Me revoici :) Avec un nouveau chapitre qui j'espère vous plaira !

Je dois dire qu'il m'a donné un peu de fil à retordre - les tensions et la douleur y sont vives, et tout cela a pris plus de place que je ne pensais, si bien que je l'ai en fait coupé en deux. Je l'ai relu tellement de fois que j'ai du mal à me rendre compte de ce que cela donne au final... mais j'espère que vous apprécierez le développement de l'histoire, et je reviens vite avec la suite (qui devrait être un peu plus douce).

Les mélodies qui accompagnent ce chapitre sur ma playlist sont 記憶 (kioku) et Shinobi. Bonne lecture !


Chapitre 711 – Néant

Sasuke était fébrile. Il cherchait à le cacher, autant à lui-même qu'à son coéquipier, mais il n'en résultait qu'une expression contrariée sur son visage, que Naruto savait qu'il ne pouvait délier pour le moment. Alors ils continuaient de longer les rues marchandes sans un mot, à la recherche de provisions pour leurs voyages. En même temps, Naruto se demandait ce que Sasuke pourrait amener avec lui à Uzushio – mais ce dernier avait décidé de s'en charger seul. Il avait acheté un sac à dos, et il s'occupait désormais de le remplir de nourriture, gardant de la place pour quelques fournitures.

Pendant ce temps, Naruto le regardait. Il avait déjà suffisamment de vivres pour son voyage, mais cela ne changeait rien à son agitation. Inspectant les étals autour de lui, son regard finit par se poser sur une table un peu plus loin. Un moment passa avant qu'il ne s'y dirige sans rien dire. Il discuta un instant avec le marchand, acheta ce qui l'intéressait, puis revint auprès de Sasuke. Un sourire sur les lèvres, il lui tendit le sachet qu'il venait d'obtenir. Sasuke le saisit, muet. Naruto semblait satisfait. Le brun rangea le sachet dans son sac, puis fit à Naruto :

– Ce n'est pas vraiment la saison…

– On les plantera ensemble au printemps prochain. Et ensuite, on pourra en manger tout l'été.

Sasuke murmura un « usuratonkachi » pour toute réponse, avant de se détourner.


Plus tard, Sasuke et Naruto étaient en train de parcourir les allées d'une vaste boutique d'accessoires en bois quand ils entendirent la voix de Kotome au dehors. Les deux shinobi se lancèrent un regard hésitant. Sasuke savait que c'était l'occasion qu'il cherchait, et il prit une longue inspiration avant de s'aventurer à l'extérieur de la boutique.

Après avoir accepté les graines de tomates que Naruto lui avait données, Sasuke avait suggéré de chercher un magasin vendant des serviettes, et Naruto avait ajouté qu'ils auraient besoin de savon. Il n'avait pas osé dire qu'ils auraient besoin de draps, mais il était certain que Sasuke y avait pensé de son côté. Ils avaient ainsi parcouru l'entièreté du centre-ville, et c'est avec un nouveau sac à dos rempli qu'ils s'étaient arrêtés déjeuner dans un restaurant de soba. Puis ils s'étaient laissés guider par une douce odeur sucrée en provenance d'une petite échoppe, et, assis sur un petit banc en bois, avaient pris le temps de déguster des mochi aux marrons. Ils étaient encore assis sur le banc bien après avoir consommé leur dessert. C'est à ce moment-là que Sasuke, le cœur lourd, réalisa ce qui était en train de se passer. Pour autant, quand Naruto proposa d'aller chercher des couverts dans la boutique d'accessoires en bois, Sasuke accepta immédiatement. Lui non plus n'avait pas envie que Naruto rentre à Konoha.

Mais il savait qu'ils ne gagneraient rien à retarder le départ de Naruto – il était inévitable, tout autant qu'il était impensable que Sasuke se joigne à lui. Alors, il s'approcha de Kotome sans plus réfléchir – et découvrit Inari avec elle.

– Oh, Sasuke ! Tu es encore au village ?

Kotome parcourut les alentours du regard, et ajouta d'une voix plus basse :

– Naruto est déjà reparti pour Konoha ?

Voyant que Sasuke semblait confus, elle lui lança un regard désolé.

– Pardon, c'est qu'Inari était justement en train de me parler de vous.

Son regard s'adoucit, et il leur répondit :

– Naruto est…

– Oi, Inari, Kotome !

Accompagnant sa voix de grands signes de bras, Naruto arriva auprès d'eux en un éclair. Inari lui adressa un léger rire :

– Tu n'es pas encore en route ?

Sasuke échangea un regard avec Kotome, qui lui sourit doucement.

– Oh, j'aidais juste Sasuke à faire quelques courses.

Il se gratta la nuque, et Inari tourna son attention vers le brun.

– Alors, tu repars pour Uzushio aujourd'hui ?

– Oui, je pense que j'ai suffisamment de choses avec moi.

Naruto lança un regard en direction des deux sacs pleins que Sasuke avait avec lui. Il s'effaça brièvement, et Sasuke en profita pour lancer d'un ton ferme, n'appelant aucune réponse :

– On s'apprêtait justement à se séparer.

Naruto put seulement lui rendre son regard. Le silence se fit lourd, et Kotome le brisa :

– On était en route vers la bibliothèque, et je pensais, fit-elle, est-ce que tu pourrais nous emmener avec toi, Sasuke ?

Le concerné se retrouva sans voix. Stupéfait, il dévisagea l'adolescente un long moment, durant lequel il crut entendre Inari lui murmurer qu'il n'en avait pas encore parlé à Tsunami. Elle haussa les épaules, et ajouta :

– Hinako-baachan est d'accord. Je peux t'accompagner dès demain, Sasuke, si tu es prêt à retarder ton départ.

Sasuke finit par répondre :

– Si Hinako-san et Tsunami sont d'accord, alors je n'y vois pas d'objection.

La jeune fille lui lança un sourire resplendissant, qu'il ne put s'empêcher de ressentir – il n'était pas sûr que Kotome ait déjà réellement obtenu l'approbation de sa grand-mère, mais il était certain qu'elle avait compris ce qui se jouait entre Naruto et lui, et qu'elle était prête à lui tendre la main sans aucune arrière-pensée, simplement parce-qu'elle l'appréciait. Ses yeux n'avaient pas la couleur de ceux de Naruto, mais ils avaient sans aucun doute la même transparence.

– Je suis sûr que Tsunami sera d'accord, ajouta alors Naruto. Vous êtes en sécurité : il n'y a pas de ninja plus talentueux que Sasuke sur cette planète !

Sasuke sentit la tension dans ses épaules se relâcher alors qu'un léger sourire se formait sur ses lèvres, et il fit :

– Le plus talentueux sur cette planète ?

– Après moi, bien évidemment, mais vu que je ne peux pas vous accompagner pour le moment, tu es le meilleur choix pour ce voyage.

Sasuke se mordit la lèvre pour ne pas à nouveau l'appeler « usuratonkachi » et secoua la tête. Il avait remarqué comme ce surnom avait perdu tout le venin qu'il n'avait jamais réellement possédé pour être remplacé par un miel qui dégoulinait avec bien trop de facilité.

Naruto en profita pour s'éloigner, et lancer rapidement :

– Sur ce, je devrais probablement partir avant que la nuit ne tombe.

Inari acquiesça, et Naruto leur souhaita à tous un bon voyage vers Uzushio. Sasuke hocha la tête, et Kotome s'avança pour lui serrer la main. Naruto n'avait fait que quelques pas en direction de la forêt lorsqu'il se retourna :

– Je reviens vite, Sas'ke.

Puis sans attendre de réponse, il s'éclipsa.


Sasuke décida de rester une nuit de plus au village pour attendre l'approbation de Hinako et de Tsunami, et accepta facilement l'invitation d'Inari qui lui proposait de séjourner chez lui. Tazuna était de sortie ce soir-là, et il dîna dans le calme avec Tsunami et son fils. Alors qu'Inari rangeait ses affaires, Sasuke resta un long moment à discuter avec Tsunami, à propos de son fils et d'Uzushio, mais aussi à propos d'elle, de sa vie au village. Elle lui confia qu'elle avait songé à les suivre à Uzushio, mais qu'elle ne se voyait pas laisser son père derrière elle, qui jamais ne quitterait le pays des vagues. Elle se réjouissait néanmoins à l'idée de pouvoir y voyager, et surtout, d'y laisser Inari entre de bonnes mains. Sasuke lui sourit, acceptant sa confiance. Il l'écoutait silencieusement, laissant sa voix empreinte d'une douceur plus transparente alors que Naruto et Sasuke avaient à présent cimenté leur place dans sa vie l'apaiser, le tranquilliser. Dès leur première rencontre, ses longs cheveux de jais, ses yeux noirs emplis de tendresse et sa dévotion muette envers son fils lui avaient rappelé sa propre mère. Il avait enfoui cette pensée au plus profond de son être et avait d'abord tâché d'en faire abstraction, mais alors qu'il l'avait rencontrée à nouveau seulement quelques jours plus tôt, ses impressions d'autrefois lui étaient revenues, et il avait appris à les accepter plutôt qu'à les refouler. Alors il l'écoutait, avec plus d'attention et d'intérêt peut-être qu'il n'aurait écouté une autre connaissance, et de même il poursuivait la conversation et répondait à ses questions, avec plus de spontanéité et d'ouverture qu'il n'aurait offert d'habitude.

Elle lui resservit une tasse de thé et s'assit à nouveau face à lui, une clarté surprenante dans le regard.

– Tu sais, ça m'a fait vraiment plaisir de vous accueillir à nouveau tous les deux. Je pense que je parle pour tout le village quand je dis que vous avez véritablement ravivé une étincelle d'espoir en revenant ici. Après toutes ces années, et après toutes les difficultés que vous avez tous les deux dû traverser, dans ce monde cruel qu'est celui des shinobi…

Elle baissa les yeux le temps de soupirer, puis reporta son sourire sur Sasuke :

– Vous voir réunis, c'est incroyablement réconfortant.

– Pouvoir rentrer au pays des vagues, voilà ce qui est incroyablement réconfortant.

Tsunami lui adressa un sourire, puis reprit :

– Vous êtes les bienvenus à toute heure, en toute saison. Cela n'a jamais changé.

Un éclair d'une rare lueur traversa le regard du brun, touché, presque désemparé.

– Et puis, à titre personnel, si je peux me permettre…

Elle baissa légèrement la voix, et son sourire s'agrandit.

– Je suis contente pour vous.

Sasuke resta silencieux un instant, son regard comblant l'indicible pour eux.


Tsunami les regarda s'éloigner jusqu'à ce que leurs silhouettes s'évanouissent complètement, englouties par les herbes folles et le feuillage d'automne. Un jour avait suffi pour que l'intégralité du village soit au courant de ce nouveau départ, et nombreux étaient les habitants venus souhaiter un bon voyage aux trois aventuriers. Ces derniers avaient convenu de rentrer quelques jours plus tard, et s'étaient levés tôt pour profiter du soleil les réchauffant sur le chemin.

Hinako serrait la main de son fils, le regard brillant. Elle avait confié un paquet à Sasuke le matin même, alors qu'il passait chercher Kotome. Elle s'était excusée du poids tout en lui assurant que cela leur serait utile, et Sasuke avait pris sa main dans la sienne pour la remercier. Hinako avait accueilli Sasuke dans un grand sourire, lui ouvrant les portes de sa maison sans aucune réserve. Elle n'avait pas hésité à laisser sa petite fille entre ses mains – à la surprise de Sasuke, Kotome avait réellement obtenu l'approbation de sa grand-mère au moment où elle lui avait demandé de l'accompagner.

Tazuna leva les yeux vers l'horizon sans mot dire, avant de rejoindre sa fille, déposant sa main sur son épaule. Ils songeaient à la même chose : c'était la première fois qu'Inari s'aventurait hors du village sans eux. Il s'était retourné, une fois, avec Kotome, dans un grand sourire. Puis cette image s'était dissipée, et seul le souvenir était resté.


Le soleil se couchait à l'horizon lorsque Naruto décida de s'arrêter au bord d'une rivière. Il se souvenait de ce cours d'eau ; c'était celui auprès duquel il avait campé avec Sasuke au tout début de leur voyage. Il n'avait pas pensé arriver si loin en un jour, mais il ne s'en étonna pas. Il avait puisé dans le chakra de Kurama sans même s'en rendre compte, et le renard ricana alors que Naruto s'excusait intérieurement. Ils n'avaient pas besoin d'approfondir la conversation : l'un comme l'autre savait très bien que Naruto n'avait qu'une hâte, et que ce n'était pas de rentrer à Konoha.

Il ne prit pas la peine d'allumer un feu, pensant repartir après s'être restauré et reposé. Car une fois assis au pied d'un arbre, seul dans le froid et la pénombre, il se rendit compte qu'aucune flamme ne pourrait le réchauffer. Il s'empressa de finir sa pomme, ne savourant que l'amertume de l'éloignement et l'aigreur des mille questions qui le piquèrent ; était-il arrivé à Uzushio, était-il seul ou accompagné, s'apprêtait-il à dormir dans leur cabane, ressentait-il ce qui tiraillait Naruto si complètement, lui aussi ?

Alors il repartit. Kurama le convainquit de s'arrêter à nouveau lorsqu'au beau milieu de la nuit, il s'écrasa au sol après avoir manqué la branche sur laquelle il comptait rebondir. Naruto ne l'écouta pas, mais Kurama n'était pas sans ressources, et l'obligea à faire une pause – ainsi à défaut de s'endormir, il s'allongea quelques heures. Il se leva lorsque le soleil fit son apparition à l'horizon, et se rafraîchit dans un onsen près de Konoha avant de reprendre son chemin. Puis, c'est accompagné d'éblouissants rayons s'éternisant dans son sillon qu'il franchit les portes du village de son enfance.

Son regard avait changé. Il pensait rentrer chez lui, mais Konoha s'était transformée en quelques nuits. Ou plutôt, la ville avait retrouvé une forme que Naruto n'avait jamais voulu voir. Inévitablement, tous les regards se braquèrent sur lui dès que le premier murmure incrédule de son prénom se fit entendre. Le village était encore calme à cette heure-ci, mais c'était comme si son apparition attirait la foule ; il se sentit d'abord observé, puis rapidement cerné, et il pressa le pas. Certes les regards se posant sur lui étaient majoritairement souriants et ouverts, et plus d'un était heureux de l'accueillir en héros ; pour autant, les expressions froides de certains ne lui échappèrent pas. Le rejet et la condescendance étaient deux émotions qu'il avait appris à déchiffrer dans son enfance, n'ayant que trop d'occasions de les lire sur le visage des adultes qui l'entouraient ; et cela faisait longtemps qu'il s'y était habitué. Il n'avait jamais cru, au fond de lui, aux paroles des villageois qui l'avaient érigé en héros si soudainement après s'être fait une joie de l'enfoncer plus bas que terre des années durant. Sinon, pourquoi aurait-il quitté Konoha ?

Il entendait les chuchotements, les voix basses qui n'essayaient même pas d'être discrètes, le considérant d'ores et déjà exclu de leur communauté. Elles étaient rares, mais leur résonance était d'autant plus forte qu'elles faisaient toutes écho au prénom qui circulait dans chacune de ses veines et dont la présence fantomatique enserrait en chaque instant sa main droite.

Naruto, qu'ils croyaient en mission, avait été aperçu sur le pont portant son nom en compagnie de nulle autre que Sasuke, et ni l'un ni l'autre ne semblait se trouver en ce lieu pour des raisons diplomatiques. Le blond soupira et choisit de poursuivre sa route directement sur les toits de Konoha.

En un éclair, il fit face à la tour des Hokage. Le sourire de son père lui revint en mémoire, et il fut surpris de constater qu'il y trouva une force insoupçonnée. Il n'avait pas particulièrement envie de faire face à Tsunade, Kakashi, ou quelconque autre connaissance de Konoha qui, probablement, ne comprendrait pas son choix – mais il était sûr de lui, et une conviction de plus naquit en lui : si c'était sa volonté, alors ses parents le soutiendraient. Il savait que Minato et Kushina ne seraient jamais déçus de ses choix, et qu'ils seraient fiers de lui quoi qu'il arrive. Minato l'avait vu avec Sasuke, avait compris sans qu'il n'ait besoin d'expliquer, et ne serait sûrement pas surpris de trouver Naruto ici, ainsi. Quant à Kushina, il était clair qu'elle souhaitait simplement le savoir heureux, et bien entouré. Elle n'avait probablement jamais envisagé que son fils trouverait son équilibre et sa quiétude en un autre garçon, mais elle l'aurait accepté sans même sourciller, Naruto le savait. Il prit une profonde inspiration, et laissa un sourire naître de leur amour éternel.

Sur le chemin le menant au bureau de Tsunade, il répondit à plusieurs personnes le saluant, content que personne ne lui pose de questions. Il frappa avant d'entrer, songeant que l'époque où il faisait fi de la porte était désormais révolue. Ce bureau ne serait jamais sien. Tsunade, à moitié cachée par des piles de documents, l'accueillit dans un sourire tendu.

– Naruto, fit-elle doucement. Allons, tu n'as jamais eu besoin d'être prié pour t'asseoir.

Il sourit à sa remarque et prit place face à la Hokage. Elle déplaça une pile de documents, révélant son visage légèrement maquillé. Il semblait qu'elle avait cessé de puiser dans la force de son sceau récemment, car quelques fines rides apparaissaient au creux de ses yeux, de ses lèvres. Elle avait le même âge que Jiraiya, après tout. Naruto eut un élan de tendresse envers elle, et baissa les yeux.

– Comment vas-tu ?

Un instant, il resta muet. C'était une question ordinaire, polie, mais étant donné le ton de la lettre qu'il avait reçue, il pensait qu'elle irait droit au but. Il releva le regard, et constata qu'elle lui souriait, patiente.

– Je vais bien, merci, répondit-il d'abord. Je…

A son tour, il ne pouvait guère en dire plus sans aller droit au but.

– Nous avons voyagé jusqu'au pays des vagues, puis… puis nous sommes allés au pays des tourbillons.

– Vous êtes allés à Uzushio ?

Il acquiesça.

– C'est un sacré périple que vous avez fait.

Il lui sourit à son tour.

– Je suis vraiment content d'avoir découvert Uzushio.

– J'imagine. Je n'ai jamais eu l'occasion d'y aller, mais j'en ai beaucoup entendu parler, par le passé.

Il s'apprêta à l'y inviter, le plus naturellement du monde, avant de se stopper. Elle reprit :

– Et comment va Sasuke ?

Il ne répondit d'abord que par un sourire triste, et Tsunade soupira.

– Je suis désolée qu'il y ait toutes ces rumeurs à son sujet, Naruto –

– Ce n'est pas de ta faute.

– En partie, si. Mais je souhaite réellement savoir comment il va. Êtes-vous toujours ensemble ?

Naruto la dévisagea un instant, et elle se reprit :

– Je veux dire, où est-il ?

Le plus discrètement possible, il inspira longuement, tâchant de garder son regard ancré dans celui de Tsunade.

– Il va mieux, je crois.

Elle hocha la tête, remettant une mèche en place derrière son oreille.

– Il est toujours à Uzushio.

Naruto déglutit, sentant l'air dans la pièce s'alourdir de ses paroles – elles rebondissaient contre chaque mur sans trouver d'issue, circulant autour d'eux péniblement, inévitablement.

– Je vois.

Il eut un pincement au cœur. Tsunade elle-même avait été tant abîmée par le monde shinobi. Il l'avait trouvée brisée, prête à s'écrouler, ne tenant sur ses talons que grâce à ses addictions et à sa douloureuse détermination. Il invoqua le visage de son meilleur ami dans son esprit, et dessina autour de lui les contours de leur cabane à Uzushio. Ils n'y avaient passé qu'une nuit, mais elle avait suffi.

– Je ne souhaite plus devenir Hokage.

Elle ne réagit pas, et il poursuivit :

– J'ai enfin eu le temps de réfléchir, par moi-même. De penser avec plus d'objectivité, d'honnêteté. Konoha n'est pas… Konoha n'est pas ce que j'ai cru que c'était pendant toutes ces années.

Inconsciemment, il baissa le ton de sa voix.

– Enfin, tu dois bien le savoir autant que moi… Je suis désolé, Tsunade-baachan. Merci de m'avoir attendu, merci de m'avoir soutenu, merci d'avoir toujours cru en moi, et…

Il sentit sa gorge se nouer, et finit :

– Merci pour tout.

Elle décroisa les bras comme pour accueillir pleinement ce qu'il avait à lui dire. Pour l'accepter tout entier.

– Et dire que tu braillais à propos de ce titre…

Tsunade marqua une pause.

– Mais je ne peux pas t'en vouloir, Naruto, fit-elle dans un sourire.

La tendresse dans son regard le prit de court.

– Tu as déjà tellement fait pour ce village, et pour ce monde. Bien plus que moi en tant que Hokage.

Elle tourna son attention vers le paysage extérieur.

– Et devenir Hokage… ne te permet pas réellement de changer le monde. Tu rentres dans un système auquel tu dois te conformer. Tant que ces deux vieux croutons seront là… et tu vois, je n'ai pas le pouvoir de faire quoi que ce soit contre eux. Alors si j'étais à ta place, à présent, je ferais probablement la même chose.

Puis elle se leva pour venir s'asseoir sur son bureau, juste en face de Naruto. Elle posa une main sur son épaule, et lui dit lentement :

– Tu as un rêve plus précieux qu'un titre conféré par un village qui n'a jamais su prendre soin de toi.

Il saisit la main qu'elle avait déposée sur son épaule, et la serra un moment.

– Je te donnerai des nouvelles.

Elle acquiesça, s'éloignant vers la fenêtre. C'est à son dos qu'il adressa :

– Tu seras toujours la bienvenue à Uzushio.

Tsunade répondit sans se retourner :

– La meilleure chose que je puisse faire en tant que Hokage à présent, ce n'est pas de te dire quoi faire.

Elle s'arrêta, et Naruto remarqua que sa respiration était irrégulière.

– C'est de croire en toi, et de te soutenir.

Sa voix n'était plus qu'un murmure, et Naruto comprit qu'elle ne se retournerait pas.

Elle avait dû penser à cette possibilité, l'envisager et même la penser relativement probable, mais c'était autre chose que de voir Naruto lui dire au revoir pour de vrai.

– Reviens me voir avant de partir.

Elle n'en dit pas plus, et Naruto acquiesça dans son ombre.


Il referma la porte derrière lui sans un bruit, comme sur un passé dépassé mais néanmoins chéri. Il eut à peine le temps de se remettre de sa rencontre et de relever le visage qu'il sentit la présence d'un shinobi qu'il ne connaissait que trop bien face à lui.

– Yo, Naruto.

Shikamaru n'avait pas manqué l'annonce du retour de Naruto au village. Un vague sourire aux lèvres, il dévisagea le blond l'air de rien. Naruto lui sourit en retour, le suivant alors qu'il s'éloignait du bureau de Tsunade.

– Alors, t'es rentré à Konoha ?

Sans réfléchir, Naruto confirma par un mouvement de tête, laissant son regard traîner sur la nouvelle barbe que Shikamaru avait laissé pousser.

– Et où est Sasuke ?

Il ne put s'empêcher d'hésiter un instant, et il s'éclaircit la voix avant de répondre.

– Il m'attend au pays des tourbillons.

Naruto connaissait Shikamaru depuis toujours, et retrouvait un certain confort dans la familiarité qu'ils avaient établie au fil des années. Shikamaru était celui qui avait guidé leur mission à la poursuite de Sasuke à l'époque. Courageux et déterminé, il avait été prêt à braver toutes sortes de dangers pour retrouver leur camarade. C'est en tout cas ce à quoi Naruto tentait de se raccrocher lorsqu'il vit le sourire de Shikamaru s'étioler.

– Tu ne restes pas ?

Soupirant intérieurement, il secoua la tête.

– Et ton rêve de devenir Hokage ?

Evidemment, Shikamaru n'avait bravé aucun danger pour Sasuke.

– Ça n'a jamais vraiment été ça, mon rêve.

Sa voix n'était qu'un murmure ; c'était peine perdue.

– Tu quittes le village pour devenir ninja renégat et tu abandonnes ton rêve de devenir Hokage ?

Il l'avait fait parce-qu'on le lui avait ordonné.

Shikamaru laissa passer un silence avant de reprendre, son détachement apparent ne cachant pas son cynisme :

– On dirait Sasuke il y a quelques années.

Ses paroles étaient mesurées, presque lentes ; il savait exactement ce qu'il disait.

– Il ne t'aurait pas fait un lavage de cerveau ?

Naruto serra le poing, prenant une longue inspiration pour ne pas sauter au cou de Shikamaru.

– Je crois que tu devrais plutôt te préoccuper de ton propre cas, vu comme tu parles du dernier survivant du génocide du clan Uchiha – celui ordonnépar ce si cher village.

Naruto ne prit pas le temps de lire la surprise se peignant sur le visage de Shikamaru – déjà, il était reparti. Il n'avait rien à ajouter. Il repensa à ce que Tsunade lui avait dit, et réalisa que Shikamaru n'avait fait que confirmer ses paroles. Konoha n'avait jamais su prendre soin ni de lui, ni de Sasuke, et n'allait pas changer de trajectoire aujourd'hui. Ce village n'était plus le sien.


Je serais ravie de lire vos impressions et avis sur cette suite ! Et je vous dit à bientôt :)