Hinata (Partie 3)

Naruto se réveilla quelques heures plus tard, allongé tout croche sur le canapé, le livre ouvert sur son torse. Une odeur de café flottait dans l'appartement et le son des doigts qui se promènent rapidement sur le clavier, lui parvenaient depuis la cuisine. Avec un peu de mal, il ouvrit les yeux en s'étirant de tout son long. Le livre glissa et tomba au sol, le faisant sursauter lui, mais aussi Hinata. Il se pencha pour le ramasser, s'excusant d'une voix enrouée et endormi. Il posa le livre au sommet de la pile de vêtements, qui attendait encore sur la table basse, puis il se dirigea vers la salle de bain, les yeux encore à moitié collés de sommeil. Une fois sa vessie vidée et le visage lavé pour se réveiller, Naruto se dirigea vers la cuisine pour se prendre une tasse de café. Lorsque son regard tomba sur le cadran du micro-onde, il s'étouffa avec sa gorgée.

- Quatorze heures ? grogna-t-il en se raclant la gorge. Je ne me souviens pas de la dernière fois où je me suis levé passer dix heures.

- Vu tout ce que tu as lu cette nuit, tu dois t'être endormi peu de temps avant que je me lève.

- Je crois que le soleil s'était déjà levé, acquiesça Naruto.

La dernière fois qu'il s'était couché avec le lever du soleil, c'est lorsqu'il était encore prisonnier d'Hidan. La curiosité l'avait poussé à lire jusqu'à ce que ses yeux se ferment tout seul et qu'il s'endorme sans s'en rendre compte.

- J'espère que… ça ne te dérange pas que j'aie commencé à lire ton premier roman.

- Toute ma famille l'a lu pour savoir exactement ce que j'avais vécu, donc ça va, déclara-t-elle sans détourner les yeux de son écran. Surtout après que tu m'ais raconté ton histoire, ce serait hypocrite de t'en vouloir, ajouta-t-elle en se tournant vers lui.

Soulagé, Naruto vint s'asseoir en face d'elle, observa l'ordinateur sans oser lui poser des questions sur l'avancement de son histoire. À la vitesse qu'allaient ses doigts, elle semblait inspirée.

- Je viens de commencer le passage avec ta famille d'accueil, lâcha-t-elle au bout d'un moment, sans quitter son écran des yeux.

Sans ouvrir la bouche, Naruto se contenta de hocher la tête. Autant il était curieux de connaître l'avancement de l'écriture, autant il n'avait pas envie de connaître la scène qu'elle décrivait. Pour lui, c'était juste de mauvais souvenirs qu'il voulait oublier. Il ressentait un moins grand poids sur son cœur depuis qu'il lui avait tout raconté, mais le travail n'était clairement pas terminé pour autant. Est-ce que le lire le produit fini provoquerait une rechute ou, au contraire, se sentirait-il soulagé ? Là était la question.

- Hier, j'ai réalisé qu'il faudrait trouver un endroit où ranger ce que tu m'as acheté, avant que quelqu'un ne te rende visite, lâcha Naruto pour changer de sujet.

Hinata tourna la tête vers la table basse en se mordant les lèvres. Elle n'y avait clairement pas réfléchi avant d'aller faire ses achats.

- Je vais aller te libérer un tiroir de ma commode et les souliers… tu pourras les laisser dans mon placard. Il n'y aucune raison pour que quelqu'un aille fouiller dans ma chambre.

Elle se leva et rejoignit sa chambre, pendant qu'il allait récupérer toutes ses nouvelles affaires. Elle tenta de transférer le contenu du tiroir qu'elle lui cédait dans celui juste au-dessus. Naruto évita de trop regarder, puisque le tiroir du haut semblait contenir sa lingerie. Si ses chemises de nuit semblèrent entrer, ce ne fut pas le cas des pyjamas, qu'elle se résigna avec ses pulls, qui reposaient sur les tablettes de la commode en attendant le retour des températures plus froides de l'automne et de l'hiver.

- J'aurais peut-être dû penser à ce détail, quand j'étais au magasin, soupira-t-elle. Surtout que je me suis endormie sur le divan.

Naruto remarqua, qu'en disant cette dernière phrase, les joues de la jeune femme s'étaient mises à rougir. Était-elle gênée qu'il l'ait transporté jusqu'à son lit ? Probablement, se dit-il. Maintenant qu'il y réfléchissait, il réalisait un peu plus la situation. Même s'il n'y avait eu aucune arrière-pensée, sauf celle de l'embrasser après l'avoir observé dormir, il y avait tout de même une certaine intimité au fait de se retrouver dans les bras de quelqu'un.

- Bon, moi, je vais me faire quelque chose à manger, lâcha-t-il. Est-ce que tu as dîné ?

- J'ai mangé un truc rapide à midi.

Rapide ? se répéta Naruto. Ça ne voulait sûrement pas dire très nourrissant, mais il ne fit aucun commentaire et il plaça rapidement ses vêtements dans le tiroir et ses souliers dans le placard avant de rejoindre la cuisine. Hinata était retournée à son ordinateur et elle ne lui accorda plus aucune attention, concentrée sur son écran. Une fois son déjeuner terminé, il le mangea tout en préparant un petit quelque chose pour elle. Il avait proposé de s'occuper des tâches ménagères pour lui permettre de se concentrer sur son roman et lui, il passait une nuit blanche à lire et passait tout droit pour deux repas. Pas un, deux ! Il avait honte. Il savait qu'elle ne lui en voulait pas, mais lui il s'en voulait. Il vivait gratuitement chez elle et elle lui avait même acheté des vêtements, il ne pouvait pas la laisser tomber comme ça. Une fois ses deux crêpes terminées, il les mit dans une assiette et la posa près d'Hinata, qui releva la tête vers lui.

- Je me suis dit que « truc rapide » ne devait pas t'avoir rassasié, alors je t'ai préparé quelque chose pendant que je mangeais les miennes.

Il n'avait même pas encore terminé son assiette en fait.

- Tu veux de la confiture ou de la tartinade au chocolat ? demanda-t-il.

- La tartinade.

Il lui apporta rapidement le pot et il prit à nouveau place devant elle pour terminer son déjeuner tardif. Hinata mangea lentement tout en reprenant son histoire où elle l'avait laissée. Naruto eut le temps de finir de manger, laver la vaisselle qu'il n'avait pas fait la veille et celles salies ce matin, nettoyer la cuisine et le salon, avant que la jeune femme ne lâche son ordinateur. Il était de nouveau assis sur le canapé, poursuivant sa lecture, après avoir retrouvé la bonne page, lorsqu'elle le rejoignit en s'étirant.

- Je dois aller faire l'épicerie, annonça-t-elle. Tu peux m'accompagner ?

- Comme ça ? demanda-t-il se montrant.

- Je vais avoir besoin de bras cette fois-ci.

Comprenant le message, il se leva et alla récupérer le souliers et la casquette dans la chambre. Ayant dormi avec ce qu'il avait essayé la veille, il n'avait pas trop besoin de se changer. Par contre, il remarqua que le panier à linge d'Hinata commençait à être plein. Il faudrait qu'il lance une brassée en revenant, mais il attendit avant d'en toucher un mot à la jeune femme. Ça lui fit bizarre de sortir sous cette forme. Ça faisait si longtemps qu'il vivait soixante-quinze pourcent du temps sous sa forme de renard, qu'il était étrange de ne pas y être retourné pendant presque vingt-quatre heures. Étonnement, sa forme animale ne l'avait pas trop appelé ces dernières heures, ce qui ne saurait tarder. Avant la fin de la journée, il demanderait à Hinata d'aller faire une promenade au parc et il chasserait un ou deux écureuils pour faire plaisir à son renard.

Assis du côté passager, Naruto ne put s'empêcher de regarder autour de lui durant tout le trajet. L'avant d'une voiture n'était pas approprié pour animal et tout paraissait moins grand lorsqu'il était un homme. Un petit ricanement à sa gauche lui fit tourner la tête vers Hinata, lui faisant réaliser son comportement enfantin.

- Désolé, je me comporte comme un gamin de cinq ans.

- Ça va. Tu ne dois plus avoir l'habitude de monter en voiture, sauf lorsque tu te fais adopter.

- Ouai. J'ai presque trente ans et je n'ai toujours pas mon permis. C'est presque triste.

- Je ne suis allée chercher le mien qu'il y a deux ans, après mon divorce. Toneri ne voulait pas prendre le risque que je m'enfuis pendant son absence. Même si je n'ai eu qu'à appeler mon cousin, pour qu'il vienne me chercher.

- Je ne suis pas encore rendu là dans ma lecture, avoua Naruto.

- Faire l'épicerie aussi, ça va être nouveau pour toi, lâcha Hinata en lui jetant un rapide coup d'œil.

- En homme ? Oui. Hidan ne m'emmenait jamais. Je crois même qu'il payait quelqu'un pour le faire à sa place pour ne pas attirer l'attention. Mais c'est arrivé quelque fois qu'on m'emmène sous ma forme de renard, comme tu l'as fait les premières fois.

Ils arrivèrent quelques minutes après à l'épicerie du coin. Naruto avait beaucoup de mal à se contenir, tant il était excité comme une puce de faire l'épicerie pour la première fois de sa vie. Bon, en théorie, c'est Hinata qui allait tout choisir, mais ça ne l'empêchait pas d'avoir envie de tout prendre pour tout goûter. Mais il avait vingt-sept ans, il ne pouvait pas agir comme un gamin de huit ans, sans gêner Hinata qu'il accompagnait.

- Est-ce qu'il y a quelque chose que tu aimerais manger en particulier ? lui demanda-t-elle, comme si elle lisait dans ses pensées.

Comme si elle avait prononcé une formule magique, Naruto s'approcha de chaque étalage et y sélectionna quelque chose. Plusieurs sortes de fruits et de légumes, de viandes, d'épices, de fromages et de produits laitier, réfléchissant déjà ce qu'il allait cuisiner avec. C'est seulement au moment de prendre ce qu'il considérait comme des friandises, qu'il demandait la permission à Hinata. Crème glacée, gâteau, etc. Bien sûr, elle lui fit choisir un seul dans chaque, proposant d'acheter le ou les autres, les semaines suivantes.

- Ça fonctionne comment pour l'épicerie à l'agence ? demanda Hinata, une fois qu'ils furent de retour dans la voiture.

- Jiraiya paye quelqu'un. Il prend un peu de tout, mais pour ce qui est des trucs sucrés… Il ne prend pas de risque, d'un coup qu'il y ait des diabétiques. Seuls ceux qui font de l'hypoglycémie ont le droit d'en manger. Ça évite aussi qu'on prenne trop de poids, alors qu'on ne peut pas trop faire de sport sous nos formes humaines. À part trois tapis roulants, on n'a aucune machine pour faire de la musculation. Au bout d'un moment, les push-up et les redressements assis, on en a tous un peu marre, alors il nous fait manger sainement.

- Je vois. J'ai le réflexe de prendre des repas congelés pour cuisiner le moins souvent possible. Et jamais rien de compliqué, quand je le fais.

Naruto resta un instant silencieux, repensant à certaines scènes de son roman.

- Est-ce qu'il jetait vraiment son assiette au mur, lorsqu'il n'était pas satisfait ?

- Oui. Enfin, quand j'arrivais à l'éviter. Souvent, plutôt que de lancer l'assiette, il se contentait de me jeter son contenu au visage. J'ai eu quelques brûlures au visage, au cou, aux bras et aux épaules. Par contre, lorsque j'évitais, il enrageait et… il me faisait mal d'une autre façon.

Il n'était pas certains de savoir ce qu'elle entendait par « une autre façon », mais d'un autre côté, il n'avais pas réellement envie de le découvrir.

- C'est l'une des modifications que tu as apporté à ton histoire ?

- Je l'ai modifié, lorsque j'ai ajouté quelque chose de plus… horrible, plus tard dans l'histoire. Je cherchais quelque chose de plus marquant pour pousser l'héroïne à s'enfuir. Mais il n'est pas allé jusque-là, heureusement.

Naruto avait soudainement hâte de reprendre sa lecture pour découvrir ce qu'elle avait imaginé de si horrible, bien que d'un autre côté, une part de lui n'avait, au contraire, aucune envie de le savoir, puisqu'il imaginerait trop bien la scène. Ce qui serait difficile à tous les coups. Naruto changea de sujet pour détendre l'atmosphère qui devenait lourde et lui expliqua ce qu'il avait en tête pour le souper. Au moment de tout monter à l'appartement, Naruto comprit mieux ce qu'Hinata avait voulu dire par « plus de bras ». Si elle avait été seule, elle aurait eu besoin de deux, voire trois voyages, pour tout monter. Avec lui, qui arrivait à porter deux sacs à chaque main, ils n'eurent pas besoin de redescendre. Mais d'un autre côté, il y aurait peut-être eu moins de sac, s'il ne l'avait pas accompagné.

Pendant qu'elle rangeait les courses, Naruto commença à préparer le repas. Couper les légumes, puis la viande, assaisonner chaque poêle. Malgré son passé et « l'exploitage » qu'il avait subi, il aimait bien cuisiner. Peut-être était-ce dû aux années à l'agence. Tout le monde aimait ce qu'il préparait là-bas, ce qui lui permettait de prendre confiance et de recommencer. À quelques reprises, il avait fait des expériences culinaires qui, honnêtement, n'étaient pas très mangeables, mais personne ne le critiquait méchamment. Au contraire, ça devenait des souvenirs comiques, que les autres lui ressortaient pour le taquiner. Alors, pour le coup, cuisiner pour Hinata était un véritable plaisir.

En attendant qu'il termine, elle était retournée à son ordinateur. Ses doigts volaient de nouveau sur le clavier, emplissant l'appartement de clics répétitifs avec le son de crépitement de la viande et des légumes sur le four.

La soirée ne fut pas très différente de la veille. Ils regardèrent un film, puis Hinata alla prendre une douche avant d'aller se coucher. N'ayant pas fait le lavage et n'ayant pas de pyjama pour dormir, Naruto décida de reprendre sa forme de renard pour la nuit. Plus de vingt-quatre heures étaient passées et son besoin animal ne s'était toujours pas manifesté à sa grande surprise. Par contre, ça faisait deux nuits qu'il dormait sur le canapé et ses muscles commençaient à en souffrir, alors il serait mieux roulé en boule dans son panier.

À son réveil, il percevait des bruits dans l'appartement, assez loin pour qu'il comprenne que c'était Hinata qui se levait et se changeait. Naruto prit donc le temps de s'étirer comme un chat, remuant un peu la queue et la tête pour dégourdir ses muscles. L'envie de courir après des écureuils commençait à se faire sentir. Peut-être était-ce seulement dû au fait d'avoir passé la nuit sous cette forme, mais il n'était pas surpris que cette envie soit revenue. Quand Hinata arriva dans le salon, elle s'arrêta et le regarda avec surprise.

- Ah oui, lâcha-t-elle. On n'a finalement pas fait de promenade hier. Je passe à la toilette et on prendre notre déjeuner à l'extérieur.

Pour montrer son accord, Naruto se mit à remuer la queue et il se dirigea vers l'entrée. Il attendit patiemment qu'elle enfile ses souliers, puis se laissa faire pendant qu'elle passait le harnais par sa tête et ses pattes avant. Elle attacha la laisse et récupéra sa bourse avant de sortir. Ils prirent la direction d'un café à quelques mètres du parc où elle l'emmenait toujours. Les animaux étant interdit à l'intérieur, elle l'attacha à un poteau et se pencha vers lui.

- Je te prend un baguel ?

Naruto poussa deux petits glapissements pour lui faire comprendre qu'il en voulait deux. Il avait vraiment faim et un seul ne serait pas suffisamment.

- Deux ? fit-elle, incertaine.

Pour confirmer, il remua la queue en se léchant les babines.

- D'accord, deux, acquiesça-t-elle en riant.

Sur ce, elle entra dans le café. Naruto posa son derrière près du poteau et attendit en observant les alentours. Quelques passants passèrent devant lui, l'observant avec curiosité. Ce n'était pas tous les jours qu'on voyait un renard en laisse et encore moins attaché à un poteau devant un café. Quand un enfant s'arrêtait, il se redressait sur ses pattes et remuait la queue comme un chien, heureux de faire rire l'enfant. Bien entendu, le parent refusait qu'il l'approche, surtout qu'Hinata n'était pas près de lui.

Hinata resta environ quinze minutes à l'intérieur et elle surveilla Naruto pendant qu'elle attendait sa commande. Le voyant s'exciter devant un enfant pour le faire rire, elle eut le sentiment qu'il faisait ça parce qu'il n'avait pas eu d'enfance. Après presque dix ans comme « esclave » de quelqu'un, puis dix autres sous la forme d'animal, il était devenu un adulte sans avoir la chance de vivre une enfance ou une adolescence. En fait, même le début de sa vie d'adulte, où les gens sortent pour faire la fête, entreprendre des études ou se lancer sur le marché du travail, il l'avait vécu comme un animal domestique. L'idée de le garder près d'elle après avoir terminé l'écriture de son roman, pour lui permettre de vivre un peu en tant qu'homme, lui paraissait de plus en plus « nécessaire ». Elle devait avouer que sa présence la rassurait, le fait qu'il cuisine lui permettait de se concentrer sur son roman tout en mangeant plus sainement. On pouvait dire, qu'il y gagnait tous les deux.

Lorsqu'elle sortit du café, elle vit un enfant et sa mère qui attendait à proximité de Naruto et Hinata sut tout de suite que c'était après elle qu'ils attendaient pour avoir la permission de flatter le renard. Dès qu'elle l'eut détaché, elle se tourna vers le petit garçon et lui demanda s'il voulait le toucher. La mère lui offrit un sourire, alors que son fils courait pour venir s'accroupir devant Naruto. Il se laissa faire en poussant des petits ricanement qui réjouirent l'enfant. Une fois qu'ils partirent, Hinata prit la direction du parc et ils se posèrent sur un banc pour déguster leur déjeuner. Elle posa un premier baguel au jambon cru devant Naruto, qui le dévora en vitesse, pendant qu'elle dégustait son BLT tranquillement. Elle n'avait pas terminé le sien, qu'il lui réclamait déjà l'autre partie de son repas. Une fois terminée, elle lui retira la laisse pour qu'il puisse aller courir un peu, pendant qu'elle sirotait son café. Son téléphone se mit à sonner dans sa bourse et elle s'empressa de le sortir. Son éditrice.

- Bonjour Kurenai.

- Hinata. J'espère que je ne te réveille.

- Non, je suis au parc avec mon renard. Le pauvre est resté enfermé presque toute la journée hier, pendant que je travaillais.

- Cette histoire avance ? demanda Kurenai avec enthousiasme.

- Je suis dans l'élément déclencheur. Je vais bientôt commencer les péripéties.

- Est-ce que je pourrais avoir un aperçu ? Comme ton plan ou un résumé. Je pourrais commencer à regarder pour la couverture et la publicité à faire autour.

- Hum… Oui, je t'enverrai le plan et le résumé général en rentrant.

- Parfait ! Et j'appelais aussi, parce qu'un producteur m'a contacté.

- Un producteur ?

- Oui. Il voudrait faire un film sur ton premier roman. Il aimerait en discuter avec toi.

Un film ? Sur son premier roman ? L'idée que son mariage soit transposé à l'écran… Ce n'était pas comme de le publier sur papier. Lire un livre et regarder un film, c'était différent. Plus de gens allaient voir un film, donc plus de chance que Toneri découvre cette histoire.

- Euh… Je ne sais pas. Un film ? Voir mon histoire à l'écran… Je ne sais pas si j'en serais capable.

- Hinata, soupira Kurenai. C'est une offre unique. Et tu ne serais pas obligé d'aller le voir.

Cette annonça troubla Hinata et pas dans le bon sens du terme. Elle avait envie de vomir, juste à l'idée qu'on adapte son histoire au cinéma. Ce n'était pas la première fois qu'un film sur le sujet sortirait, mais c'était son histoire à elle. Ce qu'elle avait enduré pendant deux ans. Les romans lui avaient servi de thérapie, alors que le film ne lui apporterait rien en dehors de l'argent et ça, c'était bien la dernière de ses préoccupations.

- Je vais y réfléchir et je t'envoies mon plan et le résumer de mon prochain roman, déclara-t-elle d'une voix absente.

Avant même que son éditrice ait le temps d'ajouter quoique ce soit, elle raccrocha. Naruto dut sentir son malaise, puisqu'il l'avait rejoint et il la regardait avec compassion.

- Tu te sens prêt à rentrer ? demanda-t-elle en forçant un sourire.

Pour seule réponse, il se pencha pour lui montrer son dos, où elle attacha la laisse, puis il descendit du banc. Une fois rentrée à l'appartement, il se dirigea vers la chambre pour se transformer et s'habiller. Il revint dans le jean noir et le t-shirt bleu avec le logo de Superman, le panier à linge dans les mains. Sans lui poser de question sur le coup de téléphone qu'elle avait reçu au parc, il commença une brassée de lavage. De toute façon, il y avait de grandes chances qu'il ait tout entendu de la conversation, grâce à son ouïe de renard. Pendant qu'il remplissait la laveuse, Hinata ouvrit son ordinateur et envoya à Kurenai ce qu'elle lui avait demandé. N'ayant plus le moral de travailler sur son roman, elle se contenta d'aller s'asseoir sur le canapé et de zapper jusqu'à ce qu'elle tombe sur une émission intéressante. Pendant que le linge se faisait laver, elle entendit Naruto s'activer dans la salle de bain et elle devina qu'il était en train d'y faire le ménage. Il avait dû sentir qu'elle avait besoin d'être un peu seule, alors il s'occupait ailleurs dans l'appartement. Du moins, jusqu'à ce qu'elle reçoive un autre coup de fil, mais de son cousin cette fois.

- Salut Neji. Comment vas-tu ?

- Dégoûté, soupira-t-il.

- Ton patron a donné la promotion à quelqu'un d'autre, devina-t-elle.

C'était la seconde fois que ça lui arrivait, depuis qu'il travaillait pour cette compagnie et c'était vraiment dommage pour lui.

- Autant la dernière fois, le gars avait plus d'expérience que moi, je pouvais comprendre. Mais là… Il est plus jeune, il n'ait sorti de l'école de commerce qu'il y a deux ans et il a déjà une promotion. Je ne comprends juste pas pourquoi mon patron lui a offert le poste à ma place, alors que je suis là depuis cinq ans et que j'ai toujours d'excellent résultat.

- Peut-être qu'il te voit pour un autre poste qui n'est pas encore vacant. Il doit y en avoir d'autres qui vont prendre leur retraite durant les prochains mois.

- Il est vrai que le vice-président doit prendre sa retraite l'an prochain, acquiesça lentement Neji.

- Tu vois ? C'est clairement mieux que simple chef d'équipe pour tes compétences.

- Vu sous cet angle. Au fait, Hanabi m'a dit que tu avais adopté un renard ?

Le changement de sujet la prit un peu de court. Pas qu'elle soit étonnée que sa jeune sœur en ait parlé à leur cousin, c'était même prévisible. Mais elle ne s'attendait pas à cet enchaînement soudain vers un sujet sans rapport au précédent.

- Oui, je recherchais l'inspiration et je suis tombée sur l'annonce d'une agence de location d'animaux. Puisque je me sens seule, je me suis dit que je ne perdais rien essayer.

- Et l'inspiration est revenu ? Je ne vois pas quel genre d'histoire tu peux écrire avec un renard.

- Au début, je me suis dit que je pourrais écrire un conte pour enfants, mais ça ne marchait pas, alors…

Hinata s'arrêta dans sa phrase, ignorant comment expliquer où elle avait trouvé l'inspiration. En relevant les yeux, elle vit Naruto à quelques pas d'elle avec une feuille sur laquelle il y avait écrit « blog ». Elle plissa les yeux et tenta de comprendre le message qu'il voulait lui faire passer, mais Neji la ramena à leur conversation.

- Alors quoi ?

Naruto mima l'action de taper à l'ordinateur, puis lui montra une nouvelle fois sa feuille.

- Alors je suis allée sur un blog et j'ai… recherché un témoignage que je pourrais exploiter pour mon prochain roman.

Le blond lui sourit en levant un pouce, signe qu'elle avait dit exactement ce qu'il tentait de lui faire comprendre.

- Vraiment ? s'étonna Neji.

- Oui. Quelqu'un a accepté de me parler de son passé… hum… dans la rue. Enfin, tu vas le découvrir dès que j'aurai terminé de l'écrire.

- Alors tant mieux, si tu as retrouvé l'inspiration.

Elle discuta encore un peu avec son cousin, puis elle accepta de souper avec lui. Il passerait chez elle en finissant de travailler et il s'arrêterait en chemin pour prendre du thaï. Ce qui voulait dire que Naruto allait devoir reprendre sa forme de renard pour la soirée.

- Ça va, répondit Naruto lorsqu'elle lui en fit part. J'ai passé plus de vingt-quatre heures ainsi hier. Mais laisse la télé ouverte pour moi.

Cette remarque fit rire Hinata.

- Est-ce que tu veux que je prépare quelque chose ? demanda-t-il.

- Non, il va arrêter en chemin nous prendre quelque chose. Et puis, il ne croirait jamais que c'est moi qui ai cuisiné.

Elle cuisinait si peu depuis son divorce, qu'il risquait même de se poser des questions en voyant son frigo et ses armoires aussi plein. Elle pourrait toujours dire que des amies à elle devait passer le lendemain soir pour manger. Ce serait crédible.

- Est-ce qu'il y a autre chose à nettoyer ? Plancher ? Fenêtres ?

- Je crois que ça peut attendre demain. Tu en as déjà fait beaucoup aujourd'hui.

Il se tourna un instant vers la salle de bain, puis ramena son regard sur elle.

- J'ai juste parti une brassée de linges et nettoyé la salle de bain.

- C'est tout de même le double de ce que je fais d'habitude en une journée, avoua Hinata avec un petit rire gêné.

- Bon ben… Une préférence pour le dîner ? demanda Naruto en jetant un coup d'œil à l'heure.

Pour toute réponse, elle haussa les épaules. Elle n'était jamais difficile quand c'était quelqu'un d'autre qui cuisinait. Sauf si le niveau d'épice était trop élevé, mais c'était plutôt sa langue et son estomac qui n'arrivait pas à le supporter. Sa conversation avec Neji lui ayant fait oublier celle avec Kurenai, Hinata se remit à son roman pendant que Naruto préparait le repas. Ce qui était bien avec lui qui cuisinait tous les jours, c'est que son appartement sentait toujours bon la nourriture. Et vu certaines choses qu'il avait pris la veille, il y avait des chances qu'il prépare aussi des pâtisseries. Là, ce serait comme travailler avec un parfum de paradis autour d'elle.

L'après-midi fut assez tranquille. Pendant qu'elle travaillait, commençant la partie où Hidan l'utilisait comme « passeur » de drogue, Naruto avait repris la lecture de son premier roman. Il ne lui en restait plus beaucoup à lire. Peut-être le quart, supposa Hinata. Au moment où on frappa à la porte, il s'enfuit vers la chambre, y abandonnant vêtements et livre, pendant qu'elle allait ouvrir à Neji.

- Comment ça va ? s'enquit ce dernier en lui offrant un câlin.

- Bien. Et toi ? Tu te remets de ta déception ?

- Je commence à me faire à l'idée.

En parlant, elle le vit pencher la tête et en se retournant, elle vit Naruto qui les avait rejoints, remuant doucement la queue en les observant.

- Wow. T'as vraiment adopté un renard.

- T'avais des doutes ?

- Je ne croyais juste pas que c'était possible. À la base, les renards sont sauvages.

- C'est vrai, mais lorsqu'ils ne sont plus capables de vivre seuls dans la nature, ce n'est pas illégale d'en adopter un.

- Je vois. Allo, toi, sourit Neji en s'accroupissant et tendant la main vers le renard.

Naruto vint la renifler et plutôt que d'y donner un coup de langue, comme avec les enfants, il pressa sa tête contre ses doigts pour recevoir des caresses. En sachant la vérité sur les animaux de l'agence, Hinata réalisait à quel point c'était étrange de le voir agir ainsi, alors qu'à peine cinq minutes plut tôt, il lisait un livre sur le canapé. Elle se serait crue dans une autre dimension.

- Si j'étais toi, je tiendrais ce sac loin de lui, il est très glouton, prévint Hinata en remarquant le regard de Naruto.

Neji se redressa rapidement, provoquant une plainte du renard. Elle se dirigea donc vers le frigo, d'où elle sortit un peu de steak qu'elle posa dans une assiette avant de la placer près du comptoir pour qu'il puisse manger. Neji posa ses sacs sur la table en l'observant.

- Il semble très bien éduqué.

- Oui. Cette agence y consacre beaucoup de temps, surtout qu'il y a une option location.

- Location ? Ce n'est pas difficile pour eux d'y retourner ?

- Ils ont été dressés dans cette optique, alors je crois qu'il n'y a aucun problème.

Ils mangèrent un peu en discutant de choses et d'autres, jusqu'à ce qu'elle lui fasse part de la proposition de film qu'elle avait reçu.

- Un film ?

- Oui. Kurenai a insisté sur le fait que c'était une occasion unique, mais…

- Ce n'est pas comme si c'était de la fiction, comprit Neji.

- Juste l'idée de « revoir » ce que j'ai vécu, j'ai envie de…

- Je comprends. Si j'ai lu tes romans, c'était avant tout pour comprendre ce que tu avais vécu. Mais le voir sur grand écran ? Ce serait comme revenir deux ans en arrière et me reprocher de n'avoir rien vu, de ne pas avoir pu te protéger.

- T'as rien à te reprocher. Toneri était doué pour… jeter de la poudre aux yeux. C'est moi qui aurait dû parler plus tôt. Mais j'avais tellement peur que les choses empirent.

Un lourd silence se glissa entre eux et ne fut rompu, que lorsque Naruto clapit entre eux. Assis sur son derrière et sa queue se balançant sur le sol, il la regardait avec compassion. Pour éviter que Neji ne le trouve étrange, Hinata attrapa un dumpling qu'elle lui jeta et qu'il goba sans problème.

- Goinfre, lâcha-t-elle pour faire bonne figure.

- Ce n'est pas mauvais pour lui ?

- Il mange à peu près n'importe quoi. Sauf peut-être du sucre.

Le son que Naruto fit à ce commentaire, fit comprendre à Hinata qu'il avait justement envie d'avoir un dessert. Ça devrait attendre le départ de Neji. Tout comme elle devrait attendre pour le remercier d'avoir détourné leur attention de leurs sombres pensées. Il semblait toujours le sentir lorsqu'elle avait besoin qu'on lui change les idées, ce qui était agréable après deux ans de mariage infernales et quatre autres de solitude. Ça ne faisait qu'accroître son envie de le garder auprès d'elle. Et ça n'avait rien à voir avec cette attirance qui provoquait parfois des pensées déplacées lorsqu'elle prenait sa douche ou qu'elle allait dormir.

Elle n'avait pas encore commencé à écrire les scènes où Hidan obligeait Naruto à se prostituer, mais ce serait compliqué. Elle savait ce que ça faisait en tant que femme d'être forcée à faire des choses contre son gré, mais pour ce qui était d'un homme… Même d'un jeune garçon, elle n'y connaissait rien et il faudrait bientôt qu'elle recommence à poser des questions à Naruto pour ne pas tout décrire de travers. Revenant au présent, Hinata se leva et alla récupérer deux petits gâteaux dans le réfrigérateur et en tendit un à son cousin. Il valait mieux qu'elle se distrait au plus vite. Et quoi de mieux que de ramener de vieux souvenirs avec Neji ?

Oo0oO

Hinata eut le temps de réfléchir à la proposition de ce producteur durant la nuit et elle était sûre de sa réponse. Elle ne voulait pas voir un film sur son mariage, alors la première chose qu'elle fit en se levant, fut d'appeler son éditrice pour lui donner sa réponse. Kurenai tenta de lui faire changer d'idée, mais Hinata était catégorique. Elle ne voulait pas voir son roman adapté au cinéma, avec ou sans modification. Dès qu'elle avait commencé à chercher l'inspiration pour son troisième roman, elle avait enfermé son mariage dans une boîte et elle en avait terminé avec. Faire un film dessus serait, comme Neji l'avait dit, revenir en arrière pour elle et sa famille.

- Par contre, il insiste vraiment pour te rencontrer en personne. J'avais déjà avancé le point que ça ne t'intéressait pas, mais il veut vraiment, mais vraiment, t'expliquer son idée en personne.

- Je ne sais pas. C'est trop étrange.

- Je vais être avec toi. On va le rencontrer durant le Salon du livre dans un salon privé, proposa Kurenai. Sans stresse. Peut-être que si c'est toi qui refuse directement la proposition, il va comprendre que c'est inutile d'insister. C'est dans deux semaines, je nous organise une rencontre avec lui, selon ton planning du week-end.

- Si je suis obligée, soupira Hinata.

- Et j'ai lu ce que tu m'as envoyé. Wow ! C'est… C'est gros comme histoire. On entend beaucoup parler de violences conjugales faites aux femmes, mais la prostitution masculine et juvénile… Je dois avouer que ça m'a un peu surprise.

- J'ai contacté une personne qui a laissé un témoignage sur un blog et il a accepté de me raconter son histoire avec un peu plus de détails, inventa la jeune femme en reprenant l'idée de Naruto.

- Tu sais que ça risque de faire polémique ? avança son éditrice. Ton premier roman avait déjà fait beaucoup jaser, mais celui-là…

- Je sais. Mais tu avais raison. Je suis plus douée pour raconter des histoires, que pour les créer de toutes pièces. Je resterai dans cette optique pour les prochains.

- Bien. Et vu comment tu comptes terminer ce roman, je me suis dit que tu pourrais, comme avec tes deux premiers romans, lui donner une suite où on voit sa vie après avoir quitté ce monde et commencé une nouvelle vie. Je trouve que ça bien complété le premier.

Hinata n'y avait pas réfléchi, mais il est vrai qu'avec la fin qu'elle avait prévue, ça laissait la suite ouverte au lecteur, tout comme son premier roman. Le second était venu donner un épilogue plus complet, qui montre qu'on peut s'en sortir lorsqu'on va chercher de l'aide. Par contre, dans le cas de Naruto, ça risquait d'être un peu plus compliqué à faire, que pour sa propre histoire. Il faudrait qu'elle en discute avec lui, mais ce serait une bonne excuse pour le garder auprès d'elle. Écrire un roman prenait déjà beaucoup de temps, alors deux… Une fois dans la cuisine, Hinata découvrit la table dressée pour le déjeuner, du café frais qui n'attendait qu'elle. Ça aussi, elle aurait beaucoup de mal à s'en passer, si Naruto quittait l'appartement et sa vie.

Oo0oO

Durant les deux semaines qui suivirent, il n'y eut pas de grands changements dans leur routine. Elle écrivait, pendant que Naruto s'occupait de la cuisine et des tâches ménagères. Quand il terminait, soit il lisait un peu, soit il regardait la télévision. Il avait lu ses deux romans, mais n'avait pas vraiment fait de commentaire. Hinata ne le prenait pas mal, puisqu'elle se doutait qu'il les avait lus pour connaître cet épisode de sa vie, sans l'obliger à le revivre en le lui racontant. Elle lui en était reconnaissante.

Le soir, ils essayaient toujours d'aller prendre une marche pour qu'il puisse sortir sous sa forme animal, ne l'accompagnant en tant qu'homme que pour l'aider ave les courses. Quoique, pour l'épicerie, c'était maintenant lui qui choisissait ce qu'elle achetait, puisque c'était lui qui allait cuisiner. Hinata voyait bien qu'il lui était difficile de reprendre une vie normale après presque dix ans en enfer, puis dix autres en renard. Une sortie par semaine était déjà beaucoup pour lui et il n'en demandait pas plus. Un peu dommage, car parfois, elle aimerait bien aller au parc et pouvoir discuter avec quelqu'un, plutôt que de le regarder chasser les écureuils. Aussi drôle soit le spectacle.

Lorsque le week-end du Salon du Livre arriva, Hinata commença à ressentir un certain malaise. Elle n'avait pas du tout envie de rencontrer un producteur qui ne semblait pas accepter son refus d'adapter son roman au cinéma. À quoi bon le rencontrer, puisqu'elle ne changerait pas d'avis. Un point c'est tout ! Mais Kurenai insistait et vu comme elle avait été patiente et réconfortante durant la promotion de ses deux romans, Hinata avait un peu de mal à lui refuser cette remande spéciale. Le samedi matin, alors qu'elle préparait un sac pour la nuit, Naruto vint la voir.

- T'es sûre que je ne peux pas t'accompagner ? Je resterai en renard durant toute la durée du week-end, insista-t-il.

- Désolée, mais les animaux sont interdits à l'hôtel et je ne crois pas que les organisateurs du Salon les acceptent non plus.

Elle pouvait voir que quelque chose le chicotait. Il semblait presque plus nerveux qu'elle, mais elle ne comprenait pas pourquoi.

- Si jamais tu ne veux pas rester seul ici, tu peux aller passer le week-end à l'agence et…

- Ce n'est pas ça, l'interrompit-il. C'est juste… Ce producteur que tu dois rencontrer, je ne le sens pas. Si je pouvais être là pour…

- Kurenai sera là. Et on va être au Salon, donc il y a des agents de sécurité partout.

- Je me sentirais tout de même plus rassuré si…

Il s'arrêta au milieu de sa phrase, se mordant les lèvres et triturant ses doigts, alors qu'il hésitait à la terminer.

- Si quoi ? l'encouragea Hinata.

- Ça va sonner étrange, soupira Naruto. Mais… Je me sentirais plus rassuré si je pouvais te marquer. Ça me permettrait de le savoir si tu es en danger, s'empressa-t-il d'ajouter devant son froncement de sourcils. On a tous un pouvoir sous notre forme animal. Moi je peux savoir si la personne que j'ai marquée est en danger et la retrouver. Enfin, c'est-ce que la sorcière m'a dit, parce que je n'ai jamais eu la chance de l'essayer. Ça n'a pas besoin d'être gros, juste une morsure en renard.

Hinata resta silencieuse. Déjà, toute cette histoire de « réincarnation » en animal était dure à assimiler, là, Naruto lui disait qu'il avait aussi un pouvoir ?

- Il y en a une à l'agence qui est une sorte de « dreamcatcher » et personne dans un certain rayon autour d'elle ne fera de cauchemar. C'est un pouvoir assez rare et je dois dire qu'on est tous heureux qu'elle soit là, expliqua-t-il. Ça devait faire cinq ans qu'il n'y en avait plus à l'agence avant son arrivée et on est plusieurs à avoir vécu des trucs traumatisants qui nous hantent la nuit.

Elle pouvait voir à quel point il tenait à la marquer avant qu'elle ne parte. Il est vrai qu'Hinata se sentait plus tranquille, plus en sécurité, depuis qu'elle l'avait ramené de l'agence. C'était peut-être en lien avec son pouvoir. Sans même l'avoir marquée, sa simple présence lui donnait une impression d'être protéger de tout danger.

- Bon d'accord. Si ça peut te rassurer.

Immédiatement, l'expression de Naruto se détendit et sans ajouter un mot, il se transforma en renard. Elle prit place au sol et réfléchit à l'endroit où il pourrait la mordre sans attirer l'attention. Tout ce qui lui vint à l'esprit fut l'épaule. Elle ne les découvrait jamais et s'il le faisait sur la droite, la ganse de sa bourse n'appuierait pas dessus. Elle tira donc sur le col de son gilet et comprenant le message, Naruto grimpa sur le lit pour être à la bonne hauteur. Hinata serra les dents, lorsque ses petites dents s'enfoncèrent dans sa chair. Elle sentit aussi une légère griffure, là où il appuyait sa patte, mais après quelques secondes, ses dents furent remplacées par sa langue, alors qu'il nettoyait la plaie. Il le faisait avec une extrême délicatesse qui fit de nouveau accélérer son rythme cardiaque. En tournant la tête vers son épaule, elle croisa le regard Naruto. Il y avait quelque chose dans ses yeux, qu'elle craignait de mal interpréter, d'avoir espoir que, peut-être, il éprouvait la même chose pour elle.

Le visage se transforma à quelques centimètres du sien et lorsqu'il eut repris forme humaine, elle n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche, qu'il la couvrait avec la sienne. Un tourbillon d'émotion lui tordit le ventre et la poitrine. Elle ne s'était jamais sentie comme ça avec Toneri, mais c'était exactement ce qu'elle avait déjà lu dans des livres. Naruto pouvait-il vraiment être le bon ? se demanda-t-elle, lorsqu'ils mirent fin au baiser.

- Est-ce que ça fait partie du rituel pour me marquer ? balbutia Hinata.

- Non, souffla-t-il. Je ne pouvais juste plus me retenir.

Ces quelques mots venaient confirmer ce qu'elle commençait à comprendre.

- Pour être honnête, si je me suis proposé ce jour-là, c'est parce qu'en te voyant entrer, j'ai… Enfin, je crois que j'ai eu le coup de foudre pour la première fois de ma vie.

Cette confession ébranla Hinata, mais d'une bonne manière. Et elle comprit aussi pourquoi il avait semblé paniquer à l'idée qu'elle le ramène à l'agence, quand elle avait tout découvert. Ça lui était égale que Jiraiya sache qu'il s'était fait prendre, ce qu'il ne voulait pas, c'était qu'elle le repousse.

- Tu ferais mieux de te rhabiller pour que je puisse terminer mon sac, lâcha-t-elle en essayant de reprendre contenance. Et on pourra discuter de tout ça à mon retour, ajouta-t-elle en sentant ses joues chauffer.

Elle se leva et alla s'enfermer un instant dans la salle de bain pour se passer de l'eau fraîche sur le visage et tenter de retrouver son calme. Il ne fallait pas non plus précipiter les chose et là, tout de suite, si elle ne se calmait pas, se sont ses hormones qui allaient prendre le contrôle et ça pourrait tout gâcher. Lorsqu'elle ressortit de la salle de bain, elle vit qu'entre-temps, Naruto était allé s'asseoir dans le salon. Une fois son sac terminé, elle le posa près de la porte, puis se tourna vers lui.

- Est-ce que tu préfères rester ici ou m'attendre à l'agence ? demanda-t-elle.

- Je crois que je vais aller voir les autres. Et peut-être les narguer un peu au passage.

Il se leva donc pour aller se transformer dans la chambre, puis il revint pour qu'elle lui enfile le harnais et y attache la laisse. Kurenai l'attendait en bas de l'immeuble et elles firent un crochet vers l'agence pour y laisser Naruto. Une fois devant Jiraiya, elle lui expliqua la situation, assurant qu'elle allait repasser le prendre le lendemain soir avant de rentrer chez elle. Le tenant dans ses bras, elle l'embrassa sur la tête en lui grattant le cou et promis de revenir le chercher rapidement.