Chapitre 4 : Celui qui rêvait d'être moi.

...

Après toutes ces péripéties, et la mission achevée avec plus ou moins de réussite, l'équipe retourna sur la Terre.

C'était bon d'être à la maison. Saigei sentait le printemps fraichement installé, chaud et un peu humide.

L'excitation d'être à nouveau sur la planète dû attendre, toutefois.

Le voyage de retour avait été beaucoup plus tendu que celui de l'aller. Sasuke s'était confiné dans sa cabine, affranchi de la perspective d'une condamnation mais sanctionné par leurs supérieurs, sa licence de vol suspendue pendant un mois entier, ce qui aurait pu être pire si l'agent Cérilien avait succombé à ses blessures. Neji, Sai, Shikamaru et les autres gars avaient tous arboré des mines graves. Même Kiba s'était abstenu de faire des blagues et des farces comme il en avait normalement l'habitude. Naruto quant à lui, avait été plus silencieux que ce qui n'avait jamais été observé depuis son arrivé à Saigei. De colère ? D'honte ? D'humiliation ? Impossible de le dire avec certitude. Son regard avait été soit dans le vague, soit tourné vers l'un des hublots. Ils avaient tous convenu tacitement de le laisser tranquille pour le moment, et de ne surtout pas lui faire remarquer qu'il n'avait pas visité Sasuke une seule fois depuis son isolement.

Tout du moins, pas depuis qu'ils avaient quitté la planète Cérès, et la scène étrange que Menma avait surpris entre son frère et son ami.

Il avait beau essayé, il ne pouvait toujours pas s'empêcher de penser à ce qu'il avait vu.

Naruto et Sasuke.

Bien sûr. C'était tellement évident maintenant qu'il avait plus de recul, comme si un voile avait été retiré de ses yeux, comme s'il avait nettoyé la saleté de son pare-brise. Tout lui était d'une clarté saisissante, à présent. Il ne savait pas jusqu'où cela remontait, mais il pouvait faire quelques suppositions éclairées en fonction de leur niveau d'étrangeté à un moment donné et des souvenirs qui ne correspondaient pas tout à fait. Il enfonçait les pièces du puzzle aux mauvais endroits, essayant d'insérer des chevilles rondes dans des trous carrés, ou une autre métaphore merdique.

En résumé, il se sentait terriblement stupide et trahi.

Son propre frère et son meilleur ami, et ils ne pouvaient pas quoi ? Trouver le temps au cours de la dernière année, ou deux, ou cinq, de lui en parler ? Lui expliquer ce qui se passait ? Se confier ne serait-ce qu'un peu à lui ?

Putain. Menma comprenait parfaitement cela, il ne s'attendait pas à ce qu'aucun d'eux le tiennent au courant des petites choses quotidiennes comme avec qui ils sortaient, quelles nouvelles émissions de télévision ils regardaient, ou quelle nouvelle farce Kiba faisait. Il ne s'attendait même pas à ce qu'ils le tiennent informer de temps en temps de choses comme avec qui ils couchaient, quelles vacances ils prenaient, ou si l'un d'eux avait réussi un tour du chapeau. Mais ce n'était pas un phénomène rare qui pourrait réapparaitre. Il s'agissait au contraire d'une situation unique qui allait changer toute leur vie, leur dynamique de groupe, et Menma avait été complètement laissé à l'écart à maintes reprises.

Loin des yeux, loin du cœur, comme on disait. Eh merde, si l'on en croyait son expérience, ça devait être vrai.

Il avait suffi qu'il parte à Suna pendant cinq ans pour que tout vole en éclat.

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Début mars, l'équipe eut une autre mission qui se déroula bien mieux que la précédente. La suspension de Sasuke était terminée, il était de retour dans la formation, les choses étaient de nouveau comme avant ou presque. La période des nominations et des changements de grades approchait à grands pas, Menma se sentait en sécurité, mais pas autant qu'il aimerait l'être et le stress commençait à démanger tous ses nerfs.

Il y avait une impuissance lancinante qui s'infiltrait dans tous les recoins de son cerveau, que ce soit sa merde instable avec Naruto, à sa colère contre Sasuke, son besoin sans nom d'Hinata et sa frustration face à sa carrière qu'il avait l'impression de sentir stagner. Il ne pouvait pas y échapper parce que c'était partout, et ça le mettait à cran.

Ça faisait des lustres qu'il avait le sentiment de ne pas s'être réellement dépassé. Ce n'était pas grave, ce n'était pas vraiment un trou si profond, même l'élite de l'élite traversait des périodes de sécheresse ou se faisait parfois mordre par un serpent. Menma le savait. Seulement, plus il poussait fort, plus il devenait difficile de garder ses objectifs en tête, de se libérer de ses contraintes invisibles. D'avancer, tout simplement.

Des retrouvailles dont il se serait passé avec son ancienne équipe illustrait un peu plus la sensation d'agonie dans laquelle il pataugeait depuis des semaines.

C'était lors de l'un des sommets interbase annuel, cette fois ci à Suna. Sasuke décida après l'interminable bal de conférences que l'équipe devait manger ensemble et délégua la tâche à Menma de leur dénicher un bon restaurant, puisqu'il était le plus accoutumé à Suna, d'eux tous.

Prenant cette mission à cœur, Menma les conduisit dans un charmant établissement qui n'avait pas de sandwichs au cheeseSteak au menu, fait qui déçu au moins la moitié de l'équipe et qui suscita quelques plaintes au jeune homme. Mais Sasuke appréciait les options saines et sans gluten, continuant à dire à quel point il souhaitait que Konoha ait plus d'endroits comme celui-ci autour de Saigei.

L'alpha monologua assez longtemps sur le sujet pour que Kiba lève les yeux au ciel et que finalement, Naruto lui jette une serviette en boule au visage pour le faire taire. Sasuke la lui renvoya, en grognant bruyamment quand elle ricocha sur le front de Naruto avant d'atterrir dans le verre d'eau de Neji.

Bien après que Sasuke ait payé l'addition, la plupart des gars se dispersèrent, retournant à leur hôtel ou au bar pour boire un verre, laissant Menma, Naruto, Sasuke, Kiba et le reste des gars de leur équipe s'asseoir et discuter tranquillement entre eux. Kiba était déjà en train de raconter une histoire à propos de son chien, Akamaru, qui avait essayé de manger tellement de culottes de sa petite amie qu'il avait commencé à chier des crottes couvertes de dentelle, quand, du coin de l'œil, Menma aperçut Sasori et deux autres gars de son ancienne équipe de l'autre côté du restaurant.

Il pouvait percevoir leur arrogance de là où il était assis, tellement elle était grande.

Un instant, Menma imagina s'enfoncer sous la table ou simplement plonger au sol pour les éviter, mais il put à peine respirer avant de les voir le repérer.

Ses trois anciens collègues de Gaiden lui firent un signe de la main en s'approchant, lui donnant une tape sur l'épaule, une fois, puis deux, un peu plus fort.

« Hé, les mecs ! », s'exclama Sasori en parcourant leur table du regard. « Comment ça va ? »

« Bien », répondit poliment Sasuke. « Vous dinez ici ? »

« Ouais mec », acquiesça Sasori avec un grand sourire. « Mais nous n'allons pas vous déranger. On voulait juste dire un petit coucou. Ça faisait longtemps, hein, Numéro Deux ? »

Menma regarda les sourcils de Naruto se froncer de confusion.

Il n y'avait rien dans ce surnom qui manquait à Menma. C'était vraiment nul qu'ils aient ressenti le besoin de venir ici et de le lui mettre sous le nez juste parce qu'ils le tiennent toujours personnellement responsable des mauvais résultats de Gaiden au classement interbase de l'année dernière. Comme si Menma avait foirée les statistiques d'une année entière à lui seul.

Quelle blague.

« Ne le laissez pas prendre trop de liberté, les gars. », ajouta Sasori, faussement affable. « Vous pourriez le regretter. »

« On se passera de tes conseils », rétorqua Naruto, l'air absolument vicieux.

Mais loin de s'offusquer du venin contenu dans la voix de son frère, le sourire de l'ancien coéquipier de Menma s'accentua.

« Ah Naruto, ça faisait longtemps qu'on s'était pas vu. J'ai appris que tu es récemment passé numéro un à Saigei. En même temps, si tes concurrents sont des gens comme Menma… »

« Va te faire foutre. », siffla Naruto pour toute réponse.

« Ne t'inquiète pas », intervint finalement Menma en leur adressant un sourire radieux. « Je suis sûr que vous n'avez pas besoin de mon aide pour être de vrais brèles. »

Sasuke éclata de rire et passa un bras autour de ses épaules.

« Si vous avez finis de pleurer on vous a assez vu, les gars. Vous sans doute mieux à faire, non ? »

Sasori et sa clique firent des hochements de tête correspondant et énervés mais n'insistèrent pas sur le problème, retournant leur table sans faire plus d'histoire.

« C'est quoi cette histoire de 'numéro deux' ? », s'enquit Naruto, pencher vers lui, quelques minutes plus tard.

Menma sentit la nausée lui monter à la gorge. Il n'avait aucune envie d'épiloguer sur le pourquoi du comment il était devenue la bête noire de Gaido Raiden, encore moins à son frère, qui était en partie la 'raison', pour laquelle on l'appelait de cette manière condescendante.

« C'est une histoire stupide, laisse tomber », lui assura-t-il, avec un sourire tendu.

« Ah. Ouais, d'accord », déclara Naruto, même s'il semblait incroyablement sceptique.

Heureusement il n'insista pas, ce dont Menma fut reconnaissant.

À quoi bon ressasser le passer ? Sasori et les autres avaient eu besoin d'un coupable, et c'était sur lui que c'était tomber. Il n'avait plus ni l'envie ni la force de s'engager dans des débats avec eux. Sa nouvelle équipe et lui allaient retourner à Konoha, et il allait tout simplement effacer cette altercation de sa mémoire.

Aussi simple que ça.

« Bande de brêles », souffla Sasuke plus tard alors qu'ils sortaient du restaurant, juste assez fort pour que Menma soit presque sûr que Sasori et compagnie l'aient entendu.

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La semaine précédant la fête de fiançailles de leurs amis Sai et Ino, Menma ne géra que quelques maigres descentes sur le terrain lors de deux missions et ne put voir Hinata qu'une seule fois, car elle était en train d'écrire son mémoire de doctorat et devait terminer son chapitre en cours avant le milieu du mois, date limite.

Après plusieurs missions consécutives, l'équipe des pilotes frégate eut un samedi et un dimanche de congé pour la première fois depuis des mois et Hinata était enfin libre pour la soirée alors il l'invita à l'accompagner à la fête de Sai et Ino.

C'était la première fois qu'il était vraiment de bonne humeur depuis près de deux semaines jusqu'à ce qu'il entre dans la maison de Sai, voyant Sasuke et Naruto debout ensemble dans un coin, discutant à voix basse. Il ne se passait rien de particulièrement intéressant, ils n'étaient même pas vraiment seul, Shikamaru, Kiba, Choji et leur propre petits amis et petites amies autour d'eux, tous regroupés.

Ce n'était pas grave.

Pourtant, Menma dut repousser son amertume et sa colère au fond de sa gorge, comme une pilule amère et trop grosse à avaler.

Depuis cette fois-là, à chaque fois qu'il les voyait proche l'un de l'autre, à faire comme si de rien était alors qu'ils étaient en couple, il avait envie de…

Bordel. Il devrait juste laisser tomber. Ce n'était pas comme s'ils lui devaient leurs secrets ou quoi que ce soit, il en était conscient. Malgré cela, il pensait qu'il comptait suffisamment pour eux pour mériter la vérité. Les voir ensemble maintenant lui rappelait simplement que ce n'était pas le cas.

Putain. Qu'ils aillent se faire foutre.

« Tu veux un verre ? », demanda-t-il en se tournant vers Hinata.

Elle était particulièrement en beauté ce soir, avec sa petite robe et ses chaussures plates. Elle lui sourit gentiment, un de ses doigts enroulés autour de sa cascade de mèches brunes. Elle les tirait anxieusement depuis qu'ils étaient arrivés.

« Oui, s'il te plait. Juste euhh…tout sauf de la bière. »

« Allons te chercher ça », déclara-t-il, enroulant un bras lâche autour de sa taille et l'entrainant avec lui dans la salle à manger.

Elle lui sourit de nouveau, l'air soulagé, comme si elle pensait qu'il allait la laisser se débrouiller seule. Pas moyen.

La salle à manger se révéla être une pièce luxueuse, des décorations blanches et argentées partout, et absolument mises en place par une entreprise louée. Il y avait un lustre suspendu au-dessus d'une immense table remplie de champagne, de minuscules sandwichs, de petits gâteaux dessert avec des fruits dessus et de délicates assiettes en plastique qui ressemblaient à du vrai verre. Clairement tous approuvés sous la direction d'Ino.

Pendant que Menma versait à Hinata une tasse de punch aux fruits alcoolisés dans un grand bol raffiné, il en profita pour la présenté aux autres et découvrit qu'elle connaissait de vu la plupart des gens présent, grâce à son affiliation avec Neji.

Ensuite, tout le monde se rassembla dans la salle principale pour regarder quelques vidéos minables et écouter quelques discours encore plus minables de Kiba qui disait à quel point il était heureux pour leurs deux amis.

Après que les parents d'Ino aient parlé à tour de rôle, les gens se divisèrent en groupes, la plupart des femmes restant dans la pièce principale pour ouvrir les cadeaux et discuter de choses liées au registre, peu importe ce que cela signifiait. Certains gars se dirigèrent vers la terrasse éclairée et d'autres en bas où Menma savait que Sai gardait sa cave à vin. Il se demandait où conduire Hinata quand cette dernière tira doucement sur son bras.

« Nous devrions aller dire bonjour à ton frère », proposa-t-elle.

« Pourquoi ? »

La jeune femme lui lança un regard peu impressionné.

« Parce qu'il est seul là-bas ? »

Elle étudia son visage pendant une seconde avant d'entrelacer leurs doigts et de s'enquérir :

« Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Menma pouvait penser à cinq choses qui lui venaient à l'esprit, et au moins trois d'entre elles impliquaient son frère. Mais il ne voulait pas se lancer dans ces conneries avec elle pour le moment, pas quand ils étaient censés passer une bonne soirée.

« Rien », assura-t-il alors, se forçant à sourire et l'embrassant sur le front pour effacer le pli qui s'y était formé. « Je vais bien. »

« Tu m'as plutôt l'air grincheux. »

« Je suis désolé », dit-il, essayant de se sortir mentalement de son état de déprime. « Ouais t'as raison, allons le saluer. »

Ravie, elle l'entraina là où Naruto se tenait contre un mur, en train de retirer l'étiquette de sa bouteille de bière et de rouler le papier déchiqueté en boule avec ses doigts. Il portait un pull ample, un short de basket, des crocs et des chaussettes blanches, une tenue peut-être un peu trop décontractée pour un tel événement. Ses cheveux étaient si en bataille qu'on aurait dit qu'il venait de sortir du lit. Et il semblait distrait, le regard lointain et flou, quand Hinata et lui s'approchèrent, attirant son attention.

Le blond cligna des yeux pendant quelques secondes, comme s'il ne savait pas quoi dire.

« Salut, Stormy », commença Menma, guidant Hinata près de lui pour que son frère puisse la voir. « Je voulais te présenter Hinata. Je pense que vous vous êtes croisés à l'appartement en septembre, mais vous n'avez pas eu l'occasion de vous rencontrer officiellement…alors… »

Il fit un grand geste englobant toute la jeune femme, qui afficha son sourire le plus brillant et le plus amical. Elle tendit la main timidement.

« Bonjour Naruto, ravi de te rencontrer. »

Son frère regarda la main de sa copine, son visage, puis à nouveau sa main, avant de finalement la prendre et de la secouer doucement.

« Ravi de te rencontrer également », dit-il.

Tous les trois restèrent là tranquillement pendant un moment jusqu'à ce que Naruto reprenne la parole.

« Tu es la sœur de Neji, c'est ça ? »

« Sa cousine, en fait. Ma branche de la famille vit à Konoha depuis des générations. »

« Oh, cool », répondit-il, comme si sa formation médiatique s'était déclenchée et qu'il se souvenait à nouveau de comment parler. « Et tu fais quoi pour t'occuper ? »

« Je vais à l'université de Konoha.»

Hinata lui expliqua globalement en quoi consistait son programme de doctorat, lui parla de sa petite sœur, Hanabi, qui rêvait de devenir pilote elle-aussi, de son chat et de tout ce qui pouvait lui passer par la tête. Elle demanda à Naruto depuis combien de temps lui et Menma pilotaient des vaisseaux, puis lui dit à quel point tout ce qu'il faisait pour l'Alliance en tant qu'oméga était incroyable et qu'elle l'admirait vraiment.

Naruto fit son truc maladroit de s'étouffer avec sa propre salive comme à chaque fois que quelqu'un lui faisait un compliment désintéressé, la remerciant et ayant l'air soulagé lorsque Ino et Sakura vinrent voler Hinata pour aller faire leurs trucs de filles incompréhensibles.

« Alors, depuis combien de temps êtes-vous amis ? », lui demanda-t-il quand ils furent seuls.

« Amis ? », répéta Menma, surpris par cette façon étrange de dire petite-amie. « En quoi est-ce important ? »

Naruto se mordit la lèvre inférieure, les sourcils froncés.

« Pourquoi tu m'agresses ? Je posais juste une question. J'étais curieux. »

« Mm », marmonna le bêta sans vraiment le croire, mais ne voulant pas s'en soucier pour l'instant.

Il pensa prendre quelques bières et vérifier ce qui se passait au sous-sol, peut-être se faire un peu sonner avant d'attraper Hinata et de s'enfuir chez elle, précisément dans son lit. Il y avait au moins dix choses qu'il voulait lui faire ce soir, et l'une d'elles incluait de la baiser jusqu'à ce qu'elle soit la seule chose qui prenne de la place dans sa tête.

« Et Sasuke ? », demanda doucement Naruto, le sortant de ses pensées ô combien érotiques.

Ses yeux se tournèrent vers son frère, qui sembla soudain lointain et prudent. Cela n'avait aucun sens et fit passer Menma d'amical à irrité presque immédiatement.

« Quoi 'et Sasuke' ? », dit-il, laissant échapper un bref soupir. « Si tu le cherches, je pense qu'il est sorti avec Kiba. »

« Ce n'est pas le cas. », protesta Naruto. « Enfin je veux dire…je ne le cherchais pas. »

Il pourrait rester ici et continuer cette conversation gênante, mais honnêtement, il n'en avait aucune envie.

« Bien sûr », lança-t-il, et il s'en alla.

Il y avait des rires venant du sous-sol, il se fraya donc un chemin là-bas, une autre série de boissons et de collations moins raffinées installés sur une table à côté d'un ensemble de canapés devant un gigantesque écran plat. Actuellement, tous les gars étaient rassemblés et jouait à un jeu vidéo de guerre.

Menma se joignit à eux, participa à quelques tours, faisant des paris et prenant des tirs au fur et à mesure qu'ils duraient jusqu'à ce qu'il soit plus qu'un peu excité. Il confia le contrôleur à Choji pendant que Sai commençait à se plaindre du reste du programme de mission de l'année. Et c'était comme un phare qui appelait Sasuke, car tout à coup, il ajoutait son grain de sel en disant à tout le monde à quel point il était ennuyé de la façon dont la majorité de leurs missions restantes mettraient chacune au moins plusieurs semaines à être exécutée.

La conversation poursuivait son cours alors que Naruto fit son apparition, cherchant un endroit où s'asseoir.

« Hé, Storm », l'appela Sasuke, en tapotant le coussin à côté de lui.

Il y avait un pouf dans le coin que Naruto regarda une seconde avant de s'installer avec hésitation à côté de Sasuke, entre lui et Kiba. Sasuke plaça aussitôt son bras sur le dossier du canapé une fois que son frère s'assit avec raideur.

Ils étaient tellement bizarres que Menma souhaiterait qu'ils soient normaux pendant cinq minutes. Ou peut-être simplement honnêtes avec lui, ou entre eux, ou avec tout ce qui précédait.

Putain. Il sentait sa patience s'effriter. Roulant des épaules, il essaya de se débarrasser de la tension qui l'habitait.

« Qu'est-ce que j'ai raté ? », demanda Naruto.

« Inuzuka était en train de nous dire que c'est sur la route qu'il est le plus branché. », lui répondit Neji en roulant des yeux.

« En fait je n'essayaispas », intervint Kiba pour protester. « J'ai juste dit que je l'avais fait. Qui peut me contester ? »

«Je pense que la meilleure question est de savoir quelle dynamique est la meilleure au lit», ajouta Shino. « Opinion impopulaire peut-être, mais moi je dis bêta. »

Menma renifla.

« Aucune chance. Ce sont définitivement les omégas. »

Kiba agita son bras dans un mouvement tranchant.

« As-tu déjà couché avec un alpha, mon pote ? Ils savent ce qu'ils veulent. », commenta-il en remuant les sourcils d'un air salace qui suscita plus que quelques rires.

Menma était sur le point de tout laisser tomber et de passer à autre chose, ce n'était pas grave de savoir qui couchait avec qui, ou pourquoi, il ne s'en était jamais soucié, en fait. Mais ensuite, il regarda autour de lui et vit Sasuke appuyer toute sa jambe, de sa cuisse à son mollet, contre celle de Naruto. Il regarda son frère se pencher sur le corps de son ami, et quelque chose en lui qui s'enroulait depuis des jours et des jours s'étira finalement trop loin, se brisa, puis se défit.

« Et les omégas aussi », déclara-t-il, revenant dans la conversation. « La moitié du temps, on n'a même pas besoin de les étirer. On a qu'à les toucher où ils sont le plus lisses et ils se transforment en un désordre gémissant et sanglotant en trente secondes chrono. Ils sont faits pour ça. Tu vois ce que je veux dire, Sasuke ? »

« Quoi ? », s'étouffa l'interpelé, les yeux écarquillés, presque comme s'il n'y prêtait pas vraiment attention, mais maintenant, rejouait les mots dans son esprit.

« Menma », dit une voix qui ressemblait à celle de Naruto.

« On n'a pas besoin de beaucoup travailler pour les avoir », continua le bêta, l'ignorant. « Ils en ont tellement hâte. Ils supplient pour l'avoir. »

« Menma », dit la voix, encore une voix, tendue.

Au même moment, celle de Sasuke traversa le brouillard de ses pensées.

« Assez », siffla-t-il, les veines de son cou prêtent à éclater.

« Dis-moi que je me trompe ! », s'agaça Menma, son timbre s'élevant. « Ils sont tous pareils, ils aiment prétendre qu'il ne s'agit que de phéromones, et que la dynamique n'a pas d'importance, que l'attraction est relative, et toutes ces conneries. Mais à la seconde où un alpha avec un gros nœud entre dans la pièce, ils se transforment tous en petites chiennes en chaleur ! »

« Tais-toi ! », explosa Naruto en se levant. « Ferme ta grande gueule ! »

Cet éclat coupa le moindre mouvement dans la pièce jusqu'à ce que tout devienne mortellement silencieux, le seul son étant celui de la boucle de la chanson du jeu vidéo.

Les yeux de tous les autres faisaient la navette entre son frère et lui, qui le fixait, l'expression féroce.

Menma n'était pas sûr de ce à quoi il s'était attendue ensuite. Que Naruto se jette sur lui et lui donne un coup de poing, que Sasuke lui botte le cul comme à tout ce qui s'en prenait à l'oméga, que Sai réagisse et le foute dehors…

Rien de tout cela ne se produisit.

Naruto se contenta de sortir calmement de la pièce et Sasuke s'avança sur son siège, perçant des trous dans le cran de Menma avec son regard meurtrier.

Un regard qui suffit à le paralyser.

« Tu es content maintenant ? », lui demanda l'alpha ayant l'air prêt à le réduire en poussière dans la paume de sa main, puis il se leva et sortit également.

Probablement pour suivre Naruto, mais Menma n'arrivait pas à se sentir amer à ce sujet pour le moment.

Il se tourna pour le regarder décamper et fut surpris de voir Hinata dans l'embrasure de la porte, les poings le long du corps et l'expression enflammée. Quand elle tourna elle aussi les talons pour s'apprêter à partir, Menma sauta finalement de son fauteuil. Il se précipita dans les escaliers et traversa plusieurs personnes qui lui bloquaient le chemin jusqu'à la porte d'entrée et ne rattrapa la jeune femme que lorsqu'elle fut à mi-chemin dans la rue.

« Hinata ! », cria-t-il en lui courant après. « Hé, hé, où tu vas ? »

« À la maison. », cracha-t-elle.

« Pourquoi ? »

« Es-tu sérieux ?! », s'exclama-t-elle, le regardant comme s'il était fou.

Lorsqu'elle recommença à marcher, il sauta devant elle, essayant de l'arrêter momentanément.

« Tu…tu as entendu ce que j'ai dit ? Parce que ce n'était pas à propos de toi. »

« À qui t'adressais-tu alors ? », siffla-t-elle, les yeux plissés. « Parce que tout ce que j'ai entendu, c'est : 'tous les omégas sont des petites chiennes en chaleur'. C'est plus que suffisant, tu peux me croire. »

Elle tapa quelques messages sur son PADD pour appeler une navette pendant que Menma essayait de trouver un moyen de se sortir de la merde absolue dans laquelle il s'était lui-même plongé.

« Je ne le pensais pas, Hinata, je le jure… »

« Bien sûr. »

Il passa une main autour du visage de la jeune femme et attira lentement son attention sur lui.

« J'étais en colère contre mon frère pour m'avoir menti pendant des années. »

« Et tu penses que la meilleure façon de gérer la situation est de l'humilier devant toute votre équipe et tous vos amis ? Tu penses qu'insulter tous les omégas du monde pour le blesser était la meilleure chose à faire ? »

Menma baissa la tête de honte.

« Non. »

« Et alors ? », dit-elle, ses yeux à la fois sombres et tristes.

Il savait que la façon dont il répondra à cette question était décisive, sauf que, il ne savait pas quoi dire, en vérité, trop énervé et ivre.

« Je ne sais pas », avoua-t-il, honnêtement. « Je n'ai pas réfléchi. »

« Évidemment », souffla Hinata.

Elle tendit la main, autour de la sienne et l'éloigna de son visage, la ramenant vers le bas et la laissant doucement partir.

« Écoute, je comprends que les gens disent parfois des choses sous la colère qu'ils ne pensent pas, surtout en ce qui concernent leurs frères et sœurs. Neji, Hanabi et moi nous sommes beaucoup bagarrés en grandissant, mais ce que tu as fait là-bas, c'était cruel. »

« Je sais…»

« Vraiment, Menma ? », demanda-t-elle en cherchant son regard. « Parce que c'est quelque chose avec lequel j'ai lutté toute ma vie. Ce complexe d'infériorité que je ressens, parce que je suis une oméga et que les gens n'ont pas cessé de me répéter que j'étais faible, inférieure, juste là pour être un incubateur à bébé et pour rendre mon alpha heureux. C'est ce que tu penses de moi, c'est ça ? »

« Non ! Mon dieu, non… »

« C'est pourtant ce que tu as dit. Et je ne fais même pas partis d'un milieu machiste comme ton frère. Je ne peux même pas imaginer le genre de sectarisme et de discrimination auquel il est confronté…juste parce qu'il existe. Juste pour être qui il est. »

Une fosse malade et qui s'enfonce commençait à se former sous la cage thoracique de Menma. Il ne voulait pas perdre Hinata, mais plus le temps passait et moins il voyait comment arranger les choses.

Il déglutit difficilement, et essaya de l'atteindre à nouveau, lorsqu'il vit une navette s'arrêter à côté d'eux.

Merde.

« Hinata, je suis tellement désolé… »

« Ne me le dis pas. Dis-le à Naruto. »

« Je suis plus préoccupé par le fait que tu ne me détestes pas, pour le moment. »

Le visage de la jeune femme s'adoucit, elle attrapa son avant-bras, qu'elle serrait doucement avant de le lâcher.

« Je ne te déteste pas. J'ai juste besoin d'un peu d'espace. Et peut-être de temps pour réfléchir. »

Ces paroles aimables ne le rassurèrent guère.

Ça n'avait pas l'air bien du tout. Ça ressemblait plutôt au genre de chose que quelqu'un dirait avant de vous larguer comme une vieille chaussette.

« Hinata, allez… », plaida-t-il.

Il empoigna ses cheveux et les tira, sachant parfaitement qu'il avait tout foutu en l'air.

« Je dois rentrer à la maison », dit-elle tristement. « Va parler à ton frère. Excuse-toi. Rampe, s'il le faut. Nous verrons le reste plus tard. »

Elle s'éloigna et alla s'engouffrer dans la navette qui s'envola aussitôt.

Menma la regarda partir, le cœur dans la gorge. Il envisagea de retourner chez Sai puis de se rendre à l'appartement de Naruto, mais la dernière chose dont il avait besoin était de se faire bolosser par tout le monde.

Il appela également une navette et se jeta à l'intérieur.

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Naruto était assis devant l'îlot de la cuisine, regardant sombrement un verre d'eau, quand Menma entra dans l'appartement. La plupart des lumières étaient éteintes et tout était incroyablement silencieux, à l'exception de ses claquements de jointures, des ronflements de Kyu allongé sur son coussin bleu près du radiateur et des lointains bruits du vent contre les baies vitrées.

Chaque espace de l'appartement était sombre mais pas la cuisine. Menma ne pouvait pas dire si son frère l'attendait, s'il devrait y aller et essayer de s'excuser, ou qualifier cette nuit de perte et tenter de le faire demain matin, à la place.

Il fit quelques pas dans la pièce et vit Naruto tourner la tête dans sa direction.

« Tu dois déménager. »

Cette réaction n'aurait pas dû le choquer autant, après les conneries qu'il lui avait dites, plus tôt, mais d'une manière ou d'une autre, c'était toujours comme s'il reçut un uppercut auquel il ne s'était pas préparé en plein dans la mâchoire.

« Pourquoi ? », demanda-t-il tout de même. « À cause de ce soir ? »

Naruto le regarda comme s'il était le plus gros imbécile de l'univers avant d'acquiescer, la bouche serrée :

« Oui. »

« Bon sang… », souffla-t-il en tirant les pointes de ses cheveux. « C'était un commentaire, Naruto, ce n'était pas si grave. »

« Pour toi ! », explosa son frère en se levant brusquement de son tabouret de bar, les yeux sauvages. « Ce n'était pas si grave pour toi, parce que tu n'as jamais eu à vivre la vie que j'ai. Tu as toujours eu… »

Il s'interrompit, laissant échapper un souffle rapide et précipité. Il leva les bras en l'air, d'un air excédé et déclara :

« Tu sais quoi ? Oublie. Peu importe. »

Il était clairement hors de lui, ou alors il y arrivait à mesure que chaque seconde passait. Menma savait qu'il avait merdé, qu'il devrait s'excuser, mendier son pardon comme Hinata l'avait suggéré, mais il découvrit que plus il restait dans cette pièce avec Naruto, à penser aux dernières semaines, mois, années, et à toutes les choses qui étaient restées inexprimées entre eux, les mensonges comme les demi-vérités, le fait de balayer constamment les problèmes sous le tapis, faisait qu'il ne voulait pas lâcher prise.

« Non, allez ! », s'exclama-t-il en avançant plus loin dans la pièce.

Il envisagea d'allumer une lumière pour qu'ils puissent se voir pleinement, ne voulant pas que cela se produise dans l'obscurité, mais finalement, il choisit de laisser tomber.

« Tu n'arrêtes pas de me dire que je ne comprends pas. Hinata me dit que je ne comprends pas. Alors putain, explique-moi ! Qu'y a-t-il de si difficile à être un oméga ? D'après ce que je peux dire, tu es vénéré chaque fois que tu fais quelque chose. »

Naruto avait l'air de vouloir prendre feu, tellement son visage était rouge de colère. Il grinça :

« Pardon ? Tu te fiches de moi, j'espère ? »

« Chaque fois que tu fais quelque chose au-dessus de la moyenne, tu es félicité ! », martela Menma sans se laisser restreindre par sa fureur. Il fallait que ça sorte. « N'agit pas comme si tu ne sais pas de quoi je parle. Ça se produit depuis que nous sommes enfants. Si je réussissais bien à l'école, c'était 'comme ça devrait, Menma' et quand toi tu réussissais, c'était 'nous sommes si fiers de toi, Naruto'. Et pas seulement là-dessus, c'était la même chose partout. Tu étais dorloté et choyé ! »

Naruto poussa un bruit dégouté du fond de sa gorge.

« C'est ce que tu penses ? Que les gens me traitaient comme si j'étais spécial ? C'était à ça que ça ressemblait pour toi ? »

« C'était comme ça », affirma-t-il avec plus d'amertume qu'il ne l'aurait voulu. « Cela a toujours été ainsi. »

« Non », objecta son frère, en secouant la tête. « Tu ne veux tout simplement pas sortir de ta petite perspective de sécurité. »

Ils se tenaient proche l'un de l'autre maintenant et la pièce semblait étrangement petite à mesure que leurs voix s'élevaient plus fort. Menma se demanda au fond de son esprit si quelqu'un dans les appartements du dessus ou d'en dessous pouvait les entendre et si c'était le cas, s'en souciait-il ? Maman leurs disaient d'être gentils les uns avec les autres, de prendre soins les uns des autres, car il y aura des moments où ils seront la seule famille qu'ils auront.

Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu l'impression que quelqu'un prenait la peine de veiller sur lui.

« J'attends toujours que tu me dises comment ça se passe 'vraiment' alors », dit-il en faisant signe à Naruto de parler. « Continue. »

L'expression de son frère s'effondra un instant en quelque chose de misérable avant de se réorganiser, bouche pincée et yeux sombres.

« Ne soit pas condescendant. C'est déjà assez difficile de te parler sans que tu puisses t'empêcher d'être un véritable connard. »

Menma retint un soupir.

« Bien. Continue. »

Pendant quelques secondes Naruto resta là, les yeux rivés autour d'eux, cherchant quelque chose dont Menma ignorait la nature. En définitive, l'oméga saisit son propre poignet droit avec sa main gauche et serra ses doigts autour.

« Tu te souviens, avant notre présentation, de la façon dont l'entraineur nous regardait faire des exercices ensemble pendant l'entrainement ? », lui demanda-t-il plus calmement. « Comment il nous regardait pratiquer et nous donnait des suggestions pour maitriser nos futurs vaisseaux ? »

Menma hocha la tête.

« Mais ensuite, notre anniversaire est arrivé », poursuivit Naruto. « Et tu t'es présenté comme un bêta et j'étais un oméga et ça s'est arrêté. Tout d'un coup, il s'agissait de m'éloigner le plus possible du front. De rester en retrait et d'attendre. Et ce que cela signifiait vraiment, c'est que personne ne pensait que j'étais assez fort pour obtenir quoi que ce soit par moi-même. »

Il fit une pause et prit une lente inspiration.

« C'est un exemple parmi mille. »

« Alors les gens te sous-estiment ? », Menma fit la synthèse. « Tu penses que cela n'arrive à personne d'autre ? Que cela ne m'arrive pas ? »

C'était comme si Naruto pensait qu'il était seul à avoir jamais dû faire face à un monde injuste.

« Ce n'est pas ce que j'ai dit », protesta le blond en se passant une main sur le visage qu'il remonta dans ses cheveux, tirant le haut où ils étaient plus longs que les cheveux de Menma, maintenant. « Je sais que tu gères ta propre quantité de problème, mais tu n'es pas traité comme si tu étais une petite garce faible parce que tu es un bêta, Menma. Tu sais combien de fois on m'a appelé comme ça ces derniers mois ? J'ai perdu le compte. Tu sais quel âge j'avais la première fois que quelqu'un me l'a dit ? C'était deux jours après notre présentation. Deux putain de jours. »

Il leva la main en signe de manifestation, le regardant désespérément comme s'il avait besoin de quelque chose de sa part, et quand Menma ne sut pas quoi faire, les épaules de Naruto s'affaissèrent.

« Je ne sais même pas pourquoi je me fatigue. Tu n'écoutes pas. »

« J'écoute ! », s'exclama le bêta, ne sachant pas comment réagir autrement. « Je comprends que ce n'était pas facile pour toi, mais ça ne l'était pas pour moi non plus. »

« Tout ce que tu fais n'es pas examiné parce que tu es un bêta, Menma. », dit catégoriquement son frère, regardant le sol, comme s'il était déjà en train d'arrêter de se battre.

« Non », admit-il. « Mais je suis examiné parce que je suis ton frère. »

« Quoi ? », fit Naruto, les yeux écarquillés, ses sourcils froncés.

« Oui », dit-il simplement, car c'était juste la vérité.

« Quand ? »

Il laissa échapper un rire sec.

« En permanence ! C'est drôle que tu penses que tu es le seul à gérer les comparaisons constantes ! »

La bouche de Naruto s'ouvrit, le bouclier qu'il avait essayé de construire pendant leur conversation commença à s'effondrer. C'était surprenant à quel point il paraissait frappé par cette information, comme si c'était nouveau, comme s'il ne vivait pas cette expérience avec Menma, comme cela leur était arrivé à tous les deux.

« Tu as toujours été meilleur que moi… », murmura Naruto, mais il n'avait pas l'air sûr, et cela ne fit que le piquer à nouveau.

« Conneries ! À chaque fois, on s'attendait à ce que je sois aussi bon que toi, sans un seul faux pas. Je n'ai jamais eu le droit à l'erreur. Tu étais celui qui courrait le plus vite, qui restait le plus longtemps à s'entrainer. Moi j'étais le paresseux qui ne voulait faire aucun effort. Et c'était toujours : 'tu devrais prendre exemple sur ton frère, il travaille si dur', tu étais si occupé à devenir le meilleur que tu n'as jamais tourné la tête vers moi pour te demander comment moi je me sentais d'être constamment, irrémédiablement comparé à toi ! »

« Peut-être que j'essayais de devenir le meilleur pour faire partie des trois pourcents de soldats mâle oméga de l'Alliance ?! », cria Naruto en retour, faisant glisser son pouce sur ses jointures, de haut en bas le long de ses quatre doigts. « Tu sais combien de bêta il y a rien que dans notre base ? Plus de cinq cent ! Cela représente plus de la moitié des soldats de Saigei. Il existe jute une vingtaine d'omégas dans tout notre service et certains sont jugés trop incapables et relégués à des tâches subalternes. Je voulais réussir pour être respecter, pour être accepter… »

Menma enregistra toutes ces informations et essaya de faire correspondre les calculs dans sa tête avec les chiffres que Naruto venait de lui lancer, mais cela lui fit mal au cerveau. Il ne savait pas comment son frère faisait pour se souvenir de chacun d'eux.

« Pourquoi est-ce mon problème ? »

« Ce n'est pas le cas. Je suis juste en train de t'expliquer ce que c'est pour moi », répliqua Naruto en se frottant le visage avec le dos de la main. « Tu sembles croire que c'est facile pour les omégas, que nous sommes choyés et que nous bénéficions d'avantages supplémentaires, parce que je ne sais pas, on le voit dans les films ? Mais dans la vraie vie, ce n'est pas comme ça, Menma. »

C'était épuisant. Plus ils parlaient, moins ils avaient l'impression d'arriver à quelque chose. Menma marcha de la cuisine au salon et se laissa tomber sur le canapé, plaçant ses coudes sur ses genoux alors qu'il se penchait. Il inspira lentement et sentit sa rage antérieure commencer à s'échapper de lui comme des gouttes de sueur par un chaude journée d'été.

Il releva la tête et se tourna vers Naruto, qui l'avait suivi dans la pièce.

« Que veux-tu que je dise ? »

Son frère resta là un long moment, immobile, pour une fois.

« Je veux juste que tu le reconnaisses, Menma. Arrête simplement de prétendre que cela n'arrive pas. »

« Je n'ai jamais dit ça », commença-t-il, les mots tranchants.

Il ne savait même plus pourquoi ni contre quoi il se battait. S'il ouvrait la bouteille et laissait libre cours à la tempête et qu'il ne restait plus rien, qui était-il ? Toujours lui-même ? Cela suffisait-il ?

Il comprit qu'il devra le découvrir.

« Je ne voulais pas faire ça », s'exprima-t-il. « Je suis désolé. »

Il resta où il se trouvait, perché au bord du coussin, fixant ses mains. Il se sentait épuisé et incertain, mais il ne savait pas exactement ce qu'il convenait de faire. Il regarda autour de lui, souhaitant retourner à l'époque où ils vivaient encore sur le Millénium de leur mère. Bien avant leurs présentations, les comparassions et les rêves stupides. Quand tout était encore simple.

Naruto se dirigea vers le canapé et prit un siège à côté de lui. De si près, Menma pouvait voir les traces de larmes sur les joues de son frère et il déglutit difficilement, ses propres yeux brûlant soudainement.

« Je suis désolé aussi », déclara Naruto, regardant à nouveau le sol, ou peut-être ses mains, ou ses doigts tordus l'un contre l'autre. « Je sais que ce n'était pas facile pour toi. Avec Maman, ou Papa, ou même nos entraineurs. Je n'avais pas réalisé à quel point c'était grave pour toi, à Raiden jusque récemment. »

La pièce semblait plus grande dans l'obscurité, la lumière de la lune entrant à travers les fenêtres du sol au plafond et laissant le tout dans une lueur grise fantomatique. Menma se demanda brièvement si Hinata était chez elle en ce moment, si elle était toujours en colère contre lui, si Sasuke l'était aussi. Il voulait tellement que les choses s'arrangent, il voulait arranger les choses, mais il ne savait même pas par où commencer.

« Au début, ils m'appelaient 'numéro deux' en plaisantant, parce que tu as été recruté avant moi chez les seniors », expliqua-t-il à son frère, ou peut-être à lui-même. « Je pensais que c'était comme une sorte de bizutage, et que ça finirait par s'atténuer. Mais à chaque fois que nos deux bases se croisaient en mission ou au siège de l'Alliance, j'étais nerveux à l'idée qu'ils te voient, je me mettais en colère et je finissais par me foutre en l'air. Et certains d'entre eux l'ont compris après un certain temps et ont commencé à le répéter de plus en plus. Comme s'ils pensaient que ça me motiveraient. »

Il soupira, soudain fatigué, mais se força tout de même à terminer son propos:

« Beaucoup d'autres gars ont emboité le pas. Au bout d'un moment, c'était juste devenu…insupportable. »

Il sentit Naruto se pencher à ses côtés, serrant leurs bras l'un contre l'autre.

« Ce sont de grosses merdes », dit-il méchamment. « C'est toi qui à mener ton équipe à travers les missions, j'ai toujours suivit tes stats et… »

« Ne le fait pas. S'il te plait », l'interrompit le bêta, dans un souffle. « J'ai déjà envisagé tous les scénarios possibles, réfléchit sur ce que je pourrais changer pour être meilleur, jusqu'à presque devenir fou. Je ne veux plus jouer à ça. En acceptant de venir à Konoha, c'était un nouveau départ pour moi, je voulais que tout soit…bien. Mieux que ça l'était à Suna. Même si tu ne veux pas de moi ici. J'ai besoin que ça aille mieux. »

De son pourtour, il vit le visage surpris et peiné de Naruto se tourner vers lui.

« Pourquoi tu penses que je ne veuille pas de toi ici ? »

« Parce que tu as l'air énervé contre moi depuis le moment où je suis descendu du transporteur ? », proposa-t-il avec incrédulité.

À côté de lui, son frère fronça les sourcils.

« Je ne suis pas fâché contre toi. »

« Alors qu'est-ce qu'il y a ? »

Naruto poussa un soupir.

« J'étais juste…inquiet. »

« À propos de ? », le poussa-t-il, confus.

« Ça ! Tout ça ! », s'exclama son jumeau en faisant de grands gestes entre eux. « Avant, nous étions si proches tous les deux. Mais depuis notre présentation et plus tard, après que tu sois allé étudier à Balkir avec Sasuke, la situation n'a fait qu'empirer. »

Menma regarda son frère s'essuyer le visage alors même qu'une autre larme s'échappait du coin de son œil.

« Cela n'avait rien à voir avec notre dynamique, Naruto. »

Ce dernier le regarda d'un air interrogateur.

« Tu crois ? »

« Pas pour moi », répondit-il, haussant les épaules. « Cela avait plutôt avoir avec le fait que tout le monde te traitait comme le putain de golden boy des Uzumaki-Namikaze et que moi je voulais juste respirer sans être comparé à toi une seconde. »

Ils se détournèrent tous les deux après ça, jetant à nouveau un coup d'œil aux fenêtres, comme si le poids des mots de Menma était trop lourd pour qu'ils commencent à se disputer et maintenant, tout était presque trop calme, trop sombre dans ce grand espace ouvert autour d'eux. La vérité devrait sembler immense et intimidante, impossible à cacher, mais ce n'était pas le cas, elle était plutôt petite et fragile. Menma ne voulait pas qu'elle se brise à présent qu'elle était nouvellement libre, mais il ne pouvait pas non plus la garder en sécurité sans l'emballer à nouveau.

Il n'y avait rien à faire. À part espérer.

« Je n'avais aucun contrôle là-dessus », reprit Naruto après quelques minutes, d'une voix tout aussi délicate et tremblante.

« Mais c'est quand même arrivé », répondit Menma, et il put entendre la lassitude pendant qu'il parlait. Cette nuit semblait déjà si longue. « Je n'ai aucun contrôle sur le fait d'être un bêta et que tu m'en veuilles. En quoi est-ce juste ? »

« Je n'ai jamais dit que je te blâmais pour cela. »

« Alors pourquoi t'es-tu retiré ? Sasuke et moi t'avons demandé de nous rejoindre à Balkir et tu as refusé. »

« J'essayais de survivre », répliqua Naruto, les bras enroulés autour de sa taille. « Je ne voulais pas être cette responsabilité à laquelle tu devais faire face. Et je ne voulais pas que Sasuke ait l'impression qu'il doit toujours veiller sur moi. Tu as vu comment il a réagi quand ce Cérilien m'a attaqué par surprise. Je ne voulais pas être un fardeau pour vous deux. Et surtout, j'avais besoin de me prouver à moi-même que je pouvais réussir sans votre aide. »

Il s'arrêta, prit plusieurs respirations, enfonça le talon de son pied dans le tapis, essaya de se redresser, puis continua :

« Je vous ai laissé partir sans moi pour que vous ne vous sentiez plus obligés envers moi et que je puisse découvrir si je pouvais le faire par moi-même. »

Menma tira Naruto à ses côtés, les bras l'enveloppant. C'était un câlin gênant sous cet angle avec la façon dont ils étaient toujours assis parallèlement l'un à l'autre, mais merde quand même. Il posa sa tête contre celle de son frère et le garda là pendant un moment, replié comme ils le faisaient quand ils étaient assez petits pour profiter de dormir ensemble dans le même lit. Chaque fois qu'un bruit se faisait entendre à l'extérieur, ils sursautaient et se bousculaient tous les deux, riant de peur d'un monstre imaginaire incapable de les atteindre à travers la protection de la porte de leur chambre.

« Tu aurais pu simplement me le dire », souffla le bêta. « Et je t'aurais répondu : 'non abrutit, tu n'es pas un fardeau, viens avec nous.' Je veux dire, putain, avant tout le monde, c'était toi et moi, Naruto. Je pensais que ce serait toujours ainsi. »

Il se recula et le regarda directement dans les yeux, car il avait besoin de le lui dire en face et de voir sa réaction.

« Je t'aime, Naruto, tu le sais, hein ? Même si je me moque de toi quatre-vingt pourcent du temps. Tu es la personne la plus importante de ma vie. Tu peux tout me dire. »

Naruto hocha la tête.

« Je sais », dit-il, paré d'un sourire timide.

« Alors pourquoi m'as-tu menti ? »

« Te mentir ? », demanda l'oméga sans comprendre.

Il regarda ailleurs, comme s'il essayait de trouver la clé dans son cerveau pour comprendre de quoi Menma l'accusait exactement.

« À propos de Sasuke », clarifia ce dernier.

« Quoi ? », s'exclama Naruto, les yeux écarquillés. « Quand t'ai-je menti à propos de lui ? »

« Tu ne l'as pas fait ? Tu n'es pas amoureux de lui ? »

Ce n'était peut-être pas juste de bombarder son frère juste après qu'ils aient eu une grande discussion à cœur ouverte, mais si ce soir était une nuit de vérité, il voulait que tout soit dévoilé et mis sur la table. Finit les cachoteries et les demis-vérité.

Et la façon dont les oreilles et le cou de Naruto dévirent rouges, il semblait clair quelle était la réponse à ce secret particulier.

« Écoute…j'allais te le dire. Je ne l'ai pas fait exprès », marmonna son frère en libérant ses bras et un remettant une main autour de son poignet, son pouce frottant les veines qui courraient à l'intérieur.

« Combien de temps ? »

« Je ne sais pas exactement…l'époque de Saigei junior, peut-être. »

« Quoi ? », s'étouffa-t-il d'un air indigné alors que les épaules de Naruto se repliaient d'un air coupable. « C'était il y a quinze ans, Naruto ! »

L'intéressé baissa la tête.

« Je sais. Je suis désolé. »

« Pendant tout ce temps tu ne m'as rien dit. Pourquoi ? », demanda-t-il, essayant de repenser à quinze, presque seize ans de ce qu'il avait visiblement manqué. « Sasuke est notre meilleur ami depuis qu'on a sept ans ! »

« Parce que je savais qu'il ne ressentait pas la même chose. Et parce que maintenant…eh bien… »

Naruto s'interrompit, sa main gauche toujours agrippée à son poignet droit, le berçant presque, et quelque chose à cette vue rappela un souvenir familier à l'arrière de la tête de Menma.

Cette réponse le frappa de manière inattendue, lui arrachant le sol sous ses pieds : n'était-ce pas le geste d'apaisement que Sasuke prodiguait toujours à son frère ?

Peu importe qu'il soit assis, Menma avait l'impression de tomber, essayant de comprendre les mots que son frère venait de dire. Est-ce qu'ils ne sortaient pas ensemble ?

Ça ne pouvait pas être unilatéral, ce qu'il y avait entre eux, Menma mettrait sa main à couper.

« Eh bien quoi ? »

« Vous êtes tous les deux ensemble », termina Naruto, comme si quelqu'un avait atteint sa poitrine et lui avait arraché les os, les poumons, le cœur et drainer également son sang. « Je n'ai pas demandé parce que je pouvais pas en parler. Je ne pouvais pas l'accepter. Et je sais que ça rend tout vraiment gênant entre nous tous, mais je promets de ne pas en faire toute une histoire. J'ai juste besoin d'un peu plus de temps pour accepter les choses et tout ira bien. »

Il dit tout cela d'un seul coup et hocha la tête quand il eut fini, comme s'il essayait de s'en convaincre.

Il le persuada presque également, jusqu'à ce que Menma rejoue encore une fois ce qu'il venait d'entendre, et toutes les roues métalliques dans son esprit claquèrent brusquement.

« Euh…mec ? »

« Euh…ouais ? », répondit Naruto, les yeux grands ouverts comme un hibou.

« De quoi est-ce que tu parles, putain de bordel de merde ? »

Naruto sursauta un peu, son expression aussi perdue que la sienne.

« Toi et Sasuke… »

« Moi et Sasuke ? », répéta-t-il, incrédule. « Genre comme si tu pensais que nous sommes un couple ? »

« Oui ? », dit Naruto, mais il semblait mille pourcent moins sûr qu'il y a dix secondes.

« Putain de merde », souffla-t-il avec un éclat de rire. « C'est…putain d'incroyable. »

Naruto pensait que lui et Sasuke étaient…pouah, il ne pouvait même pas terminer cette pensée sans se brouiller. Son frère le regardait si impuissamment que Menma comprit que ce n'était pas une blague. Il y croyait vraiment, putain.

« Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? Je ne comprends pas ! »

« Ouais, clairement », répliqua-t-il avec un autre rire. « Nous ne sommes pas ensemble. On ne l'a jamais été. Hinata, la fille que tu as rencontrée ce soir ? C'est ma petite amie. Ou du moins, j'espère qu'elle le sera toujours si elle n'a pas décidé de larguer mon cul de looser après ce que j'ai dit. »

L'expression de Naruto était toujours aussi dubitative, alors pour que tout soit clair, Menma réitéra :

« Sasuke et moi ne sommes pas ensemble. »

« Vraiment ? »

«Non, jamais de la vie. Ce serait comme, urgh, sortir avec Deidara ou Nagato. Il est comme un frère pour moi. Et de plus, je ne sais pas si tu l'as remarqué, mais je préfère nettement les femmes aux hommes. Et les alphas sont trop autoritaires, trop territoriaux pour moi, je suis un esprit libre, Stormy ! Sasuke me rend dingue à chaque fois qu'il essaye de me donner des ordres avec sa voix alpha sans même s'en rendre compte ! »

Le coin de la bouche de Naruto se redressa un instant, comme si son esprit était allé vers Sasuke et y était resté coincé.

« C'est un idiot. »

Menma sourit d'une façon indulgente, regardant son frère rougir et baisser les yeux.

C'était plutôt charmant de le voir aussi amoureux de quelqu'un. Il n'avait pas été présent pendant toutes ses relations, aussi éphémère qu'avait été la plupart d'entre elles, mais il avait rencontré quelqu'un des gars (et quelquefois filles) avec qui Naruto était sorti et jamais aucun n'avait suscité un regard aussi doux que celui qu'il arborait présentement. Au contraire, ils n'avaient jamais réussi à le garder tranquille, à calmer ses nerfs ou même à le faire rire comme le faisait Sasuke. Et peut-être que c'était un signe que Menma aurait dû capter il y a des années, mais il le voyait maintenant et le reconnaissait.

Que Naruto pense que ce n'était pas réciproque était aberrant, parce qu'il avait vu exactement ce même air doux et émerveillé sur le visage de Sasuke à chaque fois qu'il interagissait avec Naruto.

« Vous êtes de gros idiots tous les deux », sourit-il en frappant son épaule contre celle de son frère « Et si l'un de vous avait pris la peine de me dire ce qui se passait au cours de la dernière putain de décennie, peut-être que nous aurions déjà réglé ce problème. »

Le sourire de Naruto disparut aussitôt, laissant un regard fermé et des lèvres pincées.

« Il n'y a rien à réparer. »

« Mon Dieu, donne-moi la force », répliqua Menma, les yeux levés vers le plafond.

« Si c'était le cas », insista Naruto, la voix brisée. Il se racla la gorge. « S'il avait des sentiments de son côté, il aurait déjà dit quelque chose. C'est Sasuke, il n'est pas du genre à tourner autour du pot. »

« Ou peut-être qu'il attendait que toi tu dises quelque chose et tu ne l'as pas fait, p'tit génie ! »

Il frappa son front avec sa main. Naruto grimaça et répliqua, ils luttèrent l'un contre l'autre jusqu'à ce qu'ils soient tous les deux à bout de souffle et Menma avec son bras autour du cou de son jumeau, replié contre lui. S'ils s'appuyaient davantage l'un sur l'autre, ce n'était pas seulement parce qu'ils étaient physiquement épuisés.

Menma se rendait compte au passage à quel point il était ridicule qu'ils aient tous deux cru que l'autre sortait avec Sasuke. Ils auraient probablement besoin d'en parler bientôt, et trouver un moyen de faire comprendre à Naruto jusqu'où leur ami en était allé pour lui, mais il fut discret par ce que son frère dit ensuite.

« J'aurais dû te parler de tout, de Maman, de Papa, de Saigei, de Sasuke », admit-il. « Je suis désolé de ne pas l'avoir fait. »

« Je suis désolé aussi. À propos de ce que j'ai dit, plus tôt. »

Il laissa son bras se détendre, Naruto bougea jusqu'à ce qu'ils soient toujours proches l'un de l'autre, mais plus aussi serrés.

« C'est bon, c'est oublié. »

« Je ne le pensais pas. Je n'ai jamais pensé que tu étais moindre. Tu as toujours été meilleur que moi, pour être honnête. »

Ce n'était pas une confession facile, même si elle était exacte. Seulement, il pensait qu'il devait bien ça à son frère.

« Je ne le suis pas », objecta celui-ci.

C'était tout à fait son genre de ne pas accepter lorsqu'on lui offrait un cadeau sur un plateau d'argent. Après tout ce qui s'était passé ce soir, cela devrait être l'affaire la moins compliquée entre eux.

« Arrête d'essayer de me faire le dire deux fois. Une fois par an, c'est ma limite », plaisanta Menma en souriant.

Par la suite, ils ne parlèrent pas, pendant un moment, trop fatigués pour réfléchir ou peut-être trop dépassés par toutes ces nouvelles informations qui s'installaient entre eux.

Puis un souvenir lui revenant en tête, Menma reprit :

« Tu sais qu'il a combattu Hidan et sa bande pour toi ? »

Naruto se figea. Quand il le regarda, ses yeux étaient incroyablement grands.

« Sasuke ? »

« Ouais. Une nuit il a débarqué dans ma chambre, il m'a entrainé sans que j'ai mon mot à dire, et m'a demandé de faire le guet pendant qu'il se battait contre eux. C'était un trois contre un mais il leur a quand même foutu la raclée de leur vie. C'était spectaculaire. Il ne m'a jamais dit pourquoi. Juste qu'ils s'étaient moqués de toi et que je ne devais pas t'en parler. »

S'ils s'étaient moqués de son frère, alors ces bâtards l'avaient mérité. Menma n'avait eu aucun remord, au contraire, il avait savouré de voir Sasuke les tabassés comme des enfants de maternelles.

Les mains de Naruto, qui couvraient ses genoux, se rétractèrent, et il saisit à nouveau son poignet. Ce devait être une action réconfortante. Menma l'avait vu faire cela pas moins de cinq fois rien qu'au cours de la dernière heure.

« C'est parce qu'ils m'ont laissé un mot sous la porte de mon dortoir qui disait 't'es bonne qu'à sucé des bites, sale pute d'oméga' », murmura Naruto, comme s'il ne pouvait pas le dire à voix haute.

Et peut-être que Menma pensait qu'il savait que ce qu'il avait fait plus tôt, ce qu'il avait dit, était vraiment merdique et faux, mais ce détail confirma un peu plus à quel point il avait été négligent. Pendant des années, il était juste à côté, pénard, pendant que son frère, son jumeau, se faisait harceler, était victime d'intimidation et il n'en avait aucune idée ? Il l'ignorait peut-être parfaitement, cependant, cette ignorance ne le laissait pas non plus sans faute, et cela ne l'absolvait pas de ne pas être là pour Naruto quand celui-ci en avait besoin.

Merde. Il aurait dû être là.

Il se jura d'être meilleur à l'avenir.

« Bon sang, Naruto…je suis…putain, je suis le pire frère de la terre. »

Il laissa tomber sa tête dans ses mains, mortifier par lui-même.

« Sasuke devrait aussi me botter le derrière », ajouta-t-il d'un ton maussade.

« Je pensais à lui demander avant que tu rentres à la maison, il serait ravi de le faire j'en suis sûr », rigola-t-il, donnant un coup de coude, jusqu'à ce qu'il sourit à contrecœur. « Tu sais…je n'ai jamais su que c'était lui qui avait fait ça. »

Menma leva les yeux au ciel.

« Débile comme tu es, ça étonne qui que tu n'aies pas compris ? »

« Hé, va te faire foutre, adopté ! », s'indigna-t-il, bien qu'un vrai sourire ornait ses lèvres et que leurs bras étaient toujours collés. « Tu n'es plus obligé de déménager, tu sais. »

Menma y réfléchit pendant un moment, son cerveau se sentant brumeux et lourd. Il contempla autour de lui la maison de son frère, toutes ses affaires, ses babioles, la créature mutante qu'il appelait son 'petit renard adorable', et réalisa qu'il avait maintenant une place pour lui ici à Konoha, ou qu'il aille.

« Mais peut-être que je devrais le faire », déclara-t-il. «Il est probablement temps. Nous avons chacun besoin de notre propre espace. »

Ils restèrent assis là encore un moment, silencieux et réfléchissant. Jusqu'à ce que Naruto vérifie sa montre et constate qu'il était trop tard pour que l'un ou l'autre soit éveillé s'ils voulaient fonctionner pour l'entrainement de lundi. Menma se leva d'abord du canapé, puis entraina Naruto avec lui et ensemble, ils se dirigèrent vers leur chambre jusqu'à ce que l'oméga s'arrête dans le couloir sombre.

« Est-ce que ça va?», demanda-t-il, bas et doux.

« Ouais, tout va bien », répondit Menma, le pensant sincèrement. « Et pour cette histoire avec Sasuke…t'inquiètes pas, frérot, je suis sur le coup. »

Naruto grimaça.

« Ce n'est jamais bon signe quand tu dis ça. »

Menma ricana et serra l'épaule de son frère, en appuyant le bout de ses doigts.

« Aie un peu confiance en moi, p'tit frère. Je te l'ai dit, tout ira bien. »

Naruto sourit.

Que Sasuke partage ou non ses sentiments, il était certain à partir d'aujourd'hui, que oui, ça ira.

.

.

.

Résumé du chapitre : Menma a merdé, mais au final il s'est expliqué avec son frère et tout va bien.

Prochain chapitre : début la 3e et dernière partie de l'histoire, du point de vue de Sasuke.

Fait inutile : Naruto est pan, Menma bi et Sasuke est 100% homo. Voilà.

Je me suis amusée à chercher des names codes pour tous les principaux membres de l'équipe des pilotes frégate de Konoha :

Naruto : Stormborn

Menma : Devilwise

Sasuke : Susanno

Neji : Hawkhurst

Kiba : Wolfwood

Lee : Herakuresu

Shino : Ghost

Sai : Caravage

Shikamaru : Omoikane