Shino était nerveux. Son rédacteur en chef l'avait contacté et il ignorait pourquoi. Jet lui avait fait comprendre depuis longtemps que s'il n'arrivait pas à trouver un scoop, il serait confiné à la nécrologie et la correction des articles de ses collègues. Il voulait faire plus dans le journalisme, mais tous les sujets qu'il présentait à son patron ne le satisfaisait pas. Alors pourquoi le faisait-il venir dans son bureau aussi soudainement ? Comptait-il le renvoyer ? Tel était ses pensées, lorsqu'il poussa la porte du bureau.

- Shino, assieds-toi.

Il s'exécuta en vitesse, appréhendant la suite.

- Ça fait déjà cinq ans que tu travailles pour le journal et tu n'as toujours pas trouvé un sujet intéressant. Je commence à me demander si tu es vraiment à ta place ici.

- Je vous en prie, Jet, laissez-moi une dernière chance de vous prouver que je peux écrire de bons articles. Donnez-moi n'importe quel sujet que les autres ne veulent pas faire.

Jet fouilla un instant dans ses dossiers et sortit une feuille sur laquelle était brochée une carte d'affaire.

- Écris sur cette agence de location d'animaux particuliers, après avoir essayé leurs services, et je verrai ensuite si je te garde ou non. Tu as un mois.

La conversation était terminée, comprit Shino, lorsque son patron tourna les yeux vers son écran d'ordinateur. Il se leva et sortit de la pièce sans un mot, la feuille entre les mains. «Animal Lover, un amour d'animal», lu-t-il sur la carte d'affaire. Louer un animal pour un mois ? soupira-t-il en se laissant tomber sur la chaise de son bureau. Le concept lui paraissait étrange. Cependant, le véritable problème était qu'il n'avait jamais été proche des animaux. Même Akamaru, le chien de son meilleur ami, le mettait mal à l'aise. Et pas seulement parce qu'il était énorme. Encore une chance qu'il soit d'une race facile à vivre, qu'un enfant pouvait monter sur son dos comme sur un cheval, sans que ça le dérange. Mais il y avait tout de même quelque chose qui le mettait mal à l'aise. Peut-être le fait qu'ils pouvaient le comprendre, alors que lui non. Sauf que s'il voulait une véritable chance en journalisme, c'était sa dernière option.

Prenant une grande respiration pour s'encourager, Shino rassembla toutes ses affaires dans son sac et se dirigea vers la sortie. Aussi bien en finir au plus vite.

Arrivé dans le stationnement d'Animal Lover, il remarqua que la bâtisse n'était pas très grande vu de l'extérieur. Mais peut-être y avait-il une cour à l'arrière pour permettre aux animaux de prendre l'air. Après un énième soupir, il décida enfin à descendre de la voiture et s'approcha de la porte d'entrée. Au-travers de la vitre, il pouvait voir un homme assez âgé, qui lisait un livre. Il releva la tête, dès que Shino poussa la porte.

- Bonjour ! l'accueillit-il en se levant de sa chaise. Je m'appelle Jiraiya. Comment puis-je vous aider?

- Je viens au nom du journal l'Inquisiteur pour faire une critique sur l'agence.

- Oh oui, c'est vrai ! Venez, que je vous montre nos installation. Monsieur ?

- Aburame. Shino Aburame.

Le vieil homme lui fit signe de se diriger vers la porte à sa gauche, d'où provenaient des cris d'animaux, alors qu'il contournait le comptoir pour le rejoindre.

- Vous allez remarquer que mon agence est assez différente des refuges. Aucune cage en dehors de celles pour les rongeurs.

Aucune cage, mais des installation murales dignes d'une aire de jeu pour les rongeurs et de multiple arbres à chats et plateformes pour que les chats puissent se percher en hauteur. Shino remarqua aussi un chien sur l'un des tapis roulant, qui trottait lentement, alors qu'un homme blond l'encourageait.

- Le pauvre Mitsu s'est blessé à une patte lors d'une promenade, expliqua Jiraiya après avoir suivi son regard. Naruto a tenté de l'empêcher de courir après cet écureuil, mais il n'en a fait qu'à sa tête et il s'est coupé avec une clôture.

- Ça arrive souvent ?

- On non ! La plupart préfère le tapis roulant en vrai. Mitsu est juste… Mitsu est juste un peu tête brûlée.

Shino trouva les propos de l'homme un peu étrange, mais il n'en fit aucun cas. Il devait faire parti de ces vieux fanatiques, qui prenaient leurs animaux de compagnie pour leurs enfants.

- Donc, enchaîna Jiraiya en frappant dans ses mains. Quel type de compagnon recherche-t-on? Énergique, calme, affectueux, indépendant ?

- Pour débutant ? Je n'ai jamais été très doué avec les animaux, avoua Shino.

- Calme et indépendant. Ça élimine déjà plus de la moitié.

À peine disait-il ça, qu'un furet passait près d'eux pour échapper à un lapin blanc, qui semblait lui courir après.

- Chez les plus gros, il y a Mitsu qui est tête brûlée et chez les plus petits, c'est Suigetsu qui est hyperactif. Naruto, tu veux bien t'occuper de lui, pour qu'il laisse Temari tranquille ?

- Comme si ça allait changer quelque chose, rigola ce dernier.

Il s'exécuta tout de même et alla attraper le lapin blanc, qui tentait de suivre le furet sur une plateforme. Enfin, il essaya, puisque l'animal s'enfuit en passant sous son bras. L'employé soupira, puis se retourna vers l'animal qui semblait le narguer.

- Si tu continues, ce sera demi-portion pour toi ce soir, le menaça-t-il en serrant les dents.

Le lapin sembla comprendre la menace, puisqu'il arrêta de sautiller sur place et ses oreilles retombèrent de chaque côté de sa tête. C'était un spectacle assez étrange, que Shino avait du mal à le décrire.

- En considérant la quantité qu'il engloutit, la moitié revient presque à une quantité normal, rigola Jiraiya en remarquant sa réaction. Sinon ! s'exclama-t-il en frappant une nouvelle fois dans ses mains. On avait dit calme et indépendant. Est-ce que vous sortez beaucoup ?

- Pas vraiment, sauf lorsque je vais au journal.

- Faire des promenades ce n'est pas… une option ?

- Dans le cas où ce serait un chien ?

- Exactement.

- Je suis dans un petit appartement, alors il vaudrait mieux éviter les gros chiens. Ou tout animal qui fait beaucoup de bruit.

- Oui, je vois, fit Jiraiya en se frottant le menton et sans le quitter du regard. Est-ce que vous dormez bien la nuit ?

- Pardon ?

- Je remarque que vous avez des cernes sous les yeux.

Par réflexe, Shino glissa ses doigts sous ses lunettes et toucha le bas de ses yeux. Alors que cet homme aurait pu penser qu'il dormait peu à cause du travail, le journaliste avait l'impression qu'il avait deviné qu'il dormait mal à cause de cauchemars qui lui provoquaient des insomnies. Ça remontait à l'adolescence et en dehors de son meilleur ami, personne ne savait pour tout ça. Depuis la disparition de son père lors d'une expédition dans une forêt en Asie, il avait commencé à éprouver des difficultés à s'endormir. Et lorsqu'il y arrivait, il se réveillait toujours peu de temps après à cause d'un cauchemar.

- En quoi la qualité de mes nuits intervient dans le choix de l'animal que je vais louer ? demanda-t-il avec méfiance.

- Parce que certains ont le dons d'éloigner les mauvais rêves, répondit Jiraiya sur un ton énigmatique.

Cette remarque intrigua Shino, mais avant qu'il n'ait le temps de poser la moindre question, le vieil homme se retourna vers son employé.

- Sais-tu où se cache Maya ?

- Je crois que oui, mais… Tu crois qu'elle est prête pour sa première mission ?

- Je crois que… c'est exactement la mission qu'il lui faut.

L'échange laissa Shino perplexe. Mission ? Et surtout, prête ? Ces deux hommes parlaient comme si les animaux étaient des recrues qu'ils formaient pour l'armée ou quelque chose dans le genre. Alors que ce Naruto se dirigeait vers un coin de la salle, le propriétaire des lieux se tourna vers le journaliste.

- Tout ça doit vous paraître étrange, mais on parle toujours de «mission», lorsqu'un animal est loué ou adopté. Maya n'est pas tout à fait adulte, alors je ne l'avais pas encore laissé à quelqu'un, mais… je crois qu'elle est exactement ce qu'il vous faut, tout comme vous êtes ce qu'il lui faut.

Avant qu'il n'aie le temps de répondre, Naruto revint avec un petit chat noir tremblant contre son épaule. Shino pouvait même l'entendre lui murmurer des mots d'encouragement.

- Elle est un peu nerveuse avec les étrangers, mais avec un peu de temps, elle se laissera approcher par vous, expliqua l'employé.

Ils se dirigèrent vers la sortie, mais avant qu'ils ne franchissent la porte, un bruit sourd les fit se retourner. Un des arbres à chat était couché sur le sol, le furet de tantôt assis fièrement sur la plateforme au-dessus et le lapin blanc étendu sur le dos juste à côté du meuble.

- Alors là, tu l'auras voulu, grogna Naruto en posant le chat dans les bras de son patron. Demi-portion pour toi ce soir. Tu ne vas quand même pas me dire que Sasuke te manque à ce point?

Jiraiya referma la porte derrière eux et retourna derrière le comptoir d'accueil. Shino mit un peu de temps à détourner le regard de la porte. Tout semblait si… étrange. Il avait l'impression d'être atterri dans la quatrième dimension.

- Donc, Maya va vous accompagner pour le prochain mois, lâcha Jiraiya en le ramenant à la réalité. On a tous ce qu'il faut pour la nourrir, l'amuser et pour dormir. Elle aime autant se percher en hauteur, que de se cacher sous les meubles, alors l'arbre à chat n'est pas indispensable. Laissez-lui le temps de vous connaître et elle viendra vers vous pour des caresses.

Regardant l'homme mettre sur le comptoir une cage de transport et y glisser le jeune chat, Shino se demanda ce qu'il faisait. Est-ce que son travail valait vraiment le coup qu'il adopte un animal de compagnie pour faire la critique de cette agence un peu spéciale ? Avant qu'il n'aie le temps de changer d'idée, un bac contenant quelques jouets et un petit panier apparaissait près de la cage, le sac de nourriture et le sac de litière. Jiraiya lui expliqua le contrat de location, comment s'occuper du chat, dont la dose de nourriture à lui donner chaque jour, de petites recommandations pour la litière et la marque de nourriture. Heureusement, le propriétaire de l'agence avait joint une feuille au contrat, qui expliquait exactement ce qu'il venait de lui dire. Il l'aida à tout emmener jusqu'à sa voiture et rapidement, Shino prit la direction de son appartement avec ce petit chat craintif dans sa cage de transport.

- Rassure-toi, je suis aussi effrayé que toi, lâcha-t-il en jetant un coup d'œil par le rétroviseur. Je suis plus à l'aise avec les insectes que les animaux. Ou même les humains.

Une fois chez lui, Shino fut bien heureux de vivre en semi-sous-sol, puisqu'il n'aurait pas beaucoup de marches à monter et descendre. Avec la cage de transport, le sac de nourriture, de litière et le bac contenant les jouets et le panier, il allait être obligé de faire trois voyages. Peut-être deux, s'il s'y prenait bien. Avant tout, il allait entrer Maya et la laisser explorer l'appartement pendant qu'il allait revenir récupérer le reste.

Une fois tout en place, la litière, une gamelle remplie d'eau et une autre de nourriture, Shino se laissa tomber sur son canapé en soupirant. La petite boule de poils n'était toujours pas sortie de sa cage de transport, ce qui l'inquiétait tout de même un peu. En temps normal, les animaux de compagnie explorait leur nouveau territoire, du moins, c'est ce que Kiba lui avait expliqué. Et en tant que vétérinaire, il devait si connaître. Pourtant, des cachettes, son appartement n'en manquait pas. Le dessous du canapé, de la table, des chaises, de son lit, l'arrière du meuble de son bureau ou celui de la télévision. Même le panier à linge, qui n'était pas très haut.

- Dans quoi je me suis embarqué ? Je n'ai jamais eu d'affinité avec les animaux. Pourquoi ça aurait changé?

Il soupira une nouvelle fois, alors qu'il s'allongeait en fermant les yeux. Peut-être que s'il découvrait un scoop, Jet changerait d'avis et lui retirerait cet article pour le donner à quelqu'un qui aime les animaux. Pas qu'il ne les aime pas, mais ils le mettaient vraiment mal à l'aise. Comme la majorité des humains. En dehors de Kiba et de sa mère, tout le monde le rendait nerveux. Quand il allait encore à l'école, maintenant au travail. Sauf pour quelques salutations, il n'avait même jamais parlé avec ses voisins, osant à peine les regarder. Il ne serait même pas capable de les nommer ou de les décrire, si la police venait cogner à sa porte le lendemain.

Même avant la disparition de son père, il avait du mal à se rapprocher des autres. S'il était proche de Kiba, c'était en parti parce que la mère de ce dernier était une amie d'enfance de la sienne et qu'elle avait aidé son père à la mort de celle-ci. Ayant elle-même perdue son mari, ils s'étaient entraidés pour élever leurs enfants. C'était probablement la seule raison pour qu'ils soient devenus amis, Kiba et lui, car s'ils s'étaient rencontrés à l'école, il y avait très peu de chance qu'ils s'adressent la parole.

Shino dut s'endormir en repensant à tout ça, puisqu'il faisait entièrement noir dans l'appartement, lorsqu'il rouvrit les yeux. Désorienté, il mit un peu de temps avant de réaliser qu'il n'avait fait aucun cauchemar. En temps normal, s'il voulait faire une nuit complète, et sans rêve, il devait prendre des somnifère. Cependant, il détestait les prendre, puisque ça semblait le laisser aussi fatigué qu'au moment de se coucher.

N'ayant rien avalé depuis le dîner, il se leva pour rejoindre la cuisine. Sur l'horloge du four, il découvrit qu'il était passé une heure du matin. Se voyant mal cuisiner à une telle heure, Shino attrapa un bol de nouilles instantanées, y versa de l'eau et le mit au four à micro-onde. C'est seulement au moment où il se retourna vers le salon, son bol bouillant entre les mains, qu'il remarqua Maya couchée en boule dans son panier, qu'il avait posé au bout du canapé. Le plus surprenant, c'est que c'était exactement à l'extrémité où sa tête reposait dix minutes plus tôt. Les mots que Jiraiya lui avait dit à l'agence lui revint en mémoire: «Parce que certains ont le dons d'éloigner les mauvais rêves.» Pendant une seconde, il y crut, puis la seconde suivant, il secoua la tête. C'était n'importe quoi. Il n'y avait rien de «logique» au fait qu'un petit chat éloigne ses cauchemars par sa simple présence.

Il prit la place à la table et dégusta ses ramens tout en observant l'animal endormi. Elle paraissait encore plus petite roulée en boule et museau posé sur ses pattes arrières. Il y avait quelque chose d'attendrissant à regarder son corps gonfler à chaque respiration. Les rares fois où il avait été longtemps en présence d'un animal, c'était lorsqu'il allait chez Kiba. En tant qu'éleveuse, sa mère possédait plusieurs chiens à la maison, mais ils ne s'approchaient jamais de lui. Probablement parce qu'ils sentaient son malaise en leur présence et ils le laissaient tranquille. Akamaru était l'exception, mais puisque c'était celui de son ami et qu'il dormait dans sa chambre… C'était un peu inévitable.

Une fois son bol terminé, il se leva et après un passage à la toilette, alla se coucher dans son lit. Il mit un peu de temps à se rendormir, écoutant un poste de radio pour éviter de replonger dans ses souvenirs douloureux. Jamais il n'aurait cru que ramener un animal chez lui, lui fasse repenser à son adolescence, alors qu'il était réveillé. En temps normal, les souvenirs n'hantaient que ses nuits, le réveillant toutes les heures avec une boule coincée au fond de la gorge. À l'exception de ce soir. Il devait s'être endormi aux alentours de vingt heures et il ne s'était réveillé que cinq heures plus tard, sans l'intervention d'un cauchemar. Et au final, ce fut à nouveau le cas.

C'est presque en tombant en bas de son lit au son de son alarme à six heures du matin, qu'il émergea. Le cœur tambourinant dans sa poitrine, il appuya sur le bouton du cadran pour l'éteindre, puis il se redressa lentement. Le fait d'avoir dormi pas loin de sept heures, sans interruption ou cauchemar, le laissait désorienté. Reposé, mais complètement à l'ouest. À quand remontait sa dernière nuit aussi… réparatrice? Il était incapable de s'en souvenir. Est-ce que ce chat avait vraiment le pouvoir d'éloigner les cauchemars comme le lui avait affirmé ce Jiraiya ? Shino préféra se dire que ce n'était qu'une coïncidence et il se prépara pour aller travailler. Une fois habillé et rasé, il alla se préparer un café. En entrant dans la cuisine, il entendit les pas précipités de Maya et il eut tout juste le temps de la voir disparaître sous le canapé. Elle s'était peut-être couchée dans son panier, pas loin de sa tête, la veille, elle ne semblait pas encore prête à l'approcher lorsqu'il était réveillé.

- Tu vas pouvoir profiter de l'appartement toute la journée, pendant que je vais être au journal. Mange pas toutes tes croquettes d'un coup, je ne rentre pas avant dix-huit heures, lui lança-t-il en remplissant les deux gamelles vides.

N'étant pas du genre à manger au réveil, il se remplit un thermos en terminant sa première tasse de la journée, puis il quitta l'appartement. Ça lui fit étrange de laisser le petit chat seul chez lui, mais de ce qu'il savait, les chats étaient nettement plus indépendants que les chiens et n'avaient aucun problème à rester seuls durant la journée. Au bureau, quelques-uns de ses collègues lui confièrent qu'il avait meilleur mine. Il n'avait pas eu cet impression en se regardant dans le miroir, mais peut-être que cette nuit « reposante » faisait la différence. Il n'aurait su le dire. Ce qui était sûr, c'est qu'il avait nettement plus d'énergie et entre deux papiers, il fit un peu de recherches sur Animal Lover et les animaux qu'il proposait. Certains n'étaient même pas «domestiques» à la base, alors il devait y avoir des lois qui entouraient leurs «adoptions».

L'agence existait depuis presque cinquante ans, fondée par Jiraiya Nato, un vétérinaire de vingt et un ans à l'époque. Il avait subi plusieurs procès par des associations pour la protection des animaux, mais chaque fois, il avait prouvé qu'il avait recueilli l'animal pour son bien, l'avait soigné dans la majorité des cas et qu'ensuite son « patient » avait refusé de retourner à l'état sauvage. S'il louait les «services» de ses pensionnaires, c'était pour justement subvenir à leurs besoins sans avoir recourt aux donations, bien souvent trop maigre, pour les nourrir et les soigner. Il n'avait jamais eu recourt à l'euthanasie ou à des cages et ils ne mourraient chez lui, que de vieillesse. Beaucoup d'anciens clients vantaient les services, décrivaient comment ils avaient trouvé le compagnon idéal grâce à Jiraiya. Plus d'une centaine de clients satisfaits au-travers des années, nota Shino en repensant aux méthodes peu orthodoxe de Jiraiya, pour sélectionner le compagnon qu'il allait ramener chez lui. Selon lui, Maya allait l'aider à mieux dormir. Mais il avait aussi dit que Shino pouvait apporter ce qu'il fallait au chat noir et il ne voyait pas trop ce qu'il pouvait lui offrir en dehors d'un toit et de la nourriture. Shino poursuivit sa journée de travail avec ses questions sur l'agence en arrière-plan dans son esprit.

Il revint à son appartement sans trop d'attentes vis-à-vis de son chat. Probablement irait-elle se cacher derrière le canapé ou du meuble de la télévision au moment où il ouvrirait la porte. Mais non. Elle était couchée dans son panier, une souris en laine entre ses pattes avant et le museau posé dessus. Puisqu'elle ne bougea pas, il en déduisit qu'elle dormait probablement. Il avait lu que les chat dormait beaucoup et était plus actif la nuit. Il déposa son sac de travail sur son bureau, puis il remplit les deux gamelles avant de retourner à ses recherches. Plusieurs heures passèrent sans qu'il lâche son écran des yeux, pigeant des noix dans un plat à l'occasion comme seul repas et prenant des notes de l'autre main. Et durant tout ce temps, Maya ne bougea pas de son panier.

Ce n'est qu'une fois qu'il se mit au lit, qu'il entendit du bruit dans le salon, puis dans la salle de bain, signe qu'elle était allée faire ses besoins dans la litière. En considérant qu'elle ne l'approchait pas encore, il n'y avait pas grand-chose de différent en dehors du fait qu'il devait remplir ses gamelles et vider sa litière, se dit Shino en s'endormant. Sauf peut-être l'absence de cauchemars.

Oo0oO

Après une semaine, Shino dut se rendre à l'évidence, la présence de Maya éloignait vraiment les cauchemars. Il se sentait plus en forme de jour en jour. Par contre, une autre nouveauté, fut de découvrir l'une de ses chemises dans le panier du chat. Il ne comprenait pas comment elle était arrivée là, mais les deux fois où il les avait remis dans son placard, le lendemain soir, elles étaient de nouveau dans le panier avec Maya qui dormait dessus. Pour le coup, il décida de la lui laisser, se disant qu'elle oserait peut-être plus l'approcher une fois qu'elle se serait habituée à son odeur. Et si elle dormait sur l'un de ses vêtements, ça devait être bon signe. Non ?

Malheureusement, en contre-parti d'une semaine de nuits reposantes, ce fut le retour de des paralysies du sommeil. Il aurait dû le voir venir, ça arrivait chaque fois qu'il prenait des somnifère plusieurs jours de suite. Il détestait lorsque son esprit se réveillait avant son corps. C'était extrêmement désagréable.

Une nuit, il se réveilla en sursaut, incapable de bouger le moindre muscle. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était de regarder autour de lui. Il attendit en fixant le plafond dans la pénombre, que les apparitions effrayantes se manifestent. Il savait, pour avoir effectué des recherches sur le sujet, que ces formes cauchemardesques étaient issues de son subconscient, qu'il n'y avait rien de réel, mais son corps réagissait toujours à ses visions. En apercevant une forme s'agrandir au pied du lit et y monter tranquillement, sa respiration et son rythme cardiaque accélérèrent. Il pouvait sentir un poids lourd peser de ses jambes jusqu'à son torse, alors que cette vision grimpait sur lui. Voilà pourquoi Shino avait arrêté de prendre les somnifères que son médecin lui avait prescrit. Ça l'aidait quelques jours, puis ça devenait presque pire que les cauchemars.

La silhouette était toujours placée sur son torse, lorsqu'elle s'effaça doucement. Sa respiration se calma et c'est là qu'il sentit quelque chose de doux contre son bras. Tournant la tête vers la gauche, il découvrit une boule de poils noire qui le regardait de ses yeux bleus. C'était la première fois qu'il voyait ses yeux et ils lui parurent étrangement humain. Avant qu'il ne puisse se poser plus de questions, elle monta sur son torse et s'y roula en boule. C'est en écoutant ses ronronnements qu'il se rendormit.

Oo0oO

À son réveil, un peu avant sept heures, il était seul dans son lit et il se demanda s'il avait rêvé sa présence. Il mit quelques minutes avant de se lever, observant le plafond sans bouger. Ce sont ses petits miaulements qui détourna son attention de ses réflexions et il tourna la tête vers le bas de son lit. Maya était là, l'observant attentivement, sa queue se balançant avec lenteur derrière elle, bien levée. S'il se fiait à ses recherches sur les chats, c'était un signe amical ou de curiosité. L'avait-elle accepté après l'avoir calmé de sa paralysie du sommeil de la nuit dernière ?

- J'ai compris, je me lève, soupira-t-il, lorsqu'elle poussa un nouveau miaulement.

Elle l'observa sans bouger, alors qu'il repoussait les couvertures et se levait. Elle le suivit, lorsqu'il sortit de la chambre pour rejoindre la cuisine. Les gamelles n'étaient même pas vides, ce qui l'intrigua. Il alla donc dans la salle de bain, imaginant que c'était peut-être la litière qui était dû pour être nettoyée, mais finalement, il n'y avait rien dedans. Il ne comprenait pas pourquoi Maya avait miaulé plus tôt pour le pousser à sortir du lit. En baissant les yeux vers elle, il la vit l'observer elle aussi, puis avant qu'il n'ait le temps d'ouvrir la bouche, elle sauta soudainement sur sa jambe. À l'aide de ses petites griffes, elle grimpa le long de son pantalon et il l'attrapa pour la poser sur son torse. Elle était si petite, qu'il pouvait presque couvrir son corps avec une seule main. Pourtant, ce n'était pas un chaton. Maya ferma les yeux en ronronnant, lorsqu'il commença à la caresser. Un sourire attendri étira ses lèvres en la regardant. L'employé de l'agence avait dit vrai. Avec un peu de temps, elle avait fini par accepter qu'il l'approche. Ou plutôt, elle avait fait le premier pas vers lui.

Maya était toujours posée sur son épaule, alors qu'il mangeait son déjeuner, lorsqu'on sonna chez lui.

- Oui, qui est-ce ? demanda-t-il en appuyant sur le bouton de l'intercom.

- C'est moi, vieux, le salua son meilleur ami. Ma mère m'envoie pour te donner quelques restants.

- Je t'ouvre, annonça Shino en ouvrant la porte de l'entrée avec le second bouton.

Après avoir déverrouillé la porte de son appartement, il reprit place à la table avec une tasse de café neuve à la main et une autre qui attendait devant lui. Son meilleur ami arriva rapidement, deux grands sacs remplis de plats maison. Tsume faisait ça une fois par mois. Elle choisissait un jour où elle cuisinait toute la journée pour ses enfants et lui. La grande sœur de Kiba, Hana, avait beau avoir trente-cinq ans et deux enfants, sa mère lui envoyait encore des plats maison.

- Livraison de bouffes ! s'exclama Kiba en levant les deux sacs. Depuis quand tu as un chat ? demanda-t-il en apercevant Maya.

- À peu près une semaine. Je dois faire un article sur l'agence Animal Lover.

- Cette agence qui loue des animaux ? Tu n'es pas sérieux ! C'est mauvais pour les animaux d'être abandonné comme ça.

- Je sais, lâcha Shino en se levant. J'ai entendu ta mère le dire je ne sais plus combien de fois. Mais j'ai fait mes recherches, poursuit-il en rangeant les plats dans le réfrigérateur. Les animaux y sont bien traités et aucun ne veut retourner à l'état sauvage.

- Je ne trouve pas ça éthique.

Sur son épaule, Maya semblait suivre leur conversation attentivement. Par contre, il pouvait la sentir se renfermer sur elle-même et trembler contre sa joue, chaque fois qu'il s'approchait de Kiba.

- Woah, lâcha-t-il en remarquant les réactions du petit chat. Et dire que d'habitude, c'est de toi que les animaux s'enfuient.

- Ce matin, c'était la première fois qu'elle me laissait la toucher. On m'avait prévenu qu'elle était craintive avec les inconnus et qu'il lui faudrait un peu de temps avant de se laisser approcher.

- En tout cas, là, elle t'a adopté. Ça c'est sûr.

Shino tourna la tête vers Maya et l'observa un instant, plongeant dans son regard bleu toujours aussi étrangement humain. C'était un peu perturbant, mais il n'eut pas le temps de se poser plus de questions.

- Tu sais que c'est rare qu'un chat de cette race ait encore les yeux bleus à cet âge, lâcha Kiba en le sortant de ses pensées.

- Vraiment ? fit Shino, surpris.

- Ouai, en dehors des siamois, des ragdoll ou encore de l'angora turc, la couleur de leurs yeux tournent soit au jaune, soit au brun-vert. Mais rester d'un bleu aussi vif…

Shino pouvait voir que son ami était intrigué par son chat, mais Maya ne montrait aucune envie d'être approché par lui. Pour détourner l'attention de Kiba, il la prit dans ses mains et il alla la poser dans son panier. Elle s'y roula en boule, continuant de les observer. Ils discutèrent du travail un moment et comme à leur habitude, la conversation bifurqua vers un sujet plus sensible.

- Je ne comprends pas pourquoi tu t'acharnes à vouloir devenir un grand journaliste, soupira Kiba. Tu es doué pour faire de la recherche, mais… Tu n'as pas le flair pour trouver les scoops. Si tu faisais partie d'une équipe d'investigation peut-être, mais écrire sur l'actualité, ce n'est pas fait pour toi.

Le journaliste lâcha un soupir, mécontent que son ami ramène encore sur le tapis ses inaptitudes en journalisme. Ça faisait presque dix ans qu'il s'acharnait dans cette voie, car à l'âge de quinze ans, après la disparition de son père, il avait cru qu'il pourrait le retrouver s'il en devenait un. Malheureusement, il fallait un sujet particulier pour faire des investigations. Et encore plus, lorsque c'était à l'étranger. Shino avait eu beau chercher, aucun journal n'avait voulu le prendre comme journaliste de terrain et il avait fini dans un petit journal avec la rubrique nécrologique et la correction des articles de ses collègues. Il avait beau être légèrement asocial, écrire sur des gens morts le déprimait. Et ça ne devait pas l'aider avec ses cauchemars non plus.

- Si tu devenais entomologiste comme ton père, tu pourrais…

- On en a déjà parlé ! s'emporta Shino. Je ne vais pas suivre les traces de mon père. Oui, je veux le retrouver, mais seulement pour comprendre ce qui lui est arrivé. Pas pour reprendre ses recherches.

Un lourd silence tomba dans l'appartement entre les deux amis. Il fut cassé par le miaulement de maya, qui attira leur attention. La tension redescendit d'un coup et Shino se sentit plus calme. S'emporter contre Kiba ne servait à rien, son ami lui disait juste le fond de ses pensées avec sincérité. Mieux valait la dure réalité, qu'un gentil mensonge.

Oo0oO

Quelques jours passèrent sans grands changements dans la routine. Shino allait travailler, en revenant il faisait un peu de recherches ou des corrections à son bureau, Maya couchée sur ses cuisses ou sur son épaules, ne le quittant qu'une fois qu'il allait se coucher. Quoique parfois, il la découvrait près de lui, lorsqu'il se réveillait au milieu de la nuit. Et après une autre semaine, il n'avait eu aucun cauchemar ou paralysie du sommeil. Au contraire, il avait même commencé à rêver à des choses agréables. Des lieux paisible et simple. Même si une constance revint à chaque fois. Une jeune fille de quatorze ou quinze ans, de longs cheveux noirs lui descendant jusqu'en dessous des fesses, frêle et des traits qui lui semblaient asiatiques. Mais le point le plus marquant, c'étaient ses grands yeux bleu vif qui lui rappelait l'océan, mais surtout, ceux de son chat.

Étrangement, ces rêves n'avaient commencé que depuis que Maya acceptait de l'approcher et surtout depuis qu'elle passait une partie de la nuit avec lui. Parfois, l'idée qu'elle soit une représentation humaine que son esprit avait créé de son chat. Elle lui apparaissait toujours vêtue d'une robe blanche, toute innocente, mais elle n'ouvrait jamais la bouche. Elle lui souriait et lui prenait la main pour le guider dans les divers paysage où ils se trouvaient. Il y avait toujours une atmosphère sereine qui l'apaisait, même lorsque le souvenir de son père apparaissait. La présence de cette jeune fille repoussait les débuts de cauchemars qu'il avait toujours eu par le passé.

Un soir en rentrant du travail, il découvrit un colis devant sa porte et lorsqu'il l'ouvrit, il découvrit un livre. « Un ado des rues », inspirée d'une histoire vraie, lu Shino. Après un coup d'œil à la quatrième de couverture, il l'ouvrit et aperçu une dédicace à l'encre rouge. En y touchant, il pouvait sentir qu'elle avait été ajoutée à la main. « De la part d'une amie qui veut t'aider. H.H & N.U » H.H était les initiales de l'auteure, remarqua Shino, mais N.U… Qui cela pouvait-il bien être ? Maya le rejoignit comme à son habitude et à la façon qu'elle avait de frotter sa patte sur la page, il avait l'impression qu'elle voulait qu'il le lise. M'aider ? se répéta Shino en regardant une nouvelle fois la dédicace. Ne connaissant pas cette Hinata Hyuuga, ce ne devait pas être elle l'amie qui voulait l'aider. Sauf qu'en dehors de Kiba, il n'avait aucun ami et encore oins « une amie ». Il n'avait jamais été à l'aise avec les filles. Hana lui faisait un peu peur, Tsume était une seconde mère et toutes les autres le trouvaient étrange. Même que certaines des ex de Kiba se demandait comment ils pouvaient être aussi proche, alors qu'ils étaient si différents. Le miaulement de Maya le ramena à la réalité et il la vit qui insistait maintenant de son museau pour qu'il tourne la page.

- Tu veux que je lise ce livre, c'est ça ?

Seul un ronronnement lui répondit. Il soupira, mais il le referma pour le poser sur la table basse. Il avait faim et du bouleau à terminer. Peut-être le commencerait-il, s'il n'était pas trop tard une fois qu'il aurait terminé. Il regardait à l'intérieur de son frigo, quand il entendit une voix féminine derrière lui avec un fort accent.

- Tu es plus têtu que je ne l'imaginais.

Il se retourna d'un coup et découvrit la jeune fille de ses rêves, vêtue de la chemise qui traînait depuis des jours dans le panier de Maya. Ne voyant plus celle-ci dans le salon, et repensant à cette impression qu'elle était une version humaine de chat créé par son subconscient, il se demanda un instant s'il ne s'était pas cogné la tête au bureau et sombré dans l'inconscient.

Maya n'avait pas prévu de se révéler à son maître. Elle avait tenté de l'aider durant son sommeil en entrant dans ses rêves, mais les cauchemars continuaient malgré sa présence. En général, seuls les plus traumatisés lui demandaient une implication psychique. Pour Shino, ça ne marchait pas complètement. Elle avait donc profité de son absence pour appeler à l'agence. Tout ce que Jiraiya lui avait dit, c'était de continuer, qu'en trouvant l'origine de son « mal », elle réussirait à le « guérir ». Mais elle ne trouvait pas. Il ne semblait pas avoir vécu de moments aussi traumatisants qu'elle ou que tous les autres protégés de l'agence. La seule chose qu'elle avait remarqué, c'est son malaise lorsque son ami avait parlé du métier du père de Shino et son maître avait mentionné le fait de le « retrouver ». Mais elle avait eu beau chercher, elle n'avait rien trouvé dans ses affaires ou ses rêves pour l'aiguiller. Lorsqu'elle avait rappelé à l'agence, Maya était tombée sur Naruto et elle lui avait demandé conseil. Malheureusement, même s'il faisait parti des plus anciens employés encore présents, bien que ce ne soit plus sous sa forme animal, il ne savait pas grand-chose sur son pouvoir qui était très rare. Il n'avait connu qu'une seule autre « dreamcatcher » durant ses dix années à l'agence et elle avait été aussi renfermée qu'elle.

En entendant Shino lire le titre du livre, elle avait reconnu celui que Naruto avait apporté à l'agence quelques mois plus tôt. C'était une copie du manuscrit que Hinata avait écrit sur son histoire. Plutôt que de devoir la raconter lui-même à tout le monde, il les avait invités à lire le livre le soir après la fermeture. Elle n'avait pas osé le faire, en grande partie parce qu'elle ne savait pas lire, mais aussi parce que le titre lui rappelait un passé qu'elle voulait oublier. Elle ne comprenait pas pourquoi il l'avait envoyé à Shino, mais il est clair que « l'amie » dont il était question dans le petit message sur la première page devait sûrement être-elle.

Shino continuait de l'observer, sous le choc de son apparition. Étant entrée dans ses rêves sous sa forme humaine, il l'avait reconnue, mais il ne devait pas comprendre ce qu'il se passait et Maya ne savait pas non plus quoi faire maintenant qu'elle s'était révélée sous sa vraie forme. Sans compter qu'elle se sentait vraiment nue avec seulement cette chemise. Encore heureux qu'elle doit petit et qui Shino semble apprécier les vêtements amples, comme ça, le tissu la couvrait presque jusqu'aux genoux.

- Le scientifique en moi a beaucoup de mal à réaliser ce qu'il se passe, alors que le journaliste, lui, est excité à l'idée d'une découverte majeure, lâcha finalement Shino.

- Je ne me suis pas montrée sous cette forme pour finir dans un laboratoire, s'emporta Maya. J'ai déjà assez donné comme objet dans le passé.

Elle avait peut-être commis une erreur. Après tout, elle savait qu'il était journaliste, elle aurait dû se douter qu'en révélant le secret de l'agence, elle lui offrirait l'occasion rêvée de dévoiler un grand scoop pour faire avancer sa carrière.

- Tu as quel âge ? demanda-t-il soudainement.

- Seize. Presque dix-sept.

- Tu viens d'où ?

Elle garda le silence. D'où elle venait, même si elle n'en savait pas grand-chose, elle voulait l' seule chose que Maya avait envie de répondre, c'était qu'elle venait de l'enfer, car c'était ce qu'elle avait vécu. Un véritable enfer. Un enfer de presque dix ans, duquel elle s'était enfui grâce à ce qu'elle imaginait être un gardien qui avait eu pitié d'elle. Ensuite, Tsunade l'avait trouvé et caché à l'agence sous cette forme de chat. Forme qu'elle ne quittait quasiment jamais.

- Si je te promets de ne pas te livrer à des scientifiques…

- Je ne parlerai pas de mon passé, l'interrompit-elle. Les seules personnes à le connaître sont Jiraiya et Tsunade. Ce passé restera à jamais enfermé dans une boîte au fond de mon subconscient.

- Et qu'acceptes-tu de me révéler sur toi ?

- Que je peux t'aider avec tes cauchemars, mais que pour y arriver j'ai besoin de connaître leurs origines.

Sa révélation sembla le prendre de court.

- En temps normal, le simple fait d'être à proximité les éloigne et dans de rares cas, je dois entrer dans les rêves quand ça ne fonctionne pas. Et dans ton cas, même ça, c'est difficile. Le trauma semble… si profond, qu'il tente de me rejeter et j'ai de plus en plus de mal à y rester.

- Je ne suis pas sûr de suivre, lâcha Shino, perdu. C'est bien ta présence, qui a éloigné mes cauchemar et mes paralysie du sommeil ?

- C'est pour ça que Jiraiya m'a choisi. C'est un don rare et j'étais la seule présentement à l'agence qui le possédait.

Elle lui laissa quelques secondes pour digérer la révélation avant de poursuivre.

- Sauf que ce qui provoque tes cauchemars, tente de me pousser hors de tes rêves, ce qui ne m'était encore jamais arrivé. Ce qui cause tes cauchemars semble plus puissant et que ce qui cause ceux des autres personnes de l'agence ayant vécu l'enfer avant d'être recueilli. Comme Naruto, ajouta-t-elle en montrant le livre sur la table basse.

- Naruto ?

- L'employé de l'agence et ancien… animal à louer. L'auteure du livre l'a adopté il y a quelques mois et il lui a offert son histoire pour son troisième roman. Depuis, ils sont ensemble et Naruto travaille à l'agence pour aider Jiraiya avec nous tous, tout en retournant à l'école.

- « Ado des rues » ?

- Je ne l'ai pas lu, mais je n'ai aucun mal à deviner de quoi ça parle. Hier, j'ai discuté avec Naruto, pendant que tu étais au journal. Il a dû croire que si tu lis ce livre, ça pourra m'aider à t'aider.

- Je n'ai pas…

Il s'arrêta un instant dans sa phrase en levant les yeux au plafond, exaspéré et semblant chercher les bons mots à dire.

- Je n'ai jamais vécu de traumatisme. Ni violence, ni pauvreté. J'ignore pourquoi je fais des cauchemars ou pourquoi ils sont remplacés par des paralysies du sommeil, lorsque je n'en ai pas durant plusieurs jours, mais j'ai eu une enfance et une adolescence des plus normales.

- Et ton père ?

- Quoi ? se braqua-t-il.

- Quand ton ami est passé et qu'il a commencé à parler de ton père, tu t'es braqué. Comme maintenant, alors il est possible que tes cauchemars soient dus à…

- Je n'ai aucun traumatisme ! s'emporta Shino pour clore la conversation.

Maya fut étonnée par sa froideur presque colérique. Bien qu'il semble renfermé la majorité du temps, il ne s'était jamais montré agressif. Mais sa réaction laissait penser qu'elle avait peut-être trouvé l'origine de ses cauchemars. Cependant, comment était-elle supposée l'aider, s'il refusait de lui parler ?

- Tu ferais mieux de reprendre ta forme de chat et oublier l'idée de m'aider, lâcha Shino en contenant son agressivité. Dès que j'aurai écris mon article pour le journal, je te ramènerai à l'agence et tu n'auras plus à te soucier de moi.

Sur ces mots, il l'abandonna et se dirigea vers sa chambre, la laissant seule avec des inquiétudes. Le claquement de la porte la fit sursauter et elle ferma les yeux pour repousser un mauvais souvenirs qui tentait de refaire surface à cause de ce bruit. Maya rejoignit la salle de bain en courant, la respiration sifflante et les joues baignées de larmes dues traumatismes qu'elle remontait la hanter. Sans prendre la peine de retirer la chemise, elle ouvrit la douche et s'accroupit sous le jet d'eau glacé, se berçant d'avant en arrière pour essayer de se calmer. À l'agence, Jiraiya avait toujours fait attention pour éviter que les autres manifestent de la colère ou de l'agressivité, puisqu'ils étaient nombreux à avoir subi des violences physiques et verbales qui les avaient démolis mentalement. Elle avait souvent vu Tenten se placer sous l'eau glacée pour se calmer, lorsqu'elle avait une crise de panique, alors Maya espérait que ça l'aide aussi à se calmer. Mais si sa respiration devint plus facile, son rythme cardiaque refusait de ralentir. C'est peut-être pour cette raison qu'elle n'entendit pas Shino arriver. Ni remarquée qu'il arrêtait la douche. C'est seulement lorsqu'il la couvrit d'une serviette, qu'elle réagit. Malheureusement, à ce moment-là, elle ne distinguait plus le présent du passé et elle commença à se débattre.

- Du calme, murmura-t-il le plus doucement qu'il le put. Je ne vais rien te faire. Je suis désolé de m'être emporté tantôt, mais si tu restes dans cette chemise glacée par l'eau, tu vas tomber malade.

La façon qu'il eut de caresser ses cheveux en la maintenant serrée contre son torse, finit par la calmer et elle se laissa faire, lorsqu'il la souleva dans ses bras. Il l'emmena dans la chambre, où il la posa au pied du lit et l'enroula dans une épaisse couverture. La chaleur gagna son corps et les tremblements dus au tissu mouillé s'estompèrent. À l'aide de la serviette, Shino essora ses cheveux d'un geste lent pour éviter de l'effrayer à nouveau. Retrouvant son calme, elle reprit sa forme de chat, disparaissant dans le cocon de tissu. Shino l'aida à en sortir, puis emmena la chemise trempée et la couverture mouillée hors de la chambre. Probablement dans la salle de bain. Maya alla se rouler en boule sur l'un des oreillers et tenta de trouver le sommeil. Elle eut vaguement connaissance du retour de Shino, lorsqu'il vint se coucher une heure plus tard.