Il détourna son regard du paysage pour le poser une nouvelle fois sur la rousse, qui, elle, observait fixement les vagues allant et venant.
- Dott' ? demanda-t-il alors.
- Mmmh ? fit-elle en relevant ses yeux verts vers lui.
- Épouse-moi.
Dorea entrouvrit la bouche, saisie d'une stupeur qu'elle n'avait que rarement connue. Son estomac fit un grand huit en une seconde. Elle avait cessé de respirer, fixant Drago d'un regard indéchiffrable.
Une minute, puis deux, puis trois, puis quatre passèrent sans qu'elle ne dise mot, mais sans avoir pour autant détaché son regard du blond.
Au bout de cinq minutes, le jeune homme expira, fermant les yeux en secouant la tête de dépit, comme s'il se flagellait pour ce qu'il venait de demander.
- Oublie ce que je viens de dire…, murmura-t-il.
- Euh… je…
- Je ne veux pas dire maintenant. Mais… plus tard ?
- Aeuhm…
Dorea était tout simplement sans voix. Elle ouvrait et refermait la bouche, ne sachant quoi répondre. Elle jaugeait Drago, appréhendant sa réaction, alors que l'expression de son visage se fermait à mesure que son mutisme se prolongeait.
Finalement décidée, elle ouvrit de nouveau la bouche, mais fut interrompue par l'arrivée de Harry qui déboula à l'instant.
- Ah, vous êtes là ! On vous cherche partout !
À cet instant, leurs amis, Daphné, Blaise et Théo se joignirent au brun, suivis de près par les deux autres Gryffondors : Ron et Hermione.
- On en reparlera plus tard, lui chuchota Dorea.
Drago lâcha un soupir exaspéré, reportant son attention sur le paysage qui s'étendait devant eux. Dorea saisit discrètement sa main, et poussa un soupir de soulagement en sentant ses doigts entrelacés tendrement aux siens, tandis que leurs amis prenaient place à leurs côtés. Ils échangèrent un regard rapide, passant silencieusement un accord : ils ne reparleraient plus de cette demande avant un bon moment.
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Lorsque Dorea entra dans la chambre de Drago le lendemain matin, habillée d'une robe noire, un corset lui comprimant les côtes et la poitrine, à l'instar des robes que portait Lestrange, elle trouva toute la bande déjà réunie. Harry et Gripsec, Daphné, Blaise et Théo étaient tous assis sur le lit du brun, tandis que Ron et Hermione se trouvaient devant Drago. La brune opérait une métamorphose des plus étrangement ressemblantes à Lucius Malefoy.
- C'est dingue ! s'exclama Blaise. Je n'avais jamais réalisé à quel point tu ressemblais trait pour trait à ce cher vieux Lucius.
- Ta gueule, Zabini, siffla Drago.
- Même l'attitude et le ton que tu prends, on dirait lui, se moqua Théo.
- Voilà, je crois que ça devrait le faire, dit enfin Hermione.
Elle se dégagea pour attraper le miroir, et Dorea put constater qu'il ne s'agissait plus du jeune et beau blond qui se tenait devant elle, mais bien de Lucius Malefoy, mangemort de son état. Il avait les cheveux longs, et à part le dédain naturel des Malefoy, c'était peut-être la seule chose qu'Hermione avait modifiée. Cela fit presque peur à Dorea.
- Promets-moi que tu ne te feras jamais pousser les cheveux, demanda-t-elle alors que Drago consultait son reflet dans le petit miroir.
- Je te le promets. C'est vrai que c'est assez angoissant de voir comme je lui ressemble…
- À toi, Dorea, dit Hermione en s'approchant d'elle.
Elle sortit une petite fiole de la poche de son jean et la lui tendit. Dorea put voir que le liquide était boueux et sombre… très sombre.
- On dirait de la merde en boîte, commenta Théo.
- Nott ! s'exclama Drago, menaçant.
Le jeune homme se tut immédiatement, presque sur le point de reculer face à l'expression du blond.
Dorea eut un moment d'hésitation, puis déboucha le flacon. Alors qu'elle portait le récipient à ses lèvres, elle s'arrêta net et releva le regard vers ses amis, qui l'observaient avec perplexité.
- Ne t'inquiète pas, ce ne sont pas des poils de chat, cette fois, rassura Ron.
- Mais qu'est-ce qu'il raconte, lui ? demanda Daphné.
- Une histoire assez drôle que j'aurais plaisir à te narrer un jour prochain, Greengrass.
Sans plus attendre, elle but la potion cul sec. Elle sentit alors son ventre se tendre, puis une douce chaleur s'installer avant d'avoir l'impression que son estomac se consumait. Son visage la picotait et elle sentit son cuir chevelu prendre du volume. Ses amis la fixèrent durant plusieurs minutes, et l'angoisse de Dorea ne fit qu'augmenter face à leur mutisme.
- Ça… ça a marché ? demanda-t-elle.
Hermione se rapprocha puis lui tendit le miroir dans lequel elle put voir Bellatrix Lestrange.
- Bien, dit Harry. Allons-y. Nous n'avons pas de temps à perdre. Dès que nous aurons fini à Gringotts, on vous prévient, d'accord ?
- Vous avez tous votre pièce ? demanda Hermione.
Les Serpentards hochèrent la tête.
Puis Harry se dirigea à grandes enjambées vers la porte, qu'il ouvrit d'un geste brusque, témoignant de sa nervosité, et sortit de la pièce. Dorea et Drago le talonnèrent, leurs pas un peu plus hésitants. Gripsec ferma la marche.
Lorsqu'ils atteignirent la plage, Harry faisait les cents pas, les yeux rivés sur ses chaussures, l'air tout à fait angoissé. À leur approche, il s'arrêta, portant son attention sur eux. Sans perdre plus de temps, il s'agenouilla pour que Gripsec puisse monter sur ses épaules, les mains jointes autour de sa gorge.
Dorea saisit son sac en cuir, qu'elle avait accroché en bandoulière, et plongea son bras à l'intérieur, cherchant la cape d'invisibilité. Finalement, elle sentit un tissu aussi léger que de l'eau entre ses doigts et la sortit pour recouvrir son frère et le gobelin. Elle se recula légèrement pour s'assurer que la cape les dissimulait entièrement.
- Parfait, on ne voit rien du tout.
- Allons-y, déclara Drago en tendant son bras devant lui.
La main d'Harry flotta pour prendre celle du blond. Dorea lança un dernier coup d'œil à l'horizon, sachant qu'à la minute où ils transplaneraient, la plénitude de Dunnotar lui manquerait terriblement. Elle inspira profondément puis expira lentement pour apaiser les battements de son cœur, qui pulsaient de plus en plus vite. Puis, elle saisit la main de son frère et celle de Drago, et ensemble, ils transplanèrent, l'entrée du Chaudron Baveur s'imposant rapidement dans leur esprit.
Quelques secondes plus tard, cette même entrée se matérialisa devant eux alors qu'ils atterrissaient sur le trottoir de Charing Cross Road.
Des Moldus passaient devant eux, affairés, plongés dans leurs préoccupations quotidiennes, sans se préoccuper de l'homme blond et de la femme brune au look singulier qui venaient d'apparaître de nulle part.
Dorea poussa la porte du bar pour y entrer. Le Chaudron Baveur était tout aussi désert que la dernière fois qu'ils y avaient mis les pieds, Drago et elle, impliqués dans le même genre de crime dans le bureau du ministre de la Magie. Ils n'aperçurent que deux sorciers assis à une table, parlant à voix basse tout en lançant des regards furtifs en direction de Dorea et Drago.
Alors qu'ils traversaient le pub pour se diriger vers l'arrière, ils virent Tom essuyer des verres derrière le comptoir.
- Madame Lestrange, Monsieur Malefoy, murmura le barman en s'inclinant avec servilité.
- Bonjour, répondit Dorea machinalement.
Elle reçut aussitôt un coup de coude de la part de Drago, qui lui fit les gros yeux.
- Trop polie, murmura Harry à son oreille lorsqu'ils sortirent dans la petite cour de l'auberge. Il faut traiter les gens comme des déchets.
- Je n'ai pas réfléchi, chuchota Dorea, se fustigeant d'avoir agi ainsi.
- Eh bien, sers-toi de ta tête, sinon on n'ira pas bien loin, réprimanda Drago.
Soupirant, Dorea sortit la baguette de Bellatrix, désormais la sienne, de la poche intérieure de sa cape et tapota les briques sur le mur devant lequel ils s'étaient arrêtés. À cet instant, les briques se mirent à tournoyer, formant une petite arche menant au Chemin de Traverse.
Le jour était à présent levé, mais l'endroit restait calme, presque désolé. Dorea avait l'impression que, depuis son dernier passage, de nombreux magasins avaient fermé boutique, les planches barricadant les vitrines aux slogans d'Harry comme « Indésirable n°1 » affichées sur chacune d'elles.
Devant les portes de maisons abandonnées, quelques sorciers en haillons demandaient l'aumône aux passants, insistant sur le fait qu'ils étaient de véritables sorciers. Soudain, un homme, boitant avec un bandage ensanglanté, vint à leur rencontre, leur barrant le chemin.
- Mes enfants ! lança-t-il de sa voix rocailleuse en pointant le doigt sur Dorea. Où sont mes enfants ? Qu'a-t-il fait d'eux ? Vous le savez, vous le savez !
Dorea inspira lentement, serrant la mâchoire sous le coup de la colère. Si elle mettait un jour la main sur Lestrange, elle se promit de lui faire regretter toutes les ignominies qu'elle avait commises, et surtout celles qu'elle avait poussé les autres à commettre.
Sous l'apparence de Bellatrix, Dorea plissa les yeux, imitant le regard courroucé de la mangemort.
- Dégage de mon chemin, sale détritus ! s'exclama-t-elle d'une voix haut perchée.
- Mes enfants…
- Tes enfants sont à la juste place qui leur revient, ajouta Dorea avec un sourire goguenard. Maintenant, c'est le dernier avertissement : dé-gage-de-mon-che-min, termina-t-elle, en détachant chaque syllabe d'un ton menaçant.
Il y eut un instant de flottement puis, sans prévenir, l'homme se jeta sur elle, tentant de la saisir à la gorge. Un éclair rouge et un bang ! surgirent. L'homme fut projeté au sol derrière lui, inconscient.
Haletante, Dorea et Drago, alias Bellatrix et Lucius, échangèrent un regard interdit, tandis que plusieurs personnes s'approchaient de leurs fenêtres pour voir ce qui se passait. Eux qui voulaient passer inaperçus, c'était un aspect de leur plan qui avait lamentablement échoué.
Dorea tenta de rassembler ses esprits, mais avant qu'elle n'interroge Drago et Harry pour savoir s'ils poursuivaient leur chemin, un homme les interpella. Ils firent volte-face pour voir Travers, qui se tenait à l'entrée du Chemin de Traverse, s'approcher d'eux.
- Tiens, Madame Lestrange !
- Travers, salua Bellatrix d'un ton chantonnant.
Il s'arrêta devant eux et observa tour à tour les deux mangemorts.
- Eh bien, je dois avouer que je suis surpris de vous voir dehors, tous les deux.
- Vraiment ? Et pourquoi ? demanda Dorea, sur la défensive.
- Eh bien, parce que… - Travers toussota – j'ai entendu dire que les résidents du manoir des Malefoy n'avaient plus le droit de sortir depuis la… heu… l'évasion de Potter et la… trahison de… euh… votre fils Lucius.
- Ce petit ingrat n'est plus mon fils, Travers. Évitez de le nommer devant moi ! cracha Drago spontanément, grimant une expression de dégoût.
- Sans compter que dois-je vous rappeler à qui vous parlez, Travers ? ajouta Dorea dans un sifflement menaçant. Le Seigneur des Ténèbres pardonne à ceux qui l'ont fidèlement servi par le passé, répliqua-t-elle dans une imitation parfaite du ton hautain de Bellatrix. Vous n'avez pas autant de crédit que moi, Travers.
Le mangemort eut l'air aussitôt offusqué, mais ne répondit pas. Au lieu de cela, il lança un regard interrogateur à l'homme que Drago venait de stupéfixer.
- Que vous a-t-il fait ?
- Peu importe, il ne recommencera pas, assura Dorea d'une voix glaciale.
Dorea se retourna alors et prit la direction de la banque Gringotts, dont la façade immaculée contrastait étrangement avec l'atmosphère lugubre du reste de la rue. Drago et Travers la suivirent tandis qu'elle enjambait le corps inerte du mendiant, et elle sentit Harry avancer à ses côtés.
Drago faisait claquer sa canne sur le pavé irrégulier, et Travers demanda :
- Alors ? Qu'est-ce qui vous amène si tôt sur le Chemin de Traverse, tous les deux ? demanda Travers.
- Je dois aller chez Gringotts, répondit Dorea.
- Moi aussi, hélas, dit Travers. L'or, cet or exécrable ! On ne peut pas vivre sans lui, mais j'avoue que je déplore la nécessité d'avoir à fréquenter nos amis aux longs doigts.
Dorea ne répondit pas tandis qu'ils apercevaient le portail de bronze de la banque. Ils montèrent les marches en marbre, et comme Gripsec les avait avertis, le gobelin en livrée habituellement posté à l'entrée avait été remplacé par deux sorciers tenant des cannes d'or longue et fine.
- Ah, les sondes de sincérité, soupira Travers d'un ton théâtral. Très rudimentaires… mais efficaces !
Le mangemort monta les marches, saluant d'un petit signe de tête les deux sorciers qui brandirent leurs cannes d'or pour le passer de la tête aux pieds. Dorea avala difficilement sa salive, consciente que s'ils ne réussissaient pas ce premier test, tout serait fini avant même qu'ils mettent un pied dans la banque.
Elle attendit le signal tandis que Travers s'approchait de l'entrée.
- Confundo, chuchota Harry.
C'était le signal, et Dorea avança à son tour, montant les marches et passant directement devant les deux gardes, Drago et Harry collant derrière elle.
- Un instant, madame, dit l'un des gardes en levant sa sonde.
- Mais vous venez de le faire ! protesta Dorea, d'un ton si arrogant et impérieux que le garde sursauta presque de peur.
Travers, qui regardait le hall à travers les portes battantes et n'avait pas remarqué le manège qui se déroulait juste devant lui, se retourna, haussant les sourcils. Le garde fronça le front, l'air perdu, tandis que son collègue lui assura d'une voix morne qu'il venait bien de les fouiller.
Dorea fit volte-face, faisant voler la cascade de cheveux bruns de Bellatrix Lestrange derrière elle. Elle s'avança d'un pas vif vers l'entrée, Drago la talonnant toujours de près, tandis qu'Harry et Gripsec trottinaient derrière eux.
Deux gobelins en livrée ouvrirent les portes à double battant à leur approche. Ils accédèrent alors au grand hall en marbre, le lustre scintillant et lumineux les surplombant avec majesté.
- Au fait, Madame Lestrange, murmura Travers à l'adresse de Dorea. Avez-vous toujours votre baguette sur vous ? J'ai entendu dire que… Potter et ses amis s'en étaient emparés.
Dorea braqua sur le mangemort un regard si glacial qu'il eut un léger mouvement de recul.
- Eh bien, vous vous trompez. J'ai toujours ma baguette, assura-t-elle sèchement.
Puis ils se dirigèrent vers le comptoir au bout du hall, et Dorea laissa passer Travers devant elle, prétextant qu'elle avait besoin de chercher sa bourse dans sa cape. Faisant mine de chercher, le gobelin salua Travers, qui lui donna une minuscule pièce d'or pour en vérifier l'authenticité. Ce qu'il fit, au bout de deux minutes, avant de rendre la pièce au mangemort, permettant à Dorea de s'avancer enfin.
- Madame Lestrange ! s'exclama le gobelin, visiblement surpris. Et Monsieur Malefoy, ajouta-t-il, encore plus stupéfait. Quelle… quelle surprise ! Que puis-je faire pour vous ?
- Je voudrais descendre dans ma chambre forte, répondit Dorea.
Le vieux gobelin eut un mouvement de recul, et Dorea cessa de respirer en constatant la présence de Travers, resté en retrait, à les regarder. D'autres gobelins, jusqu'alors absorbés dans leur travail, levèrent leurs yeux de leurs parchemins pour les observer également.
- Vous avez… un document d'identité ? demanda le gobelin.
Dorea fronça les sourcils.
- D'identité ? On ne m'avait encore jamais demandé de document d'identité ! s'offusqua Dorea.
- Votre baguette fera l'affaire, madame, assura le gobelin.
La jeune femme, tout comme Drago à ses côtés, comprirent qu'ils avaient été prévenus d'un risque d'imposture. Avalant avec une difficulté manifeste, elle sortit lentement sa baguette et la tendit au gobelin, qui entreprit de l'examiner avec minutie. Au bout d'un certain temps, le gobelin s'exclama :
- Ah, vous avez fait fabriquer une nouvelle baguette, madame Lestrange !
- Quoi ? dit Dorea, fronçant les sourcils. Non, non, c'est la mienne…
- Une nouvelle baguette ? s'étonna Travers, se rapprochant à nouveau du comptoir. Mais comment est-ce possible ? Vous venez de me dire que Potter ne s'était pas emparé de votre baguette.
Il y eut un moment de flottement, Dorea faisant travailler ses méninges à plein régime pour trouver une excuse qui mette fin à ce quiproquo, susceptible de leur coûter l'accès au coffre des Lestrange. Travers reprit la parole à cet instant, alors qu'elle apercevait le bout de la baguette d'Harry dépasser de la cape d'invisibilité.
- Ah oui, je vois, dit Travers, admirant la baguette de Bellatrix. Oui, très élégante. Et elle fonctionne bien ? J'ai toujours pensé que les baguettes nécessitaient un certain temps de rodage, vous ne croyez pas ?
Dorea hocha la tête et récupéra sa baguette. Le vieux gobelin frappa des mains et un gobelin plus jeune s'approcha :
- Je vais avoir besoin des Tintamars, dit-il au jeune gobelin.
Ce dernier fila et revint un instant plus tard avec un sac en cuir rempli d'objets en métal que Dorea avait déjà vus auparavant, lors de ses précédentes visites pour prendre de l'or dans le coffre des Artwood. Elle repensa à sa première sortie avec Drago lorsqu'ils s'étaient rendus sur le Chemin de Traverse, juste avant son entrée en cinquième année à Poudlard.
- Parfait, parfait ! dit le vieux gobelin en récupérant le sac. Si vous voulez bien me suivre, madame Lestrange, monsieur Malefoy. Je vais vous conduire à votre chambre forte.
Dorea se retint de lâcher un immense soupir de soulagement. Le gobelin sauta alors de son tabouret et se dirigea vers la porte qui se trouvait non loin derrière.
- Bogrod… attends !
Un autre gobelin sortit précipitamment de derrière son comptoir.
- Nous avons des instructions, annonça-t-il en s'inclinant devant Dorea. Pardonnez-moi, madame, mais nous avons reçu des ordres particuliers concernant la chambre forte des Lestrange.
Il murmura quelques mots d'un ton pressant à l'oreille de Bogrod, mais le gobelin, soumis à l'Imperium, l'écarta d'un geste.
- Je connais les instructions. Madame Lestrange veut descendre dans sa chambre forte… très vieille famille… vieux clients… par ici, s'il vous plaît…
Bogrod se dirigea alors vers la porte, et Dorea et Drago le talonnèrent, tandis que le tintement des objets résonnait dans le sac. Dorea lança un coup d'œil furtif à Travers, qui avait l'air absent, avant de remarquer qu'il les suivait. Ils pénétrèrent dans un couloir en pierre, éclairé seulement par des torches.
- Ça va mal, ils ont des soupçons, chuchota Harry après que la porte eut claqué derrière eux.
Harry enleva la cape, et Drago et Dorea se figèrent.
- Qu'est-ce que… commença Drago, écarquillant les yeux de surprise.
- Ils sont sous Imperium, précisa Harry alors qu'il faisait descendre Gripsec de ses épaules. Mais je crois que je n'y suis pas allé assez fort, je ne sais pas…
Dorea se mordilla la lèvre, nerveuse à l'idée que l'opération ne marche pas.
- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-elle. On essaie de sortir maintenant, pendant qu'on le peut encore ?
- Nous sommes arrivés jusqu'ici, on continue, décida Harry.
- Très bien ! approuva Gripsec. Dans ce cas, nous avons besoin de Bogrod pour conduire le wagonnet. Je n'ai plus l'autorité nécessaire. Mais il n'y aura pas assez de place pour emmener le sorcier.
Harry sortit sa baguette, mais Dorea l'arrêta d'un geste.
- Attends un instant, Harry, dit-elle. Laisse-moi m'en occuper.
Elle s'approcha de Bogrod, le gobelin qui les avait conduits jusqu'ici, et l'observa avec une assurance qu'elle espérait tromper le gobelin de garde. Elle se pencha légèrement, posant une main sur son épaule.
- Emmenez-nous dans la chambre forte de Bellatrix Lestrange.
À peine Dorea avait-elle terminé sa phrase que le gobelin siffla, et un wagonnet glissa sur les rails qui se trouvaient le long du couloir.
- Tu m'impressionneras toujours, murmura Drago à l'oreille de Dorea, tandis qu'Harry et les deux gobelins prenaient place dans le wagonnet.
- Eh bien, les amoureux, les interpella Gripsec, vous remettrez à plus tard vos échanges de salives.
Dorea et Drago s'installèrent juste derrière Harry. Alors que le wagonnet démarra lentement, le brun se retourna et leur lança un regard que Dorea interpréta d'abord comme méfiant. Mais un petit sourire se dessina rapidement sur le coin de ses lèvres.
