Deuxième, The Dueling Club
Quelques explications : Harry Potter et Tom Jedusor sont nés à la même époque. Gellert Grindelwald a tué les parents de Harry lorsqu'il était bébé. Harry grandit en France, où il mène une vie assez similaire à celle décrite dans le canon chez sa tante et son oncle, jusqu'à ce que le Seigneur des Ténèbres vienne le chercher. Son ennemi n'est alors pas Lord Voldemort mais Gellert Grindelwald. Tom est le narrateur de cette histoire, elle est écrite de son point de vue.
Rating : M pour plus de sûreté
Couple principal : Tom Jedusor/Harry Potter
Couple secondaire : Albus Dumbledore/Gellert Grindelwald
Réponses aux reviews !
TinaElena23 : Merci beaucoup ! Oui, ça faisait un moment que je me demandais : "Et si Harry et Tom avaient vécu à peu près au même moment, qu'est-ce que ça aurait donné ?" Cette fic est un peu ma version de ce qui se serait passé si ça avait été le cas ! ;) Gellert Grindelwald est-il vraiment mort ? Bonne question ! À toi de le découvrir, mène ton enquête. Oui ! Le PoV de Tom, c'est tellement rare (et je comprends pourquoi : c'est tellement difficile à écrire, Tom est un personnage hyper complexe et il est facile de tomber sur une version de lui trop caricaturale ou, au contraire, mielleuse si on ne fait pas attention). Gérer la complexité de la psyché de Tom, c'est le vrai défi de cette histoire, même si on démarre doucement. Y aura-t-il du PoV Harry ? J'hésite à ce sujet. C'est une possibilité ! Est-ce que le PoV de Harry te manque déjà ? X) J'espère que ce deuxième chapitre te plaira. N'hésite pas à me laisser tes impressions en review !
Toundra95 : Ravie de te revoir, toi aussi, et merci beaucoup ! J'adore aussi l'idée d'un Harry vainqueur de Grindelwald ! J'avais imaginé plusieurs versions, et j'aime l'idée que Harry puisse aider Albus à avancer de cette façon, en faisant ce que celui-ci ne voulait pas faire : mettre fin au règne de terreur de Grindelwald. Gellert est-il mort ou emprisonné ? Effectivement, le pacte de sang nous fait nous poser la question ! Si c'est bien celui entre Albus et Gellert, alors pourquoi Harry l'aurait-il gardé ? Surtout après la mort de l'un des deux concernés. J'espère que le PoV de Tom continuera de te plaire !
stormtrooper2 : Merci beaucoup ! Ne t'en fais pas, maintenant que l'intérêt de Tom est piqué, il va tout faire pour se rapprocher de Harry ! ;)
L-u-f-f-y-2 : Un côté sombre ? Tu trouves que Harry a un côté plus sombre que d'ordinaire ? J'imagine que c'est l'effet du PoV Tom ! Il ne faut pas oublier qu'on voit les éléments à travers l'esprit assez particulier de ce cher Jedusor, et tout est décrit de la façon dont lui-même voit et ressent les choses. Souvent, Tom est habité d'une noirceur qui peut, j'imagine, faire penser que ce Harry a un côté plus sombre. En réalité, Harry est loin d'être une mauvaise personne, mais c'est vrai qu'il a eu un passé compliqué et qu'il a dû obéir aux ordres de Grindelwald pendant un moment. Cela fait certainement de lui un personnage plus nuancé.
Pheonix77 : Je te remercie ! Je suis tellement contente que tu aimes mon style ! Oui, c'est tout à fait ça. On a ici un Tom proche de la rupture mais encore très humain. J'ai voulu lui donner un côté un peu "fin de l'adolescence", j'espère que ça rend bien ! Nous sommes dans un Univers Alternatif, et ce Harry est né, a grandi, et a vécu à cette période ! Quant à savoir comment il a rencontré Dumbledore, je te laisse le découvrir ! Même chose pour le pacte de sang. J'espère que la suite te plaira tout autant !
Aymiline05 : Merci ! C'est un vrai accomplissement pour moi. J'entre enfin dans le monde du travail (et je quitte à regrets l'université que j'ai tant aimée parcourir durant ces années). Je travaille sur la suite de DISS' tout en publiant cette fic et je me remets doucement dans le bain de l'écriture ! J'espère que cette histoire te plaira ! N'hésite pas à me laisser ton avis.
Sweet Midnightmare : Merci infiniment ! J'ai hâte que tu découvres la suite.
luciflam : Tous ces compliments sur mon écriture, merciiii ! Ça me motive tellement à faire encore mieux ! Je soigne tout particulièrement le PoV de Tom, et j'espère que la suite de cette histoire te plaira.
Harry Potter me plaît.
C'est inédit pour moi. C'est la première fois qu'un autre être humain éveille mon intérêt de cette façon. J'ignore quoi faire de ce sentiment.
J'imagine qu'il s'agit d'un attrait passager, lié à l'imprévisibilité de cet homme et à sa personnalité contrastée, mais je ne peux m'empêcher de vouloir le rencontrer à nouveau. Lui parler encore une fois.
Un désir que je peux satisfaire facilement, car j'ai une excuse toute trouvée pour le retrouver : le club de duels. Potter a précisé qu'il resterait ouvert toute la journée et que n'importe qui pourrait venir s'y entraîner.
J'attends patiemment ma seule pause de la journée, au milieu de l'après-midi, entre un cours de divination et un cours de sortilèges, pour me rendre au troisième étage.
À l'approche du club, je peux déjà entendre le bruit caractéristique des sortilèges qui filent et s'entrechoquent, des malédictions murmurées et, parmi ces bruits discordants, la voix basse de Potter qui livre des conseils pratiques. Il ne s'était pas permis de le faire le matin même.
Je ne suis pas le seul à avoir eu envie de lui rendre visite durant la journée, c'est évident. Dans la salle de duels, quatre autres élèves sont là, ils s'exercent contre des mannequins. Potter corrige leurs postures et leur prodigue des conseils sur l'exécution de leurs mouvements de baguette. Parmi eux, deux filles de septième année de ma maison cessent toute activité et me dévisagent lorsque j'entre dans la pièce.
À Serpentard, personne n'ose se mettre en travers de mon chemin. On me laisse tranquille, en échange de quoi, je ne me mêle pas des affaires des membres de ma maison. J'engrange des points pour elle et fais office de tête d'affiche pour les professeurs mais je ne suis pas des leurs. Je ne le serai jamais.
J'ai découvert il y a peu que j'étais de sang-mêlé et qu'une partie de ce sang était celui de la lignée de Salazar Serpentard, ce qui explique ma répartition. Toutefois, mes camarades me pensent né de moldus et ils ont été éduqués de façon à haïr cette différence. Pour eux, je suis un paria. Un mal né. Une hérésie de la nature, juste une bête curieuse.
Je n'appartiens pas à leur monde et ils me le font bien sentir. Je ne dois ma paix et ma tranquillité qu'à mes résultats exceptionnels et à ma capacité à ne pas me laisser marcher sur les pieds. Ce qui explique la réaction de mes deux camarades à mon approche, une réaction qui a au moins le don d'attirer le regard de Potter sur moi.
Celui-ci me salue d'un signe de main et s'adresse à moi, avec un manque cruel d'assurance.
— Tom Jedusor, c'est bien ça ? Vous êtes venu vous entraîner ?
Je m'approche jusqu'à me retrouver en face de lui, les autres étudiants semblent reprendre leur entraînement mais je les sens attentifs à notre échange. Le fait de ne pas pouvoir être seul avec lui est agaçant. Presque autant que de le voir agir avec autant de gaucherie.
Potter est un soldat, il devrait être à l'aise avec son corps et il l'est certainement lorsqu'il s'agit de réagir, bondir et faire n'importe quelle autre action sportive, mais lorsqu'il s'agit de converser en tête-à-tête, il se comporte comme un enfant qui doit marcher sur des œufs pour éviter de froisser un adulte qui le méprise de toute façon.
Je peux… comprendre, ayant grandi dans un milieu plutôt difficile, mais Potter n'a pas de quoi être intimidé. Il a mis fin à la Seconde Guerre mondiale. Ceux qui oseront le déprécier sont des imbéciles.
— Vous pouvez m'appeler Tom, professeur, et me tutoyer. Je suis venu vous demander des conseils en matière de duel.
Après un instant de réflexion, il finit par me répondre :
— Très bien, Tom. J'ignore si je pourrai répondre à tes attentes, mais n'hésite pas à me poser tes questions.
— J'ai pris l'habitude de m'entraîner seul au duel et par conséquent je n'ai jamais l'occasion de travailler mes sorts défensifs. Peut-être auriez-vous une idée de la façon dont je pourrais entraîner mes sortilèges de défense ?
Je sais pertinemment qu'il n'y a pas d'autres moyens d'évaluer un sort comme le Protego que de lancer un maléfice contre celui-ci. Cela vaut pour tous les sortilèges défensifs. S'il est possible de s'entraîner contre un mannequin pour la magie offensive, il faut forcément un partenaire pour la défense.
En réalité, je ne lui demande pas un conseil, j'attends de lui qu'il se propose pour tester mes sorts défensifs. Je veux voir sa magie en action. Je veux qu'il en use sur moi. Même si je l'imagine faire preuve de retenue.
Il reste muet après ma demande. Il semble réfléchir à une solution, fronce les sourcils et finalement s'exclame, visiblement content de son idée.
— En temps normal, je t'aurais conseillé de trouver un partenaire pour que celui-ci teste la résistance de tes sorts défensifs, mais je comprends bien que ce n'est pas toujours évident d'avoir quelqu'un avec qui pratiquer le duel… Ce n'est qu'une idée, mais peut-être qu'un épouvantard pourrait faire office d'adversaire.
Incrédule, je répète.
— Un épouvantard ?
C'est une idée absurde. Comment un épouvantard pourrait être utile pour s'exercer à lancer des sortilèges de défense ? Mais Potter ne semble pas de cet avis, il argumente.
— Oui, il suffit pour cela que l'épouvantard prenne la forme d'un sorcier et attaque comme tel, et pour se débarrasser de lui, un Riddikulus suffira.
Sur papier, c'est envisageable, mais en pratique, c'est impossible. C'est ce que j'essaie de lui expliquer.
— Théoriquement, c'est possible, mais encore faudrait-il que l'épouvantard prenne la forme voulue, or il prend celle de l'objet de notre peur et non celle que l'on souhaite.
Harry Potter hoche la tête et me sourit, il semble sûr de lui cette fois.
— Tu as de bonnes connaissances sur les épouvantards. Effectivement, ils se servent de notre plus grande peur et la reproduisent. Par chance, ma plus grande peur se trouve être un sorcier.
Ma surprise doit se lire sur mon visage et je vois que mes camarades se sont eux aussi arrêtés dans leur entraînement pour dévisager notre futur professeur. Potter prend alors conscience des regards fixés sur lui et semble tout à coup très mal à l'aise, sa voix est toute enrouée lorsqu'il marmonne.
— Ce n'est pas un secret. Un épouvantard prend la forme de Gellert Grindelwald face à moi.
Son honnêteté me laisse perplexe. Je n'arrive pas à croire qu'il vient d'avouer cela devant témoins. Sait-il que demain toute l'école sera au courant de ce fait ? La forme que prend un épouvantard face à soi devrait rester secrète. Personnellement, je ne voudrais pour rien au monde que toute l'école connaisse ma plus grande peur.
Mais je suppose que c'est différent pour lui. Il a vaincu Grindelwald, il est venu à bout de sa plus grande peur ; plus personne ne peut la tourner en ridicule.
Peu à peu, je réalise qu'il me propose de m'exercer contre un épouvantard qui aura la forme du Seigneur des Ténèbres.
Nos réactions face à sa déclaration semblent dissoudre toute la confiance qu'il pouvait avoir en son idée. Il recule, comme pour se protéger, et ajoute en détournant son regard du mien.
— Ce n'était probablement pas une très bonne idée. Je suis désolé. Peut-être qu'un de tes camarades accepterait de t'aider ?
Affronter Grindelwald. Même une version de lui édulcorée et incapable de réfléchir par elle-même, c'est une opportunité qui ne se représentera pas. Hors de question de la manquer.
— Vous avez raison. Ça peut fonctionner, nous devrions essayer.
Le maître duelliste fronce les sourcils, dubitatif.
— Tu n'es pas obligé, ce n'était qu'une idée.
— On ne peut pas savoir avant d'avoir essayé, et si cela fonctionne, j'imagine que c'est une information qui complétera très bien l'ouvrage de Norbert Dragonneau sur les animaux fantastiques.
La mention de ce livre semble lui faire oublier son malaise, il se détend à nouveau.
— Je suis content de voir qu'il est lu ici aussi. Monsieur Dragonneau venait fréquemment faire des démonstrations de ses capacités en France lorsque j'étais étudiant. Je suis sûr qu'il serait intéressé de savoir si les épouvantards sont capables de reproduire les capacités magiques des sorciers, comme il a déjà été prouvé qu'ils le font pour les Détraqueurs.
J'ignorais qu'un épouvantard était capable d'une telle prouesse, mais je me tais à ce sujet, préférant lui demander.
— Vous êtes diplômé de Beauxbâtons ?
Il nie en secouant la tête et précise.
— Mon parcours scolaire a été chaotique. Je n'ai fréquenté Beauxbâtons que quelques mois, mais j'en garde de bons souvenirs.
Je prends note de cette information et lui demande.
— Avez-vous un épouvantard à disposition pour que nous puissions essayer votre théorie ?
Il se retourne immédiatement vers son bureau.
— Oh, bien sûr. Je dois en avoir un quelque part dans ma malle.
Dans sa malle ? Il sort de dessous son bureau une malle qui semble avoir bien vécu et qui est certainement ensorcelée pour être bien plus profonde qu'elle n'y paraît . Puis il l'ouvre et plonge son bras tout entier à l'intérieur. Après un court moment, il en sort une caisse aussi grande qu'un tabouret et la fait léviter jusqu'à un espace dégagé de la pièce.
Il me fait signe de le suivre, et nous nous éloignons, mes camarades ne nous quittent pourtant pas des yeux, leur entraînement oublié à la perspective de voir un épouvantard prendre la forme du Seigneur des Ténèbres.
Potter m'invite à prendre place devant lui et me souffle à l'oreille, manquant de me faire rougir, à mon grand désarroi.
— Je vais rester à tes côtés, tu n'as qu'à ouvrir la boîte et je ferai en sorte que l'épouvantard se concentre sur moi. Si jamais tu éprouves la moindre peur, je prononcerai le contre-sortilège.
— Je n'ai pas peur.
C'est la vérité. À l'heure actuelle je ne ressens aucune émotion se rapprochant de près ou de loin de la peur. Au contraire même, la présence de Potter derrière moi me donne la sensation que toutes les terminaisons nerveuses sous ma peau sont devenues hypersensibles et je dois retenir un frisson lorsqu'il prononce le sort pour déverrouiller la caisse - elle s'agite devant nous depuis qu'il l'a déposée là.
L'épouvantard bondit comme un diable de sa boîte et se jette d'abord sur moi, une seconde avant que son regard ne se fixe sur Potter. Immédiatement, il change de forme et je vois apparaître devant moi une réplique tellement réaliste de l'homme qui a défrayé la chronique pendant plus d'une décennie que j'en reste paralysé.
Gellert Grindelwald se tient devant mes yeux, plus vrai que nature.
C'est un homme grand et imposant, à la démarche assurée. Ses cheveux sont blonds, presque blancs, coupés courts. L'un de ses yeux est bleu glacial, l'autre brun et terne. Il tient sa baguette magique avec une grâce naturelle, comme s'il s'agissait d'une extension de son corps.
Il me regarde avec un sourire narquois. Ou du moins, j'ai l'impression qu'il me regarde, mais il ouvre la bouche et je comprends qu'il s'adresse en réalité à Potter. Son accent est à couper au couteau.
— Quelle coïncidence, je pensais justement à toi. En garde, gamin, ou tu ne verras pas le soleil se lever demain.
Ces quelques mots pourraient ne pas sembler aussi menaçants si le Seigneur des Ténèbres n'était pas celui qui les prononce. Il regarde Potter avec une expression particulière. Méprisante mais fascinée, presque jalouse. Envieuse et menaçante.
J'entends Potter renifler avec dérision derrière moi, mais je n'arrive pas à détourner mes yeux du Seigneur des Ténèbres, qui, à son tour, ne quitte pas des yeux Potter. Potter se déplace jusqu'à la caisse de l'épouvantard, tournant autour de ce Seigneur des Ténèbres fantasmagorique comme s'il n'était qu'un ectoplasme sans valeur.
Puis Harry Potter fait quelque chose que je n'avais pas prévu, il s'assoit sur la caisse et ses yeux rencontrent les miens avec une brutalité désarmante, alors qu'il me propose :
— C'est mieux s'il s'attaque à moi plutôt qu'à toi. Tu veux entraîner tes sortilèges de défense ? Je ne vais pas me défendre. Pour le moment, je ne connais pas ton niveau, donc je vais rester immobile et attentif à la situation, mais il se pourrait que je me lève et que je fasse comme si une réplique du Seigneur des Ténèbres n'essayait pas de me maudire. À toi de me protéger. Si je peux me déplacer dans cette salle et donner des conseils de duels sans être dérangé par cet épouvantard, alors j'imagine que cela signifie que ton niveau en défense est assez haut pour se passer d'entraînement. Dans le cas contraire, tu pourras revenir et tenter à nouveau ta chance contre l'épouvantard. Qu'en penses-tu ?
Je n'ai pas le temps de lui exprimer à quel point son idée me semble à la fois complètement déraisonnable et excitante, car Grindelwald, l'épouvantard, perd patience et se jette sur lui.
Immédiatement, je me retrouve à utiliser mes sorts les plus puissants pour le défendre, alors qu'il reste absolument imperturbable, presque ennuyé, face à un Seigneur des Ténèbres qui prononce des maléfices dont le nom ferait frémir de terreur n'importe quel être sensé.
Je ne tiens qu'une dizaine de minutes avant qu'une combinaison de plusieurs sortilèges, dont un que je n'ai jamais entendu et dont je ne connais pas les effets, brise les boucliers que j'ai dressés autour de mon futur professeur. Pendant un instant, je crains que ces maléfices ne blessent Potter, mais un milliseconde avant que ceux-ci ne s'abattent sur lui, il disparaît, les sortilèges s'écrasent sur la caisse et la réduisent en un tas de cendres fumant.
Potter réapparaît, parfaitement indemne, debout juste derrière Grindelwald, il prononce "Riddikulus" et l'épouvantard s'effondre tout à coup à genoux et suffoque avant de s'enfuir comme un rat jusqu'à la malle de Potter laissée à l'autre bout de la pièce.
C'est à cet instant que je réalise que mes membres tremblent de fatigue et que mon souffle est absurdement court. Harry Potter se tourne vers moi alors que j'essaie de faire paraître mon souffle moins erratique qu'il ne l'est vraiment. Je m'attends à ce qu'il soit déçu de ma performance. Après tout, il n'a pas quitté la caisse, ce qui signifie qu'il ne me pense pas capable de le protéger seul. J'ai échoué lamentablement. Comme je le pensais, les sortilèges de défense sont mon point faible.
Cependant, à ma grande surprise, il m'adresse un sourire, un sourire tout ce qu'il y a de plus sincère et enthousiaste, presque rieur, et ses yeux obsédants étincellent et aveuglent ma déception.
— Dix minutes ! Ce n'est pas mal du tout ! Tu es très doué en duel, Tom. Je connais peu de personnes qui peuvent se targuer de réussir à maintenir le Seigneur des Ténèbres en échec pendant aussi longtemps.
Il a l'air tout content et j'ai l'impression que je suis en train de lui sourire. Ce que je ne fais pas. Jamais. Je ne devrais pas me sentir flatté de ces quelques compliments, mais sa sincérité m'empêche de les voir autrement que comme une reconnaissance sincère de mes compétences.
Je me redresse, tente de faire aussi bonne figure que possible alors que je range ma baguette et lui assure.
— J'ai été pris au dépourvu par sa technique, je ne me ferai pas avoir une seconde fois.
Son sourire se fait encore plus vibrant si cela est possible, et il hoche la tête.
— C'est la bonne attitude. Tu peux revenir tenter ta chance quand tu veux.
J'aimerais lui dire que je suis prêt à essayer à nouveau dès maintenant, mais je ne peux pas me permettre d'être en retard au cours de sortilèges. Alors je me contente de me diriger vers la sortie, sans pouvoir m'empêcher de le complimenter à mon tour avant de partir.
— Votre idée était excellente, merci de m'avoir permis de m'entraîner grâce à elle.
Son visage embarrassé et son "avec plaisir" timide me hantent jusqu'au lendemain matin.
Le deuxième jour du club de duels, une frénésie s'est emparée de l'école à propos de Potter, de sa personne entière, de ses prises de décision et également de son idée de faire combattre un épouvantard de Gellert Grindelwald en guise d'entraînement à la défense.
Si cette idée lui est venue pour moi, elle s'est rapidement répandue et d'autres lui ont demandé de se prêter à l'exercice. Apparemment, aucun d'entre eux n'a pu tenir les dix minutes que j'ai moi-même éprouvées, et Harry Potter a passé le reste de sa soirée jusqu'à très tard à éviter les sortilèges d'un épouvantard possédé tout en supervisant l'entraînement d'autres élèves. Le tournoi a également suscité beaucoup d'intérêt, et je peux affirmer, sans exagération, que la moitié de l'école désire à présent assister aux duels du tournoi ou voir en personne l'entraînement inhabituel mis au point par Potter.
La veille au soir, toutes les salles communes de Poudlard ne parlaient que de lui, son nom était sur toutes les lèvres et le lendemain matin, bien que je me sois expressément levé tôt dans l'espoir de rencontrer à nouveau Potter avant qu'il ne soit pris par ses responsabilités, cela n'a pu se produire. Car dès l'aurore, des élèves du club et d'autres curieux étaient déjà là, à faire le pied de grue devant la porte close de la salle d'entraînement.
Ils sont trop nombreux, trop bruyants et il est évident que la situation n'irait pas en s'améliorant. Une pulsion vive et presque incontrôlable de violence me saisit à la gorge lorsque un groupe d'étudiants passe devant moi avec des cadeaux qu'ils comptent offrir à Potter. Ceux-là ne font même pas partie du club.
C'est le directeur adjoint, Albus Dumbledore, qui met fin à toute cette agitation en intervenant. Il sort de la salle d'entraînement et se place dans l'encadrement de la porte de façon intimidante, un comportement que je n'avais jamais observé chez lui, et je peux imaginer sans mal Potter quelque part derrière lui, affreusement gêné par la situation, ne comprenant pas comment tout cela a pu dégénérer.
Dumbledore interrompt la foule rassemblée avec fermeté.
— Je vous rappelle que Monsieur Potter n'est pas l'un de vos camarades de classe, et vous lui devez respect et considération. Votre conduite actuelle ne témoigne en rien de ce respect. Si votre comportement à son égard ne change pas, ce club sera dissous. À partir d'aujourd'hui et jusqu'à la fin de l'année, vous devrez suivre strictement les règles suivantes, sous peine de devoir me faire face en heures de colle : tout étudiant non autorisé ne peut entrer dans cette salle. Aucune communication directe avec Harry Potter, sauf si lui-même le souhaite. Il est formellement interdit de lui envoyer des messages, des cadeaux, ou de l'attendre à l'extérieur de cette salle, voire pire, devant ses quartiers. En cas de défaite lors d'un duel, ou si Harry vous exclut du club pour une raison quelconque, vous n'aurez plus accès aux duels suivants. Je vous rappelle que le duel sorcier n'est pas un spectacle, mais une discipline, et par conséquent, toute observation par simple curiosité est strictement prohibée. Ai-je été suffisamment clair, messieurs-dames ?
Une vague d'assentiment muet parcourt l'assemblée. Jamais Albus Dumbledore n'a élevé la voix, pas une seule fois en six ans. Même lorsqu'il est clair qu'il désapprouve un comportement, il se contente généralement d'un regard déçu. L'homme n'est tout simplement pas du genre à perdre son calme ; sa réaction en dit bien plus sur son amitié et sa proximité avec Harry Potter que toute autre démonstration n'aurait pu le faire.
Tout cela m'irrite assez pour que, lorsque les activités du club reprennent et que Potter invite le premier duelliste à se manifester, je sois celui qui lève la main.
Je choisis l'une des deux filles de Serpentard de la veille. Elles font partie de celles qui ont passé la soirée précédente à parler de Potter comme s'il s'agissait d'une sorte de trophée - ou plutôt d'un morceau de viande - à gagner.
Cette fille s'appelle Daisy. Lorsque je lève la main et prononce son prénom, je la vois pâlir. Son amie lui agrippe le bras, comme pour la retenir, et j'entends qu'elle lui chuchote :
— Abandonne. Tu l'as vu hier, on n'a aucune chance.
Je me fiche de ce qu'elles peuvent bien penser de moi. Daisy la rassure d'un « ça va aller » plutôt courageux, et Potter nous invite à prendre place sur l'estrade.
Ma magie me démange. Je la salue en regardant un point invisible au-dessus d'elle, me retourne et fais dix pas avant de faire volte-face. J'utilise l'Impedimenta pour l'empêcher de réagir, suivi d'un Calvorio qui lui arrache immédiatement tous les cheveux de la tête, je n'ai même pas besoin de le prononcer. Je l'expédie peu après de l'estrade, sans qu'elle n'ait pu rien faire, d'un Expelliarmus verbal et puissant.
C'est Potter qui amortit sa chute et l'empêche de finir encastrée dans l'un des nombreux miroirs de la pièce. Il me déclare vainqueur et je ne me sens pas mieux.
Lorsque je descends de l'estrade, les autres étudiants du club reculent, mais leur réaction ne me satisfait même pas. Mon regard se pose sur la deuxième fille. Un hoquet de frayeur lui échappe et elle quitte le club de duels sans même aider son amie humiliée à se rendre à l'infirmerie.
Mes dents restent serrées tout au long des trois autres duels de la matinée.
Les restrictions imposées par Dumbledore me concernent également. Cela signifie que je ne peux plus adresser la parole à Potter sans qu'il ne le fasse d'abord, sous peine de me retrouver en retenue avec le responsable de la maison des Gryffondor jusqu'à ce qu'il ait pitié de moi.
Cette injustice, l'incapacité de mes camarades à se tenir correctement, et l'amitié entre Potter et Dumbledore, sont autant de raisons qui suffisent à me faire perdre patience. Mon humeur ne risque pas de s'améliorer, surtout que j'ai cours avec le professeur Dumbledore dans moins de dix minutes.
Je suis conscient que ma réaction est puérile. Je pourrais parfaitement trouver un autre moyen de communiquer avec Harry Potter.
Mais pourquoi est-ce si important pour moi ? Ne suis-je pas différent de ces imbéciles qui le harcèlent ?
Mes pensées sont interrompues lorsque Harry Potter en personne s'approche de moi et me demande :
— Mauvaise journée ?
Sa voix est hésitante, mais son regard ne l'est pas, comme si ses yeux étaient incapables de refléter la même maladresse sociale qui habite tout le reste de son être.
L'idée qu'il puisse venir m'adresser la parole de lui-même, sans que je cherche à provoquer cette situation, ne m'était jamais venue à l'esprit. Une fois de plus, son comportement imprévisible me laisse fébrile. Tout sentiment de colère s'efface de mon âme, comme s'il venait de jeter un seau d'eau sur une ardoise couverte de poussière de craie. Il ne reste rien d'autre de moi qu'une surface noire, sur laquelle sa main peut se poser sans se salir.
Il attend une réponse de ma part, et c'est avec une hésitation qui n'est pas la mienne que je lui réponds :
— Elle n'a pas bien... commencé.
Il acquiesce et reste là, se tenant toujours comme si les élèves qui quittent la salle allaient se ruer vers lui pour lui demander tout un tas de choses abracadabrantes, d'une photographie aux cours particuliers, en passant par l'autographe.
J'ajoute en le dévorant du coin de l'œil :
— La vôtre non plus ne semble pas avoir bien commencé.
À cela, il s'agite, ses préoccupations prennent corps avec lui, elles s'incarnent dans ses mains qui se tordent, frottent sa nuque puis son front, dans son souffle contrarié et dans ses gestes tout à coup plus saccadés, comme une automobile moldue dont la clé n'aurait pas été remontée.
Il n'a pas besoin de mots pour s'exprimer. Son corps est un livre ouvert à la page de son âme. Il parvient tout de même à me le confirmer avec ces quelques mots :
— Je fais beaucoup d'erreurs, j'imagine que c'est une bonne chose que je ne sois pas devenu votre professeur dès mon arrivée.
Le fait qu'il se croit responsable des bêtises des élèves de cette école me fait grimacer. Je rétorque :
— Vous êtes tout à fait qualifié pour ce poste. Ce sont mes camarades qu'il faut blâmer. Ils pensent que parce que vous paraissez avoir le même âge qu'eux et qu'ils ont lu deux ou trois articles dans le journal, ils savent tout de vous et peuvent se permettre de vous faire des demandes inappropriées.
Il semble apprécier mon compliment et la cicatrice sur son front attire mon regard.
Elle a une forme inhabituelle, comme un éclair. C'est évident que c'est une blessure qui a été causée par de la magie noire. Cet homme, effrayé par des adolescentes trop enthousiastes, est le vainqueur d'une guerre. Il a été blessé, a servi comme espion pendant plusieurs années, puis s'est positionné comme le leader de la rébellion qui a permis la destitution du Seigneur des Ténèbres, et il se tient à côté de moi, mal à l'aise à l'idée qu'il ne puisse pas tenir un club de duel avec assez d'autorité.
C'est risible. J'en ai eu un aperçu. Potter est capable de plier n'importe quel occupant de cette école à sa volonté, de le mettre à genoux et de les faire obéir au moindre de ses désirs. C'est ce que j'aurais fait à sa place. J'aurais recruté des partisans. J'aurais pris la place de Gellert Grindelwald. J'aurais mis fin à cette existence dénuée de sens et de chaleur qu'est la mienne et j'aurais anéanti ce monde comme un enfant détruit un château de cartes d'un simple souffle. Juste parce que j'en ai le pouvoir et que rien ne m'empêche de le faire.
Qu'est-ce qui le retient ? Pourquoi Harry Potter est-il si… doux ?
Je n'arrive pas à associer autre chose à sa personne. Je le trouvais banal, commun. Puis j'ai eu un aperçu de son pouvoir et j'ai compris que, dans certaines conditions, il se montrait charismatique, bien plus que n'importe qui d'autre. Et désormais… je ne peux détacher ma perception de lui d'un sentiment de douceur. Même son visage, pourtant très masculin, me donne cette impression. Comme si sa puissance absurde et monstrueuse, alliée à sa maladresse sociale et à son caractère naturellement gentil, faisait de lui un être humain complet. Équilibré. Plein. Attirant. Tout le contraire de moi, qui suis si vide de l'intérieur.
Je le veux. Potter. Je le veux. J'ai besoin de lui pour remplir ce vide à l'intérieur de moi.
Et je l'aurai, peu importe les conséquences. C'est ce qui me différencie des imbéciles qui lui tournent autour. Harry Potter est à moi. Il l'ignore pour le moment, mais je vais le lui faire comprendre.
J'imagine que tenter une approche trop frontale ne ferait que le faire fuir. Il ne semble pas du genre à apprécier une séduction trop directe, et je n'ai jamais essayé de me servir de mes charmes de cette façon sur qui que ce soit. La perspective que cela n'ait aucun effet sur lui me terrifie. Je n'avais jamais ressenti pareil attrait pour qui que ce soit auparavant.
J'imagine que je vais devoir me renseigner sur les relations physiques et sentimentales. La simple pensée d'avoir Potter pour partenaire accélère mon rythme cardiaque et me fait me sentir affamé.
Je me rends compte que je me suis perdu dans mes pensées lorsque, sous mes yeux, Potter se mordille la lèvre inférieure avant de s'exprimer.
— Je suppose que je vais devoir me montrer un peu plus… convaincant pour éviter ce genre de choses à l'avenir. Albus m'a aidé aujourd'hui, mais je veux pouvoir me débrouiller par moi-même la prochaine fois.
La mention d'Albus Dumbledore me donne envie de montrer les dents et de grogner comme un animal. Je hais la pensée que Potter puisse le préférer à moi. Une partie de moi ne veut pas reconnaître qu'il y a de fortes chances pour que le pacte de sang, de fidélité, que j'ai vu soit le leur. Si c'est le cas, mon entreprise sera bien plus difficile. J'ignore quels sentiments lient Potter à Dumbledore, mais un pacte de sang n'est pas un acte anodin, et il se pourrait qu'ils soient en couple.
Leur différence d'âge n'a que peu d'importance, étant donné que les sorciers particulièrement puissants, comme eux, ont tendance à vivre bien plus longtemps que la normale.
Je dois en avoir le cœur net. C'est assez indiscret, mais c'est un risque que je prends. Je lui demande, l'air le plus détaché possible :
— Le professeur Dumbledore et vous semblez être très proches. C'est la première fois que je le vois se mettre en colère, j'imagine que c'est une réaction normale. N'importe qui aurait été furieux si son compagnon devait subir un tel harcèlement.
Il cligne des yeux, puis fronce les sourcils à ma déclaration. Il a l'air complètement hébété lorsqu'il répète :
— Mon compagnon ?
Je me racle la gorge, essayant de combattre le sentiment de gêne que j'éprouve, et parviens à préciser :
— Le professeur Dumbledore et vous êtes en couple, n'est-ce pas ?
Cette fois-ci, il paraît véritablement choqué lorsqu'il secoue la tête, puis tout à coup, il se met à rire. Un son magnifique que j'entends pour la première fois. Il se plie en deux et rit, essuyant même une larme sur sa joue alors que je le regarde sans comprendre son hilarité, mais appréciant tout de même le spectacle.
Il se reprend pour m'assurer avec certitude :
— Albus et moi ? Non, bien sûr que non. Merlin, je connais quelqu'un qui essaierait de te tuer juste pour cette allusion ! Albus a déjà quelqu'un, et son amant est du genre… compliqué et plutôt possessif. Cet homme et moi avons déjà une relation assez difficile sans qu'en plus ce genre de conflits ne s'y mêle. Albus est mon ami. Il n'y a rien d'autre entre nous.
Potter est sincère. Tout dans sa posture me le démontre. Il n'y a pas plus honnête que lui. Ce qui signifie que Albus Dumbledore est en couple avec un autre homme. Un parfait inconnu. Avec lequel Potter ne s'entend pas bien. C'est étonnant.
Toutefois, cela n'explique pas le pacte de sang. Et si Albus Dumbledore n'est pas celui qui l'a fait avec Potter, alors qui ? Est-il possible qu'il soit déjà en couple avec quelqu'un d'autre ? Un membre de la rébellion ? Quelqu'un ayant combattu à ses côtés, peut-être. Je ne suis pas assez naïf pour imaginer que ce genre de situations de combat ne fait pas naître des sentiments forts entre les membres d'une même unité.
Je n'ose pas pousser l'interrogatoire plus loin et lui demander si lui-même est en couple. À la place, je me contente de ces quelques mots.
— Veuillez m'excuser pour cette méprise. Comme vous étiez proches et que le professeur Dumbledore n'a jamais montré ses sentiments en public, j'ai tiré de mauvaises conclusions.
Il me sourit encore, les yeux brillants, apparemment l'idée que je l'ai imaginé en couple avec Albus Dumbledore l'amuse beaucoup.
— Il n'y a pas de mal. Je me sentais plutôt morose à l'idée d'avoir échoué à diriger le club de duels sans faire de vagues. Je me sens mieux désormais.
Notre conversation lui a remonté le moral, et cette pensée me procure une satisfaction profonde. Je lui rends son sourire, et il ajoute :
— Cette journée ne sera peut-être pas aussi mauvaise qu'on l'a imaginée.
Mon sentiment de satisfaction me pousse à lui préciser :
— Elle ne l'est plus.
Fin de ce deuxième chapitre ! J'espère qu'il vous aura plu, on se voit mercredi prochain sans faute pour le troisième ! Laissez-moi vos réactions en reviews et à très bientôt ! :D
