25 Septembre : Chasseur 4

Boya regardait ses pieds avec une moue qui se voulait soulagée mais qui montrait surtout sa déception. Son hôte avait retiré pour la dernière fois les bandages qui les protégeaient. A part les tempêtes récurrentes, il n'avait plus de raison de rester enfermé avec le renard démon à genoux devant lui.

"- Merci."

Le sourire du monstre était si doux... Mais Boya refusait de se laisser attendrir plus qu'il ne l'avait déjà été. Il doutait que la créature à poils blanc ait jamais tué quiconque pour se nourrir. Il était... trop raffiné, trop exotique pour ca. S'il tuait, ce serait pour se défendre. Pas pour manger, Boya en était sur.

Il aurait du le tuer malgré tout. C'était son devoir. Le renard démon avait fait l'erreur de lui sauver la vie. C'était mignon, mais... Ils étaient des ennemis naturels. Avait-il déjà séduits des gens pour son propre bénéfice ? En plus de Boya bien sur. Le chasseur était réaliste. Il avait conscience de l'affection croissante qu'il ressentait pour lui. Le démon n'avait pas utilisé son Charme pourtant. Boya l'aurait su. Même s'il avait été incapable d'y résister, il aurait sut qu'il y était soumis.

Là ? Rien.

L'affection qu'il ressentait pour cet homme, non, ce monstre, était naturelle. Lui qui avait juré de tuer tous les démons, de venger sa mère en égorgeant tous les renards-démons qui croiseraient sa route se trouvait confronté à un renard qu'il n'avait pas envie de quitter.

"- Boya Daren ?"

Le chasseur avait finit par lui donner son nom.

"- Je devrais vous tuer."

"- Et je devrais vous manger. J'imagine que l'on ne fait pas forcement toujours ce que l'on devrait." Plaisantait tranquillement QingMing.

Comme trois fois par jour, il avait encore les petits pieds de Boya sur ses genoux et les massaient gentiment. Cette fois, ce n'était plus le baume épais qui avait aidé sa peau à repousser tout en protégeant les téguments de l'infection mais une huile à la senteur fraiche et agréable que Boya avait déjà associé à celle du démon.

Il laissa QingMing faire jusqu'à ce qu'il se lasse de son massage et lui remette des chaussons de peau retournée pour le protéger du froid du sol malgré les épais tapis en laine qui couvraient la pierre nue.

"- Il ne devrait pas y avoir de tempête pendant quelques jours. Il y a rarement des tempêtes autour de l'équinoxe d'automne."

Boya se mordilla la lèvre inférieure.

"- Combien de temps pour atteindre le plus proche village ? "

"- D'ici? Deux jours à vitesse d'homme à pied. Quelques heures avec une chèvre. Je peux vous prêter la mienne. Elle acceptera de me rendre service si je lui demande."

L'énorme créature qui vivait avec eux quand il neigeait était d'une race inconnue de Boya. Elle semblait aussi totalement sauvage et ne les toléraient que parce qu'ils ne représentaient aucun danger pour elle.

Boya sentit son cœur se serrer. Il avait une porte de sortie. Il pouvait partir dès maintenant.

"- Si vous tardez trop, les cols seront fermés pour l'hiver. Vous serrez coincé ici jusqu'au printemps"

Boya hocha la tête.

"- Je partirai demain alors."

Le sourire du renard lui parut forcé ce soir.