- Tu devrais dormir à cette heure-ci, entendit-il grommeler.

La lumière inonda sa chambre si soudainement que c'en était brutal: Stiles cacha sa tête sous la couette. Il songea rapidement au fait que changer cette ampoule pour une autre à l'intensité un peu moins forte et à la teinte un peu plus chaude ne serait pas une mauvaise idée pour ses pauvres yeux. Il se surprit d'ailleurs à avoir cette pensée avant même de se rendre compte que c'était Derek qui avait ouvert la porte, Derek qui avait parlé, Derek qui avait allumé la lumière.

Derek ne dormait pas.

- Je ne suis pas le seul, toi aussi tu devrais, fit-il d'une voix plaintive, sous la couette.

Il entendit un soupir, puis un bruit sec mais relativement peu fort – la porte venait de se fermer. Mais la lumière n'était pas éteinte. L'ouïe on ne peut plus humaine de l'hyperactif perçut des pas, rendus légers par leur propriétaire et l'épaisseur de la moquette. Ah. Et d'un coup d'un seul, la couette lui fut enlevée. Enfin, Derek l'avait simplement tirée pour qu'il cesse de se cacher. Stiles avait encore les jambes couvertes. Mais ses yeux, pas encore habitués à la lumière si soudaine de l'ampoule au plafond, papillonnèrent un moment.

- Tu es cruel avec moi, se plaignit-il de façon pathétique.

Derek leva les yeux au ciel mais une certaine tranquillité régnait dans son regard. Il était d'avis que si Stiles se remettait à faire sa drama queen, c'est que ça allait. Qu'il redevenait peu à peu celui qu'il connaissait et que la tentative de meurtre qu'il avait eu à subir ne l'avait pas brisé. Abîmé, oui. Mais il était plus facile de réparer quelqu'un d'abîmé plutôt que de devoir en recoller les morceaux éparpillés ici et là. Alors c'est avec un calme certain et une aisance étonnante qu'il s'assit au bord du lit.

- Raconte-moi ce qui te prend de penser à une balade en forêt à cette heure-ci, le pria-t-il gentiment.

Pas que la demande qu'il lui avait faite par message le gênait en soi, au contraire. Il comptait même s'en acquitter sans cela car il comprenait que l'hyperactif puisse avoir besoin de sortir, qu'il se sente étouffer entre les quatre murs de cette maison. Il était vraiment difficile pour un électron libre tel que lui de devoir rester enfermé au même endroit sur ce que l'on pouvait considérer comme une longue période. Derek le comprenait, d'autant plus qu'il adorait la nature et ses grands espaces. En tant que loup, il ne pourrait pas vivre sans. Alors oui, que la forêt soit pour lui aussi une échappatoire, voire un refuge faisait sens. N'était-ce pas là qu'il allait toujours pour faire les quatre-cents coups avec Scott? Parfois, c'était même seul qu'il allait arpenter ces sentiers.

Ses yeux s'étant finalement à peu près habitués à la lumière, Stiles se redressa un peu jusqu'à s'appuyer sur ses coudes et se mordit la lèvre inférieure. Sa réponse, elle n'était pas sensible, pas non plus vraiment difficile à donner. Il ne s'attendait juste pas à devoir en parler à Derek de visu et surtout, en cette nuit alors qu'ils étaient tous les deux censés dormir, chacun de son côté. Que le loup-garou soit réveillé n'était pas une mauvaise chose et discuter avec lui pourrait peut-être même l'aider à trouver le soleil rapidement – en particulier s'il finissait par répondre positivement à sa demande, d'autant plus qu'il n'avait pas de réelle raison de lui dire non. Puisqu'il devait rester pour veiller sur lui et par extension le protéger, autant le faire en variant un peu le décor de temps à autres.

- C'est juste que c'était sympa et que j'aimerais beaucoup recommencer, broda-t-il.

En soi, il ne mentait pas: il ne disait juste pas toute la vérité.

- Mais encore? Insista Derek, sentant qu'il avait encore des choses à dire.

Parce qu'à cette heure-ci, il était censé dormir… D'autant plus que même s'il récupérait, il restait encore passablement fatigué par ce qui lui était arrivé. Il avait tout de même faillit y passer et son séjour à l'hôpital, où il était resté longuement alité et plus ou moins dans les vapes, ne l'avait pas aidé à retrouver sa forme. Ça aussi, ça prendrait du temps, au même titre que ses confessions. Sauf que Derek avait besoin de ces dernières pour pouvoir le comprendre et l'aider – mieux qu'il ne le faisait déjà. Même s'il n'était pas du genre bon samaritain, dans le cas présent, il trouvait son comportement on ne peut plus normal. Puis il avait réalisé qu'il aurait pu disparaître et ça l'avait quelque peu adouci le concernant. Pas beaucoup, mais suffisamment pour se montrer un peu plus humain avec lui. S'il devait être totalement honnête avec lui-même, il ne pouvait pas ignorer ce qu'il voyait et sentait. La détresse de Stiles, aussi maîtrisée puisse-t-elle être, ne le laissait pas de marbre.

L'humain poussa un grand soupir. Un mélange d'agacement et d'abandon. Parce qu'il cédait. Par envie ou pour une autre raison, qu'importe.

- Je n'arrivais pas à dormir alors pour me détendre je me suis dit que penser à des choses agréables pourrait m'aider, la balade en forêt m'est tout de suite venue en tête et j'ai eu envie d'en refaire une. Je me suis dit que puisque tu avais réussi à convaincre mon père une fois, tu le pourrais une autre fois. Et évidemment, comme j'agis parfois en fonction de mes pulsions, je t'ai tout de suite envoyé ce putain de message. Je me disais que tu le verrais demain et que ça serait parfait comme ça, grommela Stiles.

Ses faiblesses, qu'il aimait grandement garder pour lui, il les avouait à contrecœur. Car Derek, qui tenait à avoir la vérité dans son ensemble, ne l'aurait certainement pas lâché avant de la connaître. L'objectif de Stiles avec cette manœuvre? Mettre fin à cette conversation au plus vite pour diluer sa gêne dans un sommeil qui, il l'espérait, viendrait à lui rapidement cette fois-ci. Quoiqu'il n'avait pas dit que ses soucis de sommeil avaient une certaine récurrence – s'il pouvait garder au moins cette information pour lui, il n'allait pas s'en priver. Quitte à devoir être surveillé la plupart de son temps et d'avoir, pour l'instant, Derek comme seul confident, autant garder malgré tout un certain jardin secret. En dehors du fait qu'il aimait tout simplement cette idée, elle participait à le rassurer. Il n'appréciait pas le fait que l'on puisse tout savoir de lui, de ses pensées, de ses envies… Ne serait-ce qu'y penser le faisait se sentir nu, vulnérable. Autant dire que cette sensation, il l'éviterait autant que possible tant il la détestait. La dernière fois qu'elle l'avait glacé, ç'avait été de l'intérieur, lorsque le Nogitsune avait pris possession de lui. Quelle horreur. Il ne voulait plus jamais vivre une expérience pareille. Déjà qu'il aimait de base garder les choses pour lui, c'était encore pire depuis cet évènement.

De son côté, Derek hocha la tête. Mais au lieu de lui répondre tout de suite, il prit son temps. Se peignit alors sur son visage un air pensif qui n'échappa pas à l'hyperactif, lequel choisit de ne rien dire. De toute façon, rien ne lui venait et il se voyait mal tenter de faire la conversation. Cette simple discussion relevait presque du miracle tant il l'aurait pensée impensable des jours, des semaines plus tôt. Disons qu'ils s'entendaient étonnamment mieux qu'avant et qu'aucun des deux ne cherchait à imposer sa vision des choses à l'autre. Puis il ne pouvait nier que Derek était bien plus calme et posé que lorsqu'ils s'étaient rencontrés il y avait quelques années de cela. De son côté, lui chercher des noises n'était véritablement plus à l'ordre du jour.

- Ça t'angoisse? Finit par lui demander Derek.

Stiles cligna des yeux à plusieurs reprises avant de finalement comprendre que l'ancien alpha parlait tout simplement de la situation actuelle… De ce qui lui était arrivé. Il soupira. Non, il n'aimait vraiment pas se mettre à nu, mais mentir ou dire la vérité… C'était du pareil au même, avec ce loup-garou. Il tint toutefois à atténuer un peu son aveu en le déguisant comme il avait l'habitude de le faire avec n'importe quelle vérité lorsqu'elle le dérangeait:

- Peut-être que ça tourne effectivement un peu en tache de fond…