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Le Serpent et l'Oiseau

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Coucou !

Je reviens avec la balade en forêt promise, et un délai de deux petits mois seulement. Incroyable. Je m'étais beaucoup amusée à écrire ce chapitre à l'époque, ça m'a amusée de le relire, j'ai juste retravaillé quelques formulations. Je ne veux rien spoiler donc je vais me contente de dire qu'on se retrouve en bas pour en parler ;)

Un grand merci à Baccarat V, Tiph l'Andouille et Orlane Sayan pour vos reviews ! Ce chapitre est dédié à Sun Dae V bien sûr.

Bonne lecture !

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Rappel des personnages

Apprentis du Bureau des Aurors : Alice Rowle, Frank Londubat, Benjy Fenwick, Andrzej Markiewicz, Travis Wenworth, Fabian Prewett, Gideon Prewett

Intervenants : Kevin (Dissimulation), Whittaker (Vol en milieu hostile), Spellman (Duel), Muddle (Potion – a vécu il y a peu un accident de barbe qui l'a beaucoup marqué)

Aurors mentionnés : Alastor Maugrey, John Dawlish, Reese Williamson, Roberto Perez, Kaitlyn O'Neil, Sturgis Podmore

Guérisseur du Bureau : Arnold Brooks

Chef de la Justice Magique : Bartemius Croupton

Chef du département de détournement des objets moldus : Loren Zeller (croisé une fois – n'aime pas trop Alice car c'est une « Rowle », « ils embauchent vraiment n'importe qui ») ; ami de Maugrey, engagé contre les Mangemorts

Chef des Affaires Internes : Ambroise Selwyn, anti-moldu

Ministre de la Magie : Harold Minchum, également oncle de Travis, au dynamisme pas fou-fou

Autres personnages : Marlène McKinnon, meilleure amie d'Alice, Guérisseuse. Jack Adams, colocataire d'Alice et Marlène, ex-apprenti. Rabastan Lestrange, dont Alice a particulièrement peur. Narcissa Black, ancienne amie d'Alice. Rosalia Parkinson, membre des Affaires Internes. Un lézard décédé. Gregory Moscowitch, un trafiquant suspect.

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Previously on –

Panique au Bureau des Aurors. Le matin qui suit la nuit où Jack a attaqué Davis à coups de batte (si vous savez, le taré de l'hôpital qui harcelait Marlène), Dawlish, sous Imperium, attaque ses collègues dans l'open space. Un Auror (Perez) n'en réchappe pas. Pendant Maugrey décide de prendre les apprentis en main pour leur apprendre à résister au maléfice (un exercice difficile que seul Londubat parvient à réellement maîtriser), une enquête des Affaires Internes, par l'intermédiaire de Parkinson, est lancée, sur Zeller d'abord, puis sur Maugrey lui-même ; Parkinson incite par ailleurs Alice, en lui promettant un poste d'Auror, à témoigner contre lui. Elle décide, accompagnée de Frank, d'en faire part à Maugrey lui-même, qui a arrêté un dénommé Gregory Moscowitch, un receleur qui fournit à « Eric Munch » et sa société, M.R. Magneto, des scrutoscopes, et qui devait être arrêté par Dawlish le jour où il a été soumis à l'Imperium. Maugrey n'est pas trop inquiet des accusations. Ce n'est qu'une fois seule avec lui qu'Alice osera poser à Frank la question qu'elle meurt d'envie de poser : elle apprendra ainsi que non seulement son père est bel et bien mort, mais qu'il était également un Auror. Parkinson, elle, se fait expulser du Bureau par Maugrey.

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LEÇON N°16

Faire une potion en milieu hostile

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oOoOo

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A la mi-avril, au contraire d'autres intervenants prompts à s'enfermer dans la routine, une nouvelle lubie saisit Walter Muddle : quitter sa petite salle obscure pour tester la conception de potion en plein air. A priori, pas une mauvaise idée pour qui passait ses journées enfermé dans un couloir du Ministère, mais Alice restait ses gardes ; elle avait appris à se méfier.

« Parc national de Glenariff, Irlande du Nord », leur expliqua fièrement Muddle en désignant la chaussure qui leur servirait de portoloin.

Sous les yeux d'Alice se dessinèrent les contours d'une clairière cernée par les arbres centenaires. Partout, les nuances d'un vert irréel. La mousse tapissait l'écorce et les rochers, les racines s'enroulaient au pied des arbres, les fougères, dont certaines s'élevaient plus haut qu'un mur, foisonnaient sur le sol dénué de feuilles mortes. De loin, aucun tronc d'arbre n'était semblable à un autre ; des colonnes bancales côtoyaient d'épais serpent qui se faufilaient jusqu'aux trous du ciel.

Alice prit une profonde inspiration, savourant le pépiement des oiseaux entre les branches, bien loin des bavardages de l'open space.

— Glenariff est l'une des dernières forêts magiques du Royaume-Uni, lui souffla Londubat.

— Ah oui ?

Muddle leur fit signe de les suivre sur un sentier longeant la forêt.

— C'est une vraie réserve d'animaux magiques, poursuivit Frank. On y surveille autant les moldus que les sorciers. Pour certaines parties, il faut même une autorisation du Ministère pour y entrer.

Alice lui décocha un regard amusé.

— C'est ton rêve qui se réalise, non ?

— Ici ! s'écria Muddle.

L'intervenant leur ayant demandé de laisser leur kit de potion au Bureau, Alice gardait le mince espoir qu'il n'avait prévu qu'une simple randonnée.

— J'ai créé un cercle. Vous ne pourrez pas en sortir. Ni en marchant, ni en transplanant.

— Ça commence mal, murmura-t-elle.

— Ce ne sont pas vos compétences en calcul, ni votre précision dans l'art de couper des racines, que je vous fais travailler aussi. Les potions que vous aurez à réaliser, vous le verrez, sont d'une simplicité enfantine. J'évalue votre sens de la débrouille.

Muddle brandit devant eux un morceau de parchemin.

— J'ai inscrit sur ce papier une recette chacun. Vous n'avez ni vos ingrédients ni votre matériel. Pourtant, quand je donnerai le départ, vous devrez concevoir une potion le plus vite possible.

Alice, qui avait déjà du mal à différencier deux types de champignons, laissa entrevoir une grimace. Elle se sentait autant dans son élément en pleine forêt qu'un poisson rouge l'aurait été.

— Mais... On n'a même pas un chaudron ?

— Vous croyez qu'un Auror se balade avec son chaudron pendant ses interventions, Fenwick ? Il faut être capable de réagir dans l'urgence ! Faire avec ce qu'on a, bref : faire preuve d'ingéniosité !

Le ton de Muddle s'était fait cinglant ; Benjy ne protesta pas.

— Le premier qui revient ici-même avec sa potion prête la posera sur ce rocher. Si la potion est correctement exécutée, il gagne la compétition. En revanche, le dernier... (Son regard s'arrêta une seconde de trop sur Alice.) Ou la dernière – aura la charge de préparer à la classe entière un résumé complet et détaillé de ceci...

Son œil gris brillant d'une satisfaction malsaine, il leur révéla un ouvrage intitulé Trouver les plantes utiles en milieu sauvage (ou comment allier l'utile à l'agréable en forêt) de Brigitte Lapouge-Déjean qui sans surprise, était aussi épais qu'un dictionnaire.

— Il est donc inutile de collaborer, précisa Muddle en distribuant à chacun un parchemin.

Alice reçut la « potion contre le hoquet », un mélange qui s'étudiait en première ou deuxième année. Elle nécessitait l'eau d'un fleuve ou d'une rivière, de la valériane, des baies de gui, de la rate de rat, des sangsues, de l'ortie séchée et de l'infusion d'armoise.

Qu'elle ne devait pas trouver dans un placard mais... dans une forêt. Alice regarda longuement le mot « sangsue » avec un frisson de dégoût.

Où était-elle supposée trouver une sangsue ? Avec un sortilège d'Attraction ?

— Avoir le hoquet, marmonna-t-elle. Vrai danger pour l'Auror en service.

A côté d'elle, Londubat esquissa un sourire discret.

— Dernière chose : vous allez déposer ici vos baguettes. Vous ne pourrez vous en servir que pour la toute dernière étape...

Quoi ?

La réaction avait été unanime.

— Il me semble qu'un Auror se balade avec sa baguette pendant ses interventions.

Walter Muddle gratifia Alice de son habituel regard noir.

— Trouver vos ingrédients avec un simple sortilège d'Attraction n'a pas le moindre intérêt, Miss Rowle. Votre baguette n'est pas greffée à votre main. Vous pouvez la perdre, vous pouvez vous la faire voler. Vous devez être capable de faire face à n'importe quelle situation ! Et si vous êtes incapable de repérer seule vos ingrédients dans une forêt, la lecture de Mrs Lapouge-Déjean ne pourra pas vous faire de mal.

Il s'assit sur un rocher et les fixa de ses yeux furieux.

— Allez-y ! Mais faites gaffe aux moldus ! Il fait beau et on peut toujours y croiser des touristes. Tenez-vous loin des sentiers et ne vous perdez pas...

— Vous avez quoi, vous ? chuchota Benjy.

Fenwick ! Qu'est-ce que vous n'avez pas compris dans les mots il-est-inutile-de-collaborer ?

Benjy ouvrit la bouche pour répondre mais Londubat secoua la tête pour l'en dissuader. Travis haussa les épaules, déposa sa baguette aux pieds de Muddle et s'enfonça le premier dans la forêt. Alice se mordit la lèvre. La forêt, c'était le domaine de Londubat, et si Londubat n'était pas là pour l'aider...

— Moi j'ai tiré la « potion contre les ongles incarnés », fit Benjy entre dents. Prévenez-moi si vous croisez un groupe de chauve-souris...

A son tour, il disparut entre les arbres, englouti dans le brouillard. Londubat jeta à Alice un regard désolé et suivit Jody dans la direction opposée. Andrzej emprunta le sentier qui continuait de longer la forêt, laissant Alice seule sous le regard inquisiteur de Walter Muddle.

— Vous attendez quoi ? grogna-t-il. Au moins, la potion contre le hoquet devrait être à votre portée !

Pas plus que les potions, la botanique n'était la matière de prédiction d'Alice. Les plantes la mordaient aussi souvent qu'explosaient ses mixtures. Incapable d'identifier sans baguette le Nord ou le Sud, trouvant tout arbre semblable à un autre arbre, elle ne savait pas se repérer en forêt, avait une peur bleue des insectes de plus de deux centimètres et n'avait aucune idée d'à quoi ressemblait la valériane en pleine nature. Elle la trouvait beaucoup plus repérable quand elle était accompagnée d'une étiquette indiquant « valériane ».

Son pire cauchemar se réalisait : la fusion entre les potions et le vol en milieu hostile. Elle n'eut d'autre choix que de s'enfoncer à son tour dans la forêt.

— Les potions en milieu hostile..., marmonna-t-elle.

Elle s'arrêta net en notant, peu rassurée, qu'une araignée du type velu avait tissé sa toile entre deux arbres qui bordaient le sentier. Luttant contre l'envie de se recroqueviller sur le sol – après tout, elle ne serait nulle part protégée des bestioles –, elle rassembla son courage pour en déchirer la toile armée d'un bâton.

Son cœur battait vite. Alice jeta un coup d'œil à la liste d'ingrédients, consciente que l'exercice nécessiterait de la méthode. D'abord, trouver un point d'eau. La cascade ne devait pas être loin, elle entendait d'ici l'eau glisser sur les rochers. Soulagée d'avoir un but, elle écarta les fougères, trébucha sur une racine et écartait les hautes herbes en direction quand quelque chose bougea à sa droite.

Alice se figea. Un merle. C'était un simple merle. Elle rejoignit la cascade, maudissant chaque être vivant qui avait le malheur de croiser son chemin.

Devant elle, de l'eau. Partout sur les hauts rochers s'était développée une mousse d'un vert si vif qu'elle devait plisser les yeux et plus bas, chutant dans une lumière brouillée par la brume, de l'eau bouillonnait avant de glisser rapidement de bassins en bassins.

Alice avait trouvé de l'eau. Mais palpant les poches de sa robe, elle réalisa que sans baguette, elle n'avait rien à disposition qui puisse la contenir.

— C'est le moment de faire preuve d'ingéniosité, Alice...

Sa propre voix se perdit dans le grondement de l'eau entre les rochers. Etrange comme les idées lui venaient plus facilement dans une situation d'urgence avec des paramètres humains et imprévisibles, que seule, en pleine forêt, où le seul paramètre « risque » était celui de la piqûre de moustique.

Merlin, comment faisaient les moldus ?

Alice passa dix minutes à arracher des feuilles pour les attacher entre elles avant de réaliser que sa construction fuyait de partout. Elle n'allait jamais pouvoir fourrer ça dans son sac. Bon. Après examen de chaque pierre au bord de l'eau en désespoir de cause, elle finit par en trouver une suffisamment creuse, la remplit d'eau et se promit de revenir plus tard pour la chercher. Il ne lui restait plus qu'à dégotter de la valériane, de la rate de rat et des sangsues.

« Facile. »

Même les yeux fermés, même en tentant de se concentrer sur le bruit produit par la cascade, elle ne parvenait pas à étouffer la bouffée d'angoisse qui l'avait envahie. Déjà, la forêt n'était pas son domaine de prédilection, mais la pêche aux sangsues ? Non. Sans magie, c'était au-dessus de ses forces. De dépit, elle jeta à l'eau la pierre creuse qu'elle avait mis si longtemps à trouver.

Un geste idiot, qui échoua à apaiser sa colère. Brigitte Lapouge-Déjean et son dictionnaire infernal des plantes l'attendait ; elle le méritait entièrement.

Le regard d'Alice se perdit dans le bouillonnement de l'eau à ses pieds.

— Je me suis douté que tu avais pris le chemin de cascade. Mais je n'en étais pas sûr.

Elle sursauta. Un peu plus haut, une silhouette familière descendait d'un rocher pour la rejoindre, prenant garde à ne pas glisser sur la mousse.

— Londubat ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

— J'ai dû faire tout le tour de la clairière pour échapper à Muddle. Quand j'ai finalement trouvé des traces humaines, j'avais peur qu'il s'agisse de Travis...

— Tu es venu pour...

Elle n'osa pas le dire, et le laissa s'asseoir en silence sur la pierre à côté d'elle. Il lui adressa un sourire hésitant.

— Je t'ai imaginée toute seule en train de chercher tes ingrédients dans la forêt et... j'ai eu envie de te filer un coup de main.

— J'étais sur le point de me noyer par dépit, avoua-t-elle.

— Alors j'ai bien fait de venir... Muddle t'a demandé quoi ?

— Une potion contre le hoquet. Et toi ?

— Potion d'Enflure. Il me faut notamment des orties, des yeux de poisson séché et des ailes de chauve-souris.

— Je hais Muddle, souffla Alice.

Mais Londubat, lui, avait l'air de bonne humeur. Il était dans son élément dans la forêt et bizarrement, la perspective de devoir pêcher des poissons ou attraper des chauve-souris sans baguette ne semblait pas lui faire peur.

— Y'a de l'eau, là, si tu veux pêcher.

— On ne trouvera pas de poissons près de la cascade. Mais on peut suivre la rivière pour trouver un endroit où l'eau est plus calme.

Londubat se releva d'un bond, tendant à Alice une main amicale.

— Sans compter que les orties poussent dans les lieux humides. On devrait en trouver dans le coin.

Elle saisit sa main.

La rivière se révéla impossible à suivre de près ; les rochers qui la cernaient étaient trop hauts et la mousse les rendaient de toute façon trop glissants. Londubat la guida à travers un autre chemin, plus étroit, qui longeait la rivière sans trop s'en éloigner.

— Là, regarde.

Devant eux s'étendait un champ d'orties fraîches.

Aïe !

— Ne les touche pas avec les mains, conseilla Londubat à Alice qui regardait avec les horreurs les cloques blanches sur ses doigts.

— La nature, c'est comme un complot de Mages noirs, mais en plus fourbe. Je déteste ça. Tu... qu'est-ce que tu fais ?

Londubat, qui venait d'en cueillir une branche, lui sourit.

— Il faut les prendre à la base, là où il y a le moins d'épines urticantes.

Elle ne questionna pas son expertise, ne s'étonna dans de son assurance nouvelle. Il fourra un beau bouquet dans le sac d'Alice et lui fit signe de continuer. Ce qu'il appelait un « chemin » et qui ne possédait pourtant aucune caractéristique du chemin devenait à chaque pas plus ardu à suivre ; entre eux, le silence n'était brisé que par les interjections de douleur d'Alice qui même les mains dissimulées dans ses manches, parvenait toujours à se faire piquer par une feuille sortie de nulle part.

— Si tu dois faire une potion contre le hoquet, il faudra aussi trouver de la valériane. Tu vois ce que c'est ?

— Non. Arrête de m'humilier, s'il te plait.

Il lui sourit.

— Elle sera tout juste fleurie à cette époque de l'année. Par chance, elle aime aussi les endroits humides...

— Dis, à quel moment exactement as-tu appris par cœur l'intégralité de Mille herbes et champignons magiques ?

— En première ou deuxième année.

Aucun doute, il était sérieux.

— Ma mère habite près d'une forêt. Je passais pas mal de temps l'été à essayer de repérer les plantes que l'on trouvait dans le livre...

Oh. Personnellement, l'été, je bronzais sur la terrasse du manoir en m'imaginant à la plage.

« Deux conceptions très différentes des vacances », songea-t-elle.

Londubat s'arrêta près d'un arbre à l'air antique et au tronc proéminent. Méticuleusement, il entreprit d'examiner les plantes qui le cernaient.

Son visage s'éclaira d'un air de triomphe.

— Alice, regarde !

La plante qu'il désignait du doigt était haute d'environ un mètre et s'étendait sur tout le massif végétal. Au bout de longues tiges aux feuilles fuselées s'agrégeaient une constellation de petites fleurs blanches qu'elle reconnaissait pour s'en être régulièrement servi en potions.

— La valériane, murmura-t-elle.

A ses yeux, la forêt perdit en partie son caractère hostile. Alors qu'elle arrachait un brin de valériane, elle parvint enfin à la percevoir non comme une certaine idée de l'enfer, mais comme un lieu de ressources. Un effet dont Londubat était loin d'être innocent.

Alors qu'elle s'enfonçait dans des sentiers peu fréquentés, et bien qu'elle conservât une saine méfiance à l'égard des araignées, sa crainte s'était atténuée, son cœur apaisé ; elle était déterminée à trouver du gui à ses côtés.

— Je me souviens de sa forme, je crois, dit-elle avec un soupçon de fierté. Mon frère avait mangé ses baies en grappe avant de finir à Ste-Mangouste.

— C'est une plante parasite. On devrait pouvoir en trouver un peu partout. Tiens...

Londubat désigna devant lui un arbre à la taille colossale ; les branches au sommet étaient infestés de boules blanches, mais sans baguette, y grimper était de l'ordre de l'impossible.

— Trop haut, non ?

— Regarde si on ne peut pas en trouver sur des arbres plus petits...

— Celui-ci ?

Il s'agissait d'un jeune châtaignier. Les baies qu'ils apercevaient dans le gui n'étaient pas atteignables en se mettant sur la pointe des pieds, mais c'était déjà beaucoup moins élevé.

— Si je te fais la courte échelle...

Alice étudia, sceptique, la finesse des bras de Londubat qu'elle devinait sous sa robe de sorcier. Qu'il fût plus grand qu'elle était indéniable, mais Alice n'était pas mince ; elle craignait sérieusement de l'écraser sous son poids.

— Là, ce sera plus simple.

Elle lui montra un autre arbre qui avait l'avantage d'avoir grandi près d'un rocher, en haut duquel ils pourraient accéder au gui. Sans attendre l'assentiment de son partenaire, elle crocheta ses doigts sur les anfractuosités de la paroi, poussa du pied une racine grimpante et parvint à s'élever jusqu'à mi-parcours pour en saisir quelques branches.

Tout en haut, elle secoua son bouquet de brindilles avec un sourire triomphant.

Ce n'était pas même seulement que la forêt avait cessé d'être un enfer ; avec lui, aussi étrange que cela puisse paraître, elle revêtait presque un caractère amusant. Frank prenait plaisir à lui désigner du doigt toutes les plantes qui croisaient leur route pour les appeler par des noms latins compliqués qu'elle le soupçonnait d'inventer la moitié du temps. Sur les sentiers plus ardus, il passait le premier afin d'écarter devant elle les ronces et toiles d'araignées, mais ne pouvait s'empêcher de pouffer chaque fois qu'elle trébuchait sur une racine ou sursautait à l'envol d'un oiseau.

— Si je peux divertir..., râlait-elle entre ses dents, faussement fâchée.

Ensemble, ils parvinrent à dénicher l'armoise et poursuivirent même un gros rat qu'ils finirent par perdre entre deux arbres. Ils arrivèrent jusqu'à une branche plus calme de la rivière ; une partie continuait de s'écouler et une autre s'amassait dans un étang d'eau croupie d'un brun clair peu flatteur. Penché sur la rive, Londubat désigna un banc de minuscules poissons dont la bouche effleurait sans crainte la surface avant d'ôter sa robe de sorcier. Désormais vêtu d'un fin pantalon de toile et d'un tee-shirt, il ôta également le tee-shirt sous les yeux ébahis d'Alice.

— Tu...

Elle n'avait plus aucune idée de ce qu'elle s'apprêtait à dire.

C'était peut-être à force de touiller les potions, mais le torse de Londubat était plus musclé qu'il n'y paraissait. Alice le fixa une seconde de trop, puis se sentit rougir en croisant son regard. Il accrocha son tee-shirt à la première branche qui lui tombait sur la main et elle ravala un rire devant l'absurdité du moment, elle et Londubat torse nu devant la rivière.

Une fois le tee-shirt accroché, il remit rapidement sa robe avec un frisson.

— C'est une technique que mon père m'a apprise, expliqua-t-il. Ça permet d'attraper les poissons.

Avec l'air de celui qui sait ce qu'il fait, Londubat prit soin d'ôter ses chaussures et ses chaussettes avant de relever son pantalon. Il rattrapa son tee-shirt et entra dans la rivière.

— Elle est glaciale, souffla-t-il.

Alice s'assit sur un rocher pour observer l'artiste. Après s'être éloigné du banc de poissons, Frank avait plongé son tee-shirt dans l'eau en le ramenant très lentement vers le bord. Il voulait les piéger, comprit-elle ; lorsqu'il sortit enfin de la rivière, satisfait bien qu'à moitié gelé, un total de cinq petits poissons frétillaient à l'intérieur du tissu.

— T'en a combien d'autres, des talents cachés ?

Déposant le fruit de sa pêche sur un rocher, il la gratifia d'un sourire énigmatique.

— Si tu cherches des sangsues, je pense savoir où les trouver.

— L'étang, hein ?

Alice eut une moue boudeuse.

— C'est dommage, on s'amusait bien... Tu ne veux pas m'en attraper une avec ta chaussette ?

— Ha, ha.

Elle attendit que Londubat ait les pieds à peu près secs, puis ils s'approchèrent entre de la mare d'eau trouble et stagnante. Pas de doute, s'il y avait des sangsues quelque part dans cette forêt, c'était bien ici.

— Je ne me souviens pas m'être inscrite à l'atelier pêche-à-la-sangsue, grimaça-t-elle, pleine d'appréhension à l'idée de toucher cette eau croupie.

— Tu veux que j'y aille ?

Sans doute avait-il lu le dégoût visible sur son visage.

— Tu es mon sauveur aujourd'hui.

— Ça ne va pas durer, j'en profite...

Londubat s'approcha de l'étang, sa chaussette toujours à la main. Après plusieurs minutes à tâter la terre au fond de l'eau, il finit par en dénicher une. La sangsue se tortillait entre ses doigts. Il la tendit à Alice un sourire aux lèvres.

— N'est-elle pas adorable ?

— Bas-les-pattes !

Il fourra la sangsue dans sa chaussette, puis retourna se sécher les pieds sur un rocher avant d'enfiler à nouveau ses chaussures. Aller chercher une sangsue à sa place... C'était la plus belle chose que quiconque ait jamais fait pour elle.

— Merci.

Elle n'était pas certaine de l'avoir dit assez fort ; il ne réagit pas. Incapable de le répéter, quand il lui retourna enfin son regard, elle préféra demander :

— Il nous reste un rat et une chauve-souris, c'est bien ça ?

— C'est ça. A voir si on peut en trouver une autre pour Benjy.

— Un autre de tes hobbies de vacances ?

— Courir après les rats ? Bien sûr. Enfin, ça et la pêche à la chaussette.

Le rire d'Alice résonna dans la forêt, puissant à faire vibrer les arbres. Il leur faudrait fouiller les buissons, repérer les crottes, poursuivre les créatures jusqu'au cœur des fougères. C'était voué à l'échec évidemment, mais quelle importance ?

Au plus profond de la forêt, Londubat lui intima le silence. Elle tenta comme elle le pouvait d'imiter la fluidité de sa démarche qui jamais ne faisait craquer la moindre branche. Ensemble, ils écoutèrent, attentifs aux bruits les plus ténus de la forêt, chaque bruissement dans les feuillage fondant le soupçon d'une présence animale.

— Tu l'as vu ? murmura Londubat.

— Vu quoi ?

Au moins, il avait sa réponse.

— Un rat, ou peut-être un lézard. Je ne sais pas, il m'a échappé.

— Dommage. Si seulement on avait un de ses poils, on pourrait savoir dans quelle direction il est allé. [1]

— Bien sûr, et si on avait sa date de naissance, on pourrait faire son thème astral.

— C'est un sagittaire, je le sens bien !

Elle se pencha pour tâter les buissons, puis fit claquer sa langue contre son palais comme si ça aurait pu le faire venir. Trop tard. Le rat qu'ils avaient cru apercevoir avait disparu.

— Je t'ai déjà dit que je haïssais Muddle ? Si je me retrouve un jour en forêt sans ma baguette, la dernière chose que je ferais, ce sera bien une potion contre le hoquet !

— Même si t'as le hoquet ?

— Entre ça et attraper un rat à mains nus...

Une main se referma sur son bras.

— Ne bouge pas, Alice.

Figée, elle regarda, stupéfaite, la main de Londubat s'approcher lentement de son visage.

— Qu'est-ce que tu...

— Ne bouge pas, répéta-t-il.

Tout près. Il était tout près. Concentré. Alice frissonna en sentant ses doigts effleurer ses cheveux dans un geste doux, prudent.

— C'était une araignée ? souffla-t-elle, incapable de détourner de lui son regard.

— Elle est partie.

Entre eux s'installa un étrange silence. Londubat recula d'un pas, gêné. Alice ouvrit la bouche pour le remercier quand un cri glaçant brisa le calme de la forêt, les obligeant à courir dans sa direction.

— Par là !

— Y'a quelqu'un ?

Une silhouette était assise dans l'ombre d'un rocher, le visage entre ses mains. Alice s'arrêta, essoufflée par la course.

— Travis ?

— C'est... c'est vous ?

Wenworth se leva d'un bond. Il s'essuyant le nez avec sa manche en reniflant, les yeux rougis, la robe pleine de boue. Il avait l'air si malheureux que même Alice n'eut pas le cœur à se moquer de lui.

— Tu nous as fait une peur bleue.

— Désolé, je voulais pas vous alerter. C'est juste que... j'étais à ça de l'avoir, ce foutu rat ! A ça !

De dépit, il balança son pied dans le tronc d'arbre le plus proche. Pour la première fois, Alice était bien placée pour savoir ce qu'il ressentait.

— J'en peux plus de cette forêt ! Je veux partir de cette forêt !

— T'as tiré quelle potion, Travis ?

— Une potion contre les irritation de la peau !

Et il paraissait, à cet instant, passablement irrité.

— Il me faut une queue de rat ! J'ai quasiment tout sauf cette foutue queue de rat ! Ça fait deux heures que je chasse les rats !

Alice voyait bien que Londubat se mordait l'intérieur des joues pour ne pas rire. « Ne le regarde pas. » Ses épaules étaient secouées de petits soubresauts et Alice sentit elle-même une étrange chaleur lui chatouiller le ventre.

— C'est pas drôle !

Il suffit à Alice de jeter un œil à Londubat plié en deux derrière un arbre pour exploser de rire à son tour, cachant vainement son visage hilare à l'aide d'une fougère. Plus ils riaient, plus Travis s'indignait et moins ils maîtrisaient leur rire.

Un cercle vicieux sans fin qui causa à Alice de profondes douleurs aux abdos.

— Écoute Wenworth, fit Alice quand ils furent – un peu – calmés. Moi j'aurais besoin de sa rate. Si tu veux on fait un rat pour deux.

— Muddle nous a dit de ne pas collaborer...

— Tu veux écouter Muddle ou quitter cette forêt ? C'est à toi de voir, Travis.

— OK, lâcha-t-il après un temps de réflexion. J'ai attrapé deux chauves-souris. Mais je ne pensais pas qu'un simple rat serait si difficile à avoir.

— Deux chauves-souris ? interrogea Londubat, soudain intéressé.

— Y'a une grotte à quelques centaines de mètres...

— Et t'as besoin des deux ?

— Non mais on sait jamais. Dans le domaine des potions, il vaut toujours mieux avoir au moins deux ingrédients de chaque, au cas où tu foires le découpage.

— Tu nous en filerais une ?

— Si vous me trouvez un rat, répondit-il du tac-au-tac. Vous avez raison, je sais pas où en sont les autres mais faut qu'on parte au plus vite.

— Deal.

Ils échangèrent un regard, pas plus avancés.

— Tu l'as poursuivi jusqu'où, ton rat ? demanda Alice.

— Là.

Travis désigna un trou dans la terre, où le rat devait certainement s'être réfugié. « Fait comme un rat », songea Alice en gardant le silence, parce qu'elle avait une plutôt bonne relation avec Londubat en ce moment et n'avait pas envie qu'il lui jette ses chaussettes à la figure.

(Elle l'aurait mérité, bien sûr.)

— Bon. Maintenant, faut essayer de le faire sortir.

— Comment ?

— Il faudrait lui donner une bonne raison...

— Coucou petit rat, viens faire un atelier découpage avec Papa Travis !

Travis poussa un profond soupir.

— Désolé. Je me sens sous pression là.

— Si toi tu es sous pression, pense un peu à ce que ce petit rat doit ressentir.

— C'est vrai ça, traqué sans relâche par son Papa.

— Pauvre Grisouillet...

— Quand on y pense, tu n'as même pas nommé ton fils.

Ne pas le regarder. Surtout, ne pas le regarder. Un seul coup d'œil du côté de Londubat et elle était certaine d'éclater de rire.

— Grisouillet ? répéta Travis.

— Tu n'aimes pas ?

— Si, c'est mignon, marmonna-t-il avec une nette impatience. Je ne vois pas trop l'intérêt de nommer un rat qu'on va découper dans deux minutes, mais c'est mignon.

Grisouillet était toujours dans son trou. Londubat tenta d'y passer la main – une idée qu'Alice jugea très mauvaise mais elle n'eut pas voix au chapitre – et finit par la retirer, bredouille. Le trou était en réalité un tunnel assez long. Le rat avait très bien pu sortir de l'autre côté.

Alice fouilla dans ses poches pour en retirer un petit objet rectangle. Le briquet de Marlène. La Gryffondor, qui tentait désespérément d'arrêter de fumer, avait confié à Alice l'intégralité de son matériel.

— Je sais ce qu'on peut faire...

L'opération Rendre Grisouillet à son Papa était en route. La petite troupe rassembla quelques branchages pour les embraser et enfumer le tunnel dans l'espoir que Grisouillet, fatigué de suffoquer, ferait son retour à la surface. Frank se tenait près. A l'instant où le rat pointa son museau à l'air libre, il l'attrapa d'une main experte.

— Ne le lâche pas ! s'écria Travis.

Il s'agissait d'un rat gris de taille moyenne, le museau frémissant, de petits yeux noirs et brillants.

— Il te ressemble non ? s'amusa Alice.

— Il me reste une chaussette, souffla Londubat, l'animal entre les doigts. Tu peux la prendre dans ma poche ?

Alice s'exécuta et Frank put fourrer le rat à l'intérieur. Ils regardèrent quelques instants, le cœur battant. Au bout de la chaussette, le rongeur se débattait avec force, ses griffes transperçant brièvement la laine.

— Après la pêche à la chaussette..., commenta Alice avec un sourire.

— On a réussi !

Wenworth exultait ; le duel avec son rat était devenu une affaire personnelle.

— Je prends la queue et toi tu veux... la rate c'est ça ?

— Et Londubat prendra en prime une de tes chauves-souris.

Travis serra la main d'Alice. Après être repassé à la rivière chercher un peu d'eau, ils revinrent tous les trois jusqu'à la clairière. D'après la position du soleil, ils crapahutaient déjà à travers la forêt depuis plusieurs heures. Muddle sauta de son rocher en les voyant arriver.

Jody était déjà là. Andrzej également. Toutefois, il n'y avait nulle trace de Benjy. Alice espéra qu'il s'en sortait avec ses chauves-souris.

Sans un mot, Muddle leur accorda l'accès aux baguettes. Épuisée, Alice alluma un feu et utilisa la métamorphose pour créer un chaudron temporel. Grâce au métier de ses parents – Chaudron Rowle, votre chaudron a le beau rôle ! –, elle en connaissait parfaitement les propriétés ; pour une fois lui vint l'espoir de créer une potion correcte, fût-elle aussi simple qu'une « potion contre le hoquet ».

Tandis que Londubat, à côté d'elle, découpait soigneusement les yeux de ses poissons, elle fit bouillir son eau, sécher ses orties, découpa la rate du pauvre Grisouillet et sectionna sa sangsue en plusieurs morceaux de taille égale. Il ne suffisait que de suivre la recette, pas de miscibilité ou calculs des forces contraires, non, c'était juste de la potion bête et méchante et Alice réalisa avec une joie immense que lorsqu'elle suivait les instructions, elle parvenait – belle amélioration – à obtenir la couleur demandée. En passant près d'elle, Muddle ne fit pas le moindre commentaire, ce qui, venant de lui, était le plus beau des compliments.

Lorsqu'ils eurent tous terminé leur potion et que l'intervenant eut ramené un Benjy perdu dans les fougères, Muddle recueillit des échantillons de chacune des mixtures et les rassembla près du rocher.

— Ça va ? demanda Alice un peu inquiète à Benjy.

Le visage couvert d'égratignures comme s'il s'était battu avec un chat sauvage, Benjy hocha la tête sans conviction.

— Je suis tombé dans les ronces...

Aucun d'eux n'était beaucoup plus présentable. Travis était plein de boue, le visage marqué par l'agacement et la fatigue. Londubat avait le bas du pantalon trempé et plus la moindre chaussette aux pieds. Les cheveux de Jody étaient couverts de feuilles. Andrzej arborait un teint terreux et des traces de sang séché sur sa robe. Quant à Alice, les mains pleines de piqûres d'orties et les genoux d'une belle couleur marron, elle n'en menait pas large non plus.

— C'était une expérience intéressante, constata Muddle.

Jody eut un rictus.

— C'est une façon de voir.

— Je voulais vous faire prendre conscience que les ressources sont là, autour de vous. Les potions ne sont pas juste réservées à une petite salle isolée dans le bâtiment des Aurors. Les potions peuvent – et doivent – vous servir à n'importe quel moment. Parfois, deux ou trois ingrédients suffisent pour vous sauver la vie. Vous devoir pouvoir vous débrouiller dans n'importe quel environnement ou a minima reconnaître de l'ortie quand vous en voyez.

Il ne la regardait pas, mais Alice se sentit tout de même visée.

— J'ose espérer que vous aurez tiré de cette expérience en forêt quelque chose, termina Muddle. Fenwick, vous nous résumerez Trouver les plantes utiles en milieu sauvage pour la semaine prochaine.

Benjy, déjà plutôt pâle, hocha la tête avec fatalisme. Alice savait très bien ce qu'il ressentait. Sans Londubat, elle se serait certainement retrouvée à sa place.

— Le portoloin est la vieille chaussure sur le rocher. Il part dans trente secondes.

Lorsqu'ils parvinrent au « raccourci » de la salle 106 pour rejoindre l'open space, les Aurors titulaires, voyant leur état, les accueillirent d'un regard moqueur.

— Vous êtes allés avec Muddle en forêt ? demanda Sturgis.

Ils n'avaient pas besoin de répondre oui, c'était évident.

— Un sanglier m'avait poursuivi, je me souviens..., murmura l'Auror aux cheveux de paille. Je suis monté en haut d'un arbre pour lui échapper, mais ce con a patienté sur une racine pendant trois heures !

— Ah ouais ? fit O'Neil. Moi j'avais une potion de solidité à faire. Il fallait que je trouve dix-huit araignées d'au moins deux centimètres de diamètre... Pas mon meilleur souvenir.

A son récit, Alice fut parcourue d'un frisson. Il y avait donc pire que les sangsues.

— Moi je suis tombé d'un arbre en voulant attraper du gui..., avoua Dawlish. J'ai dû traverser toute la forêt avec une cheville cassée.

— Ça relativise mon périple, souffla Benjy.

— Qu'est-ce qui t'est arrivé au fait ?

— Je me suis enfoncé vraiment loin dans la forêt... Fallait que je trouve un Bulbobulb, je me suis dit qu'il serait le plus loin possible des sentiers pour ne pas en donner l'accès aux moldus. Et quand j'en ai enfin trouvé un, il était protégé par un filet du diable.

— Un filet du diable ? répéta Londubat. Il n'y a pas de forêt du diable en Irlande du Nord...

— Ben, là y'en avait un. Et même plus d'un ! La forêt était beaucoup plus sombre, là où j'étais. Et sans baguette, combattre un filet du diable pour récupérer un pauvre Bulbobulb... Bon, et vous ?

— Nous ? On s'est retrouvé... (Frank jeta un coup d'œil à Alice.) par hasard. Le plus dur ça a été d'attraper un rat, donc on a collaboré avec Travis.

— Je vois. Au moins, vous avez échappé à Brigitte...

— Tu veux qu'on partage ? proposa Frank.

Le visage de Benjy s'éclaira.

— Tu ferais ça pour moi ?

— Bien sûr.

Alice en avait conscience, mais si elle avait eu des doutes, elle en aurait eu la confirmation définitive : Londubat était quelqu'un de bien. Il savait qu'Alice était probablement en train s'énerver toute seule devant la rivière, alors il l'avait rejointe. Il savait que Benjy passerait ses nuits à lire un bouquin imbuvable, il proposait de lui filer un coup de main. Alice, elle, avait été soulagée que la tâche du livre soit confiée à quelqu'un d'autre qu'elle-même. Même connaissant l'ampleur du travail, il ne lui serait pas venu à l'esprit de lui proposer de partager.

— On à qu'à découper en trois, soupira-t-elle. Ça me fera pas de mal d'apprendre des trucs sur les plantes des forêts.

N'était-il pas clairement en train de déteindre sur elle ?

Alors que Benjy était parti, soulagé et ravi, Alice se tourna vers Londubat, tentant de rassembler ses pensées.

— Merci au fait, d'être venu me trouver « par hasard »... Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi et tes chaussettes.

C'était presque un peu redondant, cette tendance qu'il avait à lui sauver la mise.

Frank lui sourit.

— Merci à toi. Je me suis bien amusé.

Elle se représenta la pêche au tee-shirt, la cueillette d'orties, les courses après les rats, l'étang grouillant de sangsues, et n'en revenait pas de penser que finalement...

— Tu sais quoi ? Entre deux plantes urticantes et quelques araignées... moi aussi.

Et c'était beaucoup dire. Alice détestait toujours la forêt avec force. Mais elle commençait à penser qu'elle aimait sa compagnie.

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(A suivre)

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[1] C'est une ref' obscure à l'aquamancie, un des cours de Gloria Hunt qui intervient sur la question de la traque. Cette pratique consiste à poser le cheveux d'un gus dans une bassine d'eau : si le cheveu va vers le sud, son propriétaire très certainement aussi (CQFD).

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N/A

Ce chapitre fait-il avancer l'intrigue ? Pas vraiment hahaha. C'est juste Alice qui s'énerve sur les orties et Londubat le badass qui chasse-et-pêche des trucs avec ses chaussettes mais que voulez-vous, il faut bien des petites bulles d'air de temps en temps !

Merci d'avoir jusqu'au bout !

Le prochain arrivera bientôt (à l'échelle des dinosaures du moins). Bisous !

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