CHAPITRE XIX
Piégée.
Kakashi avait eu raison, bien entendu : il ne s'agissait pas d'un simple genjutsu. Elle se sentait parfaitement maîtresse d'elle-même, ancrée dans son corps, ce qui n'aurait pas été le cas si son esprit était manipulé. Mais cela ne ressemblait à rien d'autre qu'elle puisse identifier. Le ciel bleu, les montagnes, le sol pierreux, tout avait disparu. Autour d'elle, rien qu'un noir d'encre. Ses pieds s'enfonçaient dans une flaque de brume pourpre qui reposait au sol et s'étendait à perte de vue. Aucune issue, ni rien de visible du tout, d'ailleurs, à part l'ennemi debout devant elle. Un rapide coup d'oeil lui confirma qu'elle seule avait été emportée. C'était donc à son tour, cette fois.
L'homme au masque lui faisait face, sans arme visible à la main. Il se tenait parfaitement immobile, sa longue cape sombre à motifs pourpres effleurée par une brise qu'elle ne sentait pas. Il exsudait de lui quelque chose de sinistre, comme un gaz toxique.
Sans qu'elle l'ait vu faire un pas, il sembla soudain bien plus proche. Et presque aussitôt, il n'était plus qu'à quelques mètres, sur sa droite.
Rin se mit en position de défense, sans grand espoir. Malgré toutes ses précautions et la protection de Kakashi, il avait réussi à l'isoler. Quelle chance avait-elle face à une telle maîtrise ? Mais peut-être parviendrait à tirer quelque chose de ce combat, ne serait-ce que la possibilité de le blesser un tant soit peu et laisser une chance supplémentaire à Kakashi.
Et tout à coup, il était tout près, assez pour qu'elle puisse réaliser que le centre du tourbillon qui formait le masque était une ouverture qui laissait passer un œil. Un sharingan.
Avant qu'elle ait pu réagir, le masque ondula, comme subitement doué de vie, et la spirale se déroula pour dévoiler un visage. L'expression qu'il affichait mêlait incompréhension, fureur et, plus étrange encore, espoir.
- Rin ?
Quelque chose se fractura en elle en entendant son prénom prononcé par cette voix. Un peu plus profonde et râpeuse que dans ses souvenirs, mais au ton reconnaissable entre tous.
- Non… souffla-t-elle d'une voix blanche.
Elle le dévisagea, bouche bée, affolée de ne reconnaître que si peu de ses traits.
- Obito ?
Son kunaï lui glissa des doigts et tomba au sol sans bruit.
- Comment…
Malgré elle, Rin fit un pas en avant mais, d'un geste de l'homme, la brume remonta le long de ses chevilles pour l'immobiliser. Elle battit des paupières, et soudain il était hors de portée.
La tête lui tourna. Que signifiait tout ceci ? Commentétait-ce possible ?
Les dernières images qu'elle avait de son coéquipier se superposèrent à ce visage détruit. La roche avait laissé des traces, martelé la peau et la chair, et jamais elle n'avait vu cet air plein de fureur chez lui. Mais la ressemblance était là.
«Il savait exactement où frapper pour faire mal.»
- Qui es-tu ? Demanda Rin, raffermissant sa position.
- Qui je suis ? répéta-t-il d'une voix qui claqua comme un coup de fouet. Qui je suis ? Tu prononces mon nom, tu prends cette apparence pour me faire face, et tu veux me faire croire que tu l'ignores ?
- « Cette apparence » ?
Rin l'observa, perdue. Pourquoi semblait-il lui-même si confus ? Était-ce donc réellement Obito, aussi impossible que cela paraisse ? Pour chaque différence, que l'on pouvait par ailleurs attribuer au temps passé, il y avait tout autant de similitudes indéniables. La forme de son front, de ses yeux, ses cheveux... Etait-ce bien une illusion semblable à celle qu'avait subie Kakashi, capable de laisser une si forte impression de réel qu'il en était sorti déchiré ? Si l'ennemi décidait de se servir de son souvenir d'Obito pour l'atteindre, elle n'était pas certaine de l'état dans lequel cela la laisserait.
Elle se sentait écrasée par le poids de son regard, toujours incapable de bouger, tandis qu'il allait et venait autour d'elle, comme un lion en cage. Mais pourquoi se servait-il d'une version future d'Obito ? Pourquoi ces images ? Que cherchait-il ?
Et, sans prévenir, il fut de nouveau sur elle.
- Tu t'imagines que je ne te ferai rien parce que tu as pris son visage ? dit l'homme en enfonçant ses doigts dans son cou. Tu crois que ça suffira à m'arrêter ?
Avec un hoquet, Rin tenta de se dégager de sa poigne, sans succès.
- C'est Kakashi qui t'envoie ? Quoi, il n'a pas apprécié mon petit cadeau ? Il pense m'avoir si facilement ?
Dangereusement proche, il la vrillait de ses yeux dissemblables. Cette pupille rouge, identique à celle qu'arborait aujourd'hui Kakashi…
- Ne me regarde pas comme ça, hurla-t-il en la repoussant violemment. Montre-moi ton vrai visage!
Rin roula à terre, mais il s'était téléporté, et elle buta contre ses jambes.
- Tu as réussi à me tromper une fois, mais je sais que tu changes d'apparence. Je vous ai suivis. Je t'ai vue! Tu n'es pas Rin, cracha-t-il, en levant le poing.
Tout ce déchaînement de violence, ça ne pouvait pas être Obito. Jamais il n'aurait… Les yeux fermés et la tête rentrée dans les épaules, Rin sentit contre sa joue un souffle, alors que le coup s'abattait sur le sol, frôlant son oreille. Elle rouvrit les yeux pour le découvrir hors d'haleine, les yeux exorbités et la machoire serrée. Elle se rendit alors compte que, sans comprendre comment, le monde s'était renversé, et qu'elle était à présent debout, adossée à un mur. Il maîtrisait totalement cet endroit.
- Qui t'a créée ? Qui t'a envoyée ?
Rin fouilla frénétiquement ses traits du regard. Cette cicatrice au dessus de son sourcil gauche, et le grain de beauté presque invisible sur sa pommette. La forme de ses sourcils. Un genjutsu pouvait-il rendre ces détails aussi fidèlement, et en même temps changer l'essentiel ? Etait-elle en train de se faire briser par la technique ?
Mais il y avait son expression, aussi égarée que celle Kakashi lorsqu'elle l'avait retrouvé après l'attaque.
- Oh mon dieu. C'est vraiment toi, réalisa-t-elle d'une voix étranglée.
Pourtant, les yeux meurtriers qu'il dardait sur elle ne laissaient aucune place aux réjouissances. Il saisit sa mâchoire, les doigts enfoncés dans ses joues comme s'il espérait en effacer les marques.
- Qui t'a envoyée, répéta-t-il d'une voix dure en appuyant sur chaque mot.
- Mais je… C'est toi qui m'a amenée ici... S'il te plaît, dis-moi ce qui t'est arrivé. Nous pouvons rentrer ensemble à Konoha et...
- Je sais que tu n'es pas Rin... Il t'a tuée !
- Quoi ?
- Tu n'es pas vivante! Je l'ai vu, il t'a tuée! S'écria-t-il en la repoussant à nouveau.
Le désespoir qui transparaissait dans sa voix lui donnait un air fou. Rin vacilla, mais parvint à rester debout. Cet échange n'avait aucun sens, depuis le départ. Puis...
- Tu parles de Kakashi ?
Les événements des derniers jours lui revinrent.
- C'est toi qui nous as attaqués...
- Non! Je ne t'ai jamais attaquée.
- … Pourquoi ?
- Pas toi! Jamais je ne t'aurais fait du mal, moi!
- Tu as blessé Kakashi ! Dit-elle, sentant la colère se mêler à sa peur.
- Il aurait dû mourir! rugit-il.
Sous le choc, Rin le dévisagea.
- Tu ne penses pas ça.
- Il va mourir, dit-il d'un ton définitif qui la glaça.
Il avait reculé de quelques pas et la contemplait comme s'il se réjouissait de sa réaction à ses paroles.
- Obito, non! Tu n'as aucune raison de lui faire du mal. Rentre avec moi et tu verras que…
- Rentrer ? Je n'ai nulle part où rentrer! Il n'y a plus personne...
- Je suis là. Et Kakashi aussi. Quand il saura que tu...
La rage qui surgit de lui électrisa l'air.
- Arrête de le défendre! Pourquoi est-ce que tu es toujours de son côté ? Il t'a transpercée en plein cœur! J'étais là!
Il avait la certitude que c'était vraiment arrivé, comprit-elle. Obito croyait dur comme fer avoir assisté à la scène, et il l'avait infligée à leur coéquipier, avec toute la force d'un souvenir. Voilà pourquoi Kakashi n'arrivait pas à s'en défaire.
Elle ignorait ce qu'il voyait sur ses traits, mais sa colère sembla retomber comme un soufflet. Ses mains vinrent encadrer le visage de son ancienne coéquipière, si délicatement qu'elle se sentit comme la chose la plus fragile au monde. Rin réprima un frisson. Un instant plus tôt, il avait agrippé sa mâchoire avec telle force qu'elle en sentait encore la morsure. Il n'avait plus rien à voir avec son gentil coéquipier fantasque. Cet homme-là était dangereux, prompt à déchaîner sa colère. Que lui était-il donc arrivé ? Que restait-il de son ami derrière ces traits torturés et cette violence ?
Et pourtant… Son ventre se tordit devant l'expression douloureuse d'Obito. Il fit descendre une main tremblante pour la poser là où battait son coeur, comme pour s'assurer qu'elle était bien intacte. Après ces derniers jours avec Kakashi, elle devinait sans peine les images contre lesquelles il luttait, et le voir en souffrir faisait mal. Il resta immobile. Chaque battement qu'il sentait contre sa paume humidifiait un peu plus ses yeux. Il la contemplait avec un mélange d'émerveillement et de peur.
- Je l'ai vu, gémit-il. Je ne comprends pas. Je t'ai tenue dans mes bras, tu ne respirais plus... Est-ce que tu es une illusion ?
Ses yeux étaient agrandis par une douleur si évidente qu'elle se sentit à nouveau se fêler. Il prit ses mains dans les siennes et les baisa.
- Ça ne fait rien. Ça me va.
- Obito, c'est vraiment moi, dit-elle d'une voix douce.
- Il m'avait juré qu'il te protégerait. C'était la seule chose que je voulais.
Des larmes coulaient le long de ses joues, suivant les sillons creusés par les cicatrices qui déformaient son visage.
- Il l'a fait. Nous nous sommes protégés l'un l'autre. Nous avons fait du mieux que nous avons pu sans toi. Obito, pourquoi ne pas nous avoir dit que tu étais en vie ?
- Ça n'avait plus d'importance. Tu n'étais plus là.
Il ferma les yeux en pressant ses paupières avec force.
- J'ai vu la pierre tombale, ajouta-t-il en secouant la tête, presque accusateur. Ne me mens pas. Rin est morte.
- Tu es revenu à Konoha ? Quand ?
- Rin est morte, répéta-t-il dans un souffle.
Elle le sentit trembler, alors qu'il levait un regard hanté vers elle.
- Tu n'étais nulle part à Konoha, et puis un jour il y a eu une tombe à ton nom.
- La tombe est réelle, mais elle est vide. J'étais partie pour une mission qui a duré des années. Si bien qu'à ce moment-là personne ne pensait que je pouvais être encore en vie.
Il se dégagea, tituba sur quelques pas, et se laissa tomber à terre, la tête dans les mains.
- Ce n'est pas possible. Je t'ai tenue… Tu avais un trou à la place du coeur!
Autour d'eux, l'air s'agitait, et l'obscurité se teintait de tourbillons gris et pourpres, comme si l'environnement reflétait l'intérieur de son cerveau débordé d'angoisse.
- Obito, dit-elle en s'efforçant de garder un ton calme. Il faut que tu nous ramènes.
Il releva subitement la tête.
- On peut rester ici, toi et moi. Peu importe que tu sois une illusion; ça me suffit.
- Je ne suis pas...
Il bondit sur ses pieds pour se placer face à elle, et lui prit les épaules, fermement mais sans agressivité cette fois. Avec stupéfaction, Rin vit le paysage derrière lui se transformer. La terre et le ciel se dégagèrent des ténèbres, lumineux et vibrants. Des arbres poussaient à une vitesse extraordinaire, et les fleurs s'épanouissaient en un feu d'artifice de couleurs. Une maison surgit de nulle part, semblable à celle de sa famille, telle qu'elle l'était pendant son enfance. Rin observa le tout, abasourdie.
- Je peux faire venir absolument tout ce que tu souhaiteras. On serait bien, ici. Rien que nous deux.
- S'il te plaît. Non. On nous attend à Konoha. Il se passe des choses graves. Je te raconterai tout, mais d'abord il faut que tu nous ramènes auprès de Kakashi.
Son visage se ferma.
- Nous n'avons pas besoin de lui.
- Si. Et il a besoin de nous. Tu n'as idée d'à quel point tu lui as manqué.
- Si je le revois, je finis ce que j'ai commencé la dernière fois.
- Obito!
Le voir ainsi, c'était comme le perdre une seconde fois. C'était comme le voir piétiner le garçon affectueux et drôle dont elle avait gardé un souvenir précieux.
Refoulant sa panique, elle inspira profondément et força les traits de son visage à se détendre. Aucune idée du genre de sourire qu'elle parvenait à afficher, mais il se laissa faire lorsqu'elle lui prit la main pour le mener jusqu'au porche de la maison. Elle toucha du bout des doigts le carillon décoré de coquillages nacrés suspendu près de l'entrée. Il avait parfaitement reproduit la porte d'entrée, telle qu'elle l'était quand ils étaient enfants. Il se rappelait de ce qu'elle aimait. Le vrai Obito était là, quelque part.
Elle s'assit, sa main entourant toujours celle de son coéquipier, et attendit qu'il l'imite. Il la dévorait des yeux comme s'il refusait de perdre le moindre instant à regarder ailleurs.
- C'est un bel endroit que tu as créé.
Le coeur de Rin se serra devant le sourire juvénile qui illumina son visage.
- Je savais que tu aimerais, dit-il, ravi. Il y a un jardin, derrière, qui sera aussi grand que tu le voudras. J'ai imaginé plein de fleurs pour toi, et il y aura des fruits, des cascades, un lac… et il ne pleuvra que si on le veut, et à ces moments-là, on se reposera auprès du feu, et...
- Obito. Nous pouvons faire tout ça dans le monde réel. Avec tous les gens qui attendent ton retour.
- Je ne veux que toi, dit-il d'une voix fêlée.
Que répondre à cela ? Il y avait bien des années, juste après qu'ils l'aient pensé mort, Kakashi lui avait révélé la vraie profondeur des sentiments qu'Obito éprouvait pour elle. Ils étaient toujours là, parfaitement clairs à présent. Et elle avait le soupçon affreux qu'ils étaient pour quelque chose dans cette folie.
- Personne ne pourra jamais te faire du mal, ici, plaida-t-il. Rien ne nous séparerait jamais. Ce serait parfait.
- Nous serions toujours ensemble dans le vrai monde aussi, si...
- Arrête! s'écria-t-il en bondissant sur ses pieds.
Il la dévisageait avec une fureur qui la paralysa.
- C'est Kakashi, c'est ça ?
Rin ferma les yeux, incapable de supporter la haine qu'elle voyait peinte sur son visage. A une époque, les chamailleries entre Obito et Kakashi la faisaient hocher la tête avec sourire indulgent. Obito était adorable avec ses bouderies qui se terminaient toujours très vite en grands rires partagés. Aujourd'hui, son attitude la terrifiait. Le plus absurde, le plus terrible étant que, jusqu'à présent, il n'avait donné aucun autre motif que le fait qu'il l'ait crue morte; et malgré le fait qu'il ait sous les yeux la preuve de sa méprise, il persistait dans son discours. Mais, après tout, pouvait-elle s'attendre à ce qu'il arrive à modifier d'un coup de baguette magique ce qui avait été sa réalité pendant presque vingt ans ? Il devait y avoir un moyen de le rappeler à la raison et de retrouver son ami.
- S'il te plaît, ramène-moi. Il n'a aucun moyen de savoir que c'est toi qui m'a emportée et que tu ne me veux pas de mal. Imagine ce que tu penserais si on enlevait un de tes proches sous tes yeux...
- Je n'ai pas besoin de l'imaginer, rappela-t-il d'un ton aigre.
- Ça n'est jamais arrivé! Obito, je suis là, devant toi.
Elle se mit à sa hauteur.
- Le genjutsu dans lequel tu avais piégé Kakashi. Ce n'étaient pas des images au hasard, n'est-ce pas ? C'est ce que, toi, tu penses avoir vu ?
- Ce n'est pas ce que je pense. C'est la vérité.
Il était toujours aussi têtu qu'une mule.
- Raconte-moi ce qu'il s'est passé après… après l'éboulement, demanda-t-elle. Aide-moi à comprendre. Où étais-tu tout ce temps ?
Obito gardait un silence boudeur, le yeux fixés sur leurs mains jointes.
- Est-ce que… Je ne sais pas, est-ce que tu as réussi à te faire une vie ? Qu'est-ce qui t'a retenu loin de Konoha ? Est-ce que tu t'étais établi quelque part ? C'est pour ça que tu n'es pas revenu ?
- Une «vie», ricana-t-il sombrement.
- Mais qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
Même elle entendit la répulsion dans sa propre voix. Il leva vivement les yeux vers elle, presque choqué.
- Est-ce que tu sais à quel point ça a été dur pour nous de te laisser ce jour-là ? Comme ça a été difficile, après, de continuer sans toi ? Si tu savais tout ce qu'il s'est passé… Je ne dis pas que tu donnes l'impression que ça a été facile pour toi. Mais si tu avais réussi à revenir à Konoha, pourquoi ne pas t'être manifesté ?
- Tu n…
- Laisse-moi en dehors de ça. Il restait Kakashi, ta famille. Explique-moi pourquoi tu n'as rien dit à personne.
Il baissa à nouveau les yeux.
- Ce n'était pas mon choix.
- Le choix de qui, alors ?
Obito fronça les sourcils, soudain muet. Elle avait seulement voulu le mettre face à ses responsabilités, mais quelque chose dans son attitude lui fit comprendre qu'elle venait à de mettre le doigt sur une chose essentielle.
- Il ne m'aurait pas menti, marmonna-t-il. Il savait que tu étais importante, mais… Il n'aurait pas osé...
Il s'interrompit.
- Obito ?
- Je dois y aller. Je n'en ai pas pour longtemps, ne t'en fais pas.
La peur la glaça.
- Emmène-moi avec toi.
- Tu seras mieux ici. Tu es en sécurité.
La jeune femme tenta de lui prendre le bras, pendant que le masque en tourbillon s'enroulait sur son visage pour le recouvrir.
- Ne me laisse pas ici!
Et il se volatilisa sous ses yeux.
Les yeux écarquillés, Rin continua de fixer le vide devant elle. Le paysage n'avait pas bougé, toujours aussi accueillant et familier. Quelque part, des oiseaux chantaient, et le bruit d'un cours d'eau lui parvenait. Mais tout cela était artificiel, et rien de plus qu'une cage. Que se passait-il pendant qu'elle était coincée ici ? Obito était-il parti pour s'en prendre à nouveau à Kakashi ?
Le coeur au bord des lèvres, Rin se dirigea vers la maison, cherchant contre tout espoir un passage, un portail vers l'extérieur, ou tout au moins un indice sur l'endroit où elle se trouvait réellement, derrière l'illusion créée par Obito. En vain. Aucun sceau, aucune technique de dissipation ne suffit à la ramener à la réalité. Elle retourna dans la cour, résolue à trouver une sortie. Mais, même après ce qui lui avait semblé être des heures de course à travers la forêt environnante, lorsqu'elle tournait la tête, la maison n'était toujours qu'à quelques pas derrière elle. Existait-il même une façon de quitter cet endroit de façon physique ?
La jeune femme, épuisée, s'était laissée tomber à terre, lorsqu'Obito réapparut enfin devant elle. Sitôt qu'il l'aperçut, son regard s'éclaira.
- Tu es là!
- Parce que j'avais le choix ?
Le visage de son ancien coéquipier se referma.
- Est-ce que tu étais avec Kakashi ? Tu lui as fait du mal ?
Il ne répondit pas, mais son air buté apaisa l'angoisse sourde qui l'avait étreinte depuis sa disparition. Il la contourna pour se diriger vers la maison.
- Tu as faim ? Lança-t-il par dessus son épaule.
Le premier réflexe de la jeune femme fut de répondre non, mais les considérations pratiques prirent le dessus. Dans l'immédiat, il lui fallait garder ses forces; et à dire vrai, elle n'avait pas d'autre choix que de se résigner à ce que les choses aillent au rythme qu'il lui imposerait si elle voulait avoir une chance de le ramener à la raison. Elle s'obligea à reprendre son calme, à écarter toute pensée liée à Kakashi, puis se releva pour le rejoindre. Parvenue au porche, elle trouva une nappe sur laquelle avaient été disposés des fruits et des pâtisseries.
- Est-ce que ça fait partie de ton illusion ? Tu sais que ça ne nous nourrira pas vraiment ?
- Ce sont des vrais, dit-il en s'asseyant. Je viens de les ramener.
- Tu étais parti faire des courses ? demanda Rin, sceptique.
- Non.
Mais il ne précisa pas davantage sa destination. Avait-il simplement raté Kakashi, ou était-il parti pour un autre motif ?
- J'ai pris tes préférés, dit-il en levant un visage souriant vers elle.
C'était vrai, constata-t-elle en observant les assiettes débordantes de gâteaux décorés de fraises, les coupes de fruits et les verres pleins de liquides colorés. Dans tout autre contexte, un pique-nique avec un ancien camarade qu'elle avait cru disparu aurait été plaisant. Elle dut se faire violence pour ne pas tout envoyer voler.
Elle s'assit, et piocha sans envie dans l'un des plats. Le goût était effectivement exquis, mais elle avait la gorge nouée et une furieuse envie de pleurer. De pleurer sur la déception monumentale qu'étaient ces retrouvailles inespérées, pleurer sur sa peur pour Kakashi, sur son impuissance, et sur sa dépendance à Obito qui n'était plus Obito.
- Depuis combien de temps est-ce que nous sommes ici ?
- Sûrement pas beaucoup, le soleil n'a pas bougé, répondit-il avec insouciance en engloutissant un gâteau presque gros comme son poing.
Comme elle refusait de mordre à l'hameçon, il lâcha :
- Ne t'en fais pas, ton corps n'est pas perdu quelque part dans la nature. Tu es vraiment ici, ce n'est pas une illusion. Pas seulement. Disons une autre dimension, et c'est moi qui contrôle tout, y compris le temps qui passe.
Rien à voir, donc, avec ce qu'avait subi Kakashi. Et lui ne pourrait rien non plus pour elle de là où il était. Elle écarta de ses pensées l'expression qu'il lui avait en la voyant disparaître, et insista :
- Combien de temps dans le monde réel ?
- Kakashi peut bien se permettre de vivre une fraction de ce que moi j'ai subi. Il t'a eue pour lui tout ce temps. Ce n'est pas juste.
- Ce que tu ne veux pas comprendre c'est qu'il ne s'agit pas seulement de lui. Tu comptes me garder contre ma volonté indéfiniment ?
Il continuait à s'empiffrer sans lui répondre, soit qu'il ne la croyait pas, soit qu'il était toujours convaincu qu'elle n'était qu'une illusion et que ses paroles n'avaient pas de réelle importance.
- Et je t'ai dit que j'étais partie de Konoha pendant des années. Je ne suis rentrée qu'il y a quelques semaines. Lui aussi m'a crue perdue. Tu devrais comprendre. Tu ne peux pas me garder ici.
- C'est pour ton bien. Tu es en sécurité. Je ne te perdrai pas une seconde fois.
- Tu ne me gagneras pas non plus de cette façon.
Le regard d'Obito vacilla.
- Alors tu sais, souffla-t-il.
Son visage reflétait quelque chose qu'elle n'y avait pas vu depuis longtemps, qui la touchait lorsqu'ils étaient enfants, mais qui, au vu des derniers événements, lui répugna au plus haut point. Il posa l'assiette qu'il tenait et s'approcha d'elle, jusqu'à presque toucher ses genoux.
- Tout ça, c'est pour toi que je le fais. Tu dois le savoir. Tout ce que j'ai fait dans ma vie, c'était pour toi.
- «Tout ça» quoi ? demanda-t-elle, sourcils froncés. Tu disais croire que je n'étais plus en vie. Qu'aurais-tu bien pu...
Il se redressa sans répondre, et elle eut le sentiment perçant qu'elle avait approché quelque chose de crucial.
- Obito. De quoi est-ce que tu parles ? Qu'est-ce que tu as fait ?
Et alors qu'il se détournait pour piocher dans un des plats, un soupçon ignoble monta en elle.
- Tu es au courant de ce qu'il se passe à Konoha en ce moment.
Note de l'autrice :
J'avais dit que ça ne tarderait pas! J'avais TELLEMENT hâte d'en arriver à ce moment, j'espère avoir réussi à transmettre au moins une partie de ce que ça m'a fait ressentir.
Le chapitre suivant est déjà bien entamée, je me laisse un peu de temps pour fignoler, mais la suite risque d'être plus délicate à écrire, étant donné que j'ai complètement explosé et la timeline, et l'histoire. On verra bien quand j'aurai un peu plus avancé! Je me refais Shippuden pour essayer de faire un truc un minimum cohérent, mais il y aura forcément des changements. Ne serait-ce parce que, si je suis précisément l'histoire de base, j'en ai encore pour 50 chapitres.
Sinon, j'ai continué à apporter de petites modifications aux deux chapitres précédents, et j'ai prévu de reprendre (une énième fois) les chapitres précédents. Je me suis décidée à effacer les parties du point de vue des élèves de Rin parce qu'ils n'apportent pas grand-chose, et ça me dégagera de la place pour mieux construire l'histoire autour de Rin et Kakashi.
Aussi, depuis mes dernières MAJ, je me suis pris une mini vague de MP d'une même personne sous différents comptes me proposant d'illustrer mon histoire malgré mes refus. Ca m'a saoulée, j'ai bloqué mes MP, je préviens au cas où.
A bientôt!
