14 Février 1996, Pré-au-lard

Valentina s'avançait sur le chemin menant à Pré-au-lard aux côtés de Fenella et de quelques autres Poufsouffles. Les deux jeunes sorcières avaient toutes deux rendez-vous à Pré-au-lard, l'une avec Fred Weasley, l'autre avec David Lloyd. Sachant pertinemment que Fenella appréciait particulièrement Lloyd, Valentina s'était sentie extrêmement mal quand ce dernier lui avait demandé de sortir avec lui pour la Saint-Valentin quelques jours auparavant. Elle avait été sauvée in extremis par Fred, qui avait prétendu avoir déjà demandé à la jeune femme de sortir avec lui ce jour-là, ce qui n'était évidemment pas le cas. Fred lui avait par la suite demandé d'y aller avec lui, et elle avait accepté, prétendant y être obligée maintenant que David Lloyd pensait qu'elle avait déjà quelqu'un pour l'accompagner.

« Ce n'est rien, j'ai toujours su que tu l'intéressais, avait dit Fenella quand les deux amies en avaient parlé. De toute manière c'est avec moi qu'il y va maintenant. »

Son amie avait balayé le sujet d'un revers de la main, comme si cela importait peu. Même si elle savait que son amitié avec Fenella était trop solide pour flancher à cause d'une bête histoire de cœur, Valentina ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour son amie. Mais l'inébranlable insouciance de Fenella l'avait convaincue de ne pas y prêter trop attention. Aussi, Fenella avait-elle insisté pour maquiller Valentina avant de se rendre à Pré-au-lard.

« C'est ton premier rencard avec lui, il faut faire bonne impression ! Avait-elle dit à son amie un peu plus tôt dans la matinée.

- Je te l'ai déjà dit, ce n'est pas un rencard ! Avait répondu Valentina.

- Mais oui bien sûr, à d'autres. »

Fred et Valentina s'étaient donné rendez-vous sur la place principale dans la matinée, quelques heures avant le début du concert des Twisted Cupidons, auquel Valentina avait particulièrement envie d'assister. C'était d'ailleurs la raison principale pour laquelle elle avait accepté, enfin tout du moins, c'était ce dont elle essayait de se convaincre.

S'y sentant obligé, Valentina s'était pliée aux désirs de Fenella et l'avait laissée la maquiller légèrement. Valentina, n'ayant l'habitude de ne porter guère plus que du mascara, se trouva complètement changée. Le peu de blush qu'avait appliqué Fenella teintait ses joues d'une jolie couleur rosée, et mettait en valeur ses yeux verts, sans en faire trop. Elle avait aussi légèrement coloré ses lèvres d'un rose mordant, donnant une subtile impression de fraîcheur. Le rendu était naturel, mais pour la première fois de sa vie, Valentina se trouvait... jolie. Évidemment, elle ne se trouvait pas moche non-plus, elle n'accordait simplement pas assez d'attention à son physique et n'avait pris l'habitude de porter du mascara simplement parce que Fenella l'y avait poussé. Mais aujourd'hui, elle appréciait particulièrement le reflet que le miroir lui renvoyait. Ses longs cheveux noirs tombaient en cascade sur ses épaules, encadrant son visage pâle et faisant ressortir le jade de ses yeux.

« Si avec ça l'autre débile de Gryffondor ne tombe pas à tes pieds, je ne comprends plus rien, avait dit Fenella, admirant son œuvre.

- Je préférerais qu'il se tienne debout, je n'ai pas vraiment envie de passer la journée avec une limace rampant à mes pieds, merci. »

C'était une matinée froide et pluvieuse. L'eau ruisselait sur les pavés du chemin, faisant glisser dangereusement les élèves de temps à autre. Quand ils arrivèrent à Pré-au-lard, la pluie n'était plus qu'une fine bruine fraîche, et malgré le temps terne et brumeux de cette matinée de février, une ambiance guillerette flottait dans les rues pavées du village sorcier. Il y avait çà et là des échoppes décorées pour l'occasion, parfois un peu trop au goût de Valentina. Un marchand de sucreries avait décoré sa vitrine de chérubins qui jetaient des confettis sur chaque passant ayant le malheur de s'approcher d'un peu trop près, le tout surmonté d'énormes ballons en forme de cœur sur lesquels on pouvait y lire « Joyeuse Saint-Valentin ! ».

Sur la place principale, on pouvait voir une petite troupe de sorcier s'affairant pour installer une grande scène de spectacle. C'était ici que le concert aurait lieu. Valentina repéra Fred et David qui les y attendaient déjà, à bonne distance l'un de l'autre. Fenella fit un petit signe à Valentina, et se dirigea vers David.

« Vous êtes ravissante aujourd'hui très chère, fit Fred en s'inclinant devant elle.

- Merci, je n'ai pas eu le choix que de jouer les têtes à coiffer, fit Valentina en rigolant. »

Quand Fred se redressa, il prit un air grave et solennel, sortant une règle de sa poche. Valentina s'avança vers lui, intriguée.

« Halte-là, impertinente jouvencelle ! Fit-il, brandissant la règle devant lui. Par décret de Sa Grenouillesque Majesté Inquisitoriale Dolores Jane Ombrage, les damoiselles dans votre genre ne peuvent s'approcher des damoiseaux comme moi à moins de 25 centimètres ! Restez où vous êtes, vile créature tentatrice ! »

Valentina éclata de rire. Sérieusement ? L'imagination et la rigidité d'esprit du Professeur Ombrage étonneraient toujours Valentina.

« Oh, hem, veuillez m'excuser Messire, fit-elle en tentant de contenir son fou rire. Je n'avais point pour intention de vous importuner !

- Vous êtes pardonnée Madame. Maintenant, si vous voulez bien m'accompagner. »

Fred lui fit signe de le suivre, et Valentina s'exécuta. Il s'était arrêté de pleuvoir et le soleil pointait par endroit à travers la couverture nuageuse, se reflétant sur les pavés mouillés. Comme ils avaient un peu de temps avant le début du concert, ils passèrent dans un premier temps chez Honeydukes pour acheter quelques friandises, puis Fred l'emmena chez Zonko. Sa règle en main, le jeune homme s'amusait constamment à mesurer la distance entre lui et Valentina, feignant la peur ou l'évanouissement si la jeune sorcière avait le malheur de s'approcher d'un peu trop près. Les couples passant à côté d'eux les regardaient de travers quand Fred s'exclamait qu'il allait prendre feu ou qu'il mourrait étouffé quand ils étaient trop proches, mais voyant que cela faisait beaucoup rire Valentina, il continua son petit cirque un certain moment.

Ils déambulèrent dans Pré-au-lard un petit moment, et passèrent devant le salon de thé de Madame Piddodu. Valentina n'y avait jamais mis les pieds, mais elle savait de réputation que le salon de thé était le repère des jeunes couples de Poudlard. Fred sembla intrigué et s'approcha de la vitrine. La décoration intérieure était d'un mauvais goût certain, les murs étaient roses, couverts de rubans et de fanfreluches en tout genre, les tables étaient décorées de dentelle vieillotte et les porcelaines étaient kitsch au possible.

« Il est hors de question que je rentre là-dedans, fit Valentina.

- Oh non, jamais je ne t'infligerai ça, regarde plutôt qui est là, répondit Fred en pointant quelque chose à l'intérieur. »

Valentina se rapprocha de la vitre. Harry Potter et Cho Chang étaient assis à une table et semblaient vivre un moment particulièrement embarrassant. Des chérubins dorés tournaient autour de leur table et leur lançaient des confettis, ce que le jeune Potter n'avait pas vraiment l'air d'apprécier, Valentina le vit grimacer de dégoût quand des confettis tombèrent dans sa tasse de thé. Cho, quant à elle, paraissait très intimidée. Fred fit de grands gestes pour tenter d'attirer l'attention de Harry, qui fit tout son possible pour l'ignorer. Son regard croisa quand même celui de Fred, qui lui fit un clin d'œil taquin tout en lui envoyant des signes d'encouragement. Valentina pouffa en levant les yeux au ciel, et attrapa le bras de Fred pour l'entraîner plus loin.

« Ah !S'écria-t-il. Une femme me touche le bras ! Arrière, être démoniaque !

- Mais oui c'est ça, aller laisse-les, ils ont déjà l'air de vivre un moment assez gênant comme ça, tu ne vas faire qu'empirer les choses pour ce pauvre Potter. »

Elle traîna Fred un peu plus loin, sous les protestations indignées de ce dernier. Midi arriva, et ils grignotèrent quelques confiseries qu'ils avaient achetées chez Honeydukes en guise de repas avant de retourner sur la place principale pour le concert.

Une grosse troupe de jeunes sorciers y était déjà présente, attendant impatiemment le début du concert, qui devait commencer dans quelques minutes. Fred et Valentina se faufilèrent au-devant de la scène pour avoir une meilleure vue. Valentina sautillait d'excitation, le seul concert sorcier auquel elle avait assisté avait été celui des Bizarr' Sisters pour le Bal de Noël du Tournoi des Trois Sorciers, et l'idée de revivre un tel moment l'emplissait d'une impatience presque enfantine. Quelques instants plus tard, un grondement de basses se fit entendre. La foule hurla de joie, les musiciens firent leur entrée sur scène et commencèrent à jouer. Entre rugissement des guitares et les cris des spectateurs, Valentina eut l'impression que la terre se mettait à trembler. Des petits diables voletaient au-dessus de la foule, tirant des flèches au hasard sur le public. Ils ressemblaient en tout point à de petits cupidons, mis à part le fait qu'ils soient noirs avec des cornes et qu'ils souriaient diaboliquement. L'ambiance était électrique. Les élèves bondissaient dans tous les sens en scandant les paroles, emplissant l'air d'une excitation presque palpable. Valentina suivait le mouvement, sautant sur place en chantant à tue-tête, mais ce n'était rien comparé à Fred, qui avait l'air le plus déchaîné de tous. Gesticulant dans tous les sens, il avait l'air de s'en donner à cœur joie. Quelques chansons passèrent, puis vint une gigue irlandaise. Valentina sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Chaque fois qu'elle entendait la musique traditionnelle de son pays d'origine, un sentiment de joie intense et d'extase l'envahissait. Elle commença à danser, quand une main vint se poser sur son épaule.

« M'accorderiez-vous une danse Mademoiselle ? Fit Fred dans son oreille.

- Et le décret de cette chère Ombrage alors ? Demanda Valentina, un sourire en coin.

- Les règles sont faites pour être brisées, répondit-il en attrapant sa main avec un sourire complice. »

Fred l'entraîna un peu plus au centre, là où une piste de danse s'était formée. Il la prit par la taille et l'embarqua dans une danse effrénée, presque incontrôlable. Il la fit tourner sur elle-même au rythme de la musique, ébouriffant ses longs cheveux noirs, sa robe d'hiver tourbillonnant autour d'elle. Valentina sentit une première goutte de pluie s'écraser sur son front, mais n'y prêta pas attention. Fred la rattrapa habilement pour la faire virevolter à nouveau, dans une chorégraphie sans ordre ni structure. Les gouttelettes se firent de plus en plus nombreuses, formant une fine bruine qui vint se mêler à leur folle valse. Valentina riait, ses cheveux fouettaient le visage de Fred qui était rougi par le froid et l'effort. Les cheveux roux du jeune homme étaient eux aussi ébouriffés, et ses yeux pétillaient de malice. La pluie s'intensifiait, transformant progressivement le sol en une surface glissante, mais ils continuaient, indifférents. Chaque saut, chaque tourbillon était improvisé, comme s'ils inventaient leur propre chorégraphie au fur et à mesure. Ils ne prirent pas garde aux regards amusés ou aux expressions exaspérées que leur danse suscitait quand leurs pas désordonnés les menaient à bousculer d'autres personnes. Chaque faux pas se transformait en éclat de rire partagé, chaque trébuchement en un rebond pour repartir de plus belle. À ce moment-là, il n'y avait que la musique et leurs pas de danse enivrés qui comptaient.

La musique s'arrêta enfin, mettant fin à leur danse délirante. Essoufflés et trempés, ils n'avaient pas remarqué qu'ils étaient presque les derniers à être restés danser sous la pluie. Le reste de la foule s'était éloigné pour se protéger, et les regardait avec amusement. Se tournant vers elle, Fred attrapa la manche de Valentina et plongea son regard dans celui de la jeune femme. Haletants, les gouttes de pluie roulaient sur leurs visages rougis par l'effort. Fred regardait Valentina si intensément que cette dernière s'empourpra de plus belle. Il semblait mener un combat intérieur que l'indécision sur son visage trahissait. Il voulait faire quelque chose, c'était évident, mais il semblait paralysé par ce que cela impliquerait. Quelques secondes plus tard, semblant avoir mis un terme au dilemme silencieux qui lui torturait l'esprit, Fred s'empara de la main de Valentina et l'entraîna dans les ruelles du village, sous une pluie battante. Ils s'arrêtèrent aux Trois Balais et y entrèrent pour s'y sécher et s'y réchauffer.

Valentina s'assit à une table près de la fenêtre et Fred la rejoignit quelques minutes plus tard avec deux bièrreaubeurres. Ils parlèrent de tout et de rien, mais Valentina sentait que quelque chose tracassait Fred. Son ton était anormalement enthousiaste et son rire semblait un peu forcé par moments.

La nuit était déjà tombée quand Fred et Valentina sortirent des Trois Balais. La pluie ne s'étant pas calmée, Valentina sortit sa baguette et murmura « Impervius » pour les en protéger. Ils retournèrent au château et Valentina retrouva Fenella qui l'attendait devant la grande porte. Fred lui souhaita bonne nuit et s'en alla de son côté rejoindre George et Lee Jordan.

« Alors ? Demanda Fenella, le regard plein d'espoir.

- Alors quoi ? Fit Valentina en s'engouffrant dans la Grande Salle, prétendant ne pas comprendre.

- Ben comment c'était ? Hein ? Ce premier date ? Répondit Fenella en lui emboîtant le pas.

- Pas un date, je te l'ai déjà dit. Et ça va, c'était sympa. »

Fenella croisa les bras, souriant malicieusement.

« Oh vraiment ? Moi, j'ai entendu des choses qui me laissent croire que tu as trouvé ça plus que « sympa », répondit Fenella.

- Comment ça ? Demanda Valentina, un peu plus hâtivement que ce qu'elle aurait espéré.

- Les gens ont beaucoup aimé vous regarder danser sous la pluie... Grace m'a dit qu'elle ne t'avait pas vue aussi heureuse depuis... enfin tu sais, Cédric quoi. »

Valentina, dont le rouge était monté aux joues très rapidement, considéra ce que son amie venait de dire. Elle avait particulièrement aimé danser avec Fred, elle ne pouvait le nier, mais avait-ce été si évident ?

« Peut-être, dit-elle doucement. Enfin, assez parlé de moi, et toi alors, avec Lloyd ? Se reprit-elle.

- Oh, disons que c'était...fructueux, répondit Fenella d'un air satisfait.

- Ce qui veut dire... ?

- Ce qui veut dire que je ne t'en dirai plus sur mon date uniquement si tu m'en dis plus sur le tien.

- Ne me dis pas que vous avez passé votre temps à vous rouler des pelles, répondit Valentina grimaçant de dégoût.

- Non. Nous avons parlé, figure toi.

- Parlé ? Et de quoi ?

- Comme je te le disais, je t'en dirai plus seulement si tu me racontes ce qu'il s'est passé avec Fred Weasley ! »