Chapitre 2 : Espoirs du passé.
Naruto entendit parler de Sasuke Uchiha pour la première fois lors d'une après-midi humide, dans l'atrium du bâtiment de la Renaissance, surplombant les montagnes et les gratte-ciel tricentenaires du quartier historique de Konoha.
C'était l'année de son septième anniversaire, un jour d'automne. Les souvenirs de Naruto de cette époque étaient la lumière brillante du soleil, aérée et blanche, qui scintillait sur les étangs de lotus du jardin Senju, les feuilles prenant la couleur de la braise et de l'argile rouge, du jaune gingko et du brun pâle.
C'était une journée importante pour sa famille, la dernière de papa au sein du siège international de l'Alliance des Cinq Nations Libres. Avant d'aller le rejoindre pour l'accompagner sur la place de la Renaissance, Maman les avait confiés, ses frères, sa sœur et lui, aux soins d'une nourrice en attendant la remise des médailles, qui serait suivie des feux d'artifices et du défilé des pilotes de l'académie de Saigei Saonosori.
L'ambiance sur la place de la Renaissance était bruyante et chaotique, un afflux de personnes venu des quatre coins de l'univers pour assister aux festivités, des enfants comme lui et Menma, qui regardaient autour d'eux avec de grands yeux incrédules.
Il y avait le noyau de distorsion actif qui alimentait la base en énergie nucléaire, gigantesque et protégé par de tout autant grands remparts. Naruto avait réussi à échapper à la surveillance de la nourrice et avait voulu se faufiler sous la barrière de sécurité et rejoindre tous les techniciens de base fouillant autour de la colonne bleue lumineuse et de son réseau d'artères en métal blanc pour avoir le privilège de regarder de plus près ces milliers de lumières clignotantes provenant d'une centaine de machines de régulation.
Quand il était entré en collision avec un garçon à la chevelure de jais et aux yeux d'obsidienne, tout droit venu de l'autre bout de la galaxie, avec sa famille exilée sur la planète Balkir aux soleils jumeaux.
Leurs regards s'étaient croisés, en même temps que leurs deux corps.
Et ils ne s'étaient plus jamais quittés.
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Les semaines suivantes les occupèrent assez pour que Naruto n'eut pas à se pencher sur la dépression nerveuse qu'il avait dangereusement frôlée. L'équipe entière effectua deux missions successives où ils eurent l'occasion de tester les nouveaux ajouts à leurs matériels et équipements.
Leur troisième mission toutefois, se révéla un peu plus difficile à mener à bien que les deux précédentes. En effet, ils durent intervenir pour démanteler un camp de rebelle implanté dans les bases abandonnées des zones fantômes. De nombreuses factions dans ce genre-là s'élevaient un peu partout dans l'univers pour défier l'autorité de l'Alliance et il était de leur devoir de rétablir l'ordre afin de désamorcer l'arrivée de nouvelles guerres qui ne feraient que plus de morts.
Le Vice-Commandant Morino le plaçait habituellement dans la même ligne de vol que Sasuke, car ils avaient toujours mieux travaillé ensemble, en symbiose parfaite. Alors qu'elle ne fut pas sa surprise et son réel déplaisir, lorsque son supérieur décida cette fois de le déplacer vers le bas de la formation.
Par soucis d'équilibre, qu'il avait dit, pendant qu'ils étaient dans l'escorteur pour élaborer la meilleure stratégie de poursuite, de capture, et dans le pire des cas, d'éradication des vaisseaux rebelles.
Naruto avait accepté sans broncher les ordres et avait guidé d'une main experte sa frégate pour la nouvelle formation. Mais c'était peu de dire qu'à la fin des opérations, lorsqu'ils firent escale sur une station intermédiaire pour se reposer et faire le plein d'énergie nucléaire, l'oméga était de très mauvaise humeur.
Sasuke, le connaissant comme s'il l'avait fait, avait bien entendu remarqué son morale au plus bas. Naruto savait qu'il essaiera probablement de lui poser des questions et de le calmer, sauf qu'il n'avait pas envie de gérer ça pour le moment. Ses paroles aimables et ses discours tout faits, ce n'était pas le genre d'intimité qu'il souhaitait vraiment entre eux et il n'en attendait pas plus. Il avait appris à vivre avec ce qu'on lui donnait et à accepter les choses qu'il ne pouvait pas changer.
Cela ne voulait pas dire qu'il était toujours au bon endroit pour y faire face.
Alors il préféra éviter Sasuke pour toute la durée de leur escale, en attendant de retourner sur la Terre, rentré chez lui et panser ses proverbiales blessures, regarder son émission de télé-réalité préférée avec son animal de compagnie blottit contre ses pieds pour le réchauffer, commander des nuggets de poulet avec une sauce ultra épicée et ne penser à rien pendant un long moment.
Il ne pouvait cependant pas éviter Menma. Pas quand ils vivaient littéralement ensemble et pas quand il était constamment là, toujours avec un commentaire sur chaque sujet, qu'il gardait soigneusement sous sa manche, préparé à le lui balancer à la figure aux moments opportuns.
Quelques heures après leur retour de mission, Menma franchit la porte d'entrée, transportant son matériel d'entrainement et le même survêtement qu'il portait quand Morino les avait envoyés se recharger les batteries sur la station intermédiaire, ou depuis cet après-midi quand ils avaient fait un briefing des évènements de retour à Saigei, Naruto ne savait plus, et il s'en fichait.
Posant son sac à côté de la gamelle de Kyu, Menma se rendit à la cuisine où Naruto put entendre la porte du réfrigérateur s'ouvrir et se fermer. Puis son frère revint dans le séjour avec un soda à la main. Il enleva sa casquette et se tint près du canapé, sans s'asseoir, se contentant de rester là, regardant la télévision depuis sa propre vision périphérique.
L'oméga attendit trois minutes supplémentaires avant de n'en plus pouvoir et de se tourner dans sa direction.
« Quoi de neuf ? », lui demanda-t-il, l'air de rien.
L'attention de Menma ne se tourna pas immédiatement vers lui, mais il déplaça lentement sa tête comme la sève coulant sur une branche d'arbre. Ses cheveux étaient en bataille et emmêlés sur sa tête, là où avait reposé sa casquette. Il avait des tâches et une odeur un peu désagréable.
Naruto fronça le nez, souhaitant qu'il s'éloigne.
« Big S et moi allons diner plus tard, tu veux venir ? »
« Non. », répondit-il d'un ton mordant.
Il espérait vraiment que Sasuke ne viendra pas ici, non plus. L'idée d'essayer de tenir le coup devant lui aussi, c'était…il n'avait pas la force pour ça ce soir. Il avait besoin d'une putain de pause.
« Allez, on peut aller où tu veux manger », insista Menma, semblant sincèrement le penser.
Mais Naruto n'en avait tout simplement pas envie. Sa peau était déjà fine comme du papier.
« Non. »
Menma fit le tour du canapé pour pouvoir le regarder directement. Son expression était tordue et énervée, exactement ce qu'il ressentait lui-même.
« Allez, Stormy, sérieusement ? », poussa encore son jumeau.
« Ouais », articula-t-il, délibérément obtus.
C'était ça, ou lui dire d'aller se faire foutre. Il ne voulait pas en arriver là, mais il voulait aussi qu'il cesse de lui forcer la main.
À côté de lui, la bouche de Menma se resserra, un muscle de sa mâchoire fléchit. Naruto avait l'habitude d'observer son propre visage se refléter avec colère. Il l'avait vu assez de fois au cours de sa vie. Rien de tout cela n'était surprenant et pourtant, de temps à autre, il y avait cette étrange dissonance cognitive qui lui donnait l'impression qu'il se regardait réellement et pas qu'il avait un autre être humain, vivant, respirant, pensant, en face de lui, avec lequel il partageait simplement une majeure partie de son ADN.
Il vit la frustration de Menma monter avant qu'il ne puisse plus la retenir, parce qu'il n'avait jamais été doué comme lui pour encaisser les coups en silence.
« Pourquoi t'es une telle garce ce soir ? C'est parce que tu as été envoyé en deuxième ligne ? »
Cette fois, cependant, Naruto choisit de ne pas laisser passer ça. Au diable la bonne entente, au diable ses bonnes résolutions, il en avait assez.
« Va te faire foutre, Menma », cracha-t-il tandis qu'il regardait avec satisfaction l'expression de ce dernier passer de l'indignation à la confusion, puis à la réalisation.
« Alors c'est vraiment ça ? Tu boudes comme un sale gosse parce que Morino a modifié la formation ? »
Naruto ne dit rien, regardant simplement avec des yeux meurtriers son frère s'asseoir sur l'accoudoir de la causeuse.
« C'est déjà arrivé par le passé, n'est-ce pas ? Je suis presque sûr que tu as commencé en bas de formation quand tu venais d'être pris à Saigei. »
« As-tu regardé mes stats ? », rétorqua-t-il en se détournant.
« Tu ne réponds pas à ma question. »
« Pourquoi faire, au juste ? Tu dois déjà connaitre la réponse. »
Menma leva les yeux au ciel, tirant sur les pointes de ses cheveux noirs.
« Cesse d'être aussi difficile, Stormy. »
Naruto leva les yeux au ciel en retour, et claqua avec un rictus moqueur :
« Est-ce que tu peux me foutre la paix, Devilshit ? »
« Écoute…je suis sûr que tu seras bientôt de retour en tête », dit Menma, en décapsulant sa boisson et en prenant une longue gorgée, sans rompre le contact visuel.
Naruto détestait la manière compatissante avec laquelle il le disait, tout comme il détestait ses regards de pitiés. Il n'était pas un enfant qu'il fallait consoler. Soupirant, il récupéra son PADD oublié sur la table basse et commença à parcourir quelques nouveaux messages qu'il avait reçus de sa mère, de Karin et de Shikamaru, espérant que son frère comprendrait que cette conversation était terminée.
Concentré sur son appareil, il en oublia presque l'autre assit là pendant un moment. Jusqu'à ce que Menma se lève, ses sourcils durement froncés.
« Comme si tu me croirais, même si je te ne disais que je le faisais ! »
Naruto cligna deux fois des yeux, mais ne réagit pas plus que cela à son éclat.
Il se souvenait de leur première visite à Saigei Saonosori, presque vingt-cinq ans plus tôt. Cette année où leur père avait pris sa retraite. Ce moment où il avait fait la connaissance de Sasuke.
De ce jour-là, où leur rêve commun était né.
Des années plus tard, ils étaient tous entrés à l'Académie. Il y avait eu un camp d'entrainement organisé à la Fire Base où tous les jeunes enfants de quatorze ans des quatre recoins de l'univers furent conviés pour débuter la formation de la prochaine génération de pilotes. Menma et lui avaient fait quelques tests et l'entraineur des juniors les avait jugés suffisamment talentueux en dépit du fait qu'ils n'avaient que treize ans à cette période, donc un an de moins que tous les autres enfants. Leurs parents avaient été ravi(surtout papa, en vérité.), et Menma avait adoré l'idée de s'entrainer avec des enfants plus âgés. Naruto lui, cependant, avait été anxieux pendant toute la durée de leur séjour. À cet époque-là, il était assez petit pour son âge et bien sûr, l'équipe était composée en majorité d'alphas, d'une poignée de bêtas et lui était le seul oméga. Bizarre, étrange et singulier, comme ces étiquettes semblaient le poursuivre partout où il allait.
Et la plupart des autres gosses ne le laissaient jamais oublier qu'il n'était que ça, un pauvre et frêle oméga.
Ça n'avait pas été évident au début. Ils n'avaient pas été grossiers en apparence, ils ne l'avaient pas bousculé ni insulté, ils ne l'avaient tout simplement pas inclus dans quoi que ce soit en dehors de la salle de simulation de vol. Il avait été exclu de toute activité d'équipe comme aller au cinéma le week-end, trainer dans la salle commune du bâtiment des dortoirs, ou jouer aux jeux vidéo. Leurs temps libres ne se produisaient comme par magie que lorsqu'il n'était pas là. Parfois, des morceaux entiers de son équipement disparaissaient pour réapparaitre dans les poubelles à l'extérieur près du gymnase, couvertes de boue.
Naruto ne s'était jamais plaint, ne les avait jamais arrêtés. N'avait même jamais essayé de les confronter. Il savait que cela n'aurait fait qu'empirer les choses. Il était le seul de sa catégorie au milieu d'une foule de gens qui le détestait sans même vouloir ou faire l'effort d'apprendre à le connaitre. Il voulait supplier l'entraineur de ne pas le féliciter devant l'équipe, il avait même envisagé de faire semblant d'être nul pour empêcher les alphas les plus belliqueux de le regarder comme s'ils voulaient l'écraser sous leurs bottes. Il avait tout encaisser en serrant les dents, espérant qu'ils s'habitueraient à sa présence et finiraient par l'accepter. Sauf que, peu importe à quel point il avait tenté de s'effacer, de se faire petit et oublier, certains devenaient de plus en plus en colère jusqu'à ce qu'ils se mettent à l'appeler 'PO' chaque fois que l'entraineur ou un enseignant était hors de portée de voix.
Il apprit plus tard que PO était l'abréviation de 'Pute Oméga', rien de très révolutionnaire. Ce qui n'était pas surprenant, au vue de leur aveuglément et des stéréotypes si ancrés dans leurs consciences que cela frisait le ridicule.
Le fait était que la situation avait été invivable. À plusieurs reprises, il avait voulu appeler sa mère pour lui dire qu'il abandonnait et qu'il voulait rentrer à la maison. Il ne savait pas comment il avait tenu le coup, en fait. Il avait fait de son mieux dans un contexte où son frère vivait la vie qu'il avait toujours voulu vivre et où son unique ami était populaire et toujours occupé. Il avait passé son temps libre à lire et à perfectionner son vol, à regarder des films emmitouflé dans les couvertures de son dortoir.
Et ce fut ainsi que Sasuke l'avait retrouvé un vendredi soir après les vacances de Noël. Il s'était senti comme de la merde toute cette soirée-là, le nez rouge à cause d'un foutu rhume et les cheveux dans tous les sens par la faute de l'endroit où il avait dormi dessus toute la journée. Les dortoirs avaient été presque vide à dix-neuf heures, et le couvre-feu pas appliqué avant quelques heures.
Sasuke avait frappé à sa porte pour voir que ce qu'il faisait et avait fini par rester regarder un film et manger des snacks du distributeur automatique, jusqu'à ce qu'un morceau de papier ligné soit glissé sous la porte.
Il avait été plié en deux et quand Naruto l'avait ouvert, tout ce qu'il avait contenu disait en grosses lettres : 't'es bonne qu'à sucer des bites, sale pute oméga'.
« C'est quoi ? », lui avait demanda Sasuke.
Naruto avait sursauté, puis froissé le morceau de papier et essayé de le cacher derrière son dos.
« Rien. »
« Alors pourquoi tu le caches ? », avait rétorqué l'Uchiha, méfiant. « Laisse-moi voir. »
Naruto avait voulu se mettre en colère. Lui dire d'aller se faire foutre et de rester en dehors de ses affaires, lui demander d'arrêter, mais ce n'était pas comme ça entre eux. Sasuke était son meilleur ami. Son confident. La plupart du temps, ils ne se cachaient rien.
Alors il avait déposé le morceau de papier dans sa paume tendue et avait senti son estomac se retourner, craignant que Sasuke ne jette un coup d'œil au surnom débile que les autres avaient inventé pour lui et soit d'accord. Au lieu de cela, le visage de l'Uchiha était devenu encore plus pâle. Puis vert. Puis rouge de colère. Et presque violet tandis qu'il s'était levé du lit, la couverture autour de ses épaules tombant au sol.
« Qui a écrit ça ? »
Sa voix avait été froide. Comme Naruto ne l'avait jamais entendu auparavant. La gorge nouée et la tête baissée, il avait donné les noms des trois types qui le persécutaient depuis le début du camp d'entrainement. Hidan, Zetsu et Kabuto.
« Qui d'autres ? »
« C'est juste eux. »
De manière générale, tout le monde le méprisait, mais on aurait dit que ces trois-là s'étaient donnés pour mission de faire de sa vie un enfer.
Hidan et sa bande étaient bêtes à manger du foin. Ce qui leur conféraient leur pouvoir, ce n'était certainement pas l'intelligence mais bien leur nombre. Leur cruauté ne venait pas de leur cerveau, mais de leurs bêtises. Leurs piques ne venaient pas de leur intellect, mais de leur assurance d'être en supériorité numérique.
« D'accord », avait marmonné Sasuke. « Je dois y aller. »
Et il était sorti de la pièce comme une fusée.
Naruto avait été confus, mais surtout blessé. Il lui avait semblé qu'une fois que Sasuke saurait ce que les autres pensaient de lui, il ne voudrait plus, lui non plus, être vu en train de trainer avec lui. Il aurait préféré avoir eu tort.
Il avait pleuré pour dormir cette nuit-là après avoir cru perdre son seul véritable ami et il avait pris la décision de se donner à fond et de passer les prochaines années à s'entrainer jusqu'à ce qu'il puisse être recruté chez les seniors de la Fire Base.
Le lendemain matin, alors qu'il s'était présenté à la salle de simulation pour l'entrainement, il avait vu Sasuke entrer dans le vestiaire avec une lèvre fendue et un énorme hématome sur sa pommette gauche. Il avait été encore plus silencieux que d'habitude pendant les exercices de vol, observant tout le monde et le fixant de l'autre côté de la pièce, jusqu'à ce qu'il s'approche de sa position lui demande s'il allait bien.
« Je vais bien », avait répondu Naruto en pensant que c'était plutôt lui qui devrait lui poser cette question, son bleu à la joue encore plus impressionnant de près.
Sasuke avait attrapé son poignet et l'avait tenu pendant un moment, son pouce effleurant le pouls qui y battait furieusement, donnant envie à Naruto de presser honteusement son visage contre son uniforme en sueur, d'être enveloppé dans son odeur d'alpha.
« D'accord. C'est bien. »
Naruto n'avait pas été sûr de ce qu'il avait voulu dire, ni pourquoi il le touchait comme ça là où le reste de l'équipe pourrait les voir, mais il avait été soulagé que Sasuke ne se soit pas mis à l'éviter après les événements de la nuit précédente.
Il aurait voulu poser des questions sur les raisons de son visage tuméfié, mais cela ne lui avait pas apparu être un moment adéquat.
Hidan, Zetsu et Kabuto ne s'étaient pas présentés à l'entrainement ce jour-là. Ni le lendemain, ni le jour d'après. Et quand ils étaient finalement revenus, ils avaient complètement arrêté de lui parler, de prendre son équipement, et arrêté d'agir comme s'il n'existait pas, sauf pendant les vols. Ce n'était pas ce à quoi le blond s'était attendu, mais cela avait rendu sa vie moins pénible.
De retour dans le présent, Naruto se rendit compte que contrairement à lui, Menma n'avait jamais eu à vivre ça. Ni à faire face à la discrimination. Et il ne fera jamais, car il était un bêta, pas un oméga.
Tout le monde l'aimait. Tout le monde voulait être son ami. Tandis que Naruto n'était que l'oméga qui ferait bien de fermer sa gueule et de rester dans son coin.
« On a beau être identique », reprit-il, soudain épuisé. « Mais tu n'as aucune idée de ce que c'est d'être moi. »
Menma le regarda pendant une longue minute tendue, ayant la décence de ne pas contester ces paroles criantes de vérité.
« Explique-moi, dans ce cas », dit-il, au moment où il prit de nouveau la parole.
Naruto secoua la tête, n'ayant aucune envie de gaspiller sa salive. Ça ne servirait à rien de lui raconter tout ça. Il trouverait un moyen d'en rire, ou lancerait un commentaire qui se voulait compatissant mais qui serait certainement moqueur. Pas parce qu'il était cruel, non, son frère était loin d'être une personne cruelle, mais parce qu'il était un bêta, qui ne comprendrait tout bonnement jamais ce que ça faisait. Il ne pouvait pas comprendre. Il fallait le vivre.
« Je préfère regarder mon émission », dit-il, tournant sa tête vers la télé.
« Très bien. », lâcha sèchement Menma.
Il se leva et sortit de la pièce d'un pas furieux. Quelques minutes plus tard, Naruto entendit la douche s'enclencher.
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Une heure, peut-être deux, s'écoula jusqu'à ce que l'IA de surveillance de l'appartement annonce d'une voix robotique qu'un visiteur était là. Kyu grogna mais Naruto le calma en se levant pour aller ouvrir la porte d'entrée.
Il découvrit Sasuke de l'autre côté, vêtu d'un jean brut et d'un t-shirt noir à manche longue qui ressemblait presque à un col roulé si ce n'était que l'encolure de l'habit était assez bas pour dévoiler ses clavicules. Il avait joint des baskets blanches à sa tenue et il sentait l'eau de Cologne chère. Couplé à ses cheveux noirs qu'il portait très court depuis le début de l'année et la boucle d'oreille en pointe discrète et solitaire à son lobe d'oreille gauche. Il était si beau que l'oméga le fixa trop longtemps avant de se rappeler qu'il était censé le laisser entrer.
« Salut », lança l'alpha, l'attirant à ses côtés avec un bras fort pour un câlin.
« Salut », murmura-t-il, baissant la tête pour éviter de dévoiler le sourire idiot qui menaçait de s'épanouir sur ses lèvres.
Il avait envie de reposer sa tête sur l'épaule de Sasuke et d'oublier tous ses problèmes, mais comme à chaque fois qu'il sentait sa couverture mise en péril, il se força à s'éloigner, commençant à bavarder de tout et de rien. Il redirigea la conversation vers des sujets plus informels, comme la farce d'hôtel que Kiba prévoyait pour Shino et les nouveaux lasers dont la moitié de l'équipe ne cessait de s'extasier.
« Je pourrais en avoir un », commenta Sasuke.
« Monsieur Sasuke Uchiha qui utilise des armes de bêta ? », haleta Naruto d'un ton taquin. « Attend que FM-Pilot en entende parler. »
Sasuke eut un petit rire.
« Je ne savais pas que les lasers étaient des armes réservées aux bêtas, Usuratonkashi. »
« Dites ça aux restes des soldats alphas de Saigei. »
Naruto ne savait pas pourquoi il faisait pression sur Sasuke à ce sujet. Il était conscient que ce dernier ne se souciait pas de la dynamique, n'était pas du genre à juger les autres sur cela ou sur la façon dont ils choisissaient de se présenter au monde. Il disait bien souvent qu'il s'en fichait. Mais en tant qu'alpha, évidemment qu'il avait le luxe de ne pas s'en préoccuper. Sasuke avait traversé beaucoup chose pour arriver où il était, c'est vrai, mais il n'avait pas non plus dû faire face à de la discrimination à cause de son genre secondaire.
Si Sasuke utilisait ces lasers, des articles seraient écrits sur l'ouverture d'esprit et l'acceptation des différentes en tant qu'alpha. Si Naruto les utilisait, ces mêmes articles poseraient la question de savoir s'il repoussait délibérément les limites pour faire parler de lui.
« Ils s'épuisent facilement, ils sont assez encombrant et ils ne sont pas faciles à manier », déclara Sasuke le tirant une nouvelle fois à ses côtés, le sortant ainsi de ses cogitations. « Ils auront des stats nulles à la fin de l'année. »
« Mouais… », marmonna-t-il, souhaitant se sentir réconforter par cette analyse.
Ils restèrent assis tranquillement comme ça pendant un moment, regardant les publicités diffusées à la télé, les épaules de Naruto affaissées tandis qu'il se penchait de plus en plus dans la chaleur de l'Uchiha. Cela le rendit somnolent et il bailla involontairement, posant le côté de son visage contre la clavicule du brun.
« Tu ne veux vraiment pas venir avec nous ? », lui demanda doucement ce dernier.
Sans surprise, Menma avait dû lui dire qu'il avait repoussé la proposition de les accompagner. Il se demandait s'il lui avait également dit qu'il se comportait apparemment comme une 'garce' et une 'gosse boudeur', ou si tous les deux parlaient à peine de lui lorsqu'ils étaient ensemble. Depuis l'arrivée de Menma, ils étaient sortis diner plusieurs fois, créant une sorte de rythme. De temps à autre, Naruto les rejoignait, mais cela se transformait si souvent en Menma faisait son show qu'il se sentait comment une troisième roue avec son propre jumeau et son meilleur ami.
« Je ne suis pas vraiment d'humeur… à parler à des gens ce soir. », avoua-t-il dans un souffle.
Sasuke tendit la main et attrapa son poignet.
« Même à moi ? »
Jamais toi, pensa l'oméga. Mais il dit à la place:
« Je suis juste fatigué par les missions et tout le reste, Sasuke. »
« Tu te sens bien ? », l'interrogea-t-il, d'un ton soudain inquiet.
Il passa son pouce sur les veines de son poignet, comme s'il prenait son pouls. Naruto aurait aimé que ce contact ne soit pas si agréable.
« Je ne suis pas malade », assura-t-il, détestant le préoccupé. « Je n'ai pas bien dormi la nuit derrière, ni celle d'avant. »
Il continuait de faire des rêves bizarres depuis l'arrivée de Menma, où il avait à nouveau treize ans et était le seul oméga à l'académie de vol de la Fire Base.
Chaque année, pour leur anniversaire, leur mère mesurait leur taille sur la dalle de bois de leur chambre commune. Naruto était plus petit de quelques centimètres que Menma cette année-là et c'était comme un énième gifle, une autre façon dont il ne s'intégrait pas, même au sein de sa famille. Karin était aussi une oméga, quelque chose qu'il avait en commun dans leur famille pleine d'alphas et de bêtas et ce qui expliquait peut-être pourquoi ils étaient si proches, tous les deux. Mais ce n'était pas la même chose. Pas vraiment. Les gens s'attendaient à des omégas féminins, c'était même comme si les gens les préféraient dans leur société.
Les omégas mâles, par contre…
Les comparaisons sur leur manière de piloter avait commencé bien avant qu'il entre à Saigei. Mais à partir de leur treizième anniversaire, chaque fois que Menma faisait quelque chose de mieux pendant l'entraînement ou les missions juniors, on faisait comprendre à Naruto qu'il était paresseux. Nul. Un véritable cancre. Qu'il devrait faire mieux, comme son frère. Et toute tentative de manœuvre défensive dans sa propre zone était immédiatement annulée. Au début, même leur mère avait été réticente à ce qu'il rejoigne l'équipe junior avec Menma. Certes, elle l'avait toujours soutenu, et ne l'avait jamais repris à chaque fois qu'il s'était exprimé sur son envie de devenir pilote, mais il voyait bien qu'elle pensait que sa place n'y était pas. Parce qu'il était un oméga, intrinsèquement trop faible pour faire le poids contre les autres.
« Devenir soldat est dangereux », lui avait-elle dit. « Tu pourrais être blessé, ou pire, mourir. »
Ce n'était pas faux. Mais ça serait mieux passé si elle avait servi le même discours à Menma.
Ça l'avait mis tellement en colère. Cependant, au lieu de garder ça en lui, il avait cultivé cette colère. Il s'était entrainé comme un forcené, pour être bon, pour être plus fluide dans le maniement de son vaisseau, pour devenir le meilleur putain de pilote que Saigei Saonosori ait jamais connu. Pour qu'il rentre dans les annales et que l'on se souvienne de son nom. Que le monde comprenne enfin que les gens étaient bien plus que leur identité de genre.
Pour surmonter, enfin, le complexe d'infériorité qu'il trainait derrière lui parce qu'on avait passé toute sa vie à lui répété sans cesse que les omégas étaient faibles et moindres.
Naruto était un oméga et ce n'était même pas parmi le top dix des choses intéressantes à savoir sur lui.
Il y repensait maintenant, un lointain souvenir mêlé au rêve qui l'avait réveillé à trois heures du matin. C'était à peu près au moment où il avait réussi à obtenir un week-end pour prendre un escorteur et rendre visite à Sasuke et Menma sur Balkir.
Il avait assisté à leur entrainement qui consistait à parvenir à sortir d'un champ d'astéroïdes sans que le vaisseau soit touché. Sasuke avait parfaitement réussi à guider la frégate au milieu des gigantesques rochers virtuels de la salle de simulation, comme si c'était une danse facile dont il maitrisait chacun des pas. Menma par contre, avait eu plus de mal, l'écran de contrôle géant signalant que ses moteurs arrières étaient touchés.
C'était un test de passage pour le niveau suivant. Sasuke y avait excellé. Menma beaucoup moins. Leurs parents étaient là et avaient assisté à toute la scène. Naruto avait entendu son père sermonné son jumeau alors qu'il sortait de l'arène avec Sasuke après l'avoir rattrapé à l'extérieur des vestiaires. Minato ne criait pas, parce qu'il n'était pas du genre à crier. Il pouvait dire tout ce dont il avait besoin en gardant sa voix basse et en faisant en sorte que chaque mot sonne comme une flèche qui vous transperçait le cœur.
« Tu es beaucoup trop impatient. Pas assez concentré et tu te préoccupes trop du publique. Un pilote ne fait qu'un avec son vaisseau et sache que dans l'espace, dans l'intimité de ton cockpit, tu n'auras personne pour se soucier si ta coiffure à l'air bien. Tu devrais prendre exemple sur ton frère. », avait-il terminé, clairement la mauvaise chose à dire, au vu de l'expression de son jumeau qui s'était fermée encore plus.
Le regard de Naruto avait fait la navette entre son père et son frère, abasourdi. C'était la première fois qu'il voyait leur père gronder Menma comme ça. C'était plutôt à lui qu'on faisait perpétuellement la leçon et à qui on disait qu'il 'devrait prendre exemple sur son frère'.
« Désolé que tu sois venu ici pour rien », avait soufflé ce dernier, une fois que papa avait terminé sa conférence et était retourné au Kokuyoseki. Il rentrerait à Uzushio avec leur mère dans deux jours.
Naruto avait tendu la main pour donner un coup de poing à l'épaule de son frère.
« Tu t'es quand même pas mal débrouillé », dit-il, espérant le consoler.
Menma était odieux la plupart du temps, mais il avait détesté le voir triste et abattu comme ça.
« Tu parles, j'ai été une chiasse à côté de Big S… »
Eh bien, ce n'était pas faux, mais c'était de Sasuke dont on parlait. Il était bon dans tout ce qu'il faisait, surtout aux commandes d'un vaisseau. Se comparer à lui était vain et inutile.
« Tu t'es bien débrouillé, Devil », était intervenu l'Uchiha, lui frappant à son tour le bras.
Menma avait soufflé, riant humidement.
« Ouais, peu importe. J'ai besoin de me saouler. Qui veut venir avec moi ? »
« Je ne peux pas », avait-il refusé avec une grimace. « Je dois rentrer à Konoha demain. »
« Vraiment ? », avait demandé Sasuke, l'air déçu par la nouvelle.
« Ouais, j'ai des projets avec Sakura, Neji, Shikamaru et Kiba. »
« Cool pour toi », avait grincé Menma, l'air ennuyé.
Il avait ensuite levé les yeux au ciel et s'était enfui dans la direction opposée à celle qu'avait emprunté leur père plutôt, d'un seul geste. Naruto savait qu'il n'était pas en colère contre lui en particulier, pas vraiment, qu'il se sentait juste brûlé par son échec et par une autre des comparaisons spectaculaires de jumeaux.
Pourtant, cela avait fait mal qu'il n'ait pas reçu de véritable au revoir après avoir pris le temps de venir jusqu'ici. Le trajet de la Terre à Balkir durait plus de douze heures aller-retour.
Il avait regardé Sasuke, qui lui avait fait un sourire de travers et l'avait serré dans ses bras. Sasuke, qui avait grandi depuis la dernière fois que Naruto l'avait vu, l'était précédent. Sasuke, qui avait renoncé à se reposer et l'avait plutôt emmené diner toute la nuit, lui faisant visiter Balkir, discutant avec lui de la façon dont il aimait cette planète pendant qu'il mangeait une simple omelette aux oignons. Sasuke, qui avait senti encore plus l'alpha, comme son alpha, que toutes les fois où il avait été confronté à son odeur auparavant.
Naruto s'était senti mouillé et endolori, d'une manière absolument embarrassante et honteuse.
Il avait dû aller aux toilettes à un moment donné et s'asperger le visage d'eau pour que son pouls rapide se calme.
Ce n'était ni la première, ni la dernière fois que cela arrivait, il savait juste mieux le cacher maintenant.
« Tu veux que je te ramène quelque chose ? », demanda Sasuke, le sortant de ses pensées.
Le blond se secoua un peu, s'asseyant sur le bord du canapé et se dégageant du contact de son ami. Car chaque fois qu'il y plongeait, il se disait que la prochaine fois il ne le fera pas, la prochaine fois il irait mieux, mais ce n'était jamais le cas.
C'était difficile à expliquer. Chaque fois qu'il était proche de Sasuke, tout semblait différent – douloureux mais facile, libérateur et naturel. C'était comme tenir son cœur entre ses mains, le serrer fermement avant de le lâcher. Comme si la félicité et le bonheur étaient tout simplement trop gros pour tenir dans sa poitrine sans déborder.
« Pas besoin », répondit-il, avalant le rocher dans sa gorge. « J'ai déjà mangé. »
Sasuke ouvrit la bouche, comme s'il voulait protester, mais Menma jaillit du couloir, l'interrompant. Son frère récupéra son portefeuille qu'il avait jeté plus tôt sur la table d'appoint près de la porte lorsqu'il était rentré.
« Prêt ? », dit-il, s'adressant clairement à Sasuke.
Lequel jeta un coup d'œil à Naruto pendant un moment puis se leva lorsqu'il préféra faire semblant d'être absorbé par la télévision.
« Ouais, je suis prêt. »
« Super, allons-y », l'enjoignit Menma avec un signe de la main.
Il était bruyant comme toujours, rebondissant sur les talons de ses chaussures, les cheveux ébouriffés.
Naruto ne prit pas la peine de demander où il allait, mais vu l'effort vestimentaire qu'ils avaient fait tous les deux – son frère avec sa veste en cuir lisse et sa coiffure astucieusement coiffé-décoiffé -, sans nul doute que c'était un endroit très agréable.
« À plus tard, Storm », le salua solennellement Sasuke, comme s'ils étaient à la base.
Naruto le regarda suivre son frère jusqu'à la porte, les lèvres serrées en une fine ligne, sa mâchoire lui faisant mal, tellement il la contractait.
« C'est ça, au revoir », souffla-t-il quand ils étaient déjà loin.
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Début septembre, l'équipe des pilotes frégates eut une mission, dans leur système solaire. Sur la planète Mars.
En tout, le jeune homme avait dormi peut-être une heure.
Et encore, ces quelques minutes de sommeil qu'il avait réussi à grappiller péniblement çà et là avaient été tout sauf réparatrices. Lorsque son alarme l'arracha à un énième cauchemar, Naruto se réveilla avec l'impression de ne même pas avoir fermé les yeux une seconde.
Il se leva, puis se prépara machinalement à partir travailler.
Comme un automate, il se lava, s'habilla, ressembla ses affaires. Il ne mangea rien, en revanche. Son estomac était bien trop noué pour qu'il réussisse à ingurgiter quoi que ce soit – ni même pour qu'il ait envie d'essayer, d'ailleurs.
Tout se passa bien, en globalité, tellement bien d'ailleurs, que le Commandant Hatake et le Vice-Commandant Morino félicitèrent chacun leur tour Menma pour son esprit vif, le qualifiant 'd'ajout majeur', pour leur stratégie de formation.
Évidemment, son frère accueillit les éloges avec bonheur. Coincé avec lui dans le vaisseau militaire cuirassé qui les ramenait sur la Terre, il fut si insupportable que Naruto envisagea pendant de longues minutes d'ouvrir le sas et de sauter dans le vide sidéral, se faire emporter ou aspiré dans un trou noir plutôt que d'endurer ses vantardises.
Il se pencha pour regarder par l'un des hublots du gigantesque escorteur qui filait à travers des couches d'atmosphère, essayant de faire le vide dans son esprit, à l'image de l'étendue qu'il avait sous les yeux.
« Hé les gars », commença son frère une fois de retour à Saigei, comme si on ne l'avait pas assez entendu. « Qui veut aller chez Stormy boire quelques verres ? »
Naruto était toujours en train de retirer le reste de son équipement alors qu'il était assis dans un coin du vestiaire, écoutant Menma s'agiter et inviter des gens dans son appartement.
Ce n'était pas grave pour la plupart, il était ami avec la majorité d'entre eux, et n'hésitait pas à sortir boire avec ses collègues, encore moins la veille d'un jour de repos. Il souhaitait juste que son frère lui demande s'il était d'accord avant de prendre de telles initiatives.
La semaine dernière, leur mère les avait contactés et avait mis Menma en relation avec un agent immobilier. Il avait passé la journée à examiner plusieurs appartements et condos différents éparpillés dans la zone principale de Konoha, assez proche de Saigei, mais quand il était revenu le soir au moment de faire un compte rendu, il lui avait dit qu'il avait l'impression qu'aucun des choix de l'agent immobilier ne lui convenait.
Il ne l'avait plus contacté depuis.
Naruto jeta un coup d'œil à l'endroit où des journalistes interviewait Sasuke, lui demandant son sentiment sur le déroulement de la mission sur Mars. Son expression était impassible, décontractée et détendue. De plus, la façon dont la journaliste buvait chaque parole qui sortait de sa bouche en disait long. Il était la coqueluche de la presse. Il grognait et rougissait d'un air embarrassé à chaque fois que quelqu'un le lui disait mais c'était la pure vérité. Naruto décida de l'attendre pour lui demander s'il allait venir à la fête. C'était celle de Menma et il invitera qui il voulait, mais cela incluait généralement l'Uchiha. Son frère adorait monopoliser l'attention de leur ami, même quand il y avait une pièce pleine de monde, et Naruto savait que ce ne sera pas différent cette fois. Il se retrouvera jeter dans le rôle de la troisième roue comme bien souvent.
Il se demandait quand leur trio inséparable était devenu un duo dans un trio.
À moins que Sasuke ait d'autres projets, la soirée de Naruto ne s'annonçait guère joyeuse. La plupart du temps, il était habitué à être amoureux de son meilleur ami, à coexister avec le 'vouloir' et le 'ne pas avoir'. Il l'avait accepté. Peut-être qu'il n'avait pas évolué, il y avait de fortes chances qu'il ne le fasse jamais, mais il n'attendait plus rien.
Vraiment, il ne le faisait pas.
Sasuke avait sa propre vie, ses autres amis dont Naruto n'était pas forcément proche, les omégas (et apparemment les bêtas) qu'il baisait à l'occasion. Et il restait en dehors de ça. Ils n'en parlaient jamais parce que Naruto préférait ne pas le savoir. C'était comme une fosse pointue au milieu de son estomac qui piquait à chaque fois qu'il appuyait contre quelque chose de vital à l'intérieur de lui. Il s'était accoutumé à cette douleur particulière mais cela ne voulait pas dire qu'il désirait aggraver la situation.
Certains jours cependant…il souhaiterait en avoir juste un peu plus.
Il quitta la base avant que cette pensée ne prenne racine dans son cerveau et qu'il envisage de poser des questions sur les projets de Sasuke pour la nuit. Il s'arrêta dans un supermarché pour acheter des boissons, des snacks et de quoi préparer un repas rapide pour les invités parce qu'il savait que son frigo était vide et qu'ils seraient des monstres affamés une fois qu'ils auraient chacun bu deux ou trois verres de saké.
Une fois de retour à son immeuble, il put entendre de la musique et des voix qui s'échappaient de chez de depuis le couloir. Heureusement que ses voisins – la plupart âgés -, l'adoraient parce qu'il était un jeune homme beau et serviable, selon leurs propres dires, puisque les murs ici étaient fins comme du papier et qu'avec tout ce bruit…
Quand il ouvrit sa porte, dire qu'il s'attendait à du monde était un euphémisme. Parfois les membres de l'équipe amenaient leurs propres copains lorsqu'ils sortaient, mais c'était bien plus que cela. Il y avait au moins quarante personnes qui se promenaient dans son salon, s'asseyaient sur ses meubles, touchaient ses affaires. Il put voir Shikamaru, Neji, Kiba, et quelques autres gars d'autres équipes, mais leur présence était largement compensée par tous les alphas, bêtas et omégas anonymes présent à cette 'petite' fête.
En essayant de se frayer un chemin dans la foule pour déposer ses sacs dans la cuisine et donner à manger à Kyu, il tomba sur son frère, tellement occupé à flirter avec ce qui semblait être une petite femme oméga. Naruto l'avait déjà vu quelque part, mais il ne se souvenait plus où.
Ils étaient dans leur petite bulle que le blond n'eut pas beaucoup de scrupules à briser.
« Menma c'est quoi ce bordel ?! »
Son cri fit se retourner la fille qui le regarda, ses yeux écarquillés alors qu'elle se mit à le scruter de la tête aux pieds.
Elle était belle. Avec de longs cheveux noirs qui descendaient presque jusqu'à sa taille et de grands yeux pâles. Et quand Naruto leva un sourcil à son encontre, elle sourit de manière timide et amicale. Il se sentit soudain comme un connard de ne pas l'avoir salué convenablement, de s'être tourné vers son frère sans même lui prêter la moindre attention, mais il était trop énervé en ce moment pour s'occuper des étrangers.
« Quoi ? », répondit Menma en levant les mains.
C'était la même chose qu'il faisait à chaque fois qu'il se retrouvait au milieu d'un problème. Il jouait à l'innocent, sa bouche baissée et ses yeux écarquillés.
Naruto l'avait vu trop de fois quand ils grandissaient pour tomber dans ce piège pathétique, comme le faisait encore parfois leurs parents.
« Qui sont tous ces gens, bon sang ? Et où est Kyu ? »
« Oh, je l'ai enfermé dans la buanderie. »
« Tu as quoi ? »
« Ne me regarde pas comme ça ! Cette créature mutante que tu appelles ton animal de compagnie terrorisait nos invités ! »
Naruto manqua s'étrangler. Leurs invités ? Il ne connaissait pas la moitié des gens présent à cette fête !
« Tu te fiches de moi, j'espère. »
« Soit pas comme ça, Stormy, je voulais juste recevoir quelques amis. »
« Et tu es ami avec toute la ville, ou quoi ? », demanda-t-il, sceptique. « Tu aurais dû me demander en premier, tu crois pas ? »
La jeune femme aux côtés de Menma choisit ce moment pour reculer, se concentrant sur le mur et non sur eux même, or, Naruto savait qu'elle écoutait. Il souhaitait qu'elle parte pour ne pas avoir à s'inquiéter de ce qu'elle entendait ou de ce qu'elle pourrait aller raconter aux autres. Il souhaitait aussi que Menma puisse penser à quelqu'un d'autre qu'à sa petite personne pendant cinq minutes.
C'était peut-être trop lui en demander.
Naruto pouvait sentir sa mâchoire se serrer de minute en minute. Ses lèvres devenir une ligne fine dans une expression qu'il avait arboré trop souvent depuis qu'il vivait avec son frère.
« T'es un putain de connard », lui cracha-t-il.
« Bon sang, Naruto, détends-toi un peu ! », s'exclama son frère, l'air exaspéré. « Ils ne feront pas de dégâts, d'accord ? »
Comme pour le démentir, une fille bêta trébucha à côté d'eux, tenant une bouteille de bière à moitié vide et se déplaçant d'une manière branlante, clairement déjà ivre. Elle avait une coupe de lutin vert et le visage couvert de piercings, ses paupières scintillantes, elle rit en se heurtant à une autre fille, commençant à lui murmurer quelque chose à l'oreille.
Pendant un moment, Naruto resta là, glacé jusqu'à la moelle de l'os, essayant de respirer par le nez et de penser à quel point leurs parents seraient déçus de lui s'il foutait son propre frère jumeau à la porte. Bien sûr, Menma ne manquait pas d'argent pour une chambre d'hôtel et visiblement pas d'amis qui pourraient l'héberger, mais leur mère serait si en colère contre lui et leur père lui ferait la leçon pendant des heures sur l'importance des liens familiaux et comment il ne devait pas laisser leur rivalité empiétée sur leur relation.
Naruto prit tous les mots qu'il pouvait sentir monter de son cœur à sa gorge et les repoussa vers le bas jusqu'à ce qu'il les ravale. Ça avait un goût si amer qu'il compta jusqu'à dix dans sa tête pour pouvoir parler à nouveau à Menma sans se mettre à crier.
Il lui lança un regard mortel, espérant lui faire comprendre grâce à cela à quel point il était en colère contre lui et tourna les talons. Il traversa le salon, apercevant Sasuke avec deux omégas de chaque côté de lui, roucoulant et lui touchant les bras. Il leur dit quelque chose qui les fit rires tous les deux et Naruto eut l'impression d'être éviscéré avec un couteau tranchant, que le monde lui tombait sur la tête tellement cette soirée ne pouvait pas être plus merdique. Peu importe le nombre de fois dont il était témoin de ce genre de scène, le de coup poing qu'il ressentait à l'estomac ne faisait pas moins mal.
Dégouté, et ayant envie de pleurer à la fois de rage et de chagrin, il détourna le regard, se dirigeant vers la cuisine pour récupérer la gamelle et le bol d'eau de Kyu. Il alla s'occuper de lui où son frère l'avait effectivement enfermé dans la buanderie. Il pensait à le relâcher pour faire partir tout le monde, certain que ça marcherait vu à quel point son petit renard adorable – que Menma aille se faire foutre -, détestait les nouvelles têtes. Mais il n'était pas assez mesquin pour ça, alors il l'embrassa entre les deux oreilles, s'excusant de devoir le laisser ici.
Il sortit et alla s'enfermer dans sa chambre. Il alluma la lumière et sa télé, cherchant à bloquer le bruit qui provenait du salon. Il ne pensa pas à Sasuke en train de filtrer sur son canapé, ni à Menma dans la cuisine, ni à la façon dont tout était décalé depuis qu'il était retombé dans son monde. Il ne savait pas comment s'y adapter, mais il ne pouvait pas le changer pour le moment. Il voulait juste oublier cette soirée horrible.
Et demain tout le monde serait parti.
C'était juste une nuit. Il pouvait endurer. Il avait fait face à bien pire.
Il alla dans la salle de bain attenante, se déshabilla et prit une longue douche chaude, le front pressé contre le mur de marbre froid tandis que le jet frappait son dos, effaçant une partie de sa tension et de sa fureur.
Sortant de la douche, il s'enroula dans son peignoir, puis se mit en pyjama – un short et un tee-shirt surdimensionné -, et se glissa dans ses couvertures. Il attrapa son PADD, cherchant un film à regarder lorsqu'on frappa à sa porte.
Il envisagea de l'ignorer et de faire semblant de dormir, mais les coups reprirent de plus belles, le forçant à se lever. Il se dirigea vers la porte, la déverrouilla et l'ouvrit. Sasuke se tenait de l'autre côté, avec deux cannettes de bière non ouvertes à la main et un rictus de travers sur le visage.
« Salut », dit-il, à voix basse.
As-tu fini de flirter avec tes deux omégas ? Eut-il envie de lui balancer au visage avant de lui claquer la porte au nez, mais en vertu de quoi aurait-il le droit de s'énerver ? De plus, il y avait quelque chose dans le sourire discret de Sasuke qui lui donnait à chaque fois envie de lui sourire en retour.
Il réprima cette envie mais répondit tout de même :
« Salut. »
« Puis-je entrer ? »
Naruto voulait dire non à ça aussi. Sauf que ce serait un mensonge. Alors il se recula et se retourna sans un mot, laissant la porte ouverte.
« Ferme à clé derrière toi », lança-t-il par-dessus son épaule en se réinstallant dans le lit.
« Tu as peur que quelqu'un nous surprenne ? », plaisanta le brun.
Un autre jour, Naruto aurait ri de la blague, mais il était d'une humeur bizarre ce soir, donc il n'éluda pas comme il le ferait habituellement. Il sourit timidement, regardant l'alpha en dessous de ses cils :
« Pourquoi ? Tu comptes profiter de moi ? »
C'était amusant de regarder Sasuke s'étouffer avec sa propre salive avant qu'il se reprenne et passe à nouveau en mode taquin en déclarant :
« Peut-être que c'est mon intention. »
Il se dirigea vers le lit avec détermination et Naruto oublia un instant quoi faire de lui-même. Son cœur battait soudainement si fort qu'il avait l'impression qu'il cognait contre son sternum. Il se secoua et s'assit de son côté habituel du lit, baissant la tête et se mordillant l'intérieur des joues pour s'empêcher de lâcher quelque chose de gênant.
Il réussit presque.
« Tu as abandonné ton fanclub au salon. »
Sasuke s'assit de l'autre côté du lit, enleva ses baskets et lui tendit une bière, s'installant confortablement contre les oreillers.
« Quel fanclub ? », s'enquit-il sans chaleur.
Naruto souffla en roulant des deux, bataillant pour ouvrir sa canette de bière avec ses ongles trop courts.
« Tu sais bien…les deux omégas qui te bavaient dessus sur le canapé. »
« Oh. Il y avait aussi un bêta, ils étaient trois. »
Naruto tourna la tête et enregistra son sourire de sale gosse arrogant. Il roula à nouveau des yeux, soufflant de rire.
« Sale frimeur. »
Sasuke but une gorgée de sa boisson, l'air satisfait de lui-même, le bâtard.
« C'est toi qui a parlé de fanclub. Bref, qu'est-ce qu'on regarde ? »
Il s'appuya plus contre la tête de lit, les jambes croisées au niveau des chevilles. Il portait un short en jersey même s'ils étaient en septembre et qu'il faisait froid à Konoha comme pas possible. Naruto l'observa, le buvant du regard, ne pouvant s'empêcher de penser à quel point il avait l'air bien dans son lit, avec ses longues jambes pâles, lisses et musclés. À travers toutes leurs années d'amitié depuis le camp junior de Saigei. Depuis le séjour de Sasuke à Balkir, leurs séjours dans les dortoirs et tous leurs logements sur la route, Sasuke n'avait jamais été dans sa chambre d'adulte. Et il n'avait certainement jamais été sur son lit privé d'adulte. Il était difficile de se concentrer sur quoi que ce soit alors que son esprit évoquait si désespérément des images de la façon dont il se sentirait bien s'il grimpait sur ses genoux et pressait son visage contre son cou.
Merde.
« Tu ne veux pas retourner au salon ? », demanda-t-il, en serrant les dents et en touchant sa propre cuisse pour comprimer le muscle jusqu'à ce qu'il se pince.
« Tu essaies de me chasser ? », rit Sasuke en frappant son genou du dos de sa main, son expression joyeuse. « Nous devrions regarder un film, comme quand nous étions dans les dortoirs junior de Saigei. Tu t'en souviens, n'est-ce pas ? On se serrait contre Menma pour partager des bretzels rassis et des snacks du distributeur. »
Bien sûr qu'il s'en souvenait. C'était une époque si simple. Il avait chéri ces moments avec une passion dévorante. Il s'installa sur le matelas pour qu'il soit parallèle à Sasuke, seulement quelques centimètres d'espace les séparant.
« On regardait des films d'horreur pourris, et tu étais terrifié. Tu avais toujours peur d'aller aux toilettes seul après. », ricana-t-il en prenant une longue gorgée de sa bière même dans cette position bizarre.
Sasuke aboya un rire et enroula un bras autour de lui, le tirant jusqu'à ce que quelques parties de leurs corps se touchent définitivement.
« Parle pour toi. Tu te cachais derrière mon dos et tenait ma chemise si fort que cela coupait la circulation dans mon cou. J'aurais pu mourir étrangler tant fois à cause de toi. »
Naruto rit encore.
« Ah ouais ? »
« Ouais. », confirma l'alpha dans un sourire.
Naruto secoua la tête au souvenir de cette nuit en particulier. Il s'était accroché à Sasuke par peur, car son ami était littéralement impassible à tout, et aussi parce que, eh bien, ça faisait du bien de savoir qu'il était en sécurité, et protégé, que Sasuke ne laisserait jamais rien lui arriver, parce qu'il était la personne la plus courageuse et la plus forte que Naruto connaisse. Il ne reculait jamais devant l'effort, il était le genre de gars que même les hommes adultes enviaient quand ils étaient enfants. Tout lui était toujours venu si naturellement. Naruto se souvenait avoir voulu s'imprégner des rayons de l'existence de Sasuke, comme s'il pouvait les conserver en souvenir. Il espérait qu'un jour ces rayons feraient de lui plus que l'oméga ordinaire qu'il était, qu'ils le transformeraient en une version plus forte et plus stable de la personne qu'il souhaitait être.
« Désolé, mec », dit-il, les oreilles rouges d'embarras. « J'étais une merde. Je le suis toujours, je suppose. »
« Un peu », acquiesça Sasuke.
« Hé ! »
Le brun rit tandis que le blond lui tirait la langue.
« Écoute, ça valait la peine. »
Ça valait la peine de rire de son idiotie, voulait-il dire. Naruto ne pouvait pas être en désaccord. Il essaya de s'asseoir droit pour pouvoir terminer correctement sa bière mais Sasuke ne desserrait pas son emprise autour de ses épaules, et il n'avait aucune envie qu'il le fasse. Il ne voulait pas rompre leur contact, alors qu'il attrapait le bout du petit de doigt de Sasuke et reposait sa tête dans le creux de son bras, son corps pressé contre sa chaleur.
Sasuke gémit lorsqu'il choisit un film qu'ils avaient déjà vu au moins cent fois mais ne se plaignit pas davantage. Au bout d'une heure, ils étaient tous deux tellement fondus dans le lit qu'ils étaient pratiquement allongés l'un sur l'autre.
« Arrête de bailler dans mon oreille », dit Naruto après que Sasuke ait laissé échapper son quatrième bâillement.
« Je ne baille pas », protesta-t-il en baillant.
Naruto sentit son propre bâillement monter et se cassa presque la mâchoire quand il arriva.
« Super, maintenant tu me fais bailler aussi. »
« Mhm hum », marmonna très éloquemment Sasuke les yeux déjà fermés.
Naruto devrait le secouer et lui dire de rentrer chez lui. Il devrait vraiment. C'était juste qu'il était si à l'aise. Le corps de Sasuke était si chaud, il se sentait envelopper d'une façon si apaisante, la meilleure sorte de drogue au monde.
Ce fut sans surprise qu'il s'endormit peu de temps après son ami, la peau bourdonnante et cette chaleur agréable remplissant son ventre.
Quand il se réveilla le matin, la sensation était toujours là, mais elle s'étendait maintenant du centre de son corps jusqu'à ses bras et ses jambes, sa colonne vertébrale, sa tête si lourde qu'il avait l'impression que tout autour de lui était fait de liquide.
Naruto n'ouvrit pas les yeux, il ne voulait pas que la journée commence déjà. S'il ouvrait les yeux et parlait, alors le charme se romprait. Sasuke était toujours là, dans son lit, enrouler dans ses couvertures, blotti derrière lui et pressé contre lui comme s'ils s'appartenaient.
Cela ne durerait pas. Il fallait qu'il en profite. Qu'il fasse au moins semblant que tout cela était réel. Juste quelques minutes de plus.
Il essaya encore de reculer pour sentir la poitrine de Sasuke entièrement contre son dos, absorber sa chaleur, sentir son odeur endormie. Il ne voulait pas balancer ses hanches contre les siennes, mais inconsciemment, une fois qu'il le fit, il entendit son ami pousser un gémissement haletant, puis le bras passé autour de sa taille se resserra, les rapprochant incroyablement jusqu'à ce que ses fesses soient pressées contre l'entrejambe de Sasuke.
L'entrejambe de Sasuke qui était dure.
Eh bien. Putain.
Le gros renflement de sa bite reposait contre son cul à peine vêtu. Sa peau picotait partout et sa tête tournait. Très vite, le picotement se transforma en quelque chose de plus urgent, une vibration saccadée, presque rampante. Un besoin contre lequel il ne pouvait pas lutter.
Il ondula ses hanches et sentit Sasuke bouger avec lui, se balancer avec lui, s'enfoncer, écraser sa bite contre ses fesses.
Il savait qu'ils ne devraient pas faire ça. Qu'il devait le repousser. Des amis ne faisaient pas ce genre de chose, mais c'était plus fort que lui. C'était si bon.
Traitreusement, il imagina à quel point se serait encore meilleur si Sasuke baissait leurs deux shorts et s'enfonçait dans son trou humide et fuyant. Cette pensée fit jaillir un peu plus de liquide qui s'infiltra hors de lui, certainement en train de ruiner son bas et il ne pouvait toujours pas s'arrêter. Il voulait tellement ça que ça faisait mal. Pourquoi ne pouvait-il pas simplement l'avoir?
Sasuke. La personne la plus proche de lui dans l'univers entier. Son meilleur ami. Son coéquipier. L'amour de sa vie. Sa moitié. Son alpha.
Pourquoi ne lui donnait-il pas ce qu'il voulait ?
Ils se frottaient l'un contre l'autre avec plus de détermination à présent, le visage de Sasuke blottit contre sa nuque. C'était si bien, si intime, que Naruto se sentit perdre un peu la tête. Il avait besoin de plus. Tellement plus. Des doigts de Sasuke à l'intérieur de lui, sa langue, sa bite. Tout.
S'il pouvait juste lui donner ça, son monde serait parfait.
Ses doigts. Sa queue. Et peut-être son nœud.
Il pourrait même mettre un bébé à l'intérieur de lui. Naruto le laisserait certainement faire. Il lui laisserait faire tout ce qu'il voulait. Il pouvait déjà voir un petit bébé joufflu avec le visage de Sasuke et ses yeux bleus.
« Alpha », gémit-il à voix haute et ses yeux s'ouvrirent brusquement.
Naruto resta complètement immobile et repensa à ce qu'il venait de dire, à ce qu'il venait de faire, où il en était et la façon dont il se sentait surchauffer, en feu littéralement, comme s'il voulait sortir de son propre corps.
Oh non.
Oh non non non.
Merde.
Il se retira des bras de Sasuke et s'assit, essayant de s'éloigner jusqu'au bord du lit, sa respiration difficile et rapide.
Les prunelles d'obsidienne de Sasuke le fixaient. Ses joues étaient rouges, et son expression incertaine.
Il tendit la main vers lui et Naruto voulut tellement céser qu'il pouvait se sentir plus mouillé. Le désir de monter sur les genoux de Sasuke, d'envoyer tout au diable et le supplier de le baiser était comme une douleur lancinante qui traversait chacune de ses terminaisons nerveuses et tous ses os.
Naruto s'arracha du lit, s'éloigna, enroulant ses bras autour de lui pour ne pas tendre la main en retour.
« Naruto… ? », demanda Sasuke, et il avait l'air effrayé comme Naruto ne l'avait jamais vu effrayé auparavant.
Il prit une inspiration, et tenta de se concentrer au-delà de ses pensées sur l'alpha.
« Je pense…je pense que mes chaleurs commencent. »
« Merde », souffla Sasuke entre ses dents, mais assez fort pour que cela lui parvienne clairement.
Il sortit du lit, et se remit debout en trébuchant maladroitement.
« Je devrais…putain… je devrais sans doute partir. »
La tente sur le devant de son short était clairement visible, même s'il essayait de le cacher. Naruto lui-même n'était pas en reste.
Non ! avait-il envie de crier. Ne pars pas, s'il te plait, reste. Reste.
Alors il tendit la main dans sa direction, même s'il s'était dit qu'il ne le ferait pas, il y a quelques instants. Sasuke se figea, ne bougeant plus d'un pouce, ne reculant pas non plus et il était si difficile de se rappeler pourquoi il ne devrait pas aller vers lui. Il rampa sur son lit jusqu'à ce qu'il soit devant lui et qu'il puisse presser son visage contre son torse et le sentir, sa peau et sa sueur, son eau de Cologne qui s'estompait et son parfum de bois de santal.
Naruto passa son visage sur sa clavicule leva les yeux pour voir l'expression douloureuse de Sasuke. Merde. Pourquoi faisait-il une tête pareille ? Avait-il encore fait quelque chose de mal ? Il ne comprenait pas ce qui n'était pas bon. Était-il vraiment un si mauvais oméga ?
Il sentit Sasuke toucher ses cheveux et cela l'éclaira intérieurement. Son alpha le touchait, il le voulait, tout allait bien, il n'avait pas tout gâché, finalement. Il avait juste besoin de se rapprocher pour que Sasuke puisse l'avoir.
Dans cette optique, il essaya d'enrouler ses bras autour de son cou mais deux mains s'enroulèrent autour de ses poignets, l'immobilisant.
« Naruto. Non. », dit-il sèchement, les sourcils froncés.
Ses yeux d'obsidienne se fermèrent et il déglutit de façon presque audible. Il avait l'air si triste que son visage était affaissé.
Naruto ne comprenait pas.
« Non…? », lui demanda-t-il d'une petite voix, se sentant à deux secondes de pleurer lui-même.
« Je suis désolé, bébé. Je dois y aller. »
Pourquoi ?! Naruto voulait crier tandis que Sasuke embrassait chacun de ses poignets au niveau de son pouls avant de le lâcher. Il s'éloigna, encore et encore. Ses joues étaient rouges et ses cheveux courts ébouriffés d'une manière qui ne lui ressemblait pas.
« Je vais aller chercher ton frère. »
« Sasuke, non… », suppliait-il.
Il se mettra à genoux si c'était ce qu'il voulait. Il fera n'importe quoi. Si seulement il restait.
« Tout ira bien », dit Sasuke en se conduisant vers la porte. « Reste ici. Ne bouge pas. D'accord ? »
Impuissamment, Naruto se retrouva incapable de lui désobéir, même s'il c'était la dernière chose qu'il voulait vraiment.
« Je bougerais pas », acquiesça-t-il en hochant la tête.
Son alpha lui avait dit de ne pas bouger alors il ne le fera pas. Et peut-être que s'il était assez bon, ça lui donnera envie de revenir.
La pièce commença à tourner à mesure que sa tête devenait lourde. Les murs semblaient osciller autour de lui.
Il avait déjà ressenti cela auparavant, mais il était difficile de se souvenir de quoi que ce soit, de penser à autre chose que l'impérial besoin de toucher et d'être touché. D'attendre le retour de Sasuke, pour qu'il puisse le remplir et le nouer encore et encore, comme ils étaient faits pour l'être, toujours liés ensemble.
« Stormy ? », dit une voix qui semblait familière.
Ce n'était pas Sasuke, cependant. Durant un instant. Naruto voulu garder les yeux fermés et rester allongé ici, parce que rien d'autre n'avait d'importance. Mais ensuite, il entendit à nouveau son nom et c'était comme si un interrupteur était actionné, le ramenant brièvement à la réalité.
Il leva les yeux et vit Menma qui se tenait au-dessus de lui, inquiet et se tirant l'oreille.
« Tu vas bien ? »
Avait-il l'air d'aller bien ? Son frère était si stupide, parfois.
« Non », croassa-t-il.
Il était difficile d'enchainer des pensées cohérentes ou de se rappeler ce qui faisait partie de son imagination et ce qui était la réalité. Tout saignant ensemble et plus il s'enfonçait dans sa chaleur, plus il lui serait difficile de réfléchir ou de penser.
Il ne savait pas pourquoi ses chaleurs étaient apparues si soudainement ni ce qui les avaient déclenchées, mais c'était tout à fait inattendue et bien trop tôt. Ses dernières chaleurs remontaient à quatre mois. Il aurait dû avoir encore au moins deux supplémentaires avant que quoi que ce soit n'arrive. Assez de temps pour doubler ses suppresseurs afin qu'il n'ait besoin de ne manquer qu'un ou deux jours d'entrainement avant de rebondir.
Il était beaucoup trop tard, à présent. Il n'avait pas pris ses anti-chaleurs à temps et il allait devoir passer une semaine dans la misère. Pour couronner le tout, ils avaient une mission dans deux jours et à cause de cette foutue situation, il ne ferait pas partie de l'équipage.
Merde. Merde. Merde.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? », demanda Menma, le sortant de sa spirale. « Sasuke a dit que tes chaleurs avaient commencé. De quoi as-tu besoin ? »
« Sasuke… », souffla-t-il puis il se mordit la langue jusqu'à ce que ça fasse mal.
Mon Dieu. Est-ce que tout cela pouvait-il être plus embarrassant ?
« Quoi ? » fit son frère, confus et inquiet. « Tu as besoin de Sasuke ? »
« Non », mentit-il, en secouant la tête. « J'ai besoin de pilules. D'eau. Appelle Morino pour le prévenir. »
Il espérait que Menma comprenait ce qu'il voulait dire. Ce n'était pas la première fois qu'il le voyait en chaleur, certes, mais jamais à un tel degré, avant. Naruto n'avait jamais affronté ce problème à ce niveau, non plus, pour être honnête. C'était nouveau pour eux deux.
« Quelles pilules ? »
« Suppresseurs », dit-il essayant de pointer le chemin du doigt. « Dans la salle de bain. Tiroir du dessus. Bouteille verte. »
« Okay, je reviens », acquiesça son frère en courant hors de la pièce.
Naruto l'entendit foutre le bordel là-bas pendant une minute, renverser des bouteilles, quelques-unes tombant et roulant par terre. À son retour, Menma avait le flacon de suppresseurs et un verre d'eau en main. Il les posa sur le lit à côté de la main de Naruto.
« As-tu besoin d'autre chose ? »
« Non », haleta-t-il. « Sort. »
Il ne voulait pas être impoli, surtout quand son frère était si serviable, mais s'il ne pouvait pas se débarrasser de ses vêtements et se mettre quelques doigts dans le cul dans les deux prochaines minutes, il allait crier.
« D'accord, je vais contacter Morino. », dit son jumeau en se précipitant vers la porte. « Crie si tu as besoin de quelque chose ! »
Dès que Naruto entendit la porte se fermer, il arracha son t-shirt et son short, heureux de ne pas s'embêter avec un boxer. Il prit quelques-uns de ses coupe-chaleur, doutant qu'ils puissent l'aider maintenant, et se déplaça aussi vite que son corps tremblant le lui permettait pour atteindre la boite de jouets sous son lit. Il sortir le gode noué couleur chair et un plug noué noir et ne s'embêta pas avec son lubrifiant parfumé à la fraise. Il produisait actuellement assez de liquide pour remplir sa baignoire entière. Ses draps étaient déjà trempés d'où il était assis, essayant de grimper dans les bras de Sasuke.
Son cerveau se retourna à nouveau alors que la pensée de l'alpha lui passait, puis il était trop occupé à enfoncer le gode noué à l'intérieur de lui et à penser à la main de Sasuke dans ses chevaux alors qu'il arrivait.
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La semaine s'écoula dans une étrange et lente brume d'orgasmes où Naruto ne pensait à rien d'autre qu'à Sasuke qui le nouait en lui soufflant à l'oreille comment il l'aimait, qu'il était le meilleur oméga de l'univers et qu'il voulait fonder une famille avec lui. Lorsque les moments de lucidité apparaissaient, ils étaient d'abord brefs et ne lui donnaient que le temps d'avaler autant d'eau et de nourriture qu'il pouvait avant que la chaleur ne l'envahisse à nouveau quelques heures supplémentaires. Au moment où la brulure dans sa peau s'atténua, six jours plus tard, Sasuke et Menma étaient partis en mission avec le reste de l'équipe.
Quelques jours plus tard, lorsqu'il se sentit enfin assez bon pour se rendre à l'entrainement, il apprit qu'en son absence, au cours de la dernière mission, Menma avait été placé sur la ligne de Sasuke et qu'ensemble, ils avaient abattu à eux tout seul presque tous les vaisseaux ennemis qui avaient tentés de leur tendre une embuscade.
Eh bien. Merde.
Résumé de cette première partie : Naruto est un gros débile qui pense que Sasuke ne l'aime pas en retour, mdr.
Il se trouve que je faisais toujours de Naruto un orphelin sans famille, ou adopté, j'ai décidé que dans cette histoire il ferait partie d'une famille nombreuse, voilà.
