'en était pas moins.. « Que chaque chose se ferait en tant voulu, par l'Astre et, que l'exception que se révélait son humaine, ferait la preuve des derniers temps de patience.. Pour mettre en œuvre, pour de bon, la Recette…»

Le temps fit, que la belle isolée dont les cheveux se rallongeaient cendrés comme l'apparence de son nom, se tint sans relâche auprès de son chevalet, des semaines supplémentaires durant. Elle ne put ignorer ce que lui dictait son impensable intuition et, ses émotions... Elle n'en avait pas le droit… Son époque le lui interdisait.. Cependant, son obsession était, si vive à mesure que les jours disparaissaient, les uns derrières les autres.. Qu'elle se lassa définitivement d'avoir crainte, la crainte de n'avoir nullement le droit, la permission de Réaliser la forme d'un visage.. Les traits d'un être.. même impossible autant que le sien, qui s'était présenté au sein de son rêve, inoubliable pour son cœur.. Et il l'appelait.. Anna ne pu comprendre d'où cela aurait pu prendre vie. Mais il habitait les lieux autour d'elle.. Et, de plus en plus près. Il lui faudrait, réaliser le tableau de ce personnage si singulier..

Un beau matin, elle eu la lumière. «Aquarelle abstraite..» pensa-t-elle assise les yeux alors brillants, absorbée par l'idée, révélée à sa conscience. Le pinceau d'argent fusa sur une nouvelle autre toile blanche en essais, guidé par la main d'Anna à la possession de la source, le pouvoir de l'âme, pages inconnues et à l'habit pourpre d'un roi. Le journal, restait ainsi près d'elle en spectateur aveugle alors qu'elle s'abandonna à peindre différemment.. À l'abri de la connaissance de ses domestiques et des passages de sa femme de chambre.
Les éléments.. Ceux qui allaient consister à la faire partir furent réunis sans hésitation mais, plus tardivement que ce qu'elle eu crut, elle, la belle emprise de l'ombre qui la poursuivait pour son bien profond et, qui provoquaient, la chance qui lui permettaient l'action. Elle s'en alla et, recueilli de ses doigts fins quelques pétales blancs du sol dans la roseraie un matin couvert et sans lumière lors d'une absence de Jeanne. Le premier…. Les eaux iodées de la mer valsant avec son écume, le bruit des majestueuses vagues rappela plus tard en surprise et tristesse à Anna sa plus secrète amie. Et, c'est en se penchant auprès de son bord cyan que, lentement après lui avoir adressé quelques paroles, la svelte âme récupéra un peu de son eau salée, à l'aide d'une coupelle de porcelaine. Un empreint pour la jeune femme qui avait eu peu avant cette unique fuite, écartée un peu d'elle-même, sa vie enfermée. Le second… Au fond bien plus tard, d'une de ses armoires qu'elle avait pu ouvrir à l'aide d'une épingle à cheveux, par défaut d'avoir pu demander la clé, elle trouva une belle bobine de soie, dont elle coupa trois longs fils soyeux, brillants. Le troisième…. C'est au cours d'un matin particulièrement pluvieux, qu'après avoir été servie en ses appartements, en terminant de boire son thé, la jeune Cendrenor, après un regard au loin dans le grand dehors, s'approcha d'une des fenêtres qu'elle ouvrit. Et, tendit sans une once de doute, la mine sérieuse, sa tasse sous l'averse violente des milliers de gouttes, larmes du ciel courroucé et grondant. Le quatrième… Enfin.

Et alors que la peinture dégoulinait sur ses tabliers, que son esprit dansait comme son beau pinceau sur la toile de son futur.. Anna se souvint brutalement, ce lendemain-là, qu'il lui manquait un ingrédient.. Un seul.. Cependant, tout sauf désuet. Mais, qui en un autre sens, aurait pu vouloir faire référence, à, ce qui est, d'origine… Originel..Interne.. Nécessaire .. Sacrifice.. Répandu. Anna s'arrêta un instant de recouvrir le fond de sa toile d'une fine couche transparente et lisse. Ses yeux fixèrent le vide noirâtre de son travail. Son cœur battait fortement, mais la sensation se fit plus intense contre ses poignets. Elle connaissait le cinquième ingrédient. Le dernier… L'ultime, elle le possédait déjà, ce qui avait permis le fait de sa naissance... Son sang. Elle y était arrivée. Elle allait pouvoir, les intégrer, au creux de la Recette le jour venu.. Pour elle Béni. Elle s'en approchait, véritablement.. Après tout le reste, l'enfer, serait bientôt révolu. Les ingrédients, quant à eux, elle les avaient silencieusement conservés.. les pétales, depuis desséchés, patientaient au creux d'une boîte de fer, sa boite à broder. Les fils, dans un mouchoir de tissu. Enfin, les liquides, reposaient comme stagnants, en deux fioles séparées.. Son sommeil, fut un des meilleurs qu'elle n'eu, jamais eu.
L'Ordre se ferait enfin, inopiné.. Tout se rejoignait.. Ce ne fut à son désespoir brutal plus une conviction en son esprit, dans cette journée.. Anna, fut jusqu'au bout maintenue dans le sentiment voilé, que ce qu'elle avait connu comme à l'habitude serait, encore bien plus ardu qu'imaginé.. La belle blonde solitaire eu un étrange réflexe d'insécurité. Elle alla précipitamment en se levant retrouver le journal mystique de sa vie en le serrant entre ses bras si blancs, priant en se jetant à genoux sur le sol. Il semblait toujours que cet unique objet, lui parlait, réellement lénifiant.. Elle se recroquevilla sur lui et, de toutes ses dernières forces mentales, demanda au ciel.. Elle le supplia de pouvoir reprendre consistance, pour faire face à cette adversité de ne plus vraiment avoir le guide de l'ordre indispensable à son espéré voyage.

Anna tenta d'éviter de trop céder à la folie dans ses appels tus à ce qui l'entourait.. «Quel sera donc le moyen de procéder maintenant.. Faites-moi entrevoir le chemin vers l'autre vie..l'autre possible. Je n ai presque plus de temps..» implora-t-elle.
Le bel après-midi parfumé de l'écume fraîche de sa grand bleue, était alors baigné d'un soleil inhabituellement orangé qui traversait par filets les rideaux de sa chambre, encore plongée dans la pénombre. Et de l'ombre d'une sieste dont la jeune Cendrenor avait ressenti la nécessité. Avec ses prières, prise de sueurs, elle se remémora.. L'effort considérable qu'elle avait déployé à parvenir d'achever la peinture, la veille auparavant. Au soir, ayant vérifié que sa femme de chambre était bien partie pour la nuit, ayant récupéré lentement de sous son lit, enlevé délicatement ce qui le recouvrait une fois de plus, elle avait revu, le personnage abstrait, mais, définitivement entier. Elle n'avait eu les moyens de contenir ses larmes de surmenage mais de tant d'émerveillement. L'être, représenté de trois-quarts sur sa toile si nue autrefois, arborait les traits légers mais les yeux éclairés, sondeurs et animés remplaçant le vide. Anna avait constaté qu'il portait cet air, seule trace sauvegardée, issue de son rêve.. Une potentielle, nature réaliste. De l'amour profond, à la nature, inconditionnelle qu'elle lui avait porté jours après jours, les beaux moments de veille consacrée à la contemplation de son visage.. Depuis qu'elle avait démarré la réalisation de son portrait les quelques semaines auparavant, elle n'avait pu faire partir son image.. plus jamais. À cet instant, il était parfaitement terminé, donné au réel, contre l'existence de la jeune femme fragile, privée du monde, et de son Aimé.

Anna se releva avec lenteur. Elle était inquiète, éberluée même de ne pas savoir quel serait maintenant, la marche à suivre pour en finir avec la réalité de ce monde qui l'étranglait.. Et de se souvenir avant tout du tableau, du portrait interdit qui sommeillait, achevé, sous le matelas de son grand lit. En face d'elle ses murs au ton d'amande lui renvoyèrent son inutile, incompréhensible existence en ces lieux. La jeune femme serra les poings, sa longue robe de mousseline blanche traînant sur le sol, en légers audibles, frôlements d'ailes à ces cents pas.. Les yeux sombres, un air grave passa alors sur son visage de porcelaine. Elle prit une intense inspiration.
Elle devait réussir.. «Je vais partir». Cette pensée se grava en elle tel un coup que l'on aurait porté sur un burin. Elle regroupa en son cœur toute la volonté et l'assurance qui lui avait avant tant fait défaut. D'une toute nouvelle vivacité, la jeune Cendrenor brillant tantôt à la lumière des quelques rayons de l'astre solaire assura de rassembler, les ingrédients qu'elle avait précieusement conservé pour ce moment. Le beau livre vif l'attendait sagement, sur le rebord de ses draps défaits. Elle avait en amont le matin dès l'aube et sans Jeanne, fait assuré à l'ensemble de ses domestiques par le biais des cuisines, qu'elle avait la migraine et qu'elle devrait se reposer plus longuement, toute l'après-midi jusqu'au dîner, qui se tenait chaque soir à 20h. Autrement dit et, sous l'étonnement de certaines servantes et aides cuisinières, elle s'était préparée pour disposer d'assez de temps pour tenter, ce qui, lui demanderait le plus grand courage de sa vie auprès de sa destinée, si elle tiendrait, enfin à se révéler à la pauvre demoiselle solitaire pour la sauver.. La peur définitive de son oncle, se chassa de son esprit alors qu'Anna ajusta enfin sa toile unique, doucement contre son chevalet qu'elle avait déplacé de l'autre pièce vers le centre de sa chambre.

La lumière naturelle se diffusa librement durant la préparation de son occupante après que celle-ci eu décidé de tirer les lourds rideaux de la pièce. La jeune femme un peu tremblante paraissait absorbée dans ses gestes qui correspondaient à, une étonnante organisation..
Anna redoubla d'effort, pour se laisser guider sans pensées parasites. Elle se concentra au mieux sur les objets déposés sur son lit et, ses mains alors, furent attirées vers les fioles d'eau de mer et de pluie que la belle mêla. Les pétales blancs desséchés suivirent ainsi que les trois fils de soies pour y être imbibées au sein d'une large coupelle. Son esprit se trouvait à présent perdu dans un vide toutefois, Anna avait confiance en ce fort signe récupéré. Son visage entouré de sa chevelure épaisse s'adoucit, son pinceau argenté attendant comme son journal mystique seulement humecté, mais dont, des auras battantes non loin de sa présence. Munie sûrement d'une aiguille, la jeune femme se piqua au creux du poignet gauche sans nulle crainte et, tandis que le sang perla à ses yeux, velouté luisant, elle dilua deux gouttes vives au dessus de la préparation singulière, qu'elle surveillait sans un souffle. Tout les éléments noyés prenaient ensemble, une teinte grisâtre dans l'eau, mais d'une inconnue harmonie. Son pinceau en bonne droitière qu'elle était, Anna hésita légèrement de ce qu'elle était certaine de devoir lier à son mélange. Elle termina de l'achever, en ajoutant une unique goutte de vernis au centre de la coupelle. Elle n'aurait voulu pour rien au monde menacer l'aspect de sa toile originelle.
Les ingrédients.. étaient enfin réunis. «Ensemble..».
Le désir infini de son «futur-proche» voyage se fit, dans la découverte en cours de la Recette du livre, ardue en son absence d'indices au préalable pour la pauvre Anna.

Dans la continuité de sa préparation vitale, le Portrait lui aussi, la regardait. Peinture presque impressionniste, sans manquer de réalisme, il était imposant en son apparence. Noir comme les ténèbres, visage aux traits humains continus au mieux, il arborait des yeux tel l'agrume au soleil, la peau impossible ombrée comme le gris de pierres anciennes.. L'être masculin, demeurait de trois-quart, air haut et grave. Le fond du tableau, lui, Anna l'avait recouvert dès le commencement d'un noir puis rouge étouffant, dont des zones volontaires à chaque angle, d'ombres floues..

La belle aux cheveux longs cendrés, trempa la pointe de son précieux argenté dans le liquide d'effluves délicates aux accents salés et amers. Anna s'approcha de sa représentation majestueuse estompée ensuite et, la recouvrit d'un mouvement allant-et-venant totalement, dans une douceur d'amour.
C'était sans avoir remarqué la luminosité de la chambre s'atténuer par la réalité éloignée de là, d'un ciel de plus en plus blanchâtre, qu'Anna fut frappée à l'esprit d'un savoir brutal. Après avoir sérieusement plongé ses mains dans le mélange des cinq ingrédients, elle porta la large coupe au dessus de son front. Et, laissa couler avec conviction le liquide gris parfumé sur son visage, dont ses cheveux et qui, trempa une partie de sa longue toilette. Définitivement, en se souvenant du sang qu'elle avait pris le soin de rajouter en dernier à la coupelle maintenant vide, Anna accorda un autre regard aussi profond que celui que lui renvoyait, le portrait de son être à l'origine rêvé.
Une pulsion ambivalente la fit s'emparer subitement d'un de ses coupe-papiers et, les paupières fermées avec force, elle s'entailla l'avant-bras droit. Son sang se révéla, en une seconde s'écoula sur le sol et les tapis de sa chambre mais elle n'en tint pas cure. De son autre main elle arrêta en le plaquant son liquide de vie et, la main complètement entachée, la jeune Cendrenor le cœur battant à tout rompre, fit l'action décisive de la Recette, ne le réalisant dans son emportement..
Anna pria une dernière fois face à Lui et, déterminée plus qu'elle ne l'avait jamais été, marqua fermement le front de l'être du portrait d'une large trace de sang.