22 Novembre : Sérum 1

Boya avait accepté l'invitation à dîner de l'Empereur. Evidemment. Il n'était pas suicidaire au point de refuser un ordre direct de Sa Majesté.

S'il détestait cette partie de son boulot, Il n'avait pas davantage le choix que tous les autres. Les quelques gouttes de sang impérial dans ses veines étalent généralement plus un embarras qu'un avantage, d'ailleurs.

Ces quelques gouttes le qualifiaient tout autant que les autres pour la course a un trône dont il ne voulait pas.

Il y avait eut pas mal de jus de myrtilles rependu par terre après la mort de l'Impératrice pour lui trouver un successeur et Boya s'était gentiment retiré de la course à l'échalotte, bien déterminé à garder sa vie aussi bien que son entrejambe intactes.

Plusieurs des Empereurs putatifs s'en étaient sortit vivant mais soulagés d'une partie de leur anatomie à laquelle Boya tenait beaucoup. Alors, d'être invité (convoqué) par l'Empereur pour un diner ? Boya sentait le risque à des kilomètres. C'était aussi pour ca qu'il avait dédaigné la soie et les fanfreluches qu'il devrait porter en tant que Prince aussi bien que le guan avec une perle auquel il avait droit pour porter son uniforme de parade de chasseur. Il était un membre de JingYun avant tout et ne voulait pas être autre chose. Les serviteurs l'avaient toisés de la tête aux pieds quand il s'était présenté en uniforme. Leur dédain était évident pour le simple humain qui se présentait en guenilles (ou presque) devant Sa Majesté.

L'uniforme de Boya aurait pu nourrir une famille de paysans pendant dix ans mais pour la Cour, c'était effectivement assez misérable.

Boya suivit l'eunuque qui le conduisit jusqu'aux appartements de l'Empereur. L'homme l'y attendait devant une petite table de douceurs tout en lisant un livre. Plusieurs de ses courtisanes dansaient pour lui pendant que d'autres jouaient de la musique en sourdine mais il n'y prêtait aucune attention.

Il y avait une certaine tension sur le visage de l'homme.

"- Majesté, Boya Daren est arrivé."

Boya se prosterna immédiatement et attendit, le front par terre, qu'on lui donne l'autorisation de se relever et de parler. Malgré son angoisse, son corps était détendu. Il n'avait rien fait de mal après tout. Il n'avait rien à se reprocher.

"- Relevez vous, Boys Daren. Et rejoignez moi pour le diner."

"- Celui-ci remercie Sa Majesté." Ils étaient cousins mais Boya ne montrerait jamais qu'il le savait.

Il obéit à l'Empereur pour s'asseoir sur le coussin que l'eunuque lui désigna de l'autre coté de la table.

Les concubines de l'Empereur avaient cessées de jouer de la musique et de danser mais restaient là, un peu à l'écart

"- Nous n'avons jamais eut l'occasion de discuter, Boya Daren."

"- Mon devoir me place dans les rues, Majesté. Pas au palais." Il avait faillit dire autre chose mais s'était retenu à la dernière seconde.

"- Je vois."

Boya prit la tasse de thé qu'on plaça devant lui. Il l'observa quelques secondes sans y boire. Avait-il été convoqué là pour être empoisonné et assassiné? il n'avait de toute façon pas le choix. Il avala la tasse entière d'une gorgée sous le regard incisif de l'Empereur qui but la sienne plus lentement.

"- Mangez, Boya Daren."

Résigné à son destin et sa résignation visible sur son visage comme rarement, Boya prit un petit gâteau de riz à la pate de fleurs de prune. Il la manga lentement et attendit.

L'Empereur l'observait avec attention.

Boya finit par s'en irriter. Incapable de tenir sa langue, comme si quelque chose le forçait à parler, il aboya presque.

"- Et bien, votre poison est bien lent à fonctionner."

L'Empereur eut soudain un grand sourire.

"- Au contraire ! Ce sérum de vérité fonctionne très bien."

"- Un sérum de..." Le regard de Boya pas plus que sa langue ne pouvaient se taire. "Vous vous fichez de moi ?"

"- Bien sur que non ! Si je me fichais de vous, je me serait contenté de vous faire tuer. Là, je veux savoir la vérité."

Boya grommela mais que pouvait-il dire ? C'était logique.

"- Je ne serai jamais votre larbin vous savez ?"

"- Je me contenterai de l'obéissance que vous devez au trône." Boya renifla. Ca, il l'avait déjà. "Cessez de résister, Boya Daren. Ce sérum a spécifiquement fait pour les cultivateurs. Même aussi fort que vous. Au pire, vous allez finir par vous mordre la langue mais vous parlerez quand même. Alors répondez à mes questions, profitez des gâteaux et je vous renverrai chez vous tranquillement." Si ses réponses le satisfaisaient en tout cas.

"- Vous êtes vraiment une sale petite vipère agressive, sadique et retorse." Boya pali affreusement alors que l'Empereur éclatait de rire, satisfait. "Enfin, tous les Empereurs sont des saloperies agressive, sadiques, retorses et mesquines. Sinon, ils mourraient vite sous les coups des apprentis sadiques qui veulent le boulot, j'imagine. Soupira encore le chasseur, écœuré et presque persuadé qu'il ne partirait pas vivant.

"- Vous avez une vision bien cruelle de ma personne."

Boya se prit le front dans la main en grognant, incapable de se taire.

"- Pitié, Majesté."

"- Non, non, continuez, Boya Daren. Votre vision sur l'Empereur est rafraichissante et inimitable." L'homme semblait plus satisfait qu'outré. "Mais dites moi, êtes vous un apprenti sadique qui veut mon boulot, Boya Daren?"

"- Je préférai me couper les deux mains et les deux jambes que poser mon cul sur ce bidule en pierre autrement que pour en tester le coussin, contraint et forcé par mes frères." Parce que c'était ce que ses ainés l'avaient forcés à faire quand il vivait encore au palais avec ses parents quand il avait trois ou quatre ans.

L'Empereur hurla de rire. Boya n'était pas le premier qu'il interrogeait ainsi. Ni le dernier. Il en avait fait interrogé bien d'autres. La potion de vérité était bien plus utile que la torture. Déjà ca gueulait moins, ca faisait moins de taches sur les tapis, et personne ne mentait pour que la douleur s'arrête. La seule chose que risquaient les malheureux soumis au sérum en plus de leur réponses était un peu d'humiliation.

"- Vous ne respectez pas beaucoup l'Empereur et le Trône, n'est ce pas, Boya Daren?"

"- Je respecte le trône et l'empereur. Je ne supporte juste pas les abrutis qui veulent poser leur cul dessus par désillusion de grandeur, juste pour pouvoir vivre dans le luxe, s'entendre donner des ordres, sans se soucier une seconde des simples humains. Le boulot d'un Empereur est de servir son peuple. Pas de l'utiliser pour sa gloire." Ce genre de pensées pourraient lui couter la tête.

Pourtant, l'Empereur fut soudain plus méditatif que furieux.

"- Votre façon de voir est assez rafraichissante, Boya Daren. Mais j'imagine qu'en tant que Chasseur, vous avez été dressé pour aider les simples péons."

"- Sans simples péons, vous devriez cultiver vos propres choux, Majesté. Ce sont les simples péons qui vous permettent de dormir dans de la soie et de manger de la viande tous les jours."

Une irritation nerveuse passa sur les lèvres de l'Empereur parce qu'il ne pouvait contredire Boya. Il avait prit le pouvoir pour l'obtenir mais comme Boya le savait déjà, il apprenait à la dure qu'être Empereur, ce n'était pas juste se regarder le nombril en profitant de la vie. S'en était même bien loin. Pourtant, il voulait honnêtement être un bon empereur. Pas juste un tyran occupé par sa propre gloire.

"- Et la cour, qu'en pensez vous?"

"- Je préfèrerai manger mes bottes ou passer la journée avec des démons qu'y participer. Ces animaux là n'ont aucun sens commun. Quitte a passer du temps avec des imbéciles dangereux, je peux au moins tuer les démons."

"- Votre père fait partie de la cour, Boya Daren." Et il était parmi ceux qui étalent le plus volubiles contre lui. S'il y parvenait, il tuerait l'Empereur pour prendre sa place dès que possible.

"- C'est bien ce que je dis, Majesté. Je n'ai que faire des coprophages."

Cette fois, l'Empereur fronça les sourcils. Il pouvait accepter beaucoup de choses mais un tel manque de piété filiale était quand même outrageant.

"- Boya Daren, enfin!"

"- Il a fait assassiner ma mère, Majesté. Il l'a fait assassiner devant moi et je serais mort aussi si je n'avais pas réussit à fuir. Juste parce que ma mère était sa concubine et que sa première épouse ne l'aimait pas. Ma mère avait dix neuf ans quand elle est morte et j'en avais six. Faites le calcul majesté. Et osez me dire que c'est un homme bien."

L'Empereur ne put que rester silencieux. Les mariages arrangés étaient la norme. Mais une telle différence d'âge? Le père de Boya avait presque soixante dix ans. Il en avait déjà quarante quand Boya était né. C'était écœurant . Peut-être qu'il se débrouillerait pour que l'homme chute dans les escaliers, ne serait-ce que pour obtenir la reconnaissance de Boya.

"- Je vois... Boya Daren. Cessons là cette plaisanterie. Si vous en avez l'occasion, prendrez vous mon trône ?"

"- S'il n'y a personne d'autre et que la survie de l'Empire en dépends, évidemment."

"- Et si je suis encore dessus?"

"- Je me fiche du cul posé sur ce caillou, majesté. Tant que ce cul est humain, il ne me concerne pas."

"- Je vois..." L'Empereur fit signe à un serviteur de remplir la tasse de Boya avec un autre thé.

Boya foudroya encore l'homme du regard mais s'envoya le liquide dans la gorge. Très vite, il sentit qu'il reprenait le contrôle de ses paroles. Même si c'était moins cruel que la torture ou le meurtre, Boya se sentait profondément humilié.

"- Boya Daren, une dernière question." Le sérum n'était pas encore complètement disparu mais Boya pouvait refuser de répondre. "Que pensez vous de QingMing Daren? Il sera le prochain que je vais interroger."

"- Il est a moi." Siffla Boya, possessif avant de rougir affreusement, surpris parce qui venait de passer sa gorge.

"- Ho ! et bien..." L'Empereur était aussi gêné que lui. Et aussi surpris.