Un chapitre très long aujourd'hui... que j'aurais pu couper en deux, mais pourquoi se faire du mal? C'est cadeau!
Enjoy,
Likocham.
Granger
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— Vous avez une heure, pas une minute de plus, hm, annonça le professeur Slughorn.
Aussitôt, Hermione bondit de sa chaise pour se rendre dans le placard des ingrédients. Elle fut la première à y arriver, récupéra ce dont elle avait besoin et retourna s'asseoir devant son chaudron. Elle commençait à émincer son navet des bois quand Harry revint à ses côtés, les mains chargées de ses ingrédients.
Elle sentait les regards qu'il lui lançait en biais, mais se força à l'ignorer.
— Mione?
Elle ferma les yeux une seconde avant de redresser la tête vers son ami.
— Oui, Harry?
— Tu… enfin, tu… Je peux t'emprunter ton couteau? S'il te plait?
Les épaules d'Hermione se détendirent. Elle lui tendit son petit canif de découpe avec le sourire. Harry le prit mais ne détourna pas le regard de la sorcière. Il était mal à l'aise, il voulait lui parler mais ne savait pas par quoi commencer. Et Hermione n'avait pas du tout envie de l'aider car elle savait très bien ce qu'il allait dire. Or, elle n'était pas prête.
Elle retourna donc à sa potion, essayant tant bien que mal de se concentrer.
— Mione?
Elle souffla.
— Oui? Harry?
Son ton était sec. Elle était agacée. Et Harry tripotait le manche du couteau avec nervosité.
— Tu vas bien?
— Harry, on est en plein cours, tu crois vraiment que c'est le moment?
— À quel autre moment? Tu passes ton temps à nous fuir Ginny et moi! (Il se rapprocha un peu d'elle, pour éviter de parler trop fort.) Tu sais, il était vraiment mal après ton départ et…
— Stop! Arrête! Je n'ai pas envie de parler de lui. C'est… c'est pas le moment.
Alors, Hermione se leva et retourna dans le placard des ingrédients. Elle n'avait besoin de rien là-dedans mais les larmes lui montaient aux yeux et mettre sa tête dans les étagères était un moyen comme un autre de se cacher.
Les cours avaient repris depuis quatre jours et la sorcière tentait désespérément de ne pas penser à ce qu'il s'était passé au Terrier. Elle avait d'autres chats à fouetter que de ressasser la dispute entre elle et son petit-ami. Comme se concentrer sur ses cours, faire ses devoirs ou aider Malefoy. Pleurer et réfléchir à ce qu'elle aurait pu faire différemment n'étaient pas dans ses priorités. Hélas, Ginny et Harry n'étaient pas de cet avis et tenaient à ce qu'elle leur en parle. Alors, elle les évitait. Quelle autre moyen? Elle était toujours en colère contre Ron, et triste que leur relation évolue dans ce sens. Où en étaient-ils? Étaient-ils toujours ensemble? Elle n'en savait rien, et n'était pas prête à affronter ses émotions, ses doutes…
— Tu l'as fait?
Hermione sursauta, cognant son coude dans le panneau de gauche. Elle n'avait pas entendu Malefoy arriver par derrière. Elle grimaça de la sensation de décharge qui se diffusait dans son bras et se massa le coude de la main droite.
— Tu m'as fait peur.
Le Serpentard, appuyé contre le chambranle de la porte, les bras croisés, affichait son habituel air narquois.
— Et on vante le courage des Gryffondors…
— Ça n'a rien à voir, se justifia Hermione.
Mais Malefoy balaya son argument d'un geste de la main.
— Bref. Tu l'as fait ou pas?
— De quoi? Ah, ça, non, pas encore.
Il lui offrit une moue de déception, très théâtrale.
— Et moi qui pensais que tu voulais m'aider. Quelle désillusion…
Hermione leva les yeux au ciel.
— Arrête ton numéro. J'attend juste la bonne occasion. Maintenant, pousses-toi, j'aimerais retourner à mon chaudron.
Malefoy se décala à peine, forçant Hermione à se glisser entre lui et le cadre de la porte. Il avait repris son sourire moqueur et la regarda passer, lui offrant même un clin d'œil suggestif quand sa poitrine frôla ses bras croisés.
Gênée, les joues rouges, Hermione marmonna :
— Ferme-la, Malefoy.
— Je n'ai rien dit, ria-t-il.
Et il la suivit alors qu'elle allait reprendre sa place devant sa paillasse. Il continua son chemin pour retrouver la sienne, deux rangs derrière. Elle l'entendit vaguement rire avec Blaise. Hermione serra les dents. Tous les garçons avaient-ils décidé d'être insupportables en ce moment? Elle voulait juste être tranquille, par la barbe de Merlin.
Toutefois, l'occasion que lui offrait Malefoy de penser à autre chose qu'à ses problèmes de cœur était parfaite. Elle avait promis de l'aider et n'avait toujours pas avancer dans sa tâche. Il était grand temps qu'elle s'y mette.
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Hermione regardait la porte des toilettes pour filles avec désespoir. Ce qu'elle s'apprêtait à faire la mettait très mal à l'aise. Elle entendait les voix et les rires de ses camarades derrière le battant. La sorcière se mordit la lèvre inférieure. Elle n'était pas obligée de faire ça, elle pouvait toujours partir et dire à Malefoy que ce n'était pas de son ressort. Il était assez grand pour se débrouiller après tout. Elle l'avait déjà vu à l'œuvre.
Mais, c'était elle qui avait insisté pour exposer ses théories. C'était elle qui avait accepté de l'aider.
Une fille de quatrième année sortit des toilettes. Elle fixa la Gryffondor en maintenant la porte ouverte.
— T'y vas ou pas? demanda-t-elle.
Il était temps de prendre son courage à deux mains. Hermione acquiesça et pénétra dans la fosse aux lionnes. À l'intérieur, une vingtaine de filles étaient présentes. Certaines s'amassaient autour des lavabos, se faisant une beauté, d'autres s'étaient installées dans un coin et révisaient leurs sortilèges et d'autres encore étaient assises au bord de la fenêtre et discutaient.
Hermione chercha un visage connu parmi les élèves. Elle repéra Parvati Patil et Susan Bones adossées à un des lavabos. Elle s'approcha d'elles, slalomant parmi les autres filles.
— Mes cheveux sont bien mis? demanda Parvati à son amie.
Elle tournait le dos à Hermione. Cette dernière commença à se laver les mains, l'air de rien.
— Oui, ne t'inquiète pas, lui assura Susan. Oh! Salut Hermione!
— Salut les filles! répondit la jeune femme, comme si elle venait de s'apercevoir de leur présence.
Parvati se retourna vers sa camarade de maison. La jolie jeune femme lui souria et lissa ses cheveux d'une main nerveuse. Depuis la rentrée, Parvati cachait la moitié de son visage sous sa masse de cheveux noirs. Des traces de brûlure étaient malgré tout visibles sur une partie de son cou. Hermione n'en fit pas cas et reprit sur le ton de la conversation.
— Comment vous allez?
— Très bien et toi? répondit Parvati.
— Ça peut aller. Je viens d'avoir cours d'arithmancie, c'était passionnant, sourit Hermione.
Ses deux interlocutrices se regardèrent et échangèrent une grimace.
— Vraiment?
Peu d'élèves de septième année assistaient à ce cours. À peine une dizaine. Car l'arithmancie était une forme de divination basée sur les nombres et impliquait des calculs complexes. Beaucoup de ceux qui avaient tenté de suivre cet enseignement, l'avaient abandonné à la première occasion.
— Oui, assura Hermione. Le professeur Vector nous a donné un exercice à réaliser pendant son cours, assez difficile je dois dire, et le premier à trouver le résultat gagnait vingt points pour sa maison. C'était très stimulant.
— Ah.
Susan et Parvati affichaient un sourire poli mais Hermione sentait qu'elle était en train de les perdre. Elle ajouta donc à toute vitesse:
— J'ai gagné. Mais de peu. Malefoy était juste derrière moi.
Au nom du Serpentard, Hermione vit l'intérêt de ses camarades se réveiller. Elle était en train de leur tendre une perche monumentale.
— Ah oui, vous êtes amis maintenant, commença Susan.
— Peut-être même plus qu'amis? tenta Parvati.
— Malefoy et moi? Non, non, quelle idée, ria Hermione.
Les deux sorcières eurent l'air suspicieux.
— Pourtant, vous vous êtes rapprochés très vite cette année… Vous n'étiez pas censé vous détester? supposa Susan.
— De la haine à l'amour, il n'y a qu'un pas… continua Parvati.
Par la barbe de Merlin, dans quoi s'était-elle embarquée? Elle n'était pas là pour parler de Malefoy et d'elle, mais de Malefoy et de… n'importe qui d'autre. Tout ça était de la faute du Serpentard, c'était lui qui avait commencé à la draguer devant tout le monde. Et c'était à elle d'assumer maintenant.
— La fin de la guerre nous a rapprochés c'est vrai mais il n'y a rien de plus entre Malefoy et moi. Enfin, il me taquine parfois mais il sait très bien que je suis avec Ron.
Sa voix vira dans les aigus sur le dernier mot car rien n'était moins sûr. Mais Hermione enfouit cette pensée et se força à continuer :
— Non, on est devenu amis parce que… parce qu'il est temps que nous vivions en paix, voilà tout.
Hermione haussa les épaules. Elle n'avait plus l'impression de mentir désormais. Leur relation avait évolué car même quand ils se retrouvaient seuls, leur entente était cordiale. Le secret de Malefoy avait fini par les rapprocher.
— Enfin, je vivrais en paix si Malefoy me laissait tranquille avec ses histoires…
La Gryffondor plaqua une main sur sa bouche, comme si elle avait trop parlé.
— De quoi tu parles?
— Racontes!
Les deux amies la pressaient, se penchant même dans sa direction. Hermione remarqua du coin de l'oeil qu'une Serdaigle au corps élancé mettait un temps anormalement long à s'essuyer les mains et qu'un groupe de trois jeunes sorcières avaient arrêté de parler, l'oreille tendue; parfait, plus il y avait de monde pour écouter, plus vite la rumeur circulerait.
— J'en ai trop dit, je ne devrais pas…
Hermione se tourna vers le miroir, comme si elle voulait mettre un terme à la conversation. Susan la contourna et vint se placer à sa gauche, Parvati resta à sa droite: elle était encerclée.
— Justement, tu ne peux pas t'arrêter en si bon chemin, essaya de la convaincre Susan.
— On n'en parlera pas, promit Parvati.
— C'est juste que… Pas un mot d'accord?
— Promis, firent-elles en cœur.
Hermione se mordit la lèvre pour ne pas sourire. Est-ce que colporter des ragots commençait à l'amuser? Peut-être que oui. Alors elle pivota théâtralement, faisant dos à son reflet.
— En fait, Malefoy me parle de ses histoires de cœur, annonça Hermione sans baisser la voix.
Une fille, quelque part à la droite d'Hermione, fit tomber sa brosse à cheveux. Quelques gloussements se firent entendre, mais la sorcière en fit abstraction.
— Mais, on ne l'a vu avec personne depuis la rentrée, remarqua Susan.
— C'est ça le problème. Il se plaint d'être seul. Il n'arrête pas de répéter qu'il ne trouvera plus jamais quelqu'un. Que plus personne ne voudra de lui maintenant qu'il a si mauvaise réputation…
— En même temps, c'est vrai que c'est un mangemort… murmura Parvati.
— C'était un mangemort. Je pense… qu'il a changé, assura Hermione.
Et elle le pensait vraiment, du moins en partie. Au moins, il ne l'harcelait plus, il était même aimable avec elle. Bien sûr, c'était par intérêt mais c'était déjà un bon début.
— Excuses-moi mais, intervint la Serdaigle au corps élancé, est ce que tu es en train de dire que Drago Malefoy cherche une petite-amie?
Elle avait fini de s'essuyer les mains et se postait devant Hermione sans retenue, affirmant ainsi qu'elle participait à la conversation.
— J'en ai bien l'impression, pourquoi? Ça t'intéresse?
Hermione souriait en coin, son plan fonctionnait.
Soudain, la porte du cabinet, à côté desquelles se trouvait le groupe de jeunes sorcières, s'ouvrit en grand. Astoria Greengrass, la chemise à moitié rentrée dans sa jupe d'écolière, se tenait debout dans l'encadrement, un sourire béat aux lèvres.
Hermione sentit son sang quitter son visage.
Non. Pas elle.
Ces pensées perturbèrent Hermione. Astoria n'avait rien fait de mal. Elle semblait même très gentille. Elle pourrait bien aller avec Malefoy.
Trop bien même. Elle correspondait à tous ses critères. Elle avait toutes ses chances.
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Hermione arriva sur le terrain de Quidditch, la note de Malefoy froissée dans sa main. Il la lui avait envoyée un peu plus tôt dans l'après-midi pour l'informer du lieu où elle pourrait le trouver. Ne le voyant pas au sol, Hermione porta sa main en visière et chercha dans les airs.
Drago Malefoy était en tenu civil sur son balai quelques mètres plus haut. Il était accompagné d'un jeune garçon. Tous deux se faisaient des passes avec ce qui semblait être un souafle.
— Super! Tu te débrouilles très bien, encouragea Malefoy.
Il lançait la balle à droite et à gauche, rapidement puis doucement. Le jeune élève avait pour objectif de toutes les attraper. Alors que Malefoy lui envoyait une nouvelle balle, le garçon manqua de la louper et lâcha son balai pour la récupérer. Mais, il fut déséquilibré.
Hermione plaqua ses mains sur sa bouche en assistant à la scène. Le jeune sorcier glissa à l'avant du manche et bascula. Il se rattrapa de justesse à une main, le reste du corps pendant dans le vide.
— CHESTER! cria Malefoy.
Le Serpentard plongea sur son balai et vola à toute vitesse vers le dénommé Chester. Il s'arrêta juste en dessous de lui, prêt à le réceptionner en cas de chute.
— Ça va? demanda-t-il.
— Euh oui… Enfin, pour l'instant… répondit Chester, essoufflé.
— Tu vas remonter sur ton balai alors, sans lâcher le souafle.
Chester acquiesça. Il se mit alors à se balancer à bout de bras.
— Je glisse Drago! Je glisse!
— Continue Chester! Je suis juste en dessous si tu tombes. Mais tu vas y arriver! encouragea Malefoy.
Il se balança alors de plus en plus fort, jusqu'à ce que ses pieds touchent le manche du balai. Alors il s'agrippa en position du cochon-pendu, le souafle toujours calé dans une de ses mains. Il fit un mouvement du bassin qui tourna le balai. Et il se retrouva assis dessus comme si de rien n'était. Chester leva le bras qui tenait la balle un grand sourire aux lèvres, victorieux.
— J'ai réussi! Drago, t'as vu ça? J'ai réussi!
Malefoy se mit à rire. Il vint se placer à côté du jeune garçon.
— Continue comme ça et je pourrais peut-être appuyer ta candidature comme poursuiveur remplaçant.
Puis ses yeux gris tombèrent sur Hermione qui les observait toujours.
— L'entraînement est fini pour aujourd'hui, annonça Malefoy.
Les deux joueurs descendirent doucement vers le sol et posèrent pied à terre.
— Tu t'es vraiment bien débrouillé, reprit le Serpentard en s'adressant au plus jeune. On refera une séance la semaine prochaine, si tu veux.
— Vraiment?
Le sourire du garçon s'élargit et il serra Malefoy dans ses bras. Ce dernier, d'abord surpris, ne manqua pas de poser une main sur la tête brune de Chester, lui rendant son accolade. Le garçon lui arrivait tout juste aux pectoraux.
— Merci Drago! s'exclama le jeune élève.
Hermione ne put retenir un sourire devant cette scène attendrissante.
Puis Chester se détacha et fila en direction des vestiaires du stade. Malefoy se tourna alors vers la Gryffondor qui s'était approchée.
— Alors? demanda-t-il en premier. Tu l'as fait?
— Oui et je me suis sentie ridicule! s'exclama Hermione. Je ne comprends toujours pas pourquoi tu n'as pas fait ça toi-même avant.
— Je te l'ai déjà expliqué, répondit Malefoy d'une voix traînante, il fallait que l'information vienne de quelqu'un d'autre. Ma réputation n'est plus vraiment au beau fixe: je suis un ancien mangemort qui aimait un peu trop s'amuser avec les filles. Et qui mieux qu'une héroïne de guerre (Malefoy afficha un rictus narquois à cette appellation) pour redorer mon blason.
— Il y a bien une ou deux filles qui t'auraient accepté avec cette réputation.
— Une ou deux filles ne suffisent pas. Si je veux mettre toutes les chances de mon côté, il me faut un maximum de choix. Je ne vais quand même pas tomber amoureux de n'importe qui.
Hermione roula des yeux. Le Serpentard commença à marcher en direction de la sortie du stade. Elle le suivit.
— On ne choisit pas de qui on tombe amoureux, Malefoy.
Il lui jeta un regard en biais, indéchiffrable. Puis il haussa les épaules.
— Peut-être pas, abdiqua-t-il. Mais on peut toujours forcer le destin.
Hermione n'était pas certaine de ça non plus mais jugea bon de ne pas insister sur ce terrain. Elle ne s'y connaissait pas suffisamment pour débattre avec Malefoy. À la place, elle préféra changer de sujet:
— C'était qui avec toi?
— Un gamin que j'ai rencontré cette année, il aide à la restauration du château avec moi, répondit Malefoy, je l'entraîne un peu, il aimerait intégrer l'équipe de Quidditch de Serpentard l'année prochaine.
— C'est très gentil de ta part, s'étonna Hermione.
— C'est quelqu'un que j'apprécie.
— Comme les sœurs Greengrass?
Il tourna légèrement la tête vers elle alors qu'ils progressaient doucement dans le parc de l'école.
— Oui, comme les sœurs Greengrass…
Hermione se mordit la lèvre:
— Astoria m'a fait beaucoup d'éloges à ton sujet.
— Elle est raide dingue de moi.
Hermione haussa les sourcils, surprise. Elle ne se doutait pas que le Serpentard était au courant des sentiments de la jeune fille à son égard.
— Je ne pensais pas que tu étais au courant… Et toi tu ne l'apprécie pas de cette façon? Elle pourrait peut-être… t'aider, suggéra Hermione.
À nouveau, cette sensation étrange vint serrer la gorge d'Hermione. Elle redoutait sa réponse. Pour une raison obscure, elle ne souhaitait pas que Malefoy s'intéresse à Astoria.
— Je ne sais pas, je la connais depuis que nous sommes petits.
Ce n'était ni un oui ni un non. Hermione leva son visage vers le haut. La silhouette massive du château se découpait sur le ciel grisâtre du mois de novembre. Ils montèrent les dernières marches menant à la porte d'entrée principale. Hermione saisit la poignée d'un des battants et l'entrouvrit assez pour que les deux jeunes sorciers puissent se faufiler à l'intérieur.
Seulement, à peine eut-elle fait deux pas sur les dalles du hall d'entrée qu'Hermione glissa et bascula en arrière. Le choc avec le sol fut brutal.
— Alors Granger, on ne sait plus se servir de ses jambes? balança Malefoy, moqueur.
Hermione jeta un regard noir par dessus son épaule. Elle avait atterri sur les fesses et elles lui faisaient un mal de chien. Elle vit Malefoy s'avancer à son tour dans le hall. Sauf qu'il ne fit pas mieux qu'elle. Ses bras moulinèrent dans le vide quand il perdit l'équilibre. Et il tomba. Sur elle.
— Par Salazard!
Malefoy était en travers des jambes de la Gryffondor qui avait accusé le coup. Il tenta de se relever mais une substance glissante au sol l'en empêchait.
— Mais qu'est ce que c'est?
Il porta une main proche de son visage. Hermione en fit autant. La substance était transparente, légèrement verdâtre. Elle n'avait pas d'odeur mais était très visqueuse et glissante. Un rire résonna au loin, comme à travers les murs.
— Sûrement un mauvais tour de Peeves, indiqua la jeune femme.
— Un jour j'anéantirai cet esprit frappeur!
Malefoy tourna la tête vers elle. Il était décoiffé et avait de la substance sur la joue. C'était tellement ridicule. Hermione laissa échapper un premier gloussement. Les lèvres de Malefoy s'étirèrent.
Et ils éclatèrent de rire.
Hermione avait chaud, des larmes perlaient aux coins de ses yeux, son corps était agité de spasme tant elle riait. Elle n'arrivait plus à s'arrêter. Et Malefoy n'en menait pas large. C'était étrange de le voir dans cet état. Toujours allongé sur ses jambes, elle sentait le rire qui le secouait.
Le Serpentard voulut faire une nouvelle tentative pour se relever mais il glissa et s'affala de nouveau sur les jambes d'Hermione. Leurs rires repartirent de plus belle.
Hermione avait mal au ventre, et était essoufflée. Mais qu'est ce que ça faisait du bien! Elle avait l'impression de ne pas avoir ri comme ça depuis une éternité. Doucement, elle reprit son souffle et s'allongea sur le dos pour se calmer.
La respiration de Malefoy sembla également plus régulière. Soudain, Hermione se crispa: le Serpentard venait de poser sa main sur sa cuisse. Ses doigts étaient glacés à travers le jean d'Hermione mais c'est pourtant une vague de chaleur qui envahi la jeune femme. Malefoy prit appui sur elle pour se redresser. Et le contact disparut aussi vite qu'il était apparu. Il lui tendit une main qu'elle saisit. Hermione se retrouva assise à ses côtés. Le Serpentard fit un mouvement pour se relever mais elle le stoppa.
— Attends! (Elle sortit sa baguette de sa poche.) Récurvite!
Aussitôt la substance visqueuse disparut.
— Ce sera plus simple, sourit-elle.
— Evidemment, je suis même surpris de ne pas l'avoir fait moi-même.
Le Serpentard se mit debout, remit ses cheveux blonds en place et aida Hermione à se relever à son tour. Dès qu'elle fut sur pieds, la jeune femme recula d'un pas: chaque contact avec Malefoy faisait bouillonner son sang. Elle savait ce que ça voulait dire. Et il fallait qu'elle s'éloigne.
— On… On se voit plus tard, salua-t-elle alors qu'elle montait déjà les escaliers.
Dès qu'elle fut seule, Hermione se mit à cogiter. Malefoy lui faisait ressentir des choses qui étaient loin d'être innocentes. Or, elle ne devait surtout pas ressentir ce genre de "frissons". Car c'était cela, des frissons, une réaction purement physique face à une personne aléatoire. Elle n'avait jamais été aussi proche du Serpentard durant toute sa scolarité. C'était la première fois qu'ils se parlaient, qu'ils se… touchaient. Et le corps d'Hermione avait décidé de réagir à ce contact. Pourquoi lui et pas un autre? Car là était tout le problème, elle ne ressentait cela avec personne d'autre, pas même Ron. Ron, son petit-ami, avec qui la situation était plus que trouble. Perdait-elle la tête? Comparait-elle vraiment Malefoy, ancien mangemort et ennemi, avec Ron, son meilleur ami et amour? Elle s'imagina, le temps d'une demie seconde, tenir la main et embrasser le Serpentard dans les couloirs et une vague de chaleur déferla en elle. Que faisait-elle? Tout ça n'avait aucun sens… Ses pensées étaient sûrement liées à la dispute de la semaine dernière. Peut-être… Peut-être qu'au final, elle avait besoin d'en parler.
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— Je suis contente de passer du temps avec toi.
Hermione sourit. Elle aussi était heureuse de retrouver Ginny. Sa meilleure amie lui avait manqué durant la semaine où elle l'avait évitée. Mais aujourd'hui, elle était prête. Elle se posait un milliard de questions et avait besoin d'aide. Ginny, qui avait connu plusieurs expériences amoureuses, était la mieux placée, d'après Hermione, pour lui répondre.
Toutes deux se trouvaient dans la salle de bain commune du dortoir des filles. Il était tard, le dîner était passé depuis un moment et la plupart de leurs camarades étaient partis se coucher. Elles avaient le lieu pour elles seules et pouvaient discuter librement, sans risquer d'être interrompues.
— Je pensais mettre mes idées au clair, seule, de mon côté… Mais je me rends compte que j'ai quand même besoin d'une amie pour m'aider.
Ginny et Hermione échangèrent un regard à travers le miroir.
— Et je suis ravie d'être cette amie, sourit la rousse. Tu sais (elle se tourna vers Hermione), Ron a beau être mon frère, je sais rester objective: ce qu'il t'a dit était méchant.
Hermione baissa les yeux sur ses mains, elle tenait un flacon de lotion pour les cheveux. Elle en mit une grosse noisette dans sa paume et la porta à ses narines. Ça sentait le miel. Elle adorait cette odeur. Doucement, elle reposa le flacon et releva la tête.
— Ce qu'il m'a dit m'a blessée mais…
Hermione frotta ses paumes l'une contre l'autre pour réchauffer la lotion. Ginny la regarda à travers le miroir, attendant une suite qui tardait à arriver.
— Mais?
— Je… je me suis repassée la scène un millier de fois depuis samedi, et je me rends compte que nous avons tous les deux eû nos torts. C'est un gros malentendu et j'espère que ça s'arrangera. Il nous faut juste un peu de temps, je crois. Je… J'avais une question à te poser, en fait.
Elle passa ses doigts dans ses cheveux. Ginny haussa les sourcil, intriguée.
— Vas-y.
Hermione stoppa ses mouvements, hésitante.
— Co… Comment sait-on qu'on est amoureux?
Ginny resta un instant la bouche entrouverte, ne sachant que répondre. Hermione, elle, se mordit la lèvre. Elle parlait de ses sentiments avec la sœur de son petit-ami. Peut-être faisait-elle une erreur. C'était sa meilleure amie mais elle la mettait dans une position délicate.
— Je pense qu'on le sait simplement, finit par répondre la rousse. Mais tu sais, être amoureux ne fait pas tout. Il y a aussi l'attirance, le partage… Un couple peut avoir des hauts et des bas. Et l'important quand vous êtes en bas, c'est d'essayer de remonter ensemble.
Hermione regarda son reflet, les sourcils froncés. "Remonter ensemble". C'est ce qu'ils devaient faire: ils devaient être une équipe. Dans son esprit, l'image d'elle et Ron détruisant le dernier horcruxe avant qu'ils ne s'embrassent pour la première fois apparut. Puis, elle se vit allongée et en larme sur le parquet de la tour d'astronomie caressant les cheveux blonds de Malefoy alors qu'il souffrait le martyre. Non! Ça n'avait rien à voir! Elle était là pour Malefoy, mais lui, que lui apportait-il? Rien du tout. Il n'avait jamais été là pour elle. Et certainement pas le jour où elle en avait eu le plus besoin. Le flash du souvenir la crispa. Elle était allongée, la douleur était atroce. L'ombre d'un jeune homme blond se découpait au fond de la pièce. Il la regardait agoniser.
— À quoi tu penses? glissa Ginny.
Hermione cligna des paupières avant de tourner la tête vers son amie.
— Je vais écrire à Ron. Nous allons arranger les choses, ensemble. Merci, Ginny.
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La lueur de la bougie faisait ressortir l'encre noire sur le parchemin blanc. Hermione se relut une dernière fois.
" Ron,
Notre dispute de la semaine dernière est un horrible malentendu. Je suis désolée que ça se soit passé ainsi et d'être partie au lieu d'essayer d'arranger les choses. Nous avons vécu des événements bien plus insurmontables que ça et je suis certaine qu'ensemble nous pouvons tout réussir. Tu es trop important pour moi pour que je t'abandonne à la moindre difficulté.
Je t'aime,
J'espère avoir rapidement de tes nouvelles,
Ton Hermione."
Satisfaite de son courrier, la jeune sorcière regarda l'heure sur la pendule au-dessus de la cheminée de la salle commune. Il était minuit passé. Malefoy devait s'être transformé. Hermione rassembla ses affaires, souffla la bougie et monta dans son dortoir.
Elle enverrait sa lettre demain, à la première heure.
