Chapitre 3
Le dimanche après midi fut difficile pour tout le petit groupe. Etant donné qu'ils s'étaient tous couchés aux aurores, ils ne se réveillèrent qu'au alentour de 14h. Les premiers furent Eijiro et Ochaco. La jeune fille avait énormément de mal à se remettre de ce qui lui était arrivé. Elle avait très mal dormi, faisant cauchemar sur cauchemar. Son réveil n'avait fait qu'empirer son mal être. Elle avait senti une vive douleur au niveau de son cou. Inquiète, elle s'était levé pour aller voir dans un miroir. Elle portait en effet les marques de son étranglement de la veille. Des bleues prenant la forme de la main du géant serveur les ayant malmené recouvraient sa gorge. Encore sous le choc, elle était resté figer devant. Ne sentant pas la présence de sa copine dans le lit, Eijiro s'était réveillé à son tour et l'avait trouvé ainsi, pleurant silencieusement devant le miroir, sa main autour de son cou couvrant les marques hideuses. Il l'avait alors tiré vers lui doucement afin de ne pas la brusquer. Par la suite, le rouge l'avait rassuré pendant une bonne heure avant qu'ils ne se décident à descendre. Au bas des escaliers, les deux amoureux froncèrent les sourcils en découvrant qu'une personne était toujours dans le salon. Ils s'approchèrent lentement et virent que c'était Katsuki. Le blond était toujours assis sur le sol, son dos contre le canapé derrière lui. Il avait relevé un de ses genoux et avait sa tête posé dessus entouré de ses bras. A sa respiration lente et profonde, Eijiro comprit qu'il avait du s'endormir comme ça. Se disant que vu sa position, il ne devait pas bien dormir, le couple prit l'initiative de le réveiller. Tout doucement, Eijiro posa une main sur l'épaule de son ami et le secoua légèrement en prononçant son prénom. Le blond grogna avant de relever la tête, sa nuque craquant au passage. Il ouvrit ses yeux carmins, tombant directement sur ses deux amis.
-Yo mec, va dormir là haut tu seras mieux qu'ici.
Katsuki marmonna quelque chose d'incompréhensible. Il étira ses membres engourdis par sa nuit au sol. Il se frotta les yeux, encore groggy puis se leva. Le regardant faire, le couple resta sans rien dire, lui laissant le temps.
-Tout le monde est déjà réveillé ou y a que vous pour le moment ? Parvint à articuler Katsuki, d'un air grognon.
-Il n'y a que nous. Mais j'ai entendu du mouvement là haut donc les autres vont pas trop tarder je crois. Lui répondit Ochaco.
Le blond hocha la tête, se réveillant peu à peu. Il avisa l'heure et s'étira à nouveau de tout son long.
-Ok, je vais chercher le petit déj'. Réveillez tout ses branleurs là haut. Il faut que je vous parle.
Katsuki n'attendit pas de réponse de leur part pour partir du salon et se diriger vers l'entrée. Il sortit de la maison, d'un pas déterminé. Le blond avait le réveil difficile mais rapide. Il marcha le long de la rue, les mains dans les poches. Une boulangerie faisait le coin et il savait qu'il y trouverait de bonnes viennoiseries. Ce qu'il allait dire n'allait pas ravir tout ses amis alors il se devait de les appâter avec quelque chose de bon. Il avait réfléchi pendant des heures lorsqu'ils étaient rentrés. Il se devait d'agir. Sauf que personne ne devait interférer. Il n'avait pas voulu y croire lorsqu'il l'avait aperçut danser mais c'était bel et bien Deku qu'il avait vu la veille. Et il ne l'avouerait jamais même sous la torture mais voir les traces de larmes sur le visage de la copine de son meilleur ami lui avait foutu les boules. Il se devait donc d'amadouer sa bande de pote et les convaincre de le laisser faire. Et de ne surtout pas prévenir la police. C'est sur ces constatations qu'il était tombé de fatigue sans même s'en rendre compte. Après avoir pris une douzaine de pâtisseries en tout genre, Katsuki retourna vers chez Eijiro. Lorsqu'il passa la porte, tout le monde étaient clairement réveillés. Des voix s'élevaient de la cuisine et le blond les suivit. Ils étaient tous attablés devant des tasses de café ou chocolat chaud, attendant le petit déj' promis. Katsuki balança au milieu de la table de cuisine les paquets de la boulangerie faisant tourner toutes les têtes vers lui et stoppant les discussions.
-Tiens, voilà le grand Bakugo qui nous convoque de bon matin. Lança Mina, irritée.
-C'est plus le matin. On est déjà en plein après midi, abrutie.
Katsuki alla se prendre une tasse et se servit lui même du café. Tout le monde commença à manger ce qu'il avait apporté attendant que leur ami se décide à leur parler. Ce qu'il fit après une longue gorgée de sa boisson chaude.
-Je vais y aller cash les gars. Je suis contre le fait de prévenir qui que ce soit pour hier. Il est hors de question que j'aille voir les flics et je refuse que vous y alliez également. Je veux régler ça comme je l'entends.
-Je suis d'accord avec toi. Se rallia à sa cause Eijiro, comme à son habitude.
-Quoi?! firent tout le reste de la bande, en revanche.
-Non mais vous êtes sérieux tout les deux ?! S'insurgea Denki. Surtout toi Eijiro, c'est tout de même Ochaco, ta copine, la victime de ce putain de psychopathe.
-Ouais et puis tu comptes faire quoi Katsuki ? Tu vas aller voir ce géant et lui casser la gueule ? C'est pas les brutes des autres lycées là que tu as en face. Tu vas juste te prendre une raclée. Tenta de les raisonner Kyoka.
-Moi je vais voir les poulets avec Ochaco et tu ne m'en empêchera pas !S'exclama Mina en se levant et se postant à coté de la jeune fille. Allez viens on y va Ochaco.
-Attends Mina laisse leur au moins le temps d'expliquer leurs points de vue. Je veux comprendre pourquoi vous ne voulez pas laisser les autorités compétentes s'occuper de ce mec. Intervint Hanta.
Ochaco était un peu perdue. Elle ne savait pas vraiment de quel coté elle devait se mettre. Elle resta donc silencieuse suivant la conversation alors que Mina lui prenait la main. Katsuki se força au calme afin d'être le plus convaincant possible.
-C'est bon, fermez la. Putain, vous me tapez sur le système. Bon, vous l'avez surement tous deviné hier mais je connais le danseur qui a aidé Ochaco. Je ne veux pas que la police intervienne pour pouvoir m'expliquer avec ce stupide nerd. Et au passage je veux exploser la face de cet enculé de serveur de merde.
-Katsuki. Ochaco s'avança vers le blond. Qui est il pour toi ? Ce Deku c'est qui ? Je ... Je voudrais tellement le revoir et savoir si il va bien. Il ... Il est resté avec ce taré pour nous. Je me dois aussi de le remercier pour son aide.
Katsuki pesa le pour et le contre et vit l'intérêt que la question suscita parmi leur petite bande.
-Si je réponds à ta question d'Ochaco je veux être sur d'abord que personne n'ira voir les flics.
Les lycéens se concertèrent du regard pendant un moment puis finalement tous donnèrent leur accord. Mina alla même se rasseoir, mordant rageusement dans un croissant. Katsuki prit place à table s'asseyant entre Eijiro et Denki. Il prit une grande inspiration avant de commencer.
-Deku et moi, on était pratiquement voisins quand on était gosse. J'habitais à plusieurs maisons de la sienne en fait. On était dans la même maternelle puis la même école primaire. Comme on était pas beaucoup de gamin dans le quartier, on trainait souvent ensemble. Il me suivait partout. C'était un vrai pleurnichard. Il me gonflait avec sa morale à deux balle et à toujours s'inquiéter pour son prochain alors qu'il faisait que chialer. Mais il était toujours là alors je m'y suis habitué. Juste avant notre rentrée au lycée, je suis parti en vacances avec ma famille et à mon retour j'ai appris qu'il y avait eu un incendie dans notre quartier. A la cérémonie d'entrée, il n'était pas là. J'ai su plus tard que c'était la maison de ce stupide nerd qui avait cramé. Depuis je ne l'ai plus jamais vu. Ca doit faire deux ans à peu près. Je pensais qu'il avait quitté la ville avec sa mère mais apparemment non. C'est tout ce qu'il y a entre nous.
Tout le groupe étaient pendus aux lèvres du blond durant tout son récit. C'était rare que Katsuki se livrait à eux alors ils savouraient. Personne ne sut quoi dire une fois qu'il eut fini. Mais ils comprenaient mieux pourquoi il désirait des explications. Le blond garda tout de même pour lui quelques détails sur sa relation avec le danseur. Il ne voulait pas que ses amis apprennent la vérité. Car avant qu'il parte en vacances, Deku était en fait venu lui déclarer sa flamme. Il lui avait balancé des trucs ridicules, comme quoi il l'avait toujours aimé et qu'il ne pouvait plus faire semblant d'être juste son ami. Katsuki l'avait bien entendu envoyé promener. A cette époque, il vivait mal le fait d'être plus ou moins attiré par des garçons. Alors quand Deku avait tenté une approche, il l'avait durement rejeté. Il l'avait rabaissé et insulté, le mettant plus bas que terre. Ses amis se méprenait sur l'origine de sa colère de la veille. Ce n'était pas contre Deku qu'elle était tourné mais contre lui même. Ne laissant rien paraitre de son chaos intérieur, il reprit la parole.
-Bon sur ce, je vais rentrer chez moi pour prendre une douche. Vous avez intérêt à tenir parole et à rien dire à personne pour hier. Sinon je vous frapperai tellement fort que vous oublierez ce que je viens de vous dire. On se voit demain au lycée.
Katsuki se leva, termina sa tasse et sortit à nouveau de la maison, laissant ses amis derrière lui.
-Ouah qui aurait cru que cette brute de Bakugo avait déjà commencé à être apprivoisé avant nous franchement. Je plains encore plus ce pauvre Deku mais en même temps j'ai trop envie de le connaitre. Finit par dire Mina traduisant la pensée générale de la tablée.
Dehors sous le soleil, Katsuki marchait tranquillement vers chez lui. Sans musique puisque son portable était déchargé, il se perdit dans ses pensées. Du peu qu'il avait pu voir, Deku avait bien changé. Lui qui était si peureux et tout le temps en train de chialer, il avait tenu tête à un costaud tyrannique pour une inconnue. Quoi qu'en y pensant, déjà à l'époque, il était toujours à se mettre en danger pour quelqu'un dans le besoin. Alors qu'il se demandait si il l'avait reconnu aussi, Katsuki se rendit compte qu'il n'était pas du tout dans son quartier. Il regarda autour de lui et vit sur sa gauche la boite de nuit de la veille. Penser à ce maudit nerd l'avait inconsciemment mené à l'endroit ou il l'avait vu pour la dernière fois. Il allait faire demi tour afin de vraiment rentrer chez lui mais se ravisa finalement. Il alla jusque l'établissement et vit que c'était fermé pour ce soir. De toute façon, il était bien trop tôt pour espérer pouvoir entrer. Soudainement, la porte s'ouvrit. Le blond fit un bond en arrière, surpris. Il se cacha dans la ruelle jouxtant le club, gardant un œil sur ce qu'il en sortait. Le grand brun qui avait arrêté Izuku dans sa danse passa en premier. Il était suivi par un homme aux cheveux mi long décolorés tirant entre le gris et le blanc. Il portait un sweat avec une capuche rabattu sur sa tête donc il lui était impossible de voir son visage. Les deux ne firent pas attention à Katsuki et se dirigèrent vers la voiture noire aux vitres teintés qui venait de se stopper devant eux. Ils n'avaient même pas pris la peine de fermer la porte à clé derrière eux. Lorsque la voiture ne fut plus dans son champ de vision, le blond n'y réfléchit pas plus et pénétra dans le club. L'ambiance à l'intérieur était complétement différente le jour. Katsuki ne s'attarda pas plus sur la déco et monta à l'étage par les escaliers, l'ascenseur ne marchant pas. Il avança prudemment dans la discothèque vide, ayant conscience d'être dans l'illégalité. Alors qu'il allait gravir les dernières marches le menant au cinquième étage, des voix se firent entendre.
-Le boss et Crematorium sont de sortie ? Demanda une voix féminine, d'un ton excité.
-Ouais. Ils sont partis réceptionner la dernière commande. Une grosse livraison de ce que j'ai entendu. C'est pour ça que Shigaraki est parti avec.
-C'est rare que le boss sorte sans son jouet préféré.
-Faut dire qu'il est pas vraiment en état. Il s'est fait tabassé par Muscular hier. Donc il doit encore être ko dans la chambre du boss.
Comprenant que ces deux individus parlaient de Deku, le blond serra les poings. Non mais qu'est ce que ce stupide nerd avait foutu pour se retrouver dans un lieu aussi malfamé ? Ca puait le gang pas net à plein nez.
-Tu devrais pas te trouver là, tu sais.
Le cœur de Katsuki faillit s'arrêter définitivement de battre lorsqu'il entendit ce murmure à son oreille. Il fit volte face prêt à en découdre mais découvrit celui qui hantait toutes ces pensées depuis la veille. Il baissa les poings en voyant qu'il n'était pas une menace. Izuku se tenait une marche en dessous de lui, habillé tout en noir comme la veille bien que cette fois ses bras et son dos étaient recouvert. Son regard était encore différent aussi. Cette fois il était perdu dans le vague. Toujours aussi peu vivant mais plus comme déconnecté de la réalité. Remarquant l'analyse de Katsuki, le brun aux reflets verts se mit à sourire. C'était du faux encore. Il voulait juste éviter que l'on voit trop ses yeux. Le blond l'avait cerné maintenant qu'il n'était plus embrumé par l'alcool.
-Ce n'est pas très poli de dévisager les gens. Enfin peu importe. Tu devrais vite partir d'ici, Monsieur l'explosif. Ils vont te mettre en pièce si ils te choppent.
-Deku, qu'est ce que tu branles ici ? Qu'est ce qui t'es arrivé putain ?
Katsuki se retenait pour ne pas faire trop de bruit mais il avait envie de hurler. Il n'avait même pas relever le surnom que lui avait donné le vert, trop concentré à ne pas alerté les autres plus haut. Izuku parut ne pas comprendre, un de ses sourcils se soulevant. Il monta la marche le séparant du blond et posa une main glacé sur son torse. Son corps était à seulement quelques centimètres du sien. Il put sentir son souffle sur ses lèvres lorsqu'il se mit à parler
-Je ne vais certainement pas raconter ma vie à quelqu'un d'aussi grossier que toi et m'appelant comme si on se connaissait. Je m'appelle Izuku d'ailleurs, pas Deku. Maintenant dégage sinon je les préviens.
Le brun avait fait un signe de tête vers le haut des escaliers, bien plus menaçant que précédemment. Son sourire s'était envolé mais sa main posait sur le torse de son vis à vis tremblait. D'aussi près, Katsuki pouvait voir les pupilles clairement dilatés et les cernes plus prononcés que la veille.
-Tu sais très bien qui je suis, putain. On se connait. On a passé presque toute notre enfance ensemble, bordel. Tu braillais sans arrêt derrière moi. Kacchan, Kacchan. Tu me gonflais avec ce surnom débile !
Plus le blond perdait son sang froid et continuait cette conversation,plus sa voix montait en volume. Izuku baissa la tête puis le dépassa, rompant le contact tactile avec lui. Des cicatrices couvraient les doigts et la main du vert se que ne loupa pas Katsuki. Il voulut la lui prendre afin de regarder de plus près mais se figea en entendant des pas venir vers eux.
-Désolé je ne te connais pas. Tu dois faire erreur, Monsieur l'explosif. Je t'avais pourtant prévenu. Ils arrivent.
A peine eut il prononcé ces mots dans son habituel murmure qu'une jeune fille pas plus âgé qu'eux habillée dans son uniforme de lycée et un homme masqué dans un costume moulant noir et blanc vinrent se poster de chaque coté d'Izuku. Désirant plus que tout en découdre, Katsuki se mit en posture de combat, les poings serrés devant lui. Un sourire féroce lui mangea le visage. Il allait se les faire tout les deux en représailles de ce qu'avait subi la copine de son meilleur pote. En voyant Izuku s'avançait vers lui au lieu des deux autres, le blond fronça les sourcils. Son regard plongea dans les prunelles émeraudes face à lui. Katsuki eut alors du mal à avaler sa salive. Ses yeux étaient méconnaissable. Ils étaient tellement plus éclatant de vie et brillant qu'il avait du mal à croire qu'il avait la même personne qu'à l'instant sous les yeux. Les deux autres avancèrent à leur tour et il se reprit aussitôt, poing en avant. La fille sortit un couteau tandis que l'autre prit une batte entre ses deux mains. Izuku les empêcha d'avancer, faisant barrage de ses deux bras.
-Non ! Ne te bats pas contre eux ! Fuis je t'en prie ! Va t'en !
Des larmes coulèrent le long de ses joues alors que son regard le suppliait de décamper. La fille grimaça, un air écœuré sur le visage.
-Merde, il est revenu. Fais chier, il va falloir le surveiller sinon on est mort.
Ne comprenant plus rien à la situation, et ne voyant que le regard suppliant de son ancien camarade, Katsuki céda à sa demande. Dans un grognement de rage, profitant de l'inattention des deux malfrats, Katsuki tourna les talons et descendit au plus vite les escaliers. Il savait que les deux allait vite être sur ses talons. Avant de passer le tournant le menant à l'étage inférieur, le blond jeta un œil derrière lui et vit Deku se tenir le ventre dans une grimace de douleur. Il s'était encore fait frapper. Surement par les deux autres qui le pourchassaient à présent.
-Putain de bordel de merde !
Il hurla à s'en déchirer les cordes vocales puis accéléra afin de semer ses poursuivants. Il courut sans se retourner même lorsqu'il se retrouva dans la rue. C'était la deuxième fois qu'il se sauvait de cet endroit et qu'une colère sans nom bouillonnait dans ses veines. Cet enfoiré ne se souvenait pas de lui. Il lui avait clairement dit. Mais alors pourquoi avait il cherché à le dissuader de se battre et le supplier de fuir ? Il était remonté comme jamais. Comment est ce que ce putain de nerd pouvait être si différent d'un moment à l'autre ? Même si il n'était clairement pas dans son état normal, rien ne pouvait expliquer ça. Il risqua un œil derrière lui et jura en voyant toujours les deux tarés lui coller au train. Putain, sa journée promettait d'être bien merdique vu comment elle commençait.
