Hinata (Partie 2)


Avertissement : Sujet sensible dans ce chapitre.


Naruto avait eu beaucoup de mal à s'endormir et c'est l'odeur de café et de gruau qui le réveilla. Il se redressa lentement dans son petit lit et tourna la tête vers la cuisine. Hinata prenait place à la table avec son bol. Ne sachant comment agir, il n'osa pas tout de suite sortir de son lit.

- Reprend ta forme humaine pour qu'on parle, lâcha-t-elle sans le regarder.

Il avala difficilement sa salive en obéissant. Il s'empressa d'enfiler le survêtement qu'il avait abandonné sur le divan, puis la rejoignit à la table. Lui qui était assez gourmand en temps normal, il avait l'estomac si noué, qu'il n'aurait pas réussi à manger quoique ce soit sans vomir par la suite.

- J'ai réfléchi à ta proposition et il est vrai que j'ai besoin d'aide pour mon prochain livre. Alors si tu es prêt à… « revivre » ton passé en me le racontant… Je veux bien que tu restes. Mais seulement jusqu'à ce qu'il soit terminé, s'empressa-t-elle de rajouter lorsqu'il commença à se réjouir. Dès que mon éditrice l'aura validé, tu retourneras à l'agence.

Ça aurait été mentir de dire que Naruto n'était pas déçu par cette condition, mais ça lui donnait tout de même la chance de passer du temps avec elle en tant qu'homme. Qui sait ? Peut-être qu'après avoir terminé son livre, elle aura développé les même sentiments que lui. Du moins, il ne partirait pas sans avoir essayé. Il sentait qu'une relation pouvait naître entre eux, mais il fallait juste qu'elle oublie qu'il était un renard qu'elle avait loué chez « Animal Lover ».

- Je peux me servir avant de commencer ? demanda-t-il en pointant la cafetière. Je vais avoir besoin d'un remontant pour replonger dans ces souvenirs.

- Bien sûr, sers-toi.

Le nœud dans son ventre n'était toujours pas parti, alors il se limita à une tasse de café pour effacer les dernières brume de sommeil. Il y ajouta une bonne dose de sucre, n'aimant pas l'amertume de la boisson, puis il revint s'asseoir à la table. Dès qu'elle eut terminé son bol, Hinata alla chercher un dictaphone pour enregistrer son témoignage. Ce serait plus facile pour elle de le réécouter durant l'écriture, que de l'arrêter à tout bout de champ pour noter tout ce qu'il disait. Une fois que tout fut en place, Naruto se lança.

- J'avais huit ans quand mes parents sont morts dans un accident voiture. J'ai donc été placé dans une famille d'accueil. Si durant les premières semaines tout se passait bien, au bout d'un certain temps, le couple qui m'avait recueilli a commencé à agir différemment. En public, tout semblait normal, mais à la maison, ils se montraient de moins en moins attentionnés. Ils me faisaient faire toutes les tâches ménagères, je devais cuisiner pour eux, mes portions se réduisaient peu à peu. Après un an, je m'étais transformé en esclave. Si ce que je cuisinais ne leur plaisait pas, ils me privaient de repas. Et si je faisais une erreur quelconque, ils me battaient. Le pire dans tout ça, c'est qu'en tant que famille d'accueil, ils recevaient un chèque à tous les mois pour s'occuper de moi. Et bien sûr, ils ne l'ont jamais utilisé dans cette optique. À douze ans, j'en ai eu marre, alors je suis parti. J'ai mis des vêtements chauds dans mon sac à dos, même s'ils étaient usés à la corde et qu'ils commençaient à être trop petits, j'ai volé un peu de nourriture et je me suis enfuit.

Naruto s'arrêta un instant pour prendre une gorgée de café. C'est maintenant que ça devenait difficile pour lui. Avouer qu'il avait été trop crédule pour voir l'arnaque pourtant si évidente, maintenant qu'il avait grandi.

- Comme tout gamin de douze ans, je me suis dirigé vers un parc où il y avait des modules pour m'abriter. Il faisait froid, le sol était dur et le moindre bruit me faisait sursauter, m'empêchant de dormir de toute la nuit. Lorsque le soleil a commencé à se lever, j'ai pris la direction du centre-ville pour mettre le plus de distance entre ma famille d'accueil et moi. C'est là que j'ai rencontré Hidan. Il avait vingt ans à ce moment-là et lorsqu'il m'a vu avec mon sac à dos et mes vêtements froissés à cinq heures du matin, il a tout de suite compris que j'avais fugué. Il a donc arrêté sa voiture près de moi et il m'a proposé de me déposer où je voulais. Naïf et désespéré comme je l'étais, j'ai tout de suite accepté. J'étais fatigué et complètement gelé. Il s'est mis à me poser des questions et rapidement, je lui ai tout raconté de la maltraitance de ma famille d'accueil. Il s'est montré gentil, me racontant qu'il avait vécu quelque chose de similaire avec son père. Je me sentais compris, alors je ne me suis pas méfié, lorsqu'il a proposé de m'héberger. Je devais juste lui rendre de petits services pour payer ma pitance. Pour moi, c'était une aubaine. J'avais fui une maison où j'étais maltraité et je n'avais plus à aller à l'école. Le paradis quoi.

- Quels genres de services il te demandait ? lui demanda Hinata.

- Au début, c'était de tenir son appartement en ordre. Puisque je savais cuisiner, je lui préparais ses repas. Ça durée environ un an je crois. Puis il m'a demandé de l'aider avec son petit bizness. À treize ans et avec ma bouille d'ange, je passais inaperçu et on ne se doutait pas une seule seconde que je me promenais avec deux ou trois livres de drogue sur moi. Je devais apporter le stock à ses revendeurs, puis avec le temps, j'en suis devenu un à mon tour. Ça payait « bien ». Du moins, c'est ce que je me disais, je recevais de l'argent de poche en plus d'avoir le gîte payé, alors j'étais heureux. Enfin… Jusqu'à ce qu'un client important veuille plus que de la drogue avec moi. Les petites filles n'étaient pas trop son truc, si tu vois ce que je veux dire.

Naruto n'était pas vraiment surpris de voir Hinata s'horrifier en l'entendant. Qu'il ait été la victime de pédophiles étaient presque prévisible dans la situation qu'il était à l'époque.

- Quand Hidan a su que des pervers étaient prêts à payer cher pour pouvoir s'amuser avec moi, il a bien sûr sauté sur l'occasion. Mais il y est allé en douceur pour me vendre l'idée. Il ne fallait pas non plus que je prenne peur et fasse une nouvelle « fugue ». Au départ, sa nouvelle clientèle payait pour avoir des photos de moi nu ou des vidéos où je me caressais. Puis de me regarder me déshabiller ou que je me masturbe devant eux. Naïf, je me suis dit que c'était de l'argent facile. Après tout, ils ne me touchaient pas et je n'avais pas à faire quoique ce soit avec eux. Au départ.

- Comment…

- Hidan était… un beau parleur. Il savait trouver les mots pour me convaincre que c'était l'idée du siècle. « Allé, ce mec est prêt à te payer mille balles pour que tu le branles. Ce n'est rien. Je l'aurais fait, mais ce n'est pas moi lui plaît. » Et là, tu finis par te dire qu'il a peut-être raison, alors tu le fais un fois. Puis deux et trois. Mais lorsque tu n'es pas gai, tu finis par être dégoûté de toucher des hommes, alors tu décides de te rebeller. Et là, il te ressort à nouveau les violons, puis te promet d'exiger plus pour toi. Sauf que s'il demande le double, je dois accepter qu'on me touche aussi. Il m'emmenait ça de telle sorte, que je cédais à nouveau. Et cette discussion revint de plus en plus souvent. Il commença à faire la même chose avec des jeunes filles. La demande y était plus forte évidemment. Je me sentais moins seul avec elles dans les parages, sauf que ça me permettait aussi de constater ce qui clochait avec cet « arrangement ». Je n'étais peut-être plus battu, mais j'étais redevenu l'esclave de quelqu'un.

- Tu t'es à nouveau enfui ?

- Si seulement, lâcha-t-il avec un rire jaune. J'avais quatorze ans, quand je l'ai vraiment confronté et où ses belles paroles ne fonctionnaient plus. Il a donc changé de tactique.

- Comme quoi ? s'inquiéta Hinata.

- La menace. Il proposa d'aller voir mon ancienne famille d'accueil pour voir ce qu'ils feraient, s'ils pouvaient remettre la main sur moi. Après tout, en m'enfuyant, je leur avais fait perdre de l'argent en plus de leur causer des ennuis avec la protection de l'enfance. Et il y avait aussi la police.

- Pourquoi la police ?

- J'avais été dealer avant qu'il me transforme en pute.

- Oui, mais c'était lui la tête du trafics.

- Peut-être, mais il était prévoyant. Il avait monté un dossier sur moi, en sachant que je finirais par me rebeller. Il avait toutes sortes de photos où on me voyait revendre de la drogue. Et si je ne finissais pas moi-même en prison, les gars qu'on voyait sur ces clichés voudraient probablement ma peau pour les avoir « dénoncés » à la police. Grâce à ça, Hidan avait de quoi me faire faire tout ce qu'il voulait et surtout, tout ce que j'avais refusé de faire jusqu'à ce moment-là.

- T'as donc été obligé d'avoir…

- Des rapports complets ? Oui.

Ce simple souvenir donnait le goût de vomir à Naruto. Déjà que de devoir branler des hommes, parfois assez âgés, l'avait dégoûté, lorsqu'il avait été obligé de les sucer ou de se faire pénétrer… Il s'était senti mourir de l'intérieur. Il avait même plusieurs fois pensé à se suicider, se disant que le calvaire se finirait, mais il n'en avait jamais eu le courage.

- À l'approche de mes seize ans, j'avais commencé à perdre mes traits enfantins et la demande commença à diminuer, ce qui était un problème pour Hidan. Si je ne lui rapportais plus d'argent, il ne pouvait pas me garder. Mais d'un autre côté, s'il me laissait partir, rien ne lui garantissait que je ne le dénoncerais pas. Alors il commença à proposer un « forfait » deux pour un. J'accompagnais l'une des filles et je… l'aidais dans son travail. Certains hommes, pourtant hétéro, se laissait convaincre de l'expérience. Certains assouvissaient des penchants inavouables. Voyeurisme, exhibitionnisme, homosexualité, plan à trois. Ça me dégoûtait toujours autant, mais partager ce cauchemar avec quelqu'un rendait les chose plus… supportables. Mais c'était avant qu'on tombe sur des clients plus exigeants, plus violents, certains étaient même complètement défoncés ou tarés. Je commençais à me dire que je préférais retourner auprès de ma famille d'accueil qui m'exploitait ou en prison, que de continuer à vivre ça. Mais bien sûr, Hidan me connaissait affreusement bien.

- Comment ça ?

- Lors d'un de mes derniers travails en solo, il avait caché une caméra dans la chambre où le client devait me rejoindre. Un gars qui avait décidé de porter un masque pour je ne sais quel fantasme. Je crois que Hidan devait lui vendre l'enregistrement en bonus et il en a profité pour se garder un moyen de chantage sur moi. Il m'a fait comprendre, que si cette vidéo finissait sur le net, ma vie deviendrait un véritable enfer. Je ne pourrais pas retourner à l'école, ni travailler, sans que quelqu'un ne finisse par me reconnaître et me pourrisse la vie. Pour avoir vu une fille revenir auprès de lui après un coup semblable, je savais qu'il avait raison. Encore plus vu que j'étais un garçon qui se faisait prendre par un homme.

- Alors… Comment as-tu réussi à t'en sortir ?

- J'ai profité d'une tragédie, lâcha-t-il d'un air sombre.

Avant de poursuivre son récit, Naruto lui demanda de faire une pause et sans attendre sa réponse, il se transforma en renard. Il avait besoin de se changer les idées avant d'entamer la dernière partie de son récit. Il marcha lentement vers l'entrée de l'appartement et se dressa sur ses pattes arrières pour attraper sa laisse qui était accrochée à la poignée du placard. Comprenant le message, Hinata rangea le survêtement près du panier et le rejoignit. Dès qu'elle eut enfilé ses souliers et attrapa sa bourse, lui passa le harnais et y attacha la laisse. À peine sortaient-ils de l'immeuble, qu'ils tombèrent sur une femme que Naruto reconnut pour l'avoir vu sur des photos de sa maîtresse.

- Hanabi ? s'exclama Hinata. Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Je n'ai pas le droit de rendre visite à ma grande sœur ? demanda la cadette sur un ton suspicieux.

- Si, mais d'habitude tu appelles avant.

- J'étais dans le coin. Et très curieuse de voir ton renard, ajouta Hanabi en s'accroupissant devant lui. J'ai encore du mal à croire qu'on peut louer un animal comme ça.

- Et moi dont, marmonna Hinata pour elle-même.

S'il n'avait pas été lui-même l'animal en question, Naruto aurait probablement eu la même réaction que les deux sœurs.

J'allais justement faire une promenade avec Naruto. Tu nous accompagnes ?

- Naruto ? Ça ne fait pas très… renard comme nom.

- Ce n'est pas moi qui l'ai choisi.

Lui non plus, pensa Naruto en réadoptant une attitude canine, comme il l'avait fait durant les dernières semaines. Il tira un peu sur sa laisse pour inciter Hinata à marcher, puis ils prirent la direction du parc. Il fut soulagé de constater que les adolescentes de la dernière fois n'y étaient pas. Pas que cela change grand-chose à leur triste situation, mais il avait vraiment besoin de penser à autre chose après tout ce qu'il avait confié à Hinata. Et quoi de mieux que de laisser son animal intérieur prendre le dessus et courir après les écureuils ? C'était complètement stupide, mais c'était justement pour ça que ça fonctionnait si bien.

Même en s'éloignant de quelques mètres, son ouïe de renard arrivait encore à suivre la conversation entre les deux sœurs. Hanabi semblait essayer de convaincre son aînée de rencontrer un gars de son cours qui avait son âge. Selon elle, il correspondait à Hinata, ce qui déplu à Naruto. Non, il devait avoir la chance d'essayer en premier.

- Hanabi, soupira Hinata. Je n'ai pas envie d'aller à des rendez-vous arrangés.

- Combien de temps vas-tu continuer à vivre dans la peur de rencontre des hommes ? Ils ne sont pas tous comme Toneri.

- Je suis au courant ! Mais là tout de suite, je n'ai pas de temps pour ça. Je dois rapidement donner quelque chose à mon éditrice.

- Ça pourrait t'aider à trouver l'inspiration, répliqua sa sœur.

- Pas besoin. Disons que… Quelqu'un a commencé à me raconter son histoire. En plus, ça correspond au genre de mes deux romans.

- Quelle genre d'histoire ? Ton premier roman parlait de comment Toneri te violentait.

Naruto se figea en entendant les paroles de la cadette. Violentait ? Hinata avait subi des violences conjugales ?

- Je suis au courant. Et si mes deux premiers romans ont été une bonne thérapie pour moi après le divorce, ce sera probablement aussi le cas de celui qui m'offre son histoire.

Était-ce pour ça qu'elle avait fini par accepter sa proposition ? Espérait-elle, qu'en mettait son histoire sur papier, il se sentirait mieux ? Que les cauchemars arrêteraient ? Depuis qu'il avait quitté l'agence, sans surprise, ils étaient revenus. Après tout, avec Maya dans les parages, personne n'en faisait. C'était un don merveilleux qu'il aurait bien aimé avoir lui aussi, mais tout ce qu'il avait, en théorie, c'était de pouvoir marquer une personne qui lui était chère pour pouvoir le ressentir si elle était en danger. Sauf que l'occasion ne s'était jamais présentée.

Voyant qu'Hanabi continuait d'argumenter pour que sa sœur rencontre son camarade de classe, Naruto les rejoignit et sauta sur les cuisses d'Hinata. C'était complètement puéril de sa part, surtout maintenant qu'elle connaissait son secret et pourrait être mal à l'aise, mais il ne pouvait s'empêcher de détourner son attention. Il lut de la surprise dans son regard, mais elle ne fit aucun commentaire devant sa sœur et se contenta de le gratter dernière les oreilles. Il ignorait pourquoi il aimait autant ça, mais dès qu'il était sous sa forme de renard, c'était tout un bonheur de se faire gratter à cet endroit. Même qu'il ne pouvait pas empêcher sa queue de remuer de contentement.

- Et si on rentrait ? suggéra Hinata. Je commence à avoir faim.

Maintenant qu'elle le disait, Naruto réalisa qu'il n'avait rien avalé de plus que son café. Il ignorait ce qu'elle allait lui donner devant sa sœur, mais il allait « l'exterminer » en quelques secondes. Son ventre grognait comme monstre, mais il y avait peu de chance qu'elles l'aient entendu.

Oo0oO

Hinata mangea en compagnie de sa sœur et Naruto, toujours sous sa forme de renard, dévora avec appétit l'assiette de viande et de légume qu'elle posa près de son panier. Elle n'était pas surprise de la vitesse à laquelle il termina son repas, puisqu'il n'avait rien avalé en se levant. D'un autre côté, vu ce qu'il lui avait raconté de son passé, elle n'avait aucun mal à imaginer qu'il ait eu l'estomac noué à ce souvenir. Il lui arrivait la même chose, chaque fois qu'elle parlait de son mariage. Et en considérant qu'il n'avait duré que deux ans, son calvaire avait durée moins longtemps que celui de Naruto.

Dès qu'Hanabi fut parti, Hinata vit Naruto attraper dans sa gueule le pantalon de jogging, qu'elle avait posé près de son panier, et se dirigea vers la salle de bain. Quelques minutes plus tard, la chasse d'eau lui apprenait qu'il en avait profité pour aller à la toilette. Il ressortit en pantalon et il récupéra la veste pour couvrir son torse nu. Elle n'avait pas trop porté attention la veille ou le matin-même, mais elle remarqua quelques cicatrices qui marbrait son ventre et même son dos. Et elle n'aurait pas été étonné qu'il en ait ailleurs sous son pantalon, soupçonnant certains clients d'être violents avec lui. Le voyant la rejoindre dans la cuisine, Hinata lui versa une tasse de café en même temps qu'elle et lui tendit la seconde tasse.

- Merci. Est-ce qu'on peut terminer demain ? J'ai peur de ne pas garder mon dernier repas, si je poursuis mon histoire.

- Oui, bien sûr. Tu peux regarder la télévision pendant que je place les grandes lignes du récit. Voir ce que je garde, enlève ou modifie.

- Est-ce que tu peux changer les noms ? lui demanda Naruto. Je ne voudrais pas t'attirer des ennuis.

Hinata devait avouer qu'elle n'avait pas pensé à ça. Mais il est vrai, que vu le niveau de criminalité de son passé, si certains reconnaissaient Naruto, ils passeraient par elle pour le trouver.

- Mes premiers romans ne sont pas fidèles à cent pourcent à la réalité non plus. Je te ferai lire ce que j'aurai écrit au fur et à mesure pour être sûr que je dépeins bien la réalité malgré les modifications.

Naruto acquiesça, puis il alla s'asseoir sur le canapé. Il mit un film humoristique et ne lui porta plus attention. Hinata s'installa à la table de la cuisine, des écouteurs vissés aux oreilles pour écouter le récit qu'il lui avait raconté le matin-même, sans l'obliger à tout revivre une nouvelle fois. Même si elle n'avait pas la fin, elle sépara l'histoire en plusieurs parties distinct. Avant la mort de ses parents pour l'intro, la famille d'accueil en élément déclencheur, la rencontre avec Hidan et ce qui s'en ai suivi pour le développement. La fin serait sa libération qu'elle devrait inventer pour éviter de tomber dans le fantastique. Le dénouement serait en lien avec ce que Naruto lui raconterait la prochaine fois. Mais à voir son état à la seule pensée de le lui raconter, elle appréhendait la suite. Hinata avait le pressentiment que c'était bien pire que ce qu'il avait vécu jusque-là et elle ne voyait pas comment ça pourrait être le cas.

Son film terminé, Naruto décida de préparer le souper. Elle le laissa faire, poursuivant son travail. Au bout de quelques minutes, une odeur légèrement pimentée lui fit relever la tête. La seule chose épicée qu'elle possédait était une bouteille de tabasco et seulement parce que sa sœur aimait en ajouter à l'occasion. Pour sa part, Hinata ne mangeait jamais épicé, mais elle n'osa pas le dire à Naruto. La veille, elle avait refusé de manger ce qu'il avait préparé. Elle se voyait mal de refuser deux fois de suite. Elle attendit donc qu'il termine et pose les assiettes sur la table. Ça semblait délicieux, mais le parfum pimenté la laissait sceptique. C'était un plat de pâte avec une sauce onctueuse rouge avec des légumes coupés en cube.

- Ce n'est pas si épicé, lâcha Naruto.

- Quoi ?

- J'ai mis très peu de tabasco dans la sauce et aussi un peu de crème et fromage pour en adoucir le goût. Comparé à ce que certains font à l'agence, c'est comme si je n'avais rien mis.

Alors qu'il prenait une grande bouchée, Hinata se mordit les lèvres. Elle piqua un morceau de pâte et le mit dans sa bouche. Surprise, elle écarquilla les yeux. Comme il l'avait dit, elle sentait à peine le tabasco. C'était juste pour dire que sa langue picotait légèrement. Et c'était délicieux.

- Comment c'est à l'agence ? demanda-t-elle.

Elle devait avouer qu'elle était étonnée qu'il cuisine aussi bien, alors qu'il avait passé les dernières années sous la forme d'un renard.

- À quel niveau ?

- Tout. Je veux dire… Je sais que tu cuisinais pour ta famille d'accueil et pour Hidan, mais…

- Les dix dernières années, j'étais un renard, compléta-t-il à sa place. Tu sais, quand l'agence ferme, on ne reste pas tous sous notre forme animale. On en profite pour se dégourdir les jambes, se laver, manger autre chose que de la nourriture pour animaux.

- Alors ils vous arrivent de prendre vos repas ensemble ?

- Presque tous les soirs, acquiesça Naruto. Les tâches sont réparties selon les compétences de chacun. Ceux qui cuisinent, qui lavent la vaisselle, font le lavage, le ménage. C'est très bien organisé.

- Et est-ce que vous avez tous vécus…

- Non, l'interrompit-il. Il y a des similitudes pour certains bien entendu, mais on n'a pas tous été recueilli pour les mêmes raisons.

- Comme quoi ?

- Moi c'était une seconde chance, mais il y a aussi la protection ou encore la punition.

- Comment ça ?

- Certains sont là pour réparer leurs tords, d'autres parce que leur vie est en danger. Je ne peux pas trop en parler. Raconter mon histoire, c'est une chose, mais celles des autres…

- Oui, je comprends.

Le silence revint un moment, jusqu'à ce que le téléphone de la jeune femme se mette à sonner. En regardant l'écran, elle vit le nom de son éditrice, alors elle s'empressa de répondre.

- Kurenai ?

- Bonsoir Hinata. Désolée de t'appeler sur l'heure du souper, mais j'ai reçu l'appel du Salon du Livres du Konoha me demandant si tu voulais bien faire partie de leurs invités d'honneur.

- Vraiment ? Mais mon dernier roman remonte à il y a deux ans.

- Mais il a été un best-seller. Et en parlant de tes romans, comment avance le prochain ?

- J'ai l'idée de base. J'ai écrit mon plan aujourd'hui et je devrais commencer à l'écrire dans les prochains jours.

- Génial ! s'enthousiasma Kurenai. Et il parlera de quoi ?

Hinata hésita un instant, jetant un coup d'œil à Naruto qui poursuivait son repas en silence. Mais vu la lenteur de sa mastication, elle le soupçonnait d'écouter.

- Je t'enverrai une ébauche dès que j'aurai terminé d'organiser mes idées, déclara Hinata.

- Hinata…

- Ce n'est pas un conte pour enfants, s'empressa-t-elle de la rassurer. Et ça se rapproche plus de ce que j'ai fait jusqu'à date.

- Bon d'accord, soupira Kurenai. Je vais patienter encore quelques jours. Et prend le temps de réfléchir à la demande du Salon du Livre. Je suis sûre que tes lectrices ont hâtes de te revoir.

- Ce serait stupide de refuser. C'est juste étrange d'être invitée, alors que je n'ai rien de nouveau à proposer.

- Alors je dis aux organisateurs que tu seras là ? s'assura l'éditrice.

Hinata raccrocha après avoir acquiescer, puis elle soupira en regardant son assiette. Elle n'avait soudainement plus faim. Même si elle aimait rencontrer ses lectrices, sa personnalité réservée appréhendait toujours ces évènements. Surtout lorsqu'on savait que ces deux romans étaient en réalité autobiographiques. Seuls sa famille, sa psychologue et son éditrice connaissaient la vérité, alors c'était toujours malaisant de parler de son roman comme si elle avait tout inventé de A à Z. Malheureusement pour elle, c'était un évènement prisé des auteurs et ne pas y aller aurait été très louche.

- Pourquoi tu ne lui as pas parlé de mon histoire ? demanda Naruto.

- Parce qu'elle aurait posé plus de question et que je n'avais pas envie d'y répondre maintenant. Je vais aller prendre un bain, déclara-t-elle en se levant.

Naruto ne fit aucune remarque, restant à la table devant son assiette vide. Hinata se fit couler un bain chaud dans lequel elle ajouta une bonne dose de mousse et de sel relaxant. Les cheveux remontés en chignon désordonné au-dessus de la tête, elle y plongea en soupirant. Elle devait avouer que l'histoire de Naruto lui faisait tout remettre en question. Même si elle n'en revenait toujours pas que les animaux de « Animal Lover », soient en fait tous des humains dont certains avaient, semble-t-il, vécu l'enfer comme lui, elle commençait à douter que ce soit une bonne idée de le ramener à l'agence. Vu sa réaction lorsqu'elle avait parlé d'appeler Jiraiya et l'histoire qu'il lui avait racontée, elle aurait l'impression de l'abandonner à son tour. Aussi étrange cela puisse lui paraître, l'idée de cohabiter avec un homme plutôt qu'un renard, lui donnait un sentiment de sécurité qui la rassurait.

Après ce qu'elle avait vécu avec Toneri, ça aurait dû être le contraire, mais Naruto dégageait quelque chose qui lui faisait croire qu'elle n'avait pas à avoir peur de lui. Au contraire, elle avait le sentiment qu'il la protégerait sans réfléchir, si elle était en danger. Enfin bon, elle avait dit qu'elle acceptait de l'héberger le temps d'écrire son roman, ce qui lui donnait au moins un mois avant d'avoir à prendre une décision définitive. Elle s'endormit presque dans la baignoire, laissant ses pensées se promener sans trop y faire attention. Du moins, jusqu'à ce que l'image du torse large et assez musclé de Naruto n'apparaisse dans son esprit. Elle ouvrit les yeux de surprise et prit plusieurs grandes respirations pour calmer son cœur. Ce n'était pas le bon moment pour avoir de telles pensées. En fait, c'était même complètement déplacé, se dit-elle en sortant du bain.

Lorsqu'elle retourna dans le salon, Hinata découvrit Naruto endormi sur le canapé, dans une position qui ne devait pas être confortable, avec une jambe et un bras qui pendaient dans le vide. En remarquant le bas de son ventre qui dépassait de la veste qui avait remonté, la jeune femme détourna la tête vers la cuisine. La vaisselle avait été fait et son restant de souper probablement rangée dans le réfrigérateur. Ce n'est qu'à ce moment-là, qu'elle réalisa qu'il y avait un petit problème. Naruto avait trouvé ce survêtement, probablement en fouillant son placard pendant qu'elle était inconsciente, mais c'étaient les seuls vêtements masculins, et surtout à sa taille, qu'elle possédait. Sans compter qu'il ne portait rien sous le pantalon, puisqu'évidemment, elle n'avait pas de boxer chez elle. Hinata prit donc la résolution d'aller faire quelques courses pour lui. Deux ou trois pantalons, de t-shirt et un sac de boxer devraient faire l'affaire. Sur cette décision, elle ferma la télévision et les lumières, puis attrapa son portable pour aller travailler dans sa chambre jusqu'à ce qu'il soit le temps de dormir.

Oo0oO

À son réveil, Hinata découvrit un déjeuner complet sur la table. Des crêpes, des œufs, des toasts et même du bacons bien grillés. Naruto disposait les confitures sur la table lorsqu'il la remarqua.

- J'espère que tu as faim, lâcha-t-il avec un petit sourire. Je me suis peut-être laissé emporter.

- Je vois ça, répondit lentement Hinata. Mais tu n'étais pas obligé.

- Eh bien, puisque tu m'héberge et me nourries, c'est la moindre des choses. Et puis, ça te laisse plus de temps pour travailler sur ton livre.

Sur ce point, elle devait avouer qu'il n'avait pas tort. En général, elle se contentait de quelque chose de rapide à faire pour pouvoir retourner plus vite à son travail. Sans compter que ses deux ans de mariage avec Toneri l'avaient complètement dégoûtée de la cuisine et des tâches ménagères. C'était donc une bonne chose qu'il s'en occupe, mais d'un autre côté, c'était aussi ce que sa famille d'accueil et Hidan l'obligeaient à faire. Elle n'avait vraiment aucun envie d'être comparé à eux.

- Je me sentirais moins coupable qu'on t'ait « floué » à l'agence, ajouta Naruto.

Sans lui donner de réponse, Hinata prit place à la table et attaqua le « banquet » qu'il avait préparé. Prenant son action comme un accord, Naruto attrapa deux tasses et les remplit de café avant de se joindre à elle. Ils mangèrent en silence, ignorant tous les deux de quoi parler. L'écrivaine ne voulait pas lui couper l'appétit en parlant de son passé et il lui avait déjà tout dit ce qu'il avait le droit de lui révéler sur l'agence. Il faudrait aussi qu'ils trouvent des sujets de conversation pour éviter que ça devienne étrange entre eux. Lorsqu'elle eut terminé tant bien que mal son assiette sans exploser, Hinata alla s'habiller et se prépara à sortir.

- Une promenade ? s'exclama Naruto, excité.

- Euh… Non, répondit-elle, surprise. J'ai une course à faire et les animaux ne peuvent pas entrer dans les magasins. Mais… Tu n'as plus besoin de faire de promenade, maintenant que tu peux utiliser librement les toilettes, supposa Hinata.

- Ouai, mais en fait, ce n'est pas juste pour les besoins que j'aime autant les promenades, confia-t-il en perdant son sourire. Autant ma forme humaine m'appelle lorsque je passe trop de temps dans celle de renard, l'inverse arrive aussi.

- Oh. Alors… On ira faire une promenade au parc à mon retour, proposa-t-elle.

Le sourire du jeune homme revint illuminer son visage, ce qui troubla Hinata. Qu'il soit aussi heureux pour une simple promenade l'étonnait. Elle n'était vraiment pas habituée à ça. Toneri ne semblait heureux, que lorsqu'il la rabaissait pour un oui ou pour un non. Une fois assise dans sa voiture, elle réfléchit à l'endroit où elle pouvait faire ses achats. En temps normal, elle allait dans des magasins réservés aux femmes et elle ne devait pas non plus y mettre trop d'argent. Naruto se sentait déjà si redevable pour le laisser rester chez elle durant l'écriture de son roman, qu'elle ne doutait pas de le mettre mal à l'aise si elle lui offrait en plus une garde-robe. Même si pour le coup, c'était en parti pour elle qu'elle le faisait, gênée de le savoir entièrement nu sous le survêtement. Elle décida donc de se rendre dans une grande surface à petits prix où elle n'avait pas encore jamais mis les pieds.

En considérant qu'elle n'avait pas demandé sa taille à Naruto, Hinata se fia à celle de son cousin. Ils faisaient à peu près la même grandeur, puisque le pantalon ne semblait pas trop court, mais Neji était peut-être moins large d'épaule, si elle considérait que la veste était un peu plus ajustée autour du torse de Naruto. Une fois qu'elle eut sélectionné deux jeans dont la coupe lui paraissait correcte et trouvé trois t-shirts avec des logos de film et séries populaires, elle se tourna vers les sous-vêtements. Sur ce point, elle n'en avait jamais acheté pour Neji, alors elle ignorait ce qu'elle devait prendre. Ceux qui ressemblaient à des shorts en étant plus ample ou ceux moulants qui se rapprochaient d'un caleçon classique ? Une vendeuse dut voir sa détresse et vint lui proposer son aide.

- On cherche quelque chose pour un petit-ami ?

Pendant un instant, Hinata faillit reprendre la vendeuse, mais elle acquiesça en réalisant qu'elle aurait l'air louche dans le cas contraire.

- Oui. J'en ai un peu marre des survêtements et des caleçons troués de mon copain.

- Je vous comprend, sourit la vendeuse. Le mien est pareil, il déteste s'acheter du nouveaux linges.

Après quelques questions, la vendeuse lui suggéra un modèle de boxers moulants qui plaisait beaucoup aux hommes. Elle attrapa au passage un sac de bas, puis une fois tout ça en main, elle se dirigea vers les caisse. En chemin, elle s'arrêta devant la section des chaussures et réalisa qu'elle n'avait pas pensé à ça. Sans souliers, Naruto ne pourrait pas sortir à l'extérieur autrement que sous sa forme de renard. Mais ignorait complètement sa pointure et elle n'avait pas vraiment fait attention à ses pieds. Elle se promena un instant au-travers des rayons, observant chaque modèle présenté. Elle finit par en prendre une paire, pas les plus grandes, plutôt dans la moyenne, noir avec des bandes oranges qui lui rappelaient la couleur de son pelage de renard. Hinata croisa les doigts pour que ce ne soit pas trop petit et elle se dirigea vers les caisses.

En chemin, elle repéra une casquette, qu'elle ajouta à son panier. Peut-être valait-il mieux qu'il puisse dissimuler son visage ? Ignorant d'où il venait avant sa « renaissance », comme il l'appelait, il était possible que quelqu'un de son passé le reconnaisse, s'il sortait à découvert. Et au fond d'elle, elle espérait qu'ils feraient aussi des promenades ensemble sans qu'il soit sous sa forme de renard. Voilà un peu pourquoi les souliers étaient une nécessité.

Lorsqu'elle ouvrit la porte de son appartement, elle découvrit Naruto dans l'entrée, en renard et assis avec sa laisse posée devant lui. Hinata se retint de rire en voyant sa queue remuer énergiquement derrière lui en levant la tête vers elle.

- Deux secondes, que je dépose tout ça dans le salon.

Il l'observa en penchant la tête sur le côté, mais il resta dans l'entrée. La promenade dura environ une heure, où il dépensa le plus gros de son énergie en courant après un écureuil. Encore une fois.

- Il va falloir que tu m'explique ce que tu as contre les écureuils une fois à l'appartement, lâcha Hinata, alors qu'ils reprenaient la direction de l'appartement.

Un ricanement lui répondit. Toujours trop adorable, se dit-elle en souriant. Dès qu'elle lui eut retiré sa laisse, il se dirigea vers la chambre, là où il avait sûrement laissé le survêtement avant qu'elle n'arrive. Il revint rapidement, alors qu'il remontait la fermeture éclair de la veste.

- C'est quoi ce truc avec les écureuils ? lâcha-t-elle.

À sa question, Naruto s'immobilisa, puis il éclata de rire.

- Même si on reste conscient sous notre forme animal, il arrive que certains instinct soient trop fort pour être combattu, lui confia-t-il une fois qu'il se fut calmé. C'est la même chose pour ceux qui sont devenus des chiens.

- Les chats n'avaient pourtant pas l'air de vouloir courir après les petits rongeurs.

- Oh ! crois-moi, ils combattent fortement cet instinct. Et il y a déjà eu un écureuil à l'agence. Le pauvre, on l'a beaucoup fait courir, grimaça-t-il.

Hinata écarquilla les yeux à ses mots. En partie surprise par la révélation sur leurs instincts animales, mais aussi un peu scandalisé que tous les animaux soient laissés libres dans la grande salle de l'agence, alors qu'il y avait ce facteur important à prendre en compte.

- T'inquiète. Dès qu'on reprenait nos formes humaines le soir, il nous le faisait payer. Pour une armoire à glace, c'est encore un mystère qu'il se soit transformé en petit écureuil.

En arrivant dans le salon, Naruto porta finalement son regard sur les sacs contenant ses emplettes.

- C'est quoi tout ça ? demanda-t-il en tourna la tête vers elle.

- Des vêtements de rechange.

- Pour quoi faire ?

- Pour que tu puisses enfiler autre chose que ce survêtement.

Hinata pouvait voir que ses achats le mettaient mal à l'aise et qu'il semblait mécontent. Si elle s'était attendue à la première réaction, la deuxième par contre, la prenait de court.

- Il va bien falloir que je le lave un moment donné, tenta-t-elle de s'expliquer.

- Je peux me transformer en renard à ce moment-là.

- Et puis, il doit faire chaud avec cette veste.

À cette remarque, il attrapa le collet de ladite veste et en détournant le regard.

- C'est vrai que je ne dirais pas non à un t-shirt, commença-t-il en fouillant dans le sac, mais… Des souliers, des pantalons, des boxers… Des boxers ? Bon d'accord, ça aussi je ne dis pas non. Mais le reste ? Je ne peux pas accepter.

- Tu m'offres ton histoire pour mon prochain roman, tu fais la cuisine, le ménage…

- Parce que tu me laisses rester et que tu me nourries.

- Prenons les choses sous un autre angle, contra Hinata. Si je n'avais jamais découvert le secret de l'agence, tu n'aurais pas pu refuser que je t'achète des choses sous ta forme de renard. Alors tu n'as qu'à te dire que c'est pour mon animal de compagnie que j'ai fait des achats. Vois tout ça comme des jouets et des vêtements pour animaux.

Devant ses arguments, Naruto n'eut rien à lui répondre. Il se mordit les lèvres en continuant d'observer le contenu des sacs, mais sans vraiment démontrer d'intérêt.

- Essaie-les au-moins. Je ne sais même pas si ça va être à ta taille.

Se frottant la nuque, il attrapa un jean, un t-shirt et le sac de boxers, puis alla s'enfermer dans la salle de bain. Il en ressortit deux minutes plus tard, avec le t-shirt Star Wars noir et le jean le plus clair des deux. Le haut était un peu ample, mais ça passait, et le pantalon semblait être à la bonne longueur et la taille pas trop grande. Surtout qu'elle n'avait pas pensé à prendre une ceinture. Le jean tombait un peu en bas de ses hanches et laissait voir l'élastique du boxer, mais il ne semblait pas descendre plus bas.

- Star Wars, dit-il en posant les mains sur le dessin. Je ne pensais pas que tu étais fan de ce genre de franchises.

- Je ne le suis pas, mais ils étaient tous à cinq dollars. Je me doutais que tu serais mal à l'aise que je t'achète des vêtements, alors j'ai tout pris dans les rayons en rabais. Les jeans étaient à trente pourcent et les souliers à moitié prix.

- En parlant des souliers. Pourquoi en prendre ? Je n'en ai pas besoin à l'intérieur.

- Pour aller se promener.

- Bah… Je n'en ai pas besoin, répéta-t-il, perdu.

- Des promenades en humain. Si j'ai besoin d'aide lorsque je fais mes courses, ce sera pratique d'avoir une deuxième paire de bras pour porter les sacs.

Remuant la tête d'une épaule à l'autre, Naruto semblait approuver son argument. Il reprit place sur le canapé et fouilla une nouvelle fois dans les sacs. Il sortit le paquet de bas pour en sortir une paire, qu'il enfila rapidement, puis les souliers.

- Ça semble parfait, déclara-t-il après avoir enfilé le pied gauche.

- Pas trop petit ? s'enquit-elle.

- Ni trop grand, ajouta Naruto en tournant la tête vers elle. T'as l'œil.

- Je ne dirais pas que j'ai l'œil. J'y suis allée au hasard pour les souliers.

Naruto ne fit aucun commentaire et retira le soulier pour sortir la casquette qu'elle avait pris à la dernière seconde.

- Et la casquette ?

- J'ignorais si tu voulais cacher ton identité, alors je me suis dit que ça pouvait être utile.

Sans un mot, il la mit sur sa tête et se tourna vers elle pour lui demander son avis. Puisqu'elle était noire et sans motif, il n'y avait pas grand-chose à dire.

- Et ça te protégera du soleil au passage, ajouta-t-elle.

- C'est vrai que ça fait un moment que je ne suis pas sorti au soleil sous cette forme, avoua-t-il en regardant ses bras.

Il avait un teint légèrement halé, mais ce n'était pas grâce au soleil, comprit Hinata. Il devait le tenir de ses parents. Probablement qu'il devait foncer un peu plus, lorsqu'il restait longtemps au soleil.

- S'il fait beau demain, on pourrait aller se promener. Ça te permettra de prendre un peu le soleil sous cette forme.

- C'est une bonne idée.

Le sourire qui éclaira son visage la chamboula et Hinata commença à se poser des questions sur ses réactions vis-à-vis de Naruto. Ça ne faisait que trois jours qu'il s'était dévoilé sous cette forme, mais depuis la veille, il lui était impossible d'empêcher son cerveau ou son cœur de s'emballer lorsqu'elle était près de lui, ou encore, lorsqu'il souriait ou qu'elle voyait son torse. Elle était clairement restée seule trop longtemps et même si son unique expérience ait été désastreuse, la petite fille au font d'elle qui rêve du prince charmant était toujours là.

Oo0oO

En observant les vêtements qu'Hinata lui avait acheté, Naruto était à la fois heureux et mécontent. Il aimait l'idée qu'elle ait envie de le gâter, mais d'un autre côté, ça lui rappelait l'époque qu'il détestait le plus. Hidan lui avait aussi acheté des vêtements pour remplacer ceux trop petits et usés qu'il avait chez sa famille d'accueil. Il y avait toujours eu au fond de lui, un sentiment de dettes à rembourser lorsqu'on lui achetait quelque chose. Sous sa forme de renard, il était normal qu'on lui achète certaines choses, puisqu'il ne pouvait pas le faire lui-même, mais qu'Hinata lui procure une garde-robe, aussi petite soit-elle, le ramenait en arrière et lui faisait regretter de ne pouvoir le faire lui-même.

- Tu sais, si tu l'avais dit, je serais allé les acheter moi-même, lâcha-t-il. L'argent que Jiraiya reçoit lorsqu'on est adopté, il en met une partie à la banque pour nous, confia Naruto devant son regard surpris. Être loué ou adopté est comme un travail et on est ses employés.

- Je dois avouer que je n'avais pas pensé à ça.

- Et en dix ans, j'ai tout de même amassé de quoi vivre confortablement.

- Alors… Pourquoi rester à l'agence ?

- Parce que c'est plus facile pour une personne qui n'a même pas fait son secondaire. Trouver un travail serait difficile sans diplôme.

- Mais si tu demandes ton argent à Jiraiya, ne va-t-il pas être mécontent que tu m'aies tout révélé ?

- Ne t'inquiète pas. Je ne suis pas le premier à se faire prendre. Vraiment pas.

- Si tu le dis. Je ne voudrais pas te causer des problèmes.

- Tant qu'on ne le cri pas sur les toits, ça va.

Passant ses mains sur son ventre pour lisser un pli invisible, Naruto se dit qu'il était temps de finir son histoire. Son dernier repas remontait à quelques heures, alors ça devrait aller.

- Et si je te racontais ce qui m'a permis de prendre la fuite ?

L'expression de la jeune femme s'assombrit, devenant sérieux, et il pouvait lire dans son regard de la tristesse. Elle acquiesça et alla chercher son dictaphone dans sa chambre. Cette fois-ci, Naruto prit place sur le canapé et regardant le ciel bleu au-travers de la baie-vitrée donnant sur le balcon. Quand elle revint dans le salon, Hinata prit place à ses côtés, mais il garda les yeux rivés sur le paysage urbain. Il attendit un peu avant d'ouvrir la bouche et il ne reprit son histoire, qu'une fois qu'il entendit le clic de la machine.

- Je venais à peine de fêter mes dix-sept ans, lorsque je fus une nouvelle fois envoyé avec une des filles, Shiho. Elle avait seize ou quinze ans, je me souviens plus. À la base, elle s'était faite kidnappée par un type et revendue plusieurs fois, avant que Hidan ne la recueille dans son réseau. Elle était « clean » à son arrivée et elle semblait brillante, mais tout ce qu'elle avait vécu avant d'atterrir avec nous, l'avait complètement démolie mentalement. Le soir où je me suis enfui, on avait un « contrat » avec un de ses clients réguliers qui avait entendu parler du « forfait » deux pour un et qui voulait essayer quelque chose de nouveau à trois. Tout de suite, je n'ai pas aimé ce type. J'ai compris, lorsqu'il a sorti un sachet de cocaïne, que c'était lui qui l'avait initié à la drogue et qu'il lui en faisait prendre à chaque fois qu'il l'engageait. Et au fond, je crois que si elle a commencé, c'est que ça l'aidait à se… dissociée de tout ça. À mieux… accepter ce qu'on lui demandait de faire. Quand je revendais pour Hidan, il m'avait toujours dit qu'il ne fallait pas consommer ce qu'on vendait, car ça pouvait être dangereux, si on en venait à consommer la marchandise qu'on devait vendre. Alors je n'ai jamais essayé dans prendre, ni à treize ni à dix-sept ans, même si j'en avais souvent envie pour oublier ce que je vivais. Toutes les filles travaillant pour Hidan en prenaient pour cette raison, mais je voyais aussi comment ça les détruisait à petit feu.

Naruto s'arrêta un instant, une boule dans la gorge qui rendait sa respiration plus difficile, à cause de ce souvenir. Mais la conversation d'Hinata avec sa sœur lorsqu'il étaient allés au parc lui revenait. Utiliser le métier d'Hinata comme thérapie pourrait l'aider à combattre ses vieux fantômes qui l'avait hanté ces dix dernières années.

- Alors ce fameux soir, quand son client m'en a proposé, j'ai refusé. Ce qui m'a probablement sauvé la vie.

- Comment ça ? s'inquiéta Hinata.

- Je ne saurais vraiment dire si c'était une overdose ou de la coke de mauvaise qualité, mais… Ce gars nous avait demandé de… Enfin, tu vois, il voulait qu'on lui fasse un petit show. Au bout d'un moment, j'ai remarqué que Shiho ne réagissait plus et qu'elle était complètement molle sous moi. Lorsque j'ai regardé vers ce type, il… il était avachi dans son fauteuil, le regard vide. J'ai… J'ai complètement paniqué. Je me suis empressé de me rhabiller et quand je suis sorti de la maison, Hidan m'a arrêté pour savoir ce qu'il se passait. Une fois que je lui ai tout raconté, il est entré pour voir par lui-même, puis il m'a ordonné de l'aider à couvrir nos traces. Il m'a fait déplacer le corps de Shiho pour la placer sur son client, que Hidan avait pris le temps de dévêtir, donnant l'image qu'ils ont fait une overdose en pleine action. Sur le coup, j'étais si choqué par ce qu'il venait d'arriver, que j'ai seulement fait ce qu'il me demandait de faire. Jusqu'à ce que je le voit faire les poches du client pour prendre ce qu'il devait pour cette soirée. J'ai eu un déclic devant sa froideur à ce moment-là. Malgré toutes les menaces qu'il me sortait pour me garder sous son contrôle, si je venais à mourir durant un contrat comme Shiho, ça ne lui ferait ni chaud ni froid. Alors sans réfléchir, je suis sorti en courant. Il me hurla après, mais je ne l'écoutais pas. Je voulais juste mettre le plus de distance entre lui et moi. J'ai traversé des jardins pour l'empêcher de me suivre avec sa voiture. Et j'ai fini au milieu d'une forêt, à bout de souffle et clairement sur le point de craquer. Je me suis laissé tomber au pied d'un arbre et j'ai commencé à souhaiter mourir. C'est là que la sorcière est arrivée, me découvrant au bord de l'hypothermie, et qu'elle m'a proposé cette seconde chance. Vu la vie que j'avais eu jusque-là, je ne voyais pas comment ça pourrait être pire, alors j'ai tout de suite accepté. Jiraiya… Jiraiya nous élève un peu comme ses enfants et si certains détestent ça, moi… Moi j'avais l'impression de pouvoir revivre une enfance qu'on m'avait volée, termina-t-il en tournant finalement la tête vers Hinata.

Il la découvrit avec les joues humides de larmes, qu'elle n'avait pas réussi à contenir. Elle arrêta l'enregistrement et s'essuya rapidement les yeux. À ce moment-là, Naruto eut l'impression qu'une partie du poids de son passé s'était envolée. Il aurait probablement besoin de voir un vrai psychologue pour réussir à se soulager complètement, mais tout raconter à Hinata lui avait fait beaucoup plus de bien, que lorsqu'il en avait parlé à Jiraiya et à la sorcière. Ou peut-être était-ce aussi dû aux années qui avait passé.

- J'ai encore un peu de mal à réaliser qu'un enfant puisse vivre tout ça, confia Hinata. Endurer tout ça ! Je crois que c'est quelque chose dont on n'entend pas assez souvent parler et que la population ne réalise pas l'ampleur.

- Peut-être que ton livre ouvrira les yeux aux gens. Peut-être que les médias feront plus de recherches sur ce problème.

- Je l'espère.

Hinata prit une grande respiration pour se calmer, puis elle se leva d'un bond sous les yeux surpris de Naruto.

- Je crois qu'après tout ça, on a tous les deux besoins d'une bonne dose de rire, déclara-t-elle.

Naruto l'observa se diriger vers le meuble de la télévision et fouiller dans son rack à DVD. Elle en mit un dans le lecteur, puis elle revint s'asseoir sur le canapé. Le film « Basket Spatial » commença sur la télévision et ils l'écoutèrent sans parler. Une fois le film terminé, Naruto se leva pour aller préparer le dîner et ils reprirent place sur le canapé pour le déguster devant « Planète 51 ». Lorsqu'il découvrit Hinata endormit à côté de lui, Naruto comprit qu'elle avait dû travailler sur son roman la veille, alors qu'il s'était endormi sur le canapé. Dans une posture qui l'avait laissé ankyloser. Il dormait clairement mieux lorsqu'il était sous sa forme de renard. Il se roulait en boule, le museau sur ses pattes avant et la queue posée dessus. Il n'avait pas dormi sous sa forme humaine, depuis qu'il avait rejoint « Animal Lover », soit dix ans. Et même avant, on ne peut pas dire que c'était dans le confort vu son milieu de vie.

Naruto éteignit donc la télévision, puis il prit la jeune femme dans ses bras pour aller la coucher dans son lit. Il la glissa doucement sous les draps, puis il s'accroupit un instant pour la regarder dormir. S'il avait eu le coup de foudre pour Hinata à la minute où elle avait franchi la porte de l'agence, depuis qu'il vivait chez elle, il avait le temps de tomber complètement amoureux d'elle. Lui raconter son passé avait été à la fois difficile et une source de soulagement. Malheureusement, il craignait qu'elle éprouve plus de dégoût ou de pitié pour lui. Il aurait préféré qu'elle ne le sache jamais, pour pouvoir se montrer sous son meilleur jour. Il ne voulait pas qu'elle le voit comme le prostitué qu'il avait été contraint d'être durant son adolescence, mais comme l'homme qu'il était devenu depuis, malgré la forme de renard qu'il avait dû maintenir ces dix dernières années.

Il tendit la main vers son visage et laissa le bout de ses doigts glisser sur la joue d'Hinata, replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille. Avant de faire une bêtise, par exemple l'embrasser, Naruto s'empressa de retourner dans le salon. Sauf qu'il n'avait pas sommeil. Il resta un moment assis sur le canapé à observer ce qui l'entourait. Ses yeux tombèrent d'abord sur les sacs contenant ce qu'Hinata lui avait acheté. Il les vida et posa leur contenu sur la table basse. Il allait devoir trouver un endroit pour les ranger hors de la vue de ses visiteurs, car pour son entourage, il était un renard domestique. C'était la première fois en dix ans qu'il remettait en doute son choix de rester à l'agence. Il avait été loué si souvent, qu'il avait assez pour subvenir à ses besoins pour quelques mois. Sauf que pour travailler, il devait donner son numéro d'assurance sociale et il ne le connaissait pas. Il ignorait comment le retrouver et il avait peur d'avoir des problèmes judiciaires à cause de sa fugue et de tout ce qu'il avait dû faire par la suite. Sans compter que légalement, il avait disparu de la circulation ces quinze dernières années. Qui sait ce que le gouvernement et la police voudraient faire de lui, s'il revenait soudainement à la surface.

Pour arrêter de penser à son avenir compliqué, Naruto finit par aller prendre le premier livre d'Hinata qui reposait dans la bibliothèque près de la télévision. Il n'avait pas osé le lire depuis qu'elle avait découvert la vérité, mais depuis qu'il avait entendu sa conversation avec sa sœur, il devait avouer qu'il était curieux. Que lui avait fait subir son ex-mari ? De quelle façon l'avait-il violentée ? Quelle genre de séquelles en avait-elle gardé ? Elle lui avait dit que ce n'était pas cent pourcent fidèle à la réalité, mais le plus gros du livre suivait ce qu'elle avait vécu durant son mariage. Ce n'est qu'après une trentaine de pages, que « l'enfer » commençait.

Des remarques désobligeantes, humiliantes, devenant rapidement des attaques verbales, démolissant son estime personnelle. Agressions et abus de pouvoir pour la diminuer, pour qu'elle se sente comme une moins que rien. À ce niveau-là, Naruto se reconnaissait. Que ce soit avec sa famille d'accueil ou sous le joug d'Hidan. Mais le violences physiques, ce n'étaient pas tout à fait les mêmes que lui, surtout lorsque c'était en public. Dans son cas, Hidan s'en fichait qu'on le voit mettre une raclée à ses « choses », car c'est bien ce qu'on était pour lui. L'ex-mari d'Hinata devait sauver la face devant les autres. Aucun coup qui ne pouvait être dissimulé sous les vêtements. En public, il lui agrippait le coude ou le poignet avec force, lorsqu'il voulait la « réprimander ». À la maison, il lui arrachait souvent des cheveux en les attrapant pour l'obliger à regarder quelque chose ou à faire certaines choses. Surtout lorsqu'il voulait du sexe.

Chaque pensée du personnage durant ces moments, venaient tordre le ventre de Naruto. Elle qui aimait cuisiner avant son mariage, y voyait maintenant une corvée dégradante. Dès le divorce prononcé, elle était allée se faire couper les cheveux, ne pouvant plus les supporter plus bas que les épaules. Tous ces moments où elle crut ou qu'elle avait espéré mourir, tant elle souffrait physiquement. Naruto connaissait très bien ce sentiment. Il avait vécu ça pendant quatre longues années avec sa famille d'accueil, puis quatre autres avec Hidan. Ou plutôt, avec les clients qu'il l'obligeait à satisfaire. Avant qu'il ne le réalise, Naruto passa au-travers du livre durant la nuit, ou presque, et ne s'endormit qu'au lever du soleil.