IV
Lorsque Dean ouvrit les yeux, le lendemain matin, le chalet était silencieux. Sam dormait sur le lit d'en face, il pouvait l'entendre ronfler doucement. Ce n'était pas surprenant qu'il soit le premier levé, c'était souvent le cas, mais il était étonné que le sommeil de son frère soit aussi profond alors qu'il était presque neuf heures du matin.
– Sam?
Sam ne réagit pas. Dean se leva, hésita à le secouer puis se ravisa. Ils avaient ce Jérôme à interroger aujourd'hui, mais Sam avait besoin de dormir, surtout après avoir passé tant d'années à se battre contre les démons et ensuite à empêcher Lucifer de régner sur la Terre. Dean couva son frère du regard. Certes, il avait réussi à s'extraire rapidement de la cage de Lucifer, mais il n'en était pas pour autant sorti sans aucune séquelle, même s'il n'en parlait jamais. Dean le laissa dormir et alla chercher de quoi préparer le petit déjeuner. Lorsqu'il revint, Sam dormait toujours. Dean ouvrit son ordinateur et entreprit de chercher tout ce qu'il pouvait trouver sur Gina Lambert et Jérôme Posé tout en lançant une playlist de hard rock sur Deezer, comme le lui avait montré son frère. Lorsque Sam émergea, une heure et demie plus tard, il avait l'impression de tourner en rond.
– Salut, grogna son frère en se frottant le visage.
On aurait dit qu'un camion venait de lui rouler allègrement dessus.
– Ça va mon Sammy? T'as l'air d'avoir pris la cuite de ta vie hier soir. On a pourtant pas tant picolé!
– J'ai besoin d'un café, répondit Sam en s'asseyant à ses côtés. Tu fais quoi?
– Je regarde si je trouve des infos intéressantes sur Gina, la morte du chalet et son fameux Jéjé. Rien de bien probant. Elle m'avait tout l'air d'être une meuf tout ce qu'il y a de plus lambda, et lui… Ben c'est un québécois de base tout aussi lambda, en tout cas d'après Internet.
– Ok, répondit Sam.
Son portable vibra sur la table et Dean eut le temps d'apercevoir le nom de Solveig avant que Sam ne l'attrape.
– Solveig t'écrit? Je suis étonné que vous n'ayez pas conclu hier soir.
Sam eut un petit rire de dépit.
– Tu dois effectivement être des plus étonnés, je n'en doute pas!
Il jeta un œil au message et ne put retenir un sourire idiot.
– Dis donc, remarqua Dean, j'ai raté un truc? Vous avez passé la soirée à vous envoyer des sextos ou quoi?
– Non.
Sam évitait son regard.
Dean haussa un sourcil, de plus en plus intéressé.
– Sam?
– Je suis ressorti. Hier soir. Une fois que tu dormais, avoua-t-il finalement tout en regardant son téléphone.
Dean en resta bouche bée.
– Tu es ressorti… tout seul?
Sam lui jeta un regard en coin.
– Ne fais pas comme si tu n'avais pas compris, Dean.
L'intéressé en resta sans voix.
– Mais on parlera une autre fois… On a un problème. J'ai reçu un message de Solveig. Il y a eu un nouveau meurtre.
– Quoi?
Dean lui arracha le téléphone des mains. En dessous d'un message qu'il aurait préféré ne jamais lire de la part de son frère, Solveig lui envoyait un émoji cœur, puis un autre message beaucoup moins mignon:
Solveig: notre voisin d'à côté a été retrouvé mort ce matin!
Solveig et Annie les attendaient sur le perron de leur chalet. Solveig avait l'air plus alerte que Sam, ce qui ne voulait absolument rien dire étant donné qu'il y avait un cordon de sécurité autour du chalet voisin.
– Qu'est-ce qu'il s'est passé? demanda Sam de prime abord.
– On a été réveillées par les voitures de flic se garant au pied de notre chalet.
– On a aucune info, ajouta Annie. Mais on a vu, par la fenêtre… Enfin, allez voir par vous-même. Ça vaut mieux.
Intrigués, Sam et Dean se dirigèrent vers le chalet numéro 29. Sur la route, ils croisèrent le coroner qui emmenait le corps d'un vieil homme, vêtu d'un tee-shirt bleu et enveloppé dans un tissu rouge. Ils soulevèrent le cordon qui barrait l'entrée et pénétrèrent à l'intérieur. Sans surprise, l'agencement était exactement le même que toutes les autres constructions du lieu. La pièce de vie comportait un canapé et une table basse, une table à manger et une petite cuisine dans le fond à droite, et deux portes menaient soit vers la salle de bain, soit vers la petite chambre sur la gauche. Deux policiers se trouvaient à l'intérieur, en compagnie de deux membres de l'équipe scientifique de Montréal.
– FBI, répondit Dean en montrant son insigne. On s'est déjà croisés hier. Que s'est-il passé?
Le policier, un jeune moustachu au visage angélique, se gratta la tête comme si lui-même ne savait pas ce qu'il faisait là. Il n'avait pas dû voir beaucoup de meurtres de ce type au cours de sa carrière.
– George Dedieu, soixante-deux ans. Ça faisait apparemment trente-sept ans qu'il venait pêcher ici tous les étés… Sa femme l'a trouvé en se réveillant ce matin. Il n'était pas dans son lit. Au début, elle a cru qu'il s'était endormi devant la télé la veille au soir et qu'il dormait encore, car il était assis sur le canapé et ne bougeait pas d'un pouce. C'est en s'approchant qu'elle a compris qu'il était mort. Mais ce qui est bizarre, c'est la mise en scène. Hier, on avait une personne pendue par les pieds. Ce matin, nous avons trouvé un homme assis les yeux fermés dans le canapé. Il aurait pu être endormi, mais le corps comportait des traces d'étranglement. Enfin, vous lirez le rapport du légiste, mais nous n'avons aucun doute sur le fait qu'il s'agit d'un meurtre. Mais ce n'est pas le plus étrange.
Il s'approcha de la table de la cuisine sur laquelle se trouvaient plusieurs objets rangés dans des sacs plastiques.
– Il portait ceci entre ses bras, qui étaient croisés sur sa poitrine.
Sam prit les sachets dans ses mains.
Le premier contenait une sorte de balle en bois. Le second, un bâton lisse, du genre de ceux que l'on trouve dans les boutiques de souvenirs pour randonneurs du dimanche.
– Qu'est-ce que ça veut dire? se demanda-t-il à voix haute en fronçant les sourcils.
– À vous de me le dire, répondit le policier en haussant les épaules. On n'en sait pas plus que vous pour le moment.
– Où peut-on voir le corps?
– Il est parti à la morgue du comté, avant de rejoindre celle de Montréal. C'est sûrement eux qui vont récupérer l'affaire, comme d'habitude.
– Merci, dit Dean. Et la femme?
– Partie avec mes collègues il y a dix minutes. Elle doit voir notre psychologue et ensuite nous devrons l'interroger.
Ils repartirent vers le chalet d'Annie et Solveig.
– Tu en penses quoi? demanda Dean en regardant droit devant lui.
– J'en pense que ça commence à puer. On dirait des meurtres en série… Mais toujours rien qui nous fasse penser à quelque chose de surnaturel.
– Je suis d'accord avec toi. Il faudrait qu'on voie le corps, mais c'est un peu tôt, le coroner partait tout juste quand on est arrivés tout à l'heure. On doit vérifier s'il y a bien autre chose que des étranglements.
– Si c'est comme sur le premier corps, on ne trouvera rien de probant, répliqua Dean en faisant la moue.
– Ne pars pas défaitiste.
Solveig et Annie les attendaient sur le perron du chalet. Solveig se rongeait les ongles, d'inquiétude ou d'impatience, et Annie avait croisé les bras sur sa poitrine.
– C'est un meurtre, n'est-ce pas? demanda Annie de sa voix douce.
– On ne peut pas nier l'évidence, répondit Sam. Il a été étranglé. Mais gardez-le pour vous, on ne sait pas quelle stratégie de communication la police locale va adopter.
– On ne sait même pas si c'est eux qui vont garder l'enquête, ajouta Dean de sa voix grave.
– Venez à l'intérieur, dit Solveig.
Dean remarqua le regard qu'elle échangea avec Sam alors qu'il passait devant elle. Il aurait juré qu'elle rougissait.
Annie servit une tasse de café noir à tout le monde, avant de rajouter du lait dans la sienne. Dean ne put s'empêcher de se demander si Solveig et Sam s'étaient retrouvés ici cette nuit, avant de se donner des claques mentales pour se concentrer sur la question qu'elle venait de lui poser:
– Quoi?
– Est-ce que vous avez vu le corps?
– Pourquoi tu veux savoir ça? répliqua Dean en fronçant les sourcils.
Solveig haussa les épaules.
– Je ne sais pas. La façon dont était disposé le premier corps m'a intriguée. Il était pendu par les pieds celui-là aussi?
– Non, répondit Sam.
Dean croisa son regard et sentit son hésitation. Devaient-ils parler de ça avec elles? Ils ne les connaissaient pas vraiment, après tout. Et si c'était des sorcières?
– Celui-ci était assis dans son fauteuil, reprit Sam. Sa femme croyait qu'il s'était endormi devant la télé.
Dean retint l'envie de lever les yeux au ciel et de faire un appel du pied à son frère.
– Assis dans son fauteuil? s'étonna Solveig. C'est tout?
Elle avait l'air déçue.
– Il n'avait pas d'objet avec lui? demanda Annie.
Sam et Dean se lancèrent une nouvelle œillade avant de la regarder.
– Tu sais quelque chose?
– C'est que… le premier meurtre nous a fait penser à un truc, répondit-elle de sa voix douce, s'excusant presque.
– Je t'en prie, dis-nous en plus,l'enjoignit Dean en ouvrant les deux mains.
– Je vais plutôt vous montrer.
La jeune femme se leva et se dirigea vers sa chambre. Elle revint avec un jeu de cartes.
– C'est un tarot? demanda Sam en fronçant les sourcils, comme s'il comprenait soudain.
Annie se rassit, sortit le jeu du paquet et entreprit de chercher une carte, qu'elle abattit sur la table. Sam et Dean se penchèrent d'un même geste. Elle représentait un homme vêtu d'une tenue médiévale, le pied gauche retenu par une corde qui le maintenait tête en bas. Il souriait d'un air serein, presque moqueur.
– Le Pendu, expliqua Annie. La victime d'hier avait-elle les mains attachées dans le dos?
– En effet, répondit Sam. Vous croyez que le tueur a voulu reproduire une carte de tarot? Mais pourquoi?
– Ça, nous n'en savons rien, avoua Annie. C'est peut-être une coïncidence. Peut-être qu'il veut faire passer un message à quelqu'un. Ou alors le tueur est une femme et c'est une sorcière.
Les frères Winchester ne purent retenir une exclamation commune:
– Une sorcière? Vous connaissez des sorcières?
Annie et Solveig se regardèrent en fronçant les sourcils, perplexes:
– Comment ça?
Solveig semblait retenir un éclat de rire:
– C'est à la mode en ce moment de se dire sorcière quand on est une femme et qu'on s'intéresse aux pratiques wiccanes ou païennes. Ça vous effraie vraiment ou vous plaisantez?
Sam se passa une main sur le visage et Dean sentit une goutte de sueur glisser tel un serpent le long de sa colonne vertébrale et lui glacer le dos. Ils avaient été à deux doigts de se trahir.
– Vous n'êtes pas sérieuses, marmonna-t-il en les regardant l'une après l'autre.
Le visage de Solveig exprimait une totale incompréhension face à leur réaction.
– C'était juste une idée, répliqua-t-elle en coulant un regard vers Sam. J'ai pensé à la carte du tarot quand tu m'as dit que la victime n'avait pas été retrouvée pendue par le cou, mais voilà, je me trompe sû deuxième victime n'était pas pendue de toute façon.
– Mais elle avait bien des objets avec elle, répliqua Sam en la regardant droit dans les yeux.
Il y avait une telle électricité entre eux que Dean avait l'impression que leurs cheveux allaient se dresser sur leurs têtes.
– Quels objets? demanda Annie. Une épée? Une balance? Un livre? Un globe?
– Rien de tout… Attends, si, il y avait une sorte de boule en bois. Et un bâton.
– Ça pourrait être un sceptre, fit Solveig à l'attention d'Annie. Le sceptre et le globe. L'Empereur.
Annie reprit son jeu de carte et en posa une nouvelle à côté du Pendu. Elle représentait un homme élégamment habillé, tourné vers le côté gauche, assis sur un trône. Il avait l'air serein et tenait à la main un sceptre. Devant lui était posé un globe surmonté d'une croix.
– Le corps qu'on a croisé, qui sortait de la maison, portait du bleu, remarqua Sam. Comme la première victime.
– Une tunique bleue et une cape rouge? demanda Annie.
– Un tee-shirt, oui, bleu foncé. Et effectivement, il était enroulé dans un tissu rouge, je pensais que ça venait du coroner mais…
– Ils n'ont pas ces couleurs, sur tes cartes, fit remarquer Dean.
– Mon tarot est plus moderne, mais les couleurs bleu et rouge sont celles du tarot de Marseille, l'original. J'en ai un chez moi, à Montréal. Mais vous pouvez trouver les représentations des cartes sur Internet.
– Le Pendu et l'Empereur… Ok, concéda Dean. Et elles veulent dire quoi, ces cartes?
– Plein de choses, ça dépend comment elles sont tirées, il y a plusieurs lectures possibles, répondit Annie en haussant les épaules.
– Notamment si la carte est tirée à l'endroit ou à l'envers, expliqua Solveig.
Dean ferma les yeux quelques instants.
– Ça m'a l'air simple. Si le tueur ou la tueuse choisit de représenter ses meurtres sous la forme de cartes de tarot, c'est pour nous faire passer un message clair, non? Quelle serait la lecture la plus évidente, d'après vous?
– Le Pendu représente l'attente, voire le sacrifice que l'on est prêt à faire pour obtenir satisfaction, mais aussi la patience et la solitude. Après… Chacun en fait sa lecture en fonction de son regard sur la carte et des autres cartes qui la suivent ou la précèdent. Mais en gros, le Pendu est une personne prête à attendre et à se remettre en question pour arriver à ses fins.
– C'est une carte qui inquiète parfois car elle invoque l'idée d'un sacrifice, ajouta Solveig.
Dean et Sam se jetèrent un nouveau regard. Sorcellerie, sacrifices… Il commençait à y avoir beaucoup de choses proches du surnaturel dans cette affaire. Mais encore une fois, comme l'avait souligné Solveig, peut-être n'était-ce qu'une coïncidence liée à la sorcellerie moderne.
– Et l'Empereur? demanda Sam.
– C'est plus évident, répondit Annie en regardant la carte. L'Empereur représente l'autorité stable, la connaissance aussi, la confiance en soi. Tirer l'Empereur, c'est s'assurerla réussite de ses projets et une certaine confiance en soi ou en ses proches.
– Ok… On est sur une idée de projets et de réussite dans les deux cas alors? demanda Sam, qui réfléchissait tout haut.
– Ça dépend de ce que l'on demande aux cartes, expliqua Annie. Ça peut aussi parler d'un proche, ou de son monde intérieur…
– Ça m'a tout l'air d'être un sacré bordel, conclut Dean. Pas sûr que ça nous donne le moindre indice pour comprendre qui est derrière tout ça.
Sauf si l'indice est de nous orienter vers du surnaturel, songea-t-il. Il se tourna vers Annie et reprit la parole:
– Comment vous savez tout ça sur le tarot?
La jeune femme devint écarlate.
– Tu n'as pas compris? Je tire les cartes, depuis des années.
Dean leva les sourcils en signe de compréhension, comme s'il venait de résoudre un grand mystère.
– Il faut absolument qu'on rencontre Jérôme Posé, reprit son frère. Pour le moment, c'est notre seule piste concrète.
†
Il était encore suffisamment tôt pour que Sam et Dean puissent espérer trouver Jérôme Posé à son chalet, ils se hâtèrent donc de s'y rendre sans perdre de temps. Dean eut envie de questionner son frère à propos de sa soirée de la veille, mais se retint une fois de plus. Arrivé devant le chalet qui faisait face à la plage, il remarqua que les bandes jaunes autour de celui de Gina étaient toujours en place.
– Deux meurtres en deux jours, c'est quand même sacrément rapide. Le gars a la confiance.
– C'est clair, confirma Sam en frappant à la porte.
Un jeune homme leur ouvrit rapidement la porte. Il avait un visage rond surmonté d'une paire de lunettes tout aussi rondes, une barbe de quelques jours et des sourcils naturellement froncés qui lui donnaient un air ahuri.
– Oui?
– FBI, récita Dean en montrant rapidement sa carte. Nous vous cherchions déjà hier à propos du meurtre de votre voisine, Gina Lambert.
Le jeune homme pâlit légèrement et eu l'air encore plus perdu.
– Oui bien sur… Je vous en prie, entrez.
Il leur proposa de s'asseoir à la table de la cuisine, que Sam et Dean commençaient à connaître puisqu'elle était toujours identique à celle des autres chalets qu'ils avaient visités.
– Que pouvez-vous nous dire sur Gina? demanda Sam. Elle avait des problèmes? Elle avait l'air inquiète?
– Non, pas que je sache… Après, je ne la connaissais pas très bien… On s'était rencontrés la semaine dernière, juste après mon arrivée… Elle était, comment dire, sociable, très sociable. J'étais sur ma terrasse en train de boire une bière après ma journée de pêche et… Elle était sur la sienne et a commencé à me parler.
Jérôme parlait avec un fort accent québécois et entrecoupait ses phrases de silences hésitants, comme s'il doutait de tout ce qu'il disait.
– Voilà, donc après… On a continué à se voir, tout simplement. J'allais chez elle, elle venait chez moi… Enfin, on se voyait surtout pour…
Pour baiser, pensa Dean.
– Elle était très… entreprenante, conclut-il.
Il baissa soudain les yeux vers la table, et Dean comprit qu'il retenait ses larmes. Il essaya de se souvenir du visage de Gina, mais il se rappelait surtout de son corps suspendu dans le vide.
– Vous diriez que vous étiez ensemble? demanda Sam.
Jérôme se frotta les yeux et tenta de reprendre contenance.
– Franchement? Je dirais qu'on se… Fréquentait, c'est plutôt le mot. Mais je crois qu'elle voyait d'autres hommes… Enfin… Au moins un autre, c'est sûr… Je l'ai croisé une fois, en revenant de la pêche… Très entreprenante, Gina.
– Mais euh, excusez ma question, fit Dean en s'éclaircissant la voix. Vous n'étiez pas jaloux?
– Euh… Un peu, avoua Jérôme. Mais bon… Comme ça… J'étais libre aussi, voyez? Il y a… Deux très jolies filles qui ont un chalet dans l'allée derrière… Bref, je me disais… Je les reverrai peut-être.
Dean jeta un regard à Sam, dont la mâchoire venait de se crisper légèrement, et retint un sourire.
– Euh, oui, je vois vaguement de qui vous voulez parler. Et donc, vous étiez avec Gina le soir de sa mort?
– Je ne vais pas vous mentir… On a passé une partie de la soirée ensemble… Mais je suis parti vers onze heure, je dirais… Ensuite je suis allé me coucher… Ce n'est pas moi qui l'ai tuée! lança-t-il soudain, comme s'il réalisait d'un coup qu'il était le suspect numéro un. – On n'en doute pas, répliqua Dean, qui pensait le contraire. Et la nuit dernière?
– La nuit dernière? Pourquoi ça vous intéresse?
Dean haussa les épaules.
– Pour nous faire une idée de votre vie, monsieur Posé.
Jérôme resta bouche bée quelques instants, et Dean se dit qu'il n'aurait pas pu avoir l'air plus idiot.
– Ben, la nuit dernière… J'ai regardé un film et ensuite j'ai joué à un jeu en ligne avec mon frère… Je ne sais pas jusqu'à quelle heure, mais tard… J'ai dû me coucher vers deux heures, un truc comme ça…
– Votre frère peut le confirmer?
– Oui, on était en Facetime. Enfin, nos caméras étaient allumées, quoi… Parce qu'on… Parlait en même temps. On fait souvent ça. J'avais… Besoin de me changer les idées, vous comprenez?
– Parfaitement, répliqua Sam. Pouvez-vous nous en dire davantage sur l'homme que vous avez croisé sortant de chez Gina l'autre soir?
– Euh… Il était grand, brun… Plutôt beau gosse, dans le genre sportif, si vous voyez ce que je veux dire. Il n'avait rien de notable, en dehors de ça. Enfin, il portait un tee-shirt avec Palpatine dessus.
Dean fronça les sourcils:
– Palpatine?
– C'est dans Star Wars, lui répondit Sam en chuchotant. Je vous remercie de vos réponses sincères, monsieur Posé. On reviendra vers vous si besoin, restez dans le coin, d'accord?
